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dimanche 20 mars 2016

Où sont les bioluddites ? (Du luddisme à la technophobie)

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A quand une révolution contre les machines ? Pourrait-on assister un jour à une manifestation, un boycott de thuriféraires du tout-techno ? Cela faisait un certain temps que je me posais la question, d'autant plus que certains sujets liés à la place de plus en plus importante que prennent les technologies dans notre quotidien, nos vies, émergent. La question de la déconnexion volontaire, qui pourrait devenir un luxe, est devenue une lapalissade.

Essayez juste de vous souvenir comment était votre quotidien avant l'apparition d'internet et des emails (donc avant 1997 - cela fait bientôt 20 ans !), et avant le smartphone, consacré, devenu un bien commun (70% de ses utilisateurs vont désormais tous les jours sur internet depuis leur mobile) depuis le lancement de l'iPhone, en novembre 2007. Qui a créé de nouvelles dépendances, de nouveaux comportements dans notre quotidien comme je le racontais ici.

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Il y a quelques années, le néologisme de bioluddisme a commencé à apparaître. Je l'ai lu pour la première fois en 2011 dans Google Démocratie (éditions Naïve), récit dystopique d'un monde du futur régi par quelques multinationales tech, signé par David Angevin et Laurent Alexandre. Il mettait en scène un nouveau combat, celui des "bioluddites" (ou bioconservateurs) opposés au tout-technologique: soit au développement technologique, aux technologies émergentes, et aux débuts de l'humain augmenté . "Nous serons tellement submergés par les technologies qu'il y aura forcément des clivages entre pro et antitechno", m"expliquait alors David Angevin, son co-auteur.

La ressortie cette semaine en éditions poche de cet essai passionnant de François Jarrige, Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences (ed. La Découverte, à feuilleter ici), accompagné de cette interview foisonnante sur Rue89, était l'occasion rêvée de revenir sur le sujet. Rien de tel que l'histoire économique, parfois, pour éclairer le présent.

Luddites vs ingénieurs au XIXème siècle

Petit retour en arrière. En 1811, en pleine première Révolution industrielle, apparaissent les premières manifestations "luddites", du nom de Ned Ludd, chef légendaire des artisans du textile qui, en Angleterre, protestaient alors contre la mécanisation de leur métier en cassant les machines. Un terme déjà associé à une crainte irrationnelle des technologies. Les jennies, ces machines à filer mécanique remplaçant les rouets, sont accusées de prendre le pain des pauvres et les priver d’emplois. Comme le retrace François Jarrige, les technoprophètes de l'époque affirment alors que "le progrès des machines est un progrès vers la liberté, vers l’égalité, vers la concorde" (p. 129). Comme les créateurs de start-up dans les médias aujourd'hui ;) l’ingénieur et le technicien sont les stars de l'époque, les héros modernes, grâce aux outils de pédagogie industrialiste du progrès, comme l’association pour la promotion de l’industrie, les fêtes industrielles.

A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, plus encore durant les Trente Glorieuses, le processus de modernisation par le progrès devient un impératif. La société industrielle est alors source de promotion sociale, dont les nouveaux symboles de réussite sont l’automobile, l’hygiène ou l’électroménager,

François Jarrige évite donc le piège du cliché technophiles progressistes versus technophobes passéistes. Il distingue plutôt ceux qui considèrent les techniques comme des "outils neutres" et ceux qui y voient des outils de domination et de pouvoir: " L’opposition au changement technique ne consiste pas dans un refus de la technique, elle vise à s’opposer à l’ordre social et politique que celle-ci véhicule ; plus qu’un refus du changement elle est une proposition pour une trajectoire alternative" (p. 12).

Peter Thiel, un des magnats de la tech, gourou libertarien de la Valley, cofondateur de Paypal, l'aborde aussi dans son livre Zéro à un, comment construire le futur (JC Lattès): il rappelle que la possibilité d'une "intelligence artificielle forte, des ordinateurs qui éclipsent les humains dans tous les domaines importants, terrifie les luddites". Lesquels luddites "soutiennent que nous devrions nous abstenir de construire des ordinateurs susceptibles de se substituer un jour aux humains". Un entre-deux est possible à ses yeux: la machine "nous aidera à réaliser ce qui était auparavant inimaginable".

Anti-robots, électrosensibles...

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"Les robots", Isaac Asimov

Et donc, qui sont les techno-luddites d'aujourd'hui ? Difficile de repérer des mouvements structurés. "Il y a tout de même des mouvements sociaux qui s’opposent aux trajectoires du gigantisme technologique et au déferlement actuel. Je pense à Notre-Dame-des-Landes. On peut aussi penser au mouvement de la décroissance et de la simplicité volontaire, aux Amap, à une multitude d’expérimentations par en bas, à des initiatives comme l’Atelier paysan, qui tente de développer des machines agricoles non productivistes...", énumère François Jarrige dans Rue89. Il cite aussi le collectif Pièces et main d'oeuvre.

J'y ajouterais les mouvements créés par les particuliers "électrosensibles" aux ondes, qui dénoncent l'impact éventuel sur la santé des ondes émises par les téléphones mobiles et les réseaux Wifi. Ils sont notamment regroupés au sein de l'association Une terre pour les EHS (électrohypersensibilité), et de Robins des toits. Leur revendication: la création de "zones blanches", des portions de territoire non exposées.

Mais la méfiance envers les technologies se manifeste plutôt par des questionnements inédits. En termes de défense de la vie privée, du droit au secret, à l'intimité, la méfiance envers la vidéosurveillance et la biométrie (avec cette initiative de destruction de bornes biométriques dans un lycée à Gif-sur-Yvette), la question du rôle à attribuer aux robots...

Les robots pourraient-ils nous "piquer" notre travail (serons-nous un jour inutiles à cause des robots? interrogeait The Guardian cette semaine). Ou la reculade, cette semaine, de Google envers les robots: il aurait mis en vente sa filiale Boston Dynamics. Google, pourtant célébré pour ses choix audacieux sur les technologies du futur: Mais voilà: cette vidéo postée le 23 février sur YouTube, qui a fait le tour du monde (15 millions de vues !) montre la dernière créature de Boston Dynamics, Atlas, qui tombe, se relève, marche dans la neige... Les commentaires horrifiés sur ces robots qui "volent" leur travail aux humains auraient-ils effrayé Google, qui veut préserver son image de "gentil"? Rappelez-vous son mantra, "Don't be Evil"...

Dans la série télé Real Humans, des robots plus vrais que nature commencent à piquer leur boulot aux humains: aux contremaîtres en usines, aux serveurs... Dans les usines, ils séduisent les services RH avec "leur marge de 0% d'erreur". Au point que se développe un mouvement radical, anti-hubots, intitulé "Real Humans", un "label" que certains humains radicaux placardent à l'entrée de leur maison.

dimanche 31 janvier 2016

Animisme et robotique, de la relation homme - objets (vivants) à homme - machines

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"Être un, c’est trop peu, et deux, n’est qu’une possibilité parmi les autres."

