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dimanche 11 octobre 2015

Un abonnement télécoms = un abonnement presse gratuit (Convergence, le retour)

Faut-il y voir les premiers effets de la "convergence entre 'contenus' et 'tuyaux', que prônait un certain Jean-Marie Messier, alors patron de Vivendi, il y a (déjà) 15 ans ?

Vendredi dernier, SFR-Numericable, maison-mère de SFR, lâchait une petite bombe: les clients de SFR se verront proposer un an d'abonnement gratuit à L'Express. Plus précisément, les abonnés aux formules les plus haut de gamme de l'opérateur, les clients mobile 4G "à partir d'un forfait Power 5 giga-octets", pourront bénéficier d'un an d'abonnement à l'hebdomadaire l'Express en format numérique, via le service de kiosque numérique proposé sur mobiles et tablettes par la start-up Le Kiosk.

On ne sait pas combien d'abonnés SFR sont concernés par cette offre. Du moins, vendredi, le service de presse de SFR n'a pas été en mesure de me préciser combien de ses abonnés avaient un forfait Power de 5 Go ou Premium. Un sacré cadeau pour les abonnés SFR, en tous cas, "d’une valeur de 90 euros", souligne le site de l’opérateur.

On notera au passage que maintenant, la presse est un "service" comme un autre, proposé par un opérateur. "Lancés en 2013, les Extras de SFR (LeKiosk, Napster, iCoyote, CanalPlay, SFR Jeux et l'Equipe) sont valorisés comme des services intégrés, au même titre que SFR Cloud 100Go ou MultiSurf", évoque d'ailleurs négligemment l'opérateur dans son communiqué.

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Surtout, un verrou a sauté : la maison-mère de SFR-Numéricable, le groupe Altice, profite désormais d'avoir un pied dans les télécoms et un autre pied dans la presse pour lancer ce type d'offres, où les "tuyaux" (ici son réseau mobile, SFR) permettent de proposer du "contenu" (ici un hebdomadaire en version numérique), et ce grâce à une de ses dernières "prises", L'Express, navire amiral du groupe Express-Roularta, qui a donc été racheté par le groupe Altice en début d'année. Bref, de monter des offres marketing emboîtant ses différentes activités... Le groupe crée un précédent. Et il ne va sans doute pas s'arrêter là. Fin août, il a envoyé ce mailing à se clients SFR, leur proposant 2 mois d'abonnement "gratuit et sans engagement" au magazine 01net en format numérique: le magazine est arrivé dans le giron d'Alice Media Group France. Par ailleurs, des clients Numericable ont reçu en septembre un accès gratuit d'un mois à Libération, qu'a également racheté Patrick Drahi cette année.

Ce qui s'inscrit dans une tendance plus globale: depuis quelques années, les opérateurs américains rachètent des médias ou l’inverse quand Vivendi rachète Dailymotion. Déjà en 2001, la tête du groupe Vivendi, Jean-Marie Messier voulait rapprocher la gestion des tuyaux de l’information (Téléphonie, Internet) avec la production de contenus (label de musique, production cinéma, chaine de télévision…). Pour atteindre son but, il a multiplié les acquisitions, pour des montants parfois colossaux. La fusion en 2000 avec Seagram lui permet d'acquérir les studios de cinéma Universal. Son groupe, rebaptisé Vivendi Universal, était en 2001 numéro deux mondial des médias. Avant la chute que l'on connaît...

Plus-produits abonnements

Il y a encore quelques années, l'abonné potentiel à la presse (papier) mag' ou quotidienne était appâté par quelques goodies (remember, les livres, hors-séries, DVD, ou gadgets tels qu'une lampe-torche...). Puis sont venues les tablettes low cost offertes en sus d'un abonnement au média (versions papier et numérique), comme Rossel, en 2012, qui proposait une tablette Samsung avec un abonnement. Je me souviens aussi de la tentative des Echos, précurseur, en 2009, de se lance sur ce que l'on appelait alors l'ePayer (bien avant en fait un an avant - l'iPad et les tablettes !). Maintenant, la presse devient un "cadeau" proposé au client qui s'abonne au "tuyau", l'opérateur.

jeudi 18 mars 2010

"Le Web prend le large", première expérience de "crowdsponsoring"

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Le concept est inédit, et assez bluffant, parce qu'il est représentatif de nouveaux types d'opérations dans lesquelles s'impliquent les médias, mais aussi de nouvelles manières d'impliquer des communautés d'internautes - et des lecteurs. J'en parle ici non seulement par sympathie pour Pierre-Yves Lautrou, journaliste de L'Express à l'origine de ce projet (spécial copinage, donc...), mais aussi parce que le projet en lui-même est fondamentalement innovant, parce qu'il explore de nouvelles ressources (collaboratives) du web.

