jill-01.jpg

Jill dans La trilogie Nikopol (Enki Bilal, ed. Les humanoïdes associés)

2016, ça y est, nous y sommes... J'aurais pu, comme beaucoup, tels Titiou Lecocq ou Bigbrowser, écrire un bilan de l'année 2015. Une année particulière, dure (j'avais l'impression de regarder le zapping annuel de Canal+ sous Xanax ces derniers jours..), "poisseuse" me disait-on encore hier, où on a été secoués par les attentats, où le vivre-ensemble de manière sereine est devenu essentiel. Dans l'après-13 novembre, les questionnements (légitimes) se sont multipliés. Pour ma part je me suis sentie sûre de ma chance, d'être toujours là (en clair, en vie), à ma place, avec pour 2016 de nouveaux projets professionnels bien kiffants (cela, vous en saurez plus ces prochains jours ;) et personnels, plein d'envies, de nouvelles choses à accomplir. Alors je vis sans doute plus dans le présent et l'avenir à préparer que le bilan du passé...

Quoi qu'il en soit, j'en profite pour vous remercier pour cette nouvelle année où vous avez continué à me lire, pour ce blog qui fêtera en février ses 9 ans (9 ans !) d'existence, et où vous avez été en moyenne 35 000 lecteurs par mois à me lire ! Alors merci pour votre intérêt, vos réactions et votre bienveillance. Et tous mes vœux de bonne année 2016, lectrices et lecteurs chéris !

Pour bien attaquer 2016, outre le bilan de l'année 2015, j'ai envisagé le traditionnel billet-marronnier sur les innovations et tendances tech les plus attendues 2016 (donc comme vous pouvez l'imaginer, l'an I de la réalité virtuelle, le nouveau chapitre des objets connectés, la multiplication des écrans, l'après-4G, etc etc). Nooon pitié, m'a supplié un ami-lecteur hier. Ou encore le 135ème billet sur Star Wars et la folie commerciale des produits dérivés: sujet déjà traité à l'envi, dont par votre dévouée dans cette enquête...

Finalement, en y réfléchissant, dans les événements de la culture mainstream de 2015, un point commun positif s'est dégagé: enfin des femmes fortes, des nouvelles super-héroïnes s'imposent comme personnages principaux ! Je pense à deux films, deux des blockbusters les plus attendus de 2015, Mad Max : Fury road (sorti en mai 2015), et Star Wars : Le réveil de la Force (décembre 2015).

Deux wonder women dans deux blockbusters

Deux films qui ont plusieurs points communs : ils s'inscrivent dans des sagas à gros budgets, avaient suscité une certaine attente, pour l'un parce que c'était la première production par le géant Disney (et non plus par le - soit-disant - petit poucet LucasFilms) ; pour l'autre parce que ce quatrième opus était attendue depuis la sortie en 1985 de Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre, avec plusieurs tentatives avortées de George Miller. Tous deux sont des sagas-cultes de science-fiction, inaugurées à l'aube des années 80 : le premier est une saga intergalactique, dans le genre de space opera, le second une série de courses-poursuites dans un monde post-apocalyptique, où les survivants tentent d'organiser un monde nouveau.

Enfin et surtout, ces deux sagas ont longtemps été connotées plutôt "masculines", en tous cas visant initialement un public plutôt masculin : vous noterez que je prends beaucoup de pincettes ;) car à titre personnel, j'ai beaucoup baigné dans la culture Star Wars (grâce à mon cher papa), mais en sondant mes collègues et amies femmes, je me suis aperçue que cela était loin d'être un film de chevet pour petites filles dans les années 80 ;) Quant à Mad Max (que je connais beaucoup moins j'avoue), il montre une dystopie, un univers sombre, assez violent, où l'on a beaucoup de scènes d'action (comprenez de bastons, de courses-poursuites, d'explosions spectaculaires).

Et donc, ça y est : reflet de l'époque, pour la première fois cette année, Star Wars et Mad Max mettaient (enfin) en scène des vraies femmes fortes, le pendant des super-héros. Des vraies badass girls, "qui en ont". Un petit point vocabulaire s'impose quant à la définition de Badass: le terme (appliqué initialement aux mecs) désignait initialement un mauvais garçon dans l'argot US, avant de dériver de façon positive vers un dur à cuire, qui a la classe, une sorte de héros en somme. Comme Clint Eastwood dans Le bon, la brute et le truand : tout le monde s'interrompt, même le pianiste, lorsqu'il pousse les portes battantes du bar, et commande son double scotch. Il a ses dignes successeurs, comme Jules Winnfield dans Pulp fiction.

Certes, on a vu quelques badass girls apparaître dans la culture mainstream en sci-fi, telle Lara Croft, devenue l'icône de la franchise de jeux vidéos Tomb Raider, Sarah Connor dans Terminator 2: Le soulèvement des machines, ou Trinity dans Matrix (Et vous en trouverez sûrement d'autres...).