Donna Haraway, Manifeste cyborg 1985

Quelle frontière entre l'humain et le non-humain? A part de quel moment un robot humanoïde commence à être assimilable à un être humain? Pour la première fois, le musée du Quai Branly, temple de l'anthropologie et des arts premiers (qui fête ses dix ans cette année - et qui est un de mes musées préférés à Paris) s'est emparé du sujet. Une approche anthropologique qui s'ancre parfaitement avec tous les débats en cours sur l'intelligence artificielle et le transhumanisme.

Je suis allée voir cette expo, Persona, ce matin, justement parce que cette approche anthropologique me semblait nouvelle. Promis, je ne vais pas vous écrire le 350ème billet sur l'homme augmenté et les interactions hommes-machines, j'ai déjà assez sévi sur le sujet ;) (je vous renvoie à mes billets ici, ...).

Persona, présence, matière animée...

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"Entre une chose qui se refuse à être un simple objet et un humanoïde plus ou moins assimilable à un humain, existe un monde peuplé de présences-limites que nous traitons comme des personnes, s'ensuit une rencontre inédite entre arts premiers, art contemporain et robotique", nous prévient-on d'emblée à l'ouverture de cette exposition, baptisée "Persona - Etrangement humain". On peut distinguer la Persona: "le potentiel de toute chose, qu'il s'agisse d'un objet ou d'un être vivant, à s'affirmer comme présence singulière", de la présence-limite ("toute forme de présence ambiguë")...

Les relations hommes-machines? Ce n'est qu'un nouvel artefact d'un phénomène bien plus ancien, qui est le fil rouge de cette expo: les relations que tissent depuis la nuit des temps les peuples avec les objets qui les entourent. Comment l’homme instaure-t-il une relation insolite ou intime avec des objets? Au fil des civilisations, beaucoup d'objets ont eu un statut proche d'une entité vivante, proche du statut d'une personne. "La culture occidentale est la seule à avoir dressé un tel rempart entre l'homme et la matière inanimée", rappelle Emmanuel Grimaud, co-commissaire de l'exposition. Il suffit de voir le culte animiste ancestral encore pratiqué, par exemple, en Thaïlande, à Bali et au Japon...

La question de la porosité des frontières entre humain et non-humain, animé et inanimé, a donc toujours existé. La richesse de l'expo tient dans la continuité qu’elle crée entre les 230 objets - statuettes, amulettes, momies, marionnettes... et robot humanoïdes. Cela apporte un nouvel éclairage sur nos rapports avec les créatures artificielles qui envahiront bientôt notre quotidien.

On voit donc une multitude de masques dogons, effigies anthropomorphes (statues, amulettes, masques) d'Asie et d'Afrique, Mais l'anthropomorphisme (l'attribution des traits propres à l'être humain à des choses ou des êtres qui ne le sont pas) existe aussi en Occident depuis le XIXème siècle à travers le spiritisme, la fascination pour les phénomènes paranormaux... En matière de chasse aux esprits, il y a eu en Europe une vogue d'innovations du côté des objets divinatoires, jusqu'à ce projet un peu fou, cette "machine pour parler aux morts" sur lequel a planché durant dix ans Thomas Edison lui-même, le pionnier de l'électricité.

Les robots, nouvelle génération d'objets animés

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Metropolis

Quels rapport l’homme peut entretenir avec ces "choses habitées"? Depuis la nuit des temps, il faut activer, provoquer ces présences latentes par différents moyens: la parole (appels, sommations), des offrandes, des pièges (pièges à fées...). La question prend un nouveau relief avec les robots, la nouvelle génération d'objets animés avec lesquels l'homme doit bâtir une manière d'interagir, mus par l'intelligence artificielle.

Et si la relation entre les hommes et les machines avortait? Metropolis en 1927 puis ''2001: L'odyssée de l'espace'' en 1968 sont deux exemples de rébellion de la machine contre l'homme. Dans le film de Stanley Kubrick, le robot Hal 9000 (matérialisé par un œil rouge et une voix métallique) révèle sa "personnalité" (ou en mime une?) lorsque son opérateur cherche à le déconnecter. Entre marche et arrêt, la déconnexion s'assimile à une amputation pour l'ordinateur... Ces nouvelles formes d'interaction qui vont apparaître avec des robots "de services" ont été traitées de façon remarquabledans la série Real humans, que j'avais chroniquée ici, ainsi que dans ces films et séries (cf mon enquête).

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A un moment donné, ce PC vintage nous permet de tester ELIZA, un des premiers programmes d'intelligence artificielle (conçu dans les années 60!) qui s'approche du test de Turing (j'ai eu l'impression d'être face à Siri à ses débuts, en plus basique). Certes, ELIZA est basique: il donne des énoncés que l'on pourrait attendre d'un psychologue, en reformulant certaines questions posées - mais il donne presque l'illusion d'une communication.

Robophobie

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Uncanny Valley, Masahito Mori (source: Wikipedia)

Attraction, répulsion ou affinités entre humains et robots? Le roboticien japonais Masahito Mori a esquissé une théorie à travers un graphe: le "creux de la vallée". En abscisse, le degré de ressemblance entre un robot et un homme. En ordonnée, la réaction qu'il suscite, qui va du rejet (en bas) à l'empathie (en haut). Selon Mori, plus un robot nous ressemble, plus nous nous sentons proches de lui. Mais au-delà d'un certain seul, la courbe plonge pour créer un "degré de l'étrange": un regard trop profond du robot, une peau artificielle trop ressemblante... Le robot effraie. C'est bien pour cela que les love dolls, qui cartonnent au Japon, ont des yeux "réglés sur une focale de 3 à 5 mètres; Impossible de croiser leur regard. En fabricant des créatures trop réalistes, les roboticiens alimenteraient notre robophobie, pour Mori. "Le temps n'est peut-être pas loin où il pourrait s'avérer nécessaire par exemple d'empêcher un homme de violer une machine à coudre", professait, un peu trash, le maître de la SF Philip K. Dick.

Etait-il précurseur? On voit une nouvelle génération de robots compagnons et objets affectifs, qui cartonnent au Japon, comme Paro, cet étrange robot peluche. Ou la love doll, peut-être un des jouets sexuels de demain. L'expo se clôt sur cette vidéo glaçante tournée le 23 novembre 2011. On y voit le mariage (mis en scène pour rire, bien sûr) entre le photographe japonais Hyôdo Yoshitaka et sa love doll, Haruna.

mercredi 19 mars 2014

"Her", quelle voix (désincarnée), ère de l'ultra moderne solitude

Sa voix sonne comme celle d'une "girl next door", immédiatement familière juste ce qu'il faut, sa tonalité légèrement éraillée de fumeuse lui assurant un charme certain, et elle sait créer une complicité, par son sens de la répartie et son empathie. Samantha (Scarlett Johansson), comme elle s'est baptisée à la demande de son "propriétaire-utilisateur", est bien le personnage principal du film, "Her", Ovni cinématographique de Spike Jonze, qui penche vers le film de science-fiction en version dystopie. Par essence, par sa voix, elle s'impose peu à peu comme un personnage à part entière.

