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jeudi 24 août 2017

Ce que la série "The handmaid's tale" dit de l'Amérique de Trump

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Une fuite éperdue en voiture, les sirènes de flics retentissant derrière. La femme et sa fille en fuite sont rattrapées par de mystérieux hommes casqués, en noir. Plan suivant, le changement de décor est radical. dans un élégant contrejour, la même femme étrangement accoutrée, à la manière d'une servante, longue tunique rouge et casaque blanche. Elle est enfermée dans une chambre nous dit-elle, "mais ils n'ont pas prévu que je m'échappe. Une servante n'irait pas loin. Ils craignent les autres évasions. Celles qu'on peut ouvrir en soi avec un objet tranchant". Au fil des épisodes, cette plongée en continu dans un enfer du futur nous est narrée, en voix off, par Offred (incroyable Elisabeth Moss, révélée dans la série vintage Mad Men, ces élégants pubards), avec une ironie - et une rébellion - constante. "J'avais un autre nom, mais il est interdit à présent". Beaucoup de choses sont interdites à présent".

Bienvenue à Gilead, dictature patriarcale et ses extrémistes chrétiens. Dans un futur (très) proche, ceux-ci ont pris le pouvoir aux États-Unis, et en profitent au passage pour le soustraire totalement aux femmes, reléguées dans ce monde en grave crise de natalité au rang de vulgaires pondeuses. Cette dystopie terrifiante est une adaptation du roman de Margaret Atwood, méconnu en France jusque là, en une série lancée sur la plateforme Hulu (une des concurrentes US de Netflix), et diffusée en France cet été sur OCS (Orange) à partir du 27 juin. C'est une des séries les plus commentées ces derniers mois en France, et une des meilleures que j'aie vues ces dernières années dans les perles de science-fiction (que j'adore et vante ici depuis plusieurs années ;) depuis, mettons, Real Humans, et plus récemment Westworld, où Anthony Hopkins imagine des parc d'attraction peuplés de robots aux faux airs de cow-boys.

Depuis son élection en novembre dernier, l'Amérique de Trump trouve décidément un miroir dans les séries, films et livres. Sorti en début d'année, l'horrifique film Get out reflète une Amérique qui n'en n'a pas fini avec le racisme, ou l'étrange accueil de Chris, beau jeune homme noir, par sa très WASP belle-famille, avant que le tout ne vire façon Tarantino (nos spoils !). Le film, budget de 7 millions de dollars, a raflé 175,4 millions de dollars de recette aux Etats-Unis. Au même moment, Netflix diffusait une série quelque peu borderline, Dear White People dans l'université imaginaire de Winchester, où une soirée "blackface" révélait les tensions raciales…

Il était une fois, donc, le royaume de Gilead, monde futuriste étouffant que n'aurait pas renié René Barjavel. Nous sommes dans un monde futur, où on semble pourtant avoir fait un retour des siècles en arrière. Ici, pas de smartphones, ni machines. On fait le pain soi-même. Chaque foyer est dirigé par un homme omnipotent, et composé de son épouse (privée de tout droit, du droit de vote au droit de travailler, ou encore de détenir son propre compte bancaire,) et d'une servante. Sa robe rouge signifie qu'elle est reconnue, certifiée fertile dans une société où la natalité a chuté en raison d'une grave crise écologique. Elle est violée à échéances régulières par le maître de maison dans une étrange "cérémonie" en présence de l'épouse, dans l'espoir qu'elle donnera un enfant au couple.

Ces servantes sont au centre du récit de cette dystopie, The handmaid's tale ("La servante écarlate"), qui multiplie les symboles parlants. Leur tenue déjà, cette robe rouge qui symbolise leur rôle principal, l'enfantement. Exactement comme dans ''Ravage'' de René Barjavel, roman fondateur de la SF, qui imaginait déjà, en 1943, une société ultra-technologique qui s'effondrait au profit du retour à un traditionnalisme aliénant. Je vous glisse au passage cet extrait révélateur...

