emojismall.jpg

_D_'ici cet été, l'arrivée d'une douzaine de nouveaux émojis aura un impact énorme sur un pan de la pop-culture. Une nouveauté dans ce "phone art" minuscule, mais qui montre que l'usage de ces minuscules figurines se mondialise - tout comme les smartphones, leur principal média. La décision a été prise "par un petit groupe de personnes dont vous n'avez jamais entendu parler", narrait récemment Gawker. Nom de code: Unicode, un trÚs sérieux consortium international technique. Imaginez : c'est ce petit groupe qui sélectionne et valide méticuleusement chaque émoji, chaque nouvelle figurine virtuelle, chaque personnage (comme le montre ce rapport technique non moins sérieux). Car cette étrange assemblée ésotérique est responsable de toutes les lettres et caractÚres que vous voyez et utilisez sur vos écrans. C'est elle aussi, ces derniÚres années, qui a été submergée par la brutale popularité des émojis.

Les émojis, ce sont ces petites figurines de dessins animés, qui traduisent un mot, un sentiment, en une image, un picto. La nouvelle grammaire de appareils mobiles et des objets connectés de demain ? AprÚs tout, les écrans des Apple Watch et autres montres connectées, trop petits, poruront recevoir surtout des SMS, notifications et autres micro-messsages... Les émojis y seront donc les stars, d'aprÚs Venture Beat.

Les Ă©mojis, dignes hĂ©ritiers des "badges «Acid»"😄 du dĂ©but des annĂ©es 80, emblĂšmes de l'acide house, un genre de musique Ă©lectronique dĂ©rivĂ© de la house, qui prĂ©figurait la techno au dĂ©but des annĂ©es 80.

Rock to the beat. Aciiid, ecstasy ! Petit souvenir d'un tube 80s qui a fait polĂ©mique Ă  l’époque

Puis sont venus les "smileys" apparus avec les débuts d'internet à la fin des années 90, entre :-) cÎté mainstream et :) pour la version initiés ;) Puis ces figurines jaunes se sont développées sur les premiÚres messageries instantanées, telles ICQ et MSN.

emoji01.gif

Emojis ç””æ–‡ć­—

line-emoji.jpg

Quelques Ă©mojis-stars chez Line

Les Ă©moticĂŽnes (Ă©mojis en japonais, donc) sont nĂ©s au Japon, fidĂšles reflets de la culture japonaise. Certains sont d'ailleurs trĂšs spĂ©cifiques Ă  la culture japonaise, comme un homme se prosternant pour s'excuser, une fleur blanche đŸŒŸ signifiant un "travail scolaire brillant", ou encore un groupe d'emoji reprĂ©sentant de la nourriture typique : nouilles ramen, dango, sushis. 🍙 🍜 đŸ± 🍡 Les principaux opĂ©rateurs japonais, NTT DoCoMo et SoftBank Mobile (ex-Vodafone), ont chacun dĂ©fini leur propre variante des emoji dĂšs 1999. Line, une des applis mobiles de chat qui cartonnent au Japon, doit une partie de son succĂšs Ă  ses Ă©mojis, permettant Ă  ses utilisateurs d’acheter et envoyer des "stickers" customisĂ©s (personnages, animaux, etc.) pour accompagner chaque message.

En 2007, c'est bien afin d'Ă©tendre son influence au Japon et en Asie que Google s’est associĂ© avec l’une de ces trois entreprises pour intĂ©grer les emojis dans Gmail. Il a alors dĂ©cidĂ© d’uniformiser la liste des Ă©moticĂŽnes. Preuve de la mondialisation de ce phĂ©nomĂšne, les Ă©mojis ont commencĂ© Ă  reflĂ©ter les influences culturelles: amĂ©ricaine 🍔 française đŸ·

FullSizeRender__.jpg

Partout dans le monde, ils se sont dĂ©veloppĂ©s sur les smartphones et ordinateurs, et ont mĂȘme commencĂ© Ă  envahir les SMS, mails, statuts sur Facebook ou Twitter... Et mĂȘme les Ă©crans du notre bonne vieille tĂ©lĂ©, dans des Ă©missions qui se veulent branchĂ©es ;)

Les Ă©mojis rĂ©sument en une image un mot, une expression, mais sont mĂȘme utilisĂ©s pour des ruptures, engueulades, crimes, baisers Ă  distance 😘, dans des millions de conversations partout dans le monde. Pour une gĂ©nĂ©ration entiĂšre, il est difficile d'imaginer une conversation numĂ©rique dans ces figurines de dessin animĂ©. Ils sont devenus une langue vernaculaire pour smartphones.

L'intĂ©gration de nouveaux Ă©mois dans le prĂ©cieux alphabet Unicode commence mĂȘme Ă  susciter d'intenses dĂ©bats de sociĂ©tĂ©. Mais qui montre aussi que ces pictos ont quittĂ© la sphĂšre du LOL pour que les institutions soient dĂ©sormais obligĂ©es de les prendre au sĂ©rieux, les consacrant comme un langage Ă  part entiĂšre. Chez Unicode, on commence Ă  ĂȘtre dĂ©passĂ©s par ces millions de consommateurs qui utilisent ce langage vernaculaire pour smartphone.

