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"Voix, j'ai besoin de shampoing Klorane, du gel douche habituel, de ma crème de jour Avène, et d'une nouvelle pierre ponce". Demain, vous clamerez cela en sortant de la douche, (presque) en retard avant de partir au boulot, pour être sûr que la commande soit passée le jour même auprès de ce géant du e-commerce où vous faites désormais presque toutes vos courses domestiques. Science-fiction ? Cela aura lieu dans un futur proche. En ce moment, je suis un peu obsédée par les récits d'anticipation, comme celui-ci que j'ai écrit pour Stratégies, où, pour notre numéro spécial Innovation et objets connectés, j'ai imaginé "24 heures dans la vie ordinaire d'un homme connecté" (donc entouré d'objets connectés) en 2025 (l'article est encore en accès abonnés me semble-t-il, sorry d'avance si, simple non-abonné ;) vous butez sur cet obstacle à la lecture).

La dernière annonce par Amazon, il y a quelques jours, est une petite bombe. Le géant tentaculaire du e-commerce a annoncé le lancement de Amazon Dash, un petit appareil aux allures de télécommande, qui combine un scanner de code-barres, un micro et un haut-parleur : un outil vertigineux pour le shopping. Concrètement, il vous suffit de scanner un produit pour le commander. Mais, comme le relate Wired dans cet excellent article, la réelle killer app de Dash réside dans son option Voix: dites à voix haute ce que vous voulez et Dash intègrera l'article dans votre chariot virtuel. Dash compile les éléments à acheter (pain, lessive...) dictés ou scannés et conçoit une liste de courses à valider depuis un équipement connecté (smartphone, tablette ou PC). Certes, l'outil est réservé pour l'instant aux clients de son supermarché en ligne AmazonFresh, seulement dans le sud de la Californie, à San Francisco (terres d'élection des geeks) et à Seattle (là où est le siège social d'Amazon). Mais il révolutionne la manière d'acheter en ligne - et l'avenir du e-commerce. Mais aussi, notre mode d'interaction avec ces appareils high-tech de plus en plus omniprésents.

Wired cite également cette étude (voir aussi ce billet par son analyste) publiée il y a quelques jours par Forrester Research, qui parie sur le potentiel des interfaces commandées par la voix, qui vont nous permettre d'interagir - de plus en plus - avec nos appareils électroniques. Après tout, on y est déjà un peu : comme j'en parlais dans cette enquête il y a (déjà !) deux ans, par la grâce de l'intelligence artificielle, on peut déjà piloter certains outils par la voix.

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Cortana, personnage de "Halo" et OS intelligent de Microsoft

La première innovation de rupture, fin 2011, avait résidé dans L' iPhone et Siri, son assistant personnel à commande vocale, ou encore la Kinect de Microsoft pilotable à la voix et au geste... Tout comme les Google glass sont pilotables par la voix. Et Microsoft, à son tour, vient tout juste de lancer son assistant vocal, Cortana. Le nom de l'assistant, en tout cas, devrait ravir les fans de Halo, le jeu de devenu propriété de la firme de Redmond. Cortana est le nom d'un personnage de la série. Caractéristique : l'OS Cortana est une intelligence artificielle qui sait "apprendre".

Siri est une semi-déception: encore trop imparfait, trop étrange (vous vous voyez donner des ordres à Siri dans le métro ?), il est peu entré dans les usages, tout comme Google et le récent Cortana. Ils demeurent des nouveautés, plutôt que des vrais outils. Mais avec le nouveau joujou d'Amazon, la commande vocale est rattachée à quelque chose de potentiellement addictif : le shopping. Le shopping va entraîner les consommateurs à utiliser la voix plutôt que les écrans parce qu'il offre un usage accessible, facile, dit en substance McQuirey. Au passage, la voix offre à Amazon - et au consommateur - un pipeline encore plus direct (et compulsif) que tout téléphone ou appli mobile ne le pourrait.

On imagine les promesses pour les marques et les e-commerçants : Voix et toutes les interfaces vocales du futur seront ainsi connectées à notre voix - soit nos émotions. Par la voix, les ordinateurs du futur pourront comprendre la sémantique du discours humain.

Et ce n'est que le début : au-delà de Siri, pour l'analyste James McQuivey, bientôt, nous aurons un microphone dans chaque pièce de nos maisons. L'interface vocale (baptisée "Vox" par Forrester) nous permettra d'interagir avec nos appareils par la voix. Dans la lignée de ce que préfigure Dash, nous aurons des micros connectés (25 dollars pièce maximum) dans la maison qui libèreront le contrôle vocal de tout device. A la différence de Siri, les plateformes de contrôle vocal de demain seront branchées en permanence: elles écouteront en permanence. "Bien meilleur marché que placer des caméras ou d'autres détecteurs dans la maison, les micros peuvent faire beaucoup d choses: identifier qui est dans la maison, si tout le monde va bien, en plus de fournir un accès vocal à la commande de vos appareils où que vous soyiez", imagine-t-il.

Paradoxalement, dans notre vie numérique, la voix, la commande vocale, prendra bientôt de plus en plus de place. Après tout, on voit déjà bon nombre de personnes sembler parler à elles-mêmes dans la rue ou les transports en commun, parfois les yeux rivés sur l'écran de leur smartphone, jusqu'à ce que l'on comprenne, avec leurs discrets écouteurs blancs, qu'elles sont en train de téléphoner... J'en parlais déjà dans ce billet, le film (dystopie?) d'anticipation de Spike Jonze, Her, imagine un monde où les gens (très) seuls conversent avec leurs OS dotés d'intelligence artificielle hyper élaborés. Au passage, comme dans d'autres films de science-fiction (comme IA de Steven Spielberg), dans ce film, les ordinateurs ne se pilotent plus par des claviers ou des souris, mais par les gestes et par la voix.

Il y a déjà le géant américain Nuance qui travaille sur des assistants vocaux. Et le puissant consortium américain Hypervoice, qui s'intéresse "au futur de la voix". Tout comme les Français Acapela Group, Voxygen, Creawavestudios...