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dimanche 2 juin 2013

Une (contre-)histoire de l'Internet - et de ses défricheurs

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Ça commence par un torrent d'extraits de vidéos, de lolcats, de l'armée nord-coréenne, de Barak Obama sur scène, un énième détournement vidéo de "La chute" avec Hitler... Un concentré de la culture lol en quelques secondes. "That's Lol folks". En 1h30, dans Une contre-histoire des Internets, Jean-Marc Manach et Julien Goez, tous deux auparavant journalistes à feu Owni, reviennent sur la dense et jeune histoire du Réseau Internet, et ses relations complexes avec les pouvoirs publics, entre jurisprudences, lois floues, jusqu'aux déclarations (cultes?) de Nicolas Sarkozy appelant à "civiliser" (sic) Internet. Un docu (que j'ai donc enfin visionné, avec un certain retard par rapport à sa diffusion initiale sur Arte, il y a une quinzaine de jours) dense, avec au bas mot une quinzaine d'interviews, et des compléments Web bien pensés, dont un webdocumentaire complémentaire, où l'on trouve les autres des 50 interviews réalisées par les deux journalistes. Les internautes peuvent aussi y poster leurs propres souvenirs d'Internet. Car dans cette "contre-histoire", loin des créateurs de start-ups médiatisées, sont mis en avant militants et chercheurs qui y ont contribué, des "défricheurs du Net" parfois malgré eux, que l'on recroise avec plaisir, de Valentin Lacambre à Marie-François Marais.

Dès les premières minutes, on entre dans le vif du sujet : Nicolas Sarkozy soulevant, lors d'un très politique eG8 organisé (en grande pompe) avec l'agence Publicis en mai 2011, "une question centrale, celle de l'Internet civilisé - je ne dis même pas de l'Internet régulé"... vs les "internautes - barbares". "4 ans plus tôt, c'est la République de Chine, un des 10 pays ennemis de l'Internet, qui voulait l'Internet civilisé. Bel héritage.", souligne le journaliste Julien Goez en voix off. Cela donne le ton...

Petit retour sur l'eG8 donc, alors organisé dans le jardin des Tuileries, où Nicolas Sarkozy assurait son intention d'organiser, la veille du G8, "avec l'accord du président Obama, une grande réunion avec les grands intervenants de la société virtuelle de chacun des pays du G8 ".. Et "un barbare", perdu au milieu des dirigeants de Facebook et Google, John Perry Barlow, co-fondateur de l'Electronic Frontier Foundation (EFF, mythique ONG qui défend la liberté d'expression sur Internet) . "je crois que nous ne vivons pas sur la même planète", lâche-t-il, aux côtés de Bruno Patino, impassible. Et de raconter, après-coup, aux deux journalistes comment les Etats veulent récupérer le pouvoir sur l'Internet, "devenu trop important"...

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Le documentaire revient sur ce paradoxe inhérent à internet : espace de liberté d'expression et de libre-circulation de l'information, porteur à ses débuts d'idéaux tels que le bien commun, mais aussi le piratage, comme j'en ai parlé ici, il fut "créé par des hippies sous LSD, même s'ils travaillaient pour la Darpa (Agence pour les projets de recherche avancée de défense pour l'Armée des Etats-Unis)", rappelle John Berry Barlow. Des hippies qui avaient déjà leur "vraie" communauté en 1967 à San Francisco, et quelques années après, vont s'approprier l'informatique, ce "territoire virtuel" qui "augmente l'esprit, où on peut agir sur le code soi-même, et on élargit son rapport au monde depuis les individus, qui vont se connecter un par un", souligne le sociologue Dominique Cardon.

Le docu revient aussi sur les premiers pans historiques de cet Internet libertaire, plus ou moins connus : comment le MIT embauche des "system hackers" comme Richard Stallman, futur inventeur du logiciel libre, les premiers hackers bidouilleurs des réseaux, auxquels les services secrets s'intéressent de près. ... jusqu'à ce qu'un certain Jean-Bernard Condat (redécouvert quelques années après par Les Echos), co-fondateur du Chaos Computer Club de France - il s'avèrera être à l'origine d'un faux groupe de hackers créé en 1989 à Lyon à la demande de la DST. Avec, à l'origine, le premier CCC créé dix ans avant en Allemagne, avec parmi ses fondamentaux une éthique des hackers, soit garantir l'accès à l'information pour tous, et moins de concentration du pouvoir, ce que permet Internet, avec la libre-circulation de l'information...

