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dimanche 21 août 2011

Julian Casablancas, du rock à l'icône publicitaire (parfumée)

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Eh oui, j'ai (lâchement) déserté les pages virtuelles de ce blog durant un mois (un record, en un peu plus de 4 ans d’existence !) pour d'autres activités autrement plus concrètes et essentielles, à la faveur de la trêve estivale. Pour renouer en douceur avec mon clavier, il me fallait un sujet qui reste empreint d'une certaine légèreté estivale (je vous rassure, le prochain billet sera plus charpenté ;). Cette petite actu, qui mêle marketing et actu musicale - et qui concerne un de mes groupes préférés depuis 10 ans, arrivait à point nommé. Dans quelques jours, à la faveur de la rentrée (ça y est, j'ai lâché le mot maudit ;), vous n'y échapperez pas: pub en presse écrite, en affichage, dans les parfumeries, et sur Internet... avec même un clip dédié.

Pour lancer son nouveau jus pour hommes, Decibel (Db), Loris Azzaro s'est en effet offert une égérie de choix, le chanteur des Strokes, Julian Casablancas. Le design du flacon, en forme de micro, est à l'avenant. Rien de tel qu'un leader du revival rock, jeune mais pas trop, pour incarner la rébellion, la liberté etc. , et donc ce parfum censé incarner ces valeurs. Un casting d'autant plus habile que les Strokes, qui viennent de sortir leur 4ème album (le subtil et inégal "Angles"), symbolisent à la perfection le retour en grâce d'un rock sexy, post-punk, avec jeunes mecs en jeans cigarette, perfectos en cuir et cheveux mi-longs. Rappelez-vous, il y a dix ans, l'album "This is it", fesse recouverte d'une main gantée en latex sur la couv', faisait une arrivée fracassante en tête des charts. Et inauguraient le retour en grâce du rock, avec un son léché, que les médias avaient tôt fait d'opposer aux salles gosses des Libertines. Une identité rock reprise par la suite par des groupes (The Klaxons, The Wombats), parfois disparus depuis (the White Stripes).

Loin du parfum au message outrancièrement bling-bling One Million de Paco Rabanne, Azzaro cible donc non plus les minets et play-boys avec cette nouvelle fragrance, mais les djeuns imprégnés de l'esprit rock (ou qui espèrent l'être ;). Outre la campagne publicitaire annuelle, le jus d'Azzaro fera l'objet d'une chanson inédite dédiée, attendue pour début septembre, conçu par Julian Casablancas, d'après ce papier de Paris-Match (où Casablancas semble ne pas trop l'assumer). On sera rarement allés aussi loin en termes de marketing musical...

Mise à jour 04/09 : donc voici la fameuse vidéo, sur les écrans depuis le 1er septembre... Seule la version courte est disponible en ligne, il me semble que spot TV est plus long (30 secondes). Visuellement, le clip est bien ficelé: noir et blanc élégant, on mise sur le côté rock-star iconique de Casablancas, et la musique des Strokes parfaitement identifiable. On l'y voit donc chanter d’abord face à la caméra avant de se jeter dans la foule. A cette occasion, il a composé une nouvelle chanson intitulée I Like the Night.

La conversion de Julian Casablancas, le temps d'une campagne, en égérie d'un parfum, est d'autant plus savoureuse que ce rebelle version papier glacée est le fils du fondateur de l'agence de mannequin Elite. La boucle est bouclée... L'histoire veut qu'il a rencontré les autres membres des Strokes dans un très chic pensionnat en Suisse. Mmmm, pas très rebelle tout ça ;) Sans sombrer dans quelque couplet moralisateur, nul doute que l'appât financier n'est pas étranger ce choix de Julian Casablancas. Même si, certes, les Strokes avaient déjà cédé à plusieurs reprises à l'appât publicitaire, avec la reprise de certains de leurs morceaux dans des campagnes de pub (comme The end has no end reprise dans une pub EDF).

Passage forcé par la case publicité pour les rockers ?

Certes, il y a eu de nombreux précédents, où des chanteurs et starlettes ont cédé à l'appel de marques de luxe, et négocié leur notoriété : Justin Timberlake pour Play de Givenchy, Keith Richards dans une campagne de Vuitton, sans compter des starlettes, telles Rihanna et Jennifer Lopez, qui ont lancé leur propre jus, stratégies de produits dérivés oblige, ou encore Lady Gaga, elle-même devenue une marque, qui a consacré l'industrialisation musicale (voir cette enquête que nous avons publiée dans Stratégies en juillet dernier).

A voir les derniers précédents, parfois surprenants, on se prend à penser que les ventes de disques et les tournées ne suffisent plus aux chanteurs, contraints un jour ou l'autre de passer par la case publicité. Tel Jamie Hince, leader de The Kills (et Mr Kate Moss en voie de peopolisation accélérée), qui posait l'an dernier pour la nouvelle campagne pub automne 2010 de Zadig & Voltaire, ou "dessinent" des lignes de vêtements pour une marque (et leur apportent ainsi leur propre empreinte rock), tels (feue) Amy Winehouse pour la marque (un temps emblème des mods et des punks) Fred Perry, et Pete Doherty, qui a conçu une collection-capsule pour The Kooples pour cet automne...

lundi 27 juin 2011

J. K. Rowling lance son Pottermore.com: bye bye les libraires old school ?

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Encore un peu de Harry Potter ?... Welcome in Pottermore.com (jeu de mots facile, j'en conviens ;). Et voilà, J. K. Rowling, devenue auteure à succès avec sa gentille série fantasy pour ados (et grands enfants) Harry Potter nous en propose un peu plus, avec le lancement du site Pottermore.com, dévoilé à la presse à Londres jeudi dernier. J'y reviens un petit peu tardivement (reportage à Cannes oblige, à l'occasion de la grand-messe annuelle de nos pubeux - j'y reviendrai dans un billet ultérieur), mais l'initiative est importante, car elle ouvre une (grande) brèche dans l'univers du livre. Et préfigure peut-être nos modes de lecture futurs.

Les aventures d'Harry Potter, c'est donc fini, alors que le septième tome, Harry Potter et les Reliques de la Mort, scellait ses aventures de petit sorcier. Pourtant, la série revient déjà sous forme d'e-book. de fait, le site interactif commercialisera aussi les 7 volumes d'Harry Potter sous format d'e-books, alors qu'ils n'étaient disponibles jusqu'à présent qu'en versions papier et audio. "Je voulais apporter quelques chose de plus aux fans qui ont suivi Harry à travers les années, et le rendre accessible aux nouveaux digital natives", a résumé en substance J. K. Rowling, citée par le New York Times.

Le plus, ce sont bien sûr les nouvelles expériences de lecture qu'offriront ces e-books: son auteure le promet, ils comporteront des illustrations et des éléments interactifs. Le site regroupera aussi un réseau social, une aventure à découvrir et lire, tout en interagissant. De fait, il proposera de redécouvrir l'ensemble de l'aventure Potter, en incarnant un personnage, sous la forme d'un avatar, qui aura pour mission de rentrer dans l'une des maisons de l'école Poudlard.

Auteur du futur: tes droits numériques tu ne cèderas jamais

Maligne, au fil de la publication de ses blockbusters, elle a pris soin de ne jamais céder ses droits numériques à son éditeur, malgré ses demandes répétées en vue d'éditer ses livres en format numérique, comme on peut l'imaginer. Elle a fait bien mieux: alors que les ventes électroniques des livres populaires ont explosé ces dernières années, à la faveur des premiers eReaders disponibles (comme le Kindle d'Amazon), puis des tablettes comme l'iPad, elle proposera les siens sur sa propre boutique en ligne à partir d'octobre, intégrée au sein de Pottermore.com.

Réseau de distribution virtuel exclusif, les libraires enterrés

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Mieux, elle se réserve l'exclusivité de la vente en ligne de ses e-books, en plusieurs langues. Les vendeurs en ligne Amazon et Barnes & Noble ne disposeront pas des droits de vente en ligne. Ces deux géants, tout comme les vendeurs indépendants, responsables en partie de l'essor de Potter - dont ils ont assuré la promo, au prix de lancements nocturnes - Harry Potter, sont ainsi de facto exclus de ce nouveau réseau de distribution, la vente en ligne. Tss, quel cynisme... Dont J. K. Rowling s'assure l'exclusivité - une première pour une auteure. Seuls ses éditeurs, Scholastic et Bloomsbury, percevront une part des revenus (d'un montant non-dévoilé). Elle devient de facto la seule gestionnaire en ligne de la marque Harry Potter.

Du même coup, J. K. Rowling a réservé un petit uppercut au géant Amazon, en contournant sa politique commerciale. Les fichiers numériques des livres seront commercialisés en EPUB et pour le lecteur Kindle d'Amazon (certes peu vendu en France, mais qui jouit d'un joli succès outre-Atlantique). Sans, bien sûr, qu'Amazon ne touche de commission sur la vente, puisque l'on ne passera pas du tout par sa boutique en ligne. Mais Jeff Bezos pourra difficilement interdire de lire les fichiers sur son appareil...

Elle enterre avec le sourire les libraires, qui ont conscience. "Nous sommes déçus que, ayant été des facteurs-clefs dans la croissance du phénomène Harry Potter depuis la publication du premier livre, le marché soit effectivement exclu de la commercialisation de l'édition tant attendue des versions numériques", lâchait ait un porte-parole de la chaîne Waterstone, cité par Actualitté.com.

En se réservant le monopole du circuit de distribution numérique de ses livres, l'auteure espère aussi donner un coup de frein au piratage de ses livres, parmi les plus téléchargés sur des sites de partage de contenus. Elle les proposera en format EPub, tatoués numériquement (watermarking) afin de lier l'identité d'un acheteur à la copie d'un e-book. Cela n'empêchera nullement le partage illicite des ouvrages numérisés, mais cela aura le mérite de faciliter le traçage des copies.

