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jeudi 23 février 2012

Quand les candidats dévoilent leurs playlists

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Comment montrer que l'on est branché, familier avec les technologies, les réseaux sociaux et les nouvelles formes de consommation culturelle, tout en donnant l'impression de livrer - un peu - sa culture musicale ? Barack Obama a inauguré cette nouvelle tendance au début du mois, en dévoilant le 8 février sur son profil Twitter sa playlist musicale sur Spotify. Un coup de pub inespéré au passage, pour la start-up suédoise de streaming musical, qui ne boudait pas son plaisir le jour-même, et se fendait d'un communiqué de presse.

Une playlist d'une trentaine de titres, très... politique, avec un équilibre entre les groupes pour teenagers (No Doubt), indépendants (Arcade Fire, Sugarland), pop-rock 80s (U2, Bruce Springsteen)... Très majoritairement US, pas de world music ou de musique classique. Et une symbolique aussi très politique de certains titres ("Raise Up", "Stand Up", "No nostalgia", "Everyday America", "Home", "My town")...

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En tous cas, les deux principaux candidats français ont tôt fait de reprendre le concept. Après tout, Barack Obama a été à la pointe de la communication politique sur Internet en 2007, autant reprendre ses recettes... Nicolas Sarkozy annonçait ce matin sur son fil Twitter que ses "classiques sur Deezer" (on remarque ici le recours à une boîte française de streaming musical), dévoilés sur sa page Facebook. Au programme, 9 titres, tous français, excepté le classique du rock'n roll "Love Me Tender" d'Elvis Presley. Sinon, du Brassens, Enrico Marcias, Julian Clerc, Aznavour, et - seule femme - Carla Bruni (forcément). Mention spéciale pour les titres très France profonde ("Chanson pour l'Auvergnat", "Les gens du Nord").

Au passage, l’internaute curieux découvrira les goûts cinématographiques du locataire actuel de l'Elysée, qui ne prend guère trop de risques: il est (forcément) fan des films à succès Une séparation, Intouchables, l'oscarisable The Artist, Des hommes et des dieux...

Quant au candidat François Hollande, comme l'a relevé Vincent Glad sur Twitter aujourd'hui, il a été amené à dévoiler sa propre playlist, sollicité par le blog skeudsleblog. Au programme ici, 10 titres, eux aussi presque tous français (à la seule exception du tube "Rolling in the deep" d'Adele - fédérateur et sans risques...). La moyenne d'âge des chanteurs est bien plus jeunes que la playlist précédentes, et on admirera l'effort d'avoir une palette variée, entre classique 80s (Jean Louis Aubert, "Temps à Nouveau"), voire très classique (Léo Ferré, "Jolie Môme"), plus contemporain mainstream (Olivia Ruiz, "Elle panique", Nolwenn Leroy, "Ohwo"), avec forcément une dose de titres engagés (le fameux "Chant des partisans" repris par Les Motivés en 2007, ou émouvants - terriblement bobo ("Pourquoi battait mon cœur" d'Alex Beaupain, issu de la B.O. des Chansons d'amour du très parisien Christophe Honoré).

Une nouvelle arme de com' politique assez habile: rien de tel que des titres ou groupes connus pour fédérer, des internautes-électeurs sensibles à ce côté "je livre mes goûts perso, ce que j'écoute sur mon lecteur MP3". Mais peut-être et surtout le gadget politique absolu, et finalement très secondaire. Affligeant, très léger, simple accessoire séduisant. A prendre donc au second degré...

vendredi 22 avril 2011

Les "concerts privés": les concerts sont-ils devenus un loisir de luxe ?

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Il y a quelques semaines, j'ai assisté à un concert de PJ Harvey à La Maroquinerie, une petite salle parisienne de quelques centaines de places, très prisée pour la qualité de son acoustique. Joli concert, j'étais à 4 mètres de PJ, que j'écoute depuis 15 ans et ses débuts avec le très énervé et jouissif Dry. Je n'ai pas boudé mon plaisir, malgré l'auditoire un peu froid...

