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mardi 22 juin 2021

Steven Spielberg s'allie à son tour à Netflix (et pourquoi c'est historique)

netflix-et-steven-spielberg-reconcilies-et-prets-pour-de-futurs-films-.jpeg, juin 2021

Décidément, la terre tremble à Hollywood.

Netflix a annoncé lundi avoir conclu un accord avec Steven Spielberg via sa société de production Amblin Partners. Il produira plusieurs films ces prochaines années pour Netflix. Ce partenariat ne signifie pas forcément que le réalisateur va tourner lui-même des longs métrages pour Netflix, puisque l'accord concerne sa société Amblin, issue de l'union de plusieurs sociétés de productions, notamment DreamWorks Pictures. Amblin a produit, ces dernières années, 1917, réalisé par Sam Mendes, Green Book: Sur les routes du sud (Oscar du meilleur film 2020) de Peter Farelly, ou Jurassic World: Fallen Kingdom de Juan Antonio García Bayona.

Cet accord, un symbole très fort, ouvre une brèche de plus. Netflix signe dont avec une signature de plus, un enchanteur historique de l'Hollywood (d'antan ?), avec la saga Indiana Jones, ou encore E.T. Et traduit davantage l'intégration poussée de Netflix au sein de Hollywood. La firme de Los Gatos parvient donc à brouiller un peu plus les lignes entre les films en salles et les films en streaming.

Plus troublant, le communiqué publié lundi par Netflix ne précise pas si Spielberg réalisera et signera des films directement diffusés sur Netflix. Ni si les films produits par Amblin pour Netflix bénéficieraient d'une sortie en salles. Ce qui est, rappelons-le, un des points de friction continus entre Netflix et plusieurs acteurs-clé du cinéma, dont le Festival de Cannes - Netflix en sera encore absent cette année.

Spielberg pourfendeur de Netflix

Cela a aussi été, longtemps, un sujet pour Steven Spielberg, qui était assez critique du streaming, s'inquiétant notamment de la menace qu'il faisait peser sur le cinéma en salles. Un peu à la manière des organisateurs du festival de Cannes, il s'est longtemps opposé à la participation aux Oscars de sociétés - dont Netflix - qui refuseraient de sortir leurs films en compétition en salles.

Lors de la tournée de promotion de son film Ready Player One, en 2018, il avait vertement critiqué la façon dont les plateformes se contentaient de mettre certains films à l'affiche une semaine seulement, dans un nombre très limité de salles, uniquement pour leur permettre de satisfaire aux critères d'éligibilité aux Oscars.

A ses yeux, les longs métrages Netflix n'auraient pas dû «être éligibles» à une nomination aux Oscars, avait-il déclaré à la chaîne britannique ITV. «Une fois que vous vous engagez sur un format télévision, vous êtes un téléfilm», avait-il lâché. En février 2019, il avait même décidé de présenter un projet qui visait à empêcher la plateforme de pouvoir accéder aux Oscars, rapportait alors IndieWire. Il estimait alors que les films présentés par des plateformes devraient se contenter des récompenses réservées aux œuvres télévisuelles, comme les Emmy Awards.

En avril 2019, il avait rectifié le tir dans un entretien au New York Times, affirmant ne jamais avoir eu d'opposition aux plateformes.

Depuis, Steven Spielberg a réalisé pour le service Apple TV+ - un autre géant du streaming vidéo - des épisodes de la série Amazing Stories, mise en ligne en mars 2020.

Maintenant, tout va pour le mieux. Ce partenariat est «une opportunité fantastique de raconter de nouvelles histoires ensemble» avec Netflix «et de s'adresser aux spectateurs par de nouvelles voies», a déclaré Steven Spielberg, cité dans le communiqué, sortant quelque peu les violons ;)

Certes, Amblin Partners continuera à sortir des films en salles. Outre son partenariat avec Netflix, il demeure engagé contractuellement avec Universal Pictures, son partenaire historique, dans la distribution de longs métrages.

Mais quelques semaines à peine après le rachat des studios MGM pour près de 9 milliards de dollars par un Big Tech américain, Amazon, cela ouvre une brèche de plus. Alors que plusieurs salles de cinéma sont en train de fermer aux Etats-Unis. En deux ans, une pandémie mondiale aura décidément eu des ondes sismiques inimaginables.

dimanche 23 août 2020

Quelques leçons à retenir d'un été (peut-être) meurtrier pour le cinéma

570254-photos-du-cinema-sur-l-eau-de-paris-plages-3.jpg, août 2020

Demain, est-ce que aller au cinéma (re)deviendra une sortie normale, comme dans le «monde d'avant»? Je me posais déjà cette question dans ce billet fin avril. Puis le 22 juin, les salles sortaient tout juste de plus de trois mois de fermeture forcée. A cette période, les idées commençaient à bouillonner autour de nouvelles formes de projection des films, entre drive-in et reprise des projections. Dans cette veine, début juin, le groupe MK2 a même organisé une projection du film Le Grand Bain pour une poignée de privilégiés sur des bateaux sur la Seine.

Et depuis ? Rien. Ou pas grand-chose qui ne laisse augurer une reprise explosive de l'industrie du cinéma. Un «été meurtrier» pour le 7ème Art, ou presque. Plusieurs signaux ont laissé percevoir les bouleversements que vont connaître l'industrie du cinéma, accélérés par cette crise sanitaire qui n'en finit pas. Des signaux faibles, qui préfigurent un tournant radical tant dans le business du cinéma que dans notre manière de regarder des films - aller en salles sera-t-il encore normal demain?

En cette rentrée, pile deux ans après la sortie de mon livre Netflix & Cie, les coulisses d'une (r)évolution (Armand Colin) - livre qui a eu une longue vie (je m'en félicite), et a été lauréat cette année du Prix Lycéen du livre SES. j'ai voulu relever plusieurs de ces signaux faibles qui ont marqué cet été l'écosystème du cinéma, chahuté par la crise du Covid-19 et Netflix et les autres acteurs du streaming vidéo.

Chute de fréquentation des salles

le-cinema-francais-et-le-tourisme-en-France.jpg, août 2020

Premier constat en cette fin d'été, après la joie mêlée à l'incertitude du 22 juin dernier, jour de leur réouverture coordonnée, les salles de cinéma françaises n'ont pas vu le public réaffluer. Même si les professionnels avaient préparé le terrain. La semaine dernière, on comptait 1,3 million de téléspectateurs, en chute de près de 72% par rapport à l’année dernière à la même époque. La meilleure performance depuis la réouverture des salles le 22 juin, selon CBO Box Office, mais la fréquentation reste à la peine.

En cause, une inquiétude diffuse du grand public (quel degré de risque y a-t-il à passer 2 heures dans une salle fermée), et surtout, moins de nouveautés captivantes que prévu à l'affiche. Certes, des films sortis avant le confinement ont pu être reprogrammés, et l'arrivée de comédies, entre les «grosses comédies» un rien balourdes (T'as pêcho?, Les blagues de Toto, numéro un du box office avec près de 200 000 entrées !) et bonnes surprises portées par de bonnes critiques (Tout simplement noir de Jean-Pascal Zadi et John Wax). Mais les blockbusters américains qui devaient sortir fin juillet, les traditionnelles locomotives en été pour les salles, ont été reportés, comme Tenet de Christopher Nolan, ou le dernier Disney, Mulan, de Niki Caro. Quant aux distributeurs français, certains ont renoncé à programmer des sorties pendant cette période critique.

Le Grand Rex ferme temporairement ses portes

Pour la première fois de son histoire, le mythique grand cinéma sis sur les grands boulevards parisiens a annoncé, le 27 juillet dernier, baisser le rideau du 3 au 26 août. La cause? Rester ouvert tout l'été n'était pas rentable pour lui. Faute de sorties de blockbusters notamment. Et meubler avec des soirées marathons thématiques, ne suffisait plus. Il rouvrira le jour de la sortie de Mulan.

Qui plus est, Disney et consorts commencent à moins partager leurs catalogues de films avec les salles traditionnelles pour des rétrospectives! Un effet pervers naissant des nouvelles plateformes de streaming vidéo, telle Disney+, qui veulent garder leur catalogue pour leurs seuls abonnés. «Il devient difficile d’innover et de proposer d’autres marathons au public avec notamment l’interdiction de piocher dans les catalogues de Disney et de la Fox», expliquait récemment Alexandre Hellmann, propriétaire du célèbre cinéma.

Cet été, plusieurs autres cinémas ont décidé de refermer provisoirement: des indépendants du quartier Latin à Paris, Le Palace à Lons-le-Saunier (Jura), le Castillet à Perpignan (Pyrénées-Orientales), le Darcy à Dijon...

Netflix & co grillent la politesse aux salles obscures

netflix-salle-cinema.jpg, août 2020

Autre fait: on commence à voir des films sortir simultanément dans une poignée de salles et sur une plateforme de streaming. Le rêve de Netflix devient réalité. Ce printemps, plusieurs films avaient été autorisés à sortir directement en VoD sur les petits écrans, alors que les salles étaient fermées. Pour permettre aux réalisateurs de les diffuser quelque part, et éviter la catastrophe économique.

Ce qui a donné des idées aux streamers. Début août, Hollywood a connu un petit tremblement de terre: Disney a annoncé qu'un de ses mega-blockbusters de l'année, Mulan de Niki Caro, décalé à plusieurs reprises, sortirait finalement le 4 septembre prochain directement sur la plateforme Disney+ aux États-Unis, mais aussi au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Australie et dans plusieurs pays européens.

Cette exclusivité a un prix : pour visionner le film, il faudra payer 29,99 dollars en plus du coût de l'abonnement. Cette annonce a donné des sueurs froides aux exploitants outre-Atlantique, qui comptaient, entre autres, sur Mulan pour de nouveau attirer les spectateurs dans les salles.

D'autres tentent les sorties simultanées. Le grand Werner Herzog sort son dernier film, Family Romance, LLC, petit bijou de SF qui interroge sur nos ultra-solitudes urbaines (demain, devra-t-on «louer» des amis et des proches?), dans une poignée de salles en France - et essentiellement sur Mubi (plateforme anglaise de streaming vidéo) dans les autres pays. Est-il inquiet pour l'avenir des salles? Il botte en touche dans cette interview au Monde: «La mère de toutes les batailles, c'est bien les salles et non les plateformes. Mais je ne suis pas un nostalgique». Son prochain film, Fireball, sera produit par Apple, et présenté au festival de Toronto.

Mignonnes, de Maïmouna Doucouré, premier film français très remarqué, est sorti cette semaine en salles dans l'Hexagone - et direct sur Netflix aux US, où la plateforme y a acquis les droits.

Premiers spots TV pour des sorties de films en salles

Un autre verrou a sauté - au bénéfice du cinéma ? Un premier décret publié le 7 août dernier sur l'assouplissement de la publicité télévisée autorise désormais - pour une période de 18 mois - les publicités télévisées pour le cinéma. Dès le 8 août, M6 diffusait ainsi le premier spot TV pour la sortie d'un film en salle - précisément celui d'un des rares blockbusters ayant maintenu sa sortie cet été, Tenet.


spot TV

Est-ce que l'ensemble du cinéma bénéficiera de cette ouverture publicitaire? Pas sûr. Les pubs TV pour le cinéma étaient jusqu'à présent interdites précisément pour protéger les films indépendants face aux blockbusters américains disposant d'une énorme force de frappe publicitaire. cette autorisation fera l'objet d'un rapport d'évaluation dans un délai de 15 mois, justement pour vérifier son impact sur la filière cinéma, - et voir quels types de films profitent ou pâtissent de cette réforme.

Des films diffusés à la télé même le samedi soir

Une autre brèche s'est ouverte le 7 août: les chaînes de télévision peuvent programmer des films quand elles le veulent, d'après un décret paru ce jour-là. Il a mis fin à une règle très décriée par le PAF, qui leur interdisait de diffuser en clair des films certains jours ou soirées, comme le samedi. Une disposition qui visait à protéger les salles de cinéma, décidée il y a plusieurs décennies au nom de la préservation de la sacro-sainte exception culturelle. Mais elle ne s'appliquait pas aux plateformes de streaming type Netflix - les chaînes en demandaient donc la suppression pour être mieux armées face à ces nouveaux géants. Le nouveau contexte lié à la crise du Covid-19 et les stigmates du confinement ont donc fait voler en éclats d'autant plus rapidement ce tabou. De quoi plomber d'autant plus les salles de cinéma?

Seule exception notable, Canal+ - un des grands argentiers du cinéma dans l'Hexagone - a annoncé le 20 août que ses samedis soirs seraient réservés au foot, avec les matchs de championnat de la Ligue 1.

Netflix & co s'attaquent à Broadway (et aux comédies musicales)

Une autre brèche liée à la pandémie permet à Netflix et ses concurrents d'avancer leurs pions sur le terrain de la comédie musicale. Netflix a annoncé la diffusion prochaine sur son service de la comédie musicale inspirée de la vie de la princesse de Galles, Diana, qui devait être jouée à Broadway mais a été repoussée en raison du coronavirus. Radical, les producteurs de la société Grove Entertainment ont décidé de filmer la pièce dans un théâtre vide. Le spectacle devrait ainsi être publié sur Netflix début 2021, avant d'être joué à Broadway le 25 mai. Disney lui-même a fait sensation en diffusant en exclusivité le show à succès Hamilton, entraînant une augmentation massive des abonnements sur son service Disney+ .

vendredi 17 juillet 2020

Netflix confronté à l'attentisme des investisseurs

0602975329035-web-tete.jpg, juil. 2020

Il n'y a pas à dire, Netflix a assuré le show pendant la pandémie, profitant du confinement pour élargir son audience. Logique, les investisseurs attendaient la suite du spectacle avec impatience, à coup de cornets de popcorn - les objectifs de cours parfois démesurés des banques d'investissement, telle Goldman Sachs en fin de semaine dernière. Le géant de la vidéo en ligne ne pouvait se permettre de les décevoir, dans un marché du streaming vidéo en pleine ébullition.

Las, en 24 heures, il a subi un sévère revers à Wall Street, après avoir annoncé hier des résultats trimestriels moins bons qu'attendu. Actuellement, son cours de Bourse chute d'environ 7%, après avoir perdu près de 10% dans les échanges post-clôture hier soir, alors qu'il stagnait les jours précédents.

Pour satisfaire les investisseurs, le groupe aurait dû réitérer l'exploit réalisé en avril avec un nombre record de nouveaux abonnés - qu'il avait engrangés grâce à l'effet confinement, comment avait alors prévenu avec prudence son patron, Redd Hastings, dans sa lettre aux actionnaires. Il avait gagné 15,77 millions de nouveaux abonnés payants durant le premier trimestre, contre 7 millions attendus, pour atteindre, courant avril, 182,9 d'abonnés payants dans le monde.

