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Je parlais dernièrement d'Alice au pays des merveilles, blockbuster attendu de Tim Burton, en partie parce qu'il sera diffusé en 3D. On en parle - et il commence à faire polémique - pour une autre raison : Bob Iger, patron des studios Disney, a annoncé son intention de sortir le film en version DVD... seulement 3 mois après son arrivée sur grand écran. De cette manière, il sait très bien qu'il rompt une pratique, et du même coup entame une brèche : actuellement, le délai minimum entre la sortie cinéma et la sortie DVD est de 4 mois (17 semaines exactement).

Il a sans doute fait cette annonce pour tester les réactions suscitées - en clair, voir si le marché professionnel était prêt à sauter le pas. Un ballon d'essai, en somme.

Les effets ne se sont pas fait attendre. Des exploitants hollandais, rejoints par plusieurs de leurs homologues britanniques et italiens, voire certains américains, ont menacé de ne pas projeter le film dans leurs salles (en clair le boycotter) si Disney maintenait en l'état son projet. Il n'empêche, cela se confirme : le film sera bien commercialisé en DVD et en vidéo à la demande (VoD)12 semaines après son lancement en salles, dans bon nombre de pays (USA, Royaume-Uni...), d'après Libération du 3 mars.

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Chronologie des médias - Source - Romain BAL – Consultant Département Internet et Nouveaux Médias

Exception faite (encore une fois... ;) de la France, où la chronologie des médias est encadrée juridiquement,avec une loi - celle du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle - qui fixe ces fameux délais. En France, Alice sortira donc le 24 mars, et sortira en DVD vers fin juillet.

Attention : le tableau (de 2008) que je publie ci-dessus est pour partie obsolète, puisque depuis juillet 2009, le délai pour la VoD et le DVD est ramené à 4 mois (et non plus 6 mois)

Mais clairement, Disney a eu gain de cause, et a ouvert une brèche, en toute conscience. Plusieurs rebelles ont replié leur drapeau, notamment face aux bonnes critiques du film, tel le réseau américain AMC, qui menaçait de boycotter le film. Sans doute aussi, Disney a dû consentir des compensations (financières ou autres).

Le précédent est d'autant plus énorme - voire problématique au niveau économique - que Disney a choisi de rompre cette fameuse chronologie des médias pour un film en 3D. Un des premiers films en 3D, donc, pour lesquels les exploitants de salles doivent encore rentabiliser leurs lourds - et récents - investissements récents pour numériser leurs salles. Ce qui risquent d'être chaud puisque, suite aux desiderata de Disney, ils vont perdre 5 semaines d'exploitation.

La brèche est ouverte, reste à voir quand les autres exploitants de films vont s'y engager.. Les sorties cinéma et DVD rapprochées dans le temps répondent à une logique d'appât du gain, basée sur le court terme : il est tentant de cumuler les sorties pour faire de l'argent le plus vite possible autour d'un film ou un dessin animé (d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un blockbuster - et en 3D, qui a mobilisé un budget important). Et pour surfer sur la notoriété du film, sans devoir faire une campagne importante lors de la sortie DVD. Esquisse peut-être, d'un nouveau modèle économique autour du film...