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dimanche 12 octobre 2014

Faut-il enseigner le code - et les "humanités numériques" - à l'école ?

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Et si on créait une nouvelle filière au lycée, clôturée par un baccalauréat général, baptisé "Humanités numériques" ? C'est La proposition la plus rentre-dedans du Conseil national du numérique (CNN), dans son rapport sur l'école de demain, avec à la clé 40 mesures "pour bâtir une école créative et juste dans un monde numérique", un mois après l'annonce par François Hollande d'un "grand plan numérique pour l'école", qu'il a promis pour la rentrée 2016.

Cela ne vous aura pas échappé : depuis quelques mois, le débat quant à l'enseignement du code informatique dès l'école, entre nouvelle écriture à part entière ou simple élément de culture informatique, fait rage. Même en entreprises, de Orange à La Poste, ou en agences de pub, on commence à monter ateliers et formations pour marketeux, cadres sup', voire membres du ComEx', au moins pour les sensibiliser au code, ce code-source qui est la colonne vertébrale de tout site, logiciel ou appli mobile. Même Frédéric Bardeau, fondateur passionné de Simplon.co, qui "ouvre les chakras numériques" (la formule est de lui ;) à des ComEx de grosses entreprises, a remarqué l'entrée en trombe des cours de code dans les grosses firmes.

Justement, cette semaine, nous y avons consacré une enquête (qui est encore en accès abonnés à l'heure où je publie ce billet) dans le dernier numéro de Stratégies, dans le cadre de laquelle j'avais eu la chance de me plonger en avant-première du fameux rapport du CNN (baptisé "Jules Ferry 3.0", consultable ici), que Sophie Pène, qui a planché dessus depuis plusieurs mois, m'a commenté. Il m'a semblé intéressant d'y revenir plus longuement ici, tant le sujet est passionnant.

Bac "Humanités numériques"

Quelles nouvelles briques apparaîtront dans l'enseignement scolaires ce prochaines années et décennies ? Quels seront les prochains "fondamentaux", les connaissances indispensables dans le futur ? Et donc le CNN propose l'introduction d'un nouveau cursus menant au bac général, baptisé "humanités numériques" (HN), au côté des filières scientifique (S), littéraire (L), et économique et sociale (ES). "Ce nouveau bac s'inscrirait dans son époque (...) au croisement des sciences, lettres, et sciences humaines et sociales, en décloisonnant ces champs du savoir.Il refléterait l'aventure de la jeunesse et revitaliserait les études secondaires avec la création numérique, le design, mais aussi la découverte des big data, de la datavisualisation, des métiers informatiques et créatifs", précise-t-il.

Le CNN propose d'abord une première expérimentation rapide en terminale, qui délivrerait un "double bac", associant la voie HN avec l'une des trois formations classiques, et la création d'"un diplôme national reconnu par tous".

Le sujet épineux des cours de code à l'école et au collège

Autre grand chantier (sensible) qu'il aborde de plein-pied, l'apprentissage de l'informatique, tout au long de la scolarité. Il recommande, pour l'école primaire, d'enseigner "les rudiments de la pensée informatique en mode connecté ou pas, en s’appuyant dans une première phase sur le temps périscolaire". Là, en la matière, comme me l'avait avoué Sophie Pène, le CNN ne se mouille pas trop, après les annonces prématurées et les couacs de l'ex-ministre de l'Education nationale, Benoît Hamon. Encore faudra-t-il trouver les compétences pour initier les enfants au code - notamment sur les temps périscolaires. Pour l'instant, ce sont des parents et développeurs passionnés qui animent, sur leur temps libre, les weekends, les fameux coding gouters, qui font florès totalement hors du circuit scolaire.

Au collège, le CNN propose d'introduire "dans une première phase une année centrée autour de l’apprentissage de la programmation en collège sur le temps alloué à la technologie" (ah, le fameux cours de technos où on passait des heures à monter des circuits électroniques...). Puis au lycée, il propose la généralisation dans toutes les filières de l'option "Informatique et science du numérique", dont seuls les lycéens de la série S ont pour l'instant le privilège.

Question : qui enseignera dans cette nouvelle filière ?Le CNN tranche en proposant carrément la création d'un CAPES et d'une Agrégation d’informatique, car "la condition est la formation d’un corps d’enseignants en informatique".

Les "Humanités numériques" de demain

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Pour quels enseignements ? Quelles seront les "humanités numériques" à maîtriser demain ? Dans la lignée des "humanités", depuis la littérature et les langues anciennes enseignées à la Renaissance, que devait maîtriser l'"honnête homme" au XVIIème siècle, un nouveau corpus de savoirs s'esquisse pour l'avenir. Le CNN en donne quelques pistes :

"Il est ici question d’enseigner la pensée informatique pour mieux comprendre le monde numérique qui nous entoure et être pleinement un citoyen actif dans la société. Il s’agit aussi d’envisager l’enseignement de l’informatique comme une opportunité pour introduire de nouveaux modes d’apprentissage à travers des expériences, en mode projet, par essai-erreur". On imagine ici le potentiel de tels nouveaux modes d'enseignement, pour la vie, comme le mode essai-erreur, où l'on apprend de ses erreurs pour mieux rebondir (y compris dans la vie active, et quand on crée sa boîte, avec l'"art de l'échec entrepreneurial")

Autre recommandation intéressante, "Apprendre et permettre aux élèves de publier (au sens de rendre public sur le Web) et diffuser": ce qui passerait par des expériences de publications, notamment, sur des blogs et des sites Web, mais aussi, encore mieux, de'' "Former les élèves à l’usage des licences ouvertes (de type Creative Commons) et aux décisions éditoriales qu’elles impliquent (réutilisation, partage, circulation) et en regard à réfléchir aux usages de documents sous régime de propriété exclusive"''.