Certes, le géant du streaming vidéo a annoncé hier une forte croissance de son nombre d'abonnés grâce à l'élargissement de son audience pendant le confinement. Il compte maintenant 193 millions d'abonnés payants dans le monde.

illustr netflix 2.jpg, juil. 2020

Mais pas assez aux yeux des investisseurs. Netflix a conquis 10,1 millions de nouveaux abonnés payants sur la période d'avril à juin. C'est moins qu'au premier trimestre, mais honorable: les analystes anticipaient "seulement" un gain de 8,2 millions d'abonnés sur la période, et le groupe annonçait un objectif de 7,5 millions.

Pourtant, côté prévisions, le groupe a déjà prévenu: la croissance de son nombre d'abonnés ralentirait au second semestre après un premier semestre exceptionnel, marqué par un gain net de 26 millions d'abonnés payants. ''"En conséquence, nous prévoyons pour le second semestre une croissance moindre que l'année précédente"'', précise la lettre adressée aux actionnaires.

Garder son audience captive

 

Netflix s'essaie à de nouveaux formats, que ce soient les documentaires qu'il propose en exclu - tel The Last Dance, celui consacré à Michael Jordan, ex-basketteur et icône de la pop culture des 90s, a créé un nouveau précédent, comme j'en ai parlé ici sur BFMTV. Ou avec ses shows de télé-réalité, tels "Too Hot To Handle" et "Floor is Lava" ont diverti ses millions d'abonnés confinés à domicile et/ ou au chômage. La firme de Los Gatos a également sorti plus de trente films depuis mi-mars.Extraction, un film d'action autour d'un trafic de drogue au Bangladesh, a été regardé par 99 millions de foyers en 28 jours.

Reed Hastings l'a toujours dit, son objectif est de garder captifs ses abonnés le plus longtemps possible - comme la télé naguère... «Les abonnés pensaient d'abord à nous comme un endroit pour revoir les shows d'autres chaînes. Puis comme l'endroit pour voir nos contenus originaux. Maintenant, ils viennent pour un vendredi soir au cinéma, avec Netflix proposant les premières des plus grands films au monde», a-t-il déclaré hier. 

Nouveaux concurrents

Le problème est que [Netflix|tag:Netflix] est confronté à une nouvelle donne colossale, qui rend les investisseurs encore plus exigeants: il va devoir ferrailler avec de nouveaux concurrents qui disposent - eux aussi - de moyens colossaux sur le marché de la télévision à la demande, comme [Disney+|tag:Disney+] (213 milliards de dollars de capitalisation boursière), [HBO Max|tag:HBO Max], filiale du géant des télécoms AT&T (216 milliards de capitalisation), et la plateforme d'Apple, Apple TV+ (Apple, pour mémoire: 1 670 milliards de dollars de capitalisation).

La concurrence continue de s'intensifier. La plateforme de streaming de NBCUniversal, Peacock, a été lancée cette semaine tandis que Walt Disney semble disposer d'un blockbuster potentiel avec sa comédie musicale ''Hamilton'', qui aurait dopé les téléchargements de son application de streaming Disney+.

Cet environnement n'a pas empêché son cours de Bourse d'enchaîner les records à Wall Street ces dernières semaines. Et de s'inscrire en hausse de près de 63% depuis le début de l'année. De quoi faire tourner la tête des investisseurs: vendredi dernier, son cours de Bourse a gonflé de 8%, parce que la banque Goldman Sachs anticipait une forte croissance des abonnés de Netflix : +12,5 millions sur le deuxième trimestre (à tort, donc). Goldman avait alors renforcé sa notation de l’action de Netflix à "achat" et augmenté son objectif de cours de l’action sur 12 mois de 540 à 670 dollars. Résultat de cette mini-bulle: sa capitalisation est aujourd'hui de 217 milliards de dollars, contre 241 milliards il y a encore une semaine.

Hollywood à l'arrêt

Et pour la suite, Netflix n'est pas non plus totalement immunisé contre les effets négatifs de la pandémie. La production télévisuelle et cinématographique - dont à Hollywood - reste à l'arrêt dans l'ensemble, d'autant que la pandémie semble connaître un regain aux Etats-Unis. Ce qui pourrait perturber ses projets futurs en matière de diffusion.

Netflix a réussi à se préserver jusqu'à présent : au moins 39 programmes originaux doivent être diffusés au cours du troisième trimestre, dont une nouvelle saison de la série ''The Umbrella Academy.'' Mais quid s'il ne peut reprendre ses tournages et post-productions?

Petite consolation pour Netflix, ses rivaux sont logés à la même enseigne. HBO Max a dû être lancé en mai sans son émission exceptionnelle "Friends Reunion Special", qui devait réunir les six héros de la série à succès ''Friends''.

mardi 7 avril 2020

Disney+, embarquant Marvel, LucasFilms, Pixar... sur les écrans dans l'Hexagone

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C'est parti: Mickey débarque pleinement sur nos écrans. La date de lancement ne pouvait mieux tomber pour Disney, qui lance enfin son service de vidéo à la demande sur abonnement Disney+ en France ce mardi 7 avril, alors que les Français sont confinés chez eux depuis pile 3 semaines.

Avec, une fois encore, un petit goût d'exception française, son lancement, initialement prévu le 24 mars, comme dans les autres pays européens, avait été repoussé de deux semaines à la demande du gouvernement français, qui craignait un engorgement des réseaux - mais l'opérateur télécoms Orange a aussi pesé de tout son poids ;)

Disney+ est le premier concurrent poids lourd face à Netflix: il peut s'aligner avec des tarifs moindres, étant proposé pour 6,99 euros par mois, ou 69,99 euros par an. Autres atouts, la très forte notoriété de la marque Disney dans l'Hexagone, une marque quasi-patrimoniale depuis des décennies: entre nos soirées Disney Channel dans les années 80, les dessins animés classiques siglés, Disney, les parcs d'attraction Disneyland... Et en voyant Disney+ à l'écran, le téléspectateur pense Disney + Pixar + Lucas Films Alors que Netflix, comme je le racontais dans mon livre, a dû faire connaître sa marque lors de son arrivée en France en septembre 2014.

Résultat, il devrait rapidement engranger des millions d’abonnés, comme ailleurs. Lancé en novembre dernier aux Etats-Unis, au Canada, aux Pays-Bas, en Australie et en Nouvelle-Zélande, il y comptait déjà 28,6 millions d’abonnés début février.

Point de détail savoureux, le chiffre d’affaires généré en France ne sera pas encaissé dans l’Hexagone, mais... aux Pays-Bas, comme le révèle ''Capital''. De fait, les CGU (conditions générales d’abonnement indiquent que l’abonné français contracte avec une filiale immatriculée près d’Amsterdam, The Walt Disney Company Benelux BV. Ce qui n'empêchera pas Disney de devoir verser son obole pour financer l’audiovisuel français: soit une taxe de 5,15% de son chiffre d'affaires français auprès du Centre national du cinéma (CNC), et d'investir 25% de ses recettes hexagonales dans des productions européennes (dont environ 20% dans des productions françaises).

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En tous cas, Disney+ débarque avec un catalogue gargantuesque: soit plus de 500 films et plus de 300 séries, dont tous les dessins animés mythiques (Aladdin, Les Aristochats, etc.), aux animations Pixar (Toy Story, Cars…), les Marvel (Avengers, Iron Man…) aux Star Wars, les 30 premières saisons des Simpson...

En parcourant la plateforme, on remarque que la firme de Burbank a pris soin de classifier ses contenus par marques: sous l'onglet Disney, les Originals (dont les séries originales The Clone Wars, The Mandalorian), des films d'animation (tels les classiques La reine des neiges, Le roi lion), les Favoris Disney Channel, des "films nostalgiques" (des catégories qui raviveront la nostalgie des parents quadras, au passage)... L'onglet Pixar donne accès aux pépites de dessins animés (Le monde de Nemo, Ratatouille) et sagas (Cars, Toy Story) du studio d'animation acquis par Disney en 2006 pour quelque 7,4 milliards de dollars. S'y ajoutent tout l'univers des super héros Marvel: longtemps "loué" à Netflix, Bob Iger, alors patron de Disney, avait déclaré la guerre à Netflix lorsque, en plein été 2017, il avait annoncé qu'il allait récupérer son catalogue Marvel... pour lancer sa propre offre de streaming vidéo. ainsi que l'univers Star Wars, et celui des documentaires National Geographic.

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Dans les usages, la Walt Disney Company entend ne pas se plier à la règle du binge watching créée par Netflix: comme Apple TV+, certaines de ses séries originales seront proposées uniquement à un rythme de diffusion au rythme d’un épisode par semaine. Soit chaque vendredi à 9h pour The Mandalorian, la première série live de l’univers Star Wars, aux premières critiques dithyrambiques, supervisée par Jon Favreau, réalisateur d’Iron Man et du Roi Lion. Une manière de créer l'événement par la rareté - et, paradoxe, la reprise des codes des grilles télé old school. Après tout, la très attendue saison 5 du Bureau des légendes est diffusée à dose homéopathique, depuis ce lundi soir sur Canal+.

mercredi 9 octobre 2019

South Park a-t-il été censuré par Netflix ?

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C'est sans doute le premier gros cafouillage qu'a connu Netflix, depuis son lancement en France en septembre 2014. Depuis samedi dernier, la diffusion pour le moins parcellaire de South Park a ému bon nombre d'internautes.

South Park, c'est une série animée pour adultes, diffusée depuis 1997 sur la chaîne américaine Comedy Central, qui met en scène une bande d'enfants en surpoids, dans une commune imaginaire du Colorado. Au programme, humour scato, burlesque, et style volontiers anti-politiquement correct.

Ces derniers jours, des abonnés à Netflix constaté que le dessin animé était disponible de façon très incomplète sur la plateforme de la vidéo à la demande puisque, comme elle l'a annoncé, seules les saisons 15 à 21 sont en réalité disponibles. 10 épisodes sur 78 manquaient donc. Ce qui, déjà, n'est en soit pas dans ses habitudes. Et même dans cette sélection réduite, certains épisodes manquaient à l'appel, ainsi que l'ont constaté avec agacement des observateurs sur Twitter.

Dès le début, alors que a 23ème saison commence à être diffusée aux Etats-Unis, il y avait un certain imbroglio: c'est Amazon Prime Video qui avait obtenu les droits de diffusion, dont en France, pour les 22 saisons. Mais il a connu un bug, et Netflix l'a devancé en diffusant, lui, les épisodes depuis la saison 15.

Dix épisodes manquent à l’appel sur Netflix : quatre épisodes sur la saison 15 (La machine à rigoler, Taille du Membre Indexée, Chiasse Burger, Thanksgiving), deux sur la saison 16 (Chupaquhébreux, Un bracelet pour une cause) et sur la saison 17 (World War Zimmerman, Ginger Cow), ainsi qu’un de la saison 18 (Va te faire financer) et un autre de la saison 19 (Les Méchants ninjas). Parmi les épisodes caviardés, l'un mettait en scène les Allemands comme «le peuple le moins drôle du monde» ; un autre imagine les débuts de Thanksgiving avec des extraterrestres ; un autre met en scène des personnages de South Park déguisés en ninjas pour faire peur aux SDF...

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Pourquoi ces manques ? Netflix aurait-il décidé de lui-même, pour la première fois, de couper dans des contenus qu'il diffuse ? Lundi après-midi, la plateforme de vidéo a répondu sur Twitter : «Il manque des épisodes de South Park. Pourquoi ? Des épisodes ont été censurés lors de leur toute première diffusion en France. Ils sont considérés comme dénigrants pour certaines communautés par les autorités audiovisuelles locales. On le respecte pour des raisons légales.»

En évoquant des «autorités audiovisuelles locales», de qui parle donc Netflix ? Il fait comme si le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), le régulateur de l'audiovisuel en France, avait donc considéré ces épisodes comme «dénigrants pour les communautés». Et fait ainsi référence à ce texte de... 2007, où le CSA avait réclamé à la chaîne Game One une nouvelle signalétique sur deux épisodes de la saison 10 de South Park, pour qu'ils soient déconseillés aux moins de 12 ans.

Les plates-formes comme Netflix ou Prime Video ne sont pas (encore) soumises à ses règles, comme les chaînes de télévision. A moins qu’il ne s’agisse d’une question de droits, sur ces épisodes particuliers.

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Six heures après son premier tweet, le compte de Netflix a d'ailleurs donné un second argument, évoquant des problèmes de droits: et d'assurer que les épisodes de South Park disponibles sur Netflix seraient «tout simplement, ceux que les ayant-droits nous ont proposés.»

Difficile d'y voir clair, alors que cette décision du CSA ne concerne pas des épisodes du catalogue Netflix – et date bien avant des débuts de Netflix ! Netflix se serait-il, pour la première fois, soumis à une forme de censure ?

mardi 14 mai 2019

Le Festival de Cannes s'ouvre (presque) sans Netflix

Quentin Tarantino / AFP

D'ici quelques heures, le Festival de Cannes ouvrira ses portes, pour sa 72ème édition. Cette année de nouveau, avec pour point névralgique le Palais des festivals, il offrira son mélange de glamour, de cinéphilie et de business. Les stars hollywoodiennes seront de nouveau au rendez-vous: Jim Jarmush foulera le Tapis rouge ce soir, avec un film de zombies, The dead don't lie, présenté en ouverture. Ces prochains jours, Quentin Tarantino est attendu pour son nouveau film en compétition officielle, Once upon a time... in Hollywood - 25 ans après Pulp Fiction, qui lui avait valu la Palme ! - avec Leonardo di Caprio et Brad Pitt. Antonio Banderas, Pedro Almodovar, Sylvester Stallone, Bill Murray, Margot Robbie, Isabelle Huppert, les frères Dardenne, Adèle Haenel, sont attendus. Comme avant. Ou presque.

Mais les choses ne sont plus tout à fait comme avant. La montée en puissance de Netflix et Amazon, désormais à la fois studios de production, diffuseurs, et mastodontes à plusieurs centaines de milliards de dollars de capitalisation boursière, et le lancement attendu de nouveaux-venus du streaming, tels Disney Plus et WarnerMedia, brouillent les pistes dans l'écosystème de l'entertainment.

Après une polémique sur la présence - ou pas - de Netflix en compétition officielle à Cannes, il y a deux ans, la firme de Los Gatos en est désormais absente pour la deuxième année consécutive. Comme je le raconte en détail dans Netflix & co, Les coulisses d'une (r(évolution, Netflix est absent de la compétition officielle pour la deuxième année consécutive, après l'adoption par le Festival d’un règlement imposant une sortie en salle pour tout film en compétition. «À l’époque, on pensait demander (à Netflix) et obtenir que ces films-là sortent en salles (...). Ils n’en sont pas encore là», pointent les organisateurs du festival, qui résistent à la plateforme de streaming, là où d’autres festivals comme la Mostra de Venise accueillent ses films à bras ouverts comme ''Roma'' d’Alfonso Cuaron. Cannes est le dernier bastion, le dernier festival à rester sur cette ligne, les Oscars et la Mostra de Venise ayant accepté des productions Netflix en compétition officielle.

