Miscellanees.net - blog prolixe pub, marketing & conso, high tech, innovations

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 18 septembre 2013

Publireportages nouvelle génération

tintin.jpg

Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas penchée sur les nouvelles formes de publireportages (ou plutôt, de publicités de plus en plus intégrées) que l'on voit fleurir sur le Web et dans la presse. Je m'étais déjà prêtée avec une certaine gourmandise à l'exercice, ici, ou encore là avec ce florilège historique de Grazia.

Les choses se sont encore accélérées cette année, pour le domaine prometteur des publis, brand journalism et autres formes de brand content. En début d'année, M Publicité, la régie pub du Monde, annonçait ainsi le lancement de M Publishing, "nouvelle activité de conseils en création et édition de contenus à destination des marques", pour "accompagner les marques, sociétés ou institutions dans leur conception et production de contenus, à destination de leurs supports print, web et mobiles". Au passage, on apprend que cette entité "bénéficie de l’expertise de Franck Nouchi, directeur du développement éditorial du Monde" - initialement journaliste au quotidien.

Quelques semaines après, en avril, la régie pub FigaroMedias lançait à son tour Les Ateliers Figaro, "une équipe regroupant tous les métiers du groupe Figaro, mis à la disposition des marques pour créer des solutions de communication originales", et "pour proposer des solutions de publishing print ou digital, de portage/échantillonnage géolocalisé ou d’événementiel... afin de scénariser les histoires de marque, amplifier les messages et engager la conversation avec nos audiences". CQFD. En cette rentrée, voilà une nouvelle sélection de ce que j'ai picoré ça et là dans les médias. Bien sûr, comme toujours pour ce "marronnier" de mon blog, si vous repérez d'autres publis dignes de ce nom, n'hésitez pas à le mes signaler en commentaires à ce billet, je me ferai un plaisir de les ajouter :)

couv Echos

Couv' brandée des Echos

Déjà début septembre, il y a eu cette Une des Echos, avec cette pub pour Porsche bien étrangement mise en avant, à la présence dans la maquette assez incroyablement intrusive. Le slogan et le texte publicitaire suivent carrément la même charte graphique que les différents appels de Une du quotidien économique. Et avec ce slogan qui peut sembler lui-même provocateur, "Peut-on concilier l'inconciliable ?". C'est en tous cas un format publicitaire événementiel, fait sur-mesure pour l'annonceur, jamais vu jusque là... Une brèche est ouverte ?

IMG_2555.JPG

Publi Esso de 4 pages

Il y a aussi ce publireportage de 4 pages pour Esso publié dans le numéro de septembre de Wired US. Il faut vraiment le regarder et le lire de près pour s'aperçevoir que c'est un publi, tant la charte graphique et la police de caractères est proche de celle des articles du mensuel. Tout juste le petit logo en haut à droite, les liserés jaunes et la petite mention "Wired Promotion" en haut nous signalent qu'il s'agit bel et bien d'un objet publicitaire. Habile, cet "article" présente les travaux d'une équipe de chercheurs de l'université d'Oxford sponsorisés par Shell, des prototypes de voitures, dans le cadre d'un "eco-marathon". En tous cas, l'article est bien écrit, citations à l'appui, et précis.

IMG_2628.JPG

Infographie sponsorisée

Dans le même numéro, quelques pages après, on trouve cette magnifique infographie sur 2 pages, qui illustre le "Big Data dilemma", et vise en fait à promouvoir les solutions de Business intelligence CDW. Dans chaque numéro de Wired, ces publis nouvelle génération et autres objets publicitaires peu identifiables abondent. Logique: le groupe Conde Nast a toujours utilisé ce magazine comme labo d'expérience de nouveaux formats publicitaires, auquel serait particulier captif son lectorat d'entrepreneurs CSP+. Xavier Romatet, de Conde Nast France, ne disait d'ailleurs pas autre chose dans cet article que j'avais consacré aux 20 ans de Wired il y a quelques mois.