Naîtra alors en France une ambiguïté à propos des hackers : "les médias ont en tête (à propos du hacker) le cliché du pirate, et non du maker qui va fabriquer, détourner les objets" (Olivier Laurelli, directeur Associé de Toonux, une société de services en logiciels, et connaisseur historique des logiciels libre). Des contre-offensives apparaissent, comme le logiciel PGP (logiciel public de chiffrement des données), au code-source en accès libre et gratuit, au nom de la culture du partage inhérente au Net.

Internet, liberté et pressions pour le contrôler

Mais qui contrôle cet Internet ? On garde en mémoire les déclarations Lolesques de Frédéric Lefebvre, éphémère porte-parole de l'UMP sur les "faux médicaments, adolescents manipulés, bombes artisanales, créateurs ruinés par le pillage de leurs oeuvres..." la faute à l'Internet bien sûr, "envahi par toutes les mafias du monde".

Qui tenir pour responsables ? Se succéderont les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs, soit les intermédiaires techniques... Puis les internautes. Les fournisseurs de stuyaux par lesquels passent les contenus, d'abord : en mai 1996, une descente de police chez deux fournisseurs d'accès à Internet indépendants, Worldnet et FranceNet, pour cause de photos pornos mettant en scène des enfants découvertes sur les réseaux. En1999, le CSA cherche à s'emparer du sujet, en organisant le premier sommet mondial des régulateurs consacré à Internet. Alors que l'autorégulation s'impose de façon collective parmi les internautes.

Vient ensuite une nouvelle cible, les hébergeurs, avec l'"affaire" Estelle Halliday, dont des photos d'elle dénudée ont circulé : mais qui était alors coupable ? Valentin Lacambre, fondateur d'Altern.org, qui croisera sur sa route la magistrate Marie-Françoise Marais (future présidente d'Hadopi, tiens donc...) qui le condamnerai en appel à 45 000 €. "On va jeter un pavé dans la mare. On ne veut pas savoir si (Internet) c'est un espace de liberté ou pas : il y a atteinte à la vie privée", justifie-t-telle dans le docu. L'hébergeur plutôt que l'internaute ayant posté ces photos sur Internet était considéré comme responsable juridiquement...

Autre révélation du docu, avec cette première décision juridique rendue par le Conseil constitutionnel en 1996, à peine aux prémices de l'Internet il censure alors un amendement présenté par le Ministre des télécoms d'alors (François Fillon...), dans le cadre de la loi de libéralisation du secteur des télécoms - et voté à la hussarde, en pleine nuit - qui prévoyait de responsabiliser fortement les intermédiaires techniques. Aux Etats-Unis, Bill Clinton avait aussi tenté, en vain, de faire passer un texte similaire. Les gouvernements voulaient contrôler le Net via les intermédiaires publics...

Nouvelle étape, les internautes sont considérés comme responsables, "nouvelle cible à contrôler pour assainir le réseau": via Hadopi - qui a "normalisé la surveillance des internautes par une société privée" selon Olivier Laurelli. Le vrai objectif d'Hadopi, derrière, serait de protéger le copyright .

Surveillance du réseau, surveillance business

Autre paradoxe du Réseau, on adore partager nos vies sur Facebook, on y partage volontairement nos données (très) privées. "La première personne qui sait si vous avez une maladie grave, c'est Google". Votre carte de crédit permet de prédire un an à l'avance votre divorce à partir de vos habitudes d'achat, souligne Rick Falkvinge, fondateur du Parti Pirate suédois.

Mais plusieurs sociétés vendent des services de surveillance à part entière du Réseau. Le docu rappelle ainsi qu'en décembre 2007, la France signait avec la Libye un contrat pour lui fournir un vaste infrastructure lui permettant de surveiller l'ensemble de l'Internet libyen. Khadafi sera reçu avec tous les honneurs à l'Elysée... Elle sert inévitablement à traquer des opposants. Amesys sera mise en cause par le Wall street Journal tout comme la société française Qosmos.