Mercredi 17 mars, au siège du Groupe Express Roularta (le groupe au sein duquel je bosse - pour l'instant encore ;), Pierre-Yves Lautrou présentait son projet "Le Web prend le large". Journaliste, mais aussi coureur au large depuis plus de 10 ans, à l'origine d'un blog, Au large, qui jouit d'un joli succès, il a décidé de sauter le pas cette année, et de poser une année sabbatique pour courir la Route du Rhum 2010, et prendre le départ à St Malo le 31 octobre. Rien que cela. Pas vraiment une première, certes, puisqu'il avait déjà couru quelques régates, dont avec, déjà, Altaide pour partenaire depuis 4 ans.

Projet entrepreneurial

Mais, loin d'être un simple projet sportif perso, il s'agit d'un véritable projet entrepreneurial (ça tombe bien, à l'heure où le "journaliste - entrepreneur" est dans l'air du temps), et embarque dans l'aventure le média pour lequel il bosse, comme le relate Eric Mettout. Lequel assurera la couverture médiatique du projet, naturellement (un suivi dans le magazine est assuré, ce à quoi s'ajoutera un blog dédié à l'opération, Le Web prend le large).

Mais aussi d'autres partenaires de choix, comme Altaide (l'agence de recrutement en ligne de Jacques Froissant), et Laneo (plateforme de "mobilisation citoyenne"), ainsi que la start-up Eeple, qui gère les aspects techniques du projet. Et surtout, potentiellement, il entraînera dans son sillage... quelques milliers d'internautes.

De fait, pour parvenir à boucler le budget global de l'opération, qui s'élève à quelques 280 000 euros (qui couvrira notamment la location du bateau, l'achat de voiles, l'assurance, l'inscription, le retour en cargo, les billets d'avion, l'hôtel, les frais de télécommunication), les initiateurs du projet ont eu pour idée de proposer aux internautes, particuliers et entreprises, de sponsoriser le bateau. Chacun peut acheter via Internet, sur le site dédié, des espaces publicitaires sur le bateau. Une souscription un peu particulière donc : à partir de 100 euros, elle permet à tout un chacun d'acheter en ligne un espace sur les voiles et sur la coque du bateau. PYL portera ainsi vos couleurs ou votre message pendant la Route du Rhum. Pour les entreprises, le ticket d'entrée s'élève à 1 500 euros.

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Les "micro-armateurs" et entreprises du voilier Le Web Prend Le Large peuvent donc apposer un message, un logo ou une image assortis d'un lien sur l'espace qu'ils ont acquis sur le bateau. Forcément, j'ai testé sur le site ;) Et donc c'est fait, j'ai réservé mon petit carré au nom de mon blog. Visiblement, le système de micro-paiement en ligne n'est pas encore opérationnel, mais cela ne saurait tarder. Ce qui est astucieux, bien sûr, et que l'on peut choisir le positionnement de son/ses carrés sur le site. Les principaux partenaires auront des emplacements spécifiques réservés.

La promesse pour les internautes : suivre les coulisses de la course

A la clé pour les internautes, la promesse de "suivre le projet et la course de l'intérieur. Vous aurez accès aux informations . textes, images, sons - en avant-première. Tout au long du projet, des rendez-vous exclusifs avec le skipper, à terre et en mer, vous seront également proposés. Enfin, un concours vous permettra peut-être de faire partie des heureux gagnants invités à naviguer une journée à bord... ", annonce le site. On imagine aussi le potentiel autour d'Internet pour que la communauté d'internautes-supporters suivent au plus près : via le fil Twitter de @PYL, ses deux blogs, voire des séquences vidéos... Quant aux entreprises, pour elles, forcément, le retour sur image est garanti. Dans la présentation PDF, les initiateurs du projet annoncent même une régate virtuelle sur Internet qui sera sponsorisée. Les internautes deviendront eux-mêmes de relais autour de cet événement.

