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mardi 22 juin 2021

Steven Spielberg s'allie à son tour à Netflix (et pourquoi c'est historique)

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Décidément, la terre tremble à Hollywood.

Netflix a annoncé lundi avoir conclu un accord avec Steven Spielberg via sa société de production Amblin Partners. Il produira plusieurs films ces prochaines années pour Netflix. Ce partenariat ne signifie pas forcément que le réalisateur va tourner lui-même des longs métrages pour Netflix, puisque l'accord concerne sa société Amblin, issue de l'union de plusieurs sociétés de productions, notamment DreamWorks Pictures. Amblin a produit, ces dernières années, 1917, réalisé par Sam Mendes, Green Book: Sur les routes du sud (Oscar du meilleur film 2020) de Peter Farelly, ou Jurassic World: Fallen Kingdom de Juan Antonio García Bayona.

Cet accord, un symbole très fort, ouvre une brèche de plus. Netflix signe dont avec une signature de plus, un enchanteur historique de l'Hollywood (d'antan ?), avec la saga Indiana Jones, ou encore E.T. Et traduit davantage l'intégration poussée de Netflix au sein de Hollywood. La firme de Los Gatos parvient donc à brouiller un peu plus les lignes entre les films en salles et les films en streaming.

Plus troublant, le communiqué publié lundi par Netflix ne précise pas si Spielberg réalisera et signera des films directement diffusés sur Netflix. Ni si les films produits par Amblin pour Netflix bénéficieraient d'une sortie en salles. Ce qui est, rappelons-le, un des points de friction continus entre Netflix et plusieurs acteurs-clé du cinéma, dont le Festival de Cannes - Netflix en sera encore absent cette année.

Spielberg pourfendeur de Netflix

Cela a aussi été, longtemps, un sujet pour Steven Spielberg, qui était assez critique du streaming, s'inquiétant notamment de la menace qu'il faisait peser sur le cinéma en salles. Un peu à la manière des organisateurs du festival de Cannes, il s'est longtemps opposé à la participation aux Oscars de sociétés - dont Netflix - qui refuseraient de sortir leurs films en compétition en salles.

Lors de la tournée de promotion de son film Ready Player One, en 2018, il avait vertement critiqué la façon dont les plateformes se contentaient de mettre certains films à l'affiche une semaine seulement, dans un nombre très limité de salles, uniquement pour leur permettre de satisfaire aux critères d'éligibilité aux Oscars.

A ses yeux, les longs métrages Netflix n'auraient pas dû «être éligibles» à une nomination aux Oscars, avait-il déclaré à la chaîne britannique ITV. «Une fois que vous vous engagez sur un format télévision, vous êtes un téléfilm», avait-il lâché. En février 2019, il avait même décidé de présenter un projet qui visait à empêcher la plateforme de pouvoir accéder aux Oscars, rapportait alors IndieWire. Il estimait alors que les films présentés par des plateformes devraient se contenter des récompenses réservées aux œuvres télévisuelles, comme les Emmy Awards.

En avril 2019, il avait rectifié le tir dans un entretien au New York Times, affirmant ne jamais avoir eu d'opposition aux plateformes.

Depuis, Steven Spielberg a réalisé pour le service Apple TV+ - un autre géant du streaming vidéo - des épisodes de la série Amazing Stories, mise en ligne en mars 2020.

Maintenant, tout va pour le mieux. Ce partenariat est «une opportunité fantastique de raconter de nouvelles histoires ensemble» avec Netflix «et de s'adresser aux spectateurs par de nouvelles voies», a déclaré Steven Spielberg, cité dans le communiqué, sortant quelque peu les violons ;)

Certes, Amblin Partners continuera à sortir des films en salles. Outre son partenariat avec Netflix, il demeure engagé contractuellement avec Universal Pictures, son partenaire historique, dans la distribution de longs métrages.

Mais quelques semaines à peine après le rachat des studios MGM pour près de 9 milliards de dollars par un Big Tech américain, Amazon, cela ouvre une brèche de plus. Alors que plusieurs salles de cinéma sont en train de fermer aux Etats-Unis. En deux ans, une pandémie mondiale aura décidément eu des ondes sismiques inimaginables.

lundi 7 juin 2021

Amazon fait son entrée au festival de Cannes, après Hollywood

5c92ed6f240000ad064df325.jpeg, juin 2021

Une première, nouvelle preuve des bouleversements à vitesse accélérée que connaît l'industrie du cinéma, malmenée à l'heure de la pandémie.

Amazon fera son entrée dans la prochaine édition du Festival de Cannes, avec un film en compétition, ont annoncé ses organisateurs jeudi dernier. L'heureux élu: le film Annette, qui signe le grand retour du réalisateur franco-américain Leos Carax, neuf ans après la présentation de Holy Motors, et avec Marion Cotillard et Adam Driver en têtes d'affiche. Un musical dont la musique a été écrite et composée par les fondateurs du groupe pop californien Sparks, déjà guetté par les cinéphiles, où Adam Driver jouera un comédien de stand-up, et Marion Cotillard sa femme chanteuse d’opéra.

