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mercredi 6 janvier 2021

Passeport immunitaire, fitness en ligne, cinéma "de luxe": sept tendances tech pour l'année (post-dystopique?) 2021

Image extraite du jeu vidéo Cyberpunk 2077

L'année qui vient de s'achever restera sans doute gravée comme une dystopie grandeur nature, où la réalité du quotidien a rattrapé celle narrée dans les romans d'anticipation. En un an, des nouveaux gestes irréels devenus des pratiques du quotidien se sont imposés - flâner dans la rue au milieu d'une foule masquée, remplir une «attestation» papier ou via son mobile avant toute sortie, saluer ses parents d'un étrange mouvement du coude, entrer dans un magasin après s'être frictionné les mains de gel hydroalcoolique. Etrangement, nous avons (à peu près) intégré cette dystopie quotidienne qui nous semblait inacceptable il y a encore peu.

Cela relève de la lapalissade: la pandémie de Covid-19 a été le fait majeur de l'année 2020, qui nous marquera à vie. C'est aussi l'événement qui a le plus marqué le monde entier depuis la seconde guerre mondiale. Cette infection respiratoire s'est répandue dans le monde comme une traînée de poudre en quelques mois, provoquant près de 2 millions de décès en moins d'un an, faisant plonger les cours du brut au-dessous de zéro, et contraignant les gouvernements à confiner plus de la moitié de l'humanité - quitte à réduire de manière spectaculaire leurs libertés personnelles, puis à limiter la casse économique en adoptant des 'Plans Marshall'.

Autant de changements qui vont durablement bouleverser notre existence et rendre difficile tout retour en arrière. Même si nous regardons fixement la crise sanitaire, au jour le jour, la planète est en train de se transformer. A marche forcée.

Dans ce contexte littéralement extraordinaire, de nouveaux usages se sont imposés dans notre quotidien. Et demain, quel sera le «monde d'après»? De la même manière que durant les deux guerres mondiales, la crise du Covid a accéléré des tendances qui n'étaient qu'en germe, et a favorisé le passage d'une société à une autre.

Tous vaccinés, vers un Passeport immunitaire

passeport-scovid.jpg, janv. 2021

Grâce à l'apparition des vaccins, et aux plans de vaccinations déployés par les différents pays, les épidémiologistes ont bon espoir que la situation s'améliore. Ces vaccins seront peut-être *La* solution pour que les pays mettent fin aux (re)confinements qu'ils sont parfois contraints d'imposer, pour ralentir les nouvelles vagues du virus.

Certes, le vaccin contre le Covid ne sera pas obligatoire - en tous cas pas en France. Mais comme je l'évoquais ici, un passeport immunitaire, par exemple stocké sur nos mobiles, fera tôt ou tard son apparition. Y figureront les résultats de notre dernier test PCR ou test sérologique, démontrant que nous sommes négatifs. Voire le fait que nous sommes vaccinés (comme dans le traditionnel carnet de vaccinations) - ce qui sera peut-être exigé, à l'avenir, pour prendre l'avion ou entrer dans certains pays.

Déjà à Los Angeles, les personnes vaccinées contre le coronavirus peuvent en enregistrer la preuve dans leur iPhone, avec le service «Wallet», indique le journal Le Temps. «Une preuve de vaccination stockée au cœur de son iPhone, au sein d’un service développé par Apple.» Avec Android de Google, cette possibilité leur est aussi offerte via le service «Pay Pass». Les géants américains de la tech vont-ils jouer un rôle majeur dans la campagne de vaccination mondiale? En Suisse, l’OFSP préfère que ces données soient stockées dans l’application helvétique myViavac.

Avènement du télétravail et du télé- enseignement

Souvent lancé dans la précipitation lors du premier confinement en mars 2021, le télétravail devrait continuer de se développer. De nouveaux outils sont entré dans les usages des entreprises et des salariés, notamment des plateformes de collaboration (comme Slack, Teams de Microsoft) et les outils de visioconférence, comme Zoom. Réunions (virtuelles certes), envois de fichiers numériques lourds, échanges informels par messagerie instantanée privée, ou échanges en direct avec son équipe dans un fil de discussion, ravivé par des blagues et des émojis: malgré tout, les salariés ont tenté de reconstituer (un peu) la vie sociale du bureau via ces outils virtuels. Au point que, en entreprises, les applications vidéos sont devenues le moyen par défaut pour communiquer, détrônant ainsi les simples appels téléphoniques traditionnels.

Parallèlement, les écoliers et instituteurs et professeurs se sont familiarisés avec l'école à distance, là aussi avec des outils qui étaient parfois déjà prééxistants, comme la plateforme d'apprentissage en ligne (sous licence libre GNU :) Moodle, le logiciel Discord, initialement destiné aux fans de jeux vidéos, quia cartonné chez les profs, des campus virtuels créés par certaines écoles, telle Neoma Business School...

E-commerce massif

Si la France était déjà une des championnes européennes dans l'utilisation du e-commerce - lointain héritage de la vente par correspondance imposée par La Redoute et consorts -, son développement s'est généralisé durant les deux confinements en 2020. Avec même des variantes comme le clic and collect (pour commander en ligne et aller récupérer ses courses sur place en boutique), imposant à des acteurs traditionnels du retail de pactiser avec des start-up du secteur, comme Carrefour avec Uber Eats en avril dernier.

Consécration du fitness en ligne

og__bahei39dfoxu.png, janv. 2021

Au-delà de l'achat à distance de biens, le modèle du e-commerce a renforcé la généralisation des abonnements (remember, je vous en parlais dans ce billet sur la vogue des abonnements, de Netflix aux kiosques numériques de presse). «Des achats en ligne aux paiements et aux (nouvelles formes de) fitness (...). La technologie maintient les entreprises en vie et peut-être modifie-t-elle de façon permanente nos comportements», souligne la banque d'affaires GP Bullhound dans cette étude sur les tendances tech 2021.

Il cite donc les cours de fitness en ligne - qui survivront au Covid-19. De fait, face à la fermeture des salles des sport, plusieurs réseaux et associations sportives ont développé leurs formules de cours vidéo sur abonnement. Même Apple a lancé son propre service de cours de fitness, Apple Fitness+, le 14 décembre dernier. Des cours sur abonnement, à suivre sur iPad ou iPhone, pendant que l'Apple Watch collecte des données sur les exercices réalisés. Les utilisateurs recevront ensuite un feedback de leur séance, indiquant le nombre de calories dépensées, leur fréquence cardiaque ou encore la durée exacte de leur entrainement.

Les jeux vidéos, réseaux sociaux de demain

Là encore, la pandémie a accéléré ce changement, qui était déjà latent dans l'univers du jeu vidéo, les éditeurs rajoutant des fonctionnalités qui ont renforcé la dimension communautaire de ces jeux: tchats, visioconférence intégrée... «Les joueurs commencent à choisir de se regrouper dans 'Call of Duty: Warzone' ou de se rendre sur l'île de leurs amis dans 'Animal Crossing : New Horizons' plutôt que de passer un coup de fil», souligne l'étude de Bullhound.

Exemple: évidemment le jeu Fortnite, Le carton qui s'est confirmé en 2020, dont je parlais dans ce billet - comme nouveau réseau social potentiel. Dans Fortnite, il n’y a pas de sang et les graphismes sont cartoonesques. On peut inviter ses amis dans un jeu, et leur parler grâce à la fonction vocale incluse. Son Battle Royale aux 350 millions de joueurs dispose d'un sérieux avantage: il est disponible sur tous les supports, pour consoles de jeux vidéos (Xbox, Nintendo Switch), PC et Mac, et, surtout ,depuis un an, pour les mobiles (iOS et Android) - parfait pour les ados.

Il a commencé à accueillir des événements virtuels - normal, ils ne peuvent avoir lieu dans la vraie vie, grippée par le coronavirus - comme des concerts virtuels du rappeur américain Travis Scott. Et bientôt des événements sponsorisés par des marques?

Aller au cinéma, bientôt un luxe?

netflix-salle-cinema.jpg, août 2020

Evidemment, c'est le sujet qui me tient le plus à cœur: alors que les salles ont été fermées une bonne partie de l'année 2020 - et le sont toujours dans bon nombre de pays - en raison de la pandémie, est-ce que cela risque de rendre ringarde la sortie au cinéma?

Demain, est-ce que aller au cinéma (re)deviendra une sortie normale, comme dans le «monde d'avant»? Je me posais déjà cette question dans ce billet fin avril 2020, puis fin août, puis en décembre dernier, lorsque la Warner a annoncé que *tous* ses films de l'année 2021 sortiraient simultanément en salles et sur sa plateforme de streaming vidéo HBO Max pendant un mois, pour les Etats-Unis. Disney a suivi peu de temps après, faisant une annonce similaire.

Alors que les salles de cinéma sont encore fermées aujourd'hui, dont en France, les réalisateurs et diffuseurs cherchent des solutions pour assurer leurs sorties de l'année. Ce qui sera en salles ou pas. Certains ont déjà trouvé la parade: Aka @FilmsDeLover développait un long thread Twitter mardi sur les très nombreux films réalisés par des réalisateurs et réalisatrices de renom, qui sortent leurs films direct sur Netflix cette année. LA liste est impressionnante (ou accablante, c'est selon): Jean-Pierre Jeunet (Big bug), Alexandre Aja (O2), Paolo Sorrentino (E stata la mano si dio), Richard Linklater (Appolo 10 1/2), Jane Campion (The power of the dog)...

Prédominance totale des Gafa

gafam.jpg, janv. 2021

C'est un fait: les géants technologiques, dont les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et consorts) ont grossi à la faveur des différentes crises, telle celle de 2008, pour devenir des mastodontes. Sans limites. L'an dernier, même la crise sanitaire et économique liée à la pandémie du Covid-19 ne les a guère affaiblis. Au contraire : les nouveaux usages liés au confinement et au télétravail leur a permis de croître encore davantage – ainsi que leur capitalisation boursière (voir cette enquête), qui a atteint des sommets sans précédent.

Mais la régulation du numérique - et donc de ces monstres - est devenue un sujet-clé, tant au niveau européen avec la discussion des «Digital Services Act» et «Digital Market Act», de nouvelles régulations européennes présentées depuis décembre dernier par la Commission européenne, qu'aux Etats-Unis, après un rapport assez radical à leur sujet émis par le Congrès en octobre dernier, qui pointe leurs comportements anticoncurrentiels, le nouveau président démocrate Joe Biden pourrait bien pousser dans ce sens. Bruxelles comme Washington pourrait mettre ces géants à l'amende, depuis des précédents où l’Europe a déjà mis à l’amende plusieurs de ces firmes pour abus de position dominante, tel Microsoft, qui a écopé dès 2004 d’une amende de 497 millions d'euros.

2021 peut donc tout de même êtr esynonyme d'optimisme, d'espoir. Je vous le souhaite, bonne année 2021 !

dimanche 23 août 2020

Quelques leçons à retenir d'un été (peut-être) meurtrier pour le cinéma

570254-photos-du-cinema-sur-l-eau-de-paris-plages-3.jpg, août 2020

Demain, est-ce que aller au cinéma (re)deviendra une sortie normale, comme dans le «monde d'avant»? Je me posais déjà cette question dans ce billet fin avril. Puis le 22 juin, les salles sortaient tout juste de plus de trois mois de fermeture forcée. A cette période, les idées commençaient à bouillonner autour de nouvelles formes de projection des films, entre drive-in et reprise des projections. Dans cette veine, début juin, le groupe MK2 a même organisé une projection du film Le Grand Bain pour une poignée de privilégiés sur des bateaux sur la Seine.

Et depuis ? Rien. Ou pas grand-chose qui ne laisse augurer une reprise explosive de l'industrie du cinéma. Un «été meurtrier» pour le 7ème Art, ou presque. Plusieurs signaux ont laissé percevoir les bouleversements que vont connaître l'industrie du cinéma, accélérés par cette crise sanitaire qui n'en finit pas. Des signaux faibles, qui préfigurent un tournant radical tant dans le business du cinéma que dans notre manière de regarder des films - aller en salles sera-t-il encore normal demain?

En cette rentrée, pile deux ans après la sortie de mon livre Netflix & Cie, les coulisses d'une (r)évolution (Armand Colin) - livre qui a eu une longue vie (je m'en félicite), et a été lauréat cette année du Prix Lycéen du livre SES. j'ai voulu relever plusieurs de ces signaux faibles qui ont marqué cet été l'écosystème du cinéma, chahuté par la crise du Covid-19 et Netflix et les autres acteurs du streaming vidéo.

Chute de fréquentation des salles

le-cinema-francais-et-le-tourisme-en-France.jpg, août 2020

Premier constat en cette fin d'été, après la joie mêlée à l'incertitude du 22 juin dernier, jour de leur réouverture coordonnée, les salles de cinéma françaises n'ont pas vu le public réaffluer. Même si les professionnels avaient préparé le terrain. La semaine dernière, on comptait 1,3 million de téléspectateurs, en chute de près de 72% par rapport à l’année dernière à la même époque. La meilleure performance depuis la réouverture des salles le 22 juin, selon CBO Box Office, mais la fréquentation reste à la peine.

En cause, une inquiétude diffuse du grand public (quel degré de risque y a-t-il à passer 2 heures dans une salle fermée), et surtout, moins de nouveautés captivantes que prévu à l'affiche. Certes, des films sortis avant le confinement ont pu être reprogrammés, et l'arrivée de comédies, entre les «grosses comédies» un rien balourdes (T'as pêcho?, Les blagues de Toto, numéro un du box office avec près de 200 000 entrées !) et bonnes surprises portées par de bonnes critiques (Tout simplement noir de Jean-Pascal Zadi et John Wax). Mais les blockbusters américains qui devaient sortir fin juillet, les traditionnelles locomotives en été pour les salles, ont été reportés, comme Tenet de Christopher Nolan, ou le dernier Disney, Mulan, de Niki Caro. Quant aux distributeurs français, certains ont renoncé à programmer des sorties pendant cette période critique.

Le Grand Rex ferme temporairement ses portes

Pour la première fois de son histoire, le mythique grand cinéma sis sur les grands boulevards parisiens a annoncé, le 27 juillet dernier, baisser le rideau du 3 au 26 août. La cause? Rester ouvert tout l'été n'était pas rentable pour lui. Faute de sorties de blockbusters notamment. Et meubler avec des soirées marathons thématiques, ne suffisait plus. Il rouvrira le jour de la sortie de Mulan.

Qui plus est, Disney et consorts commencent à moins partager leurs catalogues de films avec les salles traditionnelles pour des rétrospectives! Un effet pervers naissant des nouvelles plateformes de streaming vidéo, telle Disney+, qui veulent garder leur catalogue pour leurs seuls abonnés. «Il devient difficile d’innover et de proposer d’autres marathons au public avec notamment l’interdiction de piocher dans les catalogues de Disney et de la Fox», expliquait récemment Alexandre Hellmann, propriétaire du célèbre cinéma.

Cet été, plusieurs autres cinémas ont décidé de refermer provisoirement: des indépendants du quartier Latin à Paris, Le Palace à Lons-le-Saunier (Jura), le Castillet à Perpignan (Pyrénées-Orientales), le Darcy à Dijon...

Netflix & co grillent la politesse aux salles obscures

netflix-salle-cinema.jpg, août 2020

Autre fait: on commence à voir des films sortir simultanément dans une poignée de salles et sur une plateforme de streaming. Le rêve de Netflix devient réalité. Ce printemps, plusieurs films avaient été autorisés à sortir directement en VoD sur les petits écrans, alors que les salles étaient fermées. Pour permettre aux réalisateurs de les diffuser quelque part, et éviter la catastrophe économique.

Ce qui a donné des idées aux streamers. Début août, Hollywood a connu un petit tremblement de terre: Disney a annoncé qu'un de ses mega-blockbusters de l'année, Mulan de Niki Caro, décalé à plusieurs reprises, sortirait finalement le 4 septembre prochain directement sur la plateforme Disney+ aux États-Unis, mais aussi au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Australie et dans plusieurs pays européens.

Cette exclusivité a un prix : pour visionner le film, il faudra payer 29,99 dollars en plus du coût de l'abonnement. Cette annonce a donné des sueurs froides aux exploitants outre-Atlantique, qui comptaient, entre autres, sur Mulan pour de nouveau attirer les spectateurs dans les salles.

D'autres tentent les sorties simultanées. Le grand Werner Herzog sort son dernier film, Family Romance, LLC, petit bijou de SF qui interroge sur nos ultra-solitudes urbaines (demain, devra-t-on «louer» des amis et des proches?), dans une poignée de salles en France - et essentiellement sur Mubi (plateforme anglaise de streaming vidéo) dans les autres pays. Est-il inquiet pour l'avenir des salles? Il botte en touche dans cette interview au Monde: «La mère de toutes les batailles, c'est bien les salles et non les plateformes. Mais je ne suis pas un nostalgique». Son prochain film, Fireball, sera produit par Apple, et présenté au festival de Toronto.

Mignonnes, de Maïmouna Doucouré, premier film français très remarqué, est sorti cette semaine en salles dans l'Hexagone - et direct sur Netflix aux US, où la plateforme y a acquis les droits.

Premiers spots TV pour des sorties de films en salles

Un autre verrou a sauté - au bénéfice du cinéma ? Un premier décret publié le 7 août dernier sur l'assouplissement de la publicité télévisée autorise désormais - pour une période de 18 mois - les publicités télévisées pour le cinéma. Dès le 8 août, M6 diffusait ainsi le premier spot TV pour la sortie d'un film en salle - précisément celui d'un des rares blockbusters ayant maintenu sa sortie cet été, Tenet.


spot TV

Est-ce que l'ensemble du cinéma bénéficiera de cette ouverture publicitaire? Pas sûr. Les pubs TV pour le cinéma étaient jusqu'à présent interdites précisément pour protéger les films indépendants face aux blockbusters américains disposant d'une énorme force de frappe publicitaire. cette autorisation fera l'objet d'un rapport d'évaluation dans un délai de 15 mois, justement pour vérifier son impact sur la filière cinéma, - et voir quels types de films profitent ou pâtissent de cette réforme.