Nouvelles règles du jeu

Jusqu'à il y a peu, les règles du jeu étaient claires. Les sociétés réalisaient un film calibré pour une sortie en salles, qui connaissait ensuite une seconde vie en DVD, puis en diffusion télévisée. Cela ne fonctionne plus, dans une ère où Netflix passe outre les traditionnelles sorties en salles, et les plateformes de diffusion en streaming remportent des droits de diffusion - mondiaux et tous écrans - qui auraient été attribués, naguère, à un HBO ou un Showtime.

Puis sont arrivées les premières plateformes de streaming, Netflix et Amazon. Elles ont d'abord été perçues par les studios de cinéma comme des vaches à lait. Elles ont surpayé les droits de séries télé confirmées, en dizaines de millions de dollars (comme Friends, pour laquelle Netflix a déboursé 100 millions de dollars fin 2018 pour en conserver les droits cette année). Dans mon livre encore, je racontais comment Netflix avait signé un contrat de 5 ans en 2008 avec Starz (sorte de Canal+ version US) , puis, fin 2012, un accord de licencing pluriannuel avec Disney de 350 millions de dollars par an. un mirifique contrat à 200 millions de dollars avec Marvel Télévisions et…Disney fin 2013.

15 milliards de dollars de productions Netflix en 2019

Puis, les studios ont perçu ces steamers comme des frenemies, ces ennemis indispensables dans le business. Ils apportaient beaucoup d'argent à ces studios, mais disruptaient leurs modèles traditionnels. car eux ont les poches pleines: Netflix a investi entre 8 et 12 milliards l'an dernier en production originales, et pourrait y investir 15 milliards cette année, selon les analystes, cités par Variety.

Depuis 2016, pour enrichir leurs catalogues, Netflix et Amazon font ainsi régulièrement monter les enchères au festival de Sundance. Cette année, Amazon a claqué 50 millions de dollars pour mettre la main sur les droits de films tels que The Report, film dramatique avec Adam Driver et Annette Bening, et Honey Boy, film semi-autobiographique de Shia LeBeouf. Netflix a misé 10 millions de dollars sur Knock Down the House, un documentaire sur les jeunes stars politiques américaines, telle Alexandria Ocasio-Cortez. Les années précédentes, tous deux y ont acquis les droits de films oscarisables, comme Manchester by the Sea pour Amazon, six nominations aux Oscars 2017. Et demain, Apple, Disney, Comcast et WarnerMedia se lanceront aussi dans la course à l'achat de droits de programmes premium pour leurs propres plateformes de streaming, attendues dès cet automne 2019 pour la plupart.

Cannes sur son Aventin ?

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Est-ce que Cannes resterait sur son Aventin ? Pas si sûr: en parallèle au très glamour Festival se tient le Marché du Film, où les sociétés de production viennent des quatre coins du monde pour vendre à des acheteurs des scripts ou des faims, susceptibles d'être au box office demain. Il suffit de longer la Croisette pour voir des affiches géantes de (super)productions, placardées dans la rue ou sur des balcons d'hôtels.

Pour la première fois, le Marché du Film accueillera cette année "Meet the steamers", un événement destiné à connecter les producteurs de films et les plateformes de streaming, selon Hollywood Reporter. Le Festival a sélectionné une vingtaine de plateformes indépendantes, pour des sessions de speed dating d'une vingtaine de minutes. Avec notamment Flimin, Kinoscope, Le Cinéma Club, ou encore Watcha Play. Mais les mastodontes Amazon Studios et Netflix en seront absents - alors que leurs noms sont sur toutes les lèvres. Netflix ne sera même pas présent au Marché du film, selon son service de presse parisien, preuve que la Guerre froide règne encore. Tout juste y aura-t-il une production Netflix présentée cette année à Cannes, le long-métrage Wounds, à la Quinzaine des réalisateurs.

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dimanche 18 mars 2018

Pourquoi les médias ressuscitent les forums de discussion (sur Facebook)

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Mark Zuckerberg savait sans doute très bien ce qu'il faisait en annonçant, le 11 janvier dernier, que les contenus de la presse (articles, vidéos, Lives) apparaîtraient moins sur les murs des utilisateurs. Priorité était désormais données aux contenus "personnels", des amis et de la famille, plutôt qu'aux pages publiques. Dès lors, panique à bord: au fil des années, les marques et médias avaient capitalisé sur ces Pages Facebook pour retenir (un peu) l'attention de ces internautes versatiles, qui passent désormais le plus clair de leur "temps numérique" sur Facebook - il engrange 26,4 millions de visiteurs uniques quotidiens en France, d'après Médiamétrie. Pendant longtemps, pour une marque ou un média, le nombre de fans était un indicateur en soi.

Les médias, Facebook les a même dragués outrancièrement en les incitant à produire des contenus sur mesure pour lui, de préférence de longues vidéos, baptisées les Facebook Live. Plusieurs éditeurs de presse ont même signé des accords avec Facebook, pour toucher une généreuse rémunération, comme le détaillait cet article très fouillé du journaliste Nicolas Becquet, responsable du numérique à L'Echo. Las, la firme de Menlo Park leur brutalement coupé les vivres fin 2017. On a mieux compris pourquoi ce 11 janvier.

Facebook, un Linkedin bis

Alors, comment les médias vont-ils pouvoir continuer d'assurer leur présence sur Facebook, où ils sont devenus brutalement moins désirables? Une chose est sûre, même si zuck' veut un retour aux sources (refaire de Facebook le média social où on partage des bribes de son quotidien), il est trop tard. Le newsfeed (fil d'actualité Facebook) n'est plus l'endroit où le chaland poste ses précieux contenus personnels - ses photos, vidéos ou statuts pour relater son quotidien. Peut-être parce qu'il est devenu plus méfiant envers Facebook, au fil des scandales et polémiques sur sa perception particulière du respect de la vie privée par ce dernier. Maintenant, la vraie vie se raconte en images sur sa page Instagram, ou Snapchat pour les millenials. Désormais, Facebook a des faux airs de Linkedin-bis: on partage sur son newsfeed des articles, des vidéos d'actualité (coucou Brut), des centres d'intérêt 'publics' ou semi-professionnels.... Mais certainement plus de photos de brunchs entre amis ou de vacances en famille (qui étaient tout de même monnaie courante il y a 10 ans).

Ce dimanche en fin de journée, j'ai sur mon newsfeed, en vrac: un commentaire sportif sur un championnat de foot en Californie, une photo de monument à Riga prise par un ancien photographe avec son iPhone, quelqu'un qui promeut sa formation en vidéo mobile, les photos des nouveaux locaux d'une start-up par son fondateur, une photo de la collection de robots d'une geekette revendiquée, une photo-portrait d'il y a 4 ans repostée (sur la suggestion de Facebook ;), un partage d'article sur SpaceX, un abonné à Canal+ qui partage une expérience malheureuse... Peu d'articles de presse des médias dont j'ai liké la page Facebook (Le Monde, Challenges; Wired, etc) remontent automatiquement (je dois beaucoup scroller pour les trouver): désormais, la plupart des articles de presse "en bonne position" sont ceux partagés par mes "friends" sur Facebook.

Le Facebook group, ce nouveau club des lecteurs

Alors, les médias ont peut-être trouvé une nouvelle marotte pour rester présents - et indispensables - dans le newsfeed Facebook de leurs lecteurs: créer un groupe Facebook. Ou comment le vieux forum de discussion, en vogue au début des années 2000 (la préhistoire, l'ère d'avant les réseaux sociaux !) est ainsi ressuscité ! Comme on dit en novlangue marketing, le groupe Facebook a pour avantage de créer un engagement sans précédent de l'internaute: c'est un "club" qu'il choisit de rejoindre, où il dialogue, commente, poste des suggestions, des photos... Il interagit avec d'autres membres d'une communauté, créée et chapeautée par un média. Cette sorte de club des lecteurs numérique, c'est une audience hyper captive.

Surtout, c'est du pain-bénit pour des médias critiqués pour leur parisianisme qui cherchent à recréer un lien de proximité avec leurs lecteurs - comme le montrent les jeunes titres Ebdo, et bientôt ''Vraiment'', qui organisent des réunions "IRL" avec leurs lecteurs, ou les sollicitent pour des idées de sujets.

Mieux, chaque nouvelle publication, ou commentaire qui la "rafraichit", remonte automatiquement en haut du fil d'actualité et peut être doublée d'une notification (qui apparaît par exemple en pop-up sur le mur Facebook de l'internaute). Parfait pour contourner les derniers impératifs de l'algorithme de Facebook.

Facebook groups Nice Matin, BFM...

Dans l’Hexagone, plusieurs médias ont bien vu l'aubaine. Mais comme pour une rubrique, il faut trouver un angle, une thématique propre à leur groupe. Mention spéciale pour le quotidien régional ''Nice Matin'', qui a créé des premiers groupes autour de services: l'un, Nice-Matin des solutions, près de 1 500 membres, est dédié au journalisme de solutions: il invite certes à voir "les coulisses de reportages" (classique), mais surtout, se veut "dédié aux initiatives positives qui émergent chaque jour dans nos départements, aux gens qui se bougent et proposent des solutions". Un autre groupe, Kids-Matin, encore naissant (il compte 300 membres) veut proposer des solutions et services autour des enfants dans la région de Nice.

D'autres médias ont aussi sauté le pas. BFM Business avec BFM Stratégie (1 848 membres 1 mois après sa création) propose "un cours de 40 épisodes donné par Xavier Fontanet, ancien président d'Essilor, éditorialiste et professeur affilié à HEC". Des cours d'éco-management, mis en ligne après leur diffusion TV. Au menu, "La stratégie, c'est l'art de bien vivre avec son concurrent", "Valeur part de marché : le cas de forte croissance"... Dans un autre genre, le média en ligne Les Jours (créé par des anciens de Libération) propose sur "Obsession Migrant" les coulisses de l'enquête de ses journalistes sur la trace des migrants morts en Méditerranée.

Outre-Atlantique, plusieurs médias ont anticipé ce virage de Facebook dès l’année dernière. Le Washington Post a ouvert "PostThis" (4 300 membres), spécialisé dans le fact-checking. Vox avec The Weeds (15 000 membres), il y a 10 mois, tout juste présenté comme un "espace collaboratif". Citons aussi, comme le relate Les Echos, Bloomberg avec Money Talks (4 200 membres) pour parler de finances personnelles, le Financial Times a lancé en janvier le FT Books Café (2 100 membres) un "book club" avec à la clé des sessions live avec des écrivains...

Reste à voir si la parade sera suffisante pour combler le trou dans les audiences provoqué par la nouvelle politique de Facebook. Pour l'instant, les groupes que je cite comptent à peine quelques milliers de membres. Bien loin des millions de membres qui avaient liké la page Facebook d'un média. Et si cette nouvelle audience ramènera des lecteurs sur les sites des médias. Voire suscitera l'intérêt des annonceurs.

dimanche 8 mai 2016

Pop story, magazine d'actu aux faux airs de roman de gare

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Il y a cette couv', dans laquelle on sent déjà un plaisir gourmand à jouer des codes du roman de gare. Avec ce magnifique coeur rose bordé de fleurs et d'angelots potelés, une photo de nos deux protagonistes, et ce titre nullement naïf, "Et Brigitte créa Macron - La vraie histoire". Et ces mots-clés, hashtags, qui donnent à voir les autres sujets, comme "#Agnès Saal pardonnée".

Pop story est un étrange nouvel objet journalistique, apparu en kiosques le 28 avril dernier. Un magazine bimestriel d’actualité (encore un...) de 160 pages, vendu en kiosques 5 euros. Première originalité, so nformat mini, carré d'environ 15 centimètres. Ce format comme son papier bon marché évoque le livre de poche, et ces fameux romans de gare... Il y a ensuite son titre, "Les romans de l'actualité". On est bien dans la presse magazine, où la tendance est plus que jamais à raconter des histoires, expliquer, narrer, être pédago, instruire en donnant du plaisir de lecture au lecteur. Ma le mag du Monde, Le Point, Challenges (mon illustre employeur donc :) sont dans cette tendance de raconter l'actu. Une tendance d'autant plus forte pour retenir un lecteur devenu plus volatil, alors qu'il trouve l'actu immédiate, l'écume, traitée sur les sites d'information en ligne.

"Romans de l'actualité" et slow journalism

Pop Story, donc, veut tenter cet entre-deux, entremêler un journalisme exigeant avec les "traditions de la littérature populaire", pour raconter le "micro roman du réel". Dirigé par Jean-Luc Barberi, ancien journaliste à l’Expansion, le titre propose des sujets longs, très longs. Jusqu’à 28 pages, ce qui rappelle nettement les mooks, lancés dans le sillage de la revue XXI. Cela évoque aussi cette tendance plus récente du slow journalism, dont j'avais parlé dans ce billet, où on prend le temps, la place, parfois en dizaines de milliers de signes, de raconter.

Mais Pop story se positionne davantage comme un roman d’actualité - ou plutôt une série de nouvelles - pour enquêter sur les personnes qui font la Une de l’actualité. En même temps, en faisant fi du rubricage classique, les articles reprennent les codes des romans grand public: roman noir, thriller, love story, roman-photo, saga, BD…). Il baigne aussi dans la culture pop par ses visuels: la couv' douceâtre, des couleurs du rock, des mangas...

Une revue foisonnante. Je me suis plongée dans plusieurs des longs récits, qui se dévorent comme des nouvelles. Les différentes enquêtes parodient joyeusement les genres 'romanesques' dont elles se revendiquent. Ce premier numéro s'entame de façon explosive sur un long récit, rubrique "Love story", sur l'histoire du couple Brigitte Trogneux - Emmanuel Macron. Ce long papier, illustré par des Polaroid légendés, copie avec allégresse le genre du roman à l'eau de rose (cela fait parfois presque peur...) mais plonge avec profondeur dans les arcanes de cette petite bourgeoisie amiénoise dont le locataire de Bercy et son épouse sont issus. ll démontre hélas trop légèrement (mais est-ce le sujet de l'article ? ) la montée au pouvoir du locataire de Bercy.

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Suit un récit qui se revendique du journalisme gonzo. Le sujet: lorsque Stromae a donné un concert à Brazzaville, avant de disparaître brutalement pendant 3 mois. Le gonzo, on y est bien: "je" de rigueur, le journalist raconte en toute subjectivité ce qu'il voit, ce qu'il entend, et l'évolution de son enquête sur place. Son récit, accompagné de petties gouaches colorées, nous fait sentir ce Congo où il croise banquiers véreux, filles légères et barbouzes.

Amusant, ce Questionnaire de Proust (qu'affectionne la presse mag) très visuel, avec carrés de couleurs flashy, avec Renaud apuçon. Classqiue: ses éros de fiction, principal défaut, occupation favorite...

