
C'était l'événement tech/mainstream de la semaine, accompagné du grand show
médiatique idoine : ce mardi 6 octobre, Steve Ballmer, le patron de
Microsoft, venait en personne au siège flambant neuf de Microsoft à
Issy-les-Moulineaux, pour le lancement mondial de la nouvelle version de
Windows Mobile, la "6.5".
L'OS de Microsoft, derrière Apple et sa pépite
L'enjeu est de taille : car Microsoft, (pour le moins) ultra-dominant
sur le marché des logiciels pour ordinateurs (9 sur 10 dans le monde "tournent"
sous Windows), pâtit d'un retard certain sur les téléphones mobiles.
Au premier degré, l'éditeur de logiciels entend donc reprendre le leadership
sur le marché des plateformes (on ne parle pas encore de logiciels) mobiles,
certes encore étroit, naissant, mais stratégique pour (après-)demain, ce
qu'Apple a bien compris, avec son diamant iPhone et toutes les pépites qui en
découlent (j'y reviens). Car l'OS de Microsoft n'est présent que sur 11,5% des
mobiles les plus utilisés dans le monde, contre 51% pour Symbian, et...13% pour
l'iPhone (ce qui permet de relativiser le succès de l'iPhone), d'après IDC.
De fait, avec 'Windows 6.5' (surnommé Windows Mobile, manière
d'universaliser le sujet), Microsoft propose un logiciel permettant, comme les
autres logiciels d'exploitation de ses concurrents camarades de jeux
(cf les OS Android de Google, iPhone OS, Blackberry OS, Symbian de Nokia...),
d'utiliser des applications sur un terminal mobile. Avec à la clé une pléiade
de services d'ailleurs, dont nous parlions
là, mais trop souvent ignorées par les utilisateurs...
Archivage, synchronisation...
Là, donc, Microsoft promet de nombreuses fonctions : avec, globalement,
une grande intégration de tous les outils Windows et une synchronisation aisée
entre son PC et son téléphone, un OS plus intuitif et adapté aux écrans
tactiles... Dans les détails, l'éditeur promet via 'Microsoft My phone' une
sauvegarde (et archivage) gratuite des données du téléphone sur un serveur
Internet (contacts, SMS, photos... service facturé 79€ par an chez Apple -
sic), pratique en cas de vol. Et important, à l'ère où les consommateurs
commencent à vouloir archiver et trier ce parcelles de mémoire trop
fragmentées, à l'ère du numérique (objet d'un prochain billet).
Au programme aussi, une version mobile du moteur de recherche Bing
(développé à partir de travaux communs avec l'Inria), un système de blocage à
distance du téléphone en cas de vol, une fonction simplifiée du partage de
photos, la messagerie Messenger gratuite, une ergonomie multitâches (qui permet
d'ouvrir plusieurs applications en même temps)...
La guerre des applis, source de revenus (potentielle), vitrine pour
marques...
Et surtout, de nombreuses applications. Au second degré, c'est l'autre
enjeu-clé, ce sur quoi Microsoft veut prendre la main. Car c'est là le nerf de
la guerre, comme j'en parlais dans cette enquête (volets
1 et
2) : les applis sont une source de revenus
pour l'éditeur, une vitrine (voire une support de communication) pour
les marques. Sur le modèle de l'AppStore de l'iPhone, véritable pépite qui
compte près de 80 000 applications (et génèrerait 1,5 milliard de
téléchargements pour un chiffre d'affaires de 1 millard de $), Microsoft
annonce en effet sa boutique virtuelle d'applis en ligne. Histoire de s'attirer
leurs bonnes grâces, l'éditeur annonce d'ailleurs un système de partage
des revenus engendrés avec les opérateurs.
Il arrive un peu en dernier sur ce terrain, avec Windows marketplace. Et la
concurrence est rude : après l’AppStore d’Apple, Google a dégainé
Android Market
dès fin 2008, Windows
MarketPlace de Microsoft a ouvert fin juillet, Samsung Application Store était
annoncé pour le 14 septembre (pour les utilisateurs de Player Addict et Player
HD), sans oublier Nokia Ovi
Store , inauguré en France le 17 septembre,ou encore
BlackBerry App
World (ouvert cet été). Même Archos, qui se lance dans l’arène de
la téléphonie mobile avec son premier smartphone, dévoilé le 15 septembre à la
presse, lance son propre ‘AppStore’, dénommé AppLib.
Autre preuve que Microsoft veut s'imposer comme éditeur d'OS pour mobile
(même s'il l'était déjà... mais de manière discrète), contrairement à Apple,
Nokia ou RIM, il ne sera pas constructeur de ses mobiles (déjà surnommés
Windows Phones), et commercialisera pas de mobiles sous sa
propre marque. Il laisse le soin à des fabricants d'équiper certains de leurs
mobiles de Windows Phone (comme Google avec Android) , moyennant l'acquisition
d'une licence (environ 8 $ par mobile). LG, Samsung, Sony-Ericsson, HTC, mais
aussi deux nouveaux-venus Acer et Toshiba, ont dévoilé leurs
"Windows phones" ce 6 octobre. Et ce alors que Microsoft a récemment perdu
Motorola et Palm.
Tout (ou une bonne partie) se jouera donc sur la guerre des applis, et la
capacité des différents constructeurs/éditeurs à séduire les développeurs
(voire les fédérer en communautés). Et les constructeurs, pour qu'ils adoptent
leurs OS. Nul ne sait combien de mobiles sous Windows sortiront d'ici la fin de
l'année. Alors qu'un développeur me confiait qu'une vingtaine de mobiles sous
Android sortiraient d'ici la fin de l'année. Viendra ensuite la 'seconde
génération', avec les netbooks, les tablets... A suivre en tous cas, en
attendant le next step, Windows 7...