Emojis ethniques

Imaginez : c'est bien parce qu'il commençait Ă  ĂȘtre taxĂ© de racisme qu'Apple a acceptĂ© d'introduire, d'ici cet Ă©tĂ©, des Ă©mojis ethniques dans sa prochaine mise Ă  jour de iOS 8.3.👳 👩 đŸ‘© 💂 Un acte politique fort. Preuve que les Ă©mojis deviennent une langue vernaculaire, une grammaire, un vocalubaire.

Une pétition en ligne appelait Apple à agir davantage pour la diversité sur ses icÎnes. De nombreux graphistes ont d'ailleurs créé leurs propre emojis, pour représenter des personnes noires ou de la communauté homosexuelles. Mais ces icÎnes n'étaient pas intégrées à la «norme» Unicode, trÚs rigide.

Il serait temps: l'iPhone - et le smartphone - ne sont plus l'apanage des seuls WASP et "white collars". La diversitĂ© des mobinautes se devait d'ĂȘtre reflĂ©tĂ©e dans la diversitĂ© ethnique des Ă©moticĂŽnes. Avec l'arrivĂ©e fulgurante de constructeurs de smartphones low cost, tels ZTE, Huawei, Nokia et Samsung, ceux-ci commencent Ă  irriguer nombre de pays en dĂ©veloppement. Des pays oĂč les mĂ©nages ne possĂšdent pas d'ordinateurs, ce smartphone Ă©tant ainsi le premier appareil connectĂ© pour la famille.

Dans la mĂȘme veine, la Toile a Ă©tĂ© agitĂ©e, ces derniers jours, par la nĂ©cessaire intĂ©gration des roux dans le langage Emoji. Une pĂ©tition vient d'ĂȘtre lancĂ©e sur Change.org par Ginger Parrot, un site d'actualitĂ© qui consacre ses pages Ă  promouvoir la rousseur.

A l'inverse, trop dĂ©licat de reprĂ©senter par un Ă©moji le sentiment de "se sentir gros". Alors que Facebook s'est lui aussi emparĂ© du phĂ©nomĂšne en proposant ses propres Ă©mojis (il y est dĂ©sormais possible d’afficher son "humeur" Ă  cĂŽtĂ© d’un post, pour traduire au mieux son Ă©tat d’esprit ou ce que l’on est en train de faire), parmi sa palette d’humeurs, l’une d’elles a suscitĂ© la polĂ©mique. Elle reprĂ©sentait le sentiment de "se sentir gros" par un Ă©moji affublĂ© d’un double menton. Les sentinelles de la Toile ont pris le sujet Ă  bras-le-corps et publiĂ© des photos sur lesquelles elles mentionnaient que "Gros n’est pas un sentiment". Face Ă  la pression populaire et une pĂ©tition en ligne (encore !) de 16 000 signatures, Facebook a abdiquĂ© et retirĂ© ce statut, admettant "que l’inscription «Feeling fat» comme option de statut pouvait renforcer l’image nĂ©gative de son corps".

L'Ă©moticĂŽne caca đŸ’© (oui, oui) a lui aussi fait dĂ©bat : trĂšs populaire sur les messageries du Japon et d’abord incompris par les AmĂ©ricains. PopularisĂ© au Japon par la diffusion de la bande dessinĂ©e Dr Slump, dans les annĂ©es 1980, il y a pris un sens humoristique, alors que les AmĂ©ricains ont longtemps pincĂ© le nez, raconte Fast Company.

Langue vernaculaire et institutionnalisée

Mais assurĂ©ment donc, les Ă©mojis s'institutionnalisent. En fĂ©vrier, la ministre des Affaires Ă©trangĂšres australienne a accordĂ© une interview politique au site Buzzfeed en rĂ©pondant... uniquement par Ă©mojis ("Que pensez-vous de Poutine? 😣 ").

Les Ă©moticĂŽnes sont mĂȘme pris en compte dans des dĂ©cisions de justice. Cet ado amĂ©ricain a Ă©tĂ© arrĂȘte par la police en janvier pour avoir - entre autres - publiĂ© l'Ă©motionne policier suivi de celui du flingue ( 👼 đŸ”«)

Le rĂ©cent procĂšs de Ross W. Ulbricht, fondateur prĂ©sumĂ© de Silk Road (le marchĂ© noir du Net) est un autre exemple. Un smiley, prĂ©sent Ă  la fin d’un message de l’accusĂ©, y a jouĂ© les invitĂ©s surprise. Son avocat s’en est saisi pour relever l’omission qui en avait Ă©tĂ© faite lors de la lecture, par le procureur, d’une conversation de son client sur le chat. Un oubli effectivement fĂącheux qui incita le juge Ă  ordonner au jury de prendre dorĂ©navant note de tous les symboles prĂ©sents dans les messages de l’accusĂ©. Une premiĂšre dans l’histoire judiciaire, qui pose une question importante, relative au contenu de la communication textuelle.