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Propriété intellectuelle

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dimanche 17 janvier 2010

Premières applications mobiles frauduleuses : obligation de régulation par les AppStores ?

Et voilà, il fallait s'y attendre. Tout nouveau service qui suscite l'engouement est confronté, un jour ou l'autre, à des premiers obstacles, au premier chef la contrefaçon, les détournements, ou encore des versions vérolées.

Dans le domaine des applications mobiles, vendues sur les AppStores avec le succès que l'on sait (voir par exemple ici), on pourrait bien voir surgir, un jour, des applis érotiques (voire plus) 'pour adultes'...

Appli Android de fishing

En attendant, cette semaine, le premier cas d'appli mobile délibérément destinée à un usage frauduleux est apparu... Il rappelle fortement les cas de mails de fishing diffusés par e-mails (sous forme de spams), qui visaient à récupérer les données bancaires d'internautes distraits. L'application mobile publiée par Droid09, proposait aux utilisateurs de se connecter à leurs comptes de la banque américaine Credit Union pour les gérer à distance, depuis leur téléphone portable.

Cette application était frauduleuse, et récupérait les données des utilisateurs pour le compte d'un tiers. Les identifiants et mots de passe de connexion étaient donc volés, et ce dans le but de se connecter aux comptes, comme dans les affaires de fishing. L'affaire a été révélée par l'entreprise de sécurité informatique Sophos.

Mais du coup, une autre question sous-jacente surgit : quid de la responsabilité des éditeurs d'applis mobiles dans ce genre d'affaires ? Les propriétaires d'AppStores (Apple, Google dans le cas de l'Android Market...) , ne sont-ils pas censés trier sur le volet leurs futures applis, et les valider avant leur lancement . Or ici, cette application, qui était proposée sur l'Android Market, a été approuvée par ses administrateurs... Avant d'être retirée, une fois la fraude constatée.

En clair, les propriétaires de "magasins" applications mobiles en ligne seront-ils être garants de leur fiabilité ? Il y avait déjà eu un précédent, avec le ver Rick Ikee qui circulait sur des iPhones déverrouillés, utilisant donc des applis non-vérifiées par Apple (un point pour Apple, donc).

Propriétaire d'AppStore = régulateur ? Le cas des 'fausses' applis iPhone NY Times

Et c'est sur cela que risquent de pêcher les téléphones sous Android : autant Apple est très regardant sur les nombreuses applications proposées par des développeurs sur l'AppleStore (le processus de validation peut prendre jusqu'à 1 mois), autant le processus de validation des applis est connu pour être extrêmement léger du côté de l'Android Market. A moins que Google ne prêche l'auto-régulation, et laisse la responsabilité à ses utilisateurs de choisir à bon escient (autant que possible ;) dans une jungle d'applis peu triées... Ce qui risque de le discréditer.

nytimes_iphone.jpg

Source image

Mais Apple n'est pas forcément prêt à enrôler systématiquement ce rôle de super-régulateur, notamment face à des "fausses" applis mobiles qui surgissent. Comme signalé sur le blog Mediamemo, cette autre affaire pourrait faire du bruit : face à deux applications iPhone du New York Times qui pourraient s'avérer être des fakes (ou en tous cas des versions non-officielles), Apple "ne veut pas savoir". Concrètement, on trouve actuellement sur l'iTunes Store l'application iPhone officielle du NY Times (gratuite et bien pratique), ainsi que... deux différentes applis iPhone pour le NY Times, “New York Times Mobile Reader", proposées pour 0,99 cents chacune. Actuellementl e service juridique du quotidien planche sur le problème, signalant qu'AUCUNE des deux applis n'est autorisée.

dimanche 4 octobre 2009

La licence libre GNU-GPL reconnue par la justice

C'est la bonne nouvelle de la semaine. Et si elle peut sembler n'intéresser que les spécialistes en propriété intellectuelle, de manière générale, elle consacre le partage du bien commun, de la connaissance via Internet, par les licences libres GNU-GPL, un système de protection des oeuvres en ligne plus souple que le droit d'auteur et le copyright.

La nouvelle est tombée cette semaine, dans un discret avis d'expert publié sur le JDNet. Un prestataire ayant livré un logiciel sans se conformer à la licence GNU GPL qui s'appliquait à une partie de ses composants a été condamné pour défaut de délivrance conforme. C'est la première fois que la licence libre GNU est ainsi reconnue officiellement, dans le cadre d'une décision de justice.

