On en parlait au début des années 2000 de la décroissance, ou encore du No logo à la sauce Naomi Klein, les "bobo" faisaient leur apparition dans les nouvelles segmentations sociologiques...

En ce début de 2009, le contexte a bien évolué : début de récession, chômage qui grimpe, perspectives économiques préoccupantes... Parallèlement, de nouvelles formes de contestation sociales apparaissent : après les "décroissants" et les anti-pub, on a vu émerger de nouveaux collectifs : de chômeurs, de mal-logés, de jeunes ménages ne pouvant plus accéder à la propriété immobilière (avec le Collectif du "Jeudi noir", qui réquisitionnait des logements laissés vacants par des entreprises et institutions), de jeunes diplômés lassés des stages sans perspectives (Génération Précaire)...

Surtout, la baisse du pouvoir d'achat est devenu un sujet de contestations en soi. Au point qu'une nouvelle notion est apparue : celle d'autoréduction, "qui consiste pour un groupe d’usagers à imposer par la force une baisse du prix d’un produit ou d’un service. Elle peut aller jusqu’à la gratuité et prendre la forme de véritables pillages de supermarchés. Les autonomes, comme les anarchistes, parlent alors de 'communisme immédiat', c'est à dire sans phase de transition" , comme la définit Wikipedia.

Justement, j'ai assisté à scène surréaliste qui relevait de ce phénomène. J'avais hésité à bloguer dessus auparavant, faute d'informations sur le sujet. Mercredi 31 décembre, 17 heures, je me rends au Monoprix de mon quartier, au carrefour Ledru-Rolin. Là, scène surréaliste : une vingtaine de militants déploie dans l'escalier une pancarte dénonçant la perte de pouvoir d'achat pour les chômeurs. Bon. quelques clients s'excitent, je vois le directeur du Monop' passer, furieux (et je remarque sa cravate à fleurs de lys ;).

Quinze minutes après, je redescends, le ton monte : les caisses sont bloquées, les caissières ne sont plus en place. Des militants déploient des affiches avec des phrases-chocs, comme "C'est une autoréquisition qui est juste en ces temps de crise et qui permet aux précaires de fêter aussi le Nouvel An dignement." Je comprends au bout d'un moment qu'ils ont rempli leurs caddies, de saumon, foie gras, pâtes.. et veulent partir sans payer. Les militants ? Des jeunes précaires, des chômeurs notamment. Ils refusent de se rattacher à tout mouvement ou tout collectif, leur tract évoque juste "Les empêcheurs d'encaisser en rond". Résultat : une bousculade incroyable, une trentaine de flics débarquent, les clients patientent, plusieurs sortent en disant "ils ont raison, ces jeunes".

Ils ont ciblé sciemment l'hyper assez haut de gamme Monop', situé dans le très branché quartier de Ledru-Rolin, près de la place de la Bastille. Ce qui est intéressant est que ce mouvement est en train d'essaimer en rétgion, comme l'évoque cet article d'Eco89.

Et de fait, depuis, ils ont publié ce communiqué sur le Net, où ils précisent :

Treize chariots pleins sont sortis du magasin après des négociations tendues avec une direction qui a logiquement choisi de ne pas prolonger le blocage des caisses (perte de chiffre d’affaires) ou prendre le risque d’une intervention policière dans les rayons."

C'est une nouvelle forme de manifestation contre la perte du pouvoir d'achat, la précarisation grandissante chez les jeunes, leurs perspectives mornes... que l'on ne peut ignorer. En tous cas, plus prosaïquement, cela soulève de nouvelles questions juridiques : est-ce que cela relève du "vol", de l' "extorsion", alors que le directeur du Monoprix a laissé partir les militants avec leurs caddies pleins, comme le relate cet autre article ? A suivre...

foto militt Monop Photo C. C.