Cela ne vous aura pas échappé, depuis quelques semaines, les médias en ligne et presse papier bruissent de mille rumeurs, quant au grand virage qu'ils pourraient amorcer : le passage au payant. Ou, plus précisément, faire payer certains contenus "à haute valeur ajoutée" accessibles sur leur site Internet. Même Rupert Murdoch annonçait, en pleine torpeur estivale, son intention de faire payer l’accès aux contenus en ligne des sites d’information de son groupe News Corporation, comme le révélait ''Business Week''.

La crise économique aidant, avec la baisse des revenus publicitaires des journaux (et des sites web), la difficulté à rentabiliser leurs sites web, le débat, récurrent au début des années 2000, refait surface. Faut-il passer à un modèle économique payant ? Et si oui, pour quels contenus ?

Libération a amorcé son virage lundi 7 septembre, Le Figaro s'y prépare pour ces prochains jours, cela ne saurait tarder pour le site web de L'Express... Le groupe Marie-Claire, propriétaire de 13 magazines (qui disposent tous d'un site web), vient de mettre en ligne sa très sélecte "Revue des vins de France" , basée sur un business model mi-gratuit mi-payant. Les actus, les reportages sur les vignobles... En revanche, la notation et les prix des 50 000 ou 60 000 vins de la base de données sont, elle, disponibles sur abonnement. Ce sont donc les infos considérées comme à haute valeur ajoutée qui sont payante.

Contenus "à haute valeur ajoutée

Problème : quels contenus sont considérés comme étant 'à haute valeur ajoutée' ? Des indiscrets ? Des coulisses ? Des reportages haut de gamme ? Des sommaires et articles en preview avant publication print ? Tous les groupes phosphorent sur cela. Difficile, à une époque où le grand public a, précisément, pris l'habitude d'accéder à de l'info gratuite, avec les quotidiens gratuits et les sites d'informations.

Un des secteurs considérés comme les plus prometteurs est celui de l'information économique et financière, un des rares où le lectorat (CSP ++, en l'occurrence décideurs etc) est encore prêt à payer pour accéder à une info quasi-exclusive. A titre d'exemple, dans le journal où je travaille actuellement, L'Entreprise (où je planche notamment sur le développement de nouveaux formats pour le site L'Entreprise.com), on peut tout çà fait imaginer de proposer en accès payant des coulisses d'entreprises en diaporamas ou en vidéos. Ou encore l'accès à des scoops, comme cette interview de Jean-Louis Gassée, qui y annonce le lancement d'un fonds d'investissement pour les start-ups françaises dans la Silicon Valley.

Wansquare

Et de fait, en prélude à la nouvelle version mixte de son site, le 1er septembre, Le Figaro a lancé son nouveau site d'information économique adapté aux téléphones mobiles. Wansquare, lancé en association avec trois journalistes, est un site bilingue (français et anglais) d'infos économiques et financières. Sa particularité : il est donc payant (abonneemnt à 100 € par mois), et... conçu pour être essentiellement reçu sur les smartphones, Blackberry et autres iPhones en tête. Son format est très largement inspiré de Breakingnews, l'un des pionniers dans ce domaine, qui donne sans doute quelques idées à ses confrères avec ses … 15 000 abonnés. Lequel Breakingnews fournit des contenus au Monde (papier), et sur lequel l'agence Reuters a des vues.

…Et ce n'est pas fini. Le 1er octobre, ce sont Les Echos qui nourriront les mobiles, avec le lancement du site "Le Crible.fr" (du nom de sa fameuse chronique publiée chaque jour en quatrième de couv', sur l'état des marchés boursiers), "nouveau service éditorial premium" à destination des dirigeants, lui aussi sur smartphones.

Du mobile, du payant, de l'exclu, de la haute valeur ajoutée... Fuite en avant ou exploitation d'un créneau prometteur (après tout, des millions de Français ont un Blackberry, un iPhone ou un Nokia N97), cela reste à voir...