Plus loin, le CNN définit la "littératie numérique", en l’occurrence "des savoirs, des compétences mais aussi des méthodes qui font qu’un individu peut être acteur de sa vie dans une société numérique".

Il s’agit avant tout d’initier à la "pensée informatique" qui est indispensable pour :

• Comprendre de nombreux objets de la vie quotidienne (comme un téléphone, une transaction bancaire, ou la logistique d’un aéropor t) mais aussi toutes sortes de phénomènes des sciences du vivant, de l’économie, de l'urbanisme, du climat...

• Se préparer aux métiers de demain, qu'il s'agisse de ceux des entreprises du numérique ou des secteurs de pointe, ou des autres, même les moins techniques, qui sont ou seront transformés par l'informatique.

• Ne pas subir passivement, en tant qu'utilisateur, usager ou consommateur, les décisions d’un "programme" ou d’un "système informatique" sans être capable de les comprendre, de les contester ou les discuter, voire de les modifier.

• Etre en mesure de décoder, en tant que citoyens, les jeux de pouvoir à l'œuvre dans la société numérique, de préserver sa vie privée et son autonomie, de prendre part à des décisions collectives qui mobiliseront de plus en plus de données et de calculs.

C'est là le cœur du sujet, même si les propositions peuvent sembler théoriques. C'est en sachant lire et écrire le code informatique que l'internaute-citoyen de demain pourra comprendre l'architecture d'un site, d'un jeu vidéo. En allant plus loin, ce qui est esquissé dans la dernière ligne, on pourrait même imaginer pour les ados des ateliers ou réflexions sur l'usage des réseaux sociaux, et comment maîtriser son réputation numérique. Mais est-ce là le rôle du collège ou des parents ? Vaste débat.

dimanche 11 décembre 2011

Le numérique, au centre de la campagne électorale ?

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Lundi dernier, il inaugurait l'ouverture du site de données publiques Datagouv.fr. Mardi matin, il s'offrait l'inauguration du siège de Google, avec Sergey Brin en personne, et une poignée d'entrepreneurs médiatiques. Mercredi, à l'occasion de l'ouverture de la conférence LeWeb'11, grand-messe annuelle des start-ups (et des fonds d'investissement) fondée par Loïc Le Meur, il recevait à dîner à l'Elysée 300 entrepreneurs et blogueurs. Le tout en pleine "Semaine du numérique", montée par son conseiller Nicolas Princen, émaillée de plusieurs raouts et conférences autour des technologies - qui permettait d'emblée de mettre Sarkozy au cœur de cette actualité.

Il avait déjà inauguré son "tournant numérique" - du moins auprès des médias - en mai dernier, en organisant l'eG8 du Web aux Tuileries, en direct avec l'agence Publicis, quitte à zapper quelque peu les ministres habituellement en charge du sujet, comme nous le détaillions dans cette enquête. En préalable, il avait installé le 27 avril dernier un Conseil national du numérique (CNN), organe consultatif (déjà contesté sur la Toile) comptant... des entrepreneurs - ça tombe bien - comme le patron de Rentabiliweb Jean-Baptiste Descroix-Vernier, Giuseppe Di Martino (Dailymotion, Asic), Frank Esser (SFR, FFT), Gabrielle Gauthey (Alcatel-Lucent), un anti-sarkozyste (belle prise) Nicolas Voisin (Owni), et avec pour président Gilles Babinet (Eyeka, CaptainDash...).

Le numérique et l'innovation, sujet de campagne à truster

Nicolas Sarkozy est en campagne, à 5 mois des élections présidentielles. Pour lui comme pour François Hollande - et les autres candidats - le numérique et l'innovation pourraient bien en être un des sujets-clés. Il drague assidûment les acteurs du numérique, pas totalement en vain. "Jean-Baptiste Descroix-Vernier, Gilles Babinet, étaient tous retournés lors de son discours au nouveau siège de Google", me racontait un entrepreneur (libéral) la semaine dernière.

C'est peut-être en quelque sorte son discours d'Hourtin. Chez Google, son échange, près d'une heure de questions-réponses avec des entrepreneurs, blogueurs ou salariés de Google (sélectionnés au préalable), a été largement tweeté, relayée sur Facebook. Retour sur image garanti pour l'Elysée, avec ce book de photos "entrepreneuriales".