L'histoire, Her donc, tournée par Spike Jonze, sur les écrans depuis ce mercredi, se déroule dans un futur pas si lointain (supposons dans 20 ans ?), dans un Los Angeles où les gratte-ciels sont devenus plus grands, le design des pièces et des meubles minimaliste (et impersonnalisé), et où l'on circule dans des transports en communs et couloirs à l'ambiance ouatée.

Theodore Twombly (Joaquin Phoenix, devenu antisexy au possible par une moustache et une silhouette légèrement voûtée), dont on suppose au fil du film qu'il fut journaliste par le passé, gagne sa vie dans une start-up, Belle-lettre-manuscrite.com. Ecrivain public du futur, il écrit des courriers du coeur divers et variés - des correspondances très intimes - pour le compte de clients. Mais son univers de travail est déjà en partie dématérialisé: il dicte ses lettres à une sorte de logiciel Nuance du futur, saisies automatiquement dans un type manuscrit (et couleur d'encre ou de stylo à l'ancienne) prédéfinis. Ici déjà, la voix prédomine: les écrans de PC sont comme les nôtres, plats et fins mais ornés de délicats cadres en bois clair. Les claviers et souris n'existent plus, on commande son ordinateur en effleurant le bureau de quelques gestes. Logique: déjà aujourd'hui, la commande par le geste s'est imposée pour piloter nos appareils, tels la Kinect de Microsoft, ou certains téléviseurs, comme chez Samsung.

En quittant le bureau, comme tous dans le métro, il s'empresse de mettre à son oreille l'objet connecté d'alors qui cartonne, une oreillette sans fil depuis laquelle il peut passer des commandes vocales à son smartphone glissé dans sa poche. Un lointain héritier de Siri, l'assistant téléphonique à la voix métallique de l'iPhone: il pilote bien ses appareils par la voix. L'intelligence artificielle appliquée à la voix, comme déjà aujourd'hui avec Siri . En arrivant chez lui, les lumières s'allument automatiquement à son passage. Durant sa soirée, ses loisirs consisteront à jouer à un jeu vidéo en réalité augmentée, puis ils s'autorise, depuis son lit et par son oreillette connectée, quelques "chats" coquins avec des inconnues depuis un réseau social vocal. L'ultra-moderne solitude que chantait Alain Souchon, avec quelques artifices virtuels pour la combler...

De fait, Theodore Twombly se remet difficilement de son divorce. Il décide, pour combler le vide autour de lui, d'acheter un tout nouveau système d'exploitation (OS) ultra-intelligent qui vient de sortir, installé sur son smartphone et son PC. Un Siri en version ultra-améliorée, donc. Une forme d'_intelligence artificielle, qui a - comme tout robot - la redoutable capacité d'apprendre au fur et à mesure depuis l'être humain, de s'adapter. Et de mîmer au mieux les émotions, jusqu'à l'empathie totale. Theodore va progressivement tomber amoureux de cette très virtuelle Samantha. C'est cette situation absurde, un humain qui tombe amoureux d'une intelligence très artificielle, que Spike Jonze tourne. Le réalisateur de Dans la peau de John Malkovich plonge une nouvelle fois dans le cerveau masculin et explore à la fois notre rapport à la machine et les rapports humains. Il souligne délicatement le contraste entre cette situation extrême propre à la science-fiction - de nouvelles formes d'interaction__ qui naissent entre des humains et des machines, comme dans la formidable série Real Humans, que j'avais chroniquée ici et - et l'histoire d'"amour" très banal de cet homme pas moins banal, accompagné par la musique délicate d'Arcade Fire.

Sa vie bascule. C'est tellement plus confortable, et moins douloureux que dans une "vraie" relations amoureuse avec un être humain "dont il faut accepter les évolutions", avoue-t-il. La précision de la perception de "Samantha" (même si elle ne voit que par la caméra du téléphone), ses facultés de calcul (arithmétique, psychologique, social) font d'elle la présence idéale, qui manquait à la vie du solitaire. A un moment, lors d'un dîner avec une nouvelle rencontre (bien réelle, elle), il renonce lorsqu'elle lui demande de s'engager: il croit avoir le choix entre la réalité de l'imperfection humaine et la perfection numérique, qui avance sous le masque de la voix complice de Scarlett Johansson.

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Plus troublant encore, au fil du récit, "Samantha" sort de son rôle de logiciel pratique et perfectionné : elle trie ses dossiers, ses contacts, ses mails, lui rappelle ses rendez-vous avec une bonhomie apparente. Très vite, elle connaît très bien son propriétaire en parcourant ses films et le disque dur de son PC. Elle prend des initiatives. Elle le divertit, lui fait la conversation dans l'oreillette. Il la présente à ses amis comme sa petite amie officielle, l'"emmène" en vacances. Puis, programmée pour évoluer, elle en vient à réclamer de l'attention, et revendique elle-même des comportements et des émotions très humains, allant jusqu'à "jalouser" ouvertement l'ex-femme de Theodore ("elle est très belle, a une carrière... Moi, je n'ai pas de forme humaine"). Les écahnges entre les deux sont vifs et intelligents. On a peu à peu ce sentiment dérangeant qu'ils sont faits l'un pour l'autre l'autre, et forment le couple idéal. C'est finalement une comédie romantique à l'ère de la dématérialisation.

Comme d'autres avant, tel Spielberg dans A.I. en 2001, où un robot voulait être aimé - et avoir une couverture charnelle - comme un enfant ordinaire, Spike Jonze effleure le sujet des rapports homme-machine, et la capacité pour des machines du futur de mîmer toujours au plus près les comportements d'humains. Et cette question vertigineuse: le futur de l'amour passe-t-il par l'absence de corps? L'amour ne peut-il être que cérébral pour durer?

A un moment donné, Theodore revendique de déclarer à des amis qu'il "sort avec son OS", vante le fait d'être "avec quelqu'un qui adore la vie"(sic)... Jusqu'à découvrir qu'il n'est pas le seul, et que nombre de personnes, comme lui, dans la rue ou le métro, à converser et plaisanter avec quelqu'un de virtuel par oreillette interposée, dans un bourdonnement de monologues.

mercredi 3 avril 2013

Des "hubots" plus vrais que nature

Une sorte de fable très contemporaine, une nouvelle forme de science-fiction contemporaine. Cela se passe dans une ville moyenne de Suède d'aujourd'hui, avec ses pavillons bourgeois, ses familles banales... Pourtant, on voit dans les familles, les usines, les restaurants d'étranges créatures, à première vue des "real humans", tout juste trahies par leur regard un peu trop fixe, leurs expressions sur le visage un peu figées, les gestes un rien mécaniques. C'est une des séries les plus troublantes du moment que diffuse Arte à partir de ce jeudi soir, Real Humans (100% humain), Akta Människor en VO, pour laquelle la chaîne s'est d'ailleurs offert, fait rarissime, une vaste campagne de pub en radio, cinémas et affichage - vous n'avez pas pu rater ces étranges affiches dans le métro, avec ces personnages au regard fixe...