Reste à voir si l'auteure, forte de son succès hollywoodien (400 millions d’exemplaires vendus !) ouvre réellement une brèche dans l'univers impitoyable de l'édition, et si elle sera suivie par d'autres...

dimanche 29 mai 2011

Lady Gaga, icône numérique

Cela ne vous aura pas échappé : lundi 23 mai, Lady Gaga, consacrée en deux ans nouvelle icône de la pop, sortait son nouvel album, Born this way. Contrairement à Bruxelles, les Parisiens auront été épargnés par la sonorisation des lignes de métro, avec la diffusion en boucle dudit album. Mais sûrement par par l'intense campagne promotionnelle. Reflet peut-être de l'industrialisation accélérée de la musique pop mainstream, jamais une star ne sera allée aussi loin dans l’utilisation de recettes marketing. Recettes classiques pour certaines: faire de chaque sortie de single ou clip un événement, se distinguer par un look improbable, s'approprier des références cultures (de Madonna, référence revendiquée, à David Bowie, en passant par... Andy Warhol et sa Factory,; bien sûr pratiquer le placement de produits à outrance dans ses clips... en prétextant dénoncer la société de consommation bien sûr ;)

Des recettes appliquées avec une efficacité diabolique sur la Toile : Lady Gaga est probablement une des premières stars de la pop à être devenue aussi une icône numérique, présente sur une multitude de réseaux sociaux. Ses apparitions sont rarissimes dans la vraie vie et sur les plateaux télé, mais elle semble presque s'être dédoublée sur la Toile, en une sorte d'avatar, d'icône dématérialisée. Une sorte de star bionique, image étrange appuyée par ses looks fantasques, futuristes (et parfois flippants)... Un cas d’école, que j'avais envie d'aborder depuis longtemps, sans juger ici la qualité musicale de ses albums (perso ce n'est pas ma tasse de thé ;) je vous renvoie pour cela entre autres à ce papier du Monde, qui n'est guère tendre avec elle).

Relation-client sur réseaux sociaux

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A 26 ans, sans avoir d'un quelconque MBA en marketing, elle manie déjà à la perfection les ficelles du marketing classique : un apparat de circonstance depuis ses débuts en avril 2009, des références culturelles qu'elle s'approprie, créer l’événement autour de la sortie du moindre single et clip... Mais sur la Toile, elle gère en direct, depuis ses débuts, sa relation avec ses fans sur les réseaux sociaux - comme une marque qui gèrerait sa relation-client en ligne. Imaginez: elle vient de franchir le cap de 10 millions de fans sur sa page Twitter. Outre sa page web officielle, s'y ajoutent sa page Facebook (10 millions de fans, 36 millions de Likes pour son dernier album), sa page MySpace...

Loin de s'entourer d'une équipe de community managers, si son entourage gère sa page Web officielle, elle envoie ses tweets elle-même, directement depuis son téléphone portable: elle y alterne autopromo, annonce de son agenda, et réponses à ses fans. D'où une harmonie dans le ton et les contenus, qui n'ont pas trompé ses fans.

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Le 23 mai, elle a franchi un cap supplémentaire, avec de multiples partenariats destinés à asseoir sa présence numérique : Samsung a diffusé en avant-première, du 17 au 23 mai, l'album sur sa page Facebook en streaming continu, et a cofinancé une campagne de pub télévisée - une première (et de fait, j'ai eu droit à plusieurs relances de leur agence de RP sur cette opé...).

Pour asseoir son circuit de distribution physique et numérique, non contente d'avoir trusté les premières places de sites de téléchargement avec plusieurs singles lancés avant la sortie officielle de l'album, elle a bénéficié d'une vaste opération de com' par Amazon.com, qui son album... à 0,99 dollar durant deux jours. Amazon y a sacrifié ses profits (et contribué à dévaloriser le prix de la musique, soit dit en passant), comme le relate Mac Plus, quand sur l’iTunes Store le même disque est vendu 11,99$. L’opération a donc coûté en tout 3,18 millions de dollars à Amazon, (presque) à perte… Pas grave: Amazon a foulé des pieds de modèle économique de la musique en ligne, mais s'est offert un coup de pub pour sa boutique de MP3. En une semaine

Crowdsourcing et co-création oblige, pour mettre à contribution les internautes, l'agence Vanksen a monté une opération en ligne: un jeu-concours, "French this way", où les internautes sont invités à concevoir un clip sur YouTube sur la chanson-titre de l’album, avec à la clé 30 places pour un showcase à Paris à gagner. Rien que pour le plaisir, la vidéo où la star s'adresse à ses ouailles...

Autre relais indispensable: les social games, cette nouvelle génération de mini-jeux vidéos sur Facebook et petits univers virtuels, lointains héritiers de Second Life. Qu'à cela ne tienne: Lady Gaga s'est associée à la start-up à succès Zynga, pour concevoir un social game à son effigie... Gagaville, où les fans pourront évoluer dans un univers à son image (motos, licornes....), et où des extraits de son album Born This Way étaient diffusés en avant-première, du 16 au 19 mai.

Avec le géant du caffè latte indutrialisé, Starbucks, Lady Gaga a lancé un jeu bâti sur mesure: une chasse au trésor dans les cafés Starbucks, où les indices sont cachés dans les codes QR des ardoises et des affiches présentes dans les magasins, que les clients peuvent scanner avec leur portable. Et, pour être sûr que vous n'y échappiez pas, la musique de Lady Gaga est diffusée dans les magasins et sur le site web de Starbucks - une première dans l’histoire de la marque - où l'album est en vente.

D'étranges co-brandings donc, où comment la marque Lady Gaga s'insère dans de multiples univers. Quitte à provoquer une certaine saturation...

Màj du 31 mai : merci aux Inrocks pour la petite mention :)

lundi 25 avril 2011

Royal wedding digital vs anti-monarchistes sur la Toile

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Cela ne vous aura pas échappé, vendredi 29 avril à 8h15 tapantes dans l'abbaye de Westminster, aura lieu un des événements (so kitsch) les plus attendus, le royal wedding de la relève de la Couronne britannique, le prince William et Kate Middleton. Un mariage qui sera sans doute le plus médiatisé, puisqu'il est le premier à se dérouler à l'ère de l'Internet, avec une audience de plus en plus connectée. Même s'il est loin de susciter le même intérêt pour les sujets britanniques que les mariages royaux précédents.

Présence numérique

Alors évidemment, comme dans toute bonne stratégie marketing, on trouve une kyrielle de produits dérivés, conçus avec ou sans l'assentiment du staff de la famille royale: de la mug aux capotes, en passant par les sachets à thé (petite sélection par ici) : je vous renvoie à l'enquête - accès abonnés - sur le Royal marketing que l'on a publiée dans Stratégies cette semaine). Mais également, la Couronne a mis les moyens pour assurer la présence numérique du futur couple royal, avant, pendant et après la cérémonie du 29 avril.

Le site officiel, ouvert il y a quelques semaines, proposera un live-stream video fourni par YouTube le jour J, mais agrège déjà des infos à propos du mariage. S'y ajoutent une page YouTube officielle, The Royal Channel (déjà 45 000 abonnés...), qui comportera les vidéos officielles, une page Flickr avec des photos du couple en pleins préparatifs, un fil Twitter @ClarenceHouse (du nom de la résidence du prince William), avec plus de 41 000 followers, et une page Facebook The British Monarchy, avec plus de 346 000 fans.

Donc tout est bien parti pour ce royal tapage mariage médiatique, événement politico-diplomatico-populaire (et so kitsch), mais aussi symbole d'une monarchie britannique qui veut se réaffirmer par cette même occasion.

De la parodie d'un opérateur à la mobilisation anti-monarchiste

Mais les anti-monarchistes de tous poils en profitent aussi pour donner de la voix, de préférence sur la Toile, formidable caisse de résonance. Il y a ces contenus humoristiques qui fleurissent sur la Toile: comme cette reprise humoristique d'un tube de Lady Gaga, Royal Romance, par des élèves de St. Andrews University, où se sont rencontrés Kate et William pour leur première romance. Au passage, des marques bien malignes s'offrent un peu de récup': tel l'opérateur britannique T-Mobile (agence Saatchi & Saatchi), qui s'est offert les services de sosies du futur royal couple pour diffuser sur la Toile cette vidéo d'un mariage destroy. Objectif viralité magistralement atteint, avec 8 millions de visionnages depuis sa mise en ligne.

Un degré plus trash, l'industrie du X s'est emparée de l'événement pour réaliser une parodie (porno) de la future cérémonie royale, avec des sosies plus ou moins crédibles...

Au cran supérieur, c'est un mouvement anti-monarchiste très structuré qui se manifeste sur le Net, et profite de l'occasion pour faire entendre ses revendications, comme l'expliquait Guy Birenbaum la semaine dernière, dans cette chronique sur Europe 1. Sur Republic.org.uk, le mouvement "pour une alternative démocratique à la monarchie" revendique 15 000 partisans. Sur leur site, on peut d'ailleurs trouver des (contre-)produits dérivés, comme ces mugs royaux "I'm not a royal wedding mug".

Le 29 avril, en même temps que le royal wedding, il organisera une contre-manifestation à 11h30 dans la rue, "Not the royal wedding street party" au Red Lion square. D'ailleurs, des Suédois, des Danois, des Irlandais, des Belges, des Espagnols membres de l'Alliance des mouvements républicains et européens, seront aussi dans la rue, refusant d'être des sujets de leurs royaumes respectifs.

Un message anti-monarchiste qui reste très minoritaire au Royaume-Uni, mais que n'auraient pas dénié les très peu puritains Sex Pistols. God save the Queen !

vendredi 22 avril 2011

Les "concerts privés": les concerts sont-ils devenus un loisir de luxe ?

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Il y a quelques semaines, j'ai assisté à un concert de PJ Harvey à La Maroquinerie, une petite salle parisienne de quelques centaines de places, très prisée pour la qualité de son acoustique. Joli concert, j'étais à 4 mètres de PJ, que j'écoute depuis 15 ans et ses débuts avec le très énervé et jouissif Dry. Je n'ai pas boudé mon plaisir, malgré l'auditoire un peu froid...

Nous étions une poignée de privilégiés à voir la grande dame trash british, qui mêlait punk-rock et mélodies folk. D'autant plus privilégiés que la lady n'a donné que deux concerts en France ce printemps, à l'occasion de la sortie de son dernier album, Let England shake: l'un, à l'Olympia - tarifs prohibitifs (60 € la place), et l'autre, à La Maroquinerie, auquel j'ai donc eu la chance d'assister en tant qu'invitée... Comme l'ensemble de l'auditoire. Il s'agissait en effet d'un "concert privé", auquel n'assistaient que des invités, et des gagnants à un jeu-concours organisé par les partenaires, Deezer et Arte Live Web. Eh oui! Car ce concert organisé par la plateforme d'écoute de musique à la demande Deezer était réservé aux heureux internautes membres de sa communauté ayant gagné des places via un jeu-concours en ligne - et bien sûr aux habituels invités de ce genre d'événements.