Déjà un premier jugement, rendu par le TGI de Paris le 28 mars 2007 avait inauguré cette saisie des licences libres par le juge français. Il s'agissait d'une affaire opposant plusieurs universités à la société Educaffix, qui leur avait acheté un logiciel de formation à distance (développé par des chercheurs) baptisé "Baghera".

Tout récemment, un arrêt de la Cour d'appel de Paris du 16 septembre 2009 a admis cette application de façon bien plus nette, dans une affaire opposant l'Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes (AFPA) et la société EDU 4, qui avait installé sur plusieurs établissements pilotes une solution matérielle et logicielle de formation. Cette dernière a été condamnée pour n'avoir pas respecté les termes de la licence GNU-GPL.

Un bon point, alors que l'open source et les logiciels libres commencent à avoir massivement les faveurs des entreprises (au point, d'ailleurs, que La Tribune consacrait ce vendredi 2 pages aux logiciels libres). Et alors que "Bien des juristes français ont argué de l'inadaptabilité des licences libres, et en particulier des plus connues et des plus "radicales" d'entre elles, les licences GNU de la Free Software Foundation. Invoquant le droit moral du Code de la propriété intellectuelle ou encore la garantie d'éviction, et que l'on craignait que ces licences ne soient tout simplement pas localisables en droit français", souligne Thomas Beaugrand sur le JDNet.

De cette manière, le droit consacre les licences GNU-GPL, au même niveau que les licences Creative Commons et CeCILL, qui ont commencé à intéresser le monde de la création et des entreprises au début des années 2000 - sur lesquelles j'avais beaucoup écrit par le passé (voir mes papiers dans Les Echos, comme celui-ci, celui-là ou encore celui-là).

lundi 10 août 2009

Un pas de danse est-il brevetable ?

moonwalk

La réponse, à première vue évidente, serait non. Et pourtant... si. C'est le blog de Breeze consacré à la propriété intellectuelle qui a lâché l'info, énorme, la semaine dernière.

En 1993, Michael Jackson, certes artiste talentueux / excentrique / controversé (rayez la mention inutile...), mais surtout homme d'affaires avisé, a breveté "son" pas de danse, le moonwalk. Avec cette définition: ''"A system for engaging shoes with a hitch mans to permit a person standing on a stage surface to lean forwardly beyond his or her center of gravity, comprising:Moonwalk At least one shoe having a heel with a first engagement means, said first engagement means comprising a recess formed in a heel of said shoe covered with a heel slot plane located at a bottom region of said heel, said heel slot plate having a slot formed therein with a relatively wide opening at a leading edge of said heel and a narrower terminal end rearward of said leading edge, said recess being larger in size above said terminal end of said slot than is said terrminal end of said slot; and..."''

brevet MJ

Le truc étant que MJ est loin d'être l'inventeur du moonwalking : comme le rappelle cette simple définition sur Wikipedia, d'autres ont pratiqué avant lui ce pas de danse à reculons, comme James Brown. D'ailleurs, il n'aurait jamais prétendu en être l'inventeur, d'après cette même source.

So ? Ce qui me gêne est que, dans ce cas, MJ (certes sans doute très bien "conseillé") a breveté quelque chose dont il admet ne pas être l'inventeur (alors qu'un brevet protège une invention, et il est déposé en général... par son inventeur). Et quid du principe d'antériorité ?

Poussons le raisonnement un peu plus loin : dans ce cas, est-ce que tout est brevetable ? En France, ce sont les marques, dessins et modèles que l'on protège par un brevet. Pas des oeuvres de l'esprit, des oeuvres d'art, encore moins des gestes et mouvements. Mais comme me le rappelait un confrère, le brevet de MJ relève du droit américain, qui n'a rien à voir avec le nôtre...

Cela nous mène à des questions de fond passionnantes, sur ce qui est brevetable - ou pas. Le débat fait rage outre-Atlantique, et porte sur à peu près tout. On se souvient, ici, des débats sur le brevet logiciel (voir ce dossier que j'y avais consacré en 2004 pour TerraEco - accès payant hélas). Le brevet déposé sur le "paiement en un clic" par Amazon ("one click", un dispositif permettant à l'internaute d'acheter un produit sur le Web grâce à un unique clic de souris) est devenu une légende.

Aujourd'hui, un des champs potentiellement brevetables qui fait débat est celui de l'homéopathie, alors que des labos pharmaceutiques rêvent de s'emparer de recettes ancestrales et de les breveter. Par la biopiraterie, ils s'empareraient ainsi de savoirs ancestraux, qu'ils privatiseraient par le biais de brevets, comme le souligne ce collectif. Je me souviens avoir visité en août 2008 un labo de plantes médicinales mexicain qui lutte contre cela.

