Jrnal de Frontenac

Avec un canon pour emblème, Par la bouche de nos crayons ! pour slogan guerrier, depuis samedi dernier (24 janvier), 253 journalistes et employés du Journal de Montreal, un tabloïd québecois à gros tirage, ont ouvert un Ruefrontenac.com, site d'informations un peu particulier. Présenté comme « le site des employés en lock-out des employés du Journal de Montreal", ce site d’informations a été en effet ouvert par des journalistes et employés au chômage forcé, le propriétaire du journal québecois ayant déclaré le 24 janvier un lock-out, cette procédure par laquelle un patron peut empêcher ses salariés de travailler en riposte à leurs revendications.

Il reproche au Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal de refuser les « mutations nécessaires » pour s’adapter à l’Internet. Et ce alors que les parties doivent renégocier la convention collective, arrivée à échéance. En l’absence des journalistes, le quotidien continue à paraître, mais réalisé par ses cadres.

En mesure de rétorsion, et pour continuer à travailler, les journalistes et employés du Journal de Montreal ont donc ouvert leur propre site d’actualités, avec les mêmes rubriques, les mêmes caricaturistes et les mêmes chroniqueurs, mis en avant sur le site, tout en faisant référence à Rue89.

Plusieurs grandes plumes et chroniqueurs y expliquent les motifs de ce départ précipité, et présentent parfois ce changement brutal avec émotion, tel Bertrand Raymond, "tatoue des pieds à la tête":

"En septembre dernier, je suis entré dans ma 40e année au Journal de Montréal. Avec sincérité je vous le dis, ce furent 40 années de pur bonheur. Le Journal de Montréal a été toute ma vie. Dans l'ordre affectif des choses,il y a eu ma femme, mes deux enfants et le Journal, même si les miens ont parfois eu l'impression que le journal occupait toute la place. Compte tenu de l'ardeur, de l'énergie et de l'amour du métier que j'y ai mis, c'était parfois assez près de la réalité."

"Ma tuque, mes mitaines, une pomme et les bottes thermo de mon fils. Je suis bien armé pour vivre ma première journée de piquetage. À 56 ans.", résumé Serge Touchette, un des journalistes "sur le trottoir".

La situation est tendue depuis un certain temps : comme l'explique le syndicat sur cette page, "Le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal, affilié à la Fédération nationale des communications (CSN) vit son premier conflit de travail.

Depuis que Pierre K. Péladeau est à la direction de Quebecor Media, l’entreprise a décrété pas moins de 13 lock-out en 14 ans. La position de la direction du Journal, depuis la première journée de négociation avec le STIJM–CSN, le 22 octobre 2008, a toujours été la même, à peu de différences près. Le plan d’affaires de Quebecor comprend quelque 230 demandes qui visent entre autres : • à diminuer les conditions de travail; • à allonger la semaine de travail de 25 %, sans compensation; • à éliminer des départements en favorisant la sous-traitance; il est question d’éliminer 75 emplois occupés par une très grande majorité de femmes dont plusieurs comptent plus de 30 ans d’ancienneté; • à diminuer de 20 % les avantages sociaux; • à introduire des clauses de disparité de traitement (clauses orphelin); • à sabrer dans les libérations syndicales; • à réduire ou à transformer des postes à la rédaction; • à diminuer des clauses de la convention collective qui assurent le respect des règles de déontologie journalistiques et la qualité de l’information; • à assurer la convergence illimitée par le droit d’utiliser dans le Journal tout le contenu provenant des plateformes actuelles et futures de Quebecor et vice versa."

Allez y jeter un oeil, c'est encore une nouvelle manière de pratiquer le journalisme, avec cette fois un contexte inédit - quand des journalistes se donnent les moyens de continuer de poursuivre leur métier...