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Dans ce monde de Gilead, cette société étouffante a donc créé des rituels, des codes, avec ces étranges phrases pseudo-religieuses devenues banales formules de salutations. "Béni soit le fruit". "Que le Seigneur ouvre". "Gloire à Vous. Que Dieu me rende digne".

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L'image soignée, l'éclairage nuancé, qui donne à de nombreuses scènes des airs de tableaux de Vermeer, traduit ce retour à un passé oublié. Et signifie une hiérarchisation stricte de la société, organisée autour de la vie domestique, du foyer.

Comme toute dystopie, le scénario prend appui sur des fragilités de la société actuelle pour alerter sur dérives totalitaires possibles. Il met en scène nos craintes, il dit l’inquiétude d’un monde qui court à sa perte: anxiété de l’excès matériel, des dérèglements climatiques, montée des inégalités et des violences populistes… Les retours en arrière réguliers montrent avec cruauté la vie passée agréable qu'on a connue, jusqu'il y a peu. Ces personnages, c'est nous, dans un passé proche, comme nous, elles furent des bobos qui prenaient leur caffè latte dans un bar branché. Une manière d'avertir que, si l'on y prend garde, c'est un risque.

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Plus qu'un récit rétro-futuriste flippant, la série est une terrible fable féministe. Elle prend bien sûr un relief particulier dans l'Amérique de Trump. "Quand ils ont massacré le Congrès, on ne s'est pas réveillés, quand ils ont mis ça sur le dos des terroristes et suspendu la Constitution, on ne s'est pas réveillés non plus", avertit Offred.

Ces dernières semaines, cette série a semblé, parfois, être rattrapée par la réalité. "Au moment de se lancer, on se demandait si cela serait plausible. (...) et soudain, six mois plus tard, tout cela était devenu affreusement plus crédible", soulignait Elisabeth Moss dans une interview au magazine Time. La série met en scène le nouveau pouvoir, des réactionnaires ultra cathos mais aussi écolos radicaux, qui prônent un retour au tout-naturel. Cela ne vous rappelle rien? Troublant.

D'autant plus depuis l'élection de Donald Trump, la réalité semble rattraper la fiction. Des exemples? La remise en cause régulière du droit à l'avortement, des Etats-Unis à la Pologne, l'abrogation de l'Obamacare, qui menace le financement du planning familial.

Dans un post sur Facebook, Emmanuel Vivier montre les troublants reflets de l'actualité: des extrêmistes qui réclament l'exclusion de minorités et la fin du droit de vote pour les femmes selon The Atlantic, ou encore quand une part de plus en plus importante de la police américaine (coucou Palantir de Peter Thiel) connecté des données personnelles d'individus sans supervision claire, selon Wired.

Et cet été, l'ultra-violence des manifestations racistes à Charlottesville, qui ont révélé l'Amérique des supremacistes et le retour des cagoules blanches du Ku Klux Klan, que l'on croyait d'un autre temps.

mardi 28 août 2012

Les Pussy Riot ressuscitent le punk (et bien plus...)

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Punk is not dead ? Au choix, on peut estimer que le punk est mort en 1979, ou en 1994, lorsque des poignets cloutés sont apparus comme accessoires pour les jeunes modeuses, ou ces toutes dernières années, récupéré recyclé par la publicité, ou avec habileté par certaines marques, telle la culte Fred Perry, qui fête ses 60 ans.

Les Pussy Riot, melting-pot culturel punk

Mais ces derniers mois, le punk est ressuscité, accolé à un groupe de jeunes femmes Russes de caractère, qui se sont baptisées les Pussy Riot. Le nom aide : il fait référence en lui-même à un melting-pot culturel, entre argot sexy, féminisme et références musicales, renvoyant au groupe punk Riot grrrl et sa leader Susie Bright. Et à une forme d'appropriation par les femmes de leur pouvoir sexuel (entre autres). Même Madonna a imprimé le nom Pussy Riot sur sa peau nue, comme forme d'affichage de sa propre rébellion - qu'elle sait parfaitement exploiter, dans son sens inné du marketing ;).