Des films diffusés à la télé même le samedi soir

Une autre brèche s'est ouverte le 7 août: les chaînes de télévision peuvent programmer des films quand elles le veulent, d'après un décret paru ce jour-là. Il a mis fin à une règle très décriée par le PAF, qui leur interdisait de diffuser en clair des films certains jours ou soirées, comme le samedi. Une disposition qui visait à protéger les salles de cinéma, décidée il y a plusieurs décennies au nom de la préservation de la sacro-sainte exception culturelle. Mais elle ne s'appliquait pas aux plateformes de streaming type Netflix - les chaînes en demandaient donc la suppression pour être mieux armées face à ces nouveaux géants. Le nouveau contexte lié à la crise du Covid-19 et les stigmates du confinement ont donc fait voler en éclats d'autant plus rapidement ce tabou. De quoi plomber d'autant plus les salles de cinéma?

Seule exception notable, Canal+ - un des grands argentiers du cinéma dans l'Hexagone - a annoncé le 20 août que ses samedis soirs seraient réservés au foot, avec les matchs de championnat de la Ligue 1.

Netflix & co s'attaquent à Broadway (et aux comédies musicales)

Une autre brèche liée à la pandémie permet à Netflix et ses concurrents d'avancer leurs pions sur le terrain de la comédie musicale. Netflix a annoncé la diffusion prochaine sur son service de la comédie musicale inspirée de la vie de la princesse de Galles, Diana, qui devait être jouée à Broadway mais a été repoussée en raison du coronavirus. Radical, les producteurs de la société Grove Entertainment ont décidé de filmer la pièce dans un théâtre vide. Le spectacle devrait ainsi être publié sur Netflix début 2021, avant d'être joué à Broadway le 25 mai. Disney lui-même a fait sensation en diffusant en exclusivité le show à succès Hamilton, entraînant une augmentation massive des abonnements sur son service Disney+ .

vendredi 17 juillet 2020

Netflix confronté à l'attentisme des investisseurs

0602975329035-web-tete.jpg, juil. 2020

Il n'y a pas à dire, Netflix a assuré le show pendant la pandémie, profitant du confinement pour élargir son audience. Logique, les investisseurs attendaient la suite du spectacle avec impatience, à coup de cornets de popcorn - les objectifs de cours parfois démesurés des banques d'investissement, telle Goldman Sachs en fin de semaine dernière. Le géant de la vidéo en ligne ne pouvait se permettre de les décevoir, dans un marché du streaming vidéo en pleine ébullition.

Las, en 24 heures, il a subi un sévère revers à Wall Street, après avoir annoncé hier des résultats trimestriels moins bons qu'attendu. Actuellement, son cours de Bourse chute d'environ 7%, après avoir perdu près de 10% dans les échanges post-clôture hier soir, alors qu'il stagnait les jours précédents.

Pour satisfaire les investisseurs, le groupe aurait dû réitérer l'exploit réalisé en avril avec un nombre record de nouveaux abonnés - qu'il avait engrangés grâce à l'effet confinement, comment avait alors prévenu avec prudence son patron, Redd Hastings, dans sa lettre aux actionnaires. Il avait gagné 15,77 millions de nouveaux abonnés payants durant le premier trimestre, contre 7 millions attendus, pour atteindre, courant avril, 182,9 d'abonnés payants dans le monde.

Certes, le géant du streaming vidéo a annoncé hier une forte croissance de son nombre d'abonnés grâce à l'élargissement de son audience pendant le confinement. Il compte maintenant 193 millions d'abonnés payants dans le monde.

illustr netflix 2.jpg, juil. 2020

Mais pas assez aux yeux des investisseurs. Netflix a conquis 10,1 millions de nouveaux abonnés payants sur la période d'avril à juin. C'est moins qu'au premier trimestre, mais honorable: les analystes anticipaient "seulement" un gain de 8,2 millions d'abonnés sur la période, et le groupe annonçait un objectif de 7,5 millions.

Pourtant, côté prévisions, le groupe a déjà prévenu: la croissance de son nombre d'abonnés ralentirait au second semestre après un premier semestre exceptionnel, marqué par un gain net de 26 millions d'abonnés payants. ''"En conséquence, nous prévoyons pour le second semestre une croissance moindre que l'année précédente"'', précise la lettre adressée aux actionnaires.

Garder son audience captive

 

Netflix s'essaie à de nouveaux formats, que ce soient les documentaires qu'il propose en exclu - tel The Last Dance, celui consacré à Michael Jordan, ex-basketteur et icône de la pop culture des 90s, a créé un nouveau précédent, comme j'en ai parlé ici sur BFMTV. Ou avec ses shows de télé-réalité, tels "Too Hot To Handle" et "Floor is Lava" ont diverti ses millions d'abonnés confinés à domicile et/ ou au chômage. La firme de Los Gatos a également sorti plus de trente films depuis mi-mars.Extraction, un film d'action autour d'un trafic de drogue au Bangladesh, a été regardé par 99 millions de foyers en 28 jours.

Reed Hastings l'a toujours dit, son objectif est de garder captifs ses abonnés le plus longtemps possible - comme la télé naguère... «Les abonnés pensaient d'abord à nous comme un endroit pour revoir les shows d'autres chaînes. Puis comme l'endroit pour voir nos contenus originaux. Maintenant, ils viennent pour un vendredi soir au cinéma, avec Netflix proposant les premières des plus grands films au monde», a-t-il déclaré hier. 

Nouveaux concurrents

Le problème est que [Netflix|tag:Netflix] est confronté à une nouvelle donne colossale, qui rend les investisseurs encore plus exigeants: il va devoir ferrailler avec de nouveaux concurrents qui disposent - eux aussi - de moyens colossaux sur le marché de la télévision à la demande, comme [Disney+|tag:Disney+] (213 milliards de dollars de capitalisation boursière), [HBO Max|tag:HBO Max], filiale du géant des télécoms AT&T (216 milliards de capitalisation), et la plateforme d'Apple, Apple TV+ (Apple, pour mémoire: 1 670 milliards de dollars de capitalisation).

La concurrence continue de s'intensifier. La plateforme de streaming de NBCUniversal, Peacock, a été lancée cette semaine tandis que Walt Disney semble disposer d'un blockbuster potentiel avec sa comédie musicale ''Hamilton'', qui aurait dopé les téléchargements de son application de streaming Disney+.

Cet environnement n'a pas empêché son cours de Bourse d'enchaîner les records à Wall Street ces dernières semaines. Et de s'inscrire en hausse de près de 63% depuis le début de l'année. De quoi faire tourner la tête des investisseurs: vendredi dernier, son cours de Bourse a gonflé de 8%, parce que la banque Goldman Sachs anticipait une forte croissance des abonnés de Netflix : +12,5 millions sur le deuxième trimestre (à tort, donc). Goldman avait alors renforcé sa notation de l’action de Netflix à "achat" et augmenté son objectif de cours de l’action sur 12 mois de 540 à 670 dollars. Résultat de cette mini-bulle: sa capitalisation est aujourd'hui de 217 milliards de dollars, contre 241 milliards il y a encore une semaine.

Hollywood à l'arrêt

Et pour la suite, Netflix n'est pas non plus totalement immunisé contre les effets négatifs de la pandémie. La production télévisuelle et cinématographique - dont à Hollywood - reste à l'arrêt dans l'ensemble, d'autant que la pandémie semble connaître un regain aux Etats-Unis. Ce qui pourrait perturber ses projets futurs en matière de diffusion.

Netflix a réussi à se préserver jusqu'à présent : au moins 39 programmes originaux doivent être diffusés au cours du troisième trimestre, dont une nouvelle saison de la série ''The Umbrella Academy.'' Mais quid s'il ne peut reprendre ses tournages et post-productions?

Petite consolation pour Netflix, ses rivaux sont logés à la même enseigne. HBO Max a dû être lancé en mai sans son émission exceptionnelle "Friends Reunion Special", qui devait réunir les six héros de la série à succès ''Friends''.

vendredi 12 juin 2020

Fortnite, un nouveau «réseau social» ?

C'est un des phénomènes en culture numérique que nous, quadras geeks (enfin, nous le croyions), n'avons même pas vu arriver sur nos écrans pendant le confinement. Bon nombre d'écoliers et pré-ados ont été scotchés à Fortnite une bonne partie de leurs journées, pendant cette période. Fortnite? Une sorte de jeu vidéo en réseau gratuit, que (presque) tous les enfants connaissent. Complément d'enquête y a consacré un reportage très intéressant (par ici en replay) hier soir, et m'avait conviée à réagir sur ce phénomène (ainsi que sur Netflix, susceptible de commencer à menacer sérieusement la bonne vieille lucarne dans les salons), en direct de la Cité du cinéma (l'ensemble de l'émission est dispo ici).

Du coup, à l'arrache, j'ai réalisé un mini-sondage via le WhatsApp familial. J'en suis presque tombée de ma chaise. Mes neveux et nièces - loin d'être des enfants accros aux jeux vidéos - connaissent tous bien Fortnite, pour y jouer et avoir des copains (parfois cancres, a cafté un de mes neveux ;) qui y jouent. C'est un vrai phénomène. Dans le jeu le plus connu, Fortnite Battle Royale, un jeu de bataille royale anciennement payant, maintenant en free-to-play, jusqu'à 100 joueurs se battent dans des espaces de plus en plus petits pour finir comme dernière personne debout.

Dans les témoignages très éclairés et de mes neveux et nièces, le côte multijoueurs, entraînant («On peut y jouer en ligne pendant des heures avec ses copains») ressort. «Il y a des gens qui aiment bien dans mon école, parce qu'on peut se parler en audio avec un casque, et il y a plusieurs jeux: des cache-cache, des Battle royales, on peut inviter des amis dans notre groupe. Le principe, ce n'est pas que de tuer des gens: on peut d'aventurer partout, et dans le Battle Royale, on peut faire des constructions, des escaliers...», m"expliquait ma nièce, 10 ans, et déjà bien aguerrie :)

Dans Complément d'enquête, on croise Guylème, 14 ans, qui joue 4 heures par jour «avec des potes» ; Etan, même âge, a dépensé 600 euros en «skins» pour personnaliser son guerrier. Forcément, les journalistes sont allés chercher des spécimens d'enfants gros joueurs.

Assurément, ce jeu cartonne. Il compte désormais plus de 350 millions de joueurs inscrits dans le monde, selon les chiffres dévoilés début mai par Epic Games, l'éditeur du jeu, contre 250 millions il y a un an. Evidemment, le confinement a bénéficié à Fortnite. Rien qu’en avril, le Battle Royale a enregistré 3,2 milliards d’heures de jeu.

Les clés du succès ? Dans Fortnite, il n’y a pas de sang et les graphismes sont cartoonesques. On peut inviter ses amis dans un jeu, et leur parler grâce à la fonction vocale incluse. Son Battle Royale aux 350 millions de joueurs dispose d'un sérieux avantage: il est disponible sur tous les supports, pour consoles de jeux vidéos (Xbox, Nintendo Switch), PC et Mac, et, surtout ,depuis un an, pour les mobiles (iOS et Android) - ça tombe bien, aujourd'hui, même un pré-ado joue régulièrement avec le mobile ou la tablette de ses parents.

Ambassadeurs de marque et «skins» payants

Côté business et marketing, l’imagination d'Epic Games semble sans limites: il organise des championnats démesurés où les joueurs stars, de véritables ambassadeurs, viennent s’affronter en chair et en os. En tête desquels Kinstaar, l'une des vedettes françaises dans ce domaine, issue de l'équipe Solary, qui gagnerait près de 300.000 euros par mois, révélait Complément d'enquête (visiblement, certains fans du jeu n'ont pas du tout apprécié cet angle).

Si le jeu est gratuit, il propose des «skins», des tenues - payantes - pour le personnage virtuel du joueur. À chaque promotion d’un film ou d’une série, un «skin» est créé pour l’occasion. Epic Games se rémunère ainsi des deux côtés, grâce aux revenus générés par les annonceurs et par les fans.

Lors du confinement, Epic Games a présenté un nouvel espace dans le jeu appelé Fête Royale. Un endroit dans lequel les joueurs se rendent pour passer du bon temps et écouter de la musique - une manière de créer des événements, type concerts, qui ne peuvent avoir lieu dans la vraie vie actuellement, en raison des règles de distanciation sociale du «Nouveau monde», face au Covid-19. Cet espace a notamment accueilli la série de concerts du rappeur américain Travis Scott dont le premier a été suivi par 12 millions de personnes. On imagine les perspectives marketing par la suite - et, pourquoi pas, des concerts payants sur Fortnite ?

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Le 14 décembre dernier, les joueurs y ont découvert en exclusivité un extrait du dernier opus de la saga Star Wars, en présence du réalisateur J.J Abrams. Le 22 mai, les joueurs ont pu découvrir la bande-annonce du film de Christopher Nolan, Tenet.

Fortnite, jeu vidéo, monde virtuel, réseau social...

En fait, plus qu'un jeu virtuel en réseau, Fortnite est à la lisière du monde virtuel (un peu comme feu Second Life...) et du réseau social. Rappelez-vous: Second Life, lancé en 2003, consiste à se recréer une vie virtuelle. A l’époque, il était devenu si célèbre que des marques s’y étaient inscrites, des partis politiques, et même des entreprises y organisaient des entretiens d'embauches virtuel (so cool et branché à l'époque) - telles L’Oréal, Areva, Unilog, Cap Gemini, Alstom et Accenture: j'y avais alors consacré ce papier pour ZDNet ;)

Fortnite, comme l’expliquait son fondateur Tim Sweeney à Business Insider l'an dernier, «ce n’est plus seulement un jeu». « Nous croyons au pouvoir du “gameplay” social», assurait l'an dernier Tim Sweeney lors de sa présentation à la GDC, au moment de présenter l’Epic Games Online Service. Sous ce nom se cache un outil qui permet à n’importe quel joueur de se mettre en contact avec les autres, et ce quel que soit leur support. Une petite révolution dans un monde où, jusqu’ici, les joueurs PlayStation 4 ne pouvaient jouer qu'avec d'autres joueurs de PS4, etc.

En levant les barrières entre les joueurs, Epic Games s'est débarrass" de ces encombrants intermédiaires que sont Nintendo, Microsoft, Apple, ou Facebook.

jeudi 30 avril 2020

Va-t-on retourner "au cinéma" demain ?

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Vue n°91 Sortie d'Usine I premier film des frères Lumières, 1895

Est-ce que se rendre dans des salles obscures, "au cinéma", restera quelque chose de normal demain? Ou du moins, sous la forme que nous connaissons depuis des décennies - depuis que Louis Lumière et d'autres nous ont habitués à sortir "au cinéma" pour voir des projections de films ? Dans ce nouveau quotidien littéralement extraordinaire que nous connaissons depuis mi-mars, nous avons brutalement dû cesser de nous rendre dans des lieux publics - dont des salles de cinéma. Et le premier ministre Edouard Philippe l'a abruptement confirmé, avant-hier, à l'Assemblée nationale: si notre "déconfinement" aura lieu à partir du 11 mai, les salles de cinéma, elles, resteront fermées au-delà de cette date. Au moins jusque début juillet, espère Richard Patry, patron de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), cité par Le Point. Voire jusque septembre, ou novembre, m'ont soufflé des professionnels du secteur ces derniers jours.

Ce n'est qu'une demi-surprise pour les exploitants de salles et les diffuseurs, au vu des risques économiques et sanitaires que pourrait engendrer une réouverture trop rapide des salles obscures - la Chine, premier pays à "déconfiner" ses habitants, a dû refermer ses 700 salles fin mars, au bout de 15 jours d'exploitaiton, à caue de craintes de résurgence de l'épidémie.

Une réouverture des salles dans l'Hexagone s'accompagnera d'enjeux colossaux, pour faire respecter cette nouvelle règle de "distanciation sociale" devenue vitale face à la pandémie de Covid-19. D'après les premières hypothèses, cela passerait par de nouvelles règles: par exemple nettoyage des salles après chaque séance, réduction des jauges avec peut-être un fauteuil sur trois et une rangée sur deux, jusqu'à la question de la climatisation (soupçonnée de faire circuler le virus)...

Et ce point épineux: le public retrouvera-t-il suffisamment confiance pour retourner dans des salles de cinéma ? Dans un climat particulièrement anxiogène, où, en deux mois, nous avons tous intégré l'idée que nous risquions d'attraper ce virus, cette "chose" dans un espace clos, aurons-nous le cœur à "aller au cinéma", espace confiné par excellence?

Netflix a déjà désacralisé la sortie "au cinéma"

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Depuis quelques années, l'arrivée en trombe de Netflix, Disney+, et d'autres acteurs du jeune segment du streaming vidéo sur abonnement, avaient commencé à bouleverser ce modèle à priori bien installé de la sortie au cinéma, d'aller en salles voir un film. Les polémiques régulières sur les conditions de participation de Netflix (et ses "webfilms") à la compétition officielle du Festival de Cannes ont d'autant plus remis en cause ce modèle, comme j'en parle dans mon livre. Et voilà que, face à la pandémie, le Centre national du cinéma (CNC) a décidé, dans l'urgence, de briser la sacro-sainte chronologie des médias pour autoriser la sortie de films directement sur petit écran, comme j'en parlais ici. Moyennant un paiement à l'acte, ou peut louer ou "acheter" un film pour le visionner chez nous via un service de vidéo à la demande (VoD). Une décision "temporaire" oui, mais qui pourrait sceller de nouveaux usages.

Alors, va-t-on retourner au cinéma ? Ce serait pourtant un des symboles de notre "liberté" retrouvée après ces longues semaines de confinement contraint chez nous - dans nos prisons (plus ou moins) dorées. En attendant la Libération, des alternatives commencent à poindre. Avec de l'espoir: cette période trouble pourrait être l'occasion pour la profession de se réinventer, avec des nouveaux formats. Toutes cherchent à respecter ce qui fait l'âme de la séance de cinéma: un événement qui rassemble des personnes venues partager des émotions devant une même projection de film.

Projections sur des façades de murs, drive-in: des nouveaux formats

Projection "La nuit du chasseur" (c) La Clef Survival

Projo de la Nuit du chasseur, cinéma La Clé

En Italie, on a vu des passionnés cinéphiles improviser, puis organiser, le soir, des projections de films sur des façades de murs depuis leur vidéoprojecteur. Le concept a été repris en France, par des cinémas, par exemple par le cinéma associatif parisien La Clé, dans le 5ème arrondissement, qui projette lui aussi des films pendant le confinement. Et les initiatives se multiplient: Archipop, cinémathèque amateur des Hauts-de-France, vient de mettre en ligne quatre films qui peuvent être librement projetées sur les façades ou pignons d’immeuble.

On peut espérer que les projections de films en plein air, qui font florès chaque été à Paris (comme par La Villette) et dans d'autres villes, vont reprendre cette année. Après tout, ce format permet de respecter les conditions sanitaires d'aujourd'hui, en imposant une distance physique entre chaque spectateur. Tout en organisant un événement qui respecte l'ADN d'une séance de cinéma.

