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mercredi 8 janvier 2020

2020, année-test pour les "copycats" de Netflix

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La récolte a été décevante pour Netflix, dimanche dernier, lors de la tenue de la 77ème édition annuelle des Golden Globes, à l’hôtel Beverly Hilton de Los Angeles. Un baromètre, une sorte de répétition générale des Oscars, qui récompense les meilleurs films et séries de l'année écoulée. Il était pourtant donné favori, avec 34 nominations, mais est reparti avec seulement deux prix, pour un seul pour le cinéma, avec le prix du second rôle pour Laura Dern (Marriage Story). Ce loupé de Netflix n'est pas vraiment choquant, malgré la campagne publicitaire à très gros budget qu'il a menée pour ses chouchous: The Irishman était magnifique, un condensé du style Scorsese pour ses fans... mais beaucoup trop long (3 h 30 !). Marriage Story, très bien joué, était extrêmement réaliste (stressant même)- et nécessitait trop d'efforts émotionnels en période de vacances.

En revanche, AT&T a été le grand gagnant, avec des prix pour les séries de HBO Chernobyl et Succession, et pour le film Warner Bros Joker, et le prix d'interprétation masculin - sans surprise - pour Joaquim Phoenix. Ce qui laisse penser que l'opérateur télécom a tiré profit de son acquisition cinéphile de Time Warner en 2018. En outre, One Upon a Time in Hollywood, de Quentin Tarantino, produit par Sony Corp., a raflé les statuettes du meilleur film et du scénario, le mettant peut-être dans la meilleure situation en vue des prestigieux Oscars, qui se tiendront le 10 février.

Streaming Wars

Mais 2020 sera bien l'année de la bataille du streaming - streaming wars comme on dit déjà outre Atlantique, sorte d'allusion cinéphilique à Star Wars. que les Golden Globes, Oscars et autres Palmes ne suffiront pas à évaluer. L'évolution des marchés peut être une jauge plus fiable: bien que cela soit encore flou en ce début d'année, les cours de Netflix sont en tête: ils clôturaient en hausse de 3,8% lundi, à 335,83 dollars par action. Walt Disney Co. est à peine positif, clôturant à -0,55% (145,71 dollars) lundi. Puis suivent AT&T, Comcast, et les autres - qui stagnent ou sont dans le rouge.

En France, pour l'heure, Netflix, Amazon et Apple ont déjà lancé leurs propres plateformes de streaming vidéo. Disney doit dégainer la sienne, Disney+, courant mars. Mais le marché va devenir encore plus encombré outre-Atlantique: en avril, Comcast va lancer Peacock. Le même mois, un nouveau service de streaming vidéo pour mobiles (coucou la génération Y) sera lancé par le magnat des médias Jeffrey Katzenberg et Meg Whitman, ex-CEO de eBay et de HP. En mai, HBO Max, le nouveau foyer de Friends et Game of Thrones, sera aussi lancé.

Les bundles, prochaine étape dans le streaming wars

Les investisseurs de Comcast devraient avoir davantage de détails à propos de ses projets en streaming la semaine prochaine. Il semblerait que la firme étudie le lancement d'une version gratuite (oui !) de Peacock, qui préfèrent s'infliger des écrans publicitaires plutôt que de payer un abonnement. Comcast repose sur un modèle de package de services câblés (rappelons que l'ADN de la télé US repose sur des chaînes câblées, aux prix d'abonnements élevés), il se pourrait aussi que la firme cherche à combiner des offres de streaming vidéo avec ses services internet. En fait, les bundles (offres combinées) pourraient être la prochaine étape dans la bataille du streaming, pour se faire une place avec une valeur ajoutée face aux abonnements Netflix, qui pêchent par manque de nouveaux services.

Disney+ s'est lancé, à première vue, avec succès en novembre dernier, en signant 10 millions de nouveaux abonnés le seul premier jour. Il approcherait maintenant les 25 millions d'abonnés. selon certains analystes, il aurait contribué à réduire d'au moins 10% la base d'abonnés de Netflix. Mais ce serait oublier un peu vite que, côté contenus, Disney+ est pour l'instant surtout calibré pour les superfans de Star Wars et pour les enfants. c'est là que Hulu, autre service de streaming US (qui appartient désormais à la galaxie Disney) pourra jouer son rôle: les abonnés qui paient 13 dollars d'abonnement mensuel à la fois pour Disney+ et Hulu peuvent aussi avoir accès à ESPN+ (un service de streaming vidéo... sportif) gratuitement - une manière d'attirer une audience plus large. Au passage, Disney est ainsi le seul à "découper" ses offres de streaming par cibles.

Le défi pour Disney, cette année, va consister à prouver que ses investissements coûteux dans des contenus exclusifs pour Disney+ ont permis de rendre ses clients captifs, et n'est pas une simple option supplémentaire pour les fans de Netflix. Comme Netflix, Disney commence à afficher des pertes monumentales: elles sont estimées à quelque 4,5 milliards de dollars rien que pour cette année fiscale, selon Michael Nathanson, analyste chez MoffettNathanson.

Du côté de AT&T, son service HBO Max sera lancé en mai pour 15 dollars par mois - le même prix qu'un abonnement à la chaîne câblée HBO. Mais il ne sera pas rentable d'ici 2025: là aussi, pas de quoi rassurer les investisseurs.

L'offre de produits en streaming vidéo va donc s'étendre en 2020 - mais la part de gâteau des revenus ne va pas s'élargir. Ces firmes et d'autres - telles Apple, Amazon, ViacomCBS, etc - se battent pour capter les mêmes téléspectateurs qui disposent d'un nombre d'heures limitées pour binge watcher la télévision chaque jour, et d'un budget restreint.