IMG_2627.JPG

Les Inrocks + Renault en réalité augmentée

Dans un autre genre, il y a cette opération très particulière que propose Les inrockuptibles cette semaine (dans son n° du 18 septembre) avec Renault et l'agence Fuse (émanation du groupe média Omnicom Media Group). En utilisant l'appui mobile Les Inrocks mise à jour, et en pointant le tag 2D présent sur certaines pages, on accède à "des contenus vidéo exclusifs réalisés par la rédaction" dans les pages Culture (Cinéma, Musique, Expos, Scènes) )- je n'ai pas pu les tester à l'heure où j'écris ce billet. Mais aussi, carrément, la Renault Captur s'affiche dans 3 rubriques phares du magazine (La Courbe, Nouvelle tête, Où est le cool ?) . Et, même, en couv' du magazine. Un cap est franchi. De fait, mardi soir, en pointant l'appli Les Inrocks "version augmentée" sur la couv' ornée du tag 2D que m'a envoyée l'agence, je vois la voiture s'afficher totalement sur la couv, et se désosser pour laisser apparaître sa carrosserie, avant que ne s'affiche le slogan "Vivez l'instant présent avec Renault Capture / Les Inrockuptilbes". Cette logique de cobranding très intégrée se poursuit par un jeu-concours proposé aux lecteurs-mobinautes.

Ce type d'opération est très troublant: la marque Renault laisse ses traces bien au-delà des pages de pub du magazine : non seulement elle s'offre la couv', mais aussi des contenus interactifs, et même, elle sponsorise des vidéos et contenus journalistiques complémentaires aux articles des pages Culture. Certes, on avait déjà vu des précédents chez Les Inrocks avec Orange, qui fut lui aussi sponsor de contenus vidéos (... et présent en couv', et bien plus, lors d'un dossier high-tech, comme j'en parlais ici). Mais là, on franchit encore un cap avec cette pub en réalité augmentée. En tous cas, ces contenus publicitaires en réalité augmentée sont un modèle très prometteur pour les médias en quête d'annonceurs : ça tombe bien, plusieurs d'entre eux proposent déjà des contenus rédactionnels via des tags 2D.

Mais l'avenir réside peut-être dans le native advertising, où des sociétés (des annonceurs donc ;) sont prêts à payer une petite fortune pour signer leurs "articles" dans une rubrique dédiée. Un modèle qui a valu à Forbes une embellie - ou, peut-être, de se fourvoyer, comme le raconte cette excellente enquête des Echos. > Une fois encore, « Forbes » assure que la frontière entre les deux mondes est respectée : les articles promotionnels apparaissent dans un encart intitulé « Brandvoice ». Le lecteur avisé fera aisément la différence. Les autres, en revanche, passeront de la presse à la publicité sans même s'en apercevoir. « Les contenus publicitaires ne devraient jamais avoir le même aspect que les contenus éditoriaux. C'est un principe inscrit dans le marbre », regrette Sid Holt, président de la société américaine des éditeurs de magazines. Cette confusion est recherchée : il s'agit même d'une technique marketing qui fait fureur aux Etats-Unis et que l'on appelle le « native advertising ». Elle se monnaie à prix d'or. Pour avoir le droit d'écrire dans la rubrique « Brandvoice », les entreprises sont ainsi prêtes à payer jusqu'à 75.000 dollars par mois. Parmi elles : Microsoft, Cartier, SAP, Dell et Merrill Lynch.

vendredi 21 décembre 2012

Media + games + data + design... L'émergence des newsgames

cutthroat.png

"Cutthorat capitalism", newsgame édité par Wired

Un nouveau type de mise en forme ludique de l'information. Un de plus. Avec le journalisme web, on voit depuis quelques années un bouillonnement autour de nouveaux formats journalistiques, qu’expérimentent donc les rédactions Web, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler : webdocumentaires, lives, datajournalism, journalisme BD... Et donc les newsgames, sortes de jeux vidéos en version journalistique, que l'on voit apparaître sur quelques sites médias. Le CFPJ Lab y consacrait une conférence mardi matin à La Cantine.

Le newsgame, c'est un peu l'héritier des serious games, très en vogue vers 2005-2008, dans un contexte où les "univers virtuels" s’imposent, tel Second Live, édité par Linden Labs: certaines entreprises se piquaient alors de former leurs salariés avec ces "jeux vidéos sérieux" mettant en scène de manière pédago et ludique des plans de formations (certaines ont même co-produit leur serious game, comme la BNP Paribas avec Daesign), comme j'en parlais alors dans ce billet, ce papier, ou encore celui-là.

Mais pourquoi les médias s'y intéressent maintenant ? Plusieurs facteurs: logique d'audience des sites d'information, banalisation de l'infotainment (ce joyeux mélange d'info et d'entertainment, que l'on voit se décliner du Grand Journal de Canal+ à des sites tels que Melty.fr)... "On a vu émerger les newsgames en 2003, puis sur des sites media à partir de 2009. Ils s'inscrivent dans la vogue des serious games, apparus vers 2000. Cela permet de produire des histoires, des 'news stories' avec un aspect narratif", résume Olivier Mauco, concepteur de media ludiques.