Le groupe ds Pussy Riot, donc, fut lancé en septembre 2011, émanation d'un collectif artistique d'hommes, Voïna, avec à sa tête le mari de l'une d'entre elles. Elles sont devenues en quelques semaines plus qu'un groupe de jeunes punkettes, mais une cause célèbre pour les artistes et activistes en Occident, un contre-pouvoir non négligeable dans une Russie en train de devenir une "démocrature". Elles se veulent féministes: "Nous voulons être le fouet féministe qui réveille la Russie", expliquait l'une d'entre elles cet été à The Observer Et la lame de fond est en train de monter.

Activisme féministe 2.0

Logique, les médias sociaux relaient à leur tour le phénomène. Comme nombre de révolutions, ils ont contribué à médiatiser bien au-delà de la Russie les Pussy Riot, comme avec cette vidéo de leur fameux happening sous forme de prière punk, "Punk prayer", qui compte plus d'1 million de vues sur YouTube. Tout comme d'autres vidéos de happenings circulent... Car elles ont imposé une nouvelle forme d'activisme en mode 2.0, "girls band" à guitare" avec cagoules, collants flashy, et des happenings mis en ligne aussitôt sur Youtube, avec une certaine dérision, qui n'est pas sans rappeler celle du collectif La Barbe en France.

Un lointain écho, aussi, aux Femen, ces féministes ukrainiennes aux seins nus qui se sont illustrées en coupant à la tronçonneuse une crois orthodoxe. Une nouvelle forme d'illustration d'un revigorant renouveau du féminisme un peu partout dans le Monde, dopé par les media sociaux, de l'Europe aux Révolution arabes, en passant par la France, comme je l'abordais dans cette enquête. Et désormais, peut-être, la Russie. __ "Punk prayer"__

Le 17 août dernier, trois de leurs membres, Maria Alyokhina Yekaterina Samutsevich et Nadezhda Tolokonnikova étaient condamnées à 2 ans de camp pour avoir mené un happening de protestation contre Vladimir Poutine, en février dernier, dans la cathédrale orthodoxe de Moscou, devenue un des points de ralliement pour les activistes. Une condamnation à deux ans de camp de travail (!) qui a indigné dans le monde entier, les images du "procès" circulant dans les médias à cette occasion ayant révélé trois jeunes femmes graciles, âgées de 22 à 29 ans, qui sont photographe, poète et philosophe dans la "vraie vie".

Le révélateur de la mécanique implacable d'un pouvoir russe absurde, cruel, effrayant et machiste à souhait. Un simple titre de musique est devenu bien plus, brisant (un peu plus) aux yeux du monde le mythe d'une Russie moderne et démocratique. Elles sont devenues les renégates du moment pour le pouvoir russe. Car leur musique permet de cristalliser plusieurs points de critiques : corruption du pouvoir, inégalité économique et social, évidemment les droits de la femme...

Et maintenant ? Lors de leur arrestation, le Palais de Tokyo à Paris monte une expo collective, Madonna et Björk leur dédicacent des titres. Le collectif Osez le féminisme! organisait à Partis le jour du verdict une manifestation avec femmes sont venues encagoulées. Et bonne nouvelle, les artistes français réagissent enfin à leur tour: Gilles Médioni signalait ce matin sur son blog ce titre que vient de publier Jeanne Cherhal:pour les Pussy Riot. Faites tourner...

jeudi 25 août 2011

Mauvais "genre"? L'orientation sexuelle dans les manuels scolaires à la rentrée

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Quelques paragraphes dans des manuels de Science et vie de la terre (SVT) pour les lycéens, qui ont déjà mis le feu aux poudres, durant tout l'été. Et la polémique risque fort de se poursuivre en cette rentrée scolaire, s'ajoutant aux débats incessant sur l'évolution des programmes scolaires, et les inquiétants aaambitieux projets de réforme scolaire de Luc Chatel (citons au hasard la suppression de l'enseignement d'histoire en terminale S prévue pour septembre 2012).