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Marquant et puissant aussi, cette longue story façon roman noir sur Agnès Saal "la toxicomane", où l'auteure, Sylvie Bommel, dissèque et plonge avec finesse dans l'univers de l'ex-patronne de l'INA, haut fonctionnaire bourreau de travail, en quête de reconnaissance (comme nous tous, n'est-ce pas)... Un univers Sombre, avec parfois des dialogues au style direct, qui emprunte donc aux "gialli". Avec même les illustrations, des dessins noirs et jaunes. Elle ne prend pas parti, mais esquisse des explications sur ces obsessions de "son" personnage, qu'elle défend presque au fil des pages. Et lamine la haute fonction publique...

Pop Story (seulement 2 pubs dans ce premier numéro) compte de nouveau sur le crowdfunding, via Kisskissbankbank, puis les abonnements pour financer ses prochains numéros. A la clé pour ses lecteurs-mécènes: abonnements, tirés-à-part des illustrations du journal, etc. A vous de lire...

dimanche 11 octobre 2015

Un abonnement télécoms = un abonnement presse gratuit (Convergence, le retour)

Faut-il y voir les premiers effets de la "convergence entre 'contenus' et 'tuyaux', que prônait un certain Jean-Marie Messier, alors patron de Vivendi, il y a (déjà) 15 ans ?

Vendredi dernier, SFR-Numericable, maison-mère de SFR, lâchait une petite bombe: les clients de SFR se verront proposer un an d'abonnement gratuit à L'Express. Plus précisément, les abonnés aux formules les plus haut de gamme de l'opérateur, les clients mobile 4G "à partir d'un forfait Power 5 giga-octets", pourront bénéficier d'un an d'abonnement à l'hebdomadaire l'Express en format numérique, via le service de kiosque numérique proposé sur mobiles et tablettes par la start-up Le Kiosk.

On ne sait pas combien d'abonnés SFR sont concernés par cette offre. Du moins, vendredi, le service de presse de SFR n'a pas été en mesure de me préciser combien de ses abonnés avaient un forfait Power de 5 Go ou Premium. Un sacré cadeau pour les abonnés SFR, en tous cas, "d’une valeur de 90 euros", souligne le site de l’opérateur.

On notera au passage que maintenant, la presse est un "service" comme un autre, proposé par un opérateur. "Lancés en 2013, les Extras de SFR (LeKiosk, Napster, iCoyote, CanalPlay, SFR Jeux et l'Equipe) sont valorisés comme des services intégrés, au même titre que SFR Cloud 100Go ou MultiSurf", évoque d'ailleurs négligemment l'opérateur dans son communiqué.

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Surtout, un verrou a sauté : la maison-mère de SFR-Numéricable, le groupe Altice, profite désormais d'avoir un pied dans les télécoms et un autre pied dans la presse pour lancer ce type d'offres, où les "tuyaux" (ici son réseau mobile, SFR) permettent de proposer du "contenu" (ici un hebdomadaire en version numérique), et ce grâce à une de ses dernières "prises", L'Express, navire amiral du groupe Express-Roularta, qui a donc été racheté par le groupe Altice en début d'année. Bref, de monter des offres marketing emboîtant ses différentes activités... Le groupe crée un précédent. Et il ne va sans doute pas s'arrêter là. Fin août, il a envoyé ce mailing à se clients SFR, leur proposant 2 mois d'abonnement "gratuit et sans engagement" au magazine 01net en format numérique: le magazine est arrivé dans le giron d'Alice Media Group France. Par ailleurs, des clients Numericable ont reçu en septembre un accès gratuit d'un mois à Libération, qu'a également racheté Patrick Drahi cette année.

Ce qui s'inscrit dans une tendance plus globale: depuis quelques années, les opérateurs américains rachètent des médias ou l’inverse quand Vivendi rachète Dailymotion. Déjà en 2001, la tête du groupe Vivendi, Jean-Marie Messier voulait rapprocher la gestion des tuyaux de l’information (Téléphonie, Internet) avec la production de contenus (label de musique, production cinéma, chaine de télévision…). Pour atteindre son but, il a multiplié les acquisitions, pour des montants parfois colossaux. La fusion en 2000 avec Seagram lui permet d'acquérir les studios de cinéma Universal. Son groupe, rebaptisé Vivendi Universal, était en 2001 numéro deux mondial des médias. Avant la chute que l'on connaît...

Plus-produits abonnements

Il y a encore quelques années, l'abonné potentiel à la presse (papier) mag' ou quotidienne était appâté par quelques goodies (remember, les livres, hors-séries, DVD, ou gadgets tels qu'une lampe-torche...). Puis sont venues les tablettes low cost offertes en sus d'un abonnement au média (versions papier et numérique), comme Rossel, en 2012, qui proposait une tablette Samsung avec un abonnement. Je me souviens aussi de la tentative des Echos, précurseur, en 2009, de se lance sur ce que l'on appelait alors l'ePayer (bien avant en fait un an avant - l'iPad et les tablettes !). Maintenant, la presse devient un "cadeau" proposé au client qui s'abonne au "tuyau", l'opérateur.

mercredi 9 octobre 2013

La Revue Dessinée, consécration du BD-reportage

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Une revue, ou plutôt un mook (magbook) trimestriel de plus, dans le sillage de la revue XXI, vendu en librairies et certains kiosques (type Relay), signé par une équipe de journalistes... Mais constitué uniquement de planches de BD, avec une dizaine de signatures différentes. Le BD-journalisme, ou BD-reportage, j'avais déjà eu l'occasion de vous en parler ici, c'est - de nouveau - XXI qui a initié ce genre, cette nouvelle écriture journalistique, où un duo reporter/rédacteur et dessinateur s'associent, sur un sujet précis.

Et donc, la toute nouvelle Revue Dessinée, un des jolis succès de la rentrée, déjà en rupture de stocks dans bon nombre de librairies (du coup, merci à Marion-Jeanne de la rédac pour le prêt :), est totalement dédiée à ce format. Et en parcourant ce premier numéro, on voit bien les avantages inhérents à ce format, au gré des sujets très différents traités par ce biais.

A l'origine, née de a volonté de six auteurs (Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray, Christophe Goret, Virginie Ollagnier, David Serveney, passé par chez Owni et par Rue89), "animés par la double passion de la bande dessinée et de l'information", sont partis de ce constat: "journalistes et auteurs de BD sont des raconteurs d'histoires", et la BD était une forme d'écriture inespérée pour "parler d'actualité différemment", expliquent-ils dans l'éditorial. L'idée est donc d'"utiliser le langage de la BD dans des reportages, des enquêtes et des documentaires pour offrir un regard vivant et immédiat sur nos sociétés". tout comme il y a des styles d'écriture différents, on y apprécie, au fil des sujets, la variété des traits de crayon qui collent aux différents angles des sujets.

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On attaque ainsi un premier récit, "Belge Congo", sur les ressortissants congolais et rwandais installés en Belgique, et prend pour point de départ les élections contestées du président sortant Joseph Kabila en République démocratique du Congo, en décembre 2011. Le récit est vivant, avec des dessins parfois assimilables à des prises de vues très cinématographiques, et des couleurs vives. Le récit (une quinzaine de pages) s'achève, sur le modèle de XXI, par une page En savoir +, avec personnages, dates-clés, petite bibliographie, et même un QR code qui nous renvoie vers un site complémentaire.

Cette revue tente aussi d'instaurer des rendez-vous, des rubriques. Comme une rubrique assez marrante, intitulée 3La sémantique, c'est élastique3 où l'on a droit à quelques planches qui retracent l'évolution des usages autour d'un mot (ici salop vs salaud - osé...).

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J'ai aussi beaucoup aimé ce long reportage de 20 pages sur l'agriculture dans le Nord - Pas-de-Calais, intitulé "Le prix de la terre". A partir d'un sujet à priori lointain et austère - la moitié des exploitations agricoles a disparu de nos paysages en 20 ans, à cause des politiques européennes, des crises des vocations, etc - les auteurs expliquent en chiffres, en cartes géographiques, et en images, sur des plans où prédominent les couleurs de la terre (orange, jaune, ocre) un sujet complexe.

Il y a aussi ce sujet d'anticipation (premier sujet d'une série, "Tous sous surveillance") sur comment, ici, les caméras de surveillance deviennent omniprésentes dans notre environnement quotidien. Ici, le dessin est fin, très précis, il y a ce côté un peu technologique, informatique et vaguement inquiétant qui ressort ainsi dans le trait de crayon.

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Remarquable aussi, premier récit d'une série en trois volets ("Energies extrêmes") sur le gaz de schiste, signée Sylvain Lapoix et Daniel Blancou. Sur ce sujet terriblement complexe, qui même sciences physiques, chimie, environnement, et lobbying politique, on se rend compte que le format de la BD reportage est parfaitement adapté. Le reporter y est mis en scène dans le récit par le dessinateur (on peu comme ces enquêtes télé où le journaliste apparaît régulièrement en train de passe des coups de fil et mener des interviews. Les planches permettent de glisser graphiques, cartes géographiques

Beaucoup aimé, aussi, les planches au fusain noir (dont on a presque l'impression qu'il s’effacerait sous nos doigts) sur les dernières heures du président chilien Salvador Allende.

Bon bilan pour ce premier numéro donc, qui tient tout de même sur 226 pages, pour 15 euros (3,59 euros sur iPad), sans aucune publicité. A noter que cette revue est totalement bimédia, déclinée sur le site Larevuedessinee.fr, et son appli iPad, avec dessins de presse, dossiers thématiques et webdocumentaires.

mercredi 18 septembre 2013

Publireportages nouvelle génération

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Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas penchée sur les nouvelles formes de publireportages (ou plutôt, de publicités de plus en plus intégrées) que l'on voit fleurir sur le Web et dans la presse. Je m'étais déjà prêtée avec une certaine gourmandise à l'exercice, ici, ou encore là avec ce florilège historique de Grazia.

Les choses se sont encore accélérées cette année, pour le domaine prometteur des publis, brand journalism et autres formes de brand content. En début d'année, M Publicité, la régie pub du Monde, annonçait ainsi le lancement de M Publishing, "nouvelle activité de conseils en création et édition de contenus à destination des marques", pour "accompagner les marques, sociétés ou institutions dans leur conception et production de contenus, à destination de leurs supports print, web et mobiles". Au passage, on apprend que cette entité "bénéficie de l’expertise de Franck Nouchi, directeur du développement éditorial du Monde" - initialement journaliste au quotidien.

Quelques semaines après, en avril, la régie pub FigaroMedias lançait à son tour Les Ateliers Figaro, "une équipe regroupant tous les métiers du groupe Figaro, mis à la disposition des marques pour créer des solutions de communication originales", et "pour proposer des solutions de publishing print ou digital, de portage/échantillonnage géolocalisé ou d’événementiel... afin de scénariser les histoires de marque, amplifier les messages et engager la conversation avec nos audiences". CQFD. En cette rentrée, voilà une nouvelle sélection de ce que j'ai picoré ça et là dans les médias. Bien sûr, comme toujours pour ce "marronnier" de mon blog, si vous repérez d'autres publis dignes de ce nom, n'hésitez pas à le mes signaler en commentaires à ce billet, je me ferai un plaisir de les ajouter :)

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Couv' brandée des Echos

Déjà début septembre, il y a eu cette Une des Echos, avec cette pub pour Porsche bien étrangement mise en avant, à la présence dans la maquette assez incroyablement intrusive. Le slogan et le texte publicitaire suivent carrément la même charte graphique que les différents appels de Une du quotidien économique. Et avec ce slogan qui peut sembler lui-même provocateur, "Peut-on concilier l'inconciliable ?". C'est en tous cas un format publicitaire événementiel, fait sur-mesure pour l'annonceur, jamais vu jusque là... Une brèche est ouverte ?

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Publi Esso de 4 pages

Il y a aussi ce publireportage de 4 pages pour Esso publié dans le numéro de septembre de Wired US. Il faut vraiment le regarder et le lire de près pour s'aperçevoir que c'est un publi, tant la charte graphique et la police de caractères est proche de celle des articles du mensuel. Tout juste le petit logo en haut à droite, les liserés jaunes et la petite mention "Wired Promotion" en haut nous signalent qu'il s'agit bel et bien d'un objet publicitaire. Habile, cet "article" présente les travaux d'une équipe de chercheurs de l'université d'Oxford sponsorisés par Shell, des prototypes de voitures, dans le cadre d'un "eco-marathon". En tous cas, l'article est bien écrit, citations à l'appui, et précis.

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Infographie sponsorisée

Dans le même numéro, quelques pages après, on trouve cette magnifique infographie sur 2 pages, qui illustre le "Big Data dilemma", et vise en fait à promouvoir les solutions de Business intelligence CDW. Dans chaque numéro de Wired, ces publis nouvelle génération et autres objets publicitaires peu identifiables abondent. Logique: le groupe Conde Nast a toujours utilisé ce magazine comme labo d'expérience de nouveaux formats publicitaires, auquel serait particulier captif son lectorat d'entrepreneurs CSP+. Xavier Romatet, de Conde Nast France, ne disait d'ailleurs pas autre chose dans cet article que j'avais consacré aux 20 ans de Wired il y a quelques mois.

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Les Inrocks + Renault en réalité augmentée

Dans un autre genre, il y a cette opération très particulière que propose Les inrockuptibles cette semaine (dans son n° du 18 septembre) avec Renault et l'agence Fuse (émanation du groupe média Omnicom Media Group). En utilisant l'appui mobile Les Inrocks mise à jour, et en pointant le tag 2D présent sur certaines pages, on accède à "des contenus vidéo exclusifs réalisés par la rédaction" dans les pages Culture (Cinéma, Musique, Expos, Scènes) )- je n'ai pas pu les tester à l'heure où j'écris ce billet. Mais aussi, carrément, la Renault Captur s'affiche dans 3 rubriques phares du magazine (La Courbe, Nouvelle tête, Où est le cool ?) . Et, même, en couv' du magazine. Un cap est franchi. De fait, mardi soir, en pointant l'appli Les Inrocks "version augmentée" sur la couv' ornée du tag 2D que m'a envoyée l'agence, je vois la voiture s'afficher totalement sur la couv, et se désosser pour laisser apparaître sa carrosserie, avant que ne s'affiche le slogan "Vivez l'instant présent avec Renault Capture / Les Inrockuptilbes". Cette logique de cobranding très intégrée se poursuit par un jeu-concours proposé aux lecteurs-mobinautes.

Ce type d'opération est très troublant: la marque Renault laisse ses traces bien au-delà des pages de pub du magazine : non seulement elle s'offre la couv', mais aussi des contenus interactifs, et même, elle sponsorise des vidéos et contenus journalistiques complémentaires aux articles des pages Culture. Certes, on avait déjà vu des précédents chez Les Inrocks avec Orange, qui fut lui aussi sponsor de contenus vidéos (... et présent en couv', et bien plus, lors d'un dossier high-tech, comme j'en parlais ici). Mais là, on franchit encore un cap avec cette pub en réalité augmentée. En tous cas, ces contenus publicitaires en réalité augmentée sont un modèle très prometteur pour les médias en quête d'annonceurs : ça tombe bien, plusieurs d'entre eux proposent déjà des contenus rédactionnels via des tags 2D.