Le contexte est porteur: les jeux vidéos sont devenus un divertissement de masse, au-delà des gamers, consacrés par l'arrivée des Wii et autres Kinect dans les salons. Mais consacrés aussi par les "jeux sociaux" qui se sont développés sur Facebook: 53% des utilisateurs de Facebook y jouent à des "social games", d'après la dernière étude du Syndicat national des jeux vidéos. Point non négligeable, 52% des gamers sont des femmes.

Le newsgame, c'est donc "une expérience interactive, régie par des règles, dans laquelle l'utilisateur a un objectif à accomplir, dont le résultat varie selon ses actions. Cela permet de raconter une histoire, décrire un système, se baser sur des data, et permettre au joueur de comprendre un système", ajoute Florent Maurin, de la start-up The Pixel Hunt, qui a travaillé avec LeMonde.fr.

Media games, "jeux sociaux" éditorialisés

Global conflict

capture d'écran de "Global conflict"

Les médias se sont emparés du concept, avec une déclinaison spécifique, les media games: "le jeu devient un mode de représentation d'une réalité. La mécanique de jeu sert l'info, à travers des objets multimedia ludiques", poursuit Olivier Mauco. Des 'jeux' qui, comme un article, ont une ligne éditoriale: "par la mécanique de guerre, la mise en scène, on propose un discours. Dans tous les cas, cela permet d'expliquer des systèmes, des conflits.. complexes". Tels les jeux basés sur l'enquête Global Conflict (sur le conflit israelo-palestinien), et Darfur is Dying.

Dans la même logique, expliquer par le jeu une mécanique complexe, le jeu Budget hero (repris par plusieurs médias, dont LeFigaro.fr) permet à l'internaute de "gérer" virtuellement le budget des pouvoirs publics.

Start-up spécialisées

On voit même apparaître des start-ups qui proposent aux media le développement clés en mains de newsgames. Telle Game the News, spin-off développée par Orock outre-Atlantique: "elle a développé des newsgames pour le Huffington Post et Wired", selon Flroent Maurin.

Une chose est sûre, de la même manière que les infographies et le data journalism, les newsgames associent de manière inédite journalistes, game designers, directeurs artistiques et développeurs. Ou alors des médias à des éditeurs de newsgames spécialisés.

105361.jpg

"Could you be a medallist": admirez le design vintage...

Les médias en profitent pour développer des offres éditoriales inédites. Tel Wired, qui a lancé en 2009 le newsgame Cutthroat capitalism, qui montrait le modèle économique, le business des pirates somaliens: il était accompagné d'une enquête dans le magazine papier, d'une infographie sur Wired.com, ainsi que de la mise à disposition des ressources documentaires sur le site. De même, le Guardian a édité sur son site Could you be a medallist ? à l'occasion des JO de Londres, cet été, où l'internaute pouvait rentrer ses performances sportives pour se comparer aux champions.

Autre exemple, assez notoire, celui du jeu Primaires à gauche (la page n'est hélas plus disponible), édité sur LeMonde.fr. "18 mois de travail, 180 000 parties jouées, les internautes y jouaient 17 minutes en moyenne... On a ouvert un blog, où les internautes pouvaient proposer des personnages, des nouvelles actions, etc", précise Florent Maurin. Avec une dose de crowdsourcing, donc.

A noter que les concepteurs de ce newsgame ont décroché des subventions des pouvoirs publics. "Ils peuvent s'inscrire dans des plans transmedia. Le budget sera équivalent à celui d'un webdocumentaire, de l'ordre de quelques dizaines de milliers d'euros".

lundi 1 octobre 2012

Y a-t-il de la place pour un Wired en France ?

tumblr_mazk2zIh2q1qbfmbmo1_500.jpg

"Wired" US, octobre 2012

Le projet d'un Wired en version française a bien été dans la balance chez le groupe Conde Nast, face au projet Vanity Fair français jusque juin 2011... Mais le groupe y a renoncé, pour cause de lectorat potentiel insuffisant (20 à 25 000 lecteurs par numéro), selon des études de marché qu'il a réalisées. Voilà ce que nous a confirmé Xavier Romatet, patron de Conde Nast France, croisé samedi à la soirée Glamour. Dommage pour les geeks, même si un Vanity Fair en VF, qui sera chapeauté par Michel Denisot, et Anne Boulay rédactrice en chef, est évidemment un des projets de presse les plus excitants pour l'année 2013.

