C'était un des films de science-fiction les plus attendus de l'année, réalisé par un des maîtres du genre, Ridley Scott, pour lequel c'était le premier retour à la SF depuis 1982 (année de sortie de Blade Runner), et son coup d'essai en 3D. Film d'autant plus attendu que la culture SF semblait muséifiée, en recul au cinéma ces dernières années, comme j'en parlais dans ce billet l'an dernier (repris chez Owni). Ridley Scott est donc revenu à la SF avec Prometheus, prologue (ou prequel) à la série (saga?) culte des Alien. Un film - blockbuster à gros budget, avec une véritable machine de guerre marketing, décryptée ici-20120529--14358774@207149190-20120529203749] par L'Expansion.

Un prequel - genèse, avec les premières minutes du film une genèse de la créature, de l'existence de l'homme sur Terre, qui aborde des thèmes métaphysiques classiques en science-fiction, les origines de l'homme et l'évolution de la condition humaine, autour du mythe de Prométhée, rebelle chassé de l'Olympe et condamné à se faire dévorer quotidiennement le foie par un aigle, après avoir volé le feu aux dieux au profit des humains.

Pour résumer l'histoire donc, elle se déroule dans les années 2090, soit avant l'action des Alien (le premier se passe en 2122) - donc on connaît déjà la suite, la substance. Suite à la découverte de pictogrammes formant une carte spatiale, avec un astre inconnu, un vaisseau (Prometheus) se lance à sa recherche. Avec à bord, notamment, des scientifiques idéalistes, Meredith Vickers, la blonde glacée qui pilote l'expédition (Charlize Theron), un vieil homme en quête d’immortalité (Guy Pearce), ou encore David, un majordome-androïde ambigü à souhait (Michael Fassbender). Ils vont découvrir les vestiges d’une civilisation éteinte de géants - référence au mythe de Golem - dans un univers qui n'est pas sans rappeler celui d'Enki Bilal. De fil en aiguille, Ridley Scott raccorde plutôt habilement son récit à la suite annoncée des Alien.

Je passe sur l'accueil mitigé qu'a reçu ce film, tant à cause des faiblesses du scénario que le côté trop "blockbuster" du film, et des personnages trop peu épais, bien loin de la subtilité dont Ridley Scott a fait preuve dans ses films précédents, comme Blade Runner.

Robot teinté d'humanité

Pourtant, le film accomplit presque sa mission, en effleurant les classiques propres à la science-fiction, entre métaphysique, questionnements sur le genre humain et sur ses excès. Son personnage le plus intéressant est sans doute le robot androïde, complexe, trouble, qui a des soupçons d'humanité: il use de la ruse, du double jeu (on découvrira plus tard dans le film qui est son véritable commanditaire), et de l'ambiguïté sur son statut. Lorsqu’il dit à la scientifique (Naomi Rapace) "Parfois, on aimerait tuer son créateur" et qu'il aura sans doute "sa liberté" suite à l'expédition, toute l'ambiguïté est là. Il semble presque vouloir ressembler à ses créateurs. Il cherche même à négocier, à la fin du film, pour de ruse dans le film pour sauver sa peau (comme le ferait un humain...), demandant par exemple à l'une des protagonistes de la secourir, en lui promettant en échange de lui trouver un vaisseau sur la planète. Troublante aussi, cette scène, ou David se regarde dans un miroir et se recoiffe - comme le ferait machinalement un humain...

Un véritable personnage qui aurait un caractère presque... humain, lointain cousin du non moins complexe Répliquant Roy de Blade Runner (séquence piquée dans ce billet chez Jean-Christophe Féraud).

Foisonnement d'écrans, mise en abyme de l'image

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Dans des décors époustouflants créés par l'artiste suisse H.R. Giger (il a déjà travaillé sur Alien), qui encore une fois, me rappellent l'univers visuel d'Enki Bilal, un de mes auteurs préférés de BD de science-fiction, on est dans des paysages lunaires, aux couleurs sombres et froides, et quelques éléments lumineux, tels cette multitude d'écrans et d'hologrammes.

Surtout, Ridley Scott s'essaie donc à la 3D. Il en use avec parcimonie, sans abuser des effets de relief à répétition sur les premiers plans. La 3D est utilisée de manière naturelle et discrète, tout pour juste pour quelques effets de relief en avant-plan de certaines scènes, ou pour ces fascinantes séquences de fantômes entourés d'une bruine, qui semble nous arriver sur le visage durant le film.

Et, dans un vertigineux exercice de mise en abîme, le cinéaste met en scène les écrans du futur. Comme dans tout film d'anticipation, il part de nouvelles formes d'usage pour imaginer comment les technologies se seront installées dans notre quotidien. Et il s'amuse donc à mettre en scène un foisonnement d'écrans, omniprésents dans chaque plan : on retrouve bien sûr les hologrammes, des classiques de la SF depuis La guerre des étoiles... Des hologrammes qui lui permettent de mettre en scène des écosystèmes complexes de planètes en 4D, ou encore des hologrammes que les personnages peuvent activer instantanément, par exemple à partir d'une tablette tactile, ou encore d'un surprenant Rubik's cube futuriste.

On y voit aussi les personnages utiliser des tablettes tactiles basées sur des supports translucides, ou encore afficher des écrans virtuels grand format. Même la très "robotique" Meredith Vickers a un écran virtuel géant au fond de son appartement, sur lequel elle alterne différents "fonds d'écrans", comme un champ de blé. Une mise en abyme aussi, lorsque David, dont on découvrira ensuite qu'il est androïde, fait défiler les images de la mémoire d'un personnage "endormi" en cryogénisation - des images aux couleurs passées, qui semblent s'afficher sur un vieux téléviseur.