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Le 6 février à 15h45 heure locale (21h45 en France), la fusée la Falcon Heavy d’Elon Musk s'est propulsée dans l'espace pour la première fois, devenant la fusée la plus puissante depuis la Saturn V qui envoya des Américains sur la Lune. Cap sur une orbite héliocentrique (autour du soleil) proche de Mars. Et, à terme, Mars, la Planète rouge.

Le dernier rêve d'Elon Musk, entrepreneur-ingénieur-milliardaire d'origine africaine, fondateur de Tesla et de SpaceX, est ainsi devenu réalité. Dans un art consommé de la com', il avait soigné la mise en scène, prenant soin de charger dans la Falcon Heavy sa voiture personnelle, une Tesla rouge (sa propre marque de voiture électrique. "Conduite" par un mannequin en combinaison spatiale baptisé Starman, au son de la chanson Space Oddity de David Bowie, il devrait graviter autour de Mars pour... quelques millions d’années. Grand prince, ce communicant-né a pris soin de retransmettre en direct le show le décollage sur YouTube, et de fournir gracieusement les images aux médias.

Mission accomplie, à priori. Et un (nouveau) grand pas pour l'humanité. Fort du support technologique (et financier) de la Nasa, "Elon Musk veut faire de Falcon Heavy un véritable taxi de l’espace à destination de la Station spatiale internationale, de la Lune et de Mars", rappelait Libération. Le tout avec un tarif annoncé record, 90 millions de dollars pour ses futurs lancements commerciaux, soit bien moins que les 100 millions pour Ariane 5. Et que les tirs à 350 millions de dollars du Delta IV Heavy d’United Launch Alliance… Donc, le nouveau conquistador de l'Espace casse les prix. Tout comme un autre gourou de la tech, Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, qui s'apprête à lui aussi dégoupiller son lanceur, la fusée New Glenn, via sa firme ad hoc, Blue Origin.

La Silicon Valley de l'exploration de l'espace

Des entrepreneurs de la tech un peu déjantés, à la conquête de l'espace, pour des prix record... Bienvenue dans la nouvelle course à la conquête de l'espace. Et ce n'est plus un Etat qui a la main-mise sur cela, comme, naguère, durant la Guerre Froide, mais des milliardaires. Bienvenue dans la nouvelle course à la conquête de l'espace. Dans cette vidéo qui résume bien la chose, The Economist va droit aux faits: puisque les gouvernements les plus puissants n'en n'ont plus les moyens, ayant réduit au fil des années leurs budgets consacrés à l'exploration spatiale, ce sont des entrepreneurs qui se battent maintenant pour conquérir et exploiter la nouvelle frontière finale: l'espace.

Va-t-on vers une privatisation de l'espace? La question est vertigineuse, comme la pose déjà ce billet. Par un curieux concours de circonstances, quelques jours après le décollage réussi de la fusée d'Elon Musk, ce 11 février, le Washington Post révélait que une note de la NASA, selon laquelle l'administration Trump s'apprête à privatiser d'ici 2025 la Space Station spatiale internationale.

Fin d'un Bien commun ?

D'ailleurs, Scott Pace, directeur exécutif du Conseil national de l'espace, a tenu ces propos révélateurs devant la presse: "Nous le répétons à nouveau: l’espace n’est pas un bien commun global “global commons”, ce n’est pas le patrimoine commun de l’humanité (...). Ces concepts ne figurent pas dans le traité international sur l’espace et les États-Unis ont constamment répété que ces idées ne correspondent pas au statut juridique réel de l’espace." Voilà qui a le mérite d'être clair.

Déjà depuis quelques années, une poignée de firmes s'intéressent de près à l'espace, qui fut par le passé un des terrains de jeu privilégiés des gouvernements (cf la Guerre Froide) pour démontrer leur toute-puissance technologique - et diplomatique. L'espace fut pendant longtemps considéré comme un Bien commun par excellence, librement exploitable par tous, mais ce principe est progressivement grignoté. Comme rappelé dans ce billet, il était protégé par le Traité de l'Espace de 1967, qui fixait des règles de non-revendication de souveraineté nationale sur l’espace. Aujourd'hui, "Des propositions existent pour mettre en place une structure de gouvernance similaire pour les ressources spatiales, associant des États, des universités, des entreprises et des ONG." Déjà trop tard?

Le premier coup de canif conséquent fut apporté par les États-Unis, sous l'administration Obama, qui ont adopté en 2015 d’un Space Act. Ce qui n'avait pas manqué d'inquiéter la communauté scientifique. Puisque il donne aux entreprises capables d’envoyer des engins dans l’espace, comme SpaceX, un titre juridique de propriété sur les ressources qu’elles pourront en extraire. Dans la foulée, Les Émirats arabes unis, puis le Luxembourg, ont adopté une législation permettant d’accorder des permis d’extraction dans l’espace.

Depuis, des start-ups voient des opportunités dans le tourisme spatial, les mines d'astéroïdes, et la colonisation de la lune. Déjà plus de 800 firmes participent à cette ruée vers l'or à l''ère de l'espace. Telle Axiom Space, détenue par Michael T. Suffredini , un ancien de la NASA, qui a levé 3 millions de dollars pour créer une station spatiale commerciale. Ou encore Bigelow Space, société fondée par Robert Bigelow, un milliardaire excentrique de Las Vegas. Citons aussi, dans la série de pépites du New Space relevées par Challenges, Made in Space, Rocket Lab, le petit SpaceX, Planet...

Déjà le désert caillouteux de Mojave, qui s'étend sur les Etats de Californie, Nevada et Arizona, s'est imposé comme le premier port commercial américain de l'espace. À l'entrée de la ville, un panneau accueille le visiteur: "Les portes de l'espace". Son espace aérien restreint est idéal pour tester des nouveaux produits, étant totalement dédié aux tests. Cette jeune industrie de l'espace devrait générer 600 milliards de dollars en 2030. Le nouvel or noir.