On savait que le groupe avait hésité entre les deux, avant de trancher, mais pas que cela avait duré aussi longtemps... En tous cas, c'est l'éternel fantasme des geeks, de voir le mythique magazine techno-utopiste débarquer en France, tout comme il a déjà été lancé en Grande-Bretagne en 2009 en Italie en Europe. Cela pose encore une fois la question: y a-t-il (encore) un marché, un lectorat potentiel en France pour un tel magazine ? Car 25 000 lecteurs, c'est peu... J'en avais déjà parlé dans ce billet, plusieurs mooks et magazines ont pris la relève pour couvrir les technologies et l'innovation, de Tank à Usbek & Rica, en passant par WE Demain.

On se souvient des tentatives au début des années 2000, de magazines techno-prospectifs, avec une dose d'utopie, comme Transfert et Futur(e)s, et avec une dose d'éco chez Newbiz. Tous ont finalement mis la clé sous la porte (il y a 10 ans, déjà !), après l'explosion de la bulle de la Net-économie, qui impliquait qu'il y avait moins d'annonceurs pour ce type de journaux... Et moins de lectorat, parce que les technologies avaient perdu l'attrait de la nouveauté. Pourtant, ces journaux ont innové, y compris avec des maquettes bluffantes - souvenez-vous de Newbiz et ses mots-clés surlignés.. Rien que pour le fun, je vous ai remis des extraits de Futur(e)s et Newbiz (avec un article alors signé par ma pomme ;).

IMG_1502.JPG

IMG_1503.JPG

Un peu de presse vintage de 2002...

Des techs et de l’innovation sous forme d'un magazine en France : c'est risqué en effet, alors que les blogs, sites spécialisés et newsletters prolifèrent sur le sujet, et que les mooks et magazines haut de gamme permettent aux éditeurs de s'offrir des maquettes bluffantes sur le sujet... D'autant que ce thème a conquis, au fil des années, les pages éco des news grand public.

Tout juste Conde Nast France avait-il lancé un ballon d'essai l'an dernier en lançant un supplément Wired ajouté au GQ daté de décembre 2011, en print et sur son site Web, comme j'en parlais dans ce billet. Et d'après mes informations, ce serait de nouveau le cas cette année (du moins sur le site Web de GQ)...

telechargement_3778713_1024x1024.jpg

couv.png

Mais c'est surtout au niveau de la presse quotidienne que la mue est la plus intéressante. Lointains successeurs aux cahiers tech du début des années 2000 (rappelez-vous Le Monde Interactif, Les Echos.net, devenu Echos Innovation, pour lequel j'ai longtemps pigé, etc), des pages spécialisées sont réapparues depuis ces derniers mois dans quelques quotidiens: notamment Le Monde, avec son cahier "Sciences et techno" dans son édition du samedi, et dans une certaine mesure, son cahier "Eco & entreprise" du mardi, qui aborde les thèmse de l'innovation. Libération vient aussi lui aussi de remettre le sujet au goût du jour, en publiant le lundi un cahier de 8 pages, intitulé "EcoFutur", qui aborde l'économie de l'innovation : testé en mensuel ce printemps, il est hebdo depuis la rentrée.

dimanche 17 juin 2012

Tank, Geek le mag, Usbek & Rica, WE Demain... L'éternel mythe d'un Wired à la française

tank__480x640_.jpg

Cela faisait un certain temps que je voulais me pencher sur ce thème, le dernier-né dans la galaxie des magazines technos à la maquette très léchée m'en donne enfin le prétexte.

Il y a quinzaine de jours, le premier numéro de la revue Tank était lancé en librairies et certains kiosques (14 euros, 150 pages). La "revue de toutes les communications" d'après son sous-titre, qui "fait jaillir une multitude de perspectives et de regards sur la société, la communication, les médias et les cultures numériques".

Au feuilletage, le contenu et à la hauteur de ce que ce claim laisse promettre: sélection de bouquins, certes plus ou moins heureuse, entre la très réussie Encyclopédie de la web culture de Diane Lisarelli, et le (tout-à-fait oubliante à mon sens) dernier opus Dominique Wolton, Indiscipline, un dossier très nourri (près de 40 pages) sur le jeu vidéo, entre points de vue sociologiques, philosophiques, business & conso (focus intéressants sur le social gaming, ou encore une start-up prometteuse dans le sillage de Rovio), un portfolio chronologique (Ah, Pacman, Tetris et Mario)...

