Le "conte de fées très fort" promis par la RTBF1 dans sa bande-annonce a été à la hauteur des attentes. Mardi soir, la chaîne publique belge diffusait "La Belle, le Milliardaire et la Discrète", un "documentaire" mettant en scène Arnaud Lagardère, patron du groupe Lagardère et président du conseil d'administration d'EADS, et sa compagne Jade Foret, mannequin belge de 22 ans. Alors forcément, le docu en question était attendu par les médias et les internautes, qui s'étaient déjà régalés en juillet dernier avec une vidéo on ne peut plus "nature" du couple, diffusée par le quotidien LeSoir.be, et reprise aussitôt par YouTube. Laquelle avait provoqué quelques remous chez les cadres de Lagardère, comme j'en parlais alors dans ce billet...

A n'en pas douter, ils seront surpris par les extraits de ce docu de 30 minutes, qui ne devraient pas tarder à fuiter sur YouTube, avec à nouveau un effet boule de neige attendu. Pourtant, il avait présenté un semblant de mea culpa après-coup, affirmant dans Les Echos qu'il ignorait que ce clip allait être diffusé, et qu'on ne l'y "reprendrait plus".

Ici, pour ce documentaire tourné en octobre 2011 et mars 2012, on a des séquences brutes, de manière assez déstructurée, sans synopsis ni commentaire. Au téléspectateur de se faire son opinion. Avec des perles que les réalisateurs ont laissé émerger, mine de rien, dans les subtilités du montage. C'est là la marque de fabrique de l'émission-culte Strip Tease, (lointain) ancêtre un peu plus destroy de Tout ça (ne nous rendra pas le Congo), émission diffusée sur la RTBF 1, créée en 2002 par Jean Libon et Marco Lamensch (fondateurs de Strip-Tease). dans le cadre de laquelle était diffusé ce reportage.

"En Belgique, nous n'avons pas les mêmes considérations sur Arnaud Lagardère... C'est un parfait inconnu pour le grand public belge. Par contre, j'ai trouvé que l'histoire d'un mannequin qui réussit en France en étant coachée par sa maman rentrait davantage dans la ligne éditoriale de notre magazine", a expliqué à l'agence Sipa la productrice Safia Kessas. Mais c'est (bien sûr) le contraire, en creux, une vision de la vie privée du patron du groupe Lagardère que donne ce documentaire. Déjà dans le teaser diffusé auparavant par la RTBF 1, une voix gouailleuse nous racontait, "Il était une fois, la belle prénommée Jade, et son fiancée milliardaire surnommé 'Tonton Nono'. Leur amour si pur excite hélas bien des jalousies...".

Dans ce reportage se succèdent donc des scènes: Arnaud Lagardère et Jade Foret dans leur domaine à Rambouillet, où elle se voit offrir une Porsche ("Oh, quel beau cadeau! Merci mon amour"), monte à cheval, pose pour un shooting photo en robe de soirée en enlaçant Arnaud Lagardère, avant une séquence match de football en loge privée, une autre en jet privé, une autre pour l'essayage de la robe de mariée, ou encore Arnaud Lagardère qui prépare des hamburgers (avec un gros plan sur le sel Carrefour premier prix) - des gens tout à fait "ordinaires", en somme.

Plus loin, les tourtereaux comparent leurs apps météo sur leurs iPhone. Ou séquence cruelle de l'essayage de la robe de mariée, où Arnaud Lagardère doit se hisser sur les pointes de pieds pour parvenir à soulever le voile de sa future mariée. Ou encore la belle-mère (ladite "discrète" du documentaire) , légèrement vulgaire, omniprésente et inénarrable.

Car ce docu montre un étrange trio, où la mère de Jade est présente dans toutes les séquences, commentant les tenues et les coiffures de sa fille qu’elle accompagne dans tous ses déplacements, justifiant dans son langage fleuri, "Quand Arnaud a choisi Jade, il savait que Jade, c’était une famille et pas Jade toute seule", se défendant d’être "une mère maquerelle".

Simple hasard de calendrier sans doute, Arnaud Lagardère annonçait cet après-midi une probable sortie du groupe Lagardère du capital d'EADS en 2013. Ce "documentaire" creuse une fois de plus la frontière entre vie publique et vie privée, ce que l'on peut montrer ou pas, alors que la télé-réalité et les "docus-réalités" ont consacré ce style, ces dernières années. Et la généralisation de la mise en scène de la vie privée, qui ne touche plus seulement les chanteurs, stars de télé ou de cinéma, mais aussi les politiques, voire les patrons d'entreprises et capitaines d'industries... Mais comme cela perçait déjà lors de l'épisode de juillet 2011, le patron d'un des plus importants groupes cotés au CAC 40 peut-il tout se permettre en terme d'image ?