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lundi 17 octobre 2011

Presse papier de luxe; Steve Jobs (bientôt) le bioptic; Apple par Ray Bradbury; Wikipedia.it c'est fini, RIP Göksin

Sélection non exhaustive de liens glanés sur la Toile, sur Twitterland, en nouveaux media, pratiques journalistiques, innovations...

  • Les quotidiens muteront vers Internet et ne garderont une version papier "que certains jours", voire une fois par semaine, pour s'adapter à des lecteurs hyperconnectés qui n'ont "plus le temps de lire un quotidien tous les jours", estime Jean-Marie Charon (JDD), en réaction à l'arrêt de la diffusion papier de France-Soir.
  • En étrange écho, cette annonce aux US, où Condé Nast s'associe à HP pour proposer aux lecteurs d'imprimer leurs magazines sur leur imprimante.
  • Le guide de participation des journalistes AFP aux réseaux sociaux : un précédent qui pose question, réponse "à une demande des journalistes" d'après la directrice adjointe de l'information.
  • Un hommage à Göksin Sipahioglu, fondateur de l'agence photo Sipa, s'est éteint mercredi 5 octobre. Son agence, incarnation du photojournalisme à l'ancienne, était en difficultés depuis un certain temps, dans un secteur en mutation, comme l'a reflété l'édition de Visa pour l'image de cette année.
  • Dans cette interview à L'Expansion, Jean-Louis Gassée, ancien dirigeant d'Apple de 1981 à 1990, raconte que "Steve Jobs" avait demandé à Ray Bradbury d'écrire un poème pour Apple. Je m'en souviens encore. Il se terminait par "Hey, les trouillards, de quoi avez-vous peur ?" . RIP Steve Jobs, mais outre sa biographie autorisée et la vague de fast books attendus, Hollywood devrait sortir son bioptic: Sony a acquis les droits de sa future biographie pour en tirer un film.
  • La loi italienne s'apprête à tuer toute critique exprimée en ligne: l'exemple de Wikipedia.it.
  • Mme vs Mlle. Comment le "Mademoiselle" est devenu ringard aux Etats-Unis et au Québec, décrypte Slate.fr. A contrario, Grazia a réalisé un sondage révélateur, où beaucoup des sondées considèrent le débat sur le Mlle/Mme secondaire.
  • Minority Report & Precrime ? Homeland Security testing FAST, designed to flag criminal intent before a crime happens (Wired).

dimanche 3 juillet 2011

L'agence Sipa en difficulté, dernier fleuron d'un photojournalisme qui périclite ?

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Goksin Sipahioglu – Paris, France – 10 et 11 Mai 1968

Tout un symbole. L'annonce a été officialisée cette semaine: l'agence photo Sipa Press est sur le point d'être vendue à une agence allemande, DAPD, au prix de 34 licenciements sur les 92 salariés, dont 16 des 24 photographes, d'après Le Monde. Une véritable saignée à blanc, où l'activité de photojournalisme d'une des dernières prestigieuses agences survivantes est sacrifiée. A terme, toujours d'après le quotidien, l'agence DAPD (deuxième agence de presse outre-Rhin), contrôlée par un fonds d'investissement, vise à transformer Sipa en agence filaire généraliste, donc en concurrence directe avec l'AFP et autres Reuters.

L'annonce est loin d'être anecdotique, et révèle une fois encore l'évolution (la disparition annoncée ?) dans la douleur des fleurons du photojournalisme, en déconfiture depuis une dizaine d'années, pêle-mêle face au média Internet, la montée en puissance des agences filaires, la crise de la presse, et la dégringolade des prix de la photo. Alors que la plupart des titres de presse magazine mettent fin peu à peu à leurs services photo internes.

Une annonce de mauvais augure, à la veille de l'ouverture de deux des rendez-vous photo les plus cotés pou la profession, les Rencontres de la photo d'Arles - ouvertes demain le 4 juillet, elles porteront sur la photo au Mexique et la guerre d'Espagne vue par Robert Capa- et le Festival Visa pour l'image de Perpignan, qui ouvrira fin août.

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La dégringolade pour Sipa Presse avait commencé en 2001. Son légendaire fondateur, le volcanique photographe Gökşin Sipahioğlu, qui l'avait fondée en 1973 (allez lire cet entretien de folie réalisé en 2005 par Frédéric Joignot sur son blog), s'est alors résolu à la revendre à Sud Communications (groupe Pierre Fabre). Malgré ses 25 photographes, ses 600 correspondants, ses 500 reportages photo vendus chaque mois dans plus de 40 pays, elle affiche 2 millions d'euros de pertes en 2010.

Les 3 "A" rachetées, le photojournalisme périclite

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Concurrencées par les agences d’informations généralistes (dites agences filaires) comme l’AFP et AP, lâchées par une presse mag qui consacre davantage de couv' vendeuses aux people (ou politiques peopolisés) qu’au photoreportage, les trois "A" ont toutes perdu leur indépendance, avant de déposer les objectifs photo. Quant au photojournalisme, il périclite.