Le docu finit sur une note d'espoir, citant un nouvel exemple de hackers au service de la liberté d'expression : le collectif Telecomix en Syrie, qui aide les gens à se connecter en contournant la censure. Hackers ? Ils ont mis à disposition des infrastructures en contournant la surveillance. "Une ONG ne peut intervenir en ce sens, face à un états souverain. Un Etat ne peut le faire, un service secret non plus. Mais nous, nous pouvons le faire", explique face caméra un de ses fondateurs. Son manifeste se clôt d'ailleurs ainsi: "Nous diffusons des outils pour contourner le filtrage d'Internet, ainsi que de puissants logiciels de chiffrement afin de contrer la surveillance gouvernementale et la répression (...), préserver la libre circulation de l'information. Nous venons des Internets. Nous venons en paix. Que tous les hommes et les machines soient libres !".

dimanche 27 mars 2011

Pirat@ge: du hacktivisme au hacking de masse

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Ils sont quatre, dont trois frères, jeunes et (à première vue ;) innocents, et leur clip, "Double Rainbow song", bidouillé non pas au fond d'un garage mais dans le salon familial, avec un piano, a attiré plus de 20 millions de visiteurs. Un clip parodique qui a généré un buzz énorme, à partir d'une simple vidéo amateur d'un homme à la limite de la jouissance devant un phénomène rare : deux arcs en ciel.. Au point - le comble - que Microsoft a recruté le "Double Rainbow guy" pour sa nouvelle pub pour Windows Live Photo Gallery. Ou quand l'industrie pirate les pirates...

Les Gregory Brothers ont réalisé sans le faire exprès quelques tubes par la seule voie numérique grâce à un petit outil, Auto-Tune the News (Remixe les infos en français dans le texte), qui permet à tout un chacun de détourner des reportages TV en y superposant des montages de sons, avec le logiciel de correction musicale Auto-Tune. Comme "Bed intruder song", un remix de reportage qui montre Antoine Dodson interviewé par une chaîne TV suite à un fait divers (l’intrusion d’un inconnu dans la chambre de sa sœur). Un témoignage qui va le propulser en superstar du web lorsque les Gregory Brothers transforment ses paroles en une mélodie hip-hop vraiment efficace. Plein d'internautes ont été prêts à la voir - et la payer en ligne - une fois qu'elle était disponible sur iTunes - CQFD. Je vous laisse le plaisir de déguster cette mise en bouche...

"La propriété c'est le vol"

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De détournement satirique à piratage, il n'y a qu'un pas. J'ai eu la chance, cette semaine, de voir en avant-première le documentaire "Pirat@ge", réalisé par les journalistes Étienne Rouillon (magazine "Trois couleurs") et Sylvain Bergère, diffusé le 15 avril sur France 4 (1). Pour la première fois, un docu retrace l'histoire du piratage, avec un parti-pris du côté des hackers, parfaitement assumé. "A quoi ressemblerait Internet sans les pirates ? Au Minitel ! Depuis cinquante ans, des petits génies ont façonné le web, souvent en s’affranchissant des lois. Des pirates ? Ils sont à la fois grains de sable et gouttes d’huile dans les rouages de la grosse machine Internet". Voilà le postulat des auteurs de ce docu.

Un docu malin, forcément un peu brouillon à force de vouloir englober tout ou presque de la culture du hacking (en effleurant l'hacktivisme et les engagements citoyens qu'il implique) en 1 heure 30, parfois en surface. Mais il offre une plongée assez passionnante dans cette culture des flibustiers des temps modernes, apparus dans les années 80 - bien avant l'Internet. Dès 1983, lorsque lorsque les premiers ordinateurs font leur apparition dans les foyers (remember l'Apple I de Steve Wozniak et Steve Jobs en 1976...), les hackers font leurs débuts en essayant de casser les protections anti-copie ou en détournant les règles des jeux informatiques. Ils font leur le dicton de Pierre-Joseph Proudhon, "La propriété c'est le vol".

Dans un esprit très post-70s, l'éthique du hack, élaborée au MIT (mais que l'on peut retrouver dans le Hacker Manifesto du 8 janvier 1986), prône alors six principes:

  • L'accès aux ordinateurs - et à tout ce qui peut nous apprendre comment le monde marche vraiment - devrait être illimité et total.
  • L'information devrait être libre et gratuite.
  • Méfiez-vous de l'autorité. Encouragez la décentralisation.
  • Les hackers devraient être jugés selon leurs œuvres, et non selon des critères qu'ils jugent factices comme la position, l’âge, la nationalité ou les diplômes.
  • On peut créer l'art et la beauté sur un ordinateur.
  • Les ordinateurs sont faits pour changer la vie.

