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Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait de petit feuilletage de magazine ici, depuis la mémorable série de sorties de pouffe-mags, dont certains ont dépéri, fusionné (Be et Envy), ou ont plutôt bien persisté (Grazia). Un courant certes rattrapé par des des ousiders bienvenus, comme le prometteur Causette.

Là, déjà le nom, ''Bisou'' : on ne peut pas louper (parfaitement ridicule, casse-gueule, ou avec un certain second degré, au choix), à douter qu'il y ait eu une étude de branding... Et puis, la couv': titre écrit en rose flashy, titres où l'on sent une certaine désinvolture ("Sexe: un homme, une pipe, une question", "10 trucs qu'on portait mieux à 5 ans"), des références claires à l'univers des réseaux sociaux ("Hipsters: Qui sont-ils? Quels sont leurs réseaux?"), et ce dessin, qui préfigure un univers un peu bédéesque...

De fait, c'est le premier magazine féminin lancé par un éditeur de BD, Guy Delcourt. Il y a mis les moyens: tirage initial à 100 000 exemplaires pour ce bimestriel vendu 3,95 euros (un peu cher à première vue), vaste campagne de pub sur les façades de kiosques...

Audacieux. Comment se distinguer des Elle, Grazia et autres Glamour ? Comment être à mi-chemin entre la presse people, la presse féminine (déjà limite saturée), et alors que va débarquer un féminin gratuit, Stylist, ce printemps), et la presse pour ados ? Comment toucher la cible très attrayante (y compris pour les annonceurs) des jeunes femmes de 20 - 30 ans, voire, moins ?...

Au fil des pages, on voit comme l'éditeur s'essaie à un exercice d'équilibriste - parfois de manière limite, mais sans chute fatale, avec légèreté, humour (un peu) trash, et style trèèès djeuns (on en prend un coup de vieux) - où l'on échappe tout de même au style SMS.

Il y a déjà la page d'édito, inscrit dans un énorme cœur rose (sur fond jaune, le tout est un peu kitsch), où, déjà, on prend un petit coup de vieux... "(...) La vingtaine est une période compliquée. Quelle femme va-t-on devenir? Esr-ce que mon mec va me rappeler? Y a-t-il un moyen pour continuer à manger des Kinder Pengui sans prendre 5 kg chaque année?"...

Au fil des pages, la maquette aux couleurs criardes, parfois un peu imprécises, des titres trèèès simples suscite au départ une certaine perplexité.

Mais le mag s'en sort bien en respectant certaines règles obligées de la presse féminine (courrier des lecteurs, shopping, horoscope..) pour mieux les détourner.

Les pages mode d'abord: des fringues originales, une sélection de marques bon marché, et déjà une culture BD - geek qui ressort avec la sélection Comic strip.

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Avec la série de photos "Game of trom" (référence à Game of thrones, série TV de fantasy qui fait référence chez les ados et gamers), réalisée dans le métro parisien, rigolote, bien réalisée, on plonge un peu plus dans la culture geek.

Ensuite, l'interview de Norman (connu des ados pour ses drôles de vidéos tournées dans sa chambre, qui cartonnent sur YouTube - et déjà un bon sens du business ;): là, on commence à doute que le mag cible les jeune femmes de 20-30 ans. Questions posées en novlangue langage djeuns', simplettes ("Alors, il paraît que t'es un mec occupé?", "A moins d'un million de vues, tu pleures?"), avec heureusement une question bieeen acide qui vise l'honorable consoeur Elle ("(...) dans Elle, ils demandent toujours leur secret de beauté aux célébrités. Tu sais, ça permet de citer des produits, et après des marques t'envoient des cadeaux. C'est quoi ton shampoing?"). Même si la maquette (grosse étoile jaune en fond) me pique encore les yeux...

On poursuit ensuite dans des références culturelles imprégnées d'un univers geek et des médias sociaux: "petit précis d'hispterologie", ou de la culture djeuns, avec une interview de Booba, et poster spécial fans inséré (avec au verso un charmant chat - si, si).

Autre incontournable sur lequel le mag s'en sort plutôt bien, la rubrique psycho : Maïa Mazaurette (qui signe notamment dans GQ) signe un papier enlevé sur la nécessité de son confier à autrui - même à son chat ;)

Il massacre allégrement le marronnier de l'horoscope ("à lire à une fille que vous detestez").

Dans la dernière partie du mag, un tiers de la pagination est occupée par des BD. C'est bien sûr là que l'éditeur apporte sa patte, innove, et du même coup prend un risque, pariant que les jeunes lectrices accrocheront aux styles narratifs propres au Neuvième Art... Et ça fonctionne plutôt bien.

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Le mag ose même le roman-photo, version très second degré débridée, et bourrée des références djeun's: intitulé Les histoires ahurissantes de Monsieur Poulpe, il met en scène Bérangère Krief, comédienne révélée l'an dernier par la série "Bref", devenue culte chez les jeunes.

On découvre ainsi des prépublications d'auteurs confirmés, comme Margaux Motin, ou de jeunes bédéistes. Sous des traits différents, des styles différents, des femmes auteures y abordent des thématiques girly, mais souvent bien vues, et avec humour. Il fallait que je vous mette la planche la plus "directe"...

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Premier bilan : plutôt réussi. Reste à voir si le lectorat accrochera : j'ai l'impression que ce mag cible plutôt les ados... Il me rappelle assez Fluide Glamour, le hors-série (plus trash et sexy) BD et féminin qu'avait lancé Fluide Glacial au printemps 2010. Bisou est d'ailleurs piloté par Anaïs Vanel et Guillaume Prieur, deux jeunes journalistes qui y avaient travaillé. r