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Voire, pourquoi ne pas importer les drive-in en France? Dans les années 50, les jeunes gens américains adoraient se retrouver entre amis et/ou leur conquête, avec leur voiture (décapotable de préférence) sur un vaste parking pour des projections de films sur grand écran en plein air. Petit touche tech, le son était diffusé dans les véhicules par des hauts-parleurs reliés à des bornes implantées sur le parking. Rappelez-vous de la scène d'ouverture de Grease, dans un drive-in...

Dans la culture américaine, on "sortait" au drive-in pour voir entre potes un film d'horreur ou de science-fiction - avec toujours pour idée de sortir et voir un film. Merveille: justement, à Caen, le 11 mai, le cinéma art et essai Lux devrait pouvoir organiser plusieurs séances hebdomadaires de drive-in sur le parking du parc des expositions de la ville, indique Le Monde de ce jour. Il n'attend plus que le feu vert de la préfecture. Il imagine déjà un tarif "de 20 à 25 euros par véhicule", avec, déjà prévu en projection, la Palme d'or 2020 Parasite.

lundi 20 avril 2020

François Truffaut (et Jacques Demy, Claude Chabrol...) sur Netflix

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Moteur! Dans une France confinée, privée d'accès aux salles de cinémas depuis un peu plus d'un mois, Netflix frappe un gros coup, en s'offrant le catalogue de films français du groupe MK2, a révélé Le Parisien ce midi. Netflix a signé un partenariat en ce sens avec le groupe français MK2, producteur et distributeur, qui possède ou loue une kyrielle de salles de cinéma à Paris et en proche banlieue.

Netflix proposera donc à ses abonnés, à partir de ce vendredi, le meilleur des films d'auteur: douze des 21 films réalisés par François Truffaut (dont la saga consacrée à Antoine Doisnel, le double de François Truffaut, Baisers volés, Domicile conjugal et L'amour en fuite, Le Dernier métro, avec Gérard Depardieu et Catherine Deneuve, ou encore Fahrenheit 451, d'après le classique de science-fiction de Ray Bradbury.

La firme de Los Gatos ne va pas s'arrêter là: toujours selon Le Parisien, elle diffusera à partir de fin 2020 des films d'autres émules de la Nouvelle Vague, tels Claude Chabrol, et Jacques Demy, qui incarne la comédie musicale à la française, avec Les demoiselles de Rochefort et les Parapluies de Cherbourg, qui ont révélé Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, décédée trop vite. Puis viendront aussi les films de Charlie Chaplin, dont les droits sont également détenus par MK2, puis ceux de David Lynch, du cinéaste polonais Kieslowski, et du Canadien Xavier Dolan.

Niche ciné-club

En clair, Netflix, le géant américain de la vidéo à la demande sur abonnement (SVoD), propose désormais une offre de classiques du cinéma français - une niche ciné-club qui lui faisait cruellement défaut jusqu'à présent. Cela a quelque chose de vertigineux, et de réjouissant:le meilleur du cinéma français sera désormais exposé aux quatre coins du monde sur cette vitrine internationale qu'est devenu Netflix, fort de ses 164 millions d'abonnés payants. Une étudiante en cinéma à New York, une ado vivant à Mexico City, ou un cadre japonais pourront se visionner un Truffaut.

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Alors oui, d'un point de vue symbolique, en termes de communication, et de business, c'est un nouveau coup magistral qu'a réalisé Netflix. Progressivement, ces derniers mois, il a réalisé quelques autres belles acquisitions de catalogues "de patrimoine", comme en début d'année avec l'intégralité des dessins animés écolos et oniriques de Hayao Miyazaki, des studios japonais Ghibli. Par ce deal avec le groupe MK2, il s'offre le meilleur du cinéma français - un paradoxe, alors que son dirigeant Reed Hastings nourrit des relations tendues avec les organisateurs du Festival de Cannes - autre vitrine mondiale du savoir-faire français dans le business du cinéma.

Pourquoi le groupe MK2 a-t-il signé ce partenariat ? Quelles en sont les modalités et la durée ? Pour l'heure, aucune précision n'est apportée par le groupe français par communiqué, ni par la voix d'un de ses dirigeants. Dans un communiqué diffusé en fin d'après-midi, on apprend juste que ce deal porte sur 501 films. Et MK2 se dit "très heureux que Netflix se renforce sur le cinéma de patrimoine et les grands auteurs internationaux avec cet accord. Le rôle de MK2 à travers son catalogue de plus de 800 titres représentant une partie de l’histoire mondiale du cinéma est de contribuer à la transmission de ce patrimoine universel du cinéma et de faire découvrir en permanence ces films au plus grand nombre dont les plus jeunes. Cet accord de diffusion est une bonne nouvelle pour tous les Français amoureux du cinéma et de son histoire", selon un communiqué diffusé par Netflix, où est cité Nathanaël Karmitz, Président du Directoire de MK2.

Difficile de connaître l'état de santé du groupe MK2, dont l'essentiel du chiffre d'affaires - 92 millions d'euros en 2018 - provient de son activité de distributeur et de diffuseur en salles, à l'arrêt depuis mi-mars, alors que le gouvernement a demandé la fermeture des lieux publics, dont les cinémas. Relire cette interview de mai 2019 de Nathanaël Karmitz, ("Netflix fait de la télévision, pas du cinéma, mais cette plate-forme a besoin du prestige que lui apportent le cinéma et le Festival de Cannes"), paraît aujourd'hui presque d'un autre temps.

C'est un gros coup de Netflix, et une énorme surprise - car il aurait paru plus logique que MK2 noue un partenariat avec un acteur français de la SVoD, comme Canal+, ou un spécialiste du ciné-club tel que La Cinetek, UniversCiné ou FlilmoTV. Le fait que Netflix propose désormais cette niche de films d'auteurs tricolores pourrait les mettre à mal.

mardi 7 avril 2020

Disney+, embarquant Marvel, LucasFilms, Pixar... sur les écrans dans l'Hexagone

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C'est parti: Mickey débarque pleinement sur nos écrans. La date de lancement ne pouvait mieux tomber pour Disney, qui lance enfin son service de vidéo à la demande sur abonnement Disney+ en France ce mardi 7 avril, alors que les Français sont confinés chez eux depuis pile 3 semaines.

Avec, une fois encore, un petit goût d'exception française, son lancement, initialement prévu le 24 mars, comme dans les autres pays européens, avait été repoussé de deux semaines à la demande du gouvernement français, qui craignait un engorgement des réseaux - mais l'opérateur télécoms Orange a aussi pesé de tout son poids ;)

Disney+ est le premier concurrent poids lourd face à Netflix: il peut s'aligner avec des tarifs moindres, étant proposé pour 6,99 euros par mois, ou 69,99 euros par an. Autres atouts, la très forte notoriété de la marque Disney dans l'Hexagone, une marque quasi-patrimoniale depuis des décennies: entre nos soirées Disney Channel dans les années 80, les dessins animés classiques siglés, Disney, les parcs d'attraction Disneyland... Et en voyant Disney+ à l'écran, le téléspectateur pense Disney + Pixar + Lucas Films Alors que Netflix, comme je le racontais dans mon livre, a dû faire connaître sa marque lors de son arrivée en France en septembre 2014.

Résultat, il devrait rapidement engranger des millions d’abonnés, comme ailleurs. Lancé en novembre dernier aux Etats-Unis, au Canada, aux Pays-Bas, en Australie et en Nouvelle-Zélande, il y comptait déjà 28,6 millions d’abonnés début février.

Point de détail savoureux, le chiffre d’affaires généré en France ne sera pas encaissé dans l’Hexagone, mais... aux Pays-Bas, comme le révèle ''Capital''. De fait, les CGU (conditions générales d’abonnement indiquent que l’abonné français contracte avec une filiale immatriculée près d’Amsterdam, The Walt Disney Company Benelux BV. Ce qui n'empêchera pas Disney de devoir verser son obole pour financer l’audiovisuel français: soit une taxe de 5,15% de son chiffre d'affaires français auprès du Centre national du cinéma (CNC), et d'investir 25% de ses recettes hexagonales dans des productions européennes (dont environ 20% dans des productions françaises).

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En tous cas, Disney+ débarque avec un catalogue gargantuesque: soit plus de 500 films et plus de 300 séries, dont tous les dessins animés mythiques (Aladdin, Les Aristochats, etc.), aux animations Pixar (Toy Story, Cars…), les Marvel (Avengers, Iron Man…) aux Star Wars, les 30 premières saisons des Simpson...

En parcourant la plateforme, on remarque que la firme de Burbank a pris soin de classifier ses contenus par marques: sous l'onglet Disney, les Originals (dont les séries originales The Clone Wars, The Mandalorian), des films d'animation (tels les classiques La reine des neiges, Le roi lion), les Favoris Disney Channel, des "films nostalgiques" (des catégories qui raviveront la nostalgie des parents quadras, au passage)... L'onglet Pixar donne accès aux pépites de dessins animés (Le monde de Nemo, Ratatouille) et sagas (Cars, Toy Story) du studio d'animation acquis par Disney en 2006 pour quelque 7,4 milliards de dollars. S'y ajoutent tout l'univers des super héros Marvel: longtemps "loué" à Netflix, Bob Iger, alors patron de Disney, avait déclaré la guerre à Netflix lorsque, en plein été 2017, il avait annoncé qu'il allait récupérer son catalogue Marvel... pour lancer sa propre offre de streaming vidéo. ainsi que l'univers Star Wars, et celui des documentaires National Geographic.

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Dans les usages, la Walt Disney Company entend ne pas se plier à la règle du binge watching créée par Netflix: comme Apple TV+, certaines de ses séries originales seront proposées uniquement à un rythme de diffusion au rythme d’un épisode par semaine. Soit chaque vendredi à 9h pour The Mandalorian, la première série live de l’univers Star Wars, aux premières critiques dithyrambiques, supervisée par Jon Favreau, réalisateur d’Iron Man et du Roi Lion. Une manière de créer l'événement par la rareté - et, paradoxe, la reprise des codes des grilles télé old school. Après tout, la très attendue saison 5 du Bureau des légendes est diffusée à dose homéopathique, depuis ce lundi soir sur Canal+.

mercredi 8 janvier 2020

2020, année-test pour les "copycats" de Netflix

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La récolte a été décevante pour Netflix, dimanche dernier, lors de la tenue de la 77ème édition annuelle des Golden Globes, à l’hôtel Beverly Hilton de Los Angeles. Un baromètre, une sorte de répétition générale des Oscars, qui récompense les meilleurs films et séries de l'année écoulée. Il était pourtant donné favori, avec 34 nominations, mais est reparti avec seulement deux prix, pour un seul pour le cinéma, avec le prix du second rôle pour Laura Dern (Marriage Story). Ce loupé de Netflix n'est pas vraiment choquant, malgré la campagne publicitaire à très gros budget qu'il a menée pour ses chouchous: The Irishman était magnifique, un condensé du style Scorsese pour ses fans... mais beaucoup trop long (3 h 30 !). Marriage Story, très bien joué, était extrêmement réaliste (stressant même)- et nécessitait trop d'efforts émotionnels en période de vacances.

En revanche, AT&T a été le grand gagnant, avec des prix pour les séries de HBO Chernobyl et Succession, et pour le film Warner Bros Joker, et le prix d'interprétation masculin - sans surprise - pour Joaquim Phoenix. Ce qui laisse penser que l'opérateur télécom a tiré profit de son acquisition cinéphile de Time Warner en 2018. En outre, One Upon a Time in Hollywood, de Quentin Tarantino, produit par Sony Corp., a raflé les statuettes du meilleur film et du scénario, le mettant peut-être dans la meilleure situation en vue des prestigieux Oscars, qui se tiendront le 10 février.

Streaming Wars

Mais 2020 sera bien l'année de la bataille du streaming - streaming wars comme on dit déjà outre Atlantique, sorte d'allusion cinéphilique à Star Wars. que les Golden Globes, Oscars et autres Palmes ne suffiront pas à évaluer. L'évolution des marchés peut être une jauge plus fiable: bien que cela soit encore flou en ce début d'année, les cours de Netflix sont en tête: ils clôturaient en hausse de 3,8% lundi, à 335,83 dollars par action. Walt Disney Co. est à peine positif, clôturant à -0,55% (145,71 dollars) lundi. Puis suivent AT&T, Comcast, et les autres - qui stagnent ou sont dans le rouge.

En France, pour l'heure, Netflix, Amazon et Apple ont déjà lancé leurs propres plateformes de streaming vidéo. Disney doit dégainer la sienne, Disney+, courant mars. Mais le marché va devenir encore plus encombré outre-Atlantique: en avril, Comcast va lancer Peacock. Le même mois, un nouveau service de streaming vidéo pour mobiles (coucou la génération Y) sera lancé par le magnat des médias Jeffrey Katzenberg et Meg Whitman, ex-CEO de eBay et de HP. En mai, HBO Max, le nouveau foyer de Friends et Game of Thrones, sera aussi lancé.

Les bundles, prochaine étape dans le streaming wars

Les investisseurs de Comcast devraient avoir davantage de détails à propos de ses projets en streaming la semaine prochaine. Il semblerait que la firme étudie le lancement d'une version gratuite (oui !) de Peacock, qui préfèrent s'infliger des écrans publicitaires plutôt que de payer un abonnement. Comcast repose sur un modèle de package de services câblés (rappelons que l'ADN de la télé US repose sur des chaînes câblées, aux prix d'abonnements élevés), il se pourrait aussi que la firme cherche à combiner des offres de streaming vidéo avec ses services internet. En fait, les bundles (offres combinées) pourraient être la prochaine étape dans la bataille du streaming, pour se faire une place avec une valeur ajoutée face aux abonnements Netflix, qui pêchent par manque de nouveaux services.

Disney+ s'est lancé, à première vue, avec succès en novembre dernier, en signant 10 millions de nouveaux abonnés le seul premier jour. Il approcherait maintenant les 25 millions d'abonnés. selon certains analystes, il aurait contribué à réduire d'au moins 10% la base d'abonnés de Netflix. Mais ce serait oublier un peu vite que, côté contenus, Disney+ est pour l'instant surtout calibré pour les superfans de Star Wars et pour les enfants. c'est là que Hulu, autre service de streaming US (qui appartient désormais à la galaxie Disney) pourra jouer son rôle: les abonnés qui paient 13 dollars d'abonnement mensuel à la fois pour Disney+ et Hulu peuvent aussi avoir accès à ESPN+ (un service de streaming vidéo... sportif) gratuitement - une manière d'attirer une audience plus large. Au passage, Disney est ainsi le seul à "découper" ses offres de streaming par cibles.

Le défi pour Disney, cette année, va consister à prouver que ses investissements coûteux dans des contenus exclusifs pour Disney+ ont permis de rendre ses clients captifs, et n'est pas une simple option supplémentaire pour les fans de Netflix. Comme Netflix, Disney commence à afficher des pertes monumentales: elles sont estimées à quelque 4,5 milliards de dollars rien que pour cette année fiscale, selon Michael Nathanson, analyste chez MoffettNathanson.

Du côté de AT&T, son service HBO Max sera lancé en mai pour 15 dollars par mois - le même prix qu'un abonnement à la chaîne câblée HBO. Mais il ne sera pas rentable d'ici 2025: là aussi, pas de quoi rassurer les investisseurs.

L'offre de produits en streaming vidéo va donc s'étendre en 2020 - mais la part de gâteau des revenus ne va pas s'élargir. Ces firmes et d'autres - telles Apple, Amazon, ViacomCBS, etc - se battent pour capter les mêmes téléspectateurs qui disposent d'un nombre d'heures limitées pour binge watcher la télévision chaque jour, et d'un budget restreint.

mercredi 9 octobre 2019

South Park a-t-il été censuré par Netflix ?

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C'est sans doute le premier gros cafouillage qu'a connu Netflix, depuis son lancement en France en septembre 2014. Depuis samedi dernier, la diffusion pour le moins parcellaire de South Park a ému bon nombre d'internautes.

South Park, c'est une série animée pour adultes, diffusée depuis 1997 sur la chaîne américaine Comedy Central, qui met en scène une bande d'enfants en surpoids, dans une commune imaginaire du Colorado. Au programme, humour scato, burlesque, et style volontiers anti-politiquement correct.

Ces derniers jours, des abonnés à Netflix constaté que le dessin animé était disponible de façon très incomplète sur la plateforme de la vidéo à la demande puisque, comme elle l'a annoncé, seules les saisons 15 à 21 sont en réalité disponibles. 10 épisodes sur 78 manquaient donc. Ce qui, déjà, n'est en soit pas dans ses habitudes. Et même dans cette sélection réduite, certains épisodes manquaient à l'appel, ainsi que l'ont constaté avec agacement des observateurs sur Twitter.

Dès le début, alors que a 23ème saison commence à être diffusée aux Etats-Unis, il y avait un certain imbroglio: c'est Amazon Prime Video qui avait obtenu les droits de diffusion, dont en France, pour les 22 saisons. Mais il a connu un bug, et Netflix l'a devancé en diffusant, lui, les épisodes depuis la saison 15.

Dix épisodes manquent à l’appel sur Netflix : quatre épisodes sur la saison 15 (La machine à rigoler, Taille du Membre Indexée, Chiasse Burger, Thanksgiving), deux sur la saison 16 (Chupaquhébreux, Un bracelet pour une cause) et sur la saison 17 (World War Zimmerman, Ginger Cow), ainsi qu’un de la saison 18 (Va te faire financer) et un autre de la saison 19 (Les Méchants ninjas). Parmi les épisodes caviardés, l'un mettait en scène les Allemands comme «le peuple le moins drôle du monde» ; un autre imagine les débuts de Thanksgiving avec des extraterrestres ; un autre met en scène des personnages de South Park déguisés en ninjas pour faire peur aux SDF...

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Pourquoi ces manques ? Netflix aurait-il décidé de lui-même, pour la première fois, de couper dans des contenus qu'il diffuse ? Lundi après-midi, la plateforme de vidéo a répondu sur Twitter : «Il manque des épisodes de South Park. Pourquoi ? Des épisodes ont été censurés lors de leur toute première diffusion en France. Ils sont considérés comme dénigrants pour certaines communautés par les autorités audiovisuelles locales. On le respecte pour des raisons légales.»