Loisir de luxe

En résumé, outre un concert à prix prohibitif pour le commun des mortels (non-invités donc ;), bien loin derrière les places à 30 € de sa tournée de 2002 - preuve que la star néo-punk s'est embourgeoisée ? - ce concert très privé était la seule alternative. Les concerts seraient-ils devenus un loisir de luxe ?

Ou tout simplement, ce n'est peut-être plus une activité rentable pour les maisons de production... Une étude menée sur quatre ans par le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), publiée cette semaine, montre en effet la galère pour les jeunes artistes à se produire en tournées. Sur 650 demandes d'aide à la production déposées entre 2006 et 2009 (par de jeunes artistes, mais aussi par des musiciens confirmés comme Thomas Dutronc Jean-Louis Murat), l'étude révèle une baisse de 22% de la durée moyenne par projet et un recul de 21% de la fréquentation. Ouch...

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En fait, les "concerts privés" sont un format, une sorte de package de luxe très marketé en plein développement. Terrible révélateur d'une industrie musicale en pleine déconfiture. En recherche de nouvelles recettes. Depuis quelques années, ce nouveau format de concert se fait discrètement sa place dans les grilles de concerts.

Il y a le cas particulier de concerts privés au premier degré - ces cas caricaturaux de chanteurs qui se produisent lors d'anniversaires de milliardaires, payés rubis sur l'ongle, ou qui font des sortes de gigantesques ménages, assurant l'ambiance musicale lors de défilés de mode ou de soirées corporate, comme le cas récent de Sting lors d'une teuf pour la lancement de l'Audi A8 (hélas... tout se perd).

Mais une autre sorte de "concert privé" commence à avoir les faveurs des majors: organisé par une marque, il est destinés à sa seule communauté, formée des gagnants à un jeu-concours en ligne, tirage au sort ou autre. On est bien loin du modèle de concerts simplement sponsorisés par des marques - radios, majors musicales, marques de produits high-tech..

Des concerts qui relèvent autant de l'offre musicale que d'un nouveau package marketing, organisé - certes toujours par des radios et chaînes musicales, mais aussi des marques qui ont plus ou moins à voir avec cet univers : Deezer (le site de streaming musical) et Arte Live Web pour le concert privé de PJ Harvey, la Fnac pour ses Fnac Live (prochain jeu-concours: Moriarty...).

L'occasion de générer des contenus exclusifs, qui seront accessibles en ligne à sa seule communauté: ce que propose SFR sur son portail SFR Live Concerts. Car l'opérateur téléphonique s'est lui aussi engouffré dans la brèche, en ouvrant son Studio SFR et ses showcases en 2008.

Co-branding Société Générale + Universal Music

Pour d'autres, les concerts privés sont un produit d'appel marketing pour attirer la clientèle prisée des djeuns... Jackpot pour la Société Générale, qui s'est associée à Universal Music pour organiser les concerts So Music. C'est en septembre 2008, lorsqu'ils ont lancé une carte bancaire co-brandée (un "nouvel espace publicitaire", comme j'en parlais alors dans ce billet), "So' Music", destinée aux djeuns (important de les fidéliser.. pour qu'ils restent ensuite dans ladite banque), leur offrant entre autres des places de concerts à tarifs réduits... Concerts privés organisés exclusivement pour eux. Une forme de sponsoring d'un nouveau genre, en somme.

Même le charity business s'empare de ce format de micro-show exclusifs. Depuis le 4 avril, plusieurs chanteurs - Raphaël ouvrait le bal au Grand Palais - se sont succédés à des concerts privés réservés aux bénéficiaires d'un tirage au sort parmi des prêteurs (au minimum 20 euros) de MicroWorld, une plateforme de mircrocrédit qui met en relation prêteurs et entrepreneurs.

lundi 31 janvier 2011

Le plagiat, c'est branché

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La petite question provoc', lâchée par un des humoristes-maison de Canal +, lui a valu une réponse cinglante, d'une sincère colère. Et ça rassure. Jeudi dernier, pour sa pastille d' interview quotidienne dans le "Grand Journal" de Canal, Mouloud Achour a décroché cette semaine une interview avec James Ellroy, une des légendes vivantes de la littérature américaine, à l'origine de polars sombres et ultra-documentés. Lequel vient de publier un livre passionné, La Malédiction Hilliker, une esquisse d'autobiographie sous-titrée "mon obsession des femmes", et était de passage à Paris pour l'occasion (mon confrère et ami Jean-Christophe Féraud relate cela avec passion).

Le plagiat, un "crime"

En bon comique, Mouloud Achour chute son interview sur cette petite question : "Avez-vous déjà copié un livre de quelqu'un d'autre ?". LA réponse fuse, telle un uppercut : "C'est une question très offensante ! Au point que nous avons presque terminé cette interview. Vous me demandé si je suis un plagieur ! Non, je ne suis pas un plagieur ! Ce serait un crime ! Cette interview est finie". Visiblement, l'humoriste ne s'y attendait pas.

Une petite question, qui montre que le sujet du plagiat s'est imposé dans l'actualité littéraire, voire banalisé. Il est dans l'air du temps, parce que plusieurs cas de plagiat ont égratigné les milieux littéraires ces derniers mois. Les auteurs des dits trahisons *écarts* démentent, ou se taisent, ou parfois laissent passer de manière décomplexée. Contrairement à James Ellroy, qui exprime une froide colère à cette simple saillie. Une "réaction de vrai écrivain quand on lui parle de plagiat", remarque Mouloud Achour, ce qui est totalement juste.

Cela peut simple désinvolte, cynique, mais le plagiat s'est-il imposé comme une pratique branchée ? Sur ces derniers mois, plusieurs cas de plagiats, discrets ou grossiers, ont émaillé l'actu culturelle.

Houellebecq adore Wikipedia

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Septembre 2010. La carte et le territoire de Michel Houellebecq commence à faire parler de lui, il se murmure qu'il pourrait - enfin - décrocher le prix Goncourt . Pourtant, un accroc apparaît : quelques jours avant sa sortie, Vincent Glad, journaliste à Slate.fr, révèle que Houellebecq, un des écrivains français contemporains les plus connus, a carrément repris des extraits de Wikipedia pour certaines pages de son livre.

Une encyclopédie en accès libre en ligne comme source ! Le scoop du jeune journaliste est totalement avéré, l'écrivain ni la maison d'édition ne démentent. Loin de parler d'un "plagiat" gratuit, il nuance dans son article : il s'agit de "reprises" pouvant "s'apparenter à des «collages» littéraires", et qu'elle n'ont "rien de scandaleux en regard du style de Michel Houellebecq". Ce qui est juste, mais donc consacre la "reprise" d'extraits de textes antérieurs comme étant inhérente à un genre littéraire...

Cerise sur le gâteau, on a découvert que le titre du dernier opus de Michel Houellebecq était lui-même celui d'un autre ouvrage : il a été accusé de contrefaçon par Michel Levy, auteur d'un texte au titre homonyme, auto-édité en 1999 et déposé officiellement à la BNF. L’éditeur du livre aurait donc décidé de ressortir le recueil agrémenté d’un bandeau rouge où l’on peut lire "Édition Originale" (joli argument marketing)... En attendant, la justice tranchera sur ce "plagiat de titre" - Flammarion revendique estime tout à fait banale "l'association de deux mots de la langue courante".

Un exemple plus léger ? Pour le mondial de foot, l'été dernier, la très sexy chanteuse latino Shakira est retenue pour écrire le titre officiel du Mondial : elle sort, "Waka waka", un morceau aux tons africains, exotiques, léger, qui sera évidemment un tube. Juste, on découvre qu'elle s'est fortement inspirée du groupe camerounais Zangalewa (je vous laisse comparer les deux par ici). Bon, finalement, tout est bien qui finit bien, le groupe n'y voit qu'une simple "adaptation". Après quelques (juteuses) négociations entre son avocat et Sony Music.

Hemingway / PPDA

Le 19 janvier 2011, Jérôme Dupuis, journaliste à L'Express révèle une petite bombe : pour sa biographie - pavé consacrée à Ernest Hemingway, Hemingway, la vie jusqu'à l'excès, Patrick Poivre d'Arvor a purement et simplement plagié une centaine de pages d'une autre biographie de l'écrivain, écrite par Peter Griffin et publiée en 1985, épuisée en France depuis. Nous ne sommes plus là dans l'habile reprise de quelques passages, mais une centaine de pages, avec des passages parfois réécrits: L'Express propose des comparatifs sur son site web, puis enfonce le clou le 31 janvier, en comparant de nouveaux extraits (vous noterez en bas de cette page web la pub Fnac.com... pour acheter ledit livre de PPDA ;).

La biographie, qui sort en librairies le 21 janvier, est du coup précédée d'une publicité bien peu flatteuse. Et l'on découvre l'existence d'un nègre (pardon, une "lectrice") sur cet ouvrage, que PPDA charge bien peu élégamment. D'après l'"auteur" donc, le livre envoyé à la presse avant sa mise en librairie n'était qu'une version provisoire que PPDA n'avait pas validée... même s'il avait dédicacé de nombreux exemplaires. O tempora ! O Mores ! (oui, je pille là Ciceron sans crainte).

Certes, tout est loin d'être éclairci. Mais sans complexes, PPDA réplique à longueur d'émissions radio et de plateaux télé : toute la vérité sera éclaircie, et il entend bien déposer plainte pour diffamation pour ces infamies, assure-t-il. Encore jeudi soir, il joue le rôle de "réhabilitateur" de feu Hemingway - vous comprenez, il faut passer outre ces fausses polémiques, ce qui compte est de remettre en lumière l'œuvre de Hemingway, raconte-t-il tranquillement, dans l'émission de François-Olivier Giesbert jeudi soir.

Johnny écoute de la musique réunionnaise...

