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vendredi 29 décembre 2017

L'info vidéo, format journalistique de l'année 2018

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Et voilà, 2018, nous y sommes... Bonne année 2018 donc, chers lectrices et lecteurs, que je vous souhaite pleine de bonheur, douceur, curiosité, et d'innovations ! Plus de 10 ans que vous me lisez sur ce blog (pourtant parfois laissé en jachère), donc merci à vous ! En cette nouvelle année, il y a ce phénomène qui irrigue de plus en plus les sites d'actualité.

Des vidéos brèves, de 2 minutes 30 en moyenne, un montage resserré, parfois syncopé, des sous-titres, des citations écrites en exergue, et des phrases pédagos en surtitre... Impossible d'y échapper: tous les médias en ligne adoptent à tour de rôle l'info vidéo, ces vidéos nouvelle génération en format court. Il a ses codes d'écriture, un ton qui lui est propre, et c'est peut-être une des nouveaux formats d'info en vogue. Depuis une dizaine d'années, le journalisme web s'est enrichi de nouveaux formats, parfois tombés en désuétude. Rappelez-vous, il y a eu la grande époque du live comme format journalistique, consacré par des rédactions web en 2008-2010, qui consistait à relater et commenter en direct un événement, pour créer une sorte de fil d'actualité. Dans un autre genre, côté image, il y a eu la grande époque du webdocumentaire, ce documentaire photo et/ou vidéo enrichi de sons, de légendes, et d'une structure chronologique.

L'info vidéo, format journalistique

Maintenant, tous les médias en ligne adoptent différents formats vidéos. Et voici donc venue l'info vidéo, ces vidéos en format court, au rythme incisif. Qui, cela tombe bien, sont calibrées pour être diffusées - et partagées - sur les réseaux sociaux. Cette nouvelle écriture journalistique est portée par une nuée de nouveaux médias d'actu, des start-up qui embauchent, ouvrent des bureaux à l'étranger, et pour certaines, commencent à lever des fonds autour de leurs projets. Leur point commun: tous ces nouveaux médias utilisent les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) et YouTube comme relais principal de leurs vidéos. Et donc l'audience intrinsèque puissante de ces réseaux, comme les 26 millions (§) de Français qui se rendent chaque jour sur Facebook. Et en priorité les millennials (15-25 ans), qui utilisent en priorité les réseaux sociaux pour s’informer. Et qui sont une cible privilégiée pour les annonceur

Ce phénomène m'a d'autant plus interpelée, il y a quelques jours, lorsque j'ai consacré ce papier-bilan au média Brut, qui fête bientôt sa première année d'activité. Ses cofondateurs sont des vieux briscards de l'audiovisuel old school, comme Renaud Le Van Kim (célèbre producteur du Grand Journal de Canal de la belle époque), Laurent Lucas (ancien rédacteur en chef du Petit journal), et Guillaume Lacroix (cofondateur du Studio Bagel). Très communicants, ils l'affirment, ils sont sur le point de boucler une levée de fonds de 10 millions d'euros; et comptent 1 milliard de vidéos vues en un an d'existence. Alors qu'ils lancent leur activité aux Etats-Unis, et bientôt avec une déclinaison en Inde.

D'autres jeunes médias spécialisés dans l'info vidéo leur ont emboîté le pas. Explicite, créé en janvier 2017 par de anciens d'iTélé, TF1 One, créé par TF1 en mars, Monkey, lancé en novembre par Emmanuel Chain (fondateur, par le passé, de Capital sur M6), via sa société de production Elephant. En janvier, ce sera Loopsider qui sera lancé. Un projet porté, entre autres, par Johan Hufnagel, l'ancien numéro deux de Libération.