S'ensuivent un focus sur le boycott à l'ère numérique, avec interview de Marc Drillech, auteur d'une somme sur le sujet (nous nous étions penché dessus il y a quelques mois), une enquête (assez attendue) sur le thème vertigineux "L'homme est-il soluble dans la technologie ?" (mythe du cyborg etc), un focus sur le thème "Cerveau, nouvelles technologies et publicité" (mais qui contourne pudiquement le sujet brûlant du neuromarketing... dommage), et in fine un focus sur le parcours de Tim Burton, avec un joli portfolio.

Un premier numéro prometteur donc, avec une maquette élégante, entre nombreuses illustr, quelques infographies, et de rares photos. Il faut préciser que l'équipe des fondateurs-investisseurs est un peu particulière: on retrouve derrière ce projet de gros pontes de l'univers de la publicité et de la communication. A savoir Sébastien Danet (président de Vivaki/Publicis Groupe) Olivier Covo (Brandy Sound), Bruno Fuchs (Image & Stratégie), Laurence Houdeville (Réputation VIP), Philippe Lentschener (McCann France), Bruno Paillet (Conseil & Annonceurs Associés) et Thierry Wellhoff (Wellcom).

C'est par ailleurs l'agence-conseil en communication éditoriale All Contents qui en est l'initiatrice. D'où la difficulté à qualifier cet objet: est-ce vraiment un média ? Il est en fait entre la publication professionnelle pour communicants et le mag grand public. Contrairement à XXI et autres Usbek & Rica qui ont été fondés par des journalistes, c'est ici une agence de com' éditoriale qui est derrière. Quand bien même on trouve quelques journalistes parmi les contributeurs, l'immense majorité sont philosophes, sociologues, directeur d'études en institut de sondages...

Au passage, ce mook est à ma connaissance le seul à être aussi clairement ouvert à la publicité: avec 15 pages de pub sur 150 pages, et des annonceurs essentiellement issus de l'univers de la com' (régies publicitaires, agences médias, presse écrite,, audiovisuel...), plusieurs étant proches des fondateurs ;)

IMG_1383.JPG

Le dernier-né, donc, dans le genre très en vogue des mooks (comprenez mag books), genre initié il y a quelques années avec brio par la revue XXI (j'en parlais ici lorsqu'elle a décroché son premier prix Albert Londres), ces livres-magazines en papier glacé et maquette très travaillée, qui ont créé un nouveau réseau de distribution : les librairies, mais auxquelles plusieurs, malins, commencent à ajouter les Relay et certains gros points presse (en fait, les kiosques disposant d'un rayon livres) - s'offrant ainsi un double réseau de distribution.

Plusieurs qui ont opté pour le format mook ont lancé des revues dédiées à l'anticipation, l'innovation, les sciences, la culture geek, les produits tech. Peut-être parce que le format du mook, avec un tarif assez élevé mais des possibilités de maquette bien plus larges qu'en presse mag classique (portfolios, infographies, dessins, superposition de photos...) est particulièrement adapté au traitement de ces thèmes. A la réserve près que ce genre très en vogue du mook a ses fragilités, dont au niveau économique (ie il inclut très de publicité): un des derniers, le mook sportif Hobo a ainsi été interrompu sur ordre du groupe Amaury, avant même la parution du numéro 2. Mais mooks, magazines diffusés en kiosques, tous ont toujours ce Graal, cet idéal, sortir enfin LE Wired à la française, magazine qui répercute depuis les années 90 les préoccupations des accros du Web et des technologies. Ce qu'ont déjà tenté, il y a une dizaine d'années, Transfert, Futur(e)s, Newbiz, Minotaure, Blast, Influx (petit aperçu dans mes archives perso)... Alors que la maison-mère, le groupe Conde Nast, non content d'avoir lancé des Wired locaux en Italie, UK... renâcle toujours à le lancer en VF.

couv.jpg

Un peu dans la même veine que Tank, Influencia, à la base newsletter lancée par Isabelle Musnik (ex-journaliste de CB News) a ainsi été décliné pour la première fois en luxueux mook (co-brandé par Le Figaro), vendu en librairies pour 20 euros.

Autre petit nouveau en la matière, le mook WE Demain, fondé par les frères Siegel, qui ont dirigé VSD pendant 30 ans. Sorti en librairies et en partie en kiosques en avril dernier,comme je le détaillais alors dans cet article, il se présente comme "une revue pour changer d’époque", et "accompagner l'émergence d'un nouveau monde". Après VSD qui a incarné la civilisation de l'entertainment... De quoi sera fait l’avenir… Avec donc, au menu, l’émergence de nouveaux métiers (euthanalogue, cultivateur vertical, manipulateur de climat, créateur de membres humains, courtier en pollution…), la 3e révolution vue par Jérémy Rifkin,..