Le plus fou, donc, étant que même des monstres sacrés de la littérature ou de la musique empruntent à d'autres en "oubliant" de citer leur source d'inspiration. La semaine dernière, on a découvert que même Johnny, notre rockeur national, avait repompé un morceau antérieur pour le premier single de son dernier album, "Jamais seul", co-signé avec Matthieu Chedid. Il y a quelques jours, le patron de la radio Tropic FM, Claudy Siar, affirmait que la nouvelle chanson de Johnny Hallyday présentait une "similitude frappante" avec le morceau "Madagascar" du groupe réunionnais Ziskakan. Pas besoin d'être un musicos avertis pour entendre, à l'écoute, cette très forte "similitude"...

Reste qu'il est fort probable que ce plagiat cette coïncidence sera réglée par une généreuse transaction financière - Le Figaro révélait le 28 janvier que ses membres se refuseraient à intenter une action en justice… par amitié. D'autant que les musiciens connaissent une gloire inattendue, leur chanson fait actuellement le tour d'Internet… Merci Johnny.

dimanche 23 janvier 2011

Monster High, marque gothique de Mattel pour pré-ados ou post-ados geeks ?

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Un univers noir et rose, gentiment trash et étrange, sous influences gothique, manga, de Twilight, Harry Potter, ou encore entre Edward aux mains d'argent et Les noces funèbres de Tim Burton : après ses gentilles Barbie et autres Polly Pocket, le mastodonte américain du jouet Mattel frappe fort en lançant en France une nouvelle marque, Monster High. Ici, ses héroïnes ne sont plus des gentilles petites filles en rose ou des poneys (souvenez-vous, "Mon petit poney", jouet du groupe Hasbro, qui cartonnait dans les années 80), mais des demoiselles dark un rien trash, de court vêtues, et descendantes de monstres.

Le pitch: six personnages descendants de monstres illustres (histoire de créer une continuité), Dracula et autres Frankenstein, et leur quotidien au collège. Les demoiselles, au look pas exactement enfantin, sont dans un univers fantastique, qui multiplie avec humour les codes gothiques, basé sur le noir et les couleurs sombres : fantômes, araignées, têtes de mort, cercueils=... Avec quelques touches de couleurs vives et des nœuds roses qui renvoient à un univers enfantin.

Toi aussi, deviens gothique

Pour lancer cet univers en France (déjà lancé aux Etats-Unis en juin 2010, et dans quelques autres pays européens ces dernière semaines), Mattel a déployé l'artillerie lourde: les six personnages donnent lieu à des poupées bien sûr, dans un autre genre que la Barbie blonde peroxydée ou que Ken...

Mais aussi une kyrielle de jouets et accessoires plus... particuliers: dans la lignée des teen movies à succès mettant en scène des vampires, le tome 1 de Monster High (signé par Lisi Harrison sera présenté au Salon du Livre en mars. Outre la web-série de 15 épisodes diffusée sur le site, vous n'échapperez pas au clip déjà diffusé sur YouTube ...

Sans compter les produits dérivés classiques - T-shirts, sacs, porte-clés, goodies.. Mais aussi des accessoires plus décalés: des nounours (accompagnés d'accessoires de poupées vaudoues), un "carnet secret des horreurs" (agrémente d'un hurlement enregistré à chaque fois que l'on l'ouvre - si si, j'ai testé), une "machine à tatouer" (qui permettent aux petites filles de se faire des décalcomanies ou tatouages éphémères de têtes de mort par exemple)... Une vraie trousse à outils pour tout futur gothique ;)

Bref, les parents vont adorer. Je plaisante bien sûr. Exceptés les fans de la culture underground gothique et post-punk des années 70, je serai curieuse de voir s'ils vont accrocher à cette nouvelle offre, en pleine vogue nostalgique, où plusieurs anciennes licences (un rien cuculs d'ailleurs) connaissent une seconde jeunesse, comme Hello Kitty ou Charlotte aux fraises - ce qui rassure les parents. Certes, l'enfant est prescripteur en achats, mais pas pour les poupées... incarnation par excellence d'un modèle féminin, et d'un cadre d'éducation pour les parents.

J'ai testé auprès de ma rédac, la plupart de mes collègues (jeunes parents surtout) m'ont semblé, au mieux, circonspects face à ces étranges jouets... On était quelques rares à trouver ça marrant ;)

Références post-punks

Le plus surprenant est que Mattel vise les enfants de 6 - 12 ans avec cette nouvelle offre. Peut-être qu'il n'a pas le choix, face à des concurrents tels que le groupe Hasbro ou des nouveaux-venus chinois sur le très juteux marché des jouets pour enfants. Mattel s'aventure donc dans un univers gothique post-punk... prisé des ados depuis quelques années - ça tombe bien, dans une période où les enfants aiment s'approprier un univers destinés à leurs grands frères / grandes sœurs, et avoir pour héros des personnages plus âgés qu'eux.

On avait d'ailleurs vu d'autres tentatives de jouets pour enfants un peu trash , comme avec les poupées -pouffes à maquillage outrancier et lèvres siliconées (des "poupées-salopes" dixit un ami - et papa bien informé ;). Mattel s'y est essayé en 2008 avec une nouvelle génération de Barbie un rien vulgos (ce point de vue d'une maman sur un forum est révélateur).

Mais surtout, Mattel surfe ainsi sur le même créneau que Emily the Strange et Bad Alice, dont je parlais ici, qui se sont déjà imposées comme des icônes rock et gothiques... auprès des ados, voire des adultes.

Et justement, je me dis que, là encore, à tous les cas, ces Monsters high vont faire mouche auprès de certains adultes, plutôt geeks, qui ont baigné ados dans un univers post-punk / new wave, avec pour références Kiss, Bauhaus, Siouxsie and the Banshees, Joy Division, Birthday Party, The Cure, UK Decay... Un univers aussi heroïc fantasy que ne renieraient pas non plus les rôlistes des années 90.

jeudi 30 décembre 2010

La Poste, son obligation de service public, sa novlangue...

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(teasing: promis, le billet suivant sera plus funky :)

Un petit désagrément administratif sans importance, mais quelque peu ubuesque, assez révélateur. J'ai reçu cet étrange courrier cette semaine, m'annonçant dans un style administratif inimitable que :

1/ ils n'avaient pas pu envoyer un courrier que j'avais posté une dizaine de jours avant car

2/ celui-ci avait été malencontreusement bousillé déchiré (en novlangue cela donne "Correspondance détériorée accidentellement dans le Service Postal par notre matériel d'oblitération")

3/ Et de fait, ils m'ont gentiment retourné ledit courrier déchiré, avec une petite lettre d'excuses ("Nous vous présentons nos excuses pour cet incident", etc etc)

4/ Avec aucun semblant de solution ou de réparation, même pas un timbre joint. Juste une demi-solution, une invitation à joindre le "service consommateurs" au 36 31. Lequel service s'est avéré (bien sûr) injoignable, tout comme le numéro du centre de tri de Bercy indiqué en en-tête de courrier. CQFD.

Bilan: j'y ai perdu un simple timbre certes... Et du temps. En plus, il s'agissait d'un chèque, dont le destinataire est heureusement compréhensif :) Mais quels auraient été mes recours s'il s'agissait d'un règlement de facture urgente, de loyer, ou d'impôts ? La Poste n'a-t-elle pas une sorte d'"obligation de service public" à honorer - en l'occurrence que les courriers qui lui sont confiés arrivent à bon port ?

La question mérite d'être posée d'autant que, d'ici quelques jours, La Poste va connaître une petite révolution, avec l'ouverture à la concurrence du service courrier (pour les courriers de moins de 50 g). Une conversion imminente qui semble s'effectuer dans la douleur pour La Poste, pour la gestion de ses équipes, comme le raconte cet article très documenté publié par Médiapart.

dimanche 19 décembre 2010

Banksy, Mr Brainwash, du street art au street marketing

Faites le mur

C'est l'histoire de l'ascension d'un vrai-faux artiste - une imposture ? - à l'ascension fulgurante, ou comment l'on peut s'improviser artiste en vue en compilant quelques bonnes pratiques de ses pairs: c'est la thèse du docu Faites le mur, qu'il faut courir voir, parce qu'il balaie de manière iconoclaste la jeune histoire du street art, entre contestation, graffs, repompages et excès de l'art contemporain. Le graffeur Banksy, une des dernières coqueluches du street art, y retrace à sa manière l'ascension inattendue du Français Thierry Guetta, originellement cinéaste amateur et maladroit qui côtoie le petit milieu des premiers graffeurs des années 2000, entre Paris et Los Angeles, en vue du tournage d'un hypothétique documentaire... Avant de les dépasser, en devenant du jour au lendemain la coqueluche du petit milieu de l'art contemporain aux US.

Un personnage qui symbolise les excès de cette vague artistique née dans les années 80 soumise à des recyclages, business et survalorisation... A condition qu'il existe : avec un art consommé du marketing il semblerait bien que Banksy ait monté un canular magistral, un peu comme Borat: Le New York Times a d'ailleurs qualifié ce docu de "Prankumentary" (docu-canular), comme le relate Nova sur son site.

Le street art, culture contestataire

Faites le mur le retrace très bien dans les premières images, sur l'émergence d'une nouvelle génération de stars du street art au début des années 2000. On y voit défiler tour à tour Space Invader - cousin de l'anti-star Thierry Guetta - , connu pour ces figurines en mosaïque pixellisées, qui ornent des immeubles, murs et endroits improbables un peu partout dans Paris. Shepard Fairey, qui a acquis une célébrité fulgurante avec son portrait bicolore d'Obama.

On y entraperçoit le Français M. Chat, à l'origine des fameux chats souriants... Une de ses précurseur(e)s - étrangement absente du docu - fut d'ailleurs Miss.TIC (qui expose en ce moment à la Galerie W, à Paris, artiste post-punk qui peint ses pochoirs depuis 20 ans sur les murs de Ménilmontant, Montmartre, le Marais, Montorgueil, et la Butte aux Cailles.

Et enfin le graffeur Bansky lui-même, à l'origine de ce docu. Banksy, c'est ce graffeur britannique anonyme, mais qui s'expose dans les musées, devenu une super-star au Royaume-Uni, ce sont ces bombages au pochoir, jusqu'en Palestine, cet épisode des Simpson revisité, et ses installations provoc', ou encore ses happenings, où il amène une réflexion sur l'art contemporain, la société - comme celui-ci à Disneyland en 2006.

