8th wonderland

Quelques internautes qui occupent des fonctions-clés (journaliste, traductrice, responsable informatique dans des services secrets...) dans plusieurs pays, qui sont membres d'un réseau social très privé. Lequel leur permet de tchater, et de monter progressivement des actions communes très politiques, au point de devenir progressivement un contre-pouvoir, et même, un pays virtuel... Avec le même désir d'améliorer le monde, de ne plus subir l'actualité sans pouvoir réagir, elles créent le premier pays virtuel. Chaque semaine, tous ses habitants votent par référendum une motion différente.

C'est la trame de 8th Wonderland ("la 8ème merveille du monde"), un premier film indé français, réalisé par Nicolas Alberny et Jean Mach, sorti il y a une quinzaine de jours. Certes, ce film de politique-fiction high-tech souffre d'incohérences dans le scénario, et de concepts pas toujours suffisamment aboutis. Il n'empêche, cette mise en pratique du concept de cyberdémocratie est assez vertigineuse, car finalement pas si irréaliste que cela.

Cyberdémocratie

Une communauté d'internautes du monde entier pourrait-elle acquérir une influence sur l'ordre mondial actuel, en contestant des décisions politiques et économiques des États? A tout moment, 24 heures sur 24, ses internautes se parlent constamment entre eux.

Avec pour outils des motions et votes au suffrage universel organisés en temps réel, ou encore un impôt symbolique mais suffisant pour mettre au point des opérations politiques, 8th Wonderland, une sorte de méga-intranet, esquisse-t-il un système alternatif de gestion politique décentralisé ? C'est la thèse (révolutionnaire ?) que laisse entrevoir ce film.

Les tchats sont représentés à l'écran devant un tourbillon d'images des internautes-membres. Pour cela, la production a recouru à une interface en 3D : un carrousel de vidéos qui s’adressent les unes aux autres, souligne Jean-Noël Lafargue dans ce billet très documenté.

Malins, les producteurs ont creusé la mise en abyme en assurant plusieurs relais en ligne pour ce nouveau monde virtuel : doté de son site bien sûr, 8th Wonderland a aussi sa page Facebook, son fil Twitter, et même des mails envoyés par son ambassadeur David aux "citoyens" de 8th Wonderland.

Les Yes Men, Facebook, Wikileaks pour modèles

La story de ce film n'est pas sans évoquer l'univers des Yes Men, ces potaches très radicaux qui utilisent le canular (et internet pour média) pour montrer les insuffisances des grandes sociétés capitalistes. Les premières actions des citoyens de 8th Wonderland rappellent cet esprit potache anar: avec l’installation de distributeurs de préservatifs dans les églises de la cité du Vatican, ou encore l’édition d’une bible darwiniste.

Mais 8th Wonderland - filmé en 2007, le détail est important - rappelle aussi de manière un peu vertigineuse Facebook... Qui, après tout, constitue une communauté en soi, avec ses rites, ses codes, ses groupes... Il y a même eu un éphémère président-fantoche autoproclamé en septembre 2007, un certain Arash Derambarsh, auquel les médias ont cru un temps... Comme dans 8th Wonderland

Ou encore, il évoque furieusement WikiLeaks, un site d'analyse politique et sociétale, sécurisé, qui vise à rendre visibles des fuites d'informations, notamment des "régimes d'oppression en Asie, aux États-Unis, l'ancien bloc soviétique, l'Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient", tout en protégeant ses sources.