On notera au passage qu'il est en train de développer un modèle publicitaire original, comme je l'évoquais dans mon article : il passera surtout par des partenariats de marque et du parrainage. Le numéro 2 de la revue, qui sortira le 11 octobre, aura ainsi un supplément, un magazine de 80 pages, We Demain Initiatives, ouvert aux marques, aux entreprises et aux institutionnels "qui partagent les mêmes valeurs que la revue", dixit ses fondateurs. Lesquelles marques pourront donc parrainer une des 8 sections de la revue (une page en ouverture de section pour expliquer ses engagements) ou acheter des espaces publicitaires réservés (2ème, 3ème et 4ème de couverture).

La revue Usbek & Rica avait déjà anticipé cette tendance, en se lançant sous forme de mook (voir mon billet à l'époque). Mais - autre preuve de la fragilité économique du modèle du mook ? - après une parenthèse au second semestre 2011, elle set revenue cette année sous forme de magazine trimestriel, vendu en kiosques pour 5 euros. Au menu pour le n°2 du magazine qui explore le futur": actu, infographie, enquête de fond (ici sur le sujet plutôt attendu de la "génération hacker"), et beaucoup d'anticipation: entre un chouette scénario futuriste ("La Seine Saint Denis en 2072"), tendance naissante ("le jour où un robot gagnera un prix Pulitzer", allusion au robot journalism), un sujet vertigineux (en rubrique Utopie) sur les débuts de la géo-ingénierie, le sportif génétiquement modifié...

Autre acteur de ce secteur de la presse à la Wired, Geek le mag. Là aussi, j'aime bien l'effort sur la maquette, les infographies et les enchaînements de photos, même si le magazine se disperse peut-être un petit peu: après l’enquête éco sur Ubisoft, les sujets d'acte (les sites de rencontres, Aca), le dossier TV connectée, les gadgets high tech, quelques pages de chroniques culture (ciné, DVD, jeux vidéos)... Puis il se clôture en beauté sur une publication exclusive d'une version comics de Batman.

Des parutions qui restent souvent limitées, relativement confidentielles (10 à 15 000 exemplaires en moyenne chacune, d'après mes informations, exceptées pour Tank et Influencia, pour lesquelles les chiffres ne sont pas encore disponibles). Elles font pourtant la différence avec la multitude de sites d'information dédiés à la high-tech côté conso et culture numérique (de 01net à Les Numériques) avec des maquettes qui tuent, et un traitement fouillé, plus proche de l'anticipation et de la prospective. Pas assez mainstream peut-être...

mercredi 7 décembre 2011

Co-branding Wired + GQ: ballon d'essai ?

images_GQ.jpg

Une première. La couv' du numéro de décembre de GQ a de quoi surprendre. Lui aussi s'offre un dossier high-tech, dans une période de l'année où, par tradition, nombre d'hebdos et de quotidiens (des Inrocks à Libé en passant par L'Express, Le Point...) foisonnent eux aussi de leurs traditionnels dossiers techno, mine d'idées de cadeaux pour les lecteurs à la veille des fêtes de fin d'année - et attrape-pub efficace et bienvenu pour les journaux.

Mais GQ va plus loin, en publiant son dossier techno sous la marque Wired, mise en avant en Une, et dans le dossier, de manière très flatteuse. Alors évidemment, cela offre une caution on ne peut plus "branchée" (littéralement) au mensuel masculin (lui-même sur un positionnement djeun's haut de gamme).

interieur_GQ_.jpg.JPG

La volonté de "vendre" Wired aux néophytes à l’intérieur de ces pages est frappante. Ce dossier de 22 pages, ouvert par une photo d'Omar et Fred qui prennent la pose avec une numéro de Wired et un iPad entre les mains - on admirera au passage le placement de produit ;), est inauguré avec une double qui présente de manière élogieuse l'histoire assez exceptionnelle de Wired, depuis son lancement en 1993 par Janet Metcalfe et Louis Rossetto et le lancement du site Hotwired.com en 1994, en passant par son rachat par un fonds d’investissement en 1998, puis par Advance Publications, qui le rachète alors pour 390 millions de dollars (!) pour le confier à Conde Nast. Sans oublier ses couv' et son design avant-gardiste.