Internet, cette étrange chose, où il faut réfléchir à "comment mettre un minimum de règles en gardant la liberté du Web", il reconnaît s'"être trompé quand je parlais de régulation. J'ai pris le risque de crisper un univers qui est fondé sur le partage et la liberté". On est loin dans le discours de la "jungle sauvage où il serait permis de piller les oeuvres des créateurs", qu'il fustigeait en 2009, en pleine promo acharnée pour la loi Hadopi. Maintenant, c'est promis, il comprend les entrepreneurs du numérique: "Il a fallu que je m'y mette pour comprendre les valeurs derrière (...). Le Web n'est pas simplement une technologie, c'est aussi une façon d'être".

En 2006, le candidat aux élections présidentielles était fraîchement accueilli à la conférence LeWeb. cette année donc, il organisait mercredi 7 décembre un dîner post - Web'11: pour défendre son programme sur la compétitivité de la France dans les technologies ? Retour sur images garanti : trop content d'y être invités, nombre de privilégiés ont posté vidéos, twitpics ou photos via Facebook.

Reste à voir qui il comptera comme relais médiatiques pour son programme numérique - et qui mènera sa net-campagne, laquelle en est à peine à ses débuts, à gauche comme à droite. Parmi ses ministres, celui en charge de l'Economie numérique, Eric Besson, ne cache plus son ennui, et tweete à tout-va. A l'Elysée, seul Nicolas Princen est présenté comme conseiller numérique. A 27 ans, le normalien diplômé d'HEC, arrivé pour gérer la net-campagne de Sarkozy en 2006, fustigé sur le Net en 2008, décroche ce mois-ci la 33ème place dans la "powerlist" du très branché Technikart. Il y a certes des parlementaires pointus, comme Laure de la Raudière, Patrice Martin-Lalande ou Lionel Tardy (ce dernier n'avait pas hésité à exprimer ses réserves sur Hadopi), très bons connaisseurs des dossiers mais "qui n'auront pas forcément une vision d'ensemble pour un programme numérique", me confiait la même source.

L'agence en charge depuis quelques mois de la stratégie digitale de l'UMP, Emakina, dirigée par Manuel Diaz, demeure discrète pour l'instant. Mais l'entrepreneur de 32 ans, initialement aux côtés de son frère, fondateur de BlueKiwi, a croisé depuis ses 19 ans la fine fleur des start-ups et des grandes agences digitales. Un avantage non négligeable.

Quid à gauche ?

Au PS, les candidats ont bien présenté des semblants de programmes numériques avant les primaires, comme Martine Aubry. Mais depuis, François Hollande a changé plusieurs fois de positions sur Hadopi. Pourtant, il commence à bien s'entourer sur le sujet : Fleur Pellerin, 37 ans, énarque, conseillère à la Cour des Comptes, peu connue mais pointue, chargée de théoriser son programme numérique, a commencé à le dévoiler dans les médias (comme sur Electron Libre ), elle prend ses marques sur Twitter...

nuage_sur_les_pistes_de_reforme_0__2_.jpg Nuage de tags "sur les pistes de la réforme" - Eco89

Elle a lancé un appel à contributions sur la politique numérique du PS sur Eco89. "Hussarde de la diversité", présidente du très influent club XXIe siècle, elle avait été portraitisée par'' Libé'' dès 2009. Mais habile, elle apparaît de nouveau dans la presse grand public, comme ce papier dans Elle où elle humanise son image, en tant que "working mum".

En tous cas, preuve qu'elle ne laisse pas indifférent, elle commence à essuyer des attaques très directes sur Twitter, comme de la part d'Arnaud Dassier, entrepreneur, ex-responsable de la campagne Internet de Nicolas Sarkozy - et lui-même en campagne pour les législatives.

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Dans cette équipe, Vincent Feltesse, responsable de la campagne digitale du candidat, a fait venir à ses côtés Marie-Morgan Le Barzic, 36 ans, ex-déléguée générale de Silicon Sentier et directrice de La Cantine, spot parisien qui accompagne les acteurs du numérique. Elle y sera chargée des opérations. Autre nouvelle recrue, selon mes informations, Antonin Torikian, ex-responsable du programme étudiant Imagine Cup chez Microsoft. Et Challenges évoquait récemment le nom de Jean-Noël Tronc, nouveau patron de la Sacem (et auteur du discours d'Hourtin, je dressais son portrait en 2002), qui le conseillerait à titre personnel. François Hollande doit lancer son site officiel en janvier prochain.

D'autres candidats innovent davantage sur la Toile. Surtout les petits candidats, moins relayés par les médias, qui se doivent d'affirmer leur présence numérique. Jean-Luc Mélenchon surprend déjà: avec pour directeur de campagne web le prolixe Arnaud Champrenier-Trigano (ex-responsable de l'Une, chroniqueur web, fondateur du magazine TOC), il dispose d'un site web novateur, et dévoilera à la presse son appui iPhone ce jeudi 15 décembre. Mieux, son équipe a conçu une web-série hebdomadaire, En marche, lancée le 21 novembre. Sous influence Lost et autres séries US, tous les lundis, elle suit les pérégrinations du candidat, ralentis et flash-backs à l'appui. Le premier docu-soap de campagne. A suivre...