En Grande-Bretagne, il vient d'organiser sa contre-fête de Noël rituelle, comme le racontent ''Les Inrocks''.

Du street art au recyclage

Le film narre donc l'histoire de Thierry Guetta, dont les images tournées aux côtés des graffeurs semblent avoir servi de matière première à Banksy. Un ancien vendeur de fringues vintage à Los Angeles devenu d'une façon hallucinante, en quelques années, l'une des personnalités les plus visibles et les plus bankable du monde de l'art (ouais, comme au cinéma, l'art contemporain a ses stars éphémères...).

De ses débuts aux côtés des graffeurs, il va retenir leurs recettes, plusieurs traits qui font l'identité du street art, pour se lancer à son tour comme "artiste" sous le nom de Mr Brainwash, dans un habile exercice de recyclage/repompage, pastiches de Warhol, avec des "oeuvres" entre photocopies améliorées et gadgets visuels. Jusqu'à organiser une gigantesque expo à Hollywwod sur 4 000 m², qui va cartonner - conter toute attente.

Un street art qui a son identité: mouvement contestataire né dans les années 80, il se mêle parfois à des actions antipub, où marques et publicités sont détournées, clandestin car illégal, art par essence éphémère puisque les oeuvres seront immanquablement effacées... Il fut - aurait pu être? - "le mouvement le plus contestataire depuis le mouvement punk", estime Banksy.

Né dans la rue, sur les murs, dans les couloirs de métro, et même... sur les camions, il avait vocation à être éphémère - étrange de le voir transposé dans des galeries et musées.

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Source: Né dans la rue - Graffiti, ed. Fondation Cartier pour l'art contemporain

Il revêt parfois des formes de contre-pouvoir. Dans Barcelone, les grafs et œuvres au pochoir représentent souvent un héritage d'un contre-pouvoir républicain, avec parfois des symboles post-punks; dans l'après-franquisme, comme le montrent ces quelques photos que j'y avais shootées il y a un an.

Banksy, star et marque déposée malgré lui

Mais en creux, avec ce portrait d'un Thierry Guetta inculte, il pose la question de ce qui est authentique ou fabriqué dans l'art. Mr Brainwash est-il vraiment l'auteur des oeuvres exposées? D'ailleurs, est-ce que ce sont vraiment des oeuvres d'art, vue la rapidité de leur conception - comme l'évoque le docu ? Mr Bainwash, devenu star du street art du jour au lendemain par la grâce d'un sens inné du buzz - et d'un article dithyrambique du New Yorker, qui suffit pour l'installer sur le marché de l'art - n'a-t-il pas été précipitamment surcoté par un marché de l'art un peu taré, en quête de hype ?

Sans avoir l'air d'y toucher, Banksy revient sur le sujet un peu tarte à la crème de l'art récupéré par le business, que lui estime avoir pratiqué comme de l'agit-prop. Dans cette réflexion vertigineuse sur l'art contemporain - où, étrangement, le cas d'un autre précurseur, Basquiat, n'est jamais abordé - un dilemme apparaît pourtant : Batsky lui-même n'est-il pas devenu une marque déposée? N'est-il pas devenu à la mode finalement ? L'avant-première de son film à Los Angeles ressemblait à un défilé hype du tout-Hollywood, et Banksy est devenu l'un des artistes contemporains les plus copiés et détournés, racontent Les Inrocks :

En Angleterre, Banksy est devenu un marché tellement juteux qu'il est désormais aux mains d'une mafia qui contrôle aussi le trafic de drogues et de DVD pirates. On ne trouve plus un marché, plus une boutique de souvenirs sans un gadget Banksy : sur des grenouillères de bébé, des mugs, des toiles même, tout est détourné par cette économie grise. Une récente enquête l'affirmait : il est l'artiste dont le copyright est le plus bafoué au monde. C'est aussi un choix : Banksy offre ses images en téléchargement sur son site et refuse, pour protéger son anonymat, de se lancer dans le moindre procès médiatique.

jeudi 9 décembre 2010

Quand "Les Inrocks" publient un (semi-) publi avec le fils du bassiste des Clash

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Comment se recréer une histoire, se rattacher à des icônes passées sans être totalement mensonger ? C'est ma voisine de bureau à Stratégies, Anne-Lise, qui m'a montré, assez ébahie, cet espèce de publi (qui n'est n'est pas vraiment un, certes), publié dans un récent numéro des Inrockuptibles. A la première double d'ouverture, avec icono élégante, caractères calligraphiques et photo vintage aux couleurs un peu passées, on a l'impression de s'apprêter à lire un portrait.

Nullement. En y regardant de plus près, il y a l'icône Levi's à gauche, marque également mentionnée dans le "titre", "Louis Simonon - A view on Levi's Collection". La mention "publicité" apparaît trèèèèès discrètement en haut à droite. Le texte introductif joue pourtant, lui aussi, volontiers sur l'ambiguïté, laissant croire que l'on va lire un portrait d'un jeune chanteur en devenir.

Intriguant mélange de rébellion et d'innocence, d'une évidente envie de vivre à toute vitesse, Louis Simonon impose son style venu d'outre-Manche, déambulant dans un Londres qui lui colle à la peau, il passe d'un band à un autre et gratte les cordes de sa basse, avec cette énergie héritée du punk, le sans des Clash, à travers son père, coule dans ses veines... etc etc.

Pas une seule fois la marque Levi's est mentionnée dans ce texte. Qui joue joyeusement sur le mélange des genres et des références : sur la filiation de Louis Simonon (qui est le fils de Paul Simonon, bassiste du groupe The Clash), dont il est censé avoir hérité automatiquement l'esprit punk, et donc la rebel attitude, le refus du conformisme, le goût de la liberté, et tout ce qui s'ensuit. Des valeurs que Levi's rêve d'incarner et de se réapproprier - une sorte de "punkwashing"... La marque pousse jusqu'à laisser entendre dans ce texte que le jeune homme lui-même a repris le flambeau de la musique... Clairement, Les Inrocks était le support rêvé pour cette campagne.

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Au fil des 7 pages, on découvre, après son tournant mode très moderne du début des années 2000, veut effectuer un retour aux sources dans son identité de marque, que doit incarner cette nouvelle collection : retour à la culture rock et classique, avec jeans et bombers très années 50. La réalisation de cet ensemble est d'ailleurs habile en la matière : Levi's reprend nombre de codes 50s, entre ces couleurs passées, les bagouzes et la banane arborée par le modèle.

Au passage, pour la petite histoire, on découvre que Louis Simonon a avant tout embrassé une carrière de modèle, Prada ayant même eu l'idée de le faire poser avec son père lors de sa campagne de publicité Prada Homme Printemps/Eté 2009. Pas sûre que Prada incarne pourtant un état d'esprit très punk...

dimanche 21 novembre 2010

"La famille Jones", "Logorama": trop de placements de produits dans les films ?

Omniprésentes dans notre quotidien, les marques sont aussi inextricablement liées au cinéma: aux films, aussi bien le dernier blockbuster hollywoodien que le petit film indé français. Une relation ambiguë, puisque la présence de marques dans un film le rend d'autant plus réaliste... Mais leur présence est très souvent monnayée via des placements de produits, méthode de marketing discrète mais efficace.

Ecosystème autour du placement de produits

Chanel dans Les visiteurs, Perrier dans La Haine, Sony et Omega dans les derniers James Bond... Les exemples sont légion, le procédé est connu: la plupart des films comportent des placements de produits (aussi autorisé en télé en France depuis mars dernier, et que l'on voit parfois dans certains bouquins), qui se concrétisent par un accord commercial conclu entre une marque et la production d'un film, qui fait en sorte de faire figurer cette marque (voire de la faire citer dans des dialogues) dès la phase de l'écriture du scénario. Cela passe parfois par une rémunération (la marque paie pour apparaitre dans le film), mais plus souvent par des avantages en nature (la marque prête ses produits le temps du tournage).

Ce qui a d'ailleurs généré tout un écosystème: plusieurs agences se sont spécialisées dans le placement de produit, comme Marques & Films, tandis que le recours au placement de produits est devenu indispensable aux sociétés de production pour boucler leur budget. Et que, clairement, la présence de marques dans un film permet de l'ancrer dans le quotidien, de le rendre crédible.

Consumérisme

Pourtant, le procédé commence à être dénoncé. Dans le cultissime Fight club, comme j'en parlais récemment dans ce billet, James Gray multipliait les placements de produits pour mieux dénoncer le consumérisme ambiant - avec sans doute une petite dose de mauvaise foi ou d'ambiguïté.

Cette semaine sortait le très hollywoodien film La famille Jones, avec David Duchovny et Demi Moore. Une comédie assez caustique sur l'inventivité assez flippante du marketing. Là, Steve et Kate, couple parfait incarnant la classe moyenne américaine, possédant tous les produits dernier cri, s'avèrent être en fait de vulgaires commerciaux recrutés pour faire acheter à leurs amis les produits qu'ils représentent. Un couple en carton-pâte, qui doit pousser ses voisins à acheter.

"Logorama"

Parallèlement à cela, le collectif H5 est allé plus loin en sortant en 2009 un court-métrage très corrosif, Logorama, où tous les personnages et décors sont des logos. Les marques (3 000 dans ce court-métrage!) sont donc là aussi mises en scène... mais sous un mauvais jour, tel le clown McDonald qui y devient un psychopathe prenant un enfant en otage.

Une démarche militante, pas très éloignée de celle engagée par les antipubs. Et un exercice de style qui pourrait déplaire aux marques. une traduction de la société qui nous entoure, explique Ludovic Houplain dans une interview à la revue Trois Couleurs (éditée par les cinémas MK2), un des trois réalisateurs, qui précise qu'ils n'ont pas demandé l'accord des sociétés, considérant que les services juridiques des marques n'ont pas leur mot à dire dans la création d'un film, liberté d'expression oblige. Toujours dans Trois couleurs, on apprend que ce court-métrage est présenté dans des festivals internationaux... Mais dans les faits, il circule aussi sur la Toile. A vous de vous faire une idée...

mardi 19 octobre 2010

Clip-vidéo Ikea + liens "on video" YouTube : cliquez c'est acheté

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On vient peut-être de franchir un seuil avec ce nouveau format publicitaire qui débarque sur YouTube, les liens "on video". Des sortes de liens "invisibles" insérés dans une vidéo YouTube, qui s'affichent sous forme de petits rectangles par-dessus tel ou tel objet ou vêtement de la vidéo lorsque vous y passez votre souris.

