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2047, dans un Paris sombre, pollué, et futuriste, où pointent les gratte-ciels. La grande majorité de la population passe le plus clair de son temps dans des mondes virtuels. Maintenant, chacun possède chez soi une installation avec un fauteuil profond et un casque de réalité virtuelle, pour s'évader dans un monde virtuel, qui n'est pas sans rappeler Second Life, et devenir un héros à travers son double virtuel. Nash est ce qu'on appelle un "hybride", qui partage son temps entre univers réel et virtuel. Tueur à gages et détective privé, il est chargé par une multinationale de traquer et éliminer les terroristes responsables de la mort de sa petite amie, qui menacent le système en place. Partagé entre le présent et le futur, le réel et le virtuel, il devra prendre d'importantes décisions...

Virtual Revolution, sorti dans une (petite) poignée de salles de cinéma en octobre, est une pépite française de science-fiction. A l'évidence, son réalisateur Guy-Roger Duvert a grandi avec Blade Runner (Ridley Scott, 1984): on retrouve dans son opus les rues glauques et crasseuses, qui luisent sous une pluie continue, un (anti-)héros un peu flic désabusé (coucou Harrisson Ford), des créatures hybrides...

Mais sa vraie trouvaille est d'imaginer un monde où l'immersion dans un second univers est devenue centrale. Un monde étrange qui se sépare en trois catégories: les connectés qui vivent dans le virtuel, les vivants qui demeurent dans la réalité, et les hybrides, alternant entre la connexion et la réalité. Dans ce monde, le travail a disparu puisque les robots s’en occupent. Alors les gens se réfugient dans le monde virtuel, tellement plus merveilleux. Et laissent le pouvoir à une oligarchie. Jusqu'à ce que des rebelles décident de libérer la population de la virtualité...

La réalité virtuelle, nouveau Second Life

Une dystopie évidemment. Mais qui met en lumière un joujou encore émergent, le casque de réalité virtuelle: plusieurs géants de la high tech en ont lancé cette année. Il pourrait même devenir un blockbuster chez les geeks alors que quelques modèles affichent des prix démocratiques, comme le Playstation VR de Sony, vendu 400 euros, à coupler avec la console de jeux idoines.

Plus troublant encore, les premiers lieux dédiés à la réalité virtuelle émergent: rien de tel pour éduquer le grand public à une produit qu'il connaît encore peu... Le groupe de cinéma MK2 a tiré le premier, en ouvrant il y a une semaine son MK2 VR, dédié à des "expériences immersives": affublée d'un casque similaire à un casque de moto, j'ai pu, par tranches de quelques minutes, survoler (virtuellement) les toits de New York, être dans la peau du héros du film/jeu vidéo Assassin's Creed, ramer dans une barque au milieu de la jungle... D'autres projets ambitieux foisonnent: le poids lourd de la tech, Samsung, a carrément un parc d'attraction éphémère (oui, oui) dédié à la VR: 5000m2 sous la verrière du Grand Palais à Paris, avec des attractions thématiques. Et, comme je l'évoque dans ce papier, ce n'est pas fini:: la Géode, et bientôt Le Forum des Images, à Paris, le groupement VR Connection avec un réseau de 20 espaces de jeux et expériences en réalité virtuelle, le groupe Gaumont Pathé... Tous veulent ouvrir des nouveaux lieux d'attraction, dédiés à la VR.

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Dans la peau d'un robot... Dans I, Philip

Evidemment, côté contenus, on n'est encore aux prémisses. Mais des nouveaux contenus VR émergent, comme j'en parlais dans cette enquête l'an dernier: jeux vidéos, reportages immersifs, et fictions immersives (comme le brillant Philip and I, où nous sommes dans la tête d'un robot) existent déjà. Facebook en version réalité virtuelle viendra un jour, c'est sûr. Ou une nouvelle version de Second Life?

La science-fiction s'est déjà emparée du sujet. Outre le film Virtual Revolution, la série télévisée Westworld (HBO), une des productions les plus vertigineuses et excitantes de cette fin d'année, imagine un futur, un monde blanc et glacé, où les riches clients peuvent s'acheter un frisson en se plongeant dans un univers virtuel, Westword donc, un immense parc d'attraction sous forme de western digne de Pour une poignée de dollars. Mais où les figurants, prostituées, cow-boys et hors-la-loi, sont en fait des robots.

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"San Junipero", l'uploading de la mémoire

Dans la non moins glaçante série Black Mirror (saison 3), l'épisode "San Junipero" est bouleversant autant qu'horrifique. Deux femmes d'un certain âge retrouvent leur (éternelle?) jeunesse et vivent une liaison grâce à un programme de réalité virtuelle. San Junipero est en effet un système de réalité virtuelle pour personnes âgées, que des personnes en fin de vie peuvent tester avant de choisir d'y charger leur esprit une fois décédées. Exactement comme l'imaginent des doux dingues du transhumanisme (voir ici) autour du mind uploading (téléchargement de l'esprit), technique qui permettrait hypothétiquement de transférer un esprit d'un cerveau à un ordinateur, en l'ayant numérisé au préalable.