Loin d'être une opé de sponsoring classique (à laquelle seules les entreprises qui en ont les moyens pourraient participer), il s'agit donc d'une sorte de sponsoring participatif, et même de "première expérience de crowdsponsoring", dixit Jacques Froissant, soit de sponsoring par la foule.

Crowdfunding

Ce qui me passionne est qu'il y a un bouillonnement, en ce moment (peut-être passager certes) autour du crowdfunding (littéralement "financement par la foule"), cette forme de mécénat populaire à la sauce 2.0 qui est en train d'émerger comme modèle économique entière pour financer des start-ups d'un nouveau genre sur Internet, et s'inscrit un peu dans la lignée du crowdsourcing. Il permet de financer des projets en faisant appel à un grand nombre d’internautes, qui apportent de petits investissements. Ses pionniers furent les MyMajorCompany et autres Akamusic.com et Sellaband.com, qui permettaient aux internautes de financer la production de l'album d'un artiste aspirant. Un modèle que l'on a vu s'étendre au cinéma (PeopleForcinema, TousCoProd, MotionSponsor), à l'art vivant, et même au journalisme, pour pré-financer des reportages, comme j'en parlais là.

Et ce soit en complément, soit à la place de modes de financements traditionnels (banques, investisseurs...). Et pour cause : puisque l’internaute-consommateur (de culture, d'infos...) a pris l'habitude de piocher gratuitement des chansons , des articles, en suivant les recommandations de son réseau, et de donner son avis, pourquoi ne financerait-il pas les œuvres qu’il apprécie, et qu’il veut soutenir ?

C'est donc d'autant plus intéressant de voir ce jeune modèle économique s'étendre au sponsoring sportif - le premier cas connu fut celui de MyFootballClub, qui permet aux internautes de financer une équipe de foot. Une nouvelle aventure qui même donc, ici, journalisme, défi sportif, et crowdsponsoring. A suivre.

mercredi 28 octobre 2009

Librairie en ligne pour e-books + (une dose de) cloud computing = Safari Books online 6.0

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Je sais, ça fait beaucoup dans un titre ;) Il y a une certaine effervescence (du moins dans un certain microcosme) qui entoure la commercialisation en Europe du Kindle d'Amazon, lequel suscite d'ailleurs un accueil parfois critique (je vous renvoie à ce papier de L'Express.fr, suite à un test critique)... Alors que d'autres e-books que le Kindle existent -je les détaille dans ce papier pour L'Express.fr.

Et pour cause : il y a derrière cela tout un débat sur l'avenir du livre, les usages qui découleront autour du livre numérique (s'il s'impose dans le futur), l'archivage des écrits, comment les éditeurs et les libraires devront s'adapter à cette nouvelle donne, comme j'en parlais par exemple ici.

D'ailleurs, les éditeurs commencent à se mettre en ordre de bataille, plus encore depuis que Google a annoncé le lancement de sa propre library numérique, quitte à se rassembler sur des plateformes numériques, telle Numilog, lancée par Hachette.

A côté de cela, il y a bien sûr des plateformes de téléchargements de livres libres de droits. Mais une autre initiative, signalée par Tim O'Reilly sur son Radar, me semble prometteuse, tant dans les usages que la philosophie de libre-accès au savoir qui en découle.

Dans ce billet, il dévoile une initiative innovante, Safari Books Online. Une initiative pourtant pas vraiment récente, puisqu'elle date de 2001. Il s'agit d'un service sur abonnement de livres et vidéos en ligne, lancé en partenariat avec Pearson Technology Group. Concrètement, il permet aux utilisateurs de consulter une "bibliothèque virtuelle" initialement constituée par partenariat entre ProQuest et 3 éditeurs en informatique, O’Reilly, Pearson, et Microsoft Press. Il rassemble "plus de 10 000 livres en économie et technologies, ainsi que de vidéos, de plus de 40 éditeurs". De fait, on y trouve des titres de référence, de guides d'utilisation et de vidéos dans les domaines de la programmation, du développement et de la conception Web, des langages de programmation, de la gestion de projet... Et, cerise sur le gâteau, "il compte plus de 15 millions d'utilisateurs", explique O'Reilly. Lequel est donc partie prenante de cette initiative, et explique que le business model repose sur les téléchargements payants d'e-books. Sur une base d'abonnement mensuel (selon la formule adoptée), les abonnés téléchargent en moyenne de 7 à 12 livres par mois.

Ce service peut être utilisé sur un laptop, un netbook, ou même un téléphone portable.