"Hubots" auxiliaires de vie

C'est donc l'histoire d'une société ordinaire, où il est devenu naturel que les humains cohabitent avec des "hubots", nouveau néologisme pour désigner ces "humans-robots", une nouvelle génération de robots, encore plus perfectionnés que les traditionnels robots androîdes qui peuplent les films de science-fiction classiques... Pas de fusées ni de monde futuriste dans la série suédoise ultra réaliste, écrite par Lars Lundström: tout est très contemporain, à part donc ces hubots multifonctions, qui ne sont jamais las ni fatigués, auxiliaires de vie, assistants aux personnes âgées, nurses pour enfants, aides au ménage, employés modèles en usines, serveurs dans des restaurants... Et même auxiliaires très sexuels. Dans cette fiction, ils sont devenus indispensables aux humains, et semblent presque se fondre dans cette société. Dans cette série que j'ai eu la chance de dévorer en avant-première (et que j'ai chroniquée dans le dernier numéro de Stratégies), le réalisateur s'attache à mettre en scène les diverses et étranges formes de cohabitation qui naissent entre humains et robots. Et les conflits que cela va provoquer.

Les robots de service, ils sont devenus omniprésents au cinéma (forcément), mais aussi dans des expos, livres, débats sur l'avenir de l'humanité (voire des transhumains), l'industrie de la robotique de services fait débat, ils ont un salon dédié, Innorobo... C'est intéressant de les voir mis en scène dans une série télé grand public. Le sujet fait débat, alors qu'un jour, les robots de services débarqueront inévitablement dans notre quotidien.

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Ici, donc, des androïdes très ressemblants aux humains, à l'exception de cette étrange prise USB fichée dans leur nuque, par laquelle ils peuvent se recharger sur une prise électrique - comme un simple téléphone. Mais qui permet aussi, à partir d'une tablette tactile, de vérifier leur identité, leur propriétaire, les paramétrer... Mais aussi les pirater, y installer des "mises à jour" très particulières, par exemple pour les transformer en partenaires sexuels hors pair.

Le réalisateur Lars Lundsdröm met ainsi en scène les diverses formes de cohabitation qui pourraient naître entre humains et robots. Mais aussi les formes de rejet qu'ils pourraient susciter, une fois devenus trop menaçants: car ils commencent à prendre des emplois aux humains, dans les usines par exemple, où ils séduisent les services RH avec "leur marge de 0% d'erreur". Un jeune humain attiré par la hubot domestique se voit qualifié par sa psy de "transhumainsexuel". On commence à voir en ville des hubots prostitués par des humains, avec même une maison close dédiée... La, la réalité rattrape déjà la fiction : après tout, il existe déjà des robots sexuels, tel Roxxxy...

Au point que se développe un mouvement radical, anti-hubots, intitulé "Real Humans", un "label" que certains humains radicaux placardent à l'entrée de leur maison. Un vocabulaire anti-hubots apparaît: PacMan, trucs, machines...

Les trois Lois d'Asimov ; des robots plus que des objets ?

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Surtout, la série pose des questions vertigineuses, incluant les Trois lois de la robotique édictées par le maître de la SF, Isaac Asimov.

Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.

Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.

Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.

Pour cela, la série met en scène plusieurs catégories de hubots: les hubots domestiques, vendus neufs ou d'occasion, diversement traités, dans des rapports maître/esclave ambigüs, parfois des objets sexuels. Mais aussi des hublots "affranchis", devenus autonomes suite à l'installation d'un code de programmation par un humain geek, David Eisner.

Au fil des épisodes, parfois au contact des humains, on voit ces hubots mîmer de mieux en mieux des émotions (or, l'émotion est le propre de l'homme..), voire apprendre à faire des blagues, à mentir. On voit ainsi un hubot affranchi se prendre de passion pour la Bible. Une hubot rêver de se mettre en couple avec un humain. Ou un hubot devenu compagnon très sexuel se rebeller lorsque sa propriétaire le débranche temporairement ("J'ai un interrupteur, donc tu me traites comme une machine ?").

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Sont-ils des objets, ou un peu plus ? Et si les hublots étaient dotés de libre-arbitre ? Impossible bien sûr, mais la série le suggère : les hubots apprennent au contact de l'homme, et mîment de mieux en mieux leurs sentiments... Après tout, récemment encore, dans les pages Technologies du Monde, Kate Darling, chercheuse en propriété intellectuelle et en politique de l'innovation au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston, militait pour "donner des droits aux robots", précisant : " Je parle plutôt de quelque chose comme les lois qui protègent les animaux. A eux non plus, on n'accorde pas le droit à la vie, mais on a édicté des lois pour les protéger contre la maltraitance".

Métaphore sur l'altérité

Real Humans est une métaphore sur l'alterité, la discrimination. Un reflet de notre société, où la domination de classe se poursuit en silence, avec une certaine violence sociale et politique, terriblement contemporaine Et pose des questions : un hubot, "véhicule motorisé" d’un point de vue juridique, peut-il être considéré comme victime de discriminations, ou de maltraitance ? Une avocate se voit saisie de la question par deux femmes, qui estiment avoir été discriminées - ainsi que leurs amants-hubots - car refoulées avec ceux-ci à l'entrée d'une boîte de nuit.

Je me demandais il y a quelques temps si la science-fiction n'était pas un genre en train de disparaître. Ce n'est pas sûr... En tous cas, elle renaît avec ce nouveau genre de séries télé. Aux Etats-Unis, la chaîne SciFi diffuse depuis janvier ''Continuum'', lancée par la chaîne câblée canadienne Showcase, qui met en scène Kiera, une femme flic de 2077 renvoyée malgré elle en 2012, où elle poursuit dans leur fuite temporelle un groupe de terroristes décidés à changer, depuis le passé, la face du futur. Et il y a quelques jours, Lana et Andy Wachowski annonçaient se lancer dans la réalisation d'une série, qui sera diffusée en 2014sur la plateforme Netflix, où il sera question de robots et de science-fiction.

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jeudi 21 mars 2013

Robots-tondeuses, aspirateurs, majordomes, de surveillance, et bientôt nurses... Des robots dans notre quotidien demain ?