Nous étions une poignée de privilégiés à voir la grande dame trash british, qui mêlait punk-rock et mélodies folk. D'autant plus privilégiés que la lady n'a donné que deux concerts en France ce printemps, à l'occasion de la sortie de son dernier album, Let England shake: l'un, à l'Olympia - tarifs prohibitifs (60 € la place), et l'autre, à La Maroquinerie, auquel j'ai donc eu la chance d'assister en tant qu'invitée... Comme l'ensemble de l'auditoire. Il s'agissait en effet d'un "concert privé", auquel n'assistaient que des invités, et des gagnants à un jeu-concours organisé par les partenaires, Deezer et Arte Live Web. Eh oui! Car ce concert organisé par la plateforme d'écoute de musique à la demande Deezer était réservé aux heureux internautes membres de sa communauté ayant gagné des places via un jeu-concours en ligne - et bien sûr aux habituels invités de ce genre d'événements.

Loisir de luxe

En résumé, outre un concert à prix prohibitif pour le commun des mortels (non-invités donc ;), bien loin derrière les places à 30 € de sa tournée de 2002 - preuve que la star néo-punk s'est embourgeoisée ? - ce concert très privé était la seule alternative. Les concerts seraient-ils devenus un loisir de luxe ?

Ou tout simplement, ce n'est peut-être plus une activité rentable pour les maisons de production... Une étude menée sur quatre ans par le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), publiée cette semaine, montre en effet la galère pour les jeunes artistes à se produire en tournées. Sur 650 demandes d'aide à la production déposées entre 2006 et 2009 (par de jeunes artistes, mais aussi par des musiciens confirmés comme Thomas Dutronc Jean-Louis Murat), l'étude révèle une baisse de 22% de la durée moyenne par projet et un recul de 21% de la fréquentation. Ouch...

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En fait, les "concerts privés" sont un format, une sorte de package de luxe très marketé en plein développement. Terrible révélateur d'une industrie musicale en pleine déconfiture. En recherche de nouvelles recettes. Depuis quelques années, ce nouveau format de concert se fait discrètement sa place dans les grilles de concerts.

Il y a le cas particulier de concerts privés au premier degré - ces cas caricaturaux de chanteurs qui se produisent lors d'anniversaires de milliardaires, payés rubis sur l'ongle, ou qui font des sortes de gigantesques ménages, assurant l'ambiance musicale lors de défilés de mode ou de soirées corporate, comme le cas récent de Sting lors d'une teuf pour la lancement de l'Audi A8 (hélas... tout se perd).

Mais une autre sorte de "concert privé" commence à avoir les faveurs des majors: organisé par une marque, il est destinés à sa seule communauté, formée des gagnants à un jeu-concours en ligne, tirage au sort ou autre. On est bien loin du modèle de concerts simplement sponsorisés par des marques - radios, majors musicales, marques de produits high-tech..

Des concerts qui relèvent autant de l'offre musicale que d'un nouveau package marketing, organisé - certes toujours par des radios et chaînes musicales, mais aussi des marques qui ont plus ou moins à voir avec cet univers : Deezer (le site de streaming musical) et Arte Live Web pour le concert privé de PJ Harvey, la Fnac pour ses Fnac Live (prochain jeu-concours: Moriarty...).

L'occasion de générer des contenus exclusifs, qui seront accessibles en ligne à sa seule communauté: ce que propose SFR sur son portail SFR Live Concerts. Car l'opérateur téléphonique s'est lui aussi engouffré dans la brèche, en ouvrant son Studio SFR et ses showcases en 2008.

Co-branding Société Générale + Universal Music

Pour d'autres, les concerts privés sont un produit d'appel marketing pour attirer la clientèle prisée des djeuns... Jackpot pour la Société Générale, qui s'est associée à Universal Music pour organiser les concerts So Music. C'est en septembre 2008, lorsqu'ils ont lancé une carte bancaire co-brandée (un "nouvel espace publicitaire", comme j'en parlais alors dans ce billet), "So' Music", destinée aux djeuns (important de les fidéliser.. pour qu'ils restent ensuite dans ladite banque), leur offrant entre autres des places de concerts à tarifs réduits... Concerts privés organisés exclusivement pour eux. Une forme de sponsoring d'un nouveau genre, en somme.

Même le charity business s'empare de ce format de micro-show exclusifs. Depuis le 4 avril, plusieurs chanteurs - Raphaël ouvrait le bal au Grand Palais - se sont succédés à des concerts privés réservés aux bénéficiaires d'un tirage au sort parmi des prêteurs (au minimum 20 euros) de MicroWorld, une plateforme de mircrocrédit qui met en relation prêteurs et entrepreneurs.