Eh oui! Car dès ses débuts, le hacking a été théorisé au mythique MIT: "Au MIT, le besoin de libérer l'information répondait à un besoin pratique de partager le savoir pour améliorer les capacités de l'ordinateur. Aujourd'hui, dans un monde où la plupart des informations sont traitées par ordinateur, ce besoin est resté le même", résume ce billet chez Samizdat. Dans l'émission, Benjamin Mako Hill, chercheur au MIT Media Lab, ne dit pas autre chose: développeur, membre des bureaux de la FSF et Wikimedia, pour lui, "l’essence du logiciel libre est selon moi de permettre aux utilisateurs de micro-informatique d’être maître de leur machine et de leurs données".

Pour ce docu, Étienne Rouillon et Sylvain Bergère sont allés voir plusieurs apôtres du hacking, tel John Draper, hacker, alias "Captain Crunch", un des pionniers hackers en télécoms. Un détournement qui tient du simple bidouillage, mais qui a contribué à créer la légende, la blue box. Il s'agissait d'un piratage téléphonique qui consistait à reproduire la tonalité à 2600 Hz utilisée par la compagnie téléphonique Bell pour ses lignes longue distance, à partir d'un simple sifflet ! Une propriété exploitée par les phreakers pour passer gratuitement des appels longue distance, souvent via un dispositif électronique - la blue box - servant entre autres à générer la fameuse tonalité de 2600 hertz.

"Napster a ouvert la voie à l'iPod"

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Leur théorie ? Internet a été construit par des hackers pour faire circuler l'information. Mais peut-être Internet a-t-il marqué la fin du hacking et son éthique d'origine. Car avec Internet, après l'ère idéaliste d'un Internet libertaire, l'industrialisation des réseaux prend vite le dessus. Les pirates du net, cybercriminels et contrefacteurs en ligne prennent le pas sur les hackers, la confusion est largement entretenue...

1999: Napster, cette immense plateforme d'échange de fichiers musicaux en ligne à tête de chat, débarque sur la Toile. Elle est fermée deux ans après mais a ouvert une brèche: le partage de fichiers musicaux entre internautes. "Napster a ouvert la voie à l'iPod", ose le documentaire. Vincent Valade bidouillera eMule Paradise - presque par hasard, comme il le raconte aux auteurs du docu, encore étonné. Sa fermeture avait fait grand bruit - initialement simple site de liens Emule, Vincent Valade est poursuivi pour la mise à disposition illégale de 7 113 films, son procès doit avoir lieu cette année. D'autres s'engouffrent dans la brèche, comme The Pirate Bay, entre autres sites d'échanges de fichiers torrents.

Les industriels de l'entertainment s'emparent aussi de ce modèle naissant. TF1 - face au piratage massif de ses séries TV ? - lance sa plateforme de vidéo à la demande - payante bien sûr, à 2,99 euros puis 1,99 euro l'épisode. "C'était un projet de marketing. C'est mon job", lance face à la caméra Pierre Olivier, directeur marketing de TFI Vidéo et Vision. Rires dans la salle.

Hacktivisme journalistique

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Et aujourd'hui? Le culture hacktiviste a imprégné plusieurs pratiques: dans le domaine du logiciel libre bien sûr, même si le docu aborde à peine ce sujet. Mais elle rayonne aussi sur de nouvelles pratiques journalistiques. Indymedia, né en 1999 pour couvrir les contre-manifestations de Seattle, lors de la réunion de l'OMC et du FMI, fut un des précurseurs: ce réseau de collectifs, basé sur le principe de la publication ouverte et du "journalisme citoyen" en vogue au début des années 2000 ("Don't hate the media, become the media"), permet à tout un chacun de publier sur son réseau.

