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C'est un des nouveaux-venus dans les kiosques: depuis ce matin, Prisma media (ex-Prisma Presse) a lancé son dernier-né, le bimensuel Neon, titre orange flashy, sous-titre qui nous promet "Soyons sérieux, restons allumés !". La couv', photo aux couleurs légèrement passées à l'appui, ose titrer sur "l'amour, là, tout de suite" (c'est le printemps!). Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas prêtée à l'exercice du feuilletage d'un nouveau magazine, alors là, c'était l'occasion. Car trois ans après le lancement en tir groupé des féminins Grazia, (feu) Envy et autres Be, c'est ici un des projets mag les plus attendus du moment qui voit le jour.

La presse en a largement parlé: pour cette adaptation française d'un mag à succès lancé en Allemagne en 2004 par Grüner + Jahr, Prisma s'est certes limité à un budget de lancement de 3 millions d'euros et une rédaction d'une dizaine de personnes, avec Olivier Carpentier (ex- Ca m'intéresse) rédacteur en chef, et Hugo Lindenberg (ex- Mediapart) chef de rubrique.

Le prix de lancement est de 1,50 euro, pour ensuite 3,50 euros, et Prisma vise à terme une diffusion payante de 80 000 exemplaires. Un site web sra lancé le 24 mars. Il a vocation à être mensuel, mais le groupe l'a lancé en bimestriel à titre de test. Mais il exploite un créneau assez osé: ce magazine vise un lectorat de 25 à 35 ans, et surtout mixte. Entre actus, reportages, (un peu) culture et (un tout petit peu) mode et conso, on est bien sur un créneau assez complémentaire de la presse culturelle (Technikart, Les Inrocks) ou masculine branchée (GQ).

Qu'est-ce que cela donne au feuilletage ? On a donc 146 pages dont 30 pages de pub, avec une forte prédominance de pubs pour des voitures et motos (Mercedes, Peugeot, Ducati...), qui côtoient des pubs pour des alcools (Bacardi, Martini), vêtements (Lacoste, Sandro, Pepe Jeans), et parfums (Bleu de Chanel). Preuve que le magazine est résolument mixte.

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A l'ouverture, un découvre un sommaire avec une répartition un peu surprenante en rubriques partager", "avoir", "ressentir", "connaître", "avoir", "respirer", "le reste". Au fil des pages, on découvre des rubriques et concepts amusants: le traditionnel micro-trottoir avec "la" question de Neon, annoncée comme "brillante et farfelue": ici, "Vous faites quoi le 22 décembre 2012, le lendemain de la fin du monde?", ou encore un très drôle "arbre à palabres" qui héberge une assez délirante infographie autour de cette question existentielle, "faut-il prendre un chat?".

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On y découvre aussi des enquêtes fouillées, comme celle-ci de 6 pages, très bien troussée, sur de jeunes artistes anars en lutte contre Poutine, où "l'engagement politique c'est foutre le bordel dans les magasins, dessiner des bites géantes ou pisser sur les flics", ce touchant papier sur des "souvenirs d'adoptés", qui racontent leur adoption à partir d'une relique, ce témoignage assez drôle (et avec des infos très scientifiques ;) où le journaliste raconte dans un papier-carnet de bord comment il a (sur)vécu "4 jours sans dormir", photos à l'appui. Et cette enquête en couv', "Amour - impact imminent", avec 8 pages sur le sujet, où la journaliste va de L'Education sentimentale de Flaubert au Banquet de Platon, et Schaupenhauer, en passant par des témoignages plus contemporains pour essayer de cerner le fameux coup de foudre... A mille lieues des clichés de la presse féminine.

Et des angles originaux, comme la cruciale question des positions politiques divergentes au sein du couple ("Je t'aime... sauf quand tu votes"), cette (potentielle) mode culinaire des insectes, le retour en vogue de l'absinthe, ou encore un papier très pratique sur les instructions de lavage pour nos fringues (si, si).

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L’incontournable rubrique mode, elle, est rapidement évacuée dans une amusante double "le jeu des 7 erreurs" pour les nanas et les mecs - preuve que ce magazine est résolument mixte. Quant à la culture, elle est rassemblée de manière originale sur une double "Ma dose de culture pour 40 euros", qui nous propose donc un panier de biens culturels pour 40 euros, entre expo, ciné livre et musique.

Bilan ? Le magazine est riche, plein d'angles et des sujets originaux, que l'on ne trouverait pas en presse culturelle, ni dans les hebdos ou magazines orientés lifestyle comme M le mag. Je suis pourtant restée un peu sur ma fin quant à la maquette, assez classique, et le ton, l'écriture, peut-être trop sage des articles. A suivre...