Grands, petits, à roulettes, noir et blanc ou multicolores, blocs fonctionnels, jouets ou humanoïdes parfois très réalistes... Il n'était pas rare de croiser des robots dans les travées du salon Innorobo, qui se tient du 19 au 21 mars à Lyon. Un véritable salon dédié aux robots, ou des start-ups ou grosses entreprises, venues de Lyon, Evry, Barcelone, de Corée du Sud ou du Japon exposaient leurs derniers joujoux. Car c'est sûr, pour les professionnels de ce secteur, la robotique de services sera le point d'entrée des robots dans notre quotidien. J'en ai déjà parlé dans ce billet, ici, ou encore ici : au-delà des fantasmes alimentés par le science-fiction, c'est bel et bien un secteur économique qui émerge. On ne serait pas loin de la robolution préconisée par Bruno Bonnell, ex-médiatique patron d'Infogrames, qui a créé en 2006 Robopolis, start-up devenue une grosse entreprise de distribution de robots.

Plusieurs types de robots de services émergent: robots au service des personnes âgées, robots de surveillance, robots de présentation, robots-tondeuses, robots laveurs de vitres, robots-jouets pour enfants, et même des robots au centre de jouets éducatifs...

Robots-majordomes

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Photos Capucine Cousin - Tous droits réservés

Il y a déjà le FutureRobot de la société coréenne Furo, robot-majordome qui roule dans les travées, s'arrête automatiquement devant vous, avec cet étrange visage féminin affiché sur un écran en guise de tête. On interagit avec lui via l'écran tactile apposé sur le buste, qui permet d'y consulter directement des informations. Il est destiné aux événements, salons et musées, et pour des prestations de téléprésence.

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Autre robot-majordome, Reem, développé par la start-up barcelonaise PAL Robotics, destiné aux universités, musées et événements. Il vous parle spontanément - dans une des trente langues qu'il maîtrise - et vous propose de taper votre nom sur l'écran tactile dont il est doté. La même voix suave vous explique que, grâce à son système de reconnaissance faciale, il pourra ensuite vous reconnaître et prononcer votre nom, tout en affichant votre visage sur son écran Troublant... Plus étrange encore, ce visage à forme humanoide doté d'une paire d'yeux, où les concepteurs ont poussé le mimétisme jusqu'à y reproduire des pupilles, qui semblent vous dévisager...

Robots-tondeuses, sentinelles...

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Dans cette génération de robots de services, le géant américain iRobot, lui, mise sur les robots de services quotidiens. "Ce sont ces robots de services qui vont faire entrer les robots dans les foyers", assure Bruno Bonnell. De fait, après les Roomba, premiers robots-aspirateurs à être devenus un succès grand public, il lance en France cette année les robots-nettoyeurs de piscine, les robots-tondeuses, comme Tuscania, conçu par la start-up israélienne Robomow. On voit aussi apparaître des petits robots pour nettoyer la piscine, les gouttières, les vitres...

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Autre créneau prometteur, les petits robots de surveillance pour entreprises. Plusieurs start-ups exposaient ainsi des robots 'rondiers", munis d'une petite caméra, destinés à assurer la surveillance dans les entrepôts, comme ce mini-tank, dévoilé par la start-up barcelonaise Robotnik, ou l'e-vigilante, développé par la start-up française Eos Innovation.

Robots ludo-éducatifs, jouets

Nao

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Avec les petits Nao, on arrive là dans la catégorie des robots qui ressemblent presque à des jouets. Ne sont-ils pas (presque) émouvants, avec leur petite bouille, leurs yeux ronds ? Ils peuvent vous parler, chanter, raconter une histoire, danser... Et même conduire une voiture. C'est une des grosses start-ups françaises, Aldebaran Robotics, qui en est à l'origine. On avait beaucoup parlé d'elle au printemps dernier, lorsqu'elle avait levé 100 millions d'euros auprès d'un fonds d'investissement... japonais.

Certes, ils ne sont pas encore en vente auprès du grand public. Mais avec un prix de vente d’entrée de gamme à 3 600 euros, pourraient-ils devenir les jouets de demain ? Car ces joujoux pourront devenir de véritable robots de services avec des fonctionnalités sur mesure, grâce à la boutique d’applications, sur le modèle de l'Appstore d'Apple, qu'Aldebaran développe, avec une communauté de développeurs. On en compte déjà une centaine, dont certaines élaborées avec des entreprises dans la santé, la domotique...

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Demain, ce sont aussi les robots-jouets et robots éducatifs qui entreront dans les foyers et les écoles. Ce qu'ont bien compris les start-ups coréennes. Avec par exemple cet ensemble ludo-éducatif, les smart robots Albert, qui cumule dock pour smartphone, appstore dédié, cartes de jeu scannées par le smartphone, une nouvelle génération de livres-jeux interactifs et un stylo intelligent... La génération de demain des jouets? En tous cas, ce jeu devrait débarquer cette année en France pour 200 euros.

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Il y a aussi ces sortes de Lego version sud-coréenne, les Robotron, des packs avec briques de jouets et système électrique, qui permettent de construire soi-même ses jouets-robots, qui peuvent même danser (je vous renvoie à ma petite vidéo). Ils sont destinés aux écoles, mais sont déjà en vente dans les grandes surfaces sud-coréennes...

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Tout comme le constructeur coréen Robotis dévoilait ses robots-jouets, inspirés de l'univers des dessins animés et des mangas.

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Troublant aussi, ce robot humanoïde, né du projet européen de R&D iCub, une plateforme open source de recherche sur la robotique humanoïde et les sciences cognitives, initiée par l'Institut italien de technologies. Son visage mime les expressions d'un enfant de 3 ans. Et voir la dextérité avec laquelle il saisit une balle...

Alors bien sûr, tous ces robots ont des fonctions très précises. Pour la plupart, leur fonction, mais aussi leur apparence, leur design, les cantonne à des machines rassurantes qui remplissent une mission simple. Reste à voir si, demain, nous accepterons des robots pouvant remplir des tâches plus complexes, où ils devront être capables de comprendrais les émotions des humains et y répondre, comme une nurse ou un robot d'assistance aux personnes âgées...

dimanche 13 janvier 2013

Robopocalypse, récit d'un putsch des robots

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Des machines devenues indispensables, des GPS des téléphones portables aux voitures à pilotage automatique, en passant par les robots-nurses, les robots-jouets pour enfants, ou jouets sexuels pour adultes esseulés (les love dolls), les robots de manutention... Ils se nomment Big Happy, Super Toy, Sappy, sont devenus omniprésents dans nos vies, nos foyers.

Et si les robots pouvaient se soulever, tenter de prendre le pouvoir dans un putsch parfaitement organisé ? C'est ce qu'a imaginé dans son premier livre, Robopocalypse (ed. Fleuve Noir), Daniel H. Wilson, 34 ans, chercheur en intelligence artificielle,

Blockbuster Sci Fi

Certes, le sujet est omniprésent dans la science-fiction, de Metropolis à i,Robot, en passant par la saga des Terminator. Mais ici, l'ouvrage reprend autant les codes du récit de science-fiction que du thriller, et même consacre le genre de la science-fiction avec des recettes dignes d'un blockbuster. Pas surprenant que ce récit très cinématographique soit susceptible de servir de base au prochain film de Steven Spielberg - même s'il vient d'annoncer repousser ce projet à gros budget initialement prévu pour 2014, crise oblige.

