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Propriété intellectuelle

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dimanche 18 février 2018

Pitch, Start-up Nation, Fooding, Post-it... De la privatisation de noms communs

Pitch, une marque déposée ? Ce petit anglicisme délicieusement jargonnant, qui figure parmi les favoris des start-uppeurs, scénaristes et publicitaires pour désigner une présentation succincte, ne pourra bientôt plus être librement utilisé. La marque de brioches Pasquier a lancé des recours contre certaines entreprises qui utilisent ce terme, comme l'a révélé le 12 février la newsletter spécialisée Petit Web. Une marque de brioches et pains industriels ! L'affaire a un côté kafkaïen: la marque Pasquier utilise déjà le terme Pitch pour désigner une de ses brioches depuis 1985.

Gaël Duval, patron de l’entreprise JeChange.fr, et fondateur de la French Touch Conference, qui organise des événements dédiés aux entrepreneurs, avait lui-même reçu avec incrédulité son premier courrier début 2017. Les avocats du groupe français exigeant sans rire qu’il cesse d’utiliser sa marque "Pitch in the plane" (pour désigner des "pitchs" de start-ups qu'il organisait à bord de vols aériens), qu'il avait déposée auprès de l’Institut National de la Propriété Intellectuelle (INPI) en 2015. La marque Pasquier a même lancé des recours contre certaines entreprises qui utilisent ce terme.

Assurément, cela révèle la vision... décalée de certains grands groupes de la vieille école face aux start-ups. Gaël Duval indiquait dans la presse avoir tenté de contacter la directrice marketing de chez Brioche Pasquier, en vain. A défaut, mardi, La marque s’est expliquée sur Twitter à ce sujet.

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Alors certes, la marque assure "Nous n'interdisons pas l'utilisation de l'anglicisme "Pitch" dans le langage courant mais nous protégeons nos droits sur la marque Pitch lorsque celle-ci est déposée à l'INPI par d'autres marques à des fins commerciales". Mais c'est déjà un fait juridique: cette protection officielle ne concerne pas l'utilisation même du mot pitch dans la vie courante.

Il n'empêche, malgré ce contre-feu maladroit, les faits sont là: comme l'a rapporté la presse, plusieurs start-ups ont déjà été contraintes d'abandonner le mot pitch dans leur nom. Suite à des actions judiciaires intentées par le groupe Pasquier, fabriquant des brioches Pitch depuis les années 1980.

Il est vrai que le droit est de leur côté: puisque la marque Pitch est déposée auprès de l'INPI depuis les années 80, le groupe Pasquier, qui l'a déposée, dispose d'une protection de 10 ans, dont 5 années sans preuve d'utilisation. Durant ces cinq années, et même s'il n'utilise pas cette marque, il peut bloquer les autres déposants éventuels. En l'état actuel des choses, Pasquier peut contrer tout nouveau dépôt de marque avec le mot "pitch" jusqu'en 2021.

Dans les usages, cela est pour le moins surprenant, puisque la brioche chocolatée n'a pas grand-chose à voir avec le fait de "pitcher" un projet, un des rituels chers aux start-ups et publicitaires... Plus surprenant encore, en 2015, Pasquier a déposé l'expression "Pitch Académie" et a racheté la marque "Pitch Academy". Deux expressions que l'on trouverait tout-à-fait dans l'univers des start-ups. En 2016, peut-être en voyant cet anglicisme entrer dans le champ de plusieurs univers, le groupe Pasquier a brutalement "déposé le mot Pitch seul pour la quasi totalité des classes disponibles à l'INPI", révélait Les Echos. Soit dans 39 des 45 catégories. Bien au-delà des brioches industrielles.

C'est là un nouvel exemple des excès parfois outranciers d'ayant-droits pour défendre leur marque. Ces dernières années, les cas se sont multipliées. Avec des tentatives parfois outrancières de protéger en tant que marques des termes entrés dans le langage courant. Ce qui révèle les particularités parfois kafkaïennes du droit des marques.