En évoquant des «autorités audiovisuelles locales», de qui parle donc Netflix ? Il fait comme si le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), le régulateur de l'audiovisuel en France, avait donc considéré ces épisodes comme «dénigrants pour les communautés». Et fait ainsi référence à ce texte de... 2007, où le CSA avait réclamé à la chaîne Game One une nouvelle signalétique sur deux épisodes de la saison 10 de South Park, pour qu'ils soient déconseillés aux moins de 12 ans.

Les plates-formes comme Netflix ou Prime Video ne sont pas (encore) soumises à ses règles, comme les chaînes de télévision. A moins qu’il ne s’agisse d’une question de droits, sur ces épisodes particuliers.

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Six heures après son premier tweet, le compte de Netflix a d'ailleurs donné un second argument, évoquant des problèmes de droits: et d'assurer que les épisodes de South Park disponibles sur Netflix seraient «tout simplement, ceux que les ayant-droits nous ont proposés.»

Difficile d'y voir clair, alors que cette décision du CSA ne concerne pas des épisodes du catalogue Netflix – et date bien avant des débuts de Netflix ! Netflix se serait-il, pour la première fois, soumis à une forme de censure ?

vendredi 6 septembre 2019

Disney+ va-t-il enfermer ses abonnés dans sa bulle ?

C'est la rentrée ! Je réouvre, pour l'instant du moins, ce blog. Peu importe si, parait-il, les blogs sont "démodés", pour moi, un média d'écrits est indémodable. Après une année bien remplie par la promo de mon livre sur Netflix & Cie, il m'a semblé utile de revenir sur la guerre des titans qui se profile dans l'audiovisuel. Et ce qui attend les internautes-téléspectateurs-cinéphiles, de bon et de moins bon...

Disney+ va-t-il enfermer ses abonnés dans sa bulle ? Le 12 novembre prochain, Disney lancera sa machine de guerre, son propre service de streaming vidéo, d'abord aux Etats-Unis, au Canada et aux Pays-bas. Disney voit grand: dès le premier jour, il proposera 7 500 épisodes de séries, 500 films, pour 6,99 dollars par mois. Il vise 90 millions de foyers d'ici fin 2024. Il prévoit déjà un milliard de dollars de pertes, pour acquérir et produire des contenus originaux.

Qui peut s'aligner, avec de tels moyens, et un tel catalogue ? En quelques années, l'empire Disney, déjà fort de ses dessins animés (Le Roi Lion, Toy Story, Cars...), et ses films (comme Pirates des Caraïbes...) n'a fait que grossir. Avec l'acquisition de la 21th Century Fox pour 71 milliards de dollars, finalisée en mars, il a à portée de main des milliers de programmes télévisés estampillés Disney: il a dans son escarcelle la 20th Century Fox - le vénérable studio de cinéma fondé en 1931, qui a produit Cléopâtre, Titanic, et Avatar entre autres; les studios Pixar, rachetése 7,4 milliards de dollars en 2006, Lucas Films (les sagas Star Wars, Indiana Jones), rachetée 4 milliards en 2012, les Simpsons, et la licence de super héros Marvel.

En un clic, l'internaute-abonné aura donc accès à l'empire Mickey. A condition de s'abonner. Ce qui s'esquisse, avec Disney+, c'est une plateforme où des milliers de films et séries seront réservés aux seuls abonnés.

La guerre des titans est bien lancée. Comme je le retrace dans mon livre Netflix & cie, les coulisses d'une révolution, en quelques années, un autre ogre américain, Netflix,"pure player" du streaming vidéo, lui, a déjà une longueur d'avance: il a dépensé 12 milliards de dollars en acquisitions et productions pour la seule année 2018. Ironie, jeudi dernier, où j'étais invitée à débattre dans "Le téléphone sonne" sur France Inter (podcast par ici) de la guerre des titans du streaming, Netflix, au départ simple service de location de DVD sur abonnement, fêtait ses 22 années.

Lors du lancement de Disney+, des séries inédites leur seront proposées - en exclusivité.The Mandalorian, nouveau spin-off de Star Wars, écrit par l'auteur d'Iron Man ; la série Obi Wan Kenobi, où Ewan McGregor a accepté de rempiler dans la peau de son personnage ; trois nouvelles séries Marvel, dont The Eternals avec Kit Harington, qui s'est fait connaître dans Game of Thrones... a botte secrète de Disney+, c’est la possibilité de développer un nombre infinis de contenus exclusifs, à partir de ses marques prestigieuses.

Très attendus aussi, les prochains films Disney en salles: l'épisode 9 de Star Wars, L'Ascension de Skywalker, qui sort le 18 décembre; La Reine des Neiges 2, le 22 décembre, Avengers Endgame en décembre...

Or, après leur sortie en salles, ces films seront réservés aux seuls abonnés de la plateforme Disney+. Qui auront par exemple en exclusivité Captain Marvel. On le sait, Disney est en train de retirer progressivement ses contenus de Netflix - dont il est désormais concurrent . Bob Iger avait commencé à déclarer la guerre à Netflix en été 2017, lorsqu'il a annoncé ne pas reconduire son contrat. Sur Netflix, Jessica Jones (3 saisons), Luke Cage ou encore Daredevil (3 saisons) ont fait des cartons d'audience, tout comme Agent of S.H.I.E.L.D. (6 saisons), diffusé sur ABC, entre autres. Tout ce catalogue sera rapatrié sur Disney+ à son lancement le 12 novembre.

Ce qui s'esquisse, c'est que, peu à peu, Disney va réserver ses films et séries, nouveautés ou archives, à ses seuls abonnés. Il faudra être obligatoirement abonné à sa plateforme pour pouvoir les visionner. Dans cette logique, Disney a même annoncé la semaine dernière son intention de ne plus sortir ses prochains films et séries en DVD ! Une révolution. Et une manière d'enfermer ses abonnés dans ses propres contenus.

Disney ne fait que renforcer cette tendance que Netflix a créée. J'ai déjà abordé ici et dans mon livre la polémique qui a opposé à plusieurs reprises Netflix aux organisateurs de festivals de cinéma, dont Cannes: pour Netflix, il est normal de réserver ses productions originales - films, ET séries - à ses seuls abonnés. Et donc de ne pas les sortir en salles (ou très peu).

Roma d'Alfonso Cuaron, le film aux cinq Oscars? Il est sorti dans une poignée de salles à Londres, New York et Los Angeles. Mais seuls les abonnés à Netflix ont pu le voir (directement sur leur téléviseur). LA prochaine superproduction de 3h30 du maître Martin Scorsese, The Irishman? Elle sera proposés directement sur Netflix le 27 novembre. Et peut-être dans quelques salles . Netflix a déboursé au moins 170 millions de dollars pour le produire, il lui semble donc "normal" de le réserver aux abonnés. The Landromat, prochain film de Steven Soderbergh, lui aussi produit par Netflix, présenté il y a quelques jours au festival de Venise, connaîtra le même sort.

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Vous voulez revoir l'intégrale de Friends, série-culte des années 90 qui connaît un retour en grâce inattendu? Elle a effectué son come back sur Netflix, dont elle représentait une bonne part de l'audience. Le 9 juillet, Netflix a annoncé qu'elle disparaîtrait de son catalogue - aux Etats-Unis - dès 2020. Elle a été rachetée par la Warner pour son futur service de streaming vidéo HBO Max. Selon le Hollywood Reporter, Warner a déboursé 85 millions de dollars par an pendant cinq ans pour en obtenir les droits; En clair, à moins de trouver des DVD (ou des cassettes vidéo sur eBay, soyons vintage jusqu'au bout), les Américains devront s'abonner à HBO Max pour (re)voir la série. Pour la France, rien n'est sûr pour l'heure. Pourtant, en décembre dernier, Netflix avait mis 100 millions de dollars sur la table pour garder la sitcom culte - pour un deal non-exclusif, de surcroit.

Et ce n'est que le début. Netflix, Disney, et bientôt Apple avec son propre service de streaming vidéo Apple+, attendu outre-Atlantique en novembre, AT&T-WarnerMedia avec HBO Max, Comcast avec NBCUniversal... Tous ces géants de la tech, pour lancer leurs plateformes concurrents à Netflix, ont eux aussi préparé leurs munitions: tous investissent des milliards de dollars (au moins 12 milliards cette année pour Netflix 7 milliards pour Apple) pour acquérir ou produire des contenus *exclusifs* pour leurs plateformes. L'internaute n'aura d'autre choix de s'abonner à tel ou tel service pour les voir. Sauf à passer par un service de téléchargement ou streaming pirate.

mardi 14 mai 2019

Le Festival de Cannes s'ouvre (presque) sans Netflix

Quentin Tarantino / AFP

D'ici quelques heures, le Festival de Cannes ouvrira ses portes, pour sa 72ème édition. Cette année de nouveau, avec pour point névralgique le Palais des festivals, il offrira son mélange de glamour, de cinéphilie et de business. Les stars hollywoodiennes seront de nouveau au rendez-vous: Jim Jarmush foulera le Tapis rouge ce soir, avec un film de zombies, The dead don't lie, présenté en ouverture. Ces prochains jours, Quentin Tarantino est attendu pour son nouveau film en compétition officielle, Once upon a time... in Hollywood - 25 ans après Pulp Fiction, qui lui avait valu la Palme ! - avec Leonardo di Caprio et Brad Pitt. Antonio Banderas, Pedro Almodovar, Sylvester Stallone, Bill Murray, Margot Robbie, Isabelle Huppert, les frères Dardenne, Adèle Haenel, sont attendus. Comme avant. Ou presque.

Mais les choses ne sont plus tout à fait comme avant. La montée en puissance de Netflix et Amazon, désormais à la fois studios de production, diffuseurs, et mastodontes à plusieurs centaines de milliards de dollars de capitalisation boursière, et le lancement attendu de nouveaux-venus du streaming, tels Disney Plus et WarnerMedia, brouillent les pistes dans l'écosystème de l'entertainment.

Après une polémique sur la présence - ou pas - de Netflix en compétition officielle à Cannes, il y a deux ans, la firme de Los Gatos en est désormais absente pour la deuxième année consécutive. Comme je le raconte en détail dans Netflix & co, Les coulisses d'une (r(évolution, Netflix est absent de la compétition officielle pour la deuxième année consécutive, après l'adoption par le Festival d’un règlement imposant une sortie en salle pour tout film en compétition. «À l’époque, on pensait demander (à Netflix) et obtenir que ces films-là sortent en salles (...). Ils n’en sont pas encore là», pointent les organisateurs du festival, qui résistent à la plateforme de streaming, là où d’autres festivals comme la Mostra de Venise accueillent ses films à bras ouverts comme ''Roma'' d’Alfonso Cuaron. Cannes est le dernier bastion, le dernier festival à rester sur cette ligne, les Oscars et la Mostra de Venise ayant accepté des productions Netflix en compétition officielle.

Nouvelles règles du jeu

Jusqu'à il y a peu, les règles du jeu étaient claires. Les sociétés réalisaient un film calibré pour une sortie en salles, qui connaissait ensuite une seconde vie en DVD, puis en diffusion télévisée. Cela ne fonctionne plus, dans une ère où Netflix passe outre les traditionnelles sorties en salles, et les plateformes de diffusion en streaming remportent des droits de diffusion - mondiaux et tous écrans - qui auraient été attribués, naguère, à un HBO ou un Showtime.

Puis sont arrivées les premières plateformes de streaming, Netflix et Amazon. Elles ont d'abord été perçues par les studios de cinéma comme des vaches à lait. Elles ont surpayé les droits de séries télé confirmées, en dizaines de millions de dollars (comme Friends, pour laquelle Netflix a déboursé 100 millions de dollars fin 2018 pour en conserver les droits cette année). Dans mon livre encore, je racontais comment Netflix avait signé un contrat de 5 ans en 2008 avec Starz (sorte de Canal+ version US) , puis, fin 2012, un accord de licencing pluriannuel avec Disney de 350 millions de dollars par an. un mirifique contrat à 200 millions de dollars avec Marvel Télévisions et…Disney fin 2013.

15 milliards de dollars de productions Netflix en 2019

Puis, les studios ont perçu ces steamers comme des frenemies, ces ennemis indispensables dans le business. Ils apportaient beaucoup d'argent à ces studios, mais disruptaient leurs modèles traditionnels. car eux ont les poches pleines: Netflix a investi entre 8 et 12 milliards l'an dernier en production originales, et pourrait y investir 15 milliards cette année, selon les analystes, cités par Variety.

Depuis 2016, pour enrichir leurs catalogues, Netflix et Amazon font ainsi régulièrement monter les enchères au festival de Sundance. Cette année, Amazon a claqué 50 millions de dollars pour mettre la main sur les droits de films tels que The Report, film dramatique avec Adam Driver et Annette Bening, et Honey Boy, film semi-autobiographique de Shia LeBeouf. Netflix a misé 10 millions de dollars sur Knock Down the House, un documentaire sur les jeunes stars politiques américaines, telle Alexandria Ocasio-Cortez. Les années précédentes, tous deux y ont acquis les droits de films oscarisables, comme Manchester by the Sea pour Amazon, six nominations aux Oscars 2017. Et demain, Apple, Disney, Comcast et WarnerMedia se lanceront aussi dans la course à l'achat de droits de programmes premium pour leurs propres plateformes de streaming, attendues dès cet automne 2019 pour la plupart.

Cannes sur son Aventin ?

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Est-ce que Cannes resterait sur son Aventin ? Pas si sûr: en parallèle au très glamour Festival se tient le Marché du Film, où les sociétés de production viennent des quatre coins du monde pour vendre à des acheteurs des scripts ou des faims, susceptibles d'être au box office demain. Il suffit de longer la Croisette pour voir des affiches géantes de (super)productions, placardées dans la rue ou sur des balcons d'hôtels.

Pour la première fois, le Marché du Film accueillera cette année "Meet the steamers", un événement destiné à connecter les producteurs de films et les plateformes de streaming, selon Hollywood Reporter. Le Festival a sélectionné une vingtaine de plateformes indépendantes, pour des sessions de speed dating d'une vingtaine de minutes. Avec notamment Flimin, Kinoscope, Le Cinéma Club, ou encore Watcha Play. Mais les mastodontes Amazon Studios et Netflix en seront absents - alors que leurs noms sont sur toutes les lèvres. Netflix ne sera même pas présent au Marché du film, selon son service de presse parisien, preuve que la Guerre froide règne encore. Tout juste y aura-t-il une production Netflix présentée cette année à Cannes, le long-métrage Wounds, à la Quinzaine des réalisateurs.

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dimanche 9 septembre 2018

Netflix décroche son Lion d'or (à défaut d'une Palme)

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Un film Netflix lion d'Or de Venise. Et futur Oscar?

La consécration pour Netflix. Avec un sacré goût de revanche après le précédent du festival de Cannes. Samedi 8 septembre au soir, la Mostra de Venise, un des plus prestigieux festivals de cinéma, a attribué son Lion d’or à Roma, film du cinéaste mexicain Alfonso Cuarón. Un film très personnel, à mille lieues de Gravity (2013), blockbuster interstellaire qui nous plongeait avec fascination dans l'espace, et carton international (723 millions de dollars de recettes).

Roma, c'est un film très personnel, un des favoris du Festival, dans un noir et blanc osé pour le cinéma d'aujourd'hui, pour lequel le cinéaste s'est inspiré de son enfance, pour raconter l’année 1971, où il a connu la vaste répression du mouvement contestataire des étudiants, et le divorce de ses parents), dans le quartier Borghèse de Roma, au Mexique. La gloire pour le réalisateur.

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Mais le vrai vainqueur de la Mostra est sans doute son distributeur, Netflix. Une première. Une révolution. Bonne nouvelle, garantie de renouveau, ou cataclysme annoncé pour le monde du cinéma? Comment définir Netflix aujourd'hui? Cette start-up devenue ogre, mi-GAFA, mi-studio hollywoodien, qui propose sur sa plateforme une sorte de vidéoclub géant en ligne? ce sujet est au cœur de mon livre, justement, ''Netflix & co, Enquête sur une (r)évolution'', qui sort ce 12 septembre (tadaa !). Netflix est à la fois un studio de production, un distributeur de films et séries, un diffuseur, et une plateforme internet de diffusion de contenus vidéos en streaming, sur abonnement, qui compte près de 130 millions d'abonnés dans le monde, dont 3,5 millions en France. Et une capitalisation boursière de 151 milliards de dollars.

La sortie en salles obligatoire, (encore) une exception française

Une première, donc. Jamais cette plateforme américaine de streaming n’avait obtenu la récompense suprême de l’un des principaux festivals de cinéma. Roma avait d'ailleurs déjà fait parler de lui sur un autre festival, à Cannes ce printemps, où il faisait initialement partie de la sélection officielle, au même titre que Norway de Paul Greengrass, Hold the Dark de Jeremy Saulnier, They’ll Love When I’m Dead, un documentaire de Morgan Meville sur le cinéaste Orson Welles, légendaire réalisateur de Citizen Kane, et même The Other Side of the Wind, le dernier long-métrage inachevé de ce même Orson Welles. Or pour les organisateurs du Festival de Cannes, tout film en sélection officielle doit sortir en salles *avant* toute diffusion sur internet.

Un film qui ne sort pas au cinéma est-il encore un film ? Je me posais la question déjà il y a quelques mois. Toute la polémique s'était cristallisée sur cela, la sortie des films en salles, indispensable pour les organisateurs du Festival de Cannes, accessoire pour Netflix. Manifestement, les organisateurs des autres festivals n'ont pas la même vision des choses. Comme je détaille dans mon livre, outre-Atlantique, les organisateurs des Oscars considèrent eux aussi la sortie en salles comme secondaire pour sélectionner un film. Il semblerait bien que la sortie en salles obligatoire pour être en lice à un festival de cinéma ne s'impose désormais plus. Netflix, décidément, dicte ses règles du jeu. Et parvient, progressivement, à ringardiser le festival de Cannes.

A cela s'ajoute une exception française, la désormais fameuse "chronologie des médias", qui implique un délai de trois ans entre la sortie en salles d'un film et sa diffusion sur une plate-forme de vidéo. Ce qui avait donc provoqué l'ire des Netflix à Cannes. On imagine donc le goût pétillant de revanche qu'a eu cette récompense - un Lion à défaut d'une Palme - pour les dirigeants de Netflix, hier soir.