Cela m'intéressait d'autant plus que je planche en ce moment sur les nouvelles formes d'affichage publicitaire, et les nouveaux formats qui émergent (d'ailleurs, si vous avez des éléments sur le sujet, n'hésitez pas à en faire part dans les commentaires).

Cliquez c'est acheté... Le précédent "Plus belle la vie" + Quelle

C'est le blog Influencia qui en parlait il y a quelques jours : à l'occasion de sa dernière campagne de pub en ligne, Ikea prend un coup d'avance en matière de communication, en testant ces liens "on video" dans un clip diffusé sur YouTube. C'est le rêve de tout annonceur : cette technologie permet à l'internaute de cliquer sur la vidéo pour acheter en direct le meuble ou la robe de l'actrice qui lui fait envie. Une forme de placement de produit à la sauce 2.0, en somme.

Il y avait déjà eu quelques expérimentations en la matière, notamment la société de production TelFrance, qui avait testé en 2007, pendant 5 mois, le concept d'"achat au clic" pour sa série Plus belle la vie (qui a toujours été assez innovante en termes de merchandising), en partenariat avec la société de vente par correspondance nordiste Quelle. Certains comédiens portaient des vêtements Quelle dans certains épisodes, que l’internaute pouvait acquérir en quelques clics, en visionnant les épisodes de « PBLV » en vidéo à la demande sur Internet.

Clip publicitaire (non brandé) Ikea + achat en direct

Mais là, Ikea va plus loin. Dans ce clip-vidéo publicitaire de 3 minutes, le test des liens "on video" est discret. On a plutôt l'impression de voir un clip branché, “You'll Always Find Me In The Kitchen At Parties” (“Dans les soirées, vous me trouverez toujours dans la cuisine”), musique sympa, qui montre une teuf avec des trentenaires so cool, qui se déroule bien sûr dans une cuisine entièrement meublée Ikea. Mais cela, on le devine plutôt qu'on ne le voit, à écouter aussi les paroles décalées du clip. La marque est discrète : de facto, ce clip n'est pas brandé Ikea, aucun gros plan suggestif sur un objet nous souligne avec lourdeur que l'on est dans une pub Ikea.

Lorsque l'on promène sa souris sur le clip vidéo, de temps en temps, un rectangle noir s'affiche en surimpression d'un objet. En cliquant dessus, la vidéo s'interrompt, et on arrive sur une autre page YouTube, avec la photo, le prix et la fiche de l'objet qui nous intéresse. Un lien vers la boutique en ligne Ikea permet de l'acheter directement en ligne.

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Pub à la demande

C'est grâce à ces intégrations de liens "on video" sur YouTube que l'annonceur Ikea peut se permettre de ne pas être affiché nommément dans ce clip. On imagine les perspectives prometteuses qu'ouvre pour les annonceurs ce type de format publicitaire : pour monter des pubs en ligne d'un nouveau genre où ils apparaîtront discrètement - d'un clic de souris si l'internaute le souhaite... L'internaute pourra choisir ou pas d'afficher l'annonceur - de la pub à la demande en quelque sorte. L'internaute-consommateur devient maître (la fameuse interactivité...), et ne se contente plus de subir des pop-ups et autres bannières publicitaires.

Résultat: en utilisant simplement les intégrations de liens "on video" de YouTube, les marques peuvent proposer un contenu avec une véritable valeur ajoutée tout en laissant la possibilité de découvrir des biens de consommation, décrypte le planneur stratégique Alexandre Ribichesu sur Influencia.

Cela ouvre aussi un boulevard dans le domaine très enviable du placement de produits, une pratique connue au cinéma, qui débarque en télévision... On pourrait aisément imaginer, à l'avenir, du placement de produits réalisé par des marques dans des web-séries diffusées sur YouTube, courts-métrages, émissions... Voire des films.

C'est assez révolutionnaire : c'est la première fois que YouTube, à l'origine "simple" plateforme de partage de contenus en ligne, va aussi loin en proposant un tel format publicitaire..

Ikea, symbolique du consumérisme dans "Fight Club"

Sur le fond, ce type de pub que l'on affiche si on veut sera loin de déplaire aux anti-pubs... Je trouve cela d'autant plus savoureux que ce soit Ikea, marque suédoise devenue LA marque de mobilier standardisé et bon marché... Qui incarnait d'ailleurs le consumérisme dans Fight Club, film de David Fincher de 1999, trash et culte dans sa dénonciation de la publicité et de la société de consommation. Avec cette scène hallucinante où le narrateur, au début jeune cadre dynamique, énumère ses objets et meubles de son appart' tout Ikea...

En chute de ce billet, pour le plaisir, je vous livre ce petit bonus inédit : cet extrait "surtitré" par un internaute qui y a légendé tous les objets Ikea que commente le personnage incarné par Edward Norton (oui oui je sais les sous-titres sont quelque peu exotiques)...

Une manière de souligner tout le paradoxe de Fight Club : un peu comme Bret Easton Ellis dans American Psycho, David Fincher y dénonce la société de consommation, alors que la publicité et les marques sont très présentes dans le film (une trentaine, dénombrées dans la fiche Wikipedia du film).

mercredi 25 août 2010

Les Sex Pistols, du groupe punk à la marque (de parfum)

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Photo: Etat Libre d'Orange

C'est au mieux amusant, vintage, au pire, pathétique. Plusieurs blogueurs ont relayé l'info ces derniers jours, comme ici, , ou encore la campagne d'affichage : les Sex Pistols viennent de lancer leur parfum, disponible en France à partir de septembre.

Eh oui, vous avez bien lu. Un des meilleurs groupes punk des années 70 lance un de ses premiers produits dérivés, du parfum... Dans un packaging qui rappelle celui d'une bouteille de lait et une bouteille d'alcool, orné du tissus écossais et de photos de la Reine d'Angleterre issus de leur cultissime album de 1977, God save the Queen, le groupe vend donc "son" jus, "The Spirit of Punk", aux fragrances de citron, de poivre noir et de cuir paraît-il. Pour cela, il a collaboré avec la marque française Libre d'Orange, d'après le blog Popcrunch. Le slogan est limite téléphoné: "Réveille le rebelle qui est en toi".

Contre-nature

Alors bien sûr on peut trouver l'initiative amusante, second degré... Et après tout, ce n'est pas la première fois qu'un groupe de musique accepte d'être décliné sur des produits dérivés pour fans, et de monter des opérations de co-branding avec des marques.

Ce type de récupération est d'ailleurs devenu monnaie courante dans l'univers de la mode, qui s'approprie ainsi les valeurs qu'incarne le rock (la liberté, le refus du conformisme). Certaines s'y sont prêtées avec plus ou moins d'habileté, telles Sandro, The Kooples, Zadig & Voltaire, ou, un cran largement au-dessus, Ben Sherman, qui lançait en début d'année une ligne (jusqu'aux boutons de manchettes !) en hommage aux Beatles. Mais l'ex-marque phare des punks avait l'historique qui la légitimait pour cela...

Là, cette initiative avalisée par Johnny Rotten, leader des Sex Pistols l'initiative a un petit arrière-goût amer, voire est contre-nature par rapport aux valeurs qu'incarnait le groupe dans les années 70 - la contre-culture, l'anarchie, la remise en cause de la royauté. Et réduit la rebel attitude du groupe keupon à une attitude très mercantile... Pire, les Sex Pistols deviennent une marque. Et se plient aux mêmes pratiques bassement marketing que des Céline Dion, Beyonce et autres Jennifer Lopez, qui ont toutes lancé leur ligne de parfum. Sid Vicious doit s'en retourner dans sa tombe...

samedi 15 mai 2010

Jusqu'où une oeuvre est-elle soluble dans la pub ?

"Quelques gouttes... Ce que tu portais.... Sur ta peau... "Rien d'autre... Sur ma peau..."

Vous avez probablement vu cette pub diffusée en boucle à la télé depuis quelques jours, comme beaucoup de pubs de parfums, à quelques jours de la fête des mères. Mais cela s'entrechoque aussi avec le festival de Cannes. Ça m'a un peu interloquée devant mon écran. En voyant cette pub, je me suis demandée jusqu'où la pub pouvait récupérer une oeuvre ou une icône?

D'essence de Guerlain dans les cheveux...

Dans cette pub pour Shalimar, un des parfums les plus mythiques de Guerlain, en images noire et blanc très cinématographiques, on voit donc Natalia Vodianova mimer une scène qui fait penser au Mépris de Jean-Luc Godard, avec pour fond le morceau Initials BB de Serge Gainsbourg. Un titre qu'il avait écrit lors de son idylle avec Brigitte Bardot. Le sieur Gainsbourg avait déjà largement ouvert la brèche. Dans ce fameux titre, il cite lui-même Shalimar :

Jusques en haut des cuisses Elle est bottée Et c'est comme un calice A sa beauté Elle ne porte rien D'autre qu'un peu D'essence de Guerlain Dans les cheveux ...

Dans cette pub, Guerlain, malin, n'a pas exploité ces paroles. N'empêche, les faits sont là, la marque utilise un titre pour faire revivre son mythe, et recréer une histoire à son parfum. N'empêche, le mélange des genres me froisse, il y a un côté crime de lèse-majesté : la pub a-t-elle le droit de s'emparer d'oeuvres jusqu'à ce point, de récupérer une parole à son profit ? Cela est d'autant plus frappant que Guerlain est une marque qui communique peu : peu de campagnes de pubs, peu de nouveaux parfums (pas besoin), réseau de distribution réduit...

"Et ma bouche, tu l'aimes, ma bouche?"

En fait, Chanel était allé encore plus loin, en 2007, avec cette pub pour son rouge à lèvres Allure, en reprenant carrément LA scène-culte du Mépris et la musique-phare. "Et mes fesses, tu les trouves comment, mes fesses ?" demande BB à Piccoli. "Et ma bouche, tu l'aimes, ma bouche ?" demande Julie Ordon, réincarnation pour Chanel, de cette scène mythique. Est-ce que l'on est dans l'hommage ou la récup' publicitaire ?