Une nouvelle version, Safari Books Online 6.0, achevée hier, amène de nouvelles possibilités: plus d'interactivité, avec la possibilité d'annoter son e-book en cours de lecture, la possibilité de le surligner, puis imprimer ces pages ainsi 'personnalisées'. Une dose de collaboratif aussi, avec la possibilité de travailler sur une même oeuvre par groupes de travail. Autre possibilité, celle de regrouper de manière thématique les livres téléchargés.

Initiative innovante, qui préfigure peut-être les librairies numériques du futur...

mardi 8 septembre 2009

Le photojournalisme, "en soldes" ou engagé ?

Je parlais récemment, dans ce billet, de la situation préoccupante que connaît actuellement le photojournalisme, mise en exergue par le festival Visa pour l'image, qui se déroule en ce moment à Perpignan.

Mon confrère Gilles Klein, journaliste indépendant (il collabore notamment à Arrêt sur images, en version web), qui a un long passé de photographe de presse, dresse un constat dans ce billet,, qui n'est guère optimiste sur l'évolution du métier. Et d'écrire :

Les journaux négocient des forfaits mensuels ou annuels pour accéder aux images d’actualité. Certaines agences soldent tandis que des journaux demandent, en fin d’année, une ristourne, un pourcentage sur le chiffre d’affaires qu’ils ont apporté à telle ou telle agence. Une sorte de rétro-commission. Entre les photographes maison payés au mois, et les forfaits, plus les banques d’images à bas prix pour les photos d’illustration (photos hors actu) il reste très peu de place pour les commandes, les sujets originaux, du coup ceux qui étaient dans des agences et n’y sont plus (ex Gamma, ex-Sygma et autres) souffrent. Gagnent peu ou très peu. Font moins de sujets et doivent se débrouiller pour les financer.

De fait, j'avais entendu des échos similaires. Au sein du groupe où je travaille, non seulement L'Express, comme il l'écrit, mais aussi les sites L'Express.fr et L'Expansion.com on négocié des contrats sous forme de forfaits pour accéder au fil d'images (en plus du fil d'actus) de Reuters, pour des tarifs qui ont bien changé ces dernières années... Et dont les photographes n'ont sans doute pas connaissance.

Du coup, on croise de plus en plus de photographe d'agences qui, pour certains, ont réussi à obtenir un CDI avec un salaire confortable. Ils travaillent en shootant le plus vite possible, restent quelques minutes sur le lieu d'un événement, d'une conférence de presse, et repartent aussitôt. On est loin du reportage d'antan... J'ai eu l'occasion de discuter avec un photographe d'agence dernièrement : no comment sur ces conditions, il gagne bien sa vie et préfère se poser le moins de questions possibles.

La plupart des "vrais" photojournalistes sont, soit au sein d'une agence classique pour les quelques chanceux, soit travaillent en indépendants, au sein d'un collectif (comme Tendance floue, ou le collectif plus général Fédéphoto), ce qui leur permet d'avoir un pouvoir de négociation plus important auprès des journaux.

Certains continuent d'avoir de vrais projets journalistiques de fond. En la matière, un des ouvrages les plus excitants et les plus attendus du moment à mon sens est Un nouvel art de militer (sortie octobre 2009), fruit d'une enquête du journaliste Sébastien Porte et du photographe Cyril Cavalié, connu notamment pour son travail sur les divers mouvements et réseaux militants (à voir, le blog dédié à cet ouvrage).

Jeudi Noir, Déboulonneurs, Brigade activiste des clowns, Désobéissants, Anonymous... Il passe en revue pas seulement les divers mouvements militants, mais les formes de militances même, au-delà des formes traditionnelles que sont la grève ou la manifestation : une nouvelle génération de militants, ayant un goût prononcé pour l’humour et les mises en scènes spectaculaires, et un sens manifeste de la créativité dans l’action.

Cyril m'a fait l'amitié de me transmettre quelques-unes de ses photos issues de cet ouvrage. Que je dévoile donc ici, en avant-première.

Stagiaires Cyril Stagiaires - Photo Cyril Cavalié

Poesie_verte.jpg Poésie verte - © Cyril Cavalié

Plaquage cyril Plaquage - © Cyril Cavalié

cyclonudiste Cyril Cyclonudiste - © Cyril Cavalié

RESF Cyril RESF - © Cyril Cavalié