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jeudi 5 mars 2009

Les Echos abandonne l'aventure de l'ePaper

Echosepaper

Dommage, c'est la fin d'une belle tentative. Lu sur un forum de journalistes très bien informé, l'hebdo Challenges a révélé aujourd'hui dans ses confidentiels média que les Échos (longtemps un de mes ex-employeurs) ont finalement arrêté leur journal électronique sur eBook, lancé à titre expérimental il y a exactement un an par Nicolas Beytout.

Pari risqué

Mais le pari était risqué. Comme j'en parlais dans VSD il y a quelques semaines, après des coûts de développement probablement non négligeables, l'appareil en lui-même était déjà cher : le quotidien proposait le Stareread (600 € HT avec l'abonnement), conçu par Ganaxa, ou l'Iliad d'i-Rex (700 € HT, abonnement compris). Le tout avec un abonnement ePaper (donc des contenus au bon format) à 365 € par an (le prix de l'abonnement Web)... Sans même de tarif préférentiel pour par exemple coupler abonnements ePaper et papier. C'est déjà embêtant.

Pourtant, le tout était prometteur. Le lecteur lambda avait un lecteur portable, doté d’un écran plat, de la taille d’un livre, permet de charger et lire des livres et journaux numérisés. Il bénéficie d’une innovation, l’encre électronique, bien moins fatigante pour les yeux qu’un écran à cristaux liquides. Avec l'iLiad, plus besoin d’aller au kiosque à journaux le matin. En quelques secondes, il télécharge la dernière édition des Echos par wifi, disponible dès 4 heures du matin. Et consulte au fil de la journée ses rubriques préférées, en médias, high tech et politique française, ainsi qu’une sélection de dépêches AFP, remises à jour toutes les deux heures. Le tout étant d’une simplicité enfantine, la navigation sur l’écran tactile étant quasi intuitive.

Cocréation, trop précurseurs ?

Les Echos (l'équipe des éditions électroniques étaient alors dirigées par Philippe Jannet, président du GESTE) misaient d'ailleurs sur une stratégie très innovante de développement collaboratif, voire de co-création, en consultant leur beta-testeurs au printemps 2008. Tout le monde s'accorde à dire que les équipes techniques ont fait un très beau boulot. J'avais notamment interviewé Hervé Bienvault, passionné, qui a longtemps raconté son expérience sur son blog dédié, toujours en ligne. Seulement, fin 2008, il n'y avait que 1 000 abonnés à cette nouvelle déclinaison. En fait, les abonnés comme Hervé Bienvault s'attendaient à ce que d'autres médias (comme Le Monde) lancent à leur tour une version ePaper... pour avoir plus de choix de contenus.

Peut-être Les Echos se sont-ils lancés trop tôt ? Il a été le premier journal français à sauter le pas de la version dématérialisée. Alors que SFR et Orange ont testé eux aussi, en 2008, des offres d’abonnement à plusieurs titres de presse sur e-books, attendues en 2009. D’autres s’y prêteraient, comme le eReader RS-505 de Sony, ou le Kindle d’Amazon, qui cartonne outre-Atlantique. A l’étranger, les tests se multiplient : le journal flamand De Tijd a pérennisé son expérience sur l’iLiad de 2006, que j'évoquais dans ce billet. Le Yantai Daily, quotidien chinois, s’y est essayé en avril 2006, suivi par en avril 2008 par NRC Handelsblad, 4ème quotidien néerlandais.

Le point de vue d'Emmanuel Parody

Emmanuel Parody, qui y a participé en tant que Responsable Business Developpement à LesEchos.fr, et est maintenant (son blog), maintenant publisher du pôle Tech et News du groupe CBS Interactive, a eu la gentillesse de m'autoriser à reproduire son point de vue. Extraits :

"Au moment où il a été lancé, les quelques appareils disponibles sur le marché étaient grosso modo en phase expérimentale avec une production confidentielle (ce qui veut dire produit à la demande avec paiement d'avance et livraison 3 semaines après...) Le Sony reader n'était pas dispo en France et le "futur" Kindle n'était qu'un produit de laboratoire que nous avons eu entre les mains tout de même. Bref pas beaucoup de choix et tout à faire (on a quand même du se taper la traduction de l'interface et de l'OS pour accélérer la prod)

Sur le fond la question était surtout que rien n'avancerait tant qu'un éditeur ne se lançait pas dans l'aventure. L'avantage c'est que le premier à bouger gagne surtout en retombées médiatiques, notoriété etc... Ce qui valorise finalement l'ensemble de l'activité, et on peut finalement même parvenir à couvrir son investissement de départ (songez qu'à 700 euros l'unité ça va vite... ).

Je dois dire que l'intelligence des Echos à ce moment est d'avoir immédiatement pensé l'édition epaper comme un mix de contenu web/papier pouvant être mise à jour en temps réel. (...) Pour le reste il fallait gérer aussi l'abonnement et la synchronisation des données alors que la première génération d'appareil n'était pas aussi autonome que le Kindle ou la V2 de l'Iliad d'Orange pourvue d'une clé 3G.

Bref comme toutes les premières séries on s'en lasse vite et on subit les défauts. On préfère donc un appareil plus léger, plus autonome, et un écran en couleur ce qui est justement totalement contradictoire avec le principe du epaper. Quand on obtient l'appareil de nos rêves plus compact, en couleur et ergonomique on réalise alors que ce n'est plus du epaper et que plus grand chose nous sépare de l'Iphone".

Dont acte... Et ce alors que plusieurs médias lancent leurs déclinaisons pour téléphones mobiles (à l'ergonomie plus légère donc), voire pour iPhone ou pour Blackberry.