Début septembre, donc, les élèves de Première ES et L aborderont un nouveau point de programme: la question du genre et de l'orientation sexuelle, dans un chapitre sobrement intitulé "Devenir homme ou femme". Une partie imposée par la Direction générale de l'enseignement scolaire et annoncée au Bulletin officiel du 30 septembre 2010. Ainsi, dans le manuel Bordas, sur une page (consultable ici en format Scribd), il est expliqué que si l'on naît homme ou femme, l'orientation sexuelle des individus peut varier au cours de la vie, et que si la majorité des personnes sont hétérosexuelles, une partie de la population est homosexuelle ou bi. La question de l'orientation sexuelle appartenant à la "sphère privée".

Mise à jour du 31 août: preuve que le sujet est brûlant, ce mercredi matin, on apprend que 80 députés UMP (!) ont demandé le retrait de manuels scolaires qui en parlent (notamment celui de chez Hachette), adressant un courrier au ministre en ce sens. Leur argument: ils estiment que ces manuels de SVT font référence à "la théorie du genre sexuel", selon eux une "théorie philosophique et sociologique qui n’est pas scientifique".

Interviewé sur le sujet sur France Inter, Bruno Julliard (qui vient de faire son coming-out dans le magazine Têtu), secrétaire national du PS à l'Education, déclarait y voir un "refus de l'avancée de recherches qui démontrent que le genre n'est pas uniquement l'issue d'un contexte génétique, mais aussi la construction culturelle, sociale". Pas de preuves scientifiques avérées (argument des anti-), mais "l'objet de recherches depuis 50 ans, notamment aux Etats-Unis".

Bordas

Réalité sociale & gender studies

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Rien d'extraordinaire, nul militantisme de l'Education Nationale pour la cause gay ou lesbienne. Elle prend juste acte de cette manière d'une réalité, une de ces révolutions silencieuses mais majeures dans la société, qui s'est déjà concrétisée à petits pas: par l'adoption du PACS, ou encore les premiers cas de mariages (à New York le 24 juillet dernier) ou d'adoptions par des homosexuels. Il m'a semblé d'autant plus intéressant et justifié d'aborder ce sujet ici qu'il comporte des enjeux autant sociétaux que scientifiques, et consacre l'importance des théories des genres (gender studies) , qui appartiennent à un courant de pensée né dans les années 1970 dans les milieux féministes américains et la mouvance militante gay.

Sans nier les différences biologiques, la théorie des genres distingue le sexe biologique du "sexe social". Inspirées de philosophes français comme Deleuze, Foucault ou Derrida, les "gender studies" se sont développées aux Etats-Unis. Elles cherchent à démontrer que c'est l'éducation au sens large, dans le contexte historique et social, qui construit le "genre" de l'individu. L’objectif de ces théories est de rejeter le déterminisme biologique de la notion de sexe ou de différence sexuelle pour remettre en question les rôles assignés aux hommes et aux femmes dans la société. Ce qui rejoint les combats féministes sur les modes d'éducation, qui prédisposent les enfants. En 1993, La Barbie Liberation Organisation militait dans cette vidéo contre les valeurs transmises par les GI Joe et les Barbie.