Mais, sur les timelines (fils d'actualité) encombrés des internautes, encore faut-il savoir faire la différence. Et retenir l'attention d'un internaute ultra-sollicité. Alors, chacun essaie de s'imposer avec sa ligne éditoriale, ses astuces. Brut a imposé un style incisif, voire engagé, avec une pointe d'humour, en brassant des sujets divers (actualité internationale, sport, société), de "Trois raisons de manger moins de viande" aux composants toxiques des smartphones. TF1 One, quant à lui, joue plutôt sur l'info positive, avec un ton parfois léger, des références à la culture pop et la culture geek,, grâce à l’association de TF1 avec son partenaire djeuns MinuteBuzz. Monkey promet des vidéos de décryptage en trois minutes.

De leur côté, les acteurs traditionnels de la presse - voire du petit écran - gardent un œil sur ces innovations en provenance du web. TF1, réactif, s'est déjà lancé sur ce format de la l'info vidéo via TF1 One. Les grands tide presse, déjà dotés de rédactions web puissantes, comptant parfois plusieurs dizaines de journalistes web, ont déjà pris le pli. Le Figaro, sur sa page Actualité en vidéo. Il y privilégie d’ailleurs les actualités qui buzzent sur le web. Le Monde, qui a déjà poussé jusqu'à structurer sa page Vidéos en plusieurs parties, entre ses émissions, sa revue du web, des éclairages, et des reportages. A suivre...

dimanche 9 octobre 2011

Dalibor Frioux imagine l'ère de l'après-pétrole

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Les premières pages sont brutes de décoffrage. Dans un long prologue très cinématographique, il plante le décor: une série d'attentats au port de Rotterdam, dans le Golfe, aux héliports de Sao Paulo, aux centres commerciaux de Shanghai. Durant 450 pages, dans un récit dense et complexe, Dalibor Frioux nous raconte une Norvège au milieu du XXIème siècle, et nous dresse le portrait de l'ère de l'après-pétrole. Un livre paru peu après le massacre d’Utoeya, qui remettait en cause l'image de pays de Cocagne de la Norvège. Un contrechoc d'actualité qui n’apportait que plus de gravité au récit de Frioux.

C'est un des romans les plus remarqués en cette rentrée littéraire, en lice pour les Prix Médicis et Renaudot. J'en au la chance de rencontrer récemment son auteur, Dalibor Frioux, 42 ans, discret professeur de philosophie, qui signe là son premier roman, et renouvelle le genre du récit d'anticipation. Lorsque nous le rencontrons avec une collègue, dans un café Place de la Madeleine, au fil de l'interview, on sent que ça turbine: il faut s'accrocher pour prendre des notes à toute vitesse, dans une démonstration avant tout géopolitique et philosophique, mâtinée d'une froide lucidité. C'est là tout l'intérêt de son livre, Brut (ed. Seuil) - et ce qui m'a donné envie d'en parler ici. Dérivé lointain des récits de science-fiction et d'anticipation, genre cinématographique (en quête de renouveau, comme j'en parlais ici), et genre littéraire sur lequel peu de romans ont été remarqués ces derniers mois - il faudrait citer le très bon Google Démocratie (allez lire cette chronique destroy chez Jean-Christophe Féraud) de David Angevin et Laurent Alexandre (ed. Naïve). L'anticipation et la science-fiction ont rarement eu droit de cité dans les romans médiatisés en période de rentrée littéraire.

"Anticipation politique"

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Frioux revendique un "récit d'anticipation politique""tout repose sur le pétrole: la démocratie, le fragile idéal d'égalité sociale". Le récit est radical mais terriblement réaliste. Ici, l'idée n'est pas d'imaginer l'avenir, de raconter ce que sera le futur dans 30 ans, mais bel et bien de parler du présent. Le double attentat meurtrier d'Oslo l'illustrait presque.

Bienvenue donc, dans une Norvège du milieu du XXIe siècle. Elle a exploité au mieux sa situation géopolitique, à l'écart des grands continents minés par la pollution et la violence. Elle est devenue un des deux seuls pays au monde disposant de la précieuse manne, des exploitations pétrolières. Elle pense avoir trouvé la formule du bonheur: démocratie exemplaire, nature grandiose et pétrole de la mer du Nord, le royaume a conçu un fonds éthique où sont placés les milliards de la manne sous-marine.