Marilyn Monroe détournée

Enfin, dans un autre registre, il y avait eu cette pub récente pour la Citroën DS3 qui mettait en scène Marilyn Monroe... En détournant allègrement des images d'archives pour les mettre en scène dans la pub. Ou comment Marilyn devient (malgré elle) une icône pour une marque de bagnoles.

Elle y exprime sa vision de la nouveauté et de la nostalgie: "Je ne comprends pas pourquoi les gens vivent dans le passé. Ce n'est pas parce qu'on était plus jeunes que c'était mieux. Vous devez inventer vos icônes, votre mode de vie. La nostalgie n'a rien de glamour. Si j'avais une seule chose à dire c'est: vivez votre vie, maintenant". Ce qui permet à Citroën de s'affirmer comme "anti-rétro", et de mettre l’accent sur la nouveauté et l’innovation.

dimanche 9 mai 2010

Emily the Strange, Bad Alice, icônes rock et gothiques anti-Hello Kitty

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Cela fait longtemps que je n'ai pas abordé de sujets market/conso, ce que je faisais plutôt sur mon ex-blog marketing.

Icônes pour enfants

Là, j'avais envie d'aborder la question des marques pour enfants, ces icônes qui commencent à s'imposer, de plus en plus tôt, dans leur univers. Vous avez sans doute remarqué le retour en force de marques et figurines qui baignaient déjà votre enfance (le fameux marketing transgénérationnel) : Babar, sur lequel TF1 mise gros, Oui-Oui, Charlotte aux fraises, Winnie l'ourson... Rien de tel pour séduire les jeunes parents trentenaires, qui achètent ainsi les jouets de leur propre enfance.

Le cas d'Hello Kitty est plus frappant: Sanrio l'a décliné à l'envi, avec plus de 200 nouveaux objets chaque mois : des jouets aux voitures, en passants par les sacoches de portables, les valises,, stylos, papeterie, skis (véridique)... Un personnage omniprésent, plutôt guimauve que kawaï - mais que je vois arboré aussi bien par des petites filles de 4 à 10 ans que des quadras (ce qui, dans le second cas, peut sembler quelque peu pathétique).

Heureusement, une nouvelle icône moins gnangnan commence apparaître chez les pré-ados : Emily the Strange. Là, on est dans un univers rouge, noir et blanc (comme les White stripes...), plus sombre et plus gothique. Emily the Strange, c'est une ado de 13 ans aux cheveux noirs, accompagnée de son chat (noir, forcément), qui semble tout droit issue d'une BD. Ses slogans: "Get lost", "Be yoursefl", "Do it yourself".

C'est plutôt un univers de sale môme, rebelle, inséparable de son "strange cat", plus introverti et moins capricieux, à voir le site officiel. Cet univers est d'ailleurs extrêmement bien implanté sur la Toile, sur Facebook (où elle compte quelques 37 700 fans), Twitter, MySpace et YouTube.

Plus que les petites filles en plein dans l'univers princesses, rose et personnages de Walt Disney (les parents lisant ces lignes reconnaîtront cela ;) , ce personnage cible plutôt les pré-ados, qui cherchent à se construire un univers moins simpliste. On l'entraperçoit d'ailleurs un moment sur l'affiche de la chambre d'une des héroïnes du film Tout ce qui brille.

Rock, individualisme et féminisme

D'après sa page Facebook, cette "petite fille" rock est née en 1993, de l'imagination de l'artiste Rob Reger, qui a créé initialement une série de t-shirts inspirés d'un graphisme trouvé à l'arrière d'une planche de skate. Les valeurs qu'elle véhicule: "l'individualisme, et la prise des pouvoirs des filles, quel que soit leur âge. C'est la marque originale pour les ados qui ont de l'attitude. Vas-y, reste étrange. Sois toi-même. Fais-le toi-même", affirme la page Facebook officielle. Individualisme triomphant, prémices de féminisme, affirmation de soi (avec un slogan qui rappelle celui des parfums Calvin Klein dans les années 90...)

Le trailer, créé en février, très bien fait, qui restitue très bien ces valeurs. On part sur un dessin animé vintage en noir et blanc, dont la bande-son crachotante rappelle les anciens dessins animés de Walt Disney, pour arriver à une petite fille très rock, sa guitare électrique entre les mains; Les références graphiques: la famille Adams, Jamie Hewlett (auteur de tout l'univers visuel du groupe Gorillaz, ou encore des BD destroy Tank Girl).

Une nouvelle concurrente : Bad Alice

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Une autre petite icône gothique est en train de prendre ses marques : Bad Alice. Vous risquez d'en entendre bientôt parler bien davantage, car VIP Licence, a les droits d'exploitation de cette licence en France, a bien l'intention d'imposer cette marque . Quand je les ai rencontrés début avril, lors du Kazachok Licensing Forum, un salon professionnel dédié au licencing, ils avaient au catalogue des livres, accessoires, jouets, et même un scooter fabriqué (en marque blanche) en Chine, qui devrait être lancé en mai..

jeudi 18 mars 2010

"Le Web prend le large", première expérience de "crowdsponsoring"

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Le concept est inédit, et assez bluffant, parce qu'il est représentatif de nouveaux types d'opérations dans lesquelles s'impliquent les médias, mais aussi de nouvelles manières d'impliquer des communautés d'internautes - et des lecteurs. J'en parle ici non seulement par sympathie pour Pierre-Yves Lautrou, journaliste de L'Express à l'origine de ce projet (spécial copinage, donc...), mais aussi parce que le projet en lui-même est fondamentalement innovant, parce qu'il explore de nouvelles ressources (collaboratives) du web.

Mercredi 17 mars, au siège du Groupe Express Roularta (le groupe au sein duquel je bosse - pour l'instant encore ;), Pierre-Yves Lautrou présentait son projet "Le Web prend le large". Journaliste, mais aussi coureur au large depuis plus de 10 ans, à l'origine d'un blog, Au large, qui jouit d'un joli succès, il a décidé de sauter le pas cette année, et de poser une année sabbatique pour courir la Route du Rhum 2010, et prendre le départ à St Malo le 31 octobre. Rien que cela. Pas vraiment une première, certes, puisqu'il avait déjà couru quelques régates, dont avec, déjà, Altaide pour partenaire depuis 4 ans.

Projet entrepreneurial

Mais, loin d'être un simple projet sportif perso, il s'agit d'un véritable projet entrepreneurial (ça tombe bien, à l'heure où le "journaliste - entrepreneur" est dans l'air du temps), et embarque dans l'aventure le média pour lequel il bosse, comme le relate Eric Mettout. Lequel assurera la couverture médiatique du projet, naturellement (un suivi dans le magazine est assuré, ce à quoi s'ajoutera un blog dédié à l'opération, Le Web prend le large).

Mais aussi d'autres partenaires de choix, comme Altaide (l'agence de recrutement en ligne de Jacques Froissant), et Laneo (plateforme de "mobilisation citoyenne"), ainsi que la start-up Eeple, qui gère les aspects techniques du projet. Et surtout, potentiellement, il entraînera dans son sillage... quelques milliers d'internautes.

De fait, pour parvenir à boucler le budget global de l'opération, qui s'élève à quelques 280 000 euros (qui couvrira notamment la location du bateau, l'achat de voiles, l'assurance, l'inscription, le retour en cargo, les billets d'avion, l'hôtel, les frais de télécommunication), les initiateurs du projet ont eu pour idée de proposer aux internautes, particuliers et entreprises, de sponsoriser le bateau. Chacun peut acheter via Internet, sur le site dédié, des espaces publicitaires sur le bateau. Une souscription un peu particulière donc : à partir de 100 euros, elle permet à tout un chacun d'acheter en ligne un espace sur les voiles et sur la coque du bateau. PYL portera ainsi vos couleurs ou votre message pendant la Route du Rhum. Pour les entreprises, le ticket d'entrée s'élève à 1 500 euros.

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Les "micro-armateurs" et entreprises du voilier Le Web Prend Le Large peuvent donc apposer un message, un logo ou une image assortis d'un lien sur l'espace qu'ils ont acquis sur le bateau. Forcément, j'ai testé sur le site ;) Et donc c'est fait, j'ai réservé mon petit carré au nom de mon blog. Visiblement, le système de micro-paiement en ligne n'est pas encore opérationnel, mais cela ne saurait tarder. Ce qui est astucieux, bien sûr, et que l'on peut choisir le positionnement de son/ses carrés sur le site. Les principaux partenaires auront des emplacements spécifiques réservés.

La promesse pour les internautes : suivre les coulisses de la course

A la clé pour les internautes, la promesse de "suivre le projet et la course de l'intérieur. Vous aurez accès aux informations . textes, images, sons - en avant-première. Tout au long du projet, des rendez-vous exclusifs avec le skipper, à terre et en mer, vous seront également proposés. Enfin, un concours vous permettra peut-être de faire partie des heureux gagnants invités à naviguer une journée à bord... ", annonce le site. On imagine aussi le potentiel autour d'Internet pour que la communauté d'internautes-supporters suivent au plus près : via le fil Twitter de @PYL, ses deux blogs, voire des séquences vidéos... Quant aux entreprises, pour elles, forcément, le retour sur image est garanti. Dans la présentation PDF, les initiateurs du projet annoncent même une régate virtuelle sur Internet qui sera sponsorisée. Les internautes deviendront eux-mêmes de relais autour de cet événement.

Loin d'être une opé de sponsoring classique (à laquelle seules les entreprises qui en ont les moyens pourraient participer), il s'agit donc d'une sorte de sponsoring participatif, et même de "première expérience de crowdsponsoring", dixit Jacques Froissant, soit de sponsoring par la foule.

Crowdfunding

Ce qui me passionne est qu'il y a un bouillonnement, en ce moment (peut-être passager certes) autour du crowdfunding (littéralement "financement par la foule"), cette forme de mécénat populaire à la sauce 2.0 qui est en train d'émerger comme modèle économique entière pour financer des start-ups d'un nouveau genre sur Internet, et s'inscrit un peu dans la lignée du crowdsourcing. Il permet de financer des projets en faisant appel à un grand nombre d’internautes, qui apportent de petits investissements. Ses pionniers furent les MyMajorCompany et autres Akamusic.com et Sellaband.com, qui permettaient aux internautes de financer la production de l'album d'un artiste aspirant. Un modèle que l'on a vu s'étendre au cinéma (PeopleForcinema, TousCoProd, MotionSponsor), à l'art vivant, et même au journalisme, pour pré-financer des reportages, comme j'en parlais là.