Post-it... Et Start-up nation, marques déposées

Exemple: cette semaine encore, les correcteurs du Monde révélaient sur Twitter l'interdiction d'utiliser le terme Post-it dans des articles. (Vous savez, ces petites feuilles jaunes à l'extrémité autocollante). "Notre rédaction vient de se voir rappeler qu'elle ne doit pas utiliser le nom commercial d'"une petite feuille de papier autoadhésive amovible rassemblée en petit bloc", à la demande de la marque en question". CQFD. Alors que l'utilisation de cette marque comme un mot courant est sans doute la meilleure publicité que l'on puisse en faire...

Bon en tous cas, les dirigeants de Pasquier ne sont pas très cool Start-up nation ;) Justement, il y a cet autre exemple, de nouveau dans l'univers de la tech: il y a quelques mois, je découvrais avec surprise que l'expression Start-up Nation chère à Emmanuel Macron, serait une marque déposée! Déjà en pleine campagne électorale, alors que je relayais sur Facebook un extrait d'un discours (lors d'un sommet Challenges) de celui qui était alors encore candidat à l'expression présidentielle, j'ai été vertement reprise par un entrepreneur (d'origine israëlienne), me signalant cela. Surprise, la seule page Wikipedia "définissant" cette expression fait la promotion d'un livre... sur l'économie d'Israël, Start-up Nation: The Story of Israel's Economic Miracle.

Et effectivement, une petite recherche sur la Base de marques de l'INPI me révèle que l'expression Start-up nation (et une dizaine de génériques - The start-up nation, Start-up nation central, Hummingbird feeder (?) Start-up nation...) ont été déposées en tant que marque de l'Union européenne par... une société israélienne, une certaine Start-Up Nation Holdings Israel Ltd. Un particulier ayant tout de même réussi à déposer la marque Start-up nation pour la France.

Un autre exemple avait fait grand bruit en 2016. L'expression Fooding, qui désigne une nouvelle tendance alimentaire, a été elle aussi déposée en tant que marque ! En 2000, le Fooding naissait, c'était alors un guide internet, très parisien, créé sous l'égide de Jean-François Bizot et de son Nova Magazine: il proposait des adresses, bars et restaurants dans les futurs quartiers "bobos". Ce que l'on ignorait: en 2000, pas fou, lorsqu'il emploie l'expression dans Nova Mag, le journaliste Alexandre Cammas dépose l'expression Fooding en tant que marque auprès de l 'INPI. Puis cela est devenu une expression, incarnant la découverte et le bistro, avec même une Semaine du fooding organisée à Paris.

En 2016, surprise, plusieurs sites spécialisés, tel 7detable.com, qui le raconte ici, ou Arte Radio, reçoivent cet étrange mail:

Je m’occupe de la communication du Guide Fooding, j’espère que cet email vous trouve au mieux. J’allais vous écrire hier pour vous parler de notre prochain évènement Foodstock, mais l’actu fait que je dois vous contacter à un autre sujet. J’ai vu dans votre article sur les lattes colorés que vous aviez utilisé le terme Fooding, qui est malheureusement une marque déposée. Pourriez-vous retirer la mention Fooding ou la remplacer par un mot plus approprié (comme « food » par exemple) ? Je suis sincèrement désolée de vous ennuyer avec cela mais nous devons rester attentifs sur ce sujet pour ne pas « perdre » notre marque Fooding… Je suis bien évidemment à votre entière disposition si vous souhaitez des précisions.

Amusant ou ridicule... D'autres exemples d'expressions utilisées en tant que marque, on pourrait en citer.

Juste un dernier exemple, pour la route: comme le relève l'excellente newsletter Copyright Madness, reflet de ces absurdités du trademark, même un ancien secrétaire d'Etat, Thomas Thevenoud, est parvenu à déposer une expression qui reflétait une de ses principales "incivilités"! La presse révélait cette semaine que l’ex-secrétaire d’État condamné pour fraude fiscale a déposé dès 2014 la marque "phobie administrative" qui l'a rendu mondialement connu - de cette excuse que l’intéressé avait avancée pour justifier ses non-paiements de ses impôts. Pas fou, il a déposé l'expression pour des catégories telles que ventes de produits, conseils juridiques ou publicité. CQFD. Ca n'a pas loupé: il a été relayé sur Twitter avec le hashtag #DéposeTaMarque. De quoi rappeler le cas d'école de Nabilla et son dépôt de "Non mais allô quoi !" en tant que marque.

dimanche 15 janvier 2012

Le rouge, les semelles Louboutin... sont-ils brevetables ?

