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Ce fut une des plus prestigieuses agences de photojournalisme, cofondée par Raymond Depardon, qui a vu passer dans ses rangs des photographes tels que William Carel, Gilles Caron, Françoise Demulder et Sebastiao Salgado. Pourtant, Gamma déposerait le bilan le 30 juillet, annonçait Rue89 hier soir.

La fin pour une des plus prestigieuses agences, qui avait déjà connu des évolutions inquiétantes ces dernières années, comme l'a montré son rachat en 2006 à Hachette Fillipachi Médias (groupe Lagardère) par Eyedea, filiale du fonds d'investissement Green Recovery. Ce dernier, qui possède aussi notamment l'agence Rapho et l'important fonds Keystone, aurait d'emblée cherché à la couler, laisse fortement entendre l'article de Rue89.

Auparavant, ses dirigeants auraient fait des erreurs monumentales, comme laisser partir l'année dernière Elodie Grégoire, une de leurs dernières signatures, qui suivait Nicolas Sarkozy depuis des années (comme j'en parlais ).

Mais de fait, avec 55 photographes licenciés dans le cadre de cette opération de dépôt de bilan, Eyedea n'y perd pas grand-chose, si ce n'est couler Gamma. Avec cynisme : "ce n’est qu’une identité sur trois qui dépose le bilan et un bon moyen pour eux de licencier 55 personnes en ne donnant que 35 000 euros par personne", me faisait remarquer par mail ce matin, fataliste et réaliste, un confrère, (talentueux) photographe de presse.

Sans baigner dans une nostalgie désuète, le dépôt de bilan de Gamma constitue une nouvelle étape, hélas, dans la disparition plus ou moins annoncée des agences de photojournalisme à l'ancienne, à l'ère d'Internet et de la suprématie des agences filaires telles que Reuters, AP ou l'AFP. Déjà en 2001/2002, le sujet commençait à faire débat, je me souviens avoir écrit des papiers pour Les Echos (par exemple , ou encore à propos de National Geographic... ) sur comment Internet bouleversait le modèle des agences classiques : Bill Gates rachetait l'agence Corbis en rêvant de numériser tous ses fonds d'archives, et en misant sur la vente de photos d'actualité, d'illustration et d'archives via Internet.

Et encore, phénomène qui s'accentue avec la crise, les agences filaires sont obligées de consentir de fortes réductions sur leurs tarifs d'abonnements aux flux de dépêches auprès de leurs clients (les groupes de presse) pour être sûres de conserver ces clients...

Je ne sais pas si les agences 'alternatives' lancées ces dernières années par des grandes signatures, comme l'agence VII, lancée en 2001, ou encore l'agence Noor, lancée en 2007, pourront assurer la relève en termes de vrai photojournalisme.

Cette année, je serai très probablement au festival de photojournalisme Visa pour l'image de Perpignan, début septembre, où le climat sera sans doute assez particulier. Faites-moi signe si vous y venez...