Mieux, ce film fera l'ouverture du festival de Cannes, le 6 juillet prochain. Décidément, alors que le Festival va rouvrir dans des conditions à peu près normales, après une édition 100% numérique l'an dernier en raison de la pandémie, le tapis rouge est déroulé à son producteur, Amazon Studios. La raison? Le géant du e-commerce, qui a progressivement déployé ses ailes dans la production audiovisuelles et la diffusion via son propre service de streaming vidéo sur abonnement, Amazon Prime Video, lancé en décembre 2016, coche toutes les cases pour figurer en compétition à Cannes, avec sa production: «Amazon accepte que le film soit projeté en salles. Donc Annette est en compétition à Cannes», expliquait jeudi dernier Thierry Frémaux, délégué général du Festival, dans une interview à l'hebdomadaire californien Variety.

Netflix toujours persona non grata

Ce qui n'est pas le cas de Netflix, toute-puissante avec ses 208 millions d'abonnés, qui, selon les organisateurs du Festival, n'accepte toujours pas de jouer les règles du jeu du festival français - soit de sortir son film en salles dans des conditions normales. Pour le festival de Cannes, un film est un 'vrai' film dès lors qu'il sort en salles. «Un film est toujours un travail artistique qui doit être découvert sur grand écran, et nous restons sur ce 'mantra' pour les films en compétition», rappelle-t-il. Et de souligner: il a bien vu que «beaucoup de réalisateurs de talent» ont présenté des films à Cannes par le passé, et travaillent maintenant avec Netflix («qui fait de beaux films»), tels Jane Campion et Paolo Sorrentino - la firme de Los Gatos a fait grand bruit en début d'année en annonçant qu'elle diffuserait 'à titre exclusif' sur sa plateforme leurs prochains films, respectivement Le pouvoir du chien et È stata la mano di Dio.

Or selon cet article du Figaro, Thierry Frémaux a proposé à Netflix de figurer à Cannes avec ces films, mais seulement hors compétition. «Il s’agit d’une fausse main tendue. Proposer un strapontin à l’un des nouveaux argentiers du cinéma mondial relève davantage du camouflet, voire de la gifle.»

Et ce petit scud: «La différence entre Netflix et Amazon est que ce dernier accepte que ses films sortent en salles», précise Thierry Frémaux à Variety.

On en revient au sujet originel du litige entre Cannes et Netflix, depuis la polémique autour des films Okja et The Meyerowitz Stories en mai 2017: comme je le racontais dans mon livre, Netflix & Co: Histoire d'une (r)évolution, Netflix a présenté cette année-là ces deux films en compétition pour la Palme, films qui, même s'ils étaient primés, ne seraient pas projetés dans les salles de cinéma françaises, avait alors annoncé la firme californienne.

Depuis ce clash, les organisateurs du Festival ont fixé une règle depuis 2018 : les films en lice doivent sortir en salles dans des conditions 'normales'. Et non juste dans une poignée de salles (et encore moins aucune ;). Quand bien même certains autres festivals acceptent désormais ces conditions, comme celui de Venise. Il semble donc que le statu quo demeure pour cette année encore. Peut-être au détriment de Cannes, qui se prive donc des productions Netflix - alors que le contexte a évolué. On peut comprendre le point du vue du patron de Netflix, Reed Hastings, qui a toujours dit vouloir proposer des contenus exclusifs - dont des films - à ses abonnés.



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Le cameraman et de l'ingénieur du son enregistrant "Léo le lion" pour le logo de la Metro Goldwyn Mayer en 1928 (Getty Images/Axios)

En tous cas, avec cette présence à Cannes, Amazon remporte une manche. Une autre, après avoir acquis fin mai le grand studio MGM pour 8,45 milliards de dollars (cette acquisition restant certes suspendue à l'accord des régulateurs), ce qui le fait entrer définitivement dans la cour des grands à Hollywood.

Et Amazon est loin d'être perdant. Sa production Annette sortira dans les salles du monde entier à partir du 6 juillet (via UGC Distribution dans l'Hexagone), le jour même de sa première à Cannes. Aux Etats-Unis, il sortira en salles le 6 août, puis sera ensuite proposé à les abonnés (américains) Amazon Prime sur sa plateforme de SVoD Amazon Prime... dès le 20 août, indique notamment Indiewire dans cet article.

'Annette' le 6 juillet en salles... Et le 20 août sur Amazon Prime

Soit un délai de 15 jours entre la sortie en salles et celle sur Amazon Video. Etonnant, non? C'est surtout révélateur du virage en cours à Hollywood. La pandémie ayant entraîné la fermeture forcée des salles de cinéma partout dans le monde - elles rouvrent tout juste - le contexte profite de facto aux diffuseurs que sont les streamers.

Jusqu'à présent, l'usage voulait aux Etats-Unis qu'un délai de 90 jours s'écoule entre la première projection d'un film et sa sortie sur un quelconque format numérique (DVD, vidéo à la demande, etc). Mais les règles du jeu ont changé - le semblant de chronologie des médias version US semble s'effacer. Déjà en juillet 2020, Universal et AMC ont annoncé un accord "pluri-annuel" qui ramenait ce délai minimum à 17 jours.

Puis fin 2020, tour à tour, Warner Bros, Paramount et Disney annonçaient que la période d'exclusivité pour les salles de leurs films ne durerait que 45 jours en 2021, avant que les films ne soient proposés en VoD ou en sVoD, soit la moitié du délai normal de 90 jours.

Déjà Nomadland de la réalisatrice chinoise Chloé Zhao, qui sort en salles en France ce mercredi, une fois primé aux Oscars, est sorti directement sur la plateforme de streaming vidéo Disney+, notamment aux Etats-Unis, dès le 30 avril, soit quatre jours après la cérémonie des Oscars. Décidément, une brèche est ouverte.