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Il s'en est fallu de peu: Christian Louboutin, créateur des fameuses chaussures à talons aiguilles vertigineux, a bien failli faire déposer non pas une invention scientifique ou une innovation de rupture, mais... les semelles rouges dont sont dotés tous ses escarpins. Une particularité esthétique qu'il aurait ainsi fait protéger dans le monde entier. Nul autre chausseur n'aurait pu doter ses chaussures de semelles rouges. L'affaire traînait depuis plusieurs mois, cet très bon billet en retrace les différentes étapes.

Première étape: pour présenter ses semelles rouges comme exclusives, Louboutin a attaqué en justice les impétrants qui se permettaient de reprendre l'idée. Avec ainsi Zara, face auquel il a été débouté par la Cour d'Appel de Paris en juin dernier, et le groupe Yves Saint Laurent aux Etats-Unis, auquel Louboutin exigeait carrément un million de dollars de dommages et intérêts. Il était débouté le 10 août 2011 par un tribunal de New York. En août dernier, l'AFP citait aussi le cas de "la marque brésilienne Carmen Steffens, qui compte parmi ses clientes la top Gisele Bündchen", qui a reçu peu après l'ouverture d'une boutique rue de Grenelle à Paris une lettre du chausseur lui reprochant d'utiliser des semelles rouges dans ses modèles.

Mais ce n'est pas fini: d'après ce même billet, l’OHMI (Office de l’Harmonisation dans le Marché Intérieur, agence de l’Union Européenne chargée de gérer les systèmes d’enregistrement des marques et des dessins ou modèles) vient d'accepter l’enregistrement de la marque Louboutin pour désigner des "chaussures à talons hauts" - consistant en "la couleur rouge appliquée sur la semelle d’une chaussure telle que représentée" (le contour de la chaussure ne fait donc pas partie de la marque mais a pour but de mettre en évidence l’emplacement de la marque). Ce dépôt fait l’objet d’une procédure d’opposition, donc la marque n’est pas définitivement enregistrée. A suivre...

Breveter une idée, une couleur...

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Si, à défaut d'un dépôt de brevet comme en rêvait sans doute Christian Louboutin, l'OHMI - dont les décisions sont valables au niveau européen - valide finalement cette marque avec ces critères très particuliers, cela ouvrira une brèche.L'idée de Louboutin n'est pas de breveter ou de déposer un modèle de chaussure classique - procédé fréquent chez les marques de luxe pour éviter la contrefaçon - mais de breveter, ou a minima déposer un concept, une idée, la semelle rouge apposée sur chacune de ses chaussures. Un des éléments qui fait certes l'identité des chaussures Louboutin, et le seul qui lui permettait jusqu'à présent de se distinguer des nombreuses autres marques de chaussures de luxe. On imagine donc sa fébrilité à protéger juridiquement cette idée.

Tout comme la couleur: en théorie, les couleurs ne sont - heureusement - pas brevetables. Logique, et heureusement, se dit-on. Dans le cas du bleu Klein, souvent cité à tort comme cas d'école, ce n’est pas la couleur même qu'Yves Klein a déposé à l'INPI en 1960, mais le procédé de fixation du pigment, Et encore: s'ils n'acceptent pas le dépôt de couleurs primaires, l'INPI ou l'OHMI commencent à accepter des nuances précises (comme le mauvse Milka) ou des combinaisons de couleurs

Reste à voir donc quelle sera le verdict de l'OHMI. S'il va dans le sens de Louboutin, cela vaudra dire qu'une simple idée, un concept - teindre en rouge vif les semelles de chaussures - pourra être protégé, et réserver à une seule marque. Breveter une idée... Vieux débat, une pratique interdite en Europe, au nom de la défense du bien commun, alors que les pratiques sont plus floues aux Etats-Unis - Amazon a déposé son "one clic", et Mickael Jackson a bien tenté de déposer son moonwalk en 1993.

dimanche 17 janvier 2010

Premières applications mobiles frauduleuses : obligation de régulation par les AppStores ?

