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jeudi 13 mars 2008

Le camembert AOC au lait cru sauvé (pour l'instant...)

Je m'en émeuvais il y a quelques semaines dans ce billet : face au lobbying forcené de Lactalis et Isigny-Sainte-Mère, le "vrai" camembert au lait cru risquait de disparaître, les industriels militant pour que le camembert pasteurisé obtienne lui aussi le statut très prisé d'AOC (appellation d'origine contrôlée) "camembert de Normandie". En 2007, les deux industriels, qui représentaient plus de 80 % des volumes de l'AOC (ceux au lait cru ne représentant plus que 15 % de la production totale en France), avaient demandé de faire modifier son cahier des charges pour y autoriser le lait thermisé (chauffé) ou microfiltré, avançant des raisons sanitaires contestées par leurs opposants. En attendant, ils avaient quitté l'AOC.

Or les producteurs artisanaux de camembert semblent avoir décroché une victoire - pour l'instant en tous cas : L'organisme de défense et de gestion du camembert, l'ancien syndicat de défense de l'AOC, vient de renouveler l'obligation d'utiliser du lait cru pour bénéficier de l'appellation. Un vote dont devra tenir compte l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao), qui doit trancher le différend dans les prochains mois.

mardi 8 janvier 2008

Le camembert au lait cru et l'annonceur Lactalis - suite

En pleine période des fêtes, propices à toutes découvertes gatronomiques, je parlais dans ce billet de l'enquête diffusée par France 3 sur la bataille de lobbying de Lactalis pour imposer le camembert au lait pasteurisé... Or il semblerait que je me sois enthousiasmée un peu vite. Le reportage aurait été caviardé, bien davantage que je ne le pensais, d'après ce qu'a déclaré le journaliste Périco Légasse, dans un bref sujet diffusé sur France Inter ce matin. J'y ai notamment appris que de nombreuses citations avaient été purement et simplement coupées, notamment celles démontrant que le camembert au lait pasteurisé a donné lieu à de nombreux cas de listeriose, bien plus que le camembert au lait cru... Une info de première importance évidemment.

Ce qui soulève ceette question : attaquer les principaux annonceurs du secteur agroalimentaire est-il possible en télévision ? Plus encore lorsque cela soulève des questions de santé publique ?... L'émission Arrêt sur images traite précisément de ce sujet dans sa première édition en ligne (accès sur abonnement), à voir sur Internet, c'est là que ça se passe.

vendredi 28 décembre 2007

Le camembert au lait cru menacé ?

Mais si, la question est tout à fait sérieuse, et même cruciale (sans mauvais jeu de mots ;-), surtout pour moi qui adore les bons fromages - accompagnés d'un bon vin etc. (Très bon souvenir du camembert affiné au calva du 24 décembre au soir, au passage...).

Le sujet était abordé dans un passionnant documentaire avant-hier soir, "Ces fromages qu'on assassine", que France 3 a eu le courage de programmmer en prime time, en pleine période de fêtes... Voilà le postulat de ce docu, où un journaliste gastronomique, Périco Légasse, accompagné d'un jeune journaliste suédois (qui joue le rôle du candide) fait son tour de France des principaux producteurs de fromages : le leader européen de production de camemberts au lait cru, Lactalis (ex-Besnier, producteur des camemberts Président et Lepetit), mène un lobbying insensé, depuis quelques mois, pour imposer les fromages pasteurisés. Et pour que le lait cru ne soit plus un critère pour décrocher le sacro-saint label AOC. Pourquoi ce retournement de veste subit ? Tout simplement parce que le camembert au lait pasteurisé (chauffé jusqu'à 72°C, voilà pour les détails techniques) a pour immense avantage de pouvoir rester un mois dans les linéaires de grandes surfaces... contrairement au fromage au lait cru (cuisson à 35°C maxi), qui ne conserve qu'une dizaine de jours. Au grand bonheur du gourmet donc, mais la grande distribution s'estime perdante.

En montrant plusieurs producteurs indépendants un peu partout en France, le documentaire montre à quel point les fromages pasteurisés pourraient tuer l'originalité des "vrais" fromages, voire "pasteuriser les esprits" - comme le montre une séquence très révélatrice, où une formatrice de l'Université du goût de Tours souligne que le critère des futurs "goûteurs" est désormais de sélectionner "ce qui doit plaire au marché" - sic.

C'est un papier dans le Canard enchaîné de la semaine dernière qui avait retenu mon attention. Lors de la projection de presse du documentaire, le dircom' du groupe Lactalis aurait laissé entendre que son groupe pourrait sucrer le budget publicitaire annuel 2008 de Lactalis pour France Televisions (20 millions d'euros tout de même). Car Lactalis n'aurait pas supporté que le doc montre comment deux personnes ... et des robots se chargent du "moulage à la louche" de 250 000 camemberts par jour. Finalement, contrairement aux craintes du Canard, France 3 n'a pas déprogrammé le doc... Mais on a pu apprécier les 'bip" lors d'une interview - savoureuse - d'une pubeuse de l'agence DDB, qui expliquait le B-A BA des campagnes de pub autour du bip-Lactalis, le "grand cru du camembert" ;-).

calendos