IMG_1166.JPG

On trouve ensuite un papier qui résume sur une page les principales théories de Chris Anderson, de sa théorie de la long tail à "The Web is dead" de septembre 2010, puis sur 3 pages la traduction d'un article sur la Kinect. Quelques pages comportent une traditionnelle sélecrtion de produits tech, "approuvés par Wired", précise une icône. Et enfin un article assez drôle, plus dans le ton propre à GQ, propose "53 règles pour devenir un gentleman digital".

Une icône dans le mag nous signale que Wired est également "invité spécial de GQmagazine.fr jusqu'au 20 décembre". De fait, en allant y faire un tour, dans l'onglet dédié, on trouve quelques articles tech / culture numérique ave des angles que n'aurait déniés Wired: "Coder pour durer", "Et si Apple lançait l'iCam?", "Kinect: comment Microsoft soutient les hackers", "Comment supprimer des fichiers rapidement"...

Précisément, ils se trouve que le lancement d'un Wired français par sa maison-mère, le groupe américain Conde Nast (aussi éditeur de GQ, lui-même déclinaison française d'un titre US) est actuellement en suspens. Le lancement d'un Wired en VF est devenu une lapalissade, un rêve pour de nombreux journalistes et techies, nostalgiques de l'époque des Transfert, Newbiz et autres Futur(e)s du début des années 2000.. Il y a même eu la tentative avortée, j'ai encore le seul numéro lancé en VF - d'un lancement en France de Technology Review.

C'est devenu une lapalissade, qui avait encore été évoquée en 2008. Il y a 6 mois, le patron français de Conde Nast annonçait que le groupe avait tranché - d'abord - pour la lancement d'un Vanity Fair français.

Dimanche dernier, dans l'émission Soft power sur France Culture, il a réaffirmé que des numéro zéro étaient en test, et que Vanity Fair serait lancé en 2012 si le marché publicitaire le permettait. Quant à un Wired français... il n'a pas exclu un lancement "sous format numérique" ou en supplément papier d'un autre magazine du groupe. Ce qu'il n'avait guère évoqué jusqu'à présent. Ce GQ co-brandé Wired ressemble alors étrangement à un ballon d'essai. A suivre...

samedi 29 janvier 2011

Anonymous; Science-fiction still relevant?; Malbouffe; Twitter Connections; Facebook Phone; Zélium; LCI Radio...

Eh oui, j'ai quelque peu délaissé me revue de liens hebdos ici dernièrement... Donc, petite moisson non exhaustive de liens récoltés sur le web, des blogs, Twitter et d'autres médias sociaux, à propos de ce qui a fait l'actu médias, tech, innovation, culture, people (eh oui, faut bien..). Et pour mémoire, vous pouvez me retrouver sur Twitter donc.

  • En pleine révolution tunisienne, alors que d'autres pays du croissant du Moyen-Orient commencent eux aussi à s'embraser, cette déclaration de principe des Anonymous, décrypté par le RWW, prend un certain sens. On a beaucoup parlé d'eux, alors que l'un de leurs membres (jeune crack techno âgé de 15 ans) vient d'être arrêté...
  • Le bouquin s'est déjà vendu à 30 000 exemplaires, et est en cours de réédition: le brûlot de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ? (Stock), dont Les Inrocks a été l'un des premiers à évoquer, enquête et réquisitoire contre l'élevage industriel, cristallise sous les débats sur l'alimentation, l'environnement, la malbouffe, et pourrait tous nous faire virer veggies...
  • Suite à mon billet où je me demandais si la science-fiction est en voie de disparition (dont la reprise chez Owni a suscité une bonne dose de commentaires... et un joli débat), Wired se pose à son tour la question ("Is Science-Fiction still relevant ?"), relayant ainsi un programme de l'Australian Radio National et son émission Future Tense, dédiée à l'avenir de la SF. Ça tombe bien.
  • Une des grosses infos media sociaux de la semaine: Twitter lance "Connections", sa propre version de l'outil "Mutual Friends" de Facebook. Lequel Facebook suscite de nouveaux des frayeurs chez les défenseurs de la privacy, en lançant un nouveau service pour les annonceurs, qui leur permettra d'exploiter dans leurs pubs les "likes" et commentaires des membres de leurs fan pages.
  • Facebook encore, à l'origine d'un petit bubuzz côté produits: il aurait missionné HTC pour lancer un (deux ?) téléphone mobile "Facebook" lors du Mobile World Congress de Barcelone, qui se déroulera du 14 au 18 février.
  • Cela ne vous aura pas échappé, Orange s'invite au capital de Dailymotion, à hauteur de 49%, pour un montant de 58,8 millions d'euros. Et se veut désormais "agrégateur et diffuseur de contenus".
  • Good news côté médias: alors que Bakchich s'éteint, le premier numéro de Zélium, un mensuel satirique, sera lancé le 11 février et tiré à 70 000 exemplaires en France et Belgique sur 24 pages et dans un format identique à celui du Canard enchaîné.
  • RIP Daniel Vermeille, co-fondateur contesté, en tous cas un des premiers collaborateurs à Rock & Folk, journaliste spécialisé dans le rock californien et le punk, compagnon de route des Rolling Stones lors de l'enregistrement de leur mythique Exile on Main Streets en 1972... Il est parti cette semaine, SDF presque anonyme.
  • Plus d'1,7 million de pages vues pour la reprise très rock et un rien destroy de Smooth Criminal de Michael Jackson... au violoncelle. J'adore. Joli coup de pub pour Stjepan Hauser et Luka Sulic.
  • RIP la French Connection. LCI Radio va fermer ses portes, faute de fréquence radio décrochée par TF1. Contente d'avoir parfosi contribué à cette émission. La dernière, enregistrée vendredi dernier, c'est par ici.