De jeunes médias expérimentent des méthodes d'investigation en ligne, comme le site d'information Owni (dont j'ai déjà parlé ici et là notamment). Qui a pour particularité de compter dans ses équipes autant de développeurs que de journalistes - voire des jeunes geeks qui ont le double profil. Son dernier fait d'armes: cette enquête, et sa révélation selon laquelle Orange aurait "monnayé" son implantation en Tunisie en surévaluant sa participation dans une société détenue par un gendre de Ben Ali. Ici, plus d'enquête sur le terrain ou de rendez-vous avec des informateurs: le jeune journaliste Olivier Tesquet et Guillaume Dasquié (journaliste précurseur de l'investigation en ligne, qui s'est fait connaître au début des années 2000 avec Intelligence Online, une lettre professionnelle consacrée à l’intelligence économique), s'appuie sur des documents officiels (comme le rapport d''activité 2009 d'Orange), et d'autres plus confidentiels, et est illustré a renfort de copies de ces documents et de visualisations, datajournalism oblige.

Un vent nouveau dû à l'éclosion ces derniers mois de Wikileaks - là encore, son impact est effleuré dans "Pirat@ges" - dont l'ADN réside dans l'ouverture des frontières numériques - rendre accessibles à tous des données publiques, et son double, OpenLeaks. Car Wikileaks a instauré la "fuite d'informations" en protégeant ses sources, et a remis au goût du jour la transparence et le partage de données si chères aux premiers hackers. Au point que, courant 2010, les révélations de WikiLeaks ont été relayées par une poignée de grands quotidiens nationaux (dont Le Monde), qui en ont eu l'exclusivité, au prix de conditions fixées en bonne partie par Julian Assange, comme j'en parlais dans cette enquête pour Stratégies.

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Parmi les dignes successeurs des premiers hacktivistes, citons bien sûr les Anonymous, des communautés d'internautes anonymes qui prônent le droit à la liberté d'expression sur internet (j'y reviendrai dans un billet ultérieur...). Une de leurs dernières formes d'actions (évoquées sur la page Wikipedia dédiée) rappelle bien celles des premiers hackers: les attaques par déni de service (DDOS) "contre des sites de sociétés ciblées comme ennemis des valeurs défendues par le mouvement". Ce fut le cas avec le site web de Mastercard en décembre 2010, qui avait décidé d'interrompre ses services destinés à WikiLeaks.

... et hacking culture de masse

La donne a changé: le hacking n'est plus l'affaire de seuls bidouilleurs de génie. L'arrivée de plusieurs industries de l'entertainment sur le numérique, et de nouvelles barrières sur les contenus mis en ligne, implique que tout le monde est aujourd'hui concerné par le piratage numérique. Comme des Mr Jourdain qui s'ignorent, nombre d'internautes ont déjà été confrontés, de près ou de loin, au piratage numérique, en le pratiquant (qui n'a jamais téléchargé illégalement de films, de musique ou de logiciels ?), ou y étant confrontés (fishing).

De culture underground, le hacking frôle la culture de masse, avec une certaine représentation cinématographique, entre Matrix, Tron, Millenium et Lisbeth Salander, geekette neo-punk qui parvient à rassembler des données personnelles en ligne en un tournemain..

Et bien sûr The social network, qui a fait de la vie du fondateur de Facebook un bioptic. Qui a même sa version parodique, consacrée à... Twitter. En bonus, un petit aperçu du trailer de "The twitt network" ;).

Car Facebook, après tout, est un lointain dérivé de la culture du hacking, né d'une association de piraterie + industrie numérique: son fondateur l'avait créé en bidouillant un réseau local affichant les plus jolies filles de son campus... Mais pas sûr que Mark Zuckerberg ait retenu ces deux principes de la culture des hackers :

  • Ne jouez pas avec les données des autres.
  • Favorisez l’accès à l’information publique, protégez le droit à l’information privée.

(1) produit par MK2 TV avec la participation de France Télévisions, "Pirat@ge" sera diffusé sur France 4 le 15 avril prochain à 22h30

jeudi 19 août 2010

Hype Cycle 2010 de Gartner: réalité augmentée et interfaces tangibles, c'est pour demain

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Source: Gartner

Étonnamment, le traditionnel Hype Cycle de Gartner, publié comme chaque année début août, est passé inaperçu cette année. Dont par moi-même, alors que j'étais très loooooin, y compris de la planète geek :) Mais il n'est pas trop tard pour y revenir, car le "Hype Cycle des technologies émergentes" 2010 est une bonne synthèse des innovations de rupture d'aujourd'hui et de demain - et celles qui sont déjà out.