Deux productions Netflix primées

THE BALLAD OF BUSTER SCRUGGS

''The Ballad of Buster Scruggs"

Mieux, le prix du scénario à la Mostra a été attribué au western de Joel et Ethan Coen, The Ballad of Buster Scruggs, le deuxième des trois films Netflix (avec July 22, de Paul Greengrass) en compétition cette année à Venise. Eh oui, les frères Coen, la crème des cinéastes indépendants américains, réputés depuis Barton Fink, The big leboswki et Fargo, étaient une des autres "prises" hollywoodiennes de la firme de Los Gatos,. Au détail près que leur projet initial consistait en une mini-série télé de six épisodes, vaste hommage aux western spaghettis italiens des années 60. Soit six récits d'une heure sur l’Ouest américain, aux personnages divers, entre le cow-boy solitaire, et le chercheur d’or, avec un humour noir féroce propre au duo de cinéastes.

Pourtant, à la surprise générale, lors de l'ouverture du festival, le 31 août, leurs auteurs annonçaient que la série était devenue un film à sketchs de deux heures. C'est bien cette version de deux heures que le public - ou plus exactement les seuls abonnés Netflix - pourront découvrir sur la plateforme de streaming d’ici à la fin de l’année, aux Etats-Unis et - probablement - dans la plupart des pays, mais aussi le commun des mortels en salles.

En France, tout dépendra de sa sortie dans les cinémas – ou pas –, puisque si tel était le cas, le film devrait attendre trois ans avant d’être disponible sur Netflix, conformément à l’actuelle chronologie des médias. Quant aux six heures de la série qui ont été produites, le flou demeure sur leur devenir.

Une autre production 100% Netflix en ouverture à Toronto

Autre pied de nez à l'industrie traditionnelle du cinéma, deux jours avant, jeudi 6 septembre, Netflix s’était déjà offert une autre (avant-)première. C’est un de ses films, Outlaw King : Le roi hors-la-loi, de David Mackenzie, qui a fait l'ouverture du Festival international du film de Toronto. Tourné en Ecosse, ce film est consacré au roi écossais du 14e siècle Robert Bruce, et retrace son combat pour reprendre le contrôle de l'Ecosse après avoir été déclaré hors-la-loi par l'Angleterre.

C'était la première fois qu'une production d'une plateforme de streaming faisait l'ouverture d'un des plus grands festivals de cinéma du monde. Petit détail: ce film, projeté en première mondiale à Toronto, ne sortira pas en salle par la suite. Il sera réservé aux abonnés de Netflix, qui pourront le visionner à partir du 9 novembre. Décidément, au fil des Festivals de cinéma, Netflix impose son propre modèle de diffusion: des productions destinées exclusivement à ses abonnés, qui n'ont pas vocation à sortir en salles traditionnelles. D'ailleurs, son patron fondateur Reed Hastings, ne s'en est jamais caché: "Puisque nos abonnés financent nos films, nous voulons qu’ils y aient accès rapidement, et pas trois ans plus tard", déclarait-il encore au festival Séries Mania à Lille, le 3 mai dernier. Et les festivals semblent, les uns après les autres, accepter ce principe. Exceptés les seuls organisateurs du festival de Cannes. Pour l'instant.

"Nous avons choisi le meilleur film que nous pouvions trouver pour être à la hauteur de ce que nous voulons pour la soirée d'ouverture", justifiait à l'AFP Cameron Bailey, directeur du festival de Toronto. Et d'insister: "Des plateformes comme Netflix, Amazon et Hulu soutiennent certains des meilleurs talents de nos jours". Les studios traditionnels de cinéma apprécieront.

Le modèle Netflix appliqué à l'édition: Koskas au Renaudot

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Le dernier Koskas, livre "publié" par Amazon

Netflix est-il en train d'imposer son modèle à l'industrie culturelle ? Il se fait donc producteur de contenus, destinés à être proposés *exclusivement* à ses seuls abonnés, sur sa plateforme de diffusion. Consécration de ce modèle, ces films ("webfilms" aux yeux de certains cinéastes) sont même sélectionnés, voire récompensés, dans des festivals de cinéma ! Un modèle qui semble irriguer bien plus que l'industrie du cinéma. Dont l'édition, l'industrie du livre.

Il y a quelques jours, on apprenait ainsi qu'un livre autopubié sur la plateforme d'Amazon était sélectionné pour le Prix Renaudot, un des prestigieux prix littéraires de la rentrée en France. Bande de Français, le dernier livre de Marco Koskas, auteur franco-israélien de plusieurs ouvrages, a ainsi été sélectionné parmi les 17 romans élus, avec un nom d'éditeur un peu particulier, Galligrassud. "Une contraction de noms de maisons d'édition qui cache un ouvrage autopublié grâce au service... d'Amazon", comme l'a révélé le très bien informé site Actualitte.

Un auteur de livres confirmé, 16 livres publiés à son actif, a donc choisi de publier son dernier opus via CreateSpace, le service d'autopublication d'Amazon, en passant outre les maisons d'édition traditionnelles. Ce qui l'a poussé à franchir le Rubicon ? Probablement, entre autres, le pourcentage sur les ventes assez conséquent reversé par Amazon à ses auteurs — plus de 50% du prix de vente du livre, contre 5% à 10% chez les éditeurs "papier" traditionnels (je suis bien placée pour en témoigner ;)

Plus que l'autoédition, ce qui pose question est bien sûr la présence d'un livre publié par Amazon, firme haïe par une partie du monde du livre — les libraires — car elle incarne un risque de monopole. Les organisateurs du Prix Renaudot ne semblent pas se poser la question. Et décidément, l'arrivée de GAFA et consorts, tels Netflix, Amazon, et très bientôt Youtube (Google) et Apple, dans la culture traditionnelle, du cinéma à l'édition, soulève des questions inédites.

dimanche 13 mai 2018

Un film doit-il sortir en salles pour être encore un film? (Netflix vs Cannes)

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Il était censé venir au Festival de Cannes avec 5 films et documentaires dans les cartons. Finalement, Netflix a décidé de bouder la grand-messe du cinéma, qui bat son plein en ce moment. Tout est parti d'une déclaration le 23 mars dernier de Thierry Frémaux, délégué général du Festival, précisant "Tout film qui souhaite concourir pour la Palme d'or devra sortir dans les salles françaises". La règle est claire, désormais, Cannes n’accepte en compétition que des œuvres qui sortiront en salles. Ca n'a pas manqué, le 13 avril, Ted Sarandos, directeur des contenus de Netflix, annonce sa décision de bouder le festival. "Nous voulons être sur un plan d'égalité avec les autres cinéastes", précise-t-il dans un entretien à Variety, la Bible de la presse cinéma à Hollywood. Et d’ajouter: "Bien sûr, il y a deux visions différentes. Mais nous avons choisi de nous inscrire dans l'avenir du cinéma. Si Cannes a choisi d'être bloqué dans l'histoire du cinéma, c'est son choix".

Un premier round dans cette bataille avait été mené en mai 2017, lorsque Netflix avait rechigné à sortir dans les salles obscures ses deux films en sélection officielle, Okja et The Meyerowitz Stories. Pour les diffuser uniquement sur sa plateforme de streaming. A la grande colère des exploitants, qui y voyaient bafoué le statut roi du film projeté en salle, protégé par l'intouchable chronologie des médias. Netflix avait alors remporté la manche.

En cette année 2018, la mesure de rétorsion ne s’est pas faite attendre : cinq films produits par la firme de Los Gatos ont été privés de tapis rouge à Cannes : Norway de Paul Greengrass, Roma d'Alfonso Cuarón (réalisateur de Gravity), Hold the Dark de Jeremy Saulnier, They'll Love When I'm Dead, un documentaire de Morgan Meville sur le cinéaste Orson Welles, et même The Other Side of the Wind, le dernier long-métrage inachevé de ce même Orson Welles. Un projet inachevé du légendaire réalisateur de Citizen Kane, qui avait a pu aboutir… grâce à un investissement de Netflix.

Les Anciens contre les Modernes

Comme une nouvelle bataille des Anciens contre les Modernes. Même si, la semaine dernière, au festival Series Mania à Lille, consacré aux séries télévisées, revenant sur cette polémique, Reed Hastings se livrait à un semi mea culpa, regrettant qu'avec le Festival de Cannes, où aucun de ses films n'est sélectionné cette année 2018 faute d'accord, Netflix "s'est mis dans une situation plus délicate que ce que nous aurions voulu". Avant de défendre son modèle économique: "comme nos abonnés financent nos films, on veut qu'ils y aient accès rapidement et pas trois ans plus tard".

Mais pourquoi ce combat entre le nouveau géant de l'audiovisuel et les organisateurs du Festival de Cannes ? Toute la polémique repose sur la sortie des films en salles, indispensable pour les organisateurs du Festival de Cannes, accessoire pour Netflix. Or, un film projeté dans un cinéma doit attendre trois ans avant qu’une plateforme de vidéo à la demande par abonnement puisse le diffuser. C’est la règle en France, la "chronologie des médias".

Or, qu'est-ce qui définit un film aujourd'hui ? Sa sortie en salles est-elle encore indispensable, obligatoire, pour en faire un film ? Ou un film est-il un film par ses conditions de tournage, de production ? Alors que se multiplient les plateformes de vidéo à la demande sur abonnement, Netflix (qui compterait 3,5 millions d'abonnements en France), Amazon Prime Video, et bientôt, un "Disney Flix", voire des plateformes de SVoD européenne, chinoise, entraînant de nouveaux usages dans les modes de consommation visionnage des films.

Netflix l'a dit à plusieurs reprises, ses 8 milliards de dollars de budget de production de "contenus originaux" (dont 1 milliard pour l'Europe) visent en partie à produire des long-métrages, destinés à sortir directement et uniquement sur sa plateforme, sans passe par la case salles de cinéma.

"Webfilms"

Ces films nouvelle génération, "ce sont des webfilms", me disait récemment le cinéaste Radu Mihaileanu, président actuel de l'Association des réalisateurs producteurs (ARP). Sans préjuger de leur qualité, à ses yeux, "ce n'est pas du cinéma: ces webfilms ne sont vus que sur un écran d'ordinateur ou de télévision".

Justement, peu avant le Festival, le 13 avril, Netflix sortait directement sur sa plateforme Je ne suis pas un homme facile, estampillé "premier film français Netflix original". Réalisé par Eléonore Pourriat, ce film, très drôle, qui imagine un monde où les femmes auraient précisément la place sociale des hommes, a tout du film indépendant , entre son casting, avec à l’affiche Vincent Elbaz et Marie-Sophie Ferdane, méconnue au cinéma mais pensionnaire de la Comédie française, aguerrie au théâtre.

La réalisatrice est ravie, elle estime qu’elle n’aurait pas eu sa chance aussi vite pour monter son premier film en France. Pour elle, c'est sûr, cela reste un film, "Nous avons travaillé dans les mêmes conditions , et une même exigence, que si le film était projeté en salles : avec une chef opératrice, un ingénieur du son…", m'expliquait-elle.

Le fait qu'il ne sorte pas en salles ne lui pose pas de problème. Elle est déjà convaincue du bien-fondé des nouvelles formes de distribution en ligne des films. Elle qui a acquis une "notoriété virale" avec son premier court-métrage, Majorité opprimée, 9 millions de vues sur YouTube aux quatre coins du monde. Et même, sur Netflix, elle estime bénéficier "d'une exposition dans 192 pays. Et il est sorti sans la pression du mercredi à 14 heures : on lui laisse le temps de s’installer par le bouche à oreille".

lundi 26 février 2018

Une série pour un Big Mac, le Menu Série de McDonald's, nouveau syndrôme du binge watching

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"McDo : Maxi Best of = 1 saison de série TV offerte". Trivial, mais efficace. Depuis quelques jours, le géant du burger low cost propose un plus-produit à priori inattendu, une série télé offerte pour un de ses menus-stars, comme le Maxi Best Of. Un rien provoc', Mac Donald's souligne, dans un de ses spots publicitaires aux faux airs de court-métrage, "Un épisode c'est bien, une saison intégrale c'est quand même mieux".

Jusqu'au 9 mars 2018, tout menu Maxi Best Of, Signature by McDonald's, ou une boîte à partager permet en effet de bénéficier d'une saison intégrale d'une série TV, téléchargeable ou en streaming, grâce à un code de téléchargement Rakuten joint au menu, compatible avec PC, Mac, Android, iOS, certains téléviseurs connectés, et les consoles de jeux vidéos Xbox 360 et One.

Au menu, une cinquantaine de séries TV sont éligibles, telles Preacher, How I Met Your Mother, Empire, Breaking Bad, Better Call Saul... MacDo n'a pas oublié son coeur de cible, les enfants, avec aussi une multitude de séries calibrées pour les moins de 12 ans, comme Le Petit Prince, Boule & Bill, Yakari, Babar.

Big Mac + une série, ue pizza + un match sur Bein Sport

Déjà il y a dix ans, le même McDo proposait des DVD offerts avec ses menus. Les technologies évoluent, le mode de fidélisation par plus-produit complémentaire reste le même. Dans la même veine, me signalait-on sur Twitter, Domino’s Pizza propose quant à lui une pizza... et un accès à la chaîne de sport Bein Sport pour visionner un match de foot pour 20 euros. Votre dîner bon marché avec en plus-produit un contenu télé, une série ou un mach de foot au choix, vive la vente couplée !

Mais au fond, derrière la ruse marketing, cette association n'est guère surprenante - le leader de la restauration low cost épouse ainsi un comportement de consumérisme culturel consacré par Netflix et son système d'abonnement pour visionner des séries en tout-illimité, le binge watching. Je l'abordais il y a bientôt trois ans - déjà ! - dans ce billet, lors de son arrivée explosive en France en septembre 2015, Netflix a servi de révélateur à cette nouvelle forme de boulimie audiovisuelle, où chacun découvrait sa capacité à ingurgiter d'affilée des épisodes de séries, sans attendre la rythme de diffusion hebdomadaire dicté jusque là par les (vieilles) chaînes de télévision. Il est vrai que les pirates du téléchargement illégal, puis du streaming (remember Popcorn Time) avait déjà cré ce type d'addiction (auquel j'ai déjà succombé, je vous rassure ;) chez les internautes - téléspectateurs.

Depuis 2015, insensiblement, on a assisté à une certaine netflixisation de la culture (affreux néologisme j'en conviens), où l'accès à des contenus ou services par abonnement, de manière illimité, s'est banalisé. Avec Spotify bien sûr, iTunes, la catch-up TV, mais aussi le "Netflix du jeu vidéo", Playstation Now, lancé par Sony en octobre dernier, XBox Game Pass, la presse avec son kiosque virtuel sur abonnement ePresse...

Ce comportement irrigue tous les pans de notre économie, au point que notre quotidien est désormais rythmé par ce mode de consommation par abonnement. Abonnez-vous pour votre TGVMax, votre voiture (cela viendra pour la Polestar de Volvo, attendue en 2019), votre PC dématérialisé (ce que propose la start-up Shadow)... A croire que Netflix a ringardisé la propriété. Ou celle-ci deviendra un luxe.

samedi 27 janvier 2018

Black Mirror, Electric Dreams, Altered Carbon... Pourquoi l'anticipation cauchemardesque est tendance

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Connecté, déconnecté... comment cela nous a pris, le rêve de nous déconnecter; nous qui rêvions à une époque, à la fin des années 90, aux débuts d'un internet libre et ouvert, d'un monde numérique où tout serait accessible, immédiat et partagé ? La dernière bande dessinée d'Enki Bilal, Bug (ed. Casterman) imagine un gigantesque black-out du monde connecté, où il faudrait tout réinventer. Dans un futur pas si éloigné, en 2041, toute la mémoire informatique du monde s'envole soudain, créant un chaos monstre. La Terre est confrontée à la disparition brutale et inexplicable de toutes les sources numériques planétaires, des plus gros serveurs de la toile aux plus petites clés USB. Dans une société où tous vivent à travers leurs écrans, leurs ordinateurs et leurs téléphones, qui sont les témoins de leur passé, et les complices de leur avenir.

Malaise de l'être hyperconnecté

La saison 4 de la série télévisée britannique Black Mirror, disponible sur Netflix, met elle aussi la lumière, dans chaque épisode, sur la violence insidieuse de nos écrans, et l'aliénation technologique. De même, dans sa première série anthologique de science-fiction, son rival Amazon Studios, Philip K Dick’s Electric Dreams, reprend dans 10 épisodes indépendants les prophéties, tantôt paranoïaques, tantôt réalistes, du romancier, à l'origine des cultissimes Blade Runner et Minority Report entre autres. Auparavant, ces derniers mois, il y a eu Westworld (HBO), Humans (adaptation sur AMC de la série suédoise Real Humans, chroniquée ici, diffusée sur Arte), la plus confidentielle Transferts, sur Arte...

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Et dans quelques jours, le 2 février, Netflix dégainera son nouveau blockbuster SciFi, Altered Carbon, tiré de l’oeuvre de Richard K. Morgan, un technothriller cyberpunk où un ancien soldat, seul survivant d’un groupe de guerriers d'élite vaincus lors d’un soulèvement contre le nouvel ordre mondial, a son esprit "emprisonné dans la glace" pendant des siècles. Jusqu’à ce qu'un homme extrêmement riche et vivant depuis plusieurs siècles lui offre la chance de vivre à nouveau. En échange, Kovacs doit résoudre un meurtre... Celui de Bancroft lui-même.

Décidément, la dystopie, ce registre de science-fiction qui imagine un futur horrifique à partir des travers de notre société, inspire tous azimuts, y compris les nouveaux mastodontes des séries télévisées, qui sont un des meilleures reflets mainstream du monde d'aujourd'hui. Et donc, tous cernent cette évolution un peu folle d'internet en une quinzaine d'années, depuis les utopies libertaires du début des années 2000. Maintenant, dans l'hypermodernité d'aujourd'hui, beaucoup interrogent sur le malaise de l'être connecté, du tout-numérique, puisque sur internet, on n'est plus tout à fait nous-mêmes, la spectacularisation de l'existence, où chaque intervention sur les réseaux tourne à la mise en scène de soi. Avec ce paradoxe, la déconnexion est-elle indispensable pour l'être sociable ?

Hommage à K. Dick chez Amazon

Avec Philip K. Dick’s Electric Dreams, disponible depuis le 14 janvier, Amazon Studios dégaine donc sa première série futuriste d'anthologie, avec des épisodes qui se superposent. L'adaptation de courtes nouvelles de K. Dick, trésors souvent méconnus. Amazon, qui s'est lancé à marche forcée (voir mon enquête ici), en toute discrétion, dans la production de séries et films prestigieux, avec pour coup d'essai en SF l'adaptation d'un autre bijou de Philip K. Dick, Le maître du très haut château, où il imaginait un monde où les nazis auraient remporté la Seconde guerre mondiale aux côtés des japonais.