Et voilà, il fallait s'y attendre. Tout nouveau service qui suscite l'engouement est confronté, un jour ou l'autre, à des premiers obstacles, au premier chef la contrefaçon, les détournements, ou encore des versions vérolées.

Dans le domaine des applications mobiles, vendues sur les AppStores avec le succès que l'on sait (voir par exemple ici), on pourrait bien voir surgir, un jour, des applis érotiques (voire plus) 'pour adultes'...

Appli Android de fishing

En attendant, cette semaine, le premier cas d'appli mobile délibérément destinée à un usage frauduleux est apparu... Il rappelle fortement les cas de mails de fishing diffusés par e-mails (sous forme de spams), qui visaient à récupérer les données bancaires d'internautes distraits. L'application mobile publiée par Droid09, proposait aux utilisateurs de se connecter à leurs comptes de la banque américaine Credit Union pour les gérer à distance, depuis leur téléphone portable.

Cette application était frauduleuse, et récupérait les données des utilisateurs pour le compte d'un tiers. Les identifiants et mots de passe de connexion étaient donc volés, et ce dans le but de se connecter aux comptes, comme dans les affaires de fishing. L'affaire a été révélée par l'entreprise de sécurité informatique Sophos.

Mais du coup, une autre question sous-jacente surgit : quid de la responsabilité des éditeurs d'applis mobiles dans ce genre d'affaires ? Les propriétaires d'AppStores (Apple, Google dans le cas de l'Android Market...) , ne sont-ils pas censés trier sur le volet leurs futures applis, et les valider avant leur lancement . Or ici, cette application, qui était proposée sur l'Android Market, a été approuvée par ses administrateurs... Avant d'être retirée, une fois la fraude constatée.

En clair, les propriétaires de "magasins" applications mobiles en ligne seront-ils être garants de leur fiabilité ? Il y avait déjà eu un précédent, avec le ver Rick Ikee qui circulait sur des iPhones déverrouillés, utilisant donc des applis non-vérifiées par Apple (un point pour Apple, donc).

Propriétaire d'AppStore = régulateur ? Le cas des 'fausses' applis iPhone NY Times

Et c'est sur cela que risquent de pêcher les téléphones sous Android : autant Apple est très regardant sur les nombreuses applications proposées par des développeurs sur l'AppleStore (le processus de validation peut prendre jusqu'à 1 mois), autant le processus de validation des applis est connu pour être extrêmement léger du côté de l'Android Market. A moins que Google ne prêche l'auto-régulation, et laisse la responsabilité à ses utilisateurs de choisir à bon escient (autant que possible ;) dans une jungle d'applis peu triées... Ce qui risque de le discréditer.

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Source image

Mais Apple n'est pas forcément prêt à enrôler systématiquement ce rôle de super-régulateur, notamment face à des "fausses" applis mobiles qui surgissent. Comme signalé sur le blog Mediamemo, cette autre affaire pourrait faire du bruit : face à deux applications iPhone du New York Times qui pourraient s'avérer être des fakes (ou en tous cas des versions non-officielles), Apple "ne veut pas savoir". Concrètement, on trouve actuellement sur l'iTunes Store l'application iPhone officielle du NY Times (gratuite et bien pratique), ainsi que... deux différentes applis iPhone pour le NY Times, “New York Times Mobile Reader", proposées pour 0,99 cents chacune. Actuellementl e service juridique du quotidien planche sur le problème, signalant qu'AUCUNE des deux applis n'est autorisée.

dimanche 4 octobre 2009

La licence libre GNU-GPL reconnue par la justice

C'est la bonne nouvelle de la semaine. Et si elle peut sembler n'intéresser que les spécialistes en propriété intellectuelle, de manière générale, elle consacre le partage du bien commun, de la connaissance via Internet, par les licences libres GNU-GPL, un système de protection des oeuvres en ligne plus souple que le droit d'auteur et le copyright.

