futur.jpg

Philippe Starck, nous le connaissons tous. "Créateur visionnaire", "Pape du design", megastar qui a popularisé cette discipline... Il est lui-même devenu une marque, qui a "signé" la brosse à dents Fluocaril, le vélo urbain Peugeot, la dernière Freebox, une bûche de Noël Lenôtre... Mardi 4 juin en début de soirée, Arte diffusait un ambitieux documentaire, Le Futur par Starck, réalisé par Gaël Leiblang, qui nous emmenait, s'improvisant interviewer très béotien, à la rencontre de visionnaires, souvent méconnus du grand public, qui pensent et inventent le monde de demain. Arte creuse ainsi le sillon de programmes dédiées à l'innovation et l'anticipation, déjà entamé avec la diffusion de la série suédoise Real Humans, dont je parlais ici.

Aux quatre coins du monde, Philippe Starck, part donc à la rencontre d'experts visionnaires qui analysent les mutations de l’homme et, plus généralement, les avancées scientifiques. Un voyage dans le futur, où il se pose cette question aussi existentielle qu'universelle : quel sera notre monde de demain ? Il s'improvise donc reporter et interviewer, auprès de médecins, chercheurs et philosophes visionnaires, méconnus du grand public, au fil des labos de recherches et universités qu'il parcourt. où vivrons-nous? Que mangerons-nous? Comment sera le corps de l'homme?... En moins de deux heures, le docu se livre à une forme de prospective tous azimuts.

On y découvre ainsi le travail de Kevin Warwick, professeur de cybernétique, George Church, pionnier de la biologie synthétique, de Kevin Warwick, professeur de cybernétique anglais et un des premiers humains-humains militants cyborgs, me précise cette notule sur le site web dédié à l'émission, conçu par Upian, que je consulte sur ma tablette.

Car Arte a eu la bonne idée d'arrimer à ce docu un site web dédié, où défilent automatiquement des infos complémentaires au docu, de manière synchronisée. Avec même des citations-clés et un petit bouton Twitter - du prêt-à-tweeter en somme (j'ai testé)... Au fil du docu, un chiffre affiché en bas de l'écran de mon téléviseur (le nombre de secondes écoulées depuis le début), me permet de synchroniser le contenu de la page web avec le déroulé de l'émission.

Pour K. Warwick, c'est sûr, le post-humain sera "augmenté" grâce aux technologies. Pour lui, en tant que scientifique, les être humains "pourraient être encore mieux" - comprenez une fois "augmentés". George Church, pionnier de la biologie synthétique, chercheur à Harvard, planche sur le séquençage de l'ADN. Le site web m'enjoint à "praticiper au Personal Genome Project " qu'il a initié. Et lance un mini-spndage pour/contre les thérapies géniques. Un extrait de Jurassic Park nous rappelle ce vieux rêve qui devient réalité: recréer des espèces animales à partir d'une simple goutte de sang prélevée sur un moustique fossilisé... Faux ? "L'écosystème n'a pas forcément besoin qu'on recrée l'espèce originelle: on pourrait recréer un hybride", commente le chercheur.

Quid du cyborg vs post-huamin et homme augmenté ? "Un des grands éléments éthiques de toutes ces transformations: leur possible réversibilité, pouvoir revenir en arrière", rappelle Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie à l' université Paris Diderot. Qui évoque les risques d'instrumentalisation où la médecine s'aventure "non pour soulager la souffrance, mais par convenances personnelles" - cf la chirurgie esthétique... Et "la tentation du formatage", esquissée dans Bienvenue à Gattacca.

Vincent_Callebaut_Lilypads_1_S.jpg

Les "nénuphars géants" de Vincent Caillebau

Autre préoccupation future, l'évolution de notre planète, avec la montée des eaux, et des questtons géopolitiques inédites qui se poseront; Les réfugiés climatiques, alors que selon le Giec, le niveau des océans devrait monter de 40 cm à 1m d'ici 2100 : 6% des Pays-Bas: 80% de plusieurs atolls en Océanie sont menacés de disparition. L'enjeu: pour le chercheur François Gemenne: "encadrer les flux migratoires", alors que d'ici 2060, "500 millions de personnes seront exposées à un risque constant d'inondation". Autre question presque métaphysique: que deviendraient des pays qui disparaîtraient physiquement ? La question se pose, alors que plusieurs îles sont déjà menacées de disparition. Les gouvernements d'Etats voisins de pays disparus physiquement seraient-ils prêts à abriter leurs voisins ? Quelle solution technologique inventer pour protéger des zones à risque ? Avec par exemple ces projets d'îles flottantes, imaginés par l'architecte Vincent Callebaut, sortes de nénuphars géants qui pourraient accueillir jusque 50 000 habitants.

Autre question littéralement vitale : que mangerons-nous ? Ce n'est déjà plus de la science-fiction, les insectes à croquer pourraient devenir un mets à déguster dans le futur: Alexis Chambon en cuisine déjà. Riches en vitamines et protéine,s peu coûteux, disponibles en abondance, ils pourraient être une alternative à la viande.

Et l'agriculture, passera-t-elle par la photosynthèse, le bio, les OGM ? "Les défenseurs des OGM ne veulent qu'une chose : breveter les semences pour faire des bénéfices", estime Orvandana Shiva, militant pro-bio. A contrario, l'agriculture bio ne suffira pas pour nourrir le monde, nuance un chercheur pro-OGM.

IMG_2236.JPG

La crise économique ? Pour Jérémy Rifkin, on traverse "une crise économique mondiale de grande ampleur, pas une crise de 3 mois", qui a engendré elle-même une crise environnementale - tune dépendance excessive aux sources pétrochimiques. Pour lui, il faut "sortir de l'économie du carbone". Il croit d'ailleurs en les énergies renouvelables pour subvenir aux besoins de la planète. Il rappelle quels sont à son sens les 5 piliers de la 3ème révolution industrielle, que je retrouve sur ma tablette: énergies renouvelables, bâtiments devenant des mini-centres de production d'énergie, stockage d'énergie, en particulier sous forme d'hydrogène, partage de la production d'énergie via un réseau intelligent, et passage aux transports automobiles électriques ou à l'hydrogène.

IMG_2237.JPG

Autre enjeu, le voyage dans l'espace... 200 000 euros pour être en apesanteur quelques minutes au-dessus de la Terre. un business du futur: Richard Bronson, Jean-François Clervay et une agence de voyage agréée proposent déjà des vols suborbitaux.

Bilan ? Le docu est foisonnant, pose beaucoup de questions... Sans toujours y répondre sur le fond, ni prendre position ou de la distance. Au fur et à mesure que l'on apprivoise ce fonctionnement "bi-médiaé", avec cette télé "augmentée" par des compléments depuis notre tablette, on a l'impression, dans un premier temps, d'être noyé sous l'afflux d'infos. Mais c'est un nouveau type d'exercice télévisuel, où on peut consulter, en simultané ou plus tard, des interviews, des portraits, des vidéos complémentaires. En tous cas, le dispositif web a compté 30 000 visites, 1 million de pages vues, et l'émission une audience de 2,3% d'audience, avec 600 000 visiteurs.