Et ce soit en complément, soit à la place de modes de financements traditionnels (banques, investisseurs...). Et pour cause : puisque l’internaute-consommateur (de culture, d'infos...) a pris l'habitude de piocher gratuitement des chansons , des articles, en suivant les recommandations de son réseau, et de donner son avis, pourquoi ne financerait-il pas les œuvres qu’il apprécie, et qu’il veut soutenir ?

C'est donc d'autant plus intéressant de voir ce jeune modèle économique s'étendre au sponsoring sportif - le premier cas connu fut celui de MyFootballClub, qui permet aux internautes de financer une équipe de foot. Une nouvelle aventure qui même donc, ici, journalisme, défi sportif, et crowdsponsoring. A suivre.

dimanche 31 janvier 2010

Phonographe, 78 tours, 45 tours, cassette, CD, MP3... 100 ans de musique enregistrée

Cette semaine se clôturait à Cannes la 44ème édition du Midem, rencontre annuelle des professionnels de la musique et du disque. Rencontre professionnelle qui permet toujours de prendre le pouls d'un secteur économique - et de l'état de la création artistique qui en émane.Si, sur le second plan, la créativité des artistes n'a jamais donné lieu à autant de nouveaux-nés sur la scène musicale, sur le premier plan, clairement, l'industrie musicale ne se porte pas très bien. A voir, par exemple, les constats mitigés chez ElectronLibre et Slate.fr.

Le contexte est d'autant plus particulier que, on en a peu parlé, mais la musique enregistrée est centenaire ! Un siècle que se sont succédés différents supports : le phonographe de Thomas Edison en 1877, le gramophone à 78 tours par minute de l'Allemand Emile Berliner en 1887, le disque vinyle à microsillon à 331/3 tours par minute de Columbia en 1948, le vinyle à... 45 tours/minutes de RCA-Victor la me^me année (première guerre des formats !), la cassette audio dans les années 70, le premier CD (compact-disc) en 1982...

Des standards, des formats qui se succèdent, avec toujours les mêmes problématiques : comment trouver un support physique qui restitue le plus fidèlement possible le son initial, et soit le moins possible altéré par le temps ? Se succèdent aussi constamment la guerre des formats, les crises, la concentration des firmes musicales...

Mais dans les années 2000, une mutation de taille est apparue : Internet. Et l'émergence du format MP3. Pour la première fois, la musique a un support dématérialisé, abstrait. Lequel support - autre bouleversement - n'est pas un format initié et contrôlé par l'industrie phonographique. Les formats de fichiers numériques musicaux reproductibles permettent à tout un chacun de faire circuler sa musique, voire de s'autoproduire (avec les ordinateurs "multimédia" qui apparaissent alors), sans passer par le maillon traditionnel des maisons de disques.

Une problématique très bien résumée dans le livre d'Emmanuel Torregano (''Vive la crise du disque !'', ed. Les carnets de l'info, 21 € - que j'ai chroniqué pour L'Expansion.com) : les acteurs de la musique ont eu beaucoup de mal à prendre le virage du numérique. Après des années 90 florissantes, où les revenus avaient été multipliés par quatre !

Avec des indices significatifs : en 2001, l'Allemagne, les Etats-Unis et l'Angleterre étaient déjà en pleine crise du disque, les ventes plongeaient. Côté français, les ventes étaient soutenues par... les premières éditions de la Star Ac' et Pop Star, révèle Pascal Nègre, patron d'Universal France.

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D'où leurs tentatives de démultiplier les sources de revenus : plateformes de téléchargement, quitte à prendre des parts dans des sociétés de l'Internet, artistes parfois outrageusement porte-marques publicitaires, tournées aussi rentables que possible, voire concerts privés, plus-produits pour fans... Quitte à tenter de ressortir des supports vintage, comme le classique disque vinyle, que l'on vendra plus cher à un public averti (voir mon billet sur le sujet).

So, et maintenant ? La mission Zelnik a suggéré des pistes, diversement accueillies. Quelles pistes pour demain ? L'abonnement à une offre illimitée est souvent évoquée dans les discours qu’Emmanuel Torregano a retranscrits. Alors que la piste d'une "carte jeune" à 50 €, évoquée dans la mission Zelnik, fait son chemin.

Une chose set sûre : les artistes ne pourront plus penser la chronologie de leur production au rythme albums / tournées / compilations (so 80's...), mais autour de nouveaux modèles : coupler la vente sous deux formats différents (la vente de fichiers MP3 + CD; ou disques vinyles 'à haute valeur ajoutée' +MP3), la diffusion gratuite sur une plateforme payée par la publicité, des systèmes d'abonnements, les concerts (plus encore qu'avant)...

BD numériques lisibles sur iPhone (et bientôt sur iPad) à Angoulême

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Le Festival de Bande dessinée d'Angoulême se déroule cette année dans un contexte particulier : comme j'en parlais déjà l'an dernier dans ce billet et celui-ci, quelques start-ups commencent à s'associer des maisons d'édition pour lancer des "BD numériques", dont les planches sont lisibles sur ordinateur, voire sur iPhone via une application dédiée.

L'innovation étant que, bientôt, ces "BD numériques" seront lisibles sur de nouveaux supports nomades : les Readers, mais aussi... l'iPad, la tablette numérique d'Apple tant attendue, annoncée cette semaine. Elle sera compatible avec le format ePub (le standard pour les livres numériques), et acceptera les applis iPhone.

Or, les éditeurs BD, comme Aquafadas, Manolosanctis, Tekneo (avec Nomadbook)... rivalisent d'idées innovantes pour valoriser leurs récits sur ces nouveaux supports. Et prendre le virage du numérique, en mêlant différents formats. Je les ai passés en revue dans ce diapo en images, que j'ai publié cette semaine. Plusieurs misent sur l'audio, qui leur permet d'accompagner de commentaires des auteurs certaines planches de leurs BD. Les internautes peuvent parfois laisser des commentaires écrits à certaines BD.

Certains, comme Manolosanctis ou Sandawe, proposent carrément aux internautes de sélectionner leurs BD favorites, celles qui sont plébiscitées étant publiées, voire co-financées par des internautes, selon le principe du crowdraising, déjà appliqué chez Mymajorcompany ou Peopleforcinema.

Clairement, les plateformes numériques ont essaimé sur la Toile : BD Touch, Digibidi.com, Relay.com, Lekiosque.fr, Mediatoon, MobiLire... Il leur restera à trouver leur business model, et les services ++ qui leur permettront de se distinguer.

dimanche 10 janvier 2010

Applis mobiles "pour adultes" : c'est parti ?

Vu chez l'ami Guillaume Grallet, les applications mobiles, qui vont cartonner, comme l'expérimente déjà Apple (j'en ai parlé ici et entre autres), pourraient s'étendre... au domaine X.

On le sait, le X a fait les beaux jours du Minitel (Rose), et des débuts du web. Dans le domaine des applis mobiles, historiquement, Apple ne valide pas les applications "pour adultes" pour son AppStore. Mais d'autres s'y intéressent déjà, et comptent bien en lancer sur d'autres plateformes, dont Android (puisqu' il n'y a pas de filtrage des applications lancées sur l'Android Market). Reste à voir si, lorsque cela émergera réellement, il n'y aura pas un filtrage d'une manière ou d'une autre. Un industriel y va d'ailleurs déjà de son petit buzz sur la Toile :

lundi 28 décembre 2009

"Dictionnaire du look": t'as le look bimbo, emo, bobo, caillera, arty... ?

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Dans la traditionnelle moisson de bouquins offerts pour Noël, j'ai eu un petit coup de coeur pour celui-ci (le genre de bouquin dont on se dit "grmf, j'aurais bien aimé l'écrire !"). Dans ce "Dictionnaire du look - Une nouvelle science du jeune" (ed. Robert Laffont), Géraldine de Margerie, jeune journaliste chez Yagg (site d'infos gay et lesbien) avec les photos d'Olivier Marty, DA et photographe, de l'agence de communication visuelle IP-3, passent en revue 39 looks, styles, sous un angle un peu conso/tendance, mais aussi sociologique, pour parvenir à cerner de véritables sociotypes. C'est surtout là que réside l'intérêt du bouquin.

De fait, c'est l'aspect étude sociologique sous-jacente qui est le plus intéressant : comme l'indique son sous-titre, ce bouquin a vocation à aider les parents un peu paumés à mieux comprendre leurs ados d'enfants,Mais il permettra aussi à tout un chacun de mieux cerner ses amis ou relations professionnelles. Et on se doute que c'est le genre d'ouvrage qui est pain bénit pour les pros du marketing.

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre, il ne s'agit d'un 'dico encyclopédique' sur les looks du moment, mais un passage en revue avec légèreté, humour et précision dans l'écriture pour cerner plusieurs looks, qui renvoient aux cultures idoines (et CSP, bandes, influence culturelles du moment...). D'ailleurs, le ton est à la fois neutre et optimiste, avec juste ce qu'il faut de distance, par des auteurs qui maîtrisent bien leur sujet.

Le livre s'attarde plus longuement sur les tendances les plus connues, comme les bobos, la révélation des années 2000 ("le coeur à gauche et le portefeuille à droite", comme on le sait). Le chapitre qui y est consacré est d'ailleurs très drôle et riche, avec des 'sous-types' (bohemian bourgeois, biobo, aristo-bohème...), la culture, les lieux stratégiques, les prénoms d'enfants bobos (véridiques - j'ai déjà croisé des pauvres Philémon, Lou et autres Cerise), un samedi-type...

Bien aimé aussi le passage en revues d'autres catégories connues (le geek, la fashionita, le gothic, le BCBG...) ou plus émergentes (la lolita kawai issue de la culture nippone, les baby rockers des beaux quartiers fans des Strokes et de Philippe Manoeuvre, le jah-jah, dérivé contemporain des hippies...).

Les textes sont complétés par des photos alternant portraits des looks-types, accessoires... Autre point très agréable, le bouquin ne cède pas la facilité de citer des marques portées sur les photos. Les marques-fétiches pour tel ou tel style sont juste citées dans le texte.

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