Rey dans Star Wars : Le Réveil de la Force, "scavenger" habitée par la Force

rey-finn-star-wars-episode-vii.jpg

Star Wars : Le réveil de la Force, d'abord (6,8 millions d'entrées en France à ce jour). Attention spoilers dans ce paragrap.... Son personnage principal est une nouvelle-venue dans la saga, Rey (jouée, comme souvent dans Star Wars, par une actrice méconnue, Daisy Ridley, 23 ans), sans nom de famille connu : la jeune femme survit seule sur la planète Jakku, une planète déserte rude, en revendant des pièces détachées de machines et de robots ("scavenger" en VO, pilleuse d'épaves). Comme naguère un certain Luke, elle s'accroche à l'espoir de retrouver sa famille, Lorsqu'un robot droïde fugitif, le BB-8, l'appelle à l'aide, elle se retrouve mêlée à un conflit d'envergure intergalactique, du côté des Rebelles...

Ce qui est intéressant est qu'elle se revendique elle-même comme une "no-one". Et pourtant, dès les premières séquences du film, c'est une jeune femme émancipée et débrouillarde (en sommes très contemporaine) qui se révèle : elle sait se battre seule pour éviter que l'on lui dérobe le BB-8. Lorsque Finn veut lui porter secours, elle lui intime à plusieurs reprises "Lâche-moi la main !". Elle sait démonter, réparer un robot en un clin d’œil, ou décrire ses caractéristiques techniques de façon détaillée (lorsqu’elle décrit le BB-8 à Kylo Ren). Loin de la robe virginale de princesse Leia, elle est vêtue de manière minimaliste, de la même manière que Luke Skywalker dans La guerre des étoiles (1977).

Elle sait piloter un vaisseau, dont le fameux Faucon Millennium, de manière totalement instinctive ("Je ne sais pas où j'ai appris à le piloter", avoue-t-elle à Finn). Surtout, elle possède la Force, et apprend progressivement à la manier. Ce qui n'en fait pas (encore) une Jedi puisqu'elle n'a pas suivi l'enseignement. On ne sais pas (encore) si elle a des liens de parenté avec des Jedi, comme Luke Skywalker. Mais elle apprend à la manier, et se situe dans le camp des Rebelles. Et surtout, elle manie le sabre laser, enfin ! Dans toute la saga Star Wars, Rey est la première femme (il a fallu attendre 2015 tout de même...) à recourir à la Force pour se battre, et à manier le sabre. Face à des hommes.

C'est là la grande nouveauté, la grande émancipation, qui en fait la première héroïne réelle de Star Wars. Lors de mon enquête pour Stratégies, l'historien Thomas Snégaroff (auteur de l'excellent Je suis ton père, ed. Naive) me disait à raison que "la princesse Leïa était modelée par une vision assez conservatrice : elle a la Force mais ne l'utilise pas, et se bat peu, à part pour utiliser parfois des fusils et pistolets". D'ailleurs, dans ce dernier opus, on voit à plusieurs reprises que Rey est en quelque sorte l'Elue, nouvelle dépositaire de la Force. Alors que Leia en a hérité naturellement par son père, Dark Vador, mais ne l'utilise pas.

Imperator Furiosa dans Mad Max : Fury Road

main-qimg-f8ad70679b728550ebfcb7bd03b2f933.jpg

Imperator Furiosa dans le dernier opus de Mad Max, ensuite. Un des autres blockbusters incontestables (2,3 millions d'entrées en France), et mythiques de 2015. C'est Charlize Theron (40 ans), à l'image jusqu'alors plutôt glamour, qui incarne ce personnage, crâne rasé et peinture de guerre noire sur le front. A milles lieues de la jeune femme vêtue d'une robe lamé or dans les pubs pour la parfum J'adore de Dior...

Dans un désert dévasté où survivent des humains, clans de cannibales, sectes et gangs de motards, suite à une guerre nucléaire, l'"Imperator" Furiosa, c'est donc la fidèle partisane de "Immortan Joe" (Hugh Keays-Byrne), un ancien militaire devenu leader tyrannique. Elle le trahit et s'enfuit avec un bien d'une importance capitale pour le chef de guerre: ses "épouses", un groupe de jeunes femmes lui servant d'esclaves et de "pondeuses".

Au fil du film, on découvre une Furiosa qui a donc monté cette fuite, avec une cause militante, assurer un autre avenir à ces jeunes femmes, et fuir elle-même ce régime despotique pour un paradis rêvé, un territoire utopique où elle est née. Preuve qu'elle a longuement préparé cette fuite, elle a même conclu un accord pour pouvoir traverser un canyon contrôlé par un gang de motards.

main-qimg-8626e018b871f6f6bf00b17ae01db7aa.jpg

Cette femme munie d'un bras robotisé (son bras manquant est représenté sur sa portière de camion), conduit et entretient son immense camion, doté d'un antidémarrage qu'elle seule peut déverrouiller. Elle peut même le réparer en s'agrippant en-dessous à son moteur, alors qu'il roule. Comme Rey, elle sourit peu, sait se battre, manier les armes... Elle aussi est vêtue comme une guerrière, avec un treillis kaki. A défaut d'une romance, une amitié s'esquissera avec Max, qui la sauve en lui transfusant du sang. Dans cette course-poursuite littéralement infernale, elle traversera une tempête, des canyons, perdra un œil, et manquera de perdre la vie, avant de revenir victorieuse la Citadelle avec sa prise - le cadavre de Immortan Joe - auquel elle va succéder en toute probabilité. Une femme devenue personnage principal d'un film de guerre, et s'apprête à prendre le pouvoir - la boucle est bouclée...