mercredi 18 août 2010

"So long" le Web ? (C'est "Wired" qui le dit)

web_rip_200.gif

Le Web est mort, vive Internet ? En tous cas, c'est 'Wired'' qui le dit, dans un article (avec le graphe qui va bien) publié en ligne hier, signé par le patron du magazine, Chris Anderson... Comme il l'espérait :) il n'a pas manqué de provoquer un afflux de réactions sur la Toile.

Déjà en juin, au salon All hings Digital, Steve Jobs, le patron d’Apple annonçait crânement que c'était bientôt la fin de "l’ère des ordinateurs de bureau", remplacée par celle des terminaux dédiés à certains usages.

Le XML se substitue au HTML

On en est peut-être pas si loin, à en croire le magazine. Car c'est là le grand changement induit par les outils nomades connectés à Internet- smartphones, tablettes tactiles, netbooks - qui se sont multipliés ces derniers mois. Plus besoin de surfer sur le Web, d'y mener de fastidieuses recherches: Apple a inauguré les applications mobiles, qui nous permettent d'accéder en un clin d'oeil à des contenus et services ciblés sur Internet. Alors que jusqu'à il y a peu, à l'ère du Web old school, il fallait passer uniquement par des pages web en http:// pour y accéder.

Et de souligner: l’Internet est la véritable révolution, aussi importante que l’électricité; ce que nous en faisons est encore en train d’évoluer. En passant de votre ordinateur à votre poche, la nature du Net se transforme.

Wired s'est basé sur une étude publiée récemment par l’institut Cisco, qui a mesuré le ratio des différents usages dans le trafic global du réseau. Résultat: le web ne représente plus que que 23% du trafic, soit autant que les échanges en peer to peer. Désormais, la vidéo en ligne représente plus de 50% du trafic sur Internet - certes, la généralisation du haut débit aide...

ff_webrip5_f.jpg

Source: Wired

Pour reprendre un de ces schémas que Wired affectionne, les applis remplace(ro)nt donc le navigateur, le modèle éco du freemium (gratuit +premium) le tout-gratuit, le XML le HTML...

Croissance du trafic Web

L'analyse de Wired est polémique, donc forcément un peu biaisée :) Alors que l'étude de Cisco se base sur des pourcentages, et non sur le quantitatif, comme l'a pointé Nick Bilton dans le New York Times. En clair, la jolie thèse de Chris Anderson s'effondre comme un château de cartes en omettant la croissance du trafic web.

De fait, comme le souligne Frédéric Filloux dans son article sur Slate, "le trafic total mesuré sur internet en 1995 était de 10 téraoctets. Dix ans plus tard, il a été multiplié par 10.000, et on estime que d’ici la fin de l’année 2010, il atteindra 7 millions de téraoctets. L’augmentation du trafic touche donc tous les domaines, le web y compris, même s’il progresse moins vite que la vidéo ou les applications, par exemple".

Idéologie

Mais pour Chris Anderson, les faits sont là: en privilégiant l'utilisation des "applis", les internautes adhèrent de facto au modèle fermé et propriétaire créé par Apple avec ses applis iPhone - et tant décrié, au point que l'on a pu soupçonner Steve Jobs de virer réac' . Alors que par essence, les pages web sont ouvertes, puisque leur code est consultable...