Mais l'avenir réside peut-être dans le native advertising, où des sociétés (des annonceurs donc ;) sont prêts à payer une petite fortune pour signer leurs "articles" dans une rubrique dédiée. Un modèle qui a valu à Forbes une embellie - ou, peut-être, de se fourvoyer, comme le raconte cette excellente enquête des Echos. > Une fois encore, « Forbes » assure que la frontière entre les deux mondes est respectée : les articles promotionnels apparaissent dans un encart intitulé « Brandvoice ». Le lecteur avisé fera aisément la différence. Les autres, en revanche, passeront de la presse à la publicité sans même s'en apercevoir. « Les contenus publicitaires ne devraient jamais avoir le même aspect que les contenus éditoriaux. C'est un principe inscrit dans le marbre », regrette Sid Holt, président de la société américaine des éditeurs de magazines. Cette confusion est recherchée : il s'agit même d'une technique marketing qui fait fureur aux Etats-Unis et que l'on appelle le « native advertising ». Elle se monnaie à prix d'or. Pour avoir le droit d'écrire dans la rubrique « Brandvoice », les entreprises sont ainsi prêtes à payer jusqu'à 75.000 dollars par mois. Parmi elles : Microsoft, Cartier, SAP, Dell et Merrill Lynch.

samedi 31 août 2013

Rattrapage de rentrée: nouveaux tycoons des médias, Omnicom-Publicis...

Faut-il encore parler de trêve des confiseurs estivale, y a-t-il un temps suspendu dans l'actu ? Cet été, alors que les quotidiens mincissaient à vue d’œil, et les hebdos abondaient en marronniers et stories estivales, une poignée d'annonces ont provoqué quelques déflagrations. De nouvelles preuves que le paysage des (nouveaux) média, des technologies et de l'innovation est de plus en plus mouvant. Quelques sujets qui risquent de provoquer plusieurs ondes sismiques en cette rentrée. Passage en revue...

Les nouveaux tycoons des médias

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La Washington Post, à l'origine du Watergate

Trois petites bombes tombées en trois jours : trois titres emblématiques de la presse US ont annoncé presque coup sur coup un changement de propriétaire, emblèmes d'une presse face aux défis du numérique. Le 3 août, le New York Times annonce la cession du Boston Globe à John Henry, milliardaire et principal actionnaire... du club de base-ball local, les Red Sox. Une cession à perte, pour seulement 70 millions de dollars, pour ce quotidien acquis pour 1,1 milliard de dollars en 1993 par le NY Times. La presse deviendrait-elle un actif ayant trop peu de valeur pour les actionnaires ?

Le même jour, IBT Media, éditeurs de plusieurs titres de presse en ligne, annonce l'acquisition de Newsweek, pour un montant non précisé. Le rachat d'une marque, avant tout : Newsweek, exsangue, ne paraît plus que sur le web, le magazine ayant sorti sa dernière édition en décembre 2012.

Le 5 août, nouveau coup de théâtre : le Washington Post, quotidien à l'origine de l'affaire du Watergate, annonce en Une sa vente, pour 250 millions de dollars, à Jeff Bezos, fondateur d'Amazon. Celui-ci, à l'origine d'un empire basé sur le e-commerce, et à la tête d'une fortune de plus de 25 milliards de dollars, assure certes qu'il s'agit d'un rachat à titre personnel. Il n'empêche : dans une lettre ouverte aux salariés, Jeff Bezos l'assure, "Internet transforme presque tous les aspects du marché de l'information, en réduisant les cycles de l'information, en érodant les sources de revenus à long terme et en introduisant de nouvelles formes de concurrence". Exactement comme dans le e-commerce...

Pourquoi la famille Graham, propriétaire du titre depuis quatre générations, a revendu son joyau à ce tycoon d'une start-up ? Le tremblement de terre suscité par Amazon dans le secteur de l'édition a de quoi préoccuper au sein du Wash Post. Si Bezos a sûrement des convictions sur comment innover, et un (petit) pied dans les media numérique avec la tablette Kindle, pour un certain nombre d'observateurs US, comme au ''New Yorker'', ce media puissant devrait lui servir indirectement d'outil de lobbying, pour acquérir des réseaux, des bons contacts (au hasard, chez les parlementaires...) pour peser sur les dossiers sensibles pour Amazon en ce moment - comme par exemple, en matière de politique d'optimisation fiscale...

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D'ailleurs, de plus en plus, certains de ces "tech tycoons" se mêlent de politique, soulignait dernièrement The Economist, comme l'a montré, en avril dernier, le lancement de FWD.Us, une campagne pour la réforme de l'immigration américaine, menée par Mark Zuckerberg, qui a embarqué Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn, Marissa Mayer, patronne de Yahoo!, Eric Schmidt, CEO de Google...

L'hydre publicitaire Omnicom-Publicis

L'annonce est tombée le dernier week-end de juillet, lors d'une conférence de presse organisée à Paris un dimanche (!) matin, créant rien de moins que l'un des géants mondiaux de la publicité, Publicis Omnicom Group. Un échiquier publicitaire mondialisé, un an après l'acquisition d'Aegis par le japonais Dentsu.

Au-delà de la simple fusion ente deux sociétés, on retrouve ce même contexte, où les médias, la publicité, sont bouleversés par les nouveaux concurrents venus du numérique, tels IBM et Salesforce, mais aussi Google et Facebook, qui disposent de nombre de data (les données personnelles des internautes qu'ils ont patiemment collectées - le profil des consommateurs, leurs goûts, leurs envies d'achat, leur manière de consommer...) à partir de leurs vastes audiences. Avec certains, des annonceurs commencent à dealer des achats d'espaces en direct. Google contrôlerait ainsi un tiers des ventes de pub en ligne, relevait eMarketer.

L'attrait de l'art pour Google & co

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Après la culture, l'édition, c'est l'art, le patrimoine. Un vecteur de communication puissant pour des géants du Net, prestigieux, un peu venimeux, de manière bien plus subtile que les classiques sponsoring et mécénats d'événements. Google l'a annoncé il y a quelques jours, il va inaugurer en septembre, à son siège parisien, son Institut culturel. Déjà, il a créé avec une kyrielle de musées (260 dans 43 à ce jour) une sorte de mega-galerie virtuelle, le Google Art Project, Les musées partenaires peuvent être visités en ligne, évidemment avec un outil maison, Google Street View, S'y ajoutent des visites virtuelle des grands sites du patrimoine mondial, et des expositions d'archives historiques. Une forme de vernis artistique donc, auquel on pourrait ajouter d'autres initiatives de Google : dans la presse bien sûr, avec par exemple la création, en partenariat avec une école de journalisme (l'Ecole de journalisme de Sciences Po) d'un Prix de l'innovation en journalisme...

J'en parle dans le même papier, Amazon (de nouveau) a annoncé début août le lancement d'une plateforme de vente d’œuvres en ligne, Amazon Art. Après les livres, les biens de consommation courante et l'épicerie, les internautes seraient donc prêts à acquérir des œuvres sur photo en quelques clics ?

Twitter & presse écrite, et la social TV...

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Et pourquoi ne pas suggérer directement aux téléspectateurs/auditeurs/internautes des tweets prêts à l'emploi ? On connaissait cela en télé, la tendance débarque aussi en presse écrite. Twitter et The New York Times testent ainsi une nouvelle fonction qui permet de tweeter directement des phrases marquées issues d’un article. Carrément. Cela devrait bientôt permettre à l'internaute de partager directement les citations fortes d'un article de presse ou tout autre contenu écrit, révèle Twitter sur son blog. Avec pour objectif d'inciter davantage les internautes à partager des articles. Alors que la contrainte des 140 caractères et les fonctionnalités jusque-là développées par Twitter ne permettaient en général de ne partager que le titre des papiers, l’internaute pourrait désormais mettre davantage un contenu en valeur sans le tweeter "manuellement". Désormais, les médias pourraient se charger d'effectuer cette tâche. Les citations peuvent alors être rattachées en plus du compte du média à celui de son auteur, amplifiant potentiellement sa visibilité.

Mais Twitter sait qu'il doit aussi développer de nouveaux services pour les annonceurs, les marques, en télévision, faute de pouvoir proposer des formats publicitaires classiques. Alors que la Social TV est de plsu en plus prometteuse - il est devenu normal pour un télspectateur de naviguer sur Internet - et Twitter - depuis sa tablette en regardant la télé. Il y a quelques jours, on apprenait ainsi l'acquisition par Twitter de acquis Trendrr, start-up spécialisée dans l'analyse en temps réel des messages échangés sur les réseaux sociaux concernant les programmes télévisés. Le logiciel développé par Trendrr permet en effet d'analyser les échanges sur les réseaux sociaux sur les programmes de télévision ou les publicités et d'offrir un point de vue sur la perception de ces programmes par le public. Encore mieux que les mesures d'audience classiques...

Montres intelligentes

Côté high tech, certains sujets nourrissent aussi une certaine attente. Le géant sud-coréen Samsung va dévoiler sa montre connectée Galaxy Gear la semaine prochaine à l'IFA de Berlin, le 4 septembre, damant ainsi le pion à Apple, alors que les rumeurs sur l'iWatch courent depuis 2011, mais qui est attendue pour seulement pour 2014. Sony a déjà lancé la sienne, le Français Archos annonce les siennes pour 2014... Google s'y intéresse aussi: il vient tout juste d'acquérir WIMM Labs : avec à la clé son propre App store en version beta, ses apps dédiées pour smartwatches...

Les smartwatches, innovation de rupture ou gadget ? Nouvel accessoire (et segment marketing) créé par des constructeurs après le smartphone et la tablette ? Comme je l'écrivais dans cette enquête, l'avenir serait-il à ces accessoires high-tech, montres et lunettes connectées ?

Concrètement, son écran tactile vissé au poignet permet de téléphoner, naviguer sur Internet, surveiller ses mails, recevoir des notifications depuis les réseaux sociaux, écouter de la musique... grâce à une connexion Bluetooth et/ou NFC... Reste une question: ces smartatches seront-elles compatibles avec les smartphones et tablettes de toutes les marques ou pas ? Ou les marques choisiront-elles de créer un écosystème fermé comme Apple ?

mercredi 10 avril 2013

Bisou, féminin pop et post-ado

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Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait de petit feuilletage de magazine ici, depuis la mémorable série de sorties de pouffe-mags, dont certains ont dépéri, fusionné (Be et Envy), ou ont plutôt bien persisté (Grazia). Un courant certes rattrapé par des des ousiders bienvenus, comme le prometteur Causette.

Là, déjà le nom, ''Bisou'' : on ne peut pas louper (parfaitement ridicule, casse-gueule, ou avec un certain second degré, au choix), à douter qu'il y ait eu une étude de branding... Et puis, la couv': titre écrit en rose flashy, titres où l'on sent une certaine désinvolture ("Sexe: un homme, une pipe, une question", "10 trucs qu'on portait mieux à 5 ans"), des références claires à l'univers des réseaux sociaux ("Hipsters: Qui sont-ils? Quels sont leurs réseaux?"), et ce dessin, qui préfigure un univers un peu bédéesque...

De fait, c'est le premier magazine féminin lancé par un éditeur de BD, Guy Delcourt. Il y a mis les moyens: tirage initial à 100 000 exemplaires pour ce bimestriel vendu 3,95 euros (un peu cher à première vue), vaste campagne de pub sur les façades de kiosques...

Audacieux. Comment se distinguer des Elle, Grazia et autres Glamour ? Comment être à mi-chemin entre la presse people, la presse féminine (déjà limite saturée), et alors que va débarquer un féminin gratuit, Stylist, ce printemps), et la presse pour ados ? Comment toucher la cible très attrayante (y compris pour les annonceurs) des jeunes femmes de 20 - 30 ans, voire, moins ?...

Au fil des pages, on voit comme l'éditeur s'essaie à un exercice d'équilibriste - parfois de manière limite, mais sans chute fatale, avec légèreté, humour (un peu) trash, et style trèèès djeuns (on en prend un coup de vieux) - où l'on échappe tout de même au style SMS.

Il y a déjà la page d'édito, inscrit dans un énorme cœur rose (sur fond jaune, le tout est un peu kitsch), où, déjà, on prend un petit coup de vieux... "(...) La vingtaine est une période compliquée. Quelle femme va-t-on devenir? Esr-ce que mon mec va me rappeler? Y a-t-il un moyen pour continuer à manger des Kinder Pengui sans prendre 5 kg chaque année?"...

Au fil des pages, la maquette aux couleurs criardes, parfois un peu imprécises, des titres trèèès simples suscite au départ une certaine perplexité.

Mais le mag s'en sort bien en respectant certaines règles obligées de la presse féminine (courrier des lecteurs, shopping, horoscope..) pour mieux les détourner.

Les pages mode d'abord: des fringues originales, une sélection de marques bon marché, et déjà une culture BD - geek qui ressort avec la sélection Comic strip.

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Avec la série de photos "Game of trom" (référence à Game of thrones, série TV de fantasy qui fait référence chez les ados et gamers), réalisée dans le métro parisien, rigolote, bien réalisée, on plonge un peu plus dans la culture geek.

Ensuite, l'interview de Norman (connu des ados pour ses drôles de vidéos tournées dans sa chambre, qui cartonnent sur YouTube - et déjà un bon sens du business ;): là, on commence à doute que le mag cible les jeune femmes de 20-30 ans. Questions posées en novlangue langage djeuns', simplettes ("Alors, il paraît que t'es un mec occupé?", "A moins d'un million de vues, tu pleures?"), avec heureusement une question bieeen acide qui vise l'honorable consoeur Elle ("(...) dans Elle, ils demandent toujours leur secret de beauté aux célébrités. Tu sais, ça permet de citer des produits, et après des marques t'envoient des cadeaux. C'est quoi ton shampoing?"). Même si la maquette (grosse étoile jaune en fond) me pique encore les yeux...

On poursuit ensuite dans des références culturelles imprégnées d'un univers geek et des médias sociaux: "petit précis d'hispterologie", ou de la culture djeuns, avec une interview de Booba, et poster spécial fans inséré (avec au verso un charmant chat - si, si).

Autre incontournable sur lequel le mag s'en sort plutôt bien, la rubrique psycho : Maïa Mazaurette (qui signe notamment dans GQ) signe un papier enlevé sur la nécessité de son confier à autrui - même à son chat ;)

Il massacre allégrement le marronnier de l'horoscope ("à lire à une fille que vous detestez").

Dans la dernière partie du mag, un tiers de la pagination est occupée par des BD. C'est bien sûr là que l'éditeur apporte sa patte, innove, et du même coup prend un risque, pariant que les jeunes lectrices accrocheront aux styles narratifs propres au Neuvième Art... Et ça fonctionne plutôt bien.