Ici, avec castings de rêve (Steve Buscemi dans Boardwalk Empire) et réalisateurs-stars (Alan Taylor, Game of Thrones et Terminator Genisys), au fil des épisodes, on voyage dans des mondes désenchantés où l'homme a perdu le combat face aux nouvelles technologies. Dans ces mondes, des extra-terrestres prennent possession des esprits, et l’innovation asservit les consciences et l'autonomie au nom de la sécurité.

L'impossibilité de communiquer, les technologies qui nous enferment, l'humain perfectible en constante opposition à des machines (trop) parfaites.... On retrouve ainsi tous les ingrédients qui étaient déjà chers à K. Dick, et sont étrangement de nouveau d'une cruelle actualité : les pouvoirs télépathiques des mutants (The Hood maker), ou l'impossibilité de communiquer, dans Impossible planet (publié en 1953!), où ce sont deux employés désenchantés du tourisme spatial qui n'osent pas dire la vérité à une riche dame âgée, qui rêve d'un voyage vers une planète disparue, la Terre.

Autre obsession de K. Dick à quoi serions-nous prêts pour avoir la vie que l’on mérite ? Il est mis en scène dans l'épisode The Commuter, fable métaphysique où l'employé d'une gare découvre que des passagers prennent le train pour une ville qui ne devrait pas exister. Quand il enquête, il se retrouve face à face avec une "réalité alternative" qui le force à affronter ses propres difficultés dans sa "vraie" vie, sa relation avec sa femme et son fils.

S'accommoder d'une vérité alternative, cela perce encore plus dans l'épisode Human Is, où une femme souffrant d'un mariage sans amour voit son mari reenir d'une bataille avec des aliens, étrangement gentil. Il est désormais "habité" par un alien: elle le sait, mais préfère s'accommoder de cette nouvelle réalité. Cela nous plonge au cœur du questionnement principal de Philip K. Dick : Qu'est-ce qui nous définit vraiment comme humains ?

Autre sujet récurrent, les dangers de l'hypersécurité. Dans Safe and sound Une jeune fille originaire d'une petite ville et d'une "petite" planète, déjà atteinte de phobie sociale, emménage dans une grande ville futuriste avec sa mère. Exposée pour la première fois à l'intensité de la prévention sur la sécurité et le terrorisme de la société urbaine, ses jours d'école ne tardent pas à s'emplir de peur et de paranoïa...

Miroirs noirs et déformants

Des thèmes qui ne sont guère très éloignés de la saison 4 de Black Mirror, chef-d’œuvre signé Charlie Brooker. Depuis la diffusion de ses premiers épisodes sur Channel 4 en 2013, ce "noir miroir" veut nous avertir sur comment la présence grandissante des écrans change profondément notre rapport à ceux-ci. Ces écrans forment aussi le miroir noir et déformant d’une humanité qui s’y abandonne...

Hypersécurité toujours, dans le très réussi Crocodile, une détective privée membre d'une société d'assurances enquête sur un banal accident de la route à l’aide d’une technologie, sorte de test de vérité high tech, qui lui permet de matérialiser en images vidéos des souvenirs des témoins. En plongeant dans la mauvaise mémoire, elle va réveiller le souvenir d’un crime ancien d'une des témoins, et déclencher une spirale irrépressible de violence. ..

Dans Arkangel (réalisé par Jodie Foster hersefl), les dangers de l'hypertechnologie et de la surveillance liberticide sont aussi invoqués à travers le récit d'une jeune mère qui décide de faire implanter à sa petite fille une puce GPS, encore en phase de prototype, permettant de suivre à distance ses moindres faits et gestes sur une tablette. Mais aussi de voir à travers les yeux de sa fille, et de brouiller les pans du réel qu’elle estime potentiellement choquants…

Sans surprise, la thématique des robots qui se rebelleraient trouvent aussi leur place dans cette saga, avec le très réussi Metalhead, thriller entre Terminator et DuelPhilip K. Dick de Spielberg, où le noir et blanc sert d'écrin à un monde post- apocalyptique, où quelques humains survivent face à des petits robots (qui ressemblent étrangement aux bestioles robotisées de Boston Dynamics...). On y voit la terrible poursuite d'une femme par un robot-chien tueur impitoyable.

Je finis avec le meilleur, la romance 5.0 dans Hang the DJ, qui dénonce un des autres services de l'hypertechnologie à outrance, les sites de rencontre. Et imagine les dérives possibles des AdopteUnMec, Meetic et consorts en applis de rencontres bien intrusives. Ici, une application de rencontre hyper-développée qui permet à ses clients de rencontrer le ou la partenaire idéal(e) grâce à un algorithme complexe (ça ne vous rappelle rien ?). Dans un monde futuriste autoritaire (dictatorial?), soumis à des règles strictes, les utilisateurs sont obligés d'accepter des relations-tests destinées à préciser leur profil. L'appli choisit pour eux leur partenaire idéal. Mais des utilisateurs vont se rebeller...

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dimanche 26 mars 2017

De "Grave" à "Santa Clarita Diet", le retour du cannibalisme dans la culture pop

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C'est un film dont on ne sort pas indemne. Sur le coup, un peu sous le choc, inquiète, mais pas effrayée pour autant, et l'estomac noué. EC'est un de ces films qui marquent, car il s'agit d'un véritable Ovni cinématographique, insolite, inclassable, indéfinissable (film d'horreur? Pur film indé français fin d'études Femis?), qui apporte un ton nouveau. Parfois, il vous emmène dans des sensations à la limite du désagréable, un peu comme une craie qui crisse sur un tableau noir, vous détournez le regard, mais sans jamais franchir la limite de l'horreur. Quelques heures après, il en reste des sensations, des images fortes, ce ton échevelé, désinhibé, libre, mais pas gratuitement provoc'. Il nous emmène dans un voyage étrange, mais la cinéaste a l'habileté de le narrer à travers un récit banal, quotidien au premier abord (l'initiation à double sens d'une étudiante), pour aborder un des tabous absolus de l'humanité: le cannibalisme. Est-ce bien raisonnable de manger son prochain?

"Grave", c'est donc ce premier film français de la jeune réalisatrice Julia Ducournau, ultra-diplômée (de la Femis, un des écoles de cinéma françaises les plus select, et la l'université Columbia), produit par Julie Delpy, sorti il y a moins de quinze jours, et qui semble bien parti pour acquérir une notoriété mondiale. C'est donc l'histoire de Justine (on pense forcément à Sade), 16 ans, étudiante ingénue et brillante, qui intègre une école vétérinaire - tout comme sa soeur, encore étudiante, et ses parents avant elles. Sur place, les premiers jours sont loin d'être sagement studieux, avec le bizutage des novices, et son lot d'épreuves à la limite du dégradant. Justine s'y plie, bon gré mal gré, jusqu'à être forcée à gober un rognon de lapin cru - épreuve terrible, pour elle la végétarienne... Elle subit ensuite des effets secondaires qui nous font entrer dans un univers à la limite du fantastique: elle est peu à peu gagnée par un appétit irrépressible de viande crue, de chair fraîche, et très vite, de chair humaine.

Je ne vais pas vous spoiler ici tout l'intrigue du film ;) mais une des grandes réussites de Julia Ducournau est de traiter un sujet fantastique, qui relève du cinéma d'horreur - le cannibalisme - dans une fiction ordinaire. Et elle crée d'emblée un univers où s'insinue une vague inquiétude, quelque chose d'organique et d'étrange: l'omniprésence du sang, déjà: dès la scène de bizutage où, pour la traditionnelle photo de promo, les jeunes bizuts se voient déverser des flots de sang (l'image de Justine ensanglantée évoque Sissy Spacek dans Carrie de Brian de Palma). Omniprésence des animaux ensuite, morts ou vifs, en bocaux, ou disséqués en cours. Dans quelques scènes cruelles et fulgurantes, la cinéaste cerne bien des nouveaux comportements de la génération Y: mention spéciale pour ces scènes d'anthologie où la jeune Justine, en prise à ses démons cannibales, et filmées en direct par se camarades de promos avec leurs smartphones... Qui sont alors les plus barbares: la cannibale malgré elle, ou les autres étudiants qui la filment avec avidité?

On sent que la cinéaste a fait se classes pour traiter de ce sujet propre au fantastique, le cannibalisme, à une sauce ultra-réaliste: dans ses interviews, elle cite Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, bijou indé des 70s d'autant plus flippant qu'il est tourné caméra à l'épaule (comme un documentaire), Shining de Stanley Kubrick, Crash de David Cronenberg, plutôt que les classiques de l'horreur tels que La nuit des morts vivants de George A. Romero.

Drew Barrymore zombie chez Netflix

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La cannibale, nouvelle héroïne féminine? Ce personnage s'invite aussi à la télé. Le mastodonte de la série télé mainstream Netflix a lui-même commandé une série originale avec une héroïne cannibale. Dans Santa Clarita Diet, Drew Barrymore incarne une desperate housewife (ou presque) qui mène une vie vaguement ennuyeuse d'agent immobilier, dans une banlieue proprette. Jusqu'au jour où elle ressent subitement le besoin de dévorer de la viande rouge - et des êtres humains. Et redécouvre alors le bonheur familial et conjugal. Etrange série, où, comme chez Julia Ducournau, ce phénomène fantastique est mis en scène dans un univers un ne peut plus quotidien, avec humour potache de soap très américain, où son mari s'efforce de l'aider dans sa nouvelle quête (sans sembler paniqué). Il va même l'aider à tuer, de préférence des criminels ou des mauvaises personnes (coucou Dexter). Un ton étrangement absurde où la mère de famille qui devient zombie doit toujours vendre des maisons et entretenir de bons rapports avec ses copines du quartier.

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Mais pourquoi cette nouvelle incursion du cannibale dans le cinéma? Evidemment, c'est un classique du cinéma d'horreur. Mais son retour dans la culture pop a été consacré, dans les années 2000, avec la série The Walking Dead, succès continu depuis 2010. Que l'on voit même revenir ici où là dans des petites pépites du cinéma indépendant, aux quatre coins du monde. L'an dernier, au festival de Cannes, deux films abordaient ces ripailles vampiriques: l’un ­situé dans le milieu du mannequinat (The Neon Demon), l’autre en pays ch’ti (Ma Loute). Dans Dernier train pour Busan, film sud-coréen sorti en août 2016, où les voyageurs à bord d'un train se trouvent atteints d'une étrange maladie qui les transforme en zombies...

Révélateur contemporain

Le cinéma s’est toujours nourri de l’état du monde. Dès lors, les troubles qui affligent nos sociétés, nos économies, influencent la production contemporaine. Cette réapparition en salles d'un sujet horrifique et tabou - doit-on manger son prochain pour survivre? - se marie avec une époque, dans la France et le monde d'aujourd'hui, où il y a plusieurs motifs de terreur et d'angoisse. Un film sur le cannibalisme aborde le tabou ultime, et interroge avec brutalité sur les limites de l'humain. Le cannibale, c'est le sauvage, celui qui, par ses mœurs primitives, nous conforte dans notre sentiment de notre humanité. ou peut-être sur notre propre barbarie... De même que La nuit des mort-vivants, sorti en 1968, était une métaphore de la contagion du mal, du communisme qui effrayait alors les Etats-Unis, en pleine guerre du Vietnam, Grave incarne un monde contemporain où des dirigeants, tel Donald Trump, outrancier, extrémiste et grossier, et d'autres personnages populistes en Europe, incarnent une certaine violence.

dimanche 5 juillet 2015

L'e-cinéma, nouvelle forme de consommation des films ?

C'est un aimable divertissement, ce genre de film que l'on regarderait lors d'une soirée loose en zappant distraitement, ou alors le sacro-saint "film du dimanche soir", que l'on daigne précisément regarder à ce moment-là à la télé, après l’avoir sciemment ignoré lors de sa sortie en salle. Car il ne nous semblait pas "digne" de l'acquisition d'un billet de cinéma. Un incroyable talent, dernier film de David Frankel (Le diable s'habille en Prada, Marley et moi...), que j'ai donc regardé pour vous, chers lecteurs ;), raconte l'histoire (vraie) d'un certain Paul Potts (interprété par James Corden), sympathique et maladroit vendeur de téléphone portables de son état, dans la ville de Port Talbot, qui va trouver sa destinée grâce à sa voix exceptionnelle, devenant le premier gagnant de l'émission de téléréalité britannique «Britain’s Got Talent». Bref, un "feel good movie" inspiré d'une success story comme les adooorent les anglo-saxons, et qui surfe sur la vogue des émissions de télé-réalité musicales (coucou La Star Ac', The Voice, Nouvelle Star, et consorts). La présence d'acteurs britanniques renommés dans de seconds rôles (tels Colm Meaney, Mackenzie Crook) lui permet de se situer juste au-dessus du niveau du film "acceptable".

"Un incroyable talent", premier long-métrage programmé sciemment en VoD

Mais la particularité, la nouveauté réside dans son mode de distribution, et par conséquent de diffusion. Depuis ce vendredi 3 juillet 20 heures, il est distribué sur la quasi-totalité des services de vidéo à la demande (Filmo TV, iTunes, MyTF1VOD, Club vidéo SFR, Google Play, Orange, Pluzz Vad de France Télévisions...). Les créateurs de ce long-métrage ont gentiment ignoré la traditionnelle sortie au cinéma du mercredi matin.

Explication: son distributeur en France, Wild Bunch (dénicheur de talents, qui a notamment distribué Quentin Tarantino depuis Reservoir Dogs), a choisi volontairement de le sortir directement sur la plupart des plateformes de vidéo à la demande, et des terminaux OTT ("over the top" dans le jargon, comprenez mode de distribution de contenus via internet, sans intermédiaire, par les fournisseurs d'accès internet - sur TV connectées, ordinateurs, consoles etc.). Il est donc disponible en ligne depuis vendredi soir, pour 6,99 euros.

Il ne s'agit même pas du purgatoire réservé aux nanars ou films aux piètres performances dans leur pays d'origine, qui les condamnent à sortir directement en DVD (et jadis en cassette VHS). C'est un choix de distribution d'un nouveau genre: bienvenue dans l'ère du "e-cinéma". Mais derrière cette appellation au vernis d'innovation rassurant, sur le fond, le principe est assumé : zapper la sortie traditionnelle sur grand écran, et proposer un nouveau film directement au foyer des consommateurs téléspectateurs.

Wild Bunch s'est carrément doté d'une filière dédiée, Wild Side, qui gère donc les sorties e-cinéma. Et il compte sortir avec celle-ci, créée il y a quelques mois (comme le révélait alors Le Monde dans cet article), au moins cinq films par an.

Abel Ferrara en e-cinéma

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Certes, ce nouveau mode de distribution avait déjà été éprouvé par Wild Bunch pour la sortie de Welcome to New York d'Abel Ferrara, en mai 2014. Mais le contexte était alors très différent: par son sujet même, par sa (piètre) qualité, et son accueil pour le moins mitigé à Cannes en mai 2014, et surtout son mode de financement original, a poussé Wild Bunch à opter pour la VoD. A l'origine, aucune chaîne de télévision française n’avait voulu financer le film (qui avait pour inconvénient, pour elles, malgré la présence de la star Gérard Depardieu, de toucher à DSK), offrant du coup à Wild Bunch une liberté absolue sur la diffusion du film ("les chaînes de télévision, en échange de leur financement, demandent à disposer d'une fenêtre de diffusion exclusive", rappelait alors BFMTV.com). D'ailleurs, le bouche à oreille aidant (le fameux goût du scandale...), le film avait alors décroché 200 000 commandes.

Avec Un incroyable talent, Wild Bunch assume (et crédibilise) totalement l'utilisation de cette nouvelle "filière": il distribue par ce biais un blockbuster peu risqué, qui aurait probablement fait une carrière honorable sur grand écran.

Autre preuve qu'il assume, il a accompagné sa "sortie" d'une mécanique promotionnelle similaire à celle d'un film "classique": avant-premières pour la presse spécialisée, équipes ayant fait le déplacement à Paris pour accorder des interviews (campagne affichage ? ) Atout incroyable dans cette machine promo face au cinéma old school, l'e-cinéma a la droit de faire de la publicité à la télévision

Nouvelle forme de consommation du cinéma

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Reste à voir si cette nouvelle forme de consommation du cinéma va s'imposer dans les usages. Le modèle est le suivant: on paie 6,99 euros sur une des plateformes, pour "louer" le film pour une durée de 48 heures (comme naguère, une cassette vidéo ou un DVD chez son loueur favori, donc), que l'on regarde à sa guise, d'une traite ou pas, sur un écran (téléviseur, ordinateur...) chez soi. Le film reste diffusé en exclusivité pendant 6 semaines.

Le grand public est-il prêt à débourser 6,99 euros pour un film qu'il "loue" pour 48 heures ? Rappelons que bon nombre ont pris l'habitude de regarder une multitude de films et de séries chez eux pour 7 euros par mois (l'offre de base de Netflix), ou carrément sans rien payer (coucou le piratage et les offres illégales), prenant l'habitude de se "goinfrer" de cette multitude de contenus culturels (comme j'en parlais dans ce billet). Et si un billet de cinéma coûte en théorie autour de 10 euros (hors de prix, je vous l'accorde), la plupart des spectateurs déboursent en moyenne 4,50 euro par ticket de cinéma (entre les pass illimités, les pass 5 films, les chèque-cinéma fournis par tous les comités d'entreprise...). Et rien ne remplacera la sortie au cinéma, au sein d'un public, le cérémonial, le plaisir de l'écran noir avant (et du cônes en début de séance l'été... Enfin ça, c'est un de mes plaisirs de cinéphile :)

Mais l'e-cinéma pourrait vite s'imposer comme autre circuit de distribution : il est beaucoup moins cher que le réseau de salles de cinéma, pour un public-cible bien plus large (80% des foyers français ont par exemple potentiellement accès à Un incroyable talent). D'autant plus que les ménages français sont désormais (sur) équipés en téléviseurs HD et autres tablettes. Autre atout, il donnerait une chance de succès à nombre de films alternatifs et/ou à petit budget, n'ayant pas les moyens de "monter" en salle. Alors que le réseau de salles traditionnelles est saturé, avec en moyenne une dizaine de sorties de films par semaine. Accessoirement, l'e-cinéma permet aux distributeurs de contourner gentiment la chronologie des médias, (pour l'instant) inaliénable en France, soit laisser passer quatre mois entre les sorties en salles et en VoD.