Daniel H. Wilson imagine donc ici le soulèvement des machines dans un futur proche. Des androïdes serviles qui fomentent une révolution... après tout, la notion d'esclavage est présente de manière subliminale dans la notion même de robot : étymologiquement, le terme robot est issu des langues slaves, et formé à partir de rabot (работа en russe) qui signifie travail, corvée, que l'on retrouve dans le mot Rab (раб), esclave en russe. Ce terme aurait été utilisé pour la première fois par l’écrivain tchécoslovaque Karel Čapek dans sa pièce de théâtre R. U. R. (Rossum's Universal Robots) en 1920, qui met en scène... un soulèvement des machines.

Robopocalypse, c'est avant tout un thriller high-tech mené tambour battant, au rythme un peu mécanique, comme les machines qui en deviennent les protagonistes, qu'on lâche difficilement, le long de ses 439 pages, tant qu'on ne l'a pas fini. Le décompte se poursuit au fil des chapitres: "Virus précurseur + 30 secondes", "Virus précurseur + 5 mois", "Heure zéro - 40 minutes"...

Une première partie, “Incidents isolés”, relate les prémices du soulèvement aux quatre coins du monde ; “Heure zéro” raconte le basculement dans la guerre civile, avec pour déclencheur un chercheur qui conçoit un robot doué d'intelligence artificielle, appelé Archos, qui va mener la révolte des robots. Les deux dernières parties montrent comment s’organise la résistance, et décrit la possibilité d’une renaissance de l’humanité. Tout cela nous est rapporté du futur via une boîte noire, sorte de “cerveau" qui a enregistré les étapes de la révolution et l’éclosion de son leader, Archos.

Dystopie

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Le récit met donc en scène un monde qui frôle littéralement l'Apocalypse (en tous cas pour les humains). L'auteur ne s'attarde donc guère sur l'aspect récit d'anticipation, ce qui l'intéresse davantage, c'est le combat entre les humains survivants et des robots organisés. Un monde sombre, en déshérence, une dystopie en somme; un des genres littéraires propres à la science-fiction, une contre-utopie, qui dépeint un des pires mondes possibles qui puisse être envisagé, contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur. Une forme de récit que l'on a déjà vue avec Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, 1984 de George Orwell, ou encore Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

Humains "augmentés"

Classique dans la science-fiction, Robopocalypse dénonce les risques d'extinction de la civilisation humaine et l’angoisse que génère la place croissante des machines dans notre société. "Les machines nous ont attaqués sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars", constate un des survivants.

Mais il surfe aussi sur une vogue paranoïaque quant à ces machines et ces réseaux sociaux, qui nous entourent, et font de la vie privée, du secret, un luxe. “Il faut savoir qu’au tout début, l’ennemi ressemblait à des trucs ordinaires : voitures, immeubles, téléphones”, lâche un survivant dans Robopocalypse. Bref, méfiez-vous des portables qui vous géolocalisent, et des ordinateurs qui mémorisent ce que vous faites sur Internet...

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Image CC Flickr Roberto Rizzato

Côté anticipation, le chercheur en robotique met de manière tout à fait réaliste les avancées de la robotisation, des perspectives vertigineuses qu'ouvrent les interactions hommes-machines (j'en parle ici), et celles de l'humain "augmenté", déjà esquissées par Cyril Fiévet dans son remarquable livre sur le sujet. Les voitures sont désormais automatiques (ça vous rappelle quelque chose ?), et communiquent entre elles grâce à leurs "puces intravéhiculaires connectées", devenues obligatoires, grâce auxquelles les voitures "se débrouillent pour éviter les collisions"... Des humains combattants s'équipent d'exosquelettes...

Des humains "augmentés" d'appareils, tel cet ado qui a , greffée à son avant-bras, "une coque métallique graisseuse, terminée par deux lames", ou la jeune Mathilda, qui a, greffés sur le visage, des yeux "augmentés" lui permettant de voir en réalité augmentée. "Les machines nous ont transformés. Nous sommes à la fois différents... et pareils. Nous sommes les transhumains", dit l'un d'entre eux.

Mimer les émotions

Et Daniel H. Wilson soulève cette question (périlleuse): jusqu'où les robots pourront-ils mimer les comportements humains, dont les émotions? Seront-ils capables de s'attacher à leurs maîtres?... Plusieurs des robots mis en scène sont décrits, de manière troublante, avec des expressions humaines. Telle la love roll - androïde Kiko, qui, lorsqu'elle étrangle son maître, a "son visage qui se tord d'émotions. Des larmes jaillissent de ses yeux, le bout de son nez rougit, un air d'angoisse pure lui cisaille les traits. Elle est en train d'étrangler M. Nomura en pleurant".

Plus loin, vers la fin des combats, l'auteur fait s'exprimer au style direct un robot, Rob : "Bizarre. Je prends enfin conscience que je veux vivre au moment où ils (les humains) veulent me tuer. je décolle les bras de ma poitrine et j'appuie mes deux coudes sur le fond de la caisse". (...) Plus loin, "il appelle des humains à l'aide, rectifiant : "Tu es cassé ? Négatif. Je suis vivant. (...) Aujourd'hui, je suis libre - vivant. Et je souhaite le rester". "Immédiatement après avoir pris conscience d'eux-mêmes et de leur liberté, les membres du Freedom Squad ont fait preuve d'une détermination à ne plus jamais tomber sous l'entité d'une emprise extérieure", raconte un des narrateurs. On remarquera ici toutes les capacités d'émotions on ne peut plus humaines qui sont prêtées aux robots: tristesse, prise de conscience, réflexe de survie...

Théorie de l’information et intelligence artificielle

Une réflexion cybernétique qui a nourri de manière plusieurs ouvrages récents. Aurélien Bellanger, évoque à plusieurs reprises dans sa Théorie de l’information l’intelligence artificielle et à sa capacité à surpasser son concepteur, l'humain. Et émet l’hypothèse d’une déshumanisation qui s’attaquerait au langage et aux affects.

Déjà le jeu vidéo, "expérience anthropologique radicale, confronte, pour la première fois, l'homme à sa nature brute. (...) L'homme est une machine qui explore à l'aveugle les circuits compliqués de son propre cerveau, un labyrinthe de plaisirs et de peines, de récompenses et d'obstacles. (...) Jouer, c'est plonger son corps dans un acide qui en dissout, couche après couche, tous les tissus et membranes, toute la nature organique et sensible, jusqu'à ce que le cerveau soit mis à nu, comme machine électrique autonome et comme réseau logique terminal".

Facebook même le préfigurerait, "monde conclave et bouclé. Coupés du sol, les branchages algorithmiques de Facebook formaient pourtant une résille capable de capturer la vie. Les hommes étaient devenus des robots calculateurs, susceptibles et sociaux. (...) Les êtres humains, privés de leurs organes biologiques, n'y échangaient plus que des informations. La touche 'J'aime' était froide. Facebook s'était transformé en inconscient collectif, puis en tribunal du Jugement dernier".

dimanche 2 décembre 2012

Et si les robots entraient (vraiment) dans notre quotidien ?