En France, de telles études sont quasi inexistantes. Les débats affleurent dans la société française avec la parité en politique ou les débats sur les quotas. Ou encore des réalités imposées comme 80% de filles dans les filières littéraires au lycée (parce "qu'elles ont un esprit littéraire" - c'est du vécu ;). Même si le sujet s'impose lentement dans le champ de la recherche: Rue Saint Guillaume, à Sciences Po, les questions sur le genre ou sexe social vont faire l'objet d'un enseignement obligatoire, assurée à partir de cette rentrée 2011 par la philosophe Geneviève Fraisse. Quelques femmes d'influence s'intéressent aussi de près à la place des femmes à la tête des entreprises. Telle Natalie Rastoin, patronne de l'agence de pub Ogilvy France, qui m'avait remis l'an dernier une étude McKinsey intitulée "La place des femmes à la tête des sociétés: comment rendre cela possible" (téléchargeable ici en format PDF). Une étude publiée par le cabinet de conseil outre-Atlantique depuis 2007, qui met en avant des projets de recherche démontrant comment les femmes dirigeantes - encore trop sous-représentées - contribuent à améliorer les performances des entreprises. La France est tout de même en quatrième position en 2010 avec 15% de femmes au sein des boards d'entreprises en du CACA 40 en 2010, loinnn derrière la Norvège (32%) et la Suède (27%), mais à égalité avec les US. C'est déjà ça.

Le gender est d'ailleurs au centre du dernier film de Pedro Almodovar, La piel que habito ("La peau que j'habite"), polar froid et technologique qui pose la question de l'identité sexuelle et du changement de sexe. Un sujet déjà abordé plus tôt cet été avec subtilité par Céline Sciamma dans Tomboy ("Garçon manqué"), où Laure, dix ans, cheveux blonds courts et physique androgyne, à la faveur d'un déménagement et d'un quiproquo, se fera passer, le temps d'un été, pour un garçon. Peu ou pas de psychologie, dans ce film. Ce garçon qu’elle devient ne cherche pas à expliquer le pourquoi. Il est. Il ressent, Laure n’a pas de raison pratique ou extérieure pour devenir Mickaël. C’est là sans doute que réside la subversion délicate du film.

La question de l'homosexualité

Nos chères petites têtes blondes seront-elles donc sensibilisées à la liberté de choix sexuel ? Evidemment, cette pilule ne passe pas auprès d'une partie de la droite catho. L'enseignement catholique, des associations familiales ou encore des politiques multiplient les communiqués, e-mails, pétitions et menaces de boycott des livres pour que cette partie du programme soit retirée. Car le fond du problème est sans doute là. Les milieux qui protestent ne veulent pas que l'on parle d'homosexualité. Avec un argument-clé: en parler remettrait en question "la liberté de conscience" que ces associations réclament.

Le 28 juillet, l'Association Familles de France a adressé un nouveau texte à l'Elysée, expliquant : "Vous connaissez parfaitement la théorie du genre. Cette idée philosophique, contestable s'il en est, nous revient des milieux féministes d'outre Atlantique", et ajoutant : "Les familles ont parfaitement compris les objectifs des concepteurs : orienter les jeunes vers des expériences sexuelles diverses, considérant que le sexe social est plus important que le sexe biologique". Elizabeth Montfort, porte-parole de l'association pour la Fondation de Service politique et ancienne député européenne du Rassemblement pour la France de De Villiers, confiait ainsi à ''Libération'' que "ce sujet touche à l'anthropologie de l'homme et de la femme, à la condition humaine et finalement engage l'avenir de notre civilisation".

Sans grande surprise, Christine Boutin est partie elle aussi en croisade contre ces enseignements "contre-nature". Pas surprenant, et pas neutre: la candidate à la présidence de la République entend placer cette question (les gender studies et la place des homos dans la société) "au cœur de son programme", a-t-elle annoncé mercredi 24 août sur Europe 1, dans l'émission "Des clics et des claques", où nous l'avions interrogée (merci Twitter) sur son positionnement sur le sujet. Sans exprimer nettement son opposition, la réponse qu'elle nous a apportée était joyeusement floue - en résumé "la différence physique entre les hommes et les femmes est le fondement de toute société . Le gender parle de distinctions culturelles et sociales". Avant de reconnaître, en fin de séquence, cette phrase - qui flirte avec l'homophobie - qu'on lui prête : "Les civilisations qui ont reconnu l'homosexualité ont connu la décadence".