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Le mag ose même le roman-photo, version très second degré débridée, et bourrée des références djeun's: intitulé Les histoires ahurissantes de Monsieur Poulpe, il met en scène Bérangère Krief, comédienne révélée l'an dernier par la série "Bref", devenue culte chez les jeunes.

On découvre ainsi des prépublications d'auteurs confirmés, comme Margaux Motin, ou de jeunes bédéistes. Sous des traits différents, des styles différents, des femmes auteures y abordent des thématiques girly, mais souvent bien vues, et avec humour. Il fallait que je vous mette la planche la plus "directe"...

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Premier bilan : plutôt réussi. Reste à voir si le lectorat accrochera : j'ai l'impression que ce mag cible plutôt les ados... Il me rappelle assez Fluide Glamour, le hors-série (plus trash et sexy) BD et féminin qu'avait lancé Fluide Glacial au printemps 2010. Bisou est d'ailleurs piloté par Anaïs Vanel et Guillaume Prieur, deux jeunes journalistes qui y avaient travaillé. r

vendredi 21 décembre 2012

Media + games + data + design... L'émergence des newsgames

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"Cutthorat capitalism", newsgame édité par Wired

Un nouveau type de mise en forme ludique de l'information. Un de plus. Avec le journalisme web, on voit depuis quelques années un bouillonnement autour de nouveaux formats journalistiques, qu’expérimentent donc les rédactions Web, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler : webdocumentaires, lives, datajournalism, journalisme BD... Et donc les newsgames, sortes de jeux vidéos en version journalistique, que l'on voit apparaître sur quelques sites médias. Le CFPJ Lab y consacrait une conférence mardi matin à La Cantine.

Le newsgame, c'est un peu l'héritier des serious games, très en vogue vers 2005-2008, dans un contexte où les "univers virtuels" s’imposent, tel Second Live, édité par Linden Labs: certaines entreprises se piquaient alors de former leurs salariés avec ces "jeux vidéos sérieux" mettant en scène de manière pédago et ludique des plans de formations (certaines ont même co-produit leur serious game, comme la BNP Paribas avec Daesign), comme j'en parlais alors dans ce billet, ce papier, ou encore celui-là.

Mais pourquoi les médias s'y intéressent maintenant ? Plusieurs facteurs: logique d'audience des sites d'information, banalisation de l'infotainment (ce joyeux mélange d'info et d'entertainment, que l'on voit se décliner du Grand Journal de Canal+ à des sites tels que Melty.fr)... "On a vu émerger les newsgames en 2003, puis sur des sites media à partir de 2009. Ils s'inscrivent dans la vogue des serious games, apparus vers 2000. Cela permet de produire des histoires, des 'news stories' avec un aspect narratif", résume Olivier Mauco, concepteur de media ludiques.

Le contexte est porteur: les jeux vidéos sont devenus un divertissement de masse, au-delà des gamers, consacrés par l'arrivée des Wii et autres Kinect dans les salons. Mais consacrés aussi par les "jeux sociaux" qui se sont développés sur Facebook: 53% des utilisateurs de Facebook y jouent à des "social games", d'après la dernière étude du Syndicat national des jeux vidéos. Point non négligeable, 52% des gamers sont des femmes.

Le newsgame, c'est donc "une expérience interactive, régie par des règles, dans laquelle l'utilisateur a un objectif à accomplir, dont le résultat varie selon ses actions. Cela permet de raconter une histoire, décrire un système, se baser sur des data, et permettre au joueur de comprendre un système", ajoute Florent Maurin, de la start-up The Pixel Hunt, qui a travaillé avec LeMonde.fr.

Media games, "jeux sociaux" éditorialisés

Global conflict

capture d'écran de "Global conflict"

Les médias se sont emparés du concept, avec une déclinaison spécifique, les media games: "le jeu devient un mode de représentation d'une réalité. La mécanique de jeu sert l'info, à travers des objets multimedia ludiques", poursuit Olivier Mauco. Des 'jeux' qui, comme un article, ont une ligne éditoriale: "par la mécanique de guerre, la mise en scène, on propose un discours. Dans tous les cas, cela permet d'expliquer des systèmes, des conflits.. complexes". Tels les jeux basés sur l'enquête Global Conflict (sur le conflit israelo-palestinien), et Darfur is Dying.

Dans la même logique, expliquer par le jeu une mécanique complexe, le jeu Budget hero (repris par plusieurs médias, dont LeFigaro.fr) permet à l'internaute de "gérer" virtuellement le budget des pouvoirs publics.

Start-up spécialisées

On voit même apparaître des start-ups qui proposent aux media le développement clés en mains de newsgames. Telle Game the News, spin-off développée par Orock outre-Atlantique: "elle a développé des newsgames pour le Huffington Post et Wired", selon Flroent Maurin.

Une chose est sûre, de la même manière que les infographies et le data journalism, les newsgames associent de manière inédite journalistes, game designers, directeurs artistiques et développeurs. Ou alors des médias à des éditeurs de newsgames spécialisés.

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"Could you be a medallist": admirez le design vintage...

Les médias en profitent pour développer des offres éditoriales inédites. Tel Wired, qui a lancé en 2009 le newsgame Cutthroat capitalism, qui montrait le modèle économique, le business des pirates somaliens: il était accompagné d'une enquête dans le magazine papier, d'une infographie sur Wired.com, ainsi que de la mise à disposition des ressources documentaires sur le site. De même, le Guardian a édité sur son site Could you be a medallist ? à l'occasion des JO de Londres, cet été, où l'internaute pouvait rentrer ses performances sportives pour se comparer aux champions.

Autre exemple, assez notoire, celui du jeu Primaires à gauche (la page n'est hélas plus disponible), édité sur LeMonde.fr. "18 mois de travail, 180 000 parties jouées, les internautes y jouaient 17 minutes en moyenne... On a ouvert un blog, où les internautes pouvaient proposer des personnages, des nouvelles actions, etc", précise Florent Maurin. Avec une dose de crowdsourcing, donc.

A noter que les concepteurs de ce newsgame ont décroché des subventions des pouvoirs publics. "Ils peuvent s'inscrire dans des plans transmedia. Le budget sera équivalent à celui d'un webdocumentaire, de l'ordre de quelques dizaines de milliers d'euros".

mercredi 21 novembre 2012

Du publireportage au "brand journalism"

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Je m'étais déjà essayée à l'exercice, notamment dans ce billet et cette enquête (et celle-ci) pour Stratégies. Soit passer en revue la nouvelle génération de publireportages qui se développent en presse écrite (avec notamment cette série de 6 "publis" d'anthologie pour Samsung publiés par Grazia), et leurs nouveaux dérivés, cette nouvelle génération de publicités très intégrées que l'on désigne par l'expression-valise "brand content" (littéralement "contenu de marque"). Et depuis peu, on commence à parler de brand journalism (si si) - en butinant un peu sur Google, on trouve même des agences montées des ex-journalistes qui proposent leurs services à des sites de marques.

En cette fin d'année, j'ai fait une nouvelle sélection d'opérations publicitaires parues ces dernières semaines. Car ces formes de publicités, parfois discutables, parfois spectaculaires, parfois ambiguës sur le plan déontologique, servent souvent de révélateur de l'état des médias qui les accueillent. Jusqu’à où aller? A partir de quel moment la frontière entre un contenu publié par une marque (encore une fois, on est donc bien loin de la simple publicité..) et un sujet (article, reportage vidéo...) diffusé par un média ?

Comment continuer d'exister, d’être (omni)présentes auprès des consommateurs dans une conjoncture difficile, où les budgets publicitaires ont fondu ? Dans les secteurs qui investissent le plus en publicité (traditionnellement les télécoms, l'automobile, le luxe...), plusieurs marques ont décidé de donner la prime au spectaculaire.

"Courts-métrages" publicitaires

Avec déjà la consécration, cette année, de fameux "brand content", notamment dans le secteur du luxe, où les marques n'ont pas hésité à produire des "court-métrages publicitaires" ou "films" de mode - admirez au passage la novlangue le vocable, directement emprunté à l'univers du cinéma... ça fait tout de suite plus chic, on se situe ainsi davantage dans la "création" presque cinématographique que dans la vulgaire promotion d'un produit.

Entre création artistique et nouvelle machine marketing, Prada, Vuitton, Dior... Se sont donc offerts des "court-métrages" publicitaires durant jusque parfois trois minutes, et diffusés sur le Net. Et donc beaucoup moins chers que s'ils étaient diffusés en télé. Ils empruntent parfois fortement à l'univers du cinéma: des réalisateurs, des acteurs (tel A therapy, court réalisé pour Prada par Roman Polanski avec Helena Bonham Carter et Ben Kingsley), la mise en ligne du making-of...

Forme de consécration pour ce nouveau format publicitaire aux atours parfois clinquants, le Centre Pompidou accueillait du 9 au 11 novembre un Festival de "court-métrages de mode", A shaded view of fashion film, organisé par la blogueuse mode Diane Pernet, comme le relatait M le mag.

pub VW

Côté opérations qui en mettent plein la vue, il y a eu aussi cette publicité Volkswagen sous forme d'affiche (!) dans le Journal du Dimanche du 4 novembre. Au milieu du journal, On trouvait une double page dépliable en une sorte d'affiche. L'annonceur s'est donc offert l'équivalent de 4 pages plus la double . A ma connaissance, c'est la première fois qu'une marque s'offre carrément un "format-affiche" dans un quotidien.

pub Vrai

Dans le très chic M le Mag daté du 10 novembre, avec ces 4 pages de rédactionnel et d'élégants portraits en noir et blanc, on aurait eu du mal à distinguer qu'il s'agissait d'une publicité (certes clairement mentionnée comme telle en haut à droite), pour la marque de produits laitiers bio Vrai. Avec donc un "article" très informatif sur l'histoire de l'entreprise familiale Triballat-Noyal, maison-mère de la marque Vrai, et des portraits de producteurs de lait qui revendent leur production à Vrai. Résultat: on a l'impression d'une marque transparente, et tellement authentique. Au passage, on découvre que les photos de Gwenaël Saliou ont fait l'objet d'un livre de portraits édité par la marque. Tout est dans tout...

Elle

Dans Elle de cette semaine, on découvre une opération qui mêle carrément publi-communiqué et cobranding. L'hebdo féminin a donc apposé sa marque sur une bagnole (ce qui n'est certes pas la première fois), la Nissan Micra. ce qui est relayé par un "communiqué" dans le magazine, qui met en scène la "Chronique d'une journée réussie" d'une certaine Liza B. On en est cette semaine au chapitre 3, ce qui laisse penser que c'est une série publicitaire (désolée, je ne lis pas régulièrement Elle...).

On nous raconte donc comment, grâce à sa voiture, elle mène à un bien un projet essentiel, passer "Noël, en famille et sans souci". Voilà voilà... Au passage, on notera les discrètes légendes en bas à gauche, avec les marques des vêtements qu'elles porte - exactement comme dans un article classique en rubrique mode, un étrange procédé que Elle a déjà utilisé pour un publi avec Volkswagen pour sa Golf, dont je parlais dans ce billet.

trois couleurs

Même dans le dernier numéro du mensuel culturel gratuit Trois Couleurs, diffusé dans la chaîne de cinémas parisiens MK2, on découvre ce publi pour CanalPlay (page de droite), dont la maquette le distingue bien peu d'un article classique (à gauche)... Même la typo de la légende en bas à droite est très proche de celle utilisée pour les fiches techniques en bas des pages des critiques de films.

14 couv' de Conde Nast aux couleurs de Windows 8

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Autre exemple intéressant, cette opération du groupe Conde Nast, signalée par Advertising Age (et un grand merci au passage à Delphine Soulas pour le repérage), presque un publi géant - même s'ils affirment que Windows n’a rien payé. 14 titres US de Conde Nast datés de décembre, dont Wired, The New Yorker, Vogue et Glamour, auront des couv' semblables aux écrans d'accueil d'appareils sous Windows 8; Une initiative de Microsoft "pour informer les lecteurs des contenus disponibles sur sa nouvelle plateforme", explique benoîtement Conde Nast à Ad Age.

Ici, on franchit un cap. Pour promouvoir à l'échelle mondiale son nouveau système d'exploitation, Microsoft va bien plus loin que la traditionnelle surcouverture publicitaire qui tend à se développer pour certains journaux. Ici, la marque s'insère dans ce qui est au coeur d'un journal, sa couverture, sa Une. Elle impose son propre design, son identité, au média.

Pour sa couv' "sponsorisée par Windows 8", Glamour pousse ici le réalisme jusqu'à mettre en scène les fonctionnalités qu'offre la page d'accueil de Windows 8 (affichage d'un tweet, de l'heure, de grandes photos...). "Les éditeurs évitent traditionnellement d'être impliqués dans les opérations publicitaires, pour montrer à leurs lecteurs qu'ils ne sont pas sous la coupe des marketeurs. Les publicités payantes fixées à la couverture des magazines doivent généralement être signalées comme publicités, selon le code de l'American Society of Magazine Editors", souligne Ad Age. Code qui n'inclut évidemment pas le cas des écrans d'accueil d'ordinateur. Une manière, pour Conde Nast, d'exploiter un vide juridique...

"Brand journalism" chez Coca Cola

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Enfin, pour finir en beauté, ce cas d'école de "brand journalism" (nous y voilà...). Coca Cola a dévoilé il y a quelques jours (merci ici @ziadmaalouf) son magazine en ligne, "Coca-Cola Journey", du nom de l’ancien magazine interne du groupe. Tel un magazine, il comporte plusieurs rubriques: l'entertainment, l’environnement, la santé, l’innovation... On y trouvera donc l’interview d’un chef cuisinier, une tribune de la vice-présidente de General Motors sur l’innovation automobile, des articles sur la lutte contre l’obésité.. Avec, sans surprise, très souvent l'évocation de marques du groupe Coke, ou des prises de position relevant d'une sorte de "healthwashing" sur des sujets trèèès sensibles pour le groupe (comme l'obésité).

Voilà. Cette fois encore, ces repérages ne sont que quelques exemples, si vous en avez d'autres à m'envoyer, n'hésitez pas... Cette série se poursuivra dans des billets ultérieurs.

mardi 13 novembre 2012

Le "conte de fées" d'Arnaud Lagardère et Jade Foret vu par la RTBF 1

Le "conte de fées très fort" promis par la RTBF1 dans sa bande-annonce a été à la hauteur des attentes. Mardi soir, la chaîne publique belge diffusait "La Belle, le Milliardaire et la Discrète", un "documentaire" mettant en scène Arnaud Lagardère, patron du groupe Lagardère et président du conseil d'administration d'EADS, et sa compagne Jade Foret, mannequin belge de 22 ans. Alors forcément, le docu en question était attendu par les médias et les internautes, qui s'étaient déjà régalés en juillet dernier avec une vidéo on ne peut plus "nature" du couple, diffusée par le quotidien LeSoir.be, et reprise aussitôt par YouTube. Laquelle avait provoqué quelques remous chez les cadres de Lagardère, comme j'en parlais alors dans ce billet...

