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Dans "Hang The DJ", un des meilleurs épisodes de la saison 4 de Black Mirror saison 4 (Netflix), cette série dystopique qui imagine les dérives technologiques dans un futur proche, la vie amoureuse des citoyens est régie par une application de rencontres un peu autoritaire, qui permet de rencontrer le ou la partenaire idéal(e), et fixe le temps de la relation. Et les "amoureux" potentiels doivent accepter une série de relations tests destinées à préciser leur profil. Dans un futur (totalitaire?), le "Système" s'occupe de former des paires entre différents individus, jusqu'à ce qu'ils rencontrent le partenaire parfait à 99,8%, celui avec lequel ils vont passer le reste de leur vie. Grâce à son algorithme complexe, il se charge de trouver le meilleur match. Dans l'enceinte du domaine, on ne croise que des célibataires en phase d'apprentissage... Mais un couple va se rebeller, leur premier rendez-vous est à la fois gauche et déjà évident, comme on espérerait qu'un date Tinder se déroule in real life.

Cette application fictive n'est pas sans rappeler les applis qui promettent - déjà - la compatibilité maximale grâce à leur algorithme... Ainsi que les jeux télévisés basés sur ce concept, la compatibilité comme solution miracle. L'émission "Mariés au premier regard" de M6 en est la parfaite illustration. Ce programme promet de bâtir des couples scientifiquement compatibles à hauteur de 70%.

Dans ce sombre miroir du Black Mirror, cela donne un reflet de ce que sont déjà en partie les sites de rencontre, qui ont inéluctablement changé, en 15 ans, la façon dont les couples se rencontrent (pour le meilleur ou pour le pire). Depuis le lancement de Match.com (né en 1995, 50 millions d'utilisateurs, 15 millions de matches par jour), Meetic en France, OkCupid (en 2000), Tinder (2012), puis AdopteUnMec… Désormais, plus d’un tiers des mariages commenceraient en ligne. Mais il se pourrait que ces sites de rencontres influencent également le mariage et sa stabilité, d'après cette étude récente relevée par la Technology Review, repérée par InternetActu.

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Inéluctablement, les sites de rencontres ont changé la façon dont les gens trouvent leurs partenaires. Traditionnellement, c'était les petites annonces (remember dans Libération...), ou par des liens faibles - beaucoup de couples se formaient en rencontrant des amis d’amis, ou sur des lieux de sociabilité, des guinguettes d'antan aux bars et salles de concert, en passant par la vie professionnelle. Désormais, les choses ont changé: la rencontre en ligne d’inconnus absolus, qui n’appartiennent pas à des réseaux relationnels existants, est devenue le deuxième moyen le plus commun pour se rencontrer chez les partenaires hétérosexuels (et le premier chez les partenaires homosexuels)., relève l'étude.

La courbe publié par Tech Review est elle aussi troublante: dans tous les cas, les rencontres via les amis flanchent, quand celles dans les bars et restaurants connaissent un regain depuis environ 2005, et les autres relais (collègues de travail, famille voisins, rencontres de collège) flanchent depuis les années 90.

Alors, "Les gens qui se rencontrent en ligne ont tendance à être de parfaits étrangers", expliquent les chercheurs responsables de l’étude, Josue Ortega (Université d’Essex aux États-Unis) et Philipp Hergovich (Université de Vienne en Autriche). Créant ainsi de nouvelles formes de liens sociaux qui n’existaient pas auparavant. Et de nouveaux types de relations, par exemple ouvertement éphémères et sexuelles - Tinder et AdopteUnMec ont bâti leur réputation sur cela.

"Les chercheurs ont construit des modélisations qui montrent que le développement de ce type de rencontre pourrait par exemple favoriser le développement du mariage mixte, mais également (sans que l’un soit lié à l’autre) favoriser à terme des mariages plus stables, notamment", évoque la sociologue Nathalie Nadaud-Albertini sur Altantico, parce que ceux qui se rencontrent via ces outils se projettent ensemble dans un avenir commun, sans être influencés par le regard des autres.

Pourtant, on se mélange encore peu sociologiquement, même via les sites de rencontres, comme le souligne cet article d’Alternatives Economiques. En ligne comme ailleurs, les rencontres amoureuses "font appel à des codes, des rituels et des manières de faire, qui continuent de différencier nettement les diverses catégories sociales". En se fondant sur des données d’utilisation du site Meetic, elle montre que cela joue dès la manière de se présenter dans les profils individuels, selon les milieux sociaux. Les utilisateurs les plus aisés ou diplômés montrent qu'ils sont à l'aise avec l'écrit dans l'"annonce".