"Digital Journalism. Société, pouvoirs et cultures numériques". Le slogan est simple, avec une ouverture "sociétale" évidente, bien au-delà de la high tech. Cela faisait un certain temps que je voulais en parler, et justement, ils ont lancé ce vendredi la nouvelle version de leur site, (très agréable) choc esthétique, par lequel on comprend d'emblée que l'on ne se ballade pas sur un simple site d'infos.

Owni.fr est l'un des derniers-nés dans cette nouvelle génération de sites d'information apparus sur la Toile depuis 3 ans. Qui, fait notable, sont toujours là 3 ans après... Après Rue89, Bakchich.info, Mediapart, Arretsurimages.net (présentés alors comme relevant du "journalisme participatif... notion déjà démodée depuis), ''Slate'' France en 2009, Eco89 et E24.fr (dont je parlais ici) ainsi qu'ElectronLibre, Owni.info explore lui aussi, depuis un an, les voies du "journalisme digital". Comme d'autres, il tâtonne, expérimente des voies susceptibles d'être empruntées par le journalisme de demain.

Un autre pure player de la Toile, qui, lui, a pour particularité de mêler ses productions journalistiques, écrites/filmées par son équipe, à des billets de blogs repris ailleurs (dont les miens). D'ailleurs, il se réclame clairement du "journalisme de liens".

A l'origine de ce projet, Nicolas Voisin, blogueur, qui s'est notamment distingué avec le Politic'Show, une Web TV qui suivait les candidats à l'élection présidentielle.

Engagement, journalisme de liens

Ce site hybride, fort d’un réseau de multiples contributeurs (auteurs, professionnels, chercheurs, entrepreneurs,internautes actifs, journalistes... dont moi-même ;) est né en avril 2009 en France lors de la bataille contre la loi Hadopi, engagé pour les libertés numériques, et vise à faciliter un débat public constructif, critique et technophile.

A la Une en ce moment: une itw vidéo du groupe Hocus Pocus et sa vision d'Internet, une itw de Renée, 76 ans, amatrice éclairée d'Internet, un focus sur IlPost.it, premier pure player d'info de la péninsule italienne, un focus sur Prison Valley, le webdoc du moment, un outil malin pour débusquer les images photoshopées (pardon, retouchées)...

Hybride donc, il se veut à la fois "média, réseau social et plateforme de publication", et présente une sélection d'articles et billets (tous publiés sous licence Creative Commons, donc librement reproductibles sur la Toile) pour refléter ce qui fait débat sur l’évolution de la société numérique. Texto, "Owni est un media social collaboratif sur les cultures numériques et l'avenir de l'information en réseau. Un think thank à ciel ouvert auquel participent journalistes, blogueurs, entrepreneurs, étudiants et chercheurs. On y expérimente le digital journalism et on y pense le monde qui nous entoure sous un regard critique, constructif et technophile", explique son fondateur Nicolas Voisin.

En fait, plutôt qu'un média grand public, il faut y voir un laboratoire d'expérimentation pour initiés, qui reflète une multitude de points de vues émis par ses nombreux contributeurs. A vrai dire, sa ligne éditoriale (et même la maquette du site) rappelle furieusement ses lointains prédécesseurs du début des années 2000, comme (feus) Transfert, Newbiz, Futur(e)s, et les contemporains Technology Review et, bien sûr, the master ''Wired''.

Nouveau design épuré

La nouvelle version du site, en ligne depuis deux jours, renverse les codes esthétiques des sites webs d'infos. J'en avais eu un aperçu il y a une quinzaine de jours, en voyant les storyboards placardés aux murs des bureaux de l'équipe de journalistes et geeks passionnés d'Owni, Rue de Malte à Paris.

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Pas d'accumulation de titres et de colonnes, comme ont tendance à le faire beaucoup de sites d'infos, ici, la mise est épurée, moderne. Les quelques dernières publications sont mises en avant dans des carrés, un grand rectangle flashy, vers le bas de la page, permet de valoriser quelques best-of, avec des magnifiques illustrations, entre lesquels on peut naviguer à l'horizontale. Un site qui repose sur le scrolling, donc. En bas de page sont affichés les derniers commentaires.

Pour naviguer entre les pages, pas d'onglets, juste de discrètes notifications en haut de page ("aujourd'hui", "-1", "-2", "-3", "l'hebdo", "le mensuel", "date"); Pour naviguer par rubriques, idem, le minimalisme est de mise: il y a l'actu ("On air"), les articles comportant les tags Acta (pour mémoire, Owni a été créé en réaction au projet Hadopi), "Journalisme" (ie avant tout les nouvelles pratiques journalistiques), "LOL" (ouais, il faut bien un peu de déconne), et Twitter.

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Sur les pages des jours précédents, même chose, design très recherché avec des articles et billets mis en avant par un système de carrés, eu surimpression de photos ou dessins, et un header assez remarquable pour la page Le Mensuel. Une manière de distinguer cette page de l'actu immédiate plus mise en avant sur les pages quotidiennes, nourries par le flux des billets et articles des contributeurs.

Nouvel écosystème des médias

La question qui tue pour tous ces nouveaux médias, qui expérimentent de nouvelles manière de pratiquer le journalisme : où trouver l'argent ? La pub, discrète chez ses congénères, et carrément absente des pages de Owni.

Les autres cherchent des nouvelles recettes de financement : Rue89 propose des prestations de formation, Mediapart a misé sur un modèle semi-payant (il faut s'abonner pour accéder aux contenus les plus approfondis, comme les enquêtes et reportages), tout comme Arretsurimages...

Les media old school, pour leurs sites, tâtonnent quant à lancer une dose de payant, comme Liberation.fr et LeFigaro.fr, qui se sont prudemment lancés sur le payant il y a quelques semaines L'Express.fr, qui avait annoncé fin 2009 lancer (un peu) de contenus payants

En fait, Owni repose sur la société 22mars, qui est la vraie cheville ouvrière du tout. Elle assure des prestations de conseil, créa & développement, ainsi que de formation, autour des media sociaux. Dans les détails, "l'entreprise 22 Mars, maison-mère d'Owni, a décidé d'ouvrir son capital à hauteur de 10 % à de généreux investisseurs pour lever 600.000 euros. L'opération valorise 22 Mars à 6 millions d'euros. Ce qui peut paraître un peu élevé...mais 22 Mars/Owni n'est pas une coquille vide. Avec cette levée de fonds, l'entreprise vise raisonnablement 1 million d'euros de chiffre d'affaires et une rentabilité de l'ordre de 20 à 30 % dès 2012. Ce qui semble jouable compte tenu du modèle et de l'économie de moyens (6 salariés à ce jour) du projet", comme le révèle Jean-Christophe Féraud, qui m'a devancée en consacrant un long et passionnant billet à cette nouvelle mue de la "soucoupe" Owni.

Ambitions européennes

Intéressant, Owni a des ambitions européennes. Comme l'annonce Nicolas Voisin dans ce billet, OWNI vise, à moyen terme, à faire une veille d'actu "numérique", avec bientôt "un réseau de vigies européennes", puis le lancement d'une version anglaise d’OWNI courant 2011, ainsi que le lancement international d’"OWNIeditors, l’association en cours de constitution des éditeurs d’OWNI", qui visera à obtenir des "subventions et partenariats d’ampleur transfrontalière".