Les autres agences-stars des années 70, Sygma et Gamma, se sont en voie d'extinction. Sygma, fondée en 1973 par Hubert Henrotte après un conflit avec l'agence Gamma, rachetée en 1999 par le groupe américain Corbis (propriété personnelle de Bill Gates), était en cours de reconversion en avril 2001. En agence qui ne produirait plus de reportages photos, pour se concentrer sur la diffusion de ses fonds numériques.

Comme je l'écrivais alors dans cette enquête pour Les Echos: forte des fonds de 65 millions d'images issus des collections Bettmann ( photos historiques, dont celles de l'agence United Press International), de la National Gallery de Londres, du photographe Yann Arthus Bertrand, et des agences Sygma (actualité),TempSport (sport) ou Stopmarket (photos d'illustration), elle ambitionnait alors de vendre sur Internet ses prestigieuses archives une fois numérisées. Avec une facture déjà douloureuse: 90 personnes, dont 42 photographes, avaient été licenciés dans le cadre d'un plan social. Las, elle a déposé le bilan en 2010, suite à un contentieux avec un de ses ex-photographes.

Gamma-Rapho sera elle aussi emportée dans le sillage de la mise en liquidation du groupe Eyedea Presse, en 2010. Créée en 1966 par des photographes dont Raymond Depardon et Jean Lattès.où le groupe de presse Hachette Filipacchi Médias (HFM) prenait 75% de participation en 1999, en misant sur la vente de ses fonds numérisés, et sur un e-commerce BtoB, elle était rachetée par le photographe François Lochon en avril 2010, et concentrée sur la seule vente d'archives.

Tentatives de virages numériques

Il y a bien eu des tentatives pour renouveler le photojournalisme indépendant à l'ère du numérique. En 1999, Floris de Bonneville _ un des cofondateurs de Gamma _ lance GlobalPhoto, qui propose alors aux agences et aux photographes indépendants de gérer la vente de leurs images, surtout dans le secteur de la presse magazine. Une manière de trouver la parade pour maintenir l'indépendance des agences, alors que Floris de Bonneville avait proposé _ en vain _ à Gamma, Sygma et Sipa de s'unir sur Internet. Un an après, GlobalPhoto est rachetée par PR Direct, spécialisée dans la photo d'illustration. Le projet ne semble pas avoir survécu.

En décembre 2002, même le National Geographic inaugure une stratégie de commerce en ligne et tente de se placer sur le même créneau que les agences photo, en lançant en partenariat avec IBM, un site Web baptisé Ngsimages.com, dédié à la vente en ligne de son catalogue de photographies.

Alors, quel avenir pour les agences photo, face aux agences filaires géantes, telles l'AFP et Reuters, spécialisées dans la seule photo d'actualité (quitte à tirer vers le people) ? Un des seuls recours semble être la photo d'illustration. Seules les agences de photo d'illustration tirent encore leur épingle du jeu: des banques d'images en ligne gratuites ou à moins d'un dollar telles que Stock.XCHNG, ou encore Shutterstock, les magazines et autres journaux ont à disposition des photos d'amateurs ou de professionnels à des prix défiant toute concurrence.

L'agence Getty Images a tôt choisi ce virage. Fondée en 1995 à Seattle, initialement banque d'images pour agences publicitaires, elle s'est diversifiée dans la photo d'actualité à coup d'acquisitions, devenant premier fournisseur d'images (photos et vidéos) pour les agences publicitaires et groupes média. Pour contrer la concurrence d'Internet, elle acquiert en 2006 le site de vente de photos à bas prix iStockphoto, banque d'images bon marché mais de moins bonne qualité. L'agence a aussi revu ses tarifs à la baisse et proposé des ristournes sur ses photos en offrant par exemple ses photos basse résolution à seulement 49 dollars.

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Je connais quelques photographes qui œuvrent en agence filaire, et s'en tirent plutôt bien (mais se contentent de faire des photos d'actu, sans trop se poser de questions, plus de reportages...), d'autres qui galèrent. Même des signatures, comme Reza, qui semble faire moins de reportages qu'avant faute de budget alloué par les magazines.

Restent quelques initiatives notables, telle l'agence britannique VII (lire " Seven"), lancée en septembre 2001 lors du Festival Visa pour l'image de Perpignan en septembre 2001. Mais un projet porté par sept pointures du photojournalisme, transfuges d'agences traditionnelles _ que ce soit le président de VII Gary Knight (ex-Saba), James Nachtwey (ex-Magnum), ou la Française Alexandra Boulat (ex-Sipa - décédée depuis). Dotée d'une structure légère, l'agence opère uniquement sur Internet et mise sur une valeur ajoutée technologique. Disséminés dans différentes villes du monde, les photographes-fondateurs numérisent les sélections de leurs photos, ce qui permet de réduire les frais de gestion et d'archivage. Sans doute un des derniers vrais projets d'agence à l'ancienne, encore active, menée par des stars du photojournalisme.

On trouve aussi des collectifs désormais installés comme Tendance Floue (L'Oeil Public a fermé l'an dernier me signale un lecteur), et une fédération de pigistes comme Fede Photo. Mais pour tous, le renouveau doit inclure des activités rémunératrices -comme la publicité ou le "corporate“ pour financer les reportages. Et une patte, une personnalité face au ton photographique toujours plus standardisé des grandes agences.