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Et un petit nouveau, qui consacre ce format hybride des livres-magazines. On connaît le joli succès-surprise de la revue trimestrielle XXI (avec une diffusion moyenne de 45 000 exemplaires!), comme j'en parlais dans ce billet. depuis son lancement en janvier 2008 par Laurent Beccaria (des éditions Les Arènes) et plusieurs journalistes, dont Patrick de Saint-Exupéry. Un bel objet, qui entremêle plusieurs formats: enquête, reportage, photojournalisme, récit BD..

D'autres se sont engouffrés dans la brèche, comme l'inventive revue Usbek & Rica, plus orientée vers l'anticipation et l'innovation. Ils ont pour point commun d'être assez chers (15 €), de se passer de pub, et d'avoir inauguré un nouveau réseau de distribution: aux traditionnels kiosques, ils ont préféré les librairies, et accessoirement les kiosques Relay.

Grands reportages traduits et nouvelles inédites

Le dernier en date: la revue trimestrielle Feuilleton, qui sera lancée en librairies le jeudi 22 septembre. J'ai eu la chance de pouvoir la feuilleter (sans mauvais jeu de mots ;) en avant-première. Comme ses cousins, l'objet est agréable: trimestriel de 256 pages, couv' colorée, mais ici pas de photo, seulement des dessins d'illustration. Son format réduit le rapproche plus d'un livre que d'un magazine...

L'absence de rubricage classique et d'édito convenu (remplacé par un "édito d'outre-tombe") peut déstabiliser, mais je trouve ce choix éditorial intéressant: "pas de stratégie de niche" - donc pas de ligne éditoriale - revendiquent les fondateurs, c'est ici du free style, entre journalisme et littérature.

Elle comporte des grands reportages étrangers traduits (issus de Vanity Fair, du New Yorker, etc.) et des nouvelles littéraires inédites. Au menu du premier numéro, des signatures du nouveau journalisme (comme Michael Hastings). L'idée était de "publier les plus grands reportages étrangers, les éditer, les traduire (...), les augmenter (dossier, infographie, bibliographie sélective)", expliquent ses fondateurs dans leur communiqué de presse. Une démarche similaire à celle de XXI. De fait, l'editing est moderne et agréable, entre illustr' colorées et compléments pédagos. J'aime beaucoup cette infographie en fin de revue sur la fin potentielle des abeilles.

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Chaque numéro compte aussi un article exhumé, comme ici un papier prospectif écrit par Michael Lexis en 1989, mais terriblement d'avant-garde, puisqu'il analysait l'impact économique qu'aurait un séisme majeur à Tokyo.

Mais ce book-mag so chic innove par la publication de nouvelles commandées à des auteurs en vue (tel Jonathan Franzen). Malin: la republication d'enquêters déjà parues ailleurs ne doit pas être chère (frais de droits d'exploitation, traduction, editing), ce qui permet à Feuilleton de s'offrir des nouvelles inédites.

Plusieurs fondateurs de ce projet sont loin d'être méconnus de ces nouveaux médias: avec notamment Adrien Bosc, fondateur et directeur de la publication, et Gérard Berréby, rédacteur en chef, par ailleurs patron des éditions Allia. A noter, parmi les actionnaires (la famille d'Adrien Bosc comptant 51% de l'actionnariat), la présence de Pierre Bergé et du journaliste Victor Robert (I-Télé).

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A signaler, dans cette famille de revues exigeantes et innovantes, le trop méconnu Zmâla, magazine bilingue dédié au photojournalisme, qui paraît une fois par an. Là encore, papier glacé et maquette chatoyante, entre portfolios ("Cura locura", superbe travail sur les chamans d'Amazonie), et enquêtes, avec les nouveaux liens entre photojournalisme et Internet, entre webdocus et nouvelles formes de financements (le crowdfunding), qui passe par des start-ups telles que Emphas.is. Et un répertoire des collectifs de photographes qui foisonnent.