A côté de cela, plus de 2000 personnes - chercheurs en tête - ont ainsi signé la pétition "contre une censure archaïque" mise en ligne par l'Institut Émilie du Châtelet (IEC), qui vise à promouvoir et à diffuser les recherches sur "les femmes, le sexe et le genre" et insiste sur le danger qu'il y aurait à laisser politiques et religieux "juger de la scientificité des objets, des méthodes ou des théories". "

Enseignement public vs enseignement catho ?

Cette réforme éducative a réactivé la ligne de fracture entre établissements publics (laïcs) et privées (cathos). Le 8 juin dernier, le Snes (principal syndicat des enseignants du second degré) estimait dans ce communiqué qu'avec cette réforme, "des questions au centre de la construction de l’individu sont abordées à l’Ecole, sans tabou, mais aussi sans idéologie et dans le respect des sensibilités de chacun". Et s'inquiétait du danger des "esprits chagrins réactionnaires qui luttèrent et continuent de lutter contre la contraception et l’avortement, instrumentalisent aujourd’hui l’école pour médiatiser leur croisade contre l’homosexualité". Deux jours après, L’Unsa éducation dénonçait un "retour à l’ordre moral", suivi par le Le Groupe national information et éducation sexuelle (Gnies, qui inclut plu­sieurs syn­di­cats d’enseignants, le mou­ve­ment fran­çais du plan­ning fami­lial, le conseil natio­nal des asso­cia­tions fami­liales laïques...) estime de son côté que "l’école a pour mission d’instruire et d’éduquer, dans le respect des sensibilités", alors que dans les établissements scolaires, "l’ensemble des personnels est confronté au désarroi de jeunes en difficulté avec leur orientation sexuelle".

Reste à voir comment les profs de SVT appliqueront (ou pas) ce changement au programme. Sur le fond, ils seront libres de l'enseigner ou pas en cours: "Certains collègues ne sont déjà parfois pas à l'aise avec le fait d'enseigner la reproduction en 4ème et certains du lycée sont très coincés là-dessus", me disait récemment Sophie, prof de biologie (et qui reprécise cela en commentaire ci-dessous). Un tel cours sera sans doute utile à des lycéens qui cherchent parfois leur identité. Mais il est peut-être trop théorique, issu de réflexions sociologiques très pointues et dans l'air du temps (certain soupçonnent d'ailleurs un phénomène de mode autour de son enseignement en lycées), pas forcément à portée de tous En tous cas, les manuels de SVT des Première L et ES ont choisi des angles parfois très différents. Surprenant de lire ainsi chez Bordas que "si, dans un groupe social, il existe une forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios homosexuels". Une phrase qui est en fait un raccourci d’études certainement sérieuses mais qu’il est hasardeux de vouloir présenter en deux lignes. La polémique est loin d'être enterrée...

Chez Bordas:

"L'identité sexuelle est le fait de se sentir totalement homme ou femme. Cette identité dépend, d'une part, du genre conféré à la naissance, d'autre part, du conditionnement social".

"L'identité sexuelle se réfère au genre sous lequel une personne est socialement reconnue".

"L'orientation sexuelle se révèle le plus souvent au moment de l'adolescence et elle relève totalement de l'intimité des personnes".

"Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels".

Chez Hachette:

"L'identité sexuelle est la perception subjective que l'on a de son propre sexe et de son orientation sexuelle".

"Seul le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou féminin".

"L'orientation sexuelle doit être clairement distinguée du sexe biologique de la personne".

"Le mineur de 15 à 18ans est libre d'entretenir des relations sexuelles à condition qu'il soit consentant et que ce ne soit pas avec une personne ayant autorité sur lui".

"Le mineur est libre de ses orientations sexuelles, c'est-à-dire qu'il peut avoir des relations sexuelles soit avec un homme soit avec une femme".

"Durant cette période de fragilité psychologique et affective (l'adolescence), il est souvent difficile de faire face à une orientation sexuelle différente de la norme hétérosexuelle".

Chez Hatier:

"En sociologie, l'identité sexuelle se réfère au genre par lequel une personne est socialement reconnue".