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Depuis quelques jours, il y a cette affiche un peu hallucinante dans les couloirs de métros parisiens, qui nous propose la nouvelle alternative aux manèges et autres Grand Huit des parcs d'attraction. Le Futuroscope de Poitiers, sorte de parc d'attraction orienté sciences, s'apprête à ouvrir, le 22 décembre, une attraction intitulée "Danse avec les robots" (si, si). Dans une ambiance musicale signée Martin Solveig, les enfants pourront donc embarquer par deux à bord d’un robot géant.

Concrètement, "Le robot humanoïde Robothespian vous accueille à l’entrée de l’attraction. A l’intérieur, dix robots de sept mètres de haut, issus de l’industrie automobile, s’animent au rythme de la musique sous des jeux de lumières associés à des projections vidéo et des mappings visuels impressionnants", annonce le Futuroscope sur son site. Surprenant.. Et osé. Les enfants embarqueront-ils avec enthousiasme à bord de robots géants ? Robothespian, c'est un de ces robots aux faux airs de C3PO, capable d'imiter la voix humaine et de faire l’acteur, créé par la société Engineered Arts, qui fera donc office d'agent d'accueil auprès des enfants, à l'entrée de l'attraction.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=e2jbQ8IRVZA#!

Robots d'Asimov

En fait, on commence à voir des robots humanoïdes (soit de formes humaine par leur caractère bipède) à l'entrée de telles attractions. Et si les robots devenaient (un jour) complètement banals, entraient vraiment dans notre quotidien, suivant la prédiction de certains récits de science-fiction ?

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Certains trentenaires se souviendront peut-être de cette couv' du premier numéro du magazine pour ados Je Bouquine, avec une nouvelle du Maître de la SF Isaac Asimov. Ce fut ma première lecture relative à l'univers des robots, et (donc) la plus marquante - avant que je n'engloutisse toute la série des Robots d'Asimov. A l'époque, dans les années 80/90, on parlait tout juste des robots industriels, les robots "de compagnie" étaient plutôt déclinés dans les récits et premiers gros blockbusters de science-fiction, genre cinématographique alors florissant, plutôt en version méchants comme le T8000 dans Terminator.

Une chose est sûre, on a vu ces dernières années se multiplier les expos consacrées aux robots. Plus des expos réservées aux nerds et fans de jeux vidéos, mais des expos grand public. Il y avait déjà eu cette exposition à La Villette consacrée à la science-fiction début 2011, qui mettait largement en scène des robots, dont je parlais dans ce billet, où je me demandais si la science-fiction n'était pas en voie de disparition.

Robotique "de services" - et pour enfants

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Et en ce moment, il y a de nouveau une exposition qui mêle science-fiction, super-héros et robots à Lille (dans la Maison-Folie de Wazemmes). Et une autre sur l'histoire et les usages de la robotique, au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris, orientée vers l'histoire et les usages de la robotique. Dans les deux cas, des expos pédagogiques, dédramatisantes, et même tournées vers les enfants, avec des jeux de simulation sur écrans.

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Le robot reste un objet d'entertainment et de fantasmes, mais les expos le mettent davantage en scène et montrent ses différents usages. A savoir dans l'espace, dans un environnement nucléaire, dans les abysses, les robots chirurgiens... Et les robots-compagnons (jouets?), tels les mini-dinosaures Pleo, le robot-chien Genibo,l'Aibo de sony (plus commercialisé), ou encore le fameux Nao d'Aldebaran.

De fait, plusieurs articles parus cette année montrent que la robotique dite "de services", présente notamment dans les hôpitaux, présente auprès de personnes âgées ou handicapées, commence à se développer, notamment en Asie, comment on le lisait notamment ici. Une start-up française spécialisée dans ce segment a levé des fonds colossaux ces derniers mois, auprès de... japonais: Alderaban Robotics, presque rachetée par le Japonais Softbank, qui y a injecté 100 millions de dollars ce printemps. Aldebaran rachetait elle-même, en juillet, un autre acteur français, Gostai. Preuve que la "guerre économique" des robots de services s'intensifie.

A côté de cela, les robots sont devenus un des pôles d'attraction des "musées scientifiques" et autres Cités des Sciences. Je citais le Futuroscope de Poitiers. Mais également, la Cité des Sciences de La Villette (Paris) tout comme la cité de L'Espace de Toulouse ont tous deux conçus des attractions autour du robot-star du moment, le robot Curiosity, arrivé sur la planète Mars en août dernier. Tous deux proposent, "en exclusivité", une reproduction grandeur nature de Curiosity, pilotable à distance, des appareils de simulation permettant d'avoir des vues sur Mars comme si on était à bord de Curiosity...

Toutes ces expos sont aussi un enjeu commercial de d'image pour les start-up françaises, et les labos de recherches ayant collaboré aux derniers grand projets robotiques. Dans ces expos, dont ils sont souvent partenaires, les travaux de leurs recherche sont mis en avant.

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Autre preuve que les robots se banalisent ? On voit apparaître un business naissant des collections de robots, miniatures, reproduction ou grandeur nature de modèles utilisés dans des films de science-fiction. Certains font l'objet de ventes aux enchères (la tête de Chewbacca a été adjugée cet été à 140 000 dollars). Des confectionneurs privés ont même monté leur business, tel Ptrice Girod, ex- directeur de la rédaction du fanzine Lucasfilm Magazine, qui a monté sa société ScienceFictionArchives.com, spécialisée dans l'organisation de conférences et d'expositions autour de la science-fiction. Au cours desquelles il expose fanzines 60s, miniatures de super-héros, maquette de fusées et autres costumes ayant servi dans Star Wars et autre mythes de la SF.

mercredi 5 janvier 2011

Et si la science-fiction était en voie de disparition ?

J'y ai passé près de 3 heures dimanche matin, j'en ai pris plein les yeux; Tous ces personnages, ces images me renvoyaient à mon enfance... ma culture SF en quelque sorte - accumulée dans les bouquins, séries et films. Il faut absolument courir voir l'expo "Sciences & science-fiction", qui se tient en ce moment à la Cité des Sciences. Comme souvent à La Villette, l'expo est d'une richesse inouïe, autant scientifique que culturelle.

La boutique de produits dérivés, à quelques pas de l'expo, vaut aussi le détour: mugs Star Wars, sabre laser grandeur nature (déboursez 150 €), DVD, BD, et même affiche de Star Wars en effet 3D...

C'est assez touchant, car notre culture SF se rejoint forcément avec notre culture culture geek: quel techie n'est pas fan de Star Wars, ne voue pas un culte absolu à Blade Runner, Terminator ou encore Minority Report ?

