JO Pekin

Longue conversation sur le sujet avec Steven hier soir, qui bosse justement, en ce moment, avec le constructeur sud-coréen Samsung, qui est précisément un des principaux sponsors des Jeux Olympiques de Pékin et de la flamme olympique. Depuis plusieurs semaines, la question, en tous cas, fait débat au sein des sponsors des JO de cette année, alors que s'amplifient les appels au boycott et les considérations sur les droits de l'homme en Chine et au Tibet. Les marques sponsorisant les JO, qui démarrent dans 4 mois, devraient-elles prendre leurs distances, voire se retirer en tant que sponsors ? Autre débat qui commence à poindre : les consommateurs eux-mêmes devraient-ils boycotter ces marques en cessant d'acheter leurs produits ? Evidemment, en tant que citoyenne-consommatrice, je suis pour le respect des droits et des libertés individuelles, et pour la liberté d'expression. Pour moi, le régime chinois n'est pas démocratique. Je milite pour l'indépendance du Tibet. Dois-je répercuter cela en arrêtant d'acheter des produits chinois, et des produits de Samsung, Lenovo et Atos Origin ?

En termes strictement marketing, il est vrai que cela pose des questions assez inédites pour les sponsors : "Le gouvernement chinois est le gardien de 1,3 milliard de consommateurs potentiels, donc ces entreprises pèsent leurs mots", déclarait récemment Damien Ryan, consultant média à Hong Kong chez Ryan Financial Communications, dans ce papier de La Tribune. Mais, fait inédit, alors que la Chine a donné, ces dernières semaines, un inquiétant coup de vis à la liberté d'expression, les entreprises sponsors se sont soudain retrouvées en position de devoir s'expliquer... Beaucoup de consommateurs faisant l'amalgame entreprise sponsors = entreprise qui soutiennent le régime chinois.

Le tout est un peu... absurde, mêlé de politiquement correct. Il faut rappeler que les entreprises ayant décidé de sponsoriser ces derniers JO, soit, sponsorisent chaque JO depuis des années, comme McDonald's, sponsor du CIO depuis 1976 ; soit, ont signé leur contrat de sponsoring bien avant la décision du CIO de retenir la candidature de la Chine, tel Samsung, qui est partenaire de JO depuis dix ans, soit bien avant le choix de Pékin par le CIO, comme le rappelle Laurence Thurion, bien placée pour parler du sujet, dans son très intéressant billet.

Boycott. Le mot est brandi telle une torche olympique, plus encore depuis quelques jours, alors que le parcours de la flamme olympique à Paris ce 7 avril s'est transformé en sinistre farce, où les forces de police françaises (les CRS) ont été à l'origine de nombreux débordements, dont à l'encontre des journalistes, comme le montre cette vidéo diffusée au JT de France 2 et sur Dailymotion. Bref, les autorités françaises ne se sont pas illustrées, retirant les drapeaux et fanions pro-tibétains des mains des manifestants (mais pas les fanions chinois). Du coup, l'appel au boycott des douze sponsors privilégiés (de A comme Atos Origin à V comme Visa), paru dans Libération du 24 mars, est peut-être un peu facile... sur un sujet sur lequel il est difficile de prendre position.