TF1 eCinema... Et l'ombre de Netflix

Une chose est sûre, Wild Bunch n'est pas le seul. Le géant TF1 s'y met aussi. Le 1er mai, TF1 Vidéo lançait son offre eCinema , avec Son of a Gun (avec Ewan McGregor), puis le 3 juillet Everly (avec Salma Hayek). Il promet au second semestre des titres comme Momentum (avec Olga Kurylenko et Morgan Freeman), ou encore MI-5 Le film (avec Kit Harrington).

Tout comme Netflix, arrivé en France de manière fracassante avec son offre de SVoD en septembre dernier. A sa manière: il propose des séries exclusives de haut niveau, produites par -lui-même, et signées de cinéastes de renom (dernière en date, Sense8, série de science-fiction des Waschowski) , mais aussi des films qui ne sortiront jamais en salles (The Disappearance of Eleanor Rigby, ou encore St. Vincent de Theodore Melfi, une comédie avec Bill Murray et Melissa McCarthy). Ça y est, une brèche est bien ouverte.

jeudi 16 avril 2015

De Netflix à Spotify, le nouveau consumérisme culturel en "tout-illimité"

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"Tous les épisodes dès maintenant !". "A regarder où et quand vous le souhaitez, seulement sur Netflix". L'argumentaire publicitaire était assuré et un rien arrogant, pour les pleines pages de pub qu'il s'était offertes dans le JDD dimanche dernier. Pour le lancement, le 10 avril, de Daredevil, sa dernière série originale-blockbuster, première série télé de super-héros, adaptation du comic book de Marvel. Sept mois après son lancement en France, Netflix, le trublion américain de l'audiovisuel n'a plus peur de grand-chose. Pas très rentable, pas encore très connu en France... Peu importe, l'essentiel tient dans le choc culturel qu'il a déjà provoqué. C'est lui qui a créé cette nouvelle habitude, le "binge watching", équivalent télévisuel du "binge drinking", où l'on s'abreuve de séries télé.

"Binge watching"

Chacun en a, un jour, fait l'expérience. Même les téléphobes absolus. Qui arguent du fait qu'ils peuvent choisir *leur* série favorite du moment, et la consommer regarder quand ils veulent, sans être soumis au rythme du diktat télévisuel "old school". Car c'est une des autres révolutions culturelles induites par Netflix, et les autres services de vidéo à la demande par abonnement (SVoD) : plus question d'attendre religieusement la diffusion au compte-goutte, chaque semaine, de quelques épisodes de sa série préférée. La faute, pêle-mêle, à ces services de SVoD, évidemment aux divers services de téléchargement (ou visionnage en streaming) parfaitement illégaux, telle l'appli de streaming gratuite Popcorn Time (qui porte bien son nom). Et bien sûr la montée en gamme, ces dernières années, des séries télé, terrain de plus conquis par des grands noms (acteurs et réalisateurs) du cinéma.

Oui, mais Netflix est en train de rendre ces usages mainstream, tout comme la télévision de rattrapage (catch-up TV). Même moi, qui n'ai jamais été fan des séries télé, je me suis parfois surprise à engouffrer plusieurs épisodes à la suite lors de longues soirées, ou lors des classiques crèves et grippes hivernales. Certes, la première série haut de gamme à m'avoir entraînée fut Mad Men (parce que j'entrais à Stratégies, cette série sur les débuts des grandes agences de pub sur l'Avenue Madison avait pour moi une valeur documentaire, mais aussi parce que j'ai adoré son élégance visuelle et d'écriture, comme j'en ai alors parlé ici). Mais ces derniers mois, j'ai dévoré Orange is the new black, Real Humans, Girls, Silicon Valley, Bloodline. Certaines diffusées chez OCS (l'offre de SVoD d'Orange), mais la plupart chez Netflix.

L'ergonomie même du service nous incite à enchaîner allègrement les épisodes : inutile de les télécharger, on peut les lire instantanément, puisque Netflix et consorts passent par notre box ADSL Internet Le premier épisode de la série achevé, le service de SVoD me suggère de lire le suivant, sans publicité qui m'inciterait à m'arrêter. Mieux: sans que je bouge un orteil de mon canapé, au bout de quelques secondes, il le lance automatiquement.

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Vous l'avez reconnu...

Et, tiens donc, Netflix, en nouveau trublion de l'audiovisuel, dicte ses règles. Son modèle : proposer les épisodes de ses nouvelles séries non pas de manière perlée, mais par saisons entières ! Il a révolutionné le secteur de la fiction télé par ce modèle, initié avec sa vénéneuse série politique House of cards. Et les autres chaînes de télé ont suivi ! Canal+, pour qui Netflix est l'ennemi juré, a malgré lui adopté son mode de diffusion : alors qu'il a décroché les droits exclusifs de diffusion de House of cards en France (Netflix France ne la propose donc pas), lors de la sortie de la très attendue saison 3 dans L'Hexagone, il n'a pas eu le choix : il a proposé d'un bloc toute la saison sur son service maison de SVoD, CanalPlay, en même temps que son lancement outre-Atlantique, sur Netflix US?. Les abonnés au Canal+ classique ont, eux, dû attendre quelques semaines pour la découvrir - par épisodes égrenés. Le téléspectateur a désormais la liberté de visionner "ses" séries à son rythme (dont de manière compulsive ;), et non plus au rythme dicté par le diffuseur.

Canal+ avait déjà expérimenté cette nouvelle offre : lors de la sortie des dernières saisons de Mafiosa et ''Engrenages'', ses séries-stars Made in France, , il proposait le même jour l'ensemble des saisons précédentes en VoD. Même la très sage France Télévisions se fait violence : à la veille de la diffusion sur son antenne de la saison 2 de la série britannique Broadchurch, France 2 offrait une séance de rattrapage en rediffusant la première saison de huit épisodes, en une salve, dans la nuit de dimanche 5 à lundi 6 avril, dès 0h05. D’ailleurs, le festival de séries télé Series Mania, qui commence ce weekend au centre Pompidou à Paris, annonce dans son programmes des séances "marathons" de séries, à s’engloutir plusieurs heures d'affilée.

"Uberisation" de la culture

Ce qui est d'autant plus vertigineux est que ce modèle Netflix de consumérisme culturel semble contaminer d'autres secteurs culturels, comme le relatait récemment cet excellent article de GQ. Cela faisait longtemps que je voulais écrire sur cela, parce que je m'aperçois que ce nouveau type d'offres influe directement sur la manière dont je me cultive, je me divertis, dont j'acquiers des biens culturels.

Je m'en aperçois dans mon quotidien : de plus en plus de services me proposent des offres "à la demande" c'est-à-dire non pas à l'unité, mais par un abonnement (souvent mensuel) qui me donne un accès illimité à ces contenus et services. Au nez et à la barbe des acteurs classiques du secteur. Une forme d'"uberisation" de la culture, en somme. Evidemment, cette consommation dématérialisée est devenue possible avec ces nouveaux modes d'abonnement, mais surtout nos nouveaux joujoux, ces smartphones et tablettes que nous avons tout le temps avec nous.

Mon abonnement Netflix (ou OCS, CanalPlay...m'a donc habituée à engloutir des épisodes de séries, plutôt que de les déguster progressivement, épisode par épisode. Mais je m'habitue à ce mode de consommation dans d'autres secteurs : en musique, avec mon abonnement Spotify (ou Deezer, ou Beats Music, service racheté à prix d'or par Apple l'an dernier): qui me permet d'écouter des singles ou l'intégralité d'albums, classiques ou tout juste sortis, de manière illimitée. Je n'achète presque plus de disques physiques: pas grave, j'estime compenser en payant ma place de concert, ou en acquérant l'album physique lorsqu'il me plaît rainent, de préférence sous forme de vinyle (le bel objet que je conserverai - preuve que le vinyle a repris).

Les jeunes stars de la musique ont bien remarqué ce nouveau mode de consommation "à la Netflix". Beyoncé publiait d'un coup sur iTunes, en décembre 2013, l'intégralité des 17 clips de son dernier album fin 2013. Et ce sans promotion préalable ni teasing autour de l'album, intitulé en toute simplicité Beyoncé.

"Netflixisation" du jeu vidéo, du livre, du porno...

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Dans les jeux vidéos, des offres en illimité émergent aussi, telle Playstation Now . Évidemment, l'industrie du X s'est elle aussi engouffrée dans la brèche: à la manière de Netflix, avec PornEverest.com, qui promet "le porno illimité en streaming et téléchargement HD. Vous en avez marre des sites pornos où vous passez plus de temps à chercher des vidéos plutôt que vous faire plaisir ? Porneverest est là ! Grâce à ses filtres, le site vous suggère des films à la chaîne en haute définition correspondants à vos goûts. Vous n'avez plus besoin d'avoir les mains prises et pouvez vous adonner à votre activité favorite", souligne finement le site.

Pour lire la presse aussi, je me suis habituée à ce mode d'abonnement (presque) illimité. Avec un de ces kiosques numériques, tel Le Kiosk, qui me permettent de télécharger et lire sur ma tablette, sur abonnement (en moyenne 10 euros par mois pour 10 magazines), la version numérique des derniers magazines ou quotidiens. Sans possibilité de les annoter, les surligner, les imprimer ou de déchirer des pages. Là encore une expérience devenue immatérielle.

Pas beaucoup de place chez moi pour stocker des livres : de toute façon, les romans sont devenus éphémères, on lit celui qui "fait l'actu" avant de passer à un autre... Des services d'abonnement me permettant de lire sur ma tablette les dernières sorties littéraires apparaissent, telle Kindle Unlimited. Sans compter les services qui répertorient les classiques de la littérature tombés dans le domaine public. Et, de nouveau, les sites pirates.

"Tout-illimité"

Cette culture du "tout-illimité" consacrée en modèle économique débarque même dans les offres de services d'acteurs plus classiques. Tels les opérateurs télécoms. Des offres commencent à proposer des abonnements avec une consommation de datas en illimité. Le 11 novembre dernier, Bouygues Telecom proposait ainsi à ses abonnés "un week-end de datas illimitées". Et "se congratulait sur Twitter, via son PDG Olivier Roussat, du nouveau record de consommation de données (920 gigas !)" que venait d'atteindre un de ses clients, rapporte GQ.

Même dans les transports: la SNCF a lancé en février ses premiers abonnements "illimités", avec le forfait IDTGV Max, qui permet aux utilisateurs de voyager de façon illimitée sur l'ensemble du réseau iDTGV. Une sacrée rupture, alors qu'au fil des années, pour chaque trajet en train, on a pris l'habitude de faire joujou sur Voyages-Sncf.com pour décrocher les trajets les moins chers... Mais le tout-illimité couplé au low-cost à ses limites: l'effervescence passée, des utilisateurs ont rendu leur carte. Découvrant le manque de destinations, puisque le réseau iDTGV ne relie que une cinquantaine de destinations en France.

Et bientôt, les casques de réalité vituelles, tel le Oculus Rift, nous permettront de naviguer sans limites dans un monde virtuel; Sans limites.

vendredi 2 janvier 2015

Chat apps, notations sur réseaux sociaux, emojis, wereables... 8 tendances tech et nouveaux media pour 2015

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Et voilà, 2015, nous y sommes... Bonne année 2015 donc, chers lectrices et lecteurs, que je vous souhaite pleine de bonheur, douceur, santé, succès, créativité, curiosité, et d'innovations ! Bientôt 8 ans que vous me lisez sur ce blog, donc merci à vous ! J'en profite pour vous signaler ici, en légère avant-première, une (légère) évolution professionnelle: je suis toujours fidèle au poste, à la rédac' de Stratégies, mais je rejoins le service médias, où je continuerai de suivre l'électronique grand public (les nouvelles technos en somme) et les télécoms, mais aussi, de manière plus élargie l'univers du mobile et de la mobilité, et de la "convergence". A cela s'ajouteront bientôt de nouveaux projets :)

Une fois n'est pas coutume, l'entrée dans 2015 m'amène à passer au crible 10 tendances-clés dans les technos et les nouveaux médias, alors que la tenue du CES à La Vegas, à partir du 6 janvier, servira de révélateur à bon nombre de ces tendances. Exercice auquel je me suis déjà livrée pour les années 2014, 2013 (dont pour l'univers mobile), 2012... Il est amusant de comparer, d'une année à l'autre, les phénomènes qui se sont confirmés ou carrément vautrés.

D'autres se sont aussi livrés à cet exercice de synthèse: je vous renvoie par exemple aux billets d'Alice Antheaume, Olivier Ezratty, ou encore les 10 prévisions de conso 2015 de l'institut Deloitte.

Chat apps: réseaux sociaux mobiles et messageries éphémères

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Il y a eu en 2014 le succès fulgurant des Snapchat (qui vient de lever 20 millions de dollars, soit près de 500 millions en tout), Viber, Line, Secret, Backshat, et autres WhatsApp (acquis pour plus de 216 milliads de dolalrs début 2014 par Facebook). L'autre jour, un de mes frères me disait utiliser Whatsapp pour échanger textos et photos avec ses clients partout dans le monde. En zappant gentiment les opérateurs télécoms. Citons aussi l'émergent Firechat, qui s'est révélé lors des manifestations de Hong Kong. Leur pouvoir réside en partie dans leurs notifications push, ce qui devrait les rendre bientôt aussi puissants que les réseaux sociaux, prédit Techcrunch.

Mais il y a aussi ces sites de rencontres mobile nouvelle génération, tels Tinder et le Frenchie Happn, qui vient de lever 8 millions de dollars.

Des apps et réseaux sociaux dédiés aux usages mobiles: ici, on "skipe" (on passe d'un écran à l'autre en faisant glisser avec son doigt vers la droite), on scrolle, on like (la photo de quelqu'un), on partage...

Un modèle en soi. Une start-up lituanienne vient ainsi de lancer Plague, un "Tinder for information" diablement addictif, relatait The Next Web. Une appli mobile liée à un nouveau réseau social de partage d'infos, photos, vidéos et messages que l'on écrit ou partage avec les personnes situées à proximité (géolocalisation oblige), aussi utilisatrices de Plague.

Anonymat et déconnexion volontaire

L'ADN de ces applis mobiles nouvelle génération, basées sur les messageries éphémères et/ou anonymes, c'est tout de même un retour aux sources d'Internet: mettre en contact des gens qui ne se connaissent pas, sans contrepartie attendue. Et avec peut-être une volonté de retour à l'anonymat à l'ère du "tout-connecté", où les algorithmes de Facebook, Twitter et autres Linkedin nous suggèrent de manière parfois flippante troublante avec qui copiner. Troublante, l'appli "pour adultes" Fling permet d'envoyer de façon aléatoire une photo à 50 personnes dans le monde (coucou les exhibs ;). Tout comme, racontait Stylist en décembre dernier dans un papier passionnant ("Son nom est personne"), le MIT de Boston expérimente l'appli 20 Day Stranger, qui "permettra à deux étrangers de partager virtuellement leur quotidien en toute confidentialité". En tout anonymat, ils recevront des renseignements sur l'autre tout au longde la journée, de son réveil au coucher.

Phénomène corolaire, qui deviendrait presque un marronnier ici, la vogue de la déconnexion volontaire. Il y avait eu il y a 2 ans cette étude d'Havas Media qui préfigurait ce phénomène. Et ce retour récent des téléphones mobiles vintage. Je l'ai écrit plusieurs fois : un jour, l'anonymat, le secret deviendra un luxe qui sera payant. Courrier International y consacrait un dossier cette semaine : c'est devenu un argument marketing pour hôtels de luxe avec zéro wiki, et autres lieux de "détox connexion", même les gourous de la Silicon Valley mettent leurs enfants dans des écoles sans ordinateurs. CQFD.

La réalité virtuelle devient réelle

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Oui, c'est bien moi ;)

Le casque Oculus Rift avait été une des sensations des CES 2013 et 2014. Depuis, la start-up Oculus VR a été rachetée par Facebook pour près de 2 milliards de dollars (cash et actions). Ainsi, ce vieux fantasme de la réalité virtuelle, rythmé par des tentatives avortées, deviendrait enfin réalité. Oculus n'est d’ailleurs pas le seul projet : Samsung commercialise déjà aux US pour 199 dollars le Samsung Gear VR, son propre casque de réalité virtuelle (conçu avec... Oculus VR), Sony met la dernière main à Morpheus, et Microsoft aurait son propre projet de casque VR, qu'il dévoilerait au prochain salon E3. .

Ce sera peut-être la prochaine ère de l'entertainment. J’avais eu l'occasion de tester, à l'IFA à Berlin en septembre dernier, et à Paris Games Week en novembre dernier, quelques jeux de démos édités, entre autres, par Oculus, Dreamworks et le Cirque du Soleil. Le prochain enjeu sera du côté des contenus, sur lesquels les éditeurs de jeux vidéos préparent déjà leurs armes. On va voir ce qui est dévoilé au CES 2015...

Wereables

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C'est bien la tendance tech qui va marquer 2015 : les objets connectés, ces "wereables" que l'on prend l'habitude de porter à même le corps, en permanence, notamment ceux liés à la santé. Il y a cette mode des bracelets qui comptent le nombre de pas ou qui analysent le sommeil, et de montres, elles aussi trackers d'activité. Le lancement de la première montre connectée d'Apple, attendue ce début d'année, pourrait rendre ce nouveau gadget sexy auprès du grand public, après que des précurseurs comme Pebble, puis Samsung, LG... aient défriché le terrain. Mais quel que soit le fabricant, il faudra encore d'attendre un certain nombre d'applis-vedettes destinées à convaincre le consommateur d'acheter ce genre de gadget. La bataille est déjà en cours: les géants ont déjà lancé leurs plateformes d'apps santé, Apple avec HealthKit et Samsung avec Simband. Cocorico, bon nombre des jeunes étoiles dans le secteur des wereables (Withings, Netatmo, Sen.see...) sont françaises: elles sont du voyage parmi les 66 start-ups embarquées au CES par la French Tech, comme j'en parle ici.

Avec des capteurs toujours plus petits, plus précis et moins chers, bon nombre de nos objets du quotidien devraient devenir connectés. On imagine déjà l'impact sur la médecine de cette santé connectée, avec des médecins assistés par toujours plus de données compilées et analysées en temps réel, ae. les 'wearables' (gadgets portables) prometteurs. Quoi de plus normal, puisqu'en 2014, l'offre de contrôleurs de fitness et autres montres intelligentes s'est fortement étoffée. Sony et Samsung notamment se sont distinguées. En 2015, ce marché prendra encore de l'ampleur. Nous sommes curieux de voir si l'Apple Watch sera un exemple ou un disciple en matière de montres connectées. Mais quel que soit le fabricant, il s'agira encore d'attendre un certain nombre d'applis-vedettes destinées à convaincre le consommateur d'acheter ce genre de gadget. Autrement dit: des appareils électroniques qui font bien plus que compter vos pas et mesurer votre sommeil.