Le sujet est passionnant et effrayant : est-ce que tous les pans du savoir, qui relèvent du bien commun, seront un jour privatisables, brevetables ?

mardi 10 juillet 2007

Bisbilles Sacdeluxe vs Feelchic

J'ai été amenée dernièrement à enquêter sur une nouvelle tendance de consommation, celle de location via Internet de services ou biens de luxe. ET justement, on parle beaucoup de ces services de location de sacs à main de luxe, avec l'ouverture presque consécutive de trois start-ups, Feelchic, Sacdeluxe et Sacdunjour.com.

Or les méthodes de la plus médiatique d'entre elles, Feelchic, ouverte par deux fils de bonne famille, semblent un peu contestables ;). Dans ce billet, le blogueur raconte les méthodes "contestables" de Feelchic, qui a notamment ouvert un blog nommé "Sac de luxe", soit... du nom d'un de ses concurrents. Un blog construit spécialement pour détourner le référencement de son concurrent ", estime le blogueur. Difficile à vérifier évidemment, mais si tel est le cas, cela ouvre la voie à des questions à la limite de la propriété intellectuelle : Feelchic peut-il être attaqué par son concurrent pour détournement de marque dans ce cas ?

jeudi 7 juin 2007

La chasse aux sous-titres pirates est ouverte pour l'industrie audiovisuelle ?

Alors, voilà un sujet dont on risque fort de reparler ces prochaines semaines, et je pense moi-même m'y intéresser de près... Outre la chasse aux pirates de musique et de films sur Internet, l'industrie audiovisuelle semble avoir trouvé une nouvelle cible : les sous-titres pirates. J'ai entendu l'autre jour sur France Info qu'un site français de sous-titres, Series-vo.com, vient de mettre la clé sous la porte. Sur la page d’accueil, le responsable explique qu’il a passé 2 heures au Commissariat de Poitiers pour s’expliquer. Il y a quelques jours également, c’est un site polonais de sous-titres qui a été fermé par la police.

Il existe dans plusieurs pays européens des communautés de passionnés qui consacrent leur temps à sous-titrer les films et séries repiquées sur les télévisions US. Quelques heures à peine après leur diffusion outre-atlantique, on trouve sur le Net, d’un côté la vidéo et, de l’autre, les sous-titres. Il n’y a plus qu’à assembler les deux très facilement sur ordinateur.

Mais ces fan-subbers (fans de sous-titres), commencent apparemment à énerver les responsables audiovisuels et les pouvoirs publics, qui estiment que s’ils ne piratent pas eux-mêmes les films, les « sous-titreurs » contribuent d’une certaine manière au piratage. Or, il existerait jusque là une tolérance et un certain flou juridique sur cette question... Jusqu'il y a peu, le SFT (Syndicat national des traducteurs) était tolérant sur le sujet. Il sera intéressant de voir ces prochaines semaines si leur position évolue...

vendredi 11 mai 2007

Droit des marques / exclusivité sur un prénom ?

L'affaire a un côté délicieusement people et un peu risible : est-on propriétaire de son prénom ? Plutôt absurde, n'est-ce pas...

La question fait pourtant débat à Hollywood, dont l'une des enfants gâtées stars, Angelina Jolie, interdit à une société française, Hors La Monde Corp., créée par Symine Salimpour, de baptiser son parfum Shiloh. Précisément le prénom porté par le fils d'Angelina Jolie et Brad Pitt. Ses avocats ont donc lancé des démarches pour retarder le processus, alors que la société française, qui doit lancer son parfum à New York ces prochaines semaines, avait postulé en juin dernier pour baptiser son parfum Shiloh, comme le relate Ouriel Ouhayon, dans ce billet "L'incroyable affaire Shiloh", sur le blog de Loïc Le Meur.

Un prénom inventé par les parents, qui ne figurait pas dans le calendrier et n'était pas utilisé, est-il leur propriété exclusive ? Peuvent-ils le protéger comme une marque classique, comme cela se fait en propriété intellectuelle et industrielle ?

Hallucinant, absurde... hollywoodien en somme. Il est peu probable que la justice tranche en faveur de la star, ou alors cela créerait un précédent pour le moins malsain. Même si l'on peut penser que la créatrice du parfum a décidé d'adopter à ce tour ce prénom connu pour assurer sa propre pub ;)

Tiens, justement, pour ma part, j'ai déjà vu plusieurs boutiques portant mon prénom, ainsi qu'un boulevard parisien, ou encore une marque prestigieuse de sous-vêtements... Je vais en parler à mon avocat ;-)