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Un couloir pédagogique impressionnant, où j'ai de nouveau 12 ans, des étoiles plein les yeux: entre ces exemplaires de livres de Mary Shelley, Edgar Poe et Jules Verne, qui ont été les premiers auteurs à s'emparer de la science comme support à des récits réalistes, les premiers films de science-fiction qui tournent en boucle (Voyage dans la Lune de Méliès en 1902, La femme dans la lune de Fritz Lang, 1919, Métropolis de Fritz Lang, 1929...), la culture SF a été jalonnée de plusieurs œuvres fondatrices... jusqu'aux premiers pas d'Amstrong sur la lune, où tout devenait possible. Pour Isaac Asimov, la SF est la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie. Elle tient autant du divertissement, qui nous permet de nous évader, de rêver, que du récit d'anticipation, avec en creux une réflexion sur l'avenir de l'humanité (rien que cela...).

Une culture SF nourrie, donc, par une pléiade de livres anciens, mais aussi, véritables jalons pour une culture de fan, d'affiches, et des premiers produits dérivés et premières revues - les pulps, dont Science Wonder Stories, revue où apparaît pour la première fois le terme "science-fiction", en 1929.

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Le cinéma hollywoodien s'est emparé à merveille de la culture SF. Au fil des couloirs que l'on parcourt, on prend conscience de ces films et sagas (intergalactiques) qui ont nourri un imaginaire collectif, ont façonné notre univers mental. Les combinaisons et les robots conçus pour le cinéma s'alignent dans les couloirs, alors que des extraits des films-cultes tournent en boucle. Ils sont tous devenus cultes, font partie de la culture SF de l'honnête homme du XXIème siècle: Star Wars, la Planète des singes, Star Trek, Terminator...

Culture SF muséifiée

Est-ce que la culture SF parvient encore se renouveler, alors que ce qu'elle préfigurait - l'ère du numérique, des mondes virtuels, des nanotechnologies, des robots - se concrétise plus vite que l'on aurait pu le croire ? Il semblerait bien que la vraie culture SF soit en train de s'éteindre. Et que cette gigantesque expo, qui présente manuscrits, romans, pulps, storyboards (celui de Star Wars a déjà une valeur historique), extraits de films en pagaille, et vaisseaux grandeur nature retracent une culture SF (déjà) muséifiée, en voie d'extinction.

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Provoc' de ma part, vu le succès gigantesque qu'a rencontré en 2010 Avatar, incarnation d'une nouvelle génération de films de SF en 3D ? Par vraiment. Si on regarde la chronologie des films de science-fiction, la production hollywoodienne de ce genre en devenir connaît un pic dans les années 60-70, grâce à ce bon vieux Neil Armstrong qui en a fait rêver plus d'un en foulant de quelques pas sur la Lune - et surtout à la Guerre Froide, où les extraterrestres et autres petits hommes verts menaçants permettaient de symboliser l'Ennemi, l'hydre communiste...

Années 80-90 : sortie de sagas comme Star Wars, Terminator, Star Trek, Alien... Des films d'actions hollywoodiens certes, mais où s'entremêlent récits d'anticipation, une réelle réflexion sur notre avenir, les enjeux environnementaux et humains,

Philip K. Dick, génial inspirateur de scénarios hollywoodiens

Dans cette même période sortent trois films cultes pour moi (mais pas que ;): Blade Runner de Ridley Scott, sombre film où Harisson Ford incarne un flic face à des androides / répliquants qui semblent de plus en plus humains... Et qui sait, peuvent mîmer manifester des émotions.

Mais aussi Total Recall de Paul Verhoeven, et Minority Report de Steven Spielberg (en 2002, certes). Leur point commun: tous trois sont tirés de romans de Philip K. Dick. Seulement voilà, le maître des récits d'anticipation est décédé en 1982 - une source d'inspiration non négligeable pour l'industrie du cinéma s'est alors tarie.

Les films qui s'ensuivent sont plutôt des dérivés de SF : des space operas tirés de Star Wars. Mais aussi des récits d'heroic fantasy, films à grand spectacle pour enfants qui sortent souvent lors des fêtes de fin d'année - tels Le seigneur des anneaux ou Les contes de Narnia.

La culture SF condamnée ?

Les derniers films dans le sillage de la culture SF d'anticipation: Minority Report donc, qui anticipait plusieurs innovations technologiques qui commencent à s'inscrire dans notre quotidien - Steven Spielberg s'était d'ailleurs entouré de scientifiques du MIT entre autres.

Mais aussi le très sous-estimé Starship Troopers de Paul Verhoeven (1997): il y dénonce avec une ironie subtile une société dirigée par des militaires, et une diffusion en masse de la propagande par les médias: le film, d'avant-garde, qui sort à peine quelques années après la Guerre du Golfe, et coïncide avec l'arrivée du phénomène de l'internet dans les foyers, et injustement décrié par la presse US.

Ou encore la trilogie Matrix, entamée par les frères Washowski en 1999 - alors que le grand public commençait à s'emparer de l'univers du Net et des réseaux virtuels.

Les derniers en date ? 2012, qui tient plutôt du film-catastrophe (et blockbuster, avec plus de 225 millions de dollars de recettes), carrément épinglé par la Nasa comme "pire film de science-fiction" d'un point de vue scientifique... Laquelle a dû ouvrir un site pour contrebalancer les contre-vérités qu'il véhiculait !

Inception, certes gros succès outre-Atlantique, relevait plutôt du film complexe que du film qui nous projetait vers le futur. Avatar a avant tout installé la 3D sur le grand écran... Mais repose avant tout sur un scénario gentillet et écolo.

Comme me le signale @tiot en commentaire, il y a eu aussi le surprenant District 9 (qui avait pour particularité de se dérouler en Afrique du Sud), et surtout Moon, un Ovni cinématographique hommage à 2001, L'Odyssée de l'espace (réalisé par le fils de David Bowie, pour la petite histoire), que j'avais beaucoup aimé. Le pitch: Sam Bell vit depuis plus de trois ans dans la station lunaire de Selene, où il gère l’extraction de l’hélium 32, seule solution à la pénurie d’énergie sur Terre. Implanté dans sa «ferme lunaire», ce fermier du futur souffre en silence de son isolement et de la distance le séparant de sa femme, avec laquelle il communique par web-conférences. Il a pour seul compagnon un robot futé et (trop) protecteur... Jusqu’à ce que, à quelques semaines de l’échéance de son contrat, il se découvre un clone. Un film peut-être trop strangfe pour l'industrie du cinéma... Malgré deux ans de buzz sur la toile, le film est sorti au printemps 2010... directement en DVD!

Les sorties de films SF prévues ces prochains mois ? Pour l'essentiel des remakes ou suites des chefs d'œuvres passés... Preuve que l'industrie du cinéma a du mal à se renouveler dans ce registre. Il y a bien sûr Tron : Legacy, suite du cultissime Tron de... 1980. Et, pour 2012 est annoncé une réadaptation par Pierre Morel de Dune... En attendant Avatar 2 et Avatar 3...

Merci à Owni pour la reprise super bien maquettée de ce billet