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Parcours surprenant pour Rue89, le site d'infos généraliste en ligne qui a choisi un second support : un titre de presse papier, Rue 89 - Le mensuel donc, qui sera disponible en kiosques à partir de demain.

J'ai eu la chance de pouvoir le feuilleter en avant-première, donc ça mérite un nouvel exercice de feuilletage virtuel, que j'ai déjà eu l'occasion d'exercer ici.

La démarche d'abord: étrange, ces pure players du web qui choisissent d'investir les kiosques à journaux. J'ai eu l'occasion d'en parler sur 20minutes.fr il y a quelques semaines, et encore dans cet article.

En résumé, cela leur permet de partir à la conquête d'un nouveau lectorat qui ne connaissait pas forcément leur site, de gagner en visibilité, et de diversifier leurs revenus, notamment en attirant les annonceurs. De fait, ce premier numéro de Rue89 papier compte 9 pages de pub: pas mal pour un magazine d'une centaine de pages...

Format mini

Ce mensuel sera donc vendu 3,90 €, et si Rue89 a mis les moyens pour ce premier numéro (diffusé à 85 000 exemplaires en kiosques), il lui faudra assurer une vente moyenne de 20 000 exemplaires par numéro pour atteindre le seuil de rentabilité.

Première surprise lorsqu'on l'a entre les mains: le format. Certes, c'est un mensuel, mais ici, pas de grand format en papier glacé , plutôt un mag au format mini: le Glamour de l'info géné, pour résumer un peu vulgairement. En tous cas, je trouve assez osé qu'ils aient opté pour ce format mini, plutôt en presse féminine, mais pas dans les presse d'infos "sérieuse". Un format qu'a certes adopté aussi Le Monde pour son nouveau mensuel, me faisait remarquer une collègue. Reste à voir si le lecteur accrochera, d'autant que le prix au numéro est relativement élevé...

La maquette, ensuite. Étonnamment, le sommaire reste très fidèle à celui de Rue89 en V.O. sur le web. Ils ont conservé les codes-couleurs, et les intitulés de rubriques ou de rendez-vous récurrents. Le sommaire est basique: "la rencontre", "la politique", "la société", "le monde", ainsi que les déclinaisons de Rue89 déjà présentes sur le Web (qui se sont presque imposées comme des marques), "Eco89", "Planète89", et "Rue69", émanation d'un des blogs érotiques féminins les plus réussis à mon sens.

Transposition du web au papier

Rue89 a fait le pari de proposer environ "70% de contenus issus du web, que nous avons réadaptés, et 30% de contenus originaux "produits pour le papier", m'expliquait Pierre Haski, directeur de la rédaction et co-fondateur de Rue89. Gonflé: le lecteur acceptera-t-il de payer pour des articles qu'ils trouve déjà en grande partie (gratuitement) sur le site web de Rue89 ?

En fait, plus qu'une déclinaison de la "marque" Rue89 en magazine, il s'agit presque d'une transposition du web vers le papier. Ce qui est loin d'être illogique: il s'agit donc pour eux de conquérir de nouveaux lecteurs, qui ne connaissent pas forcément leur site.

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Le lecteur est loin d'y être perdant: cela permet à Rue89 de valoriser ses articles (qu'ils aient déjà été publiés sur le web ou pas), grâce à une maquette, des illustr, des photos... J'aime bien, par exemple, des effets de maquette assez osés comme celui ci-dessus. Surtout, il s'agit de rentabiliser leurs écrits, en les déclinant sur un second support: "les producteurs de contenus doivent rentabiliser leurs articles sur plusieurs canaux", m'expliquait l'expert des médias (mais pas que...) Jean-Clément Texier.

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Dans les pages, la maquette est assez classique, en même vivante, très mag, avec la part belle donnée aux photos. Surprenant, ce choix éditorial - très culture web en somme - de publier une sélection de commentaires d'internautes à la suite d'articles repris du web.

En le feuilletant, on a donc des news, des interviews au long court, enquêtes (bon sujet - fact checking sur les 3 premières années de mandat de Nicolas Sarkozy), un (timide) portfolio, des chroniques culture vers la fin, et enfin, les bonnes feuilles d'un essai d'un philosophe sur le foot.

And next ? Reste à voir si Rue89 version papier trouvera sa place en kiosques, alors que pour Bakchich - qui a certes une ligne éditoriale très différente - l'essai semble difficile à transformer...