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La consécration. Depuis quelques semaines, dans le cadre de l'affaire Bettancourt, dont il a fait une affaire Woerth-Bettancourt, en publiant le 16 juin des enregistrements de conversations très perso de Liliane Bettancourt, Mediapart marque un nouveau tournant pour la presse en ligne. Et, en égrenant les scoops au fil des jours, se distingue de ses petits camarades "pure players du web", Rue89, Bakchich...

Journaliste d'investigation en ligne

Car au fil des jours, il a vu ses abonnements en ligne augmenter, chaque jour, grappillant jusque 300 nouveaux abonnés par jour. Aux dernières nouvelles, il compterait près de 30 000 abonnés à la version payante de son site (5 000 nouveaux abonnés depuis le début de l'affaire), contre 2 500 début mai, comme me le précisait alors son rédac' en chef Bruno Bonnet.

Du coup, le site d'infos créé par Edwy Plenel s'est d'autant plus légitimé comme site de journalisme d'investigation à l'ère du numérique. Et s'est même imposé comme marque média (comme le soulignait Alain Joannes), étant relayé par les médias classiques (radios, télés, presse écrite). Avec des valeurs telles que l'indépendance vis-à-vis du pouvoir, l'enquête. Et du coup, est devenu connu du grand public.

Coup de projecteur sur les pure players du Web

Un phénomène inédit, un événement politique, mais aussi un virage positif pour la presse en ligne. Alors que c'est la première "affaire" qui explose à un moment où Internet s'est imposé comme support pour de nouveaux médias, qui n'avait pas la même force de frappe lors des autres grandes affaires. Par définition, c'est un média de l'immédiateté, très réactif, où l'on peut publier l'info en temps réel. Pas besoin d'attendre l'édition du lendemain ou de la semaine, comme ce fut longtemps le cas pour la presse écrite...

Car par extension, au-delà du cas de Mediapart, cela a apporté un coup de projecteur médiatique sur les Bakchich, Arrêt sur images.net, Slate, et autres Rue89, créés par des journalistes expérimentés venus de la presse papier, qui y ont importé leurs méthodes de travail - et d'investigation - et nourris par le travail de jeunes journalistes, qui prennent donc le relais pour ce travail d'investigation à l'heure du Net. Les relais précédents de telles actus? C'étaient Le Canard Enchaîné, L'Express, ou Le Monde qui les révélaient.

Un phénomène dont ont aussi profité les sites web de titres de presse comme LePoint.fr, qui a lui aussi dopé ses audiences grâce aux écoutes téléphoniques qu'il a mises en ligne le même jour que Mediapart.

Modèle économique, nouveaux types de récit journalistique

Médiapart a aussi osé miser sur un modèle économique hybride, avec des contenus en bonne partie payants, et une édition papier. Le modèle payant étant rarissime dans la presse en ligne: dans un échange donnant-donnant, ils sollicitent une certaine forme de soutien - et de confiance - de leurs abonnés.

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Comme d'autres, ils testent aussi des formats innovants, comme la "carte mentale" de l'affaire Woerth-Bettencourt, un format plutôt anglo-saxon, mais qui demeure rarissime en France. Un format proche du journalisme de données qui fait beaucoup débat en ce moment - Owni résume aussi, à sa manière, l'affaire en une image - mais qui permet ici de résumer, d'un coup d'oeil, un dossier complexe.

Certes, les journaux papier ou JT sont coutumier de cet exercice journalistique, mais ici ils ne l'ont pas fait. Surtout, Mediapart l'utilise avec des ingrédients propres au Web, pour en faire un document infiniment plus riche, plus interactif. Pour aboutir à une forme de carte interactive, un format qu'ont testé déjà il y a quelques années des start-ups visionnaires, comme le RTGI. En un clic, chaque point de la carte nous renvoie à un article, chaque images constitue la porte d'entrée à un article, un document complémentaire, ce qui permet à l'internaute d'avancer dans son enquête perso.