Gartner, qui réfléchit sérieusement à ce que nous réserve l'avenir, s'attend à ce que d'ici 2016 (soit dans une bonne année certes!) quarante pour cent des smartphones seront équipés de capteurs biométriques, comme un scanner de l'iris de l'oeil, un scanner des empreintes digitales, la reconnaissance de la voix, etc.

Se noter, s'évaluer: l'après-quantified-self

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Conséquence directe de ces objets connectés, dont ceux que l'on porte sur soi parfois en permanence pour s'auto-évaluer et partager ses exploits sur les réseaux sociaux: le quantified self est né il y a un peu plus d'un an avec les bracelets Fitbit et autres trackers Withings.

En plein débat sur les notes à l'école, après l’existence d'un éphémère site où les élèves pouvaient noter leur prof, conséquence de la sharing economy, il n'y a plus rien d'anormal de noter les autres en ligne : les autres couchsurfers sur Couchsurfing.com, d'évaluer quelqu'un qui met en "location" son appart sur Airbnb, ou encore son chauffeur Uber après une course. Et même, le verdict de la note s'applique désormais aussi aux sites de rencontres : The Grade évalue ses utilisateurs à partir de leur nombre de Likes, leur taux de réponses, et leurs qualités rédactionnelles. Pour les mauvais élèves, exclusion immédiate. Démocratique, vraiment ?

Après les smileys, les emojis ?

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Ce sont les dignes successeurs des smileys, ces premières icônes de la culture web, qui devaient représenter notre état d'esprit en une figurine. Les emojis, c'est un des phénomènes qui s'est imposé sur les réseaux sociaux et dans les SMS depuis 2013. Comme le rappelait ce super papier du New York Magazine (repris par Courrier International), du visage souriant au fameux bisou les yeux fermés, en passant par le verre de vin ou le tram, les emojis commencent à remplacer des mots ou des expressions. Le résumé par l'image, censé apporter une touche d'émotion.

Eux aussi, ils sont liés à l'explosion des smartphones - et donc la transposition des réseaux sociaux sur les mobiles. Ils sont proposés sur les smartphones dans le clavier virtuel, avec pour l'instant seulement 722 symboles, répertoriés sur Emojipedia, ceux qui appartiennent à la base officielle d'Unicode, une norme international de programmation.

En continu et en ligne

Le streaming. Il va continuer à s'imposer comme le mode de diffusion privilégié de l'information au sens large. Notons au passage que YouTube, vidéostreamer précurseur, fêtera son dixième anniversaire en février 2015. Le lancement de Netflix en France en 2014 ne fut pas le point de départ d'une révolution, mais bien la confirmation d'un plus que naissant : à l'avenir, nous regarderons nos images vidéo bien plus sur le web que sur des canaux TV classiques. Après tout, Michelle Phan ou Cyprien sont devenus célèbres à partir de ce qu'ils ont déposé sur YouTube. Ericsson affirme dans son étude qu'en 2015, nous allons pour la première fois recourir davantage au streaming qu'à la bonne vieille télévision programmée. D'ailleurs, l'IDATE, citée par Eric Scherer, en général prudente, prévoit 50% de part de marché en 2018 et 1,5 millions d'abonnés en France

Il faut nuancer: le décollage de Netflix en France est très moyen (surtout une fois passé le premier mois d'abonnement gratuit), et il dispose aux Etats-Unis de davantage d'abonnés (et d'un chiffre d'affaires supérieur avec ceux-ci) que la chaîne payante old school HBO. En France, Canal+ (CanalPlay) et plus encore Orange (OCS) disposent d'offre de vidéo à la demande plus que compétitives. LA bataille va maintenant se jouer sur les catalogues, entre film et séries, parfois coproduites maison. Et d'autres acteurs devraient arriver: Amazon est déjà en lice pour les Writers Guild of America Awards 2015 avec sa série Transparent.

Retour au "slow media"

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C'est ce long édito de Next Inpact qui m'a incitée à ajouter un item sur ce sujet : ok, Twitter, les live développés par les media en ligne (même Les Echos a lancé en 2014 un site intitulé Les Echos Live), le journalisme web ont imposé cette culture de l'immédiateté.

Mais on parle de plus en plus de slow journalism, que j'évoquais ici, consacré par les mooks, des initiatives comme Le Quatre Heures, De Correspondent... Et l'arrivée en 2015 de nouveaux projets journalistiques comme le prometteur L'Imprévu, monté par des anciens d'Owni. Autres projets de nouveaux media allant dans le même sens, qu'évoque Next Inpact, Ulyces, un "éditeur d'histoires vraies" à mi-chemin entre le journalisme et l'édition, qui propose des articles à l'unité (2,49 euros) ou par abonnement (5,49 euros par mois, 54,90 euros par an), et Ijsberg, en accès libre, qui propose - jolie innovation - des actualités découpées selon leur temps de lecture (promptement, calmement et longuement).

mardi 3 mai 2011

Mad Men, photo à la Hitchcock, reflets du machisme (racisme, homophobie...) de l'époque, bouscule le cinéma

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Une ombre en costume qui s'avance dans un bureau, dont les pièces s'éparpillent comme un puzzle, puis chute dans le vide sans fin, entre des gratte-ciels aux reflets d'affiches publicitaires d'époque, sur une musique, version instrumentale de A Beautiful Mine de RJD2.... Le générique d'ouverture, visuellement magnifique et déjà (un peu) glaçant, à l'élégance des génériques de James Bond et des films de Hitchcock (dont Sueurs Froides), on croirait y déceler la patte d'un Saul Bass.

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Mad Men, je l'ai découverte il y a quelques semaines... Episode par épisode, saison par saison, je l'ai savamment dégustée, par petits bouts. Cela faisait longtemps que je voulais écrire quelque chose dessus, ici ou ailleurs, parce que c'est sans doute une des meilleures séries que j'ai vues ces dernières années. Dont la qualité la rapproche dangereusement d'un film cinématographique. Et en la matière, les références ne manquent pas. Les mad men, expression US de la fin des années 50 (néologisme - jeu de mots avec Ad men, littéralement "les hommes de la pub", qui en anticipe d'autres, tels les yuppies des 80s), ce sont ces cadres publicitaires de l'Avenue Madison.

Cette série met donc en scène des publicitaires américains des années 60, en plein dans les années Kennedy, dans une société US opulente, où la population découvre les joies du consumérisme de la consommation... et la publicité qui suscite chez eux de nouveaux besoins.

Pourquoi j'en parle maintenant ? La série, à peine connue en France il y a encore un an (elle est diffusée sur Canal +ainsi que sur TPS Star depuis 2008, la saison 3 sort tout juste en DVD en France), titille gentiment l'industrie du cinéma. Une nouvelle illustration de cette nouvelle génération de séries haut de gamme, qui esquisse leur rapprochement avec des films. La série, créée en 2007, diffusée sur AMC, est déjà bardée de 13 Grammy awards et 4 Golden Globes - une première pour une série diffusée sur une chaîne câblée. Consécration, un des trublions de la diffusion web, Netflix, vient d'en acquérir les droits de diffusion - exclusifs - sur le Web, comme j'en parle dans cette enquête pour Stratégies. Ce qui n'a rien d'anecdotique, puisque grâce à la télévision connectée, dont commencent à s'équiper les foyers, la distribution des contenus issus du Web devient possible.

Bienvenue chez les Mad Men à New York, dans les années 60, sur Madison Avenue, dans la grande agence de publicité fictive Sterling Cooper. Série faussement rétro, absolument pas nostalgique, incroyablement actuelle sur le fond. On y voit donc le quotidien d'une équipe de pubeux : Peggy Olson, Pete Campbell, Roger Sterling... Et avant tout le personnage de Don Draper, interprété par Jon Hamm, directeur créatif de Sterling Cooper et associé de Sterling Cooper Draper Pryce, créatif brillant et manipulateur. Au travers des différents personnages et des évènements, la série dépeint les changements sociaux et moraux qui ont eu lieu aux États-Unis dans les sixties. C'est une de ses forces.

Premier épisode, premier plan: dans un bar chic, musique 50s, travelling avant par-derrière un brun élégant, cheveux gominés, l'air préoccupé. Il sonde le serveur sur sa marque de clopes - des Old God, alors que lui fume des Lucky Strike. Et tente de le convaincre de passer aux Lucky. Long travelling sur la clientèle so schic, au look 60s, de ce bar huppé où tous clopent...

Consumérisme et publicité

C'est bien sûr l'un des thèmes-phares de la série: Mad Men décrit les composantes de la société et de la culture américaine des années 1960 : le tabagisme, l'alcool, le sexisme, l'adultère, l'homophobie, l'antisémitisme, le racisme et l'absence totale de préoccupations envers l'environnement, sont régulièrement abordés dans la série. Minutieusement documentée, sans aucun anachronisme (du moins m'a-t-il semblé, dans mes souvenirs en tant qu'historienne de formation..), la série accentue ainsi les différences entre cette époque et aujourd'hui, lors de la diffusion. Matthew Weiner a d'ailleurs eu pour consultant publicitaire Robert Levinson, qui a travaillé chez BBDO de 1960 à 1980. Dans cette très longue enquête publiée par le NY Times, il souligne: "Ce que Matthew a filmé est tellement réaliste. L'alcool était une pratique courante, le tabagisme était constant, les relations entre les cadres et leurs secrétaires étaient semblables".

Le claquement raffiné d'un briquet qu'on referme ou le tintement des glaçons dans un verre: un des leitmotivs de la série, où le whisky coule à flots dès le matin, et la fumée envahit chaque image. Omniprésent à l'époque, et dans la série, presque tous les personnages sont filmés en train de fumer très souvent tout au long des saisons - inimaginable aujourd'hui... L'épisode pilote annonce la couleur: les gérants de la marque de cigarettes Lucky Strike y embauchent Sterling Cooper pour une nouvelle campagne de pub, suite à un rapport publié dans le magazine féminin Reader's Digest, affirmant que le tabagisme peut entraîner un cancer du poumon. L'argumentaire de l'annonceur Lucky Strike à l'agence est clair: "La manipulation des médias ? C'est pour cela que je vous paie".

Le secteur publicitaire est un métier encore naissant à l'époque, mais les créatifs et commerciaux sont déjà des pros. Les séances de brainstorming et présentations de pitchs autour de campagnes de pubs à des clients sont des occasions rêvées pour nous esquisser un portrait des formes émergentes de consommation - et comment les publicitaires créent de nouveaux besoins les accompagnent. Et répondent ainsi aux attentes de leurs clients, des annonceurs qui souhaitent modeler les attitudes sociales des consommateurs. Les publicitaires sont censés ressentir l'air du temps et anticiper les changements de société pour les faire passer dans leurs campagnes de pub. Une lame de fond rêvée pour la série, dont scénario met constamment en scène des personnages qui ressentent les frémissements du changement - les prémisses de Mai 68... - dans l'industrie de la publicité. Dans Mad Men, la toile de fond du monde publicitaire est le prétexte à une approche didactique des stratégies publicitaires alors conçues, telle la fabrication du consentement.

Un des premiers révélateurs, cette tirade cynique et désabusée de Don Draper sur l'amour, "un slogan publicitaire. "Elle ne veut pas se marier parce qu'elle n'a jamais été amoureuse" - j'ai écrit cela pour vendre des bas le crois L'amour, le vrai, le grand, ce lui qui vous transperce, où vous ne pouvez plus manger, vous fait fuir, ça n'existe pas. Ce que vous appelez amour a été inventé par des gens comme moi pour vendre des bas. On naît et on meurt seul, ce monde vous abreuve de règles pour vous faire oublier cela".

Au fil des épisodes, Mad Men sème des indices sur la "révolution silencieuse" en approche des années 1960 : les problèmes d'anxiété de Betty, la Beat Generation découverte par Don à travers Midge, les remarques sur l'éventuelle dangerosité du tabac sur la santé (le plus souvent ignorées), l'émancipation du peuple noir-américain...

Sans doute un des plus beaux dialogues - remarquablement écrit de la série, ce discours brillant de Don Draper (Saison 1, épisode 13) sur la valeur nostalgique et sur le potentiel commercial du projecteur Kodak - une des premières apparitions du marketing de la nostalgie... Juste pour le plaisir, verbatim, en VO please.

"Nostalgia. It’s delicate, but potent… Teddy told me that in Greek, nostalgia literally means the pain from an old wound. It’s a twinge in your heart, far more powerful than memory alone. This device… isn’t a spaceship, it’s a time machine. It goes backwards, forwards. It takes us to a place where we ache to go again. It’s not called the Wheel. It’s called the Carousel. It lets us travel the way a child travels. Around and around and back home again, to a place where we know we are loved".

Machisme, racisme et homophobie ordinaires...

Si la série peut parfois laisser filtrer une nostalgie pour une époque antérieure, magnifiée (j'en parlerai plus bas), la cruauté, la mobilité sociale et les diverses formes de rejet "ordinaires" de l'époque y sont traitées sans concessions. En réponse au frémissement que promet le discours de Martin Luther King ("il est peut-être un peu trop tôt", commente naturellement Betty Drapper à sa nurse noire en regardant le discours sur son téléviseur), dans Mad Men, les Noirs occupent des fonctions subalternes: serveur de bar, portier, dans l'ascenseur, nurse...

L'homosexualité est taboue à l'époque: le créatif Salvatore découvre son penchant au fil des épisodes, jusqu'au jour où il est ouvertement dragué par un gros client de l'agence (saison 3). Il repousse ses avances. Le client menace alors de quitter Starling Cooper à moins que Salvatore ne soit exclu de sa campagne... Salvatore sera sacrifié, licencié illico - par tactique, Don refusera de croire à ses explications (qui brisent un tabou ?).

... Et prémices fragiles d'émancipation de la femme

Betty Draper

Betty Draper, héroïne hitchcockienne de la série

Les femmes dans la série ? Le développement des divorces, l'égalité des sexes sont aussi une des révolutions silencieuses de l'époque, omniprésentes dans la série. Parallèlement, autre constante de Mad Men, elle dépeint aussi une sous-culture où les hommes mariés s'engagent fréquemment dans des relations extra-conjugales avec d'autres femmes.

Les maîtresses de Don sont des figures de femmes émancipées de l'époque : seules, indépendantes financièrement, telles Midge, créatrice publicitaire indépendante qui travaille chez elle, créatrices d'entreprise, Rachel Menken, repreneuse de la boîte familiale, l'institutrice Suzanne... A contrario, l'émancipation de plusieurs des héroïnes est progressive et fragile. Betty Draper, blonde glacée (grande bourgeoise mère au foyer) épouse de Don, finit certes par demander le divorce, en apprenant ses écarts extra-conjugaux - mais pour se recaser aussitôt avec un notable local.

Peggy Olson, sage et discrète secrétaire de Draper, illustre les espoirs de mobilité et d'émancipation pour une nouvelle génération de femmes. Elle devient concepteur-rédacteur dans l'équipe de ce dernier - une première au sein de l'agence, elle y sera la seule femme à occuper un tel poste. Les portraits des autres salariées révèlent hélas moins de promesses de mobilité sociale : les autres femmes de Starling Coopers sont toutes des secrétaires, sur lesquelles les créatifs exercent à l'occasion un "droit de cuissage", et dont l'objectif secret reste de trouver un mari.

Conseils de Joan Holloway, à la tête du secrétariat de Sterling Cooper, à Peggy Olson, lorsqu'elle arrive comme nouvelle secrétaire: "Suis mes conseils et tu ne commettras pas d'erreurs. Dans quelques années, si tu as une bonne promotion, tu seras en ville comme nous tous. Bien sûr, si tu as une très bonne promotion, tu ne travailleras plus du tout (sous-entendu 'Si tu as le chance de faire un beau mariage'). Munis-toi d'aspirines, compresses, fil, aiguilles. Ils veulent une secrétaire, mais cherchent souvent quelqu'un entre la mère et la bonne". Tout est dit.

Magnétisme hitchcockien

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Du côté photo et montage, Matthew Weiner a collaboré avec le directeur de la photographie Phil Abraham et avec le créateur de décors Dan Bishop, pour développer une style visuel qui serait "davantage influencé par le cinéma que par la télévision". Dans cet immense hommage à Hitchcock, il s'autorise tout: travellings de dos des personnages, gros plans sur un verre, une cigarette ou une main, caméra qui glisse de haut en bas des buildings, dans les pieds des employés franchissant la porte tournante de leur immeuble...

Hitchcock est évidemment omniprésent dans Mad Men, chez les personnages mêmes: une des héroïnes, Betty Drapper, est une blonde glacée à l'élégance un rien surannée, clone de Tippi Heddren, tout comme Don Drapper, dont le charisme rappelle Cary Grant ou James Stewart.

Mode, design: le "rétro-chic", ou comment "Mad Men" remet le passé au présent

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Là je ne vous apprendrai rien, le style fifties, looks de pin-ups aux formes généreuses, avec gaines, serre-taille, lunettes à écailles et jupes-crayons ont fait un retour en force dans la presse féminine, depuis un an en France. Un vintage retour aux sources, teinté de nostalgie (pas forcément bienvenue), symbole de retour aux valeurs sûres à l'ère du jetable... Ce qu'explique Nathalie Azoulay dans Mad Men, un art de vivre (ed. La Martinière), qui paraît le 26 mai.

Après la première saison, le couturier Michael Kors a dédié un défilé entier à la série. Après la troisième, la styliste de la série, Janie Bryant, qui s'est inspirée des collections Brook Brothers des années 60, a aidé la griffe pour hommes à lancer une ligne spéciale Mad Men, écrivait Adèle Smith dans Le Figaro, le 8 février dernier. Dernièrement, Tom Ford, Marc Jacobs, Céline ou Prada se sont réemparés du style rétro-chic (certains parlant de style "néo-bourge").

Ce style des Trente Glorieuses dépoussiéré a un nouveau nom, le style "rétro-chic", avec pour icône la pulpeuse actrice Christina Hendricks, la secrétaire rousse de Man Men. Encore cette semaine, Grazia y consacre 4 pages, avec un focus sur les blitz parties, entre reproductions historiques et soirées underground, ressuscitées à Londres. Chignons crêpés et bas résilles obligatoires pour les femmes, le cha-cha-cha, le twist et le rock'n roll sont les danses obligées.

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