Il synthétise ainsi un ensemble de 68 "hype cycles" par secteurs, comme il l'a fait l'an dernier et en 2008.

Vous trouverez sur le site de Gartner, cette très bonne description (en anglais) de la notion de "hype cycle", et depuis cette page, la présentation en différé.

Tablettes tactiles,

Du côté des appareils, d'abord, les tablettes à stylet ont atteint le "plateau de productivité" en entreprises, tout comme les télévisions en 3D (je soupçonne Gartner d'un excès d'optimisme, là...), alors que les lecteurs de livres électroniques (e-readers) sont presque dans le "puits des désillusions". En revanche, pour Gartner, les tablettes tactiles (l'iPad, mais aussi les autres à venir) sont au "pic des attentes excessives", mais sur un cycle rapide (deux ans)...

Interfaces tangibles et réalité augmentée

Côté usages, les manières d'interagir les plus prometteuses sont les interfaces tactiles d'aujourd'hui, auxquelles s'ajouteront des interfaces tangibles, qui reposent sur l'utilisation d'objets physiques pour interagir avec les systèmes. Certes, il faudra encore attendre pour que cela décolle (plus de 10 ans), mais cela existe déjà avec la reconnaissance d'objet, qui permet de créer des applications originales sur la table Surface de Microsoft. Plusieurs labos de recherches y travaillent, comme le MIT, qui a un groupe de travail dédié.

Autre tendance de demain décelée par Gartner, la réalité augmentée, à laquelle s'ajoutera demain une tendance plus générale, l'informatique contextuelle. La promesse de cet ensemble de technologies est de remplacer l'approche d'une recherche d'information pilotée par l'utilisateur par une offre d'informations proposée automatiquement en fonction de son contexte. Comme par exemple les applications basées sur la géolocalisation de l'utilisateur (ce que proposent déjà Plyce, Foursquare, et depuis aujourd'hui Facebook Places.

Prometteuse, placée sur le "pic des attentes excessives", la réalité augmentée, actuellement surtout mobile, enrichit son approche par la localisation et l'orientation de l'utilisateur, avec des applications mobiles . Les plates-formes de réalité augmentée (comme Layar, pour Android et iPhone), et des applis mobiles telles que CultureClic, devraient favoriser une explosion rapide d'applications innovantes, comme j'en parlais il y a quelques mois dans cet article.

Cloud computing

Inclus dans le hype cycle depuis 2 ans, le cloud computing est toujours en évolution et il devient de plus en plus important pour les entreprises. Mais il approche de la phase de descente dans le "puits des désillusions" d'après Gartner. A voir, car les déclinaisons grand public du cloud sont déjà légion, entre les webmails (comme Gmail de Google), les services de stockage et partage de photos (Flickr)...

Côté plates-formes, logique, Gartner distingue les AppStores mobiles: depuis qu'Apple a lancé sa pépite d'applis mobiles pour iPhone, les autres constructeurs cherchent à créer leurs propres "supermarchés d'applis". Et les marques à être présentes à tout prix dans l'AppStore d'Apple...

Prometteurs aussi, les systèmes de micro-paiement sur Internet, les systèmes d'identification par biométrie, la télévision interactive (dont on parlait déjà en 2002)...

En périphérie

Certaines technologies en phase d'émergence, sont rassemblées dans cette catégorie un peu fourre-tout. Comme l'impression 3D, les robots mobiles (pour des applications ciblées, par exemple de visioconférence), ou encore la télévision sur internet.

dimanche 10 janvier 2010

BiDi, une dose de 3D dans un écran tactile multitouch

Un "écran à reconnaissance de mouvements", qui rappelle celui qu'utilise Tom Cruise dans Minority Report: voilà ce que vient de présenter le MIT, comme le dévoile 01Net dans cet article. Les geeks et fans de science-fiction ( j'en suis ;) connaissent ce film (devenu une référence en la matière), aussi réputé parce que Steven Spielberg, par souci de réalisme, a fait plancher des hercheurs pour présenter des innovations dans ce film, susceptibles de voir le jour dans l'avenir.