Un système qui va se gripper par la suite... A quelques mois des élections, l’ex- mannequin Katrin jouit (presque) sans entraves de ce paradis, le constructeur de barrages Kurt Jensen intrigue pour entrer au comité remettant le Nobel de la Paix, tandis que Henryk cherche à concilier argent et vertu. Mais au fil du récit, le système se grippe : des jeunes meurent mystérieusement, les populistes xénophobes dressent un mur au cœur des forêts et promettent de rendre l’argent au peuple.

Un récit d'anticipation politique, donc, qui prend scène en Norvège, pays où l'auteur n'a jamais mis les pieds, mais une démocratie vertueuse, presque utopique, qui semblait un bon terrain pour son récit: "un petit pays aux principes éthiques rigoureux, un des seuls à ne pas être endetté... Mais où l'extrême droite pointe déjà", précise-t-il.

"Société du commentaire" qui l'emporte sur la hiérarchie de l'info par les médias

Cette fiction engagée ne met donc pas en scène un futur imaginaire: une manière de de casser les codes du récit d'anticipation classique. ici, pas de voitures futuristes, ou de fusées, ou de nouveaux écrans mis en scène. La seule fantaisie que s'autorise l'auteur est d'imaginer le successeur de l'iPhone, le M Phone, et cette étrange application qui permet de remplacer les têtes des acteurs par la sienne dans un film - consécration du narcissisme absolu.

Autre digression qu'il s'offre, celle sur la perte de pouvoir des médias. Il imagine ainsi comment sera traité un fait d'actualité, ici l'échec du projet d'agriculture humanitaire SavannahOrg : une information devient LE fait d'actualité une fois qu'elle atteint la tête du classement du site WorldFans.org, "et donc la Une des journaux et les premiers rangs des flashs audio". Sur ce site, les internautes votent du monde entier pour telle ou telle information. Eux, et non plus les journalistes, décident désormais de la hiérarchisation de l'information. Et bien sûr, cette hiérarchie varie selon les heures où les internautes sont réveillé: aux Etats-Unis, Japon, Europe, Inde... WorldFans.org, site coté en Bourse, permet "une évaluation démocratique, directe, dictant les vrais intérêts des internautes à tous les autres médias", explique le narrateur, faussement naïf. Ce qui reflète déjà "une société du commentaire, où chacun est légitime à s'exprimer sur les réseaux sociaux et les blogs", nous explique-t-il. Une anticipation glaçante.

"Ébriété énergétique", fin de l'abondance pour tous

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Car ce roman vise à poser une question (encore) taboue mais qui fait l'unanimité: la fin annoncée de l'or noir. L'auteur a planché sur des manuels d'études pétrolières, sur les techniques de forage offshore. "Il y a un consensus autour de la disparition du pétrole: des assurances, telle la Lloyd's, du ministère américain de la Défense, du groupe de patrons britanniques dirigé par Richard Bronson, Christophe de Margerie l'affirme lui-même dans ses discours en anglais", souligne Dalibor Frioux.

Il imagine donc ce que sera une société sans pétrole. Dans sa fiction, la Norvège est autosuffisante grâce à l’hydroélectricité. "Notre société est basée sur une abondance des ressources énergétiques. Il y a un volet écologique. Mais le sujet est aussi tabou pour des raisons géopolitiques: ce sera la fin d’une promesse politique fondée sur le pétrole, celle de l’abondance pour tous, du voyage pour tous, du pouvoir d’achat. La société fondée sur le suréquipement va s’effondrer. L'égalité ne pourra plus être un idéal concret", prédit Dalibor Frioux. La rareté créera une société des privilèges, l’égalité et la mobilité deviendront un luxe.