A n'en pas douter, ils seront surpris par les extraits de ce docu de 30 minutes, qui ne devraient pas tarder à fuiter sur YouTube, avec à nouveau un effet boule de neige attendu. Pourtant, il avait présenté un semblant de mea culpa après-coup, affirmant dans Les Echos qu'il ignorait que ce clip allait être diffusé, et qu'on ne l'y "reprendrait plus".

Ici, pour ce documentaire tourné en octobre 2011 et mars 2012, on a des séquences brutes, de manière assez déstructurée, sans synopsis ni commentaire. Au téléspectateur de se faire son opinion. Avec des perles que les réalisateurs ont laissé émerger, mine de rien, dans les subtilités du montage. C'est là la marque de fabrique de l'émission-culte Strip Tease, (lointain) ancêtre un peu plus destroy de Tout ça (ne nous rendra pas le Congo), émission diffusée sur la RTBF 1, créée en 2002 par Jean Libon et Marco Lamensch (fondateurs de Strip-Tease). dans le cadre de laquelle était diffusé ce reportage.

"En Belgique, nous n'avons pas les mêmes considérations sur Arnaud Lagardère... C'est un parfait inconnu pour le grand public belge. Par contre, j'ai trouvé que l'histoire d'un mannequin qui réussit en France en étant coachée par sa maman rentrait davantage dans la ligne éditoriale de notre magazine", a expliqué à l'agence Sipa la productrice Safia Kessas. Mais c'est (bien sûr) le contraire, en creux, une vision de la vie privée du patron du groupe Lagardère que donne ce documentaire. Déjà dans le teaser diffusé auparavant par la RTBF 1, une voix gouailleuse nous racontait, "Il était une fois, la belle prénommée Jade, et son fiancée milliardaire surnommé 'Tonton Nono'. Leur amour si pur excite hélas bien des jalousies...".

Dans ce reportage se succèdent donc des scènes: Arnaud Lagardère et Jade Foret dans leur domaine à Rambouillet, où elle se voit offrir une Porsche ("Oh, quel beau cadeau! Merci mon amour"), monte à cheval, pose pour un shooting photo en robe de soirée en enlaçant Arnaud Lagardère, avant une séquence match de football en loge privée, une autre en jet privé, une autre pour l'essayage de la robe de mariée, ou encore Arnaud Lagardère qui prépare des hamburgers (avec un gros plan sur le sel Carrefour premier prix) - des gens tout à fait "ordinaires", en somme.

Plus loin, les tourtereaux comparent leurs apps météo sur leurs iPhone. Ou séquence cruelle de l'essayage de la robe de mariée, où Arnaud Lagardère doit se hisser sur les pointes de pieds pour parvenir à soulever le voile de sa future mariée. Ou encore la belle-mère (ladite "discrète" du documentaire) , légèrement vulgaire, omniprésente et inénarrable.

Car ce docu montre un étrange trio, où la mère de Jade est présente dans toutes les séquences, commentant les tenues et les coiffures de sa fille qu’elle accompagne dans tous ses déplacements, justifiant dans son langage fleuri, "Quand Arnaud a choisi Jade, il savait que Jade, c’était une famille et pas Jade toute seule", se défendant d’être "une mère maquerelle".

Simple hasard de calendrier sans doute, Arnaud Lagardère annonçait cet après-midi une probable sortie du groupe Lagardère du capital d'EADS en 2013. Ce "documentaire" creuse une fois de plus la frontière entre vie publique et vie privée, ce que l'on peut montrer ou pas, alors que la télé-réalité et les "docus-réalités" ont consacré ce style, ces dernières années. Et la généralisation de la mise en scène de la vie privée, qui ne touche plus seulement les chanteurs, stars de télé ou de cinéma, mais aussi les politiques, voire les patrons d'entreprises et capitaines d'industries... Mais comme cela perçait déjà lors de l'épisode de juillet 2011, le patron d'un des plus importants groupes cotés au CAC 40 peut-il tout se permettre en terme d'image ?

mercredi 7 novembre 2012

Twitter / Barack: les médias traditionnels dépassés

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Très exactement 327 453 tweets liés à l'élection présidentielle par minute, a décompté Twitter, lors de l'annonce de la victoire de Barack Obama, à 23h19 (5h19 à Paris). Un record. Le réseau social avait précisé, avant même l'annonce des résultats, que la présidentielle était devenue dans la soirée l'événement politique le plus tweeté de l'histoire américaine.

Et, fait sans précédent, c'est directement sur Twitter et sur Facebook que le président des Etats-Unis a annoncé sa réélection, en postant cette simple photo où il enlace sa femme, intitulée "Four more years". Et non plus sur une tribune, dans une déclaration diffusée par les chaînes de télé. Preuve que les médias sociaux se sont imposés comme les médias de l'immédiateté, et même de l'instantanéité, devant la télévision et la radio.

Un tweet qui restera probablement dans l'histoire, envoyé par Obama avant même de monter sur scène pour son discours, et bien avant de prononcer son premier discours.

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Quelques minutes auparavant, Obama indiquait déjà "This happened because of you. Thank you.", puis signait lui-même, de ses initiales, un deuxième tweet: "We're all in this together. That's how we campaigned, and that's who we are. Thank you. -bo (Nous sommes tous ensemble. C'est comme ça que nous avons fait campagne et c'est ce que nous sommes. Merci)".

La photo date du 17 août 2012, et a été prise lors d'un meeting dans dans le village d'East Davenport (Iowa). Pas grave, elle incarne à la perfection cette émotion par l'image (avec un pathos très américain) que le président veut faire passer. Son tweet de réélection aura été retweeté à près de 460 000 reprises - un record, qui en fait le "tweet" le plus populaire de tous les temps (pour l'instant !) d’après Buzzfeed, un site américain spécialisé. Barack Obama prend ainsi la place d’un message du chanteur Justin Bieber. En tout, plus de 31 millions de tweets concernant l’élection ont été postés. De même, sur Facebook, quelques heures après le post du président, plus de deux millions de personnes l'avaient "liké", en faisant la photo la plus aimée de l'histoire selon Facebook.

Il est vrai que déjà en 2008, la couverture médiatique de la campagne qui vit l’ascension de Barack Obama fut déjà marquée par l’avènement des réseaux sociaux, notamment Twitter, alors jeume média social à peine connu en France. Quatre ans plus tard, il s'est imposé au fil de la campagne, comme caisse de résonnance pour les partisans républicains et démocrates, notamment lors des trois débats télévisés entre les deux rivaux.

Mobilisation sur Reddit, appels à retweets

Les réseaux sociaux seraient-ils en train de supplanter les médias traditionnels comme relais ? Quelques jours auparavant, mardi après-midi, Barack Obama avait choisi le site Internet Reddit, réseau social très en vogue aux États-Unis, pour mobiliser les jeunes pour voter. Et il a appelé ses supporteurs tout au long de la soirée à se mobiliser - sur Twitter, les enjoignant à appeler leurs amis résidant dans des États clés (les fameux swing states) à retweeter son message s’ils font "partie de la @TeamObama".

Voire. Evidemment, les partisans républicains étaient également très actifs sur Twitter. Pourtant, les tendances sur le média social préfiguraient déjà de la victoire de Barack Obama avant même la fermeture des bureaux de vote. Sur les plus de 7 millions de tweets liés à l’élection que Twitter a comptabilisés mardi en milieu d’après-midi, 40 % évoquent Barack Obama, contre seulement 24 % pour Mitt Romney, relevait l'AFP. L’indexation mise en place par Twitter pour jauger la tonalité des messages donne 71 % de tweets positifs au président sortant depuis l’ouverture des bureaux de vote, contre 59 % pour le républicain Mitt Rowney.

Twitter, premier relais pour féliciter Barack Obama

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Forme de mise en abyme, même pour les traditionnelles et très officielles félicitations au président réélu, plusieurs personnalités politiques ont choisir eux aussi Twitter comme premier relais. Et par la même occasion, plusieurs se permettaient d'emprunter un ton très décontracté, bien plus que dans un classique communiqué compassé.

"Congratulations !", écrivait simplement e premier ministre russe Dmitri Medvedev sur son compte. "Chaleureuses félicitations à mon ami @BarackObama. Impatient de continuer à travailler ensemble", tweetait, très à l'aise, mercredi matin le premier ministre britannique David Cameron. "Heureux de l’élection du président Obama", écrivait en néerlandais puis en français le président du Conseil de l’Union européenne Herman Van Rompuy. Même le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, s'est fendu de "chaleureuses félicitations" au président Obama via Twitter.

lundi 1 octobre 2012

Y a-t-il de la place pour un Wired en France ?

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"Wired" US, octobre 2012

Le projet d'un Wired en version française a bien été dans la balance chez le groupe Conde Nast, face au projet Vanity Fair français jusque juin 2011... Mais le groupe y a renoncé, pour cause de lectorat potentiel insuffisant (20 à 25 000 lecteurs par numéro), selon des études de marché qu'il a réalisées. Voilà ce que nous a confirmé Xavier Romatet, patron de Conde Nast France, croisé samedi à la soirée Glamour. Dommage pour les geeks, même si un Vanity Fair en VF, qui sera chapeauté par Michel Denisot, et Anne Boulay rédactrice en chef, est évidemment un des projets de presse les plus excitants pour l'année 2013.

On savait que le groupe avait hésité entre les deux, avant de trancher, mais pas que cela avait duré aussi longtemps... En tous cas, c'est l'éternel fantasme des geeks, de voir le mythique magazine techno-utopiste débarquer en France, tout comme il a déjà été lancé en Grande-Bretagne en 2009 en Italie en Europe. Cela pose encore une fois la question: y a-t-il (encore) un marché, un lectorat potentiel en France pour un tel magazine ? Car 25 000 lecteurs, c'est peu... J'en avais déjà parlé dans ce billet, plusieurs mooks et magazines ont pris la relève pour couvrir les technologies et l'innovation, de Tank à Usbek & Rica, en passant par WE Demain.

On se souvient des tentatives au début des années 2000, de magazines techno-prospectifs, avec une dose d'utopie, comme Transfert et Futur(e)s, et avec une dose d'éco chez Newbiz. Tous ont finalement mis la clé sous la porte (il y a 10 ans, déjà !), après l'explosion de la bulle de la Net-économie, qui impliquait qu'il y avait moins d'annonceurs pour ce type de journaux... Et moins de lectorat, parce que les technologies avaient perdu l'attrait de la nouveauté. Pourtant, ces journaux ont innové, y compris avec des maquettes bluffantes - souvenez-vous de Newbiz et ses mots-clés surlignés.. Rien que pour le fun, je vous ai remis des extraits de Futur(e)s et Newbiz (avec un article alors signé par ma pomme ;).

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Un peu de presse vintage de 2002...

Des techs et de l’innovation sous forme d'un magazine en France : c'est risqué en effet, alors que les blogs, sites spécialisés et newsletters prolifèrent sur le sujet, et que les mooks et magazines haut de gamme permettent aux éditeurs de s'offrir des maquettes bluffantes sur le sujet... D'autant que ce thème a conquis, au fil des années, les pages éco des news grand public.

Tout juste Conde Nast France avait-il lancé un ballon d'essai l'an dernier en lançant un supplément Wired ajouté au GQ daté de décembre 2011, en print et sur son site Web, comme j'en parlais dans ce billet. Et d'après mes informations, ce serait de nouveau le cas cette année (du moins sur le site Web de GQ)...

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Mais c'est surtout au niveau de la presse quotidienne que la mue est la plus intéressante. Lointains successeurs aux cahiers tech du début des années 2000 (rappelez-vous Le Monde Interactif, Les Echos.net, devenu Echos Innovation, pour lequel j'ai longtemps pigé, etc), des pages spécialisées sont réapparues depuis ces derniers mois dans quelques quotidiens: notamment Le Monde, avec son cahier "Sciences et techno" dans son édition du samedi, et dans une certaine mesure, son cahier "Eco & entreprise" du mardi, qui aborde les thèmse de l'innovation. Libération vient aussi lui aussi de remettre le sujet au goût du jour, en publiant le lundi un cahier de 8 pages, intitulé "EcoFutur", qui aborde l'économie de l'innovation : testé en mensuel ce printemps, il est hebdo depuis la rentrée.

dimanche 23 septembre 2012

L'actu des médias, nouvel entertainment pour le grand public ?

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Cinq émissions hebdomadaires rien qu'en télévision, au moins trois en radio... En cette rentrée, on a pu voir une multiplication assez ncroyable des émissions dédiées aux médias, sans parler des rubriques médias récurrentes, et des émissions consacrées à la vie numérique, aux nouveaux médias et aux technologies. L'univers des médias, un nouvel entertainment pour le grand public ?

A première vue, rien de nouveau. Depuis plusieurs années, il y a des émissions consacrées aux médias dans les grilles de programmes en télés et radios, qui disparaissent ou sont remplacées au fil des saisons, sur des chaînes de diverses audiences. Il y a eu, sur France 5, la mythique "Arrêt sur images", qui continue d'être diffusée sur le Net. Canal+ a eu pendant plusieurs années consécutives son émission médias le samedi midi, ou encore "Pop com" dimanche après-midi. Paris Première aussi, avec "Pif paf", animée par Philippe Vandel. Mais en cette rentrée, vous n'y échapperez pas.

Rien qu'en télévision, Jean-Marc Morandini inaugure "Vous êtes en direct" sur NRJ 12, émission certes plus large que sa quotidienne, "Morandini !", elle totalement consacrée aux médias, qu'il tenait sur Direct8. Cyril Hanouna a quitté France 4, embarquant "Touche pas à mon poste" sur Direct8, avec une nouvelle formule attendue pour octobre. La chaîne d'info i>télé a lancé le 2 septembre "L'hebdo des médias", le dimanche à 11h45, animée par Matthias Gurtler, rédacteur en chef de Gala. Sur LCI, Julien Arnaud, qui assure l’interview politique quotidienne le matin, a entamé une nouvelle saison de "La Médiasphère", programmée le vendredi. Enfin, France 5 a entamé il y a 8 jours la cinquième saison de "Médias le mag", le dimanche à 12h35.

En radio, deux des principales radios ont maintenu leurs rendez-vous médias : RTL avec son émission "Les dessous de l'écran", le dimanche à 13 heures, et Europe 1 avec "Le grand direct des médias", animée tous les matins à 9 heures en semaine par Jean-Marc Morandini. Et depuis la rentrée, France Inter a confié à Sonia Devillers, ex-journaliste médias au Figaro, une émission hebdomadaire, "Le grand bain", diffusée tous les samedis à 16 heures.