La réalité rattrape la fiction. Un chercheur de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT), John Underkoffler, qui a inspiré les célèbres interfaces gestuelles de Minority Report (j'en parlais déjà en 2007 dans ce billet), avec une équipe de chercheurs, vient de présenter un écran LCD tactile multipoint, doublé d’une interface gestuelle capable de reconnaître les mouvements de la main. Le prototype a été baptisé "BiDi", diminutif de "bi-directionnel", car il est à la fois capable de capturer des images (les mouvements) et d’en afficher (voir la page de présentation).

L’écran BiDi du MIT combine interface tactile et gestuelle, et s’appuie sur une technologie d’écrans LCD tactiles naissante, développée, entre autres partenaires, par Sharp et Planar Systems.

Le MIT a amélioré cette interface pour qu’elle permette aussi la reconnaissance des mouvements de main. Résultat : elle s’appuie sur une technologie existante, fonctionne de très près (contrairement à d’autres technologies utilisant des caméras) et pourrait tenir dans un écran plat presque aussi fin que ceux que nous connaissons aujourd’hui. A voir, la démo vidéo (source MIT), impressionnante...

lundi 2 mars 2009

Séquençage des génomes ADN, contrôle à distance d'un vol de coccinnelle (!)... au menu des technos du futur repérées par le MIT

TechReview

C'est un de ces classements annuels qui est un must pour tout un chacun passionné d'innovation, voire des récits d'anticipation... Le MIT vient de publier sa liste annuelle des technologies (potentielles) de demain, consultables sur le site de Technology Review, qui pourraient révolutionner certains secteurs.

A suivre de près cette année donc, il y a notamment la mise au point d'un procédé de séquencage des génomes par les start-up BioNanomatrix, qui a mis au point un procédé plus rapide que ceux existant déjà, et moins cher (100 $).

Il y a aussi le diagnostic papier, développé à l'université d'Harvard, où le fluide, déposé sur une feuille de papier, est transporté par absorption dans des micropuits qui contiennent un actif qui change de couleur selon la composition du fluide.

Vivek Pai, de l'université de Princeton, de son côté, planche sur rendre Internet plus accessible partout dans le monde, avec HashCache, nouvelle méthode de stockage de contenus les plus fréquemment consultés. La technologie d’HashCache utilise le disque dur local pour mettre le contenu en cache afin d’économiser la bande passante, la mémoire vive et l’électricité des utilisateurs qui se connectent à l’internet, notamment pour les pays en voie de développement.

Mon préféré est sans doute le système développé par Michel Maharbis (passionné de science-fiction), un chercheur de l'université de Berkeley, qui est parvenu à installer sur le dos d'une coccinelle une télécommande sans fil, qui lui permet de contrôler à distance ses vols. L'enjeu : les interfaces hommes - machines...

lundi 2 avril 2007

Technology Review disponible en français

Technology Review, la version française du magazine du MIT (Massachussets Institute of Technology), est lancé conjointement par le groupe de presse Oracom et le cabinet d'études stratégiques Aguidel. Comme le magazine de référence US, le magazine s'intéressera aux innovations technologiques mais aussi à leur impact sur notre quotidien, et se veut un outil de prospective utile aux décideurs pour suivre et anticiper les tendances. Afin d'être plus accessible, ses articles sont d'ailleurs essentiellement écrits par des journalistes et non des scientifiques.

Une renaissance-surprise : en novembre 2005, lors des Mardis de l'innovation du CNAM, la FING et le journaliste Gérard Chevalier, ancien rédacteur en chef à « Sciences et vie » et « La Recherche ». présentaient leur propre projet de version française du Technology Review.. J'en avais parlé ("Les Echos" du 23 novembre 2005, en accès payant pour les non-abonnés, sorry...), mais le projet semblait être tombé aux oubliettes faute de partenaires financiers.

Là je ne connais absolument pas les concepteurs de cette nouvelle version. A suivre donc... Le numéro prototype de la revue est disponible en téléchargement (après avoir rempli un formulaire) , sur le site de la revue.

Au niveau international, une version italienne de Tech review a été lancée il y a une douzaine d’années, suivie par une version allemande en 2003, puis une version espagnole en septembre. Dans la foulée, des versions chinoise et indienne pourraient être lancées.

Lancement : le 21 mars 2007 Editeur : Oracom & Aguidel Distributeur : NMPP Périodicité : bimestriel Prix : 6,50 €