"Montrez que d'autres facteurs peuvent intervenir pour définir l'identité sexuelle d'une personne". (Enoncé d'un exercice).

dimanche 18 avril 2010

Les couv' de la semaine : Causette et Fluide Glamour

Fluide Glamour

Deux, cette fois-ci. Car tous les deux le méritent, et ils ont plusieurs points communs. Dont de relever d'une sorte de presse féminine "féministe": ici, ce n'est pas de cette presse mag qu'on achète pour consommer - pas de rubriques shopping ou beauté, plutôt des postures, des reportages, des angles, du second degré... De la presse (presque) intello donc, mais qui ne se prend pas au sérieux.

Fluide Glamour d'abord : c'est le dernier-né des féminins, après les lancements, ces derniers mois, des hebdos féminins Grazia, Envy et Be (bien pouffe-mags pour certains d'entre eux à mon goût, comme je l'avais écrit).

Fluide Glamour, "magazine-BD" féminin et coquin

Il s'agit d'un magazine semestriel, émanation de Fluide Glacial. Comme son aîné, il s'agit avant tout d'un recueil de BD. A la différence que ce sont ici de jeunes auteures, pour l'essentiel, qui y signent, dont Aurélia Aureta (auteure de la BD Fraise et chocolat, coquine et marrante, qu'un ex bien avisé m'a fait découvrir). Sur 86 pages, le mag comptera 2 (!) pages de pub.

J'ai eu l'occasion de parcourir les épreuves de ce premier numéro (voir l'article que j'y ai consacré sur 20Minutes.fr) : outre les BD, il comporte des rubriques très second degré, signées par dse blogueurs. Dont un shopping sexy, un "éroscope horotique", un sondage "êtes-vous sexuellement désinhibé", un jeu (coquin forcément) "les dames en rut", une irrésistible enquête sur "l'homme-pétasse"... En fait, ce mag tourne en dérision la presse féminine old school. Son premier numéro sera lancé vendredi prochain (22 avril), mais vous pouvez déjà consulter son blog. A vos kiosques...

Causette, "Plus féminine du cerveau que du capiton"

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C'est à l'occasion son premier anniversaire qu'il m'a semblé plus que justifié d'en parler. Là, on est clairement dans la presse féminine-féministe (mais sans posture moralisatrice). Ca faisait longtemps que je voulais parler de ce mag idépendant, qui paraît tous les deux mois. J'adore leur ton mordant, très seconde degré, un peu trash, comme le laisse entrevoir la couv'.

Dans ce magazine charpenté de près de 100 pages, sans pub lui aussi, l'élégance de la maquette, la qualité des photos et des caricatures sont remarquables, sur un papier épais.

Leur "élection de la Quiche d'or" annonce la couleur : pour leur birthday justement, ils ont créé une sorte d'anti-prix féministe, pour dénoncer les projets ou personnes les plus rétrogrades. J'aime beaucoup, d'ailleurs, ce focus sur les sachets poubelle Vuitton (véridique).

détail causette

Ensuite, interview de Maïwenn Le Besco, sujets politiques intéressants, dont un sur les paramètres qui conditionnent le choix électoral (car il y en a des spécifiques pour les femmes, comme le démontre bien le papier)...

Puis un reportage hallucinant sur les "viols correctifs" qui ont été menés contre des lesbiennes en Afrique du sud. Toujours avec des photos de qualité. J'ai bien aimé aussi le dossier consacré au pied (!), la très bonne enquête intitulée "Je suis amoureuse d'un étranger que l'Etat n'aime pas" (à propos de ces "mariages gris" inventés par notre très inventif Eric Besson), un sujet sur le street art face à la justice, et une nouvelle en clôture. 4,90 €, dans tous les bons kiosques.

En fait, malgré la crise de la presse, j'ai l'impression que la presse féminine se porte bien : peut-être parce que l'on a toutes besoin de photos glacés de temps en temps... Mais des mags alternatifs débarquent aussi, comme ceux-ci, et c'est vraiment tant mieux.