Les médias et la culture numérique omniprésents dans notre quotidien

En élargissant le spectre, on constate que les médias et nouveaux médias sont devenus une thématique récurrente, nombre d'émissions ont une rubrique dédiée. Logique : cela reflète le fait que les médias, la culture numérique et les technologies sont devenus omniprésents dans notre quotidien. Dans la matinale du samedi, sur France Inter, Alexandra Hakoun a, depuis la rentrée une petite case, "Parlez-moi médias". Dans le nouveau talk-show programmé les samedi et dimanche midi sur Canal+, "Le supplément", animé par Maïtena Biraben, l'actu médias et numérique a aussi largement sa place. La semaine dernière, un sujet (très fouillé) portait sur les déconnectés volontaires, et l'animatrice recevait Julian Brugier, journaliste qui présente occasionnellement le JT sur France 2.

Les émissions consacrées à la culture numérique et aux technologies se sont elles aussi multipliées: France Culture a reconduit deux émissions hebdomadaires, l'excellente "Place de la toile", consacrée chaque samedi après-midi aux écrans et "aux différents aspects de la révolution numérique", animée par Xavier de la Porte, et "Soft Power",programmée chaque dimanche à 19h, consacrée "aux industries créatives et aux médias". Le Mouv' a reconduit son rendez-vous hebdomadaire (me semble-t-il) consacrée à la culture numérique et aux technos, dans son 7 à 9 du lundi matin. Et j'en oublie sûrement...

Certes, la presse écrite continue de traiter le sujet. Le Figaro, Les Echos, Libération, L'Express, Le Nouvel Obs, Challenges... ont depuis plusieurs années des pages consacrées à l'actu médias / high-tech (avec une rubrique Indiscrets récurrente dans les hebdos). A cela s'ajoute une série de publications (souvent des newsletters payantes) spécialisées: bien sûr l'hebdo Stratégies (mon employeur), CB News, désormais mensuel, et plusieurs newsletters spécialisées (La Correspondance de la presse, Satellifax, Tarif Media, etc). Pourtant, il faut noter la disparition du mensuel spécialisé Médias, dirigé par Robert Ménard et sa compagne Emmanuelle Duverger, qui a cessé sa parution en juin dernier.

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Quand L'Express lance sa web-émission médias

Mais plusieurs journaux cherchent une extension audiovisuelle (sur le Web) de leurs rubriques médias. Le Figaro a lancé, il y a quelques années, une déclinaison "audiovisuelle", avec "Le buzz média", une quotidienne sous forme d'interview vidéo diffusée sur son site, dont certains extraits sont repris dans les pages saumon du quotidien. L'Express a lui aussi monté, en début d'année, Immédias, une web-émission médias animée par Renaud Revel (chef du service médias, qui tient un blog éponyme), diffusée toutes les semaines sur son site.

Attirer les CSP+ et la ménagère de moins de 50 ans

Pourquoi un tel engouement des chaînes de télé et radio - et potentiellement des téléspectateurs et auditeurs - autour de l'univers des médias ? Et pourquoi se déporte-t-il à ce point dans les médias audiovisuels ? Tous ces programmes qui dévoilent les coulisses de la télévision et de de la presse écrite ont pour avantage de brasser plusieurs thèmes: séries du moment, économie des médias, évolution des pratiques journalistiques, voire people (entre animateurs et acteurs de série), et paillettes des soirées...

Et en cette rentrée 2012, l’actualité a rarement été aussi intense : rachat de Direct8 par Canal+, qui en fait une nouvelle chaîne, marché publicitaire en crise, difficultés pour la presse écrite, multiplication des chaînes TNT, incertitudes chez France Télévisions... Cette effervescence se reflète dans les émissions elles-mêmes : certaines sont arrêtées, de nouvelles s’installent et des têtes d’affiche changent de chaîne.

L'occasion de viser aussi bien les CSP+ que la fameuse ménagère de moins de 50 ans. Les CSP+, à l'évidence, soit les cadres, professions libérales et patrons, qui regardent peu la télé et écoutent peu la radio en semaine, mais un peu plus le weekend... Voilà pourquoi presque toutes ces émissions médias sont programmées le weekend. Du coup, les chaînes qui en font un outil d’information, de lobbying, une vitrine, et d'entertainment.

Car d'un côté, les chaînes ont bien compris la possibilité d'attirer ces fameuses CSP+ en parlant de l'économie des médias (coût des émissions, situation économique des journaux, etc). Grâce à ces émissions-vitrines, elles attirent du même coup l’attention des annonceurs et des agences médias susceptibles d’acheter des spots publicitaires. Il ne faut rien négliger... D'un autre côté, en révélant "la face cachée des médias que vous regardez", elles flattent le très grand public (la fameuse ménagère...), en tirant sur le côté people et paillette: avec des images de soirées de lancements, des sujets sur la vie privée d'animateurs télé...

Ainsi, certes, les nouvelles émissions médias des chaînes d'info continue (tout de même, deux d'entre elles en ont, à l’exception notable de BFM - pour l'instant ?), visent ces fameuses CSP+, avec des sujets plutôt orientés business, entre coût des programmes, parts de marché et présentateurs stars. Tout comme, dans une certaine mesure, "Médias le mag", animée par Thomas Hugues: ici, on est cependant plus dans le décryptage, avec parmi les nouveaux chroniqueurs le sociologue Jean-Louis Missika et Anthony Bellanger, ex-Courrier international, et l'analyse pédago et volontiers impertinente des techniques de com' des médias et des entreprises - un bon point en particulier pour la nouvelle rubrique "Coup de com'", qui a passé au crible cette semaine les dessous de la soirée de lancement de Direct8 (avec les fameux "éléments de langage" appris au préalable que les animateurs-stars répétaient devant les caméras ;).

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D'autres visent un public plus popu. Ce sera probablement le cas de l'émission de Cyril Hanouna sur Direct8, qui s'était imposé sur France4 avec le ton très LOL / bande de potes de son émission précédente. Jean-Marc Morandini (dont on lira le compte-rendu sardonique chez Samuel Gontier, de Télérama) ne dit pas autre chose, lorsqu'il parle au "Buzz" du Figaro [de sa nouvelle émission |http://www.lefigaro.fr/medias/2012/08/28/20004-20120828ARTFIG00544-jean-marc-morandini-invite-du-buzz-media-orange-le-figaro.php] :

NRJ12 a cette image de chaîne des 15-25 ans, or elle n'est pas que cela. Mon objectif, c'est d'aller chercher la famille, cette fameuse ménagère, les 25-45 ans, sans faire fuir les jeunes. (...) L'audience des ménagères, c'est ce qui intéresse vraiment NRJ12, de même que TF1 et M6. Or avec 2,9% de part de marché sur les ménagères, nous avons gagné plus d'un point sur les premières émissions sur cette case, par rapport au programme précédent.

dimanche 17 juin 2012

Tank, Geek le mag, Usbek & Rica, WE Demain... L'éternel mythe d'un Wired à la française

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Cela faisait un certain temps que je voulais me pencher sur ce thème, le dernier-né dans la galaxie des magazines technos à la maquette très léchée m'en donne enfin le prétexte.

Il y a quinzaine de jours, le premier numéro de la revue Tank était lancé en librairies et certains kiosques (14 euros, 150 pages). La "revue de toutes les communications" d'après son sous-titre, qui "fait jaillir une multitude de perspectives et de regards sur la société, la communication, les médias et les cultures numériques".

Au feuilletage, le contenu et à la hauteur de ce que ce claim laisse promettre: sélection de bouquins, certes plus ou moins heureuse, entre la très réussie Encyclopédie de la web culture de Diane Lisarelli, et le (tout-à-fait oubliante à mon sens) dernier opus Dominique Wolton, Indiscipline, un dossier très nourri (près de 40 pages) sur le jeu vidéo, entre points de vue sociologiques, philosophiques, business & conso (focus intéressants sur le social gaming, ou encore une start-up prometteuse dans le sillage de Rovio), un portfolio chronologique (Ah, Pacman, Tetris et Mario)...

S'ensuivent un focus sur le boycott à l'ère numérique, avec interview de Marc Drillech, auteur d'une somme sur le sujet (nous nous étions penché dessus il y a quelques mois), une enquête (assez attendue) sur le thème vertigineux "L'homme est-il soluble dans la technologie ?" (mythe du cyborg etc), un focus sur le thème "Cerveau, nouvelles technologies et publicité" (mais qui contourne pudiquement le sujet brûlant du neuromarketing... dommage), et in fine un focus sur le parcours de Tim Burton, avec un joli portfolio.

Un premier numéro prometteur donc, avec une maquette élégante, entre nombreuses illustr, quelques infographies, et de rares photos. Il faut préciser que l'équipe des fondateurs-investisseurs est un peu particulière: on retrouve derrière ce projet de gros pontes de l'univers de la publicité et de la communication. A savoir Sébastien Danet (président de Vivaki/Publicis Groupe) Olivier Covo (Brandy Sound), Bruno Fuchs (Image & Stratégie), Laurence Houdeville (Réputation VIP), Philippe Lentschener (McCann France), Bruno Paillet (Conseil & Annonceurs Associés) et Thierry Wellhoff (Wellcom).

C'est par ailleurs l'agence-conseil en communication éditoriale All Contents qui en est l'initiatrice. D'où la difficulté à qualifier cet objet: est-ce vraiment un média ? Il est en fait entre la publication professionnelle pour communicants et le mag grand public. Contrairement à XXI et autres Usbek & Rica qui ont été fondés par des journalistes, c'est ici une agence de com' éditoriale qui est derrière. Quand bien même on trouve quelques journalistes parmi les contributeurs, l'immense majorité sont philosophes, sociologues, directeur d'études en institut de sondages...

Au passage, ce mook est à ma connaissance le seul à être aussi clairement ouvert à la publicité: avec 15 pages de pub sur 150 pages, et des annonceurs essentiellement issus de l'univers de la com' (régies publicitaires, agences médias, presse écrite,, audiovisuel...), plusieurs étant proches des fondateurs ;)

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Le dernier-né, donc, dans le genre très en vogue des mooks (comprenez mag books), genre initié il y a quelques années avec brio par la revue XXI (j'en parlais ici lorsqu'elle a décroché son premier prix Albert Londres), ces livres-magazines en papier glacé et maquette très travaillée, qui ont créé un nouveau réseau de distribution : les librairies, mais auxquelles plusieurs, malins, commencent à ajouter les Relay et certains gros points presse (en fait, les kiosques disposant d'un rayon livres) - s'offrant ainsi un double réseau de distribution.

Plusieurs qui ont opté pour le format mook ont lancé des revues dédiées à l'anticipation, l'innovation, les sciences, la culture geek, les produits tech. Peut-être parce que le format du mook, avec un tarif assez élevé mais des possibilités de maquette bien plus larges qu'en presse mag classique (portfolios, infographies, dessins, superposition de photos...) est particulièrement adapté au traitement de ces thèmes. A la réserve près que ce genre très en vogue du mook a ses fragilités, dont au niveau économique (ie il inclut très de publicité): un des derniers, le mook sportif Hobo a ainsi été interrompu sur ordre du groupe Amaury, avant même la parution du numéro 2. Mais mooks, magazines diffusés en kiosques, tous ont toujours ce Graal, cet idéal, sortir enfin LE Wired à la française, magazine qui répercute depuis les années 90 les préoccupations des accros du Web et des technologies. Ce qu'ont déjà tenté, il y a une dizaine d'années, Transfert, Futur(e)s, Newbiz, Minotaure, Blast, Influx (petit aperçu dans mes archives perso)... Alors que la maison-mère, le groupe Conde Nast, non content d'avoir lancé des Wired locaux en Italie, UK... renâcle toujours à le lancer en VF.

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Un peu dans la même veine que Tank, Influencia, à la base newsletter lancée par Isabelle Musnik (ex-journaliste de CB News) a ainsi été décliné pour la première fois en luxueux mook (co-brandé par Le Figaro), vendu en librairies pour 20 euros.

Autre petit nouveau en la matière, le mook WE Demain, fondé par les frères Siegel, qui ont dirigé VSD pendant 30 ans. Sorti en librairies et en partie en kiosques en avril dernier,comme je le détaillais alors dans cet article, il se présente comme "une revue pour changer d’époque", et "accompagner l'émergence d'un nouveau monde". Après VSD qui a incarné la civilisation de l'entertainment... De quoi sera fait l’avenir… Avec donc, au menu, l’émergence de nouveaux métiers (euthanalogue, cultivateur vertical, manipulateur de climat, créateur de membres humains, courtier en pollution…), la 3e révolution vue par Jérémy Rifkin,..

On notera au passage qu'il est en train de développer un modèle publicitaire original, comme je l'évoquais dans mon article : il passera surtout par des partenariats de marque et du parrainage. Le numéro 2 de la revue, qui sortira le 11 octobre, aura ainsi un supplément, un magazine de 80 pages, We Demain Initiatives, ouvert aux marques, aux entreprises et aux institutionnels "qui partagent les mêmes valeurs que la revue", dixit ses fondateurs. Lesquelles marques pourront donc parrainer une des 8 sections de la revue (une page en ouverture de section pour expliquer ses engagements) ou acheter des espaces publicitaires réservés (2ème, 3ème et 4ème de couverture).

La revue Usbek & Rica avait déjà anticipé cette tendance, en se lançant sous forme de mook (voir mon billet à l'époque). Mais - autre preuve de la fragilité économique du modèle du mook ? - après une parenthèse au second semestre 2011, elle set revenue cette année sous forme de magazine trimestriel, vendu en kiosques pour 5 euros. Au menu pour le n°2 du magazine qui explore le futur": actu, infographie, enquête de fond (ici sur le sujet plutôt attendu de la "génération hacker"), et beaucoup d'anticipation: entre un chouette scénario futuriste ("La Seine Saint Denis en 2072"), tendance naissante ("le jour où un robot gagnera un prix Pulitzer", allusion au robot journalism), un sujet vertigineux (en rubrique Utopie) sur les débuts de la géo-ingénierie, le sportif génétiquement modifié...

Autre acteur de ce secteur de la presse à la Wired, Geek le mag. Là aussi, j'aime bien l'effort sur la maquette, les infographies et les enchaînements de photos, même si le magazine se disperse peut-être un petit peu: après l’enquête éco sur Ubisoft, les sujets d'acte (les sites de rencontres, Aca), le dossier TV connectée, les gadgets high tech, quelques pages de chroniques culture (ciné, DVD, jeux vidéos)... Puis il se clôture en beauté sur une publication exclusive d'une version comics de Batman.

Des parutions qui restent souvent limitées, relativement confidentielles (10 à 15 000 exemplaires en moyenne chacune, d'après mes informations, exceptées pour Tank et Influencia, pour lesquelles les chiffres ne sont pas encore disponibles). Elles font pourtant la différence avec la multitude de sites d'information dédiés à la high-tech côté conso et culture numérique (de 01net à Les Numériques) avec des maquettes qui tuent, et un traitement fouillé, plus proche de l'anticipation et de la prospective. Pas assez mainstream peut-être...

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