La nouvelle est tombée cette semaine, dans un discret avis d'expert publié sur le JDNet. Un prestataire ayant livré un logiciel sans se conformer à la licence GNU GPL qui s'appliquait à une partie de ses composants a été condamné pour défaut de délivrance conforme. C'est la première fois que la licence libre GNU est ainsi reconnue officiellement, dans le cadre d'une décision de justice.

Déjà un premier jugement, rendu par le TGI de Paris le 28 mars 2007 avait inauguré cette saisie des licences libres par le juge français. Il s'agissait d'une affaire opposant plusieurs universités à la société Educaffix, qui leur avait acheté un logiciel de formation à distance (développé par des chercheurs) baptisé "Baghera".

Tout récemment, un arrêt de la Cour d'appel de Paris du 16 septembre 2009 a admis cette application de façon bien plus nette, dans une affaire opposant l'Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes (AFPA) et la société EDU 4, qui avait installé sur plusieurs établissements pilotes une solution matérielle et logicielle de formation. Cette dernière a été condamnée pour n'avoir pas respecté les termes de la licence GNU-GPL.

Un bon point, alors que l'open source et les logiciels libres commencent à avoir massivement les faveurs des entreprises (au point, d'ailleurs, que La Tribune consacrait ce vendredi 2 pages aux logiciels libres). Et alors que "Bien des juristes français ont argué de l'inadaptabilité des licences libres, et en particulier des plus connues et des plus "radicales" d'entre elles, les licences GNU de la Free Software Foundation. Invoquant le droit moral du Code de la propriété intellectuelle ou encore la garantie d'éviction, et que l'on craignait que ces licences ne soient tout simplement pas localisables en droit français", souligne Thomas Beaugrand sur le JDNet.

De cette manière, le droit consacre les licences GNU-GPL, au même niveau que les licences Creative Commons et CeCILL, qui ont commencé à intéresser le monde de la création et des entreprises au début des années 2000 - sur lesquelles j'avais beaucoup écrit par le passé (voir mes papiers dans Les Echos, comme celui-ci, celui-là ou encore celui-là).

lundi 10 août 2009

Un pas de danse est-il brevetable ?

moonwalk

La réponse, à première vue évidente, serait non. Et pourtant... si. C'est le blog de Breeze consacré à la propriété intellectuelle qui a lâché l'info, énorme, la semaine dernière.

En 1993, Michael Jackson, certes artiste talentueux / excentrique / controversé (rayez la mention inutile...), mais surtout homme d'affaires avisé, a breveté "son" pas de danse, le moonwalk. Avec cette définition: ''"A system for engaging shoes with a hitch mans to permit a person standing on a stage surface to lean forwardly beyond his or her center of gravity, comprising:Moonwalk At least one shoe having a heel with a first engagement means, said first engagement means comprising a recess formed in a heel of said shoe covered with a heel slot plane located at a bottom region of said heel, said heel slot plate having a slot formed therein with a relatively wide opening at a leading edge of said heel and a narrower terminal end rearward of said leading edge, said recess being larger in size above said terminal end of said slot than is said terrminal end of said slot; and..."''

brevet MJ

Le truc étant que MJ est loin d'être l'inventeur du moonwalking : comme le rappelle cette simple définition sur Wikipedia, d'autres ont pratiqué avant lui ce pas de danse à reculons, comme James Brown. D'ailleurs, il n'aurait jamais prétendu en être l'inventeur, d'après cette même source.

So ? Ce qui me gêne est que, dans ce cas, MJ (certes sans doute très bien "conseillé") a breveté quelque chose dont il admet ne pas être l'inventeur (alors qu'un brevet protège une invention, et il est déposé en général... par son inventeur). Et quid du principe d'antériorité ?

Poussons le raisonnement un peu plus loin : dans ce cas, est-ce que tout est brevetable ? En France, ce sont les marques, dessins et modèles que l'on protège par un brevet. Pas des oeuvres de l'esprit, des oeuvres d'art, encore moins des gestes et