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C'est sans doute la photo qui illustre le mieux l'expo de Larry Clark, qui s'ouvrait hier au Musée d'Art Moderne à Paris. Ils sont jeunes, ils sont magnifiques, et il y a un discret érotisme qui émane de cette photo, pas loin d'un Botticelli, qui nous renvoie tous à nos premiers ébats.

J'ai vu l'expo Larry Clark, qui ouvrait ses portes vendredi au Musée d'art moderne de Paris. Et non, je ne vais pas vous parler ici de la polémique autour de son interdiction aux moins de 18 ans (que je trouve absurde çà titre perso... C'est une expo sur les ados et avant tout pour les ados, comme le dit très bien Larry Clark dans cette interview au Monde), mais retour ici à l'essentiel, l'art. Que valent ces photos ?

Kiss the past hello ("Dis bonjour au passé", détournement du dicton Kiss the past goodbye - "Fais table rase du passé", référence punk qui colle assez bien à Larry Clark...), avec 300 photos et 2 films inédits, montre plusieurs représentations de la jeunesse vue par Larry Clark, en 40 années de photo. La jeunesse plutôt rock, plutôt trash, qui cherche à tester les limites de la liberté, voire qui fraye avec les bas-fonds et la marginalité. Loin des polémiques un peu stériles sur une supposée complaisance (ou des photos qui revêtiraient un caractère "pornographique"), on y voit surtout des portraits d'ados que Larry Clark a suivis, succédanés des dernières décennies.

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Et cela nous touche follement, parce que cela nous renvoie à notre propre adolescence (censée être "le bel âge"), à nos excès, aux frontières que l'on a failli franchir. Un véritable uppercut, même si j'aurais sans doute été encore plus touchée si j'avais été un mec - Kiss the past hello est l'adolescence vue par un homme photographe, donc de manière avant tout masculine (nombreux portraits de jeunes mecs), avec une sensibilité bien plus personnelle des années 60 aux années 80. Lorsque Larry Clark était encore lui-même proche de l'adolescence...

Qu'est-ce que l'on y voit ? Des années 60 à Tulsa (Oklahoma) aux années 2000, on y voit son regard sur la jeunesse américaine. On y voit la drogue, le sexe, mais aussi des bandes de potes, au sein desquels Larry Clark a travaillé en immersion, en allant jusqu'à suivre certains ados durant des années, pour montrer leur évolution. Au-delà du cinéaste provoc' habitué aux scandales (cf la sortie de Kids en 1995), on découvre là un photographe qui a une p/ù^$* de sensibilité, dans les prises de vues, la lumière, ce qui ressort de ses très nombreux portraits d'ados.

Organisée de manière chronologique, l'expo donne à voir, en creux, les formes de contre-cultures portées par les ados au fil des décennies.

Premier uppercut, les quelques photos de sa mère, Frances Clark, reflets d'une Amérique idéalisée, qui tranchent avec la première partie de l'oeuvre de Larry Clark. Le portfolio Tulsa, qui couvre les années 60 (qui avait donné un livre éponyme) révèle la vie quotidienne du jeune artiste. Entre l'ennui et la violence dans les suburbs de Tulsa, il y photographie ses potes zonards.

Alors oui, là la pauvreté va de pair avec les premiers shoots, qu'il photographie dans son entourage, avec parfois des photos très crues: une femme enceinte qui se pique, un ado qui joue avec un revolver, le visage tordu de douleur de cet homme, le premier shoot de la girlfriend, des scènes qui mêlent piqouze et sexe... Il y a aussi les dates de décès de certains potes de Larry Clark partis bien trop tôt...

Mais aussi un film muet de 16 mm de 1964, où l'on voit un jeune mec qui se shoote - film touchant et d'une tristesse absolue, qui s'affiche progressivement sur le visage de sa copine, au fur et à mesure du shoot.

Lust for life

Les années 70 donnent à voir là encore des portraits en noir et blanc d'une jeunesse qui découvre le sexe, l'amitié, parfois la drogue... Mais déjà prédominent les portraits magnifiques de ces ados, des jeunes mecs dont on se dit juste qu'ils sont beaux et sereins. Et dont on devine qu'ils ont déjà beaucoup vécu. Il y a aussi ces photos de couples, s'adonnant à l'amour (voire au triolisme) ou à la drogue, ces scènes d'ados découvrant le sexe, entre fraîcheur et expériences déjà hard..

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Pour les années 80 (portfolio intitulé avec un certain sens de la provoc' Teenage Lust - "luxure d'ados") , Larry Clark a adopté ce qui constituera la sève de son travail: il réalise des portraits au sein de groupes de jeunes dont il parvient à se faire adopter, ou avec des prostitués de la 42e rue de New York. Là, ce sont les années punks: jeunes mecs au crâne rasé et aux jeans moulants.

A partir des années 90, il s'intéresse aux jeunes skaters. Ce seront les prémices de son film "Wassup Rockers". Là, ses photos changent, on voit une jeunesse presque plus sereine. Dans ces portraits grand format, aux couleurs saturées, on y voit des jeunes punks skaters latinos qui prennent la pose, avec fierté et provocation (superbe photo de cet ado qui porte un T-shirt avec pour slogan "Let's start a war" en 1992, en pleine guerre d'Irak...).

Mais aussi, en toile de le fond, là encore la pauvreté absolue: comme ce jeune mec de 12/13 ans qui pose à poil, la clope au bec, près de son père, qui a la bouteille et son dernier-né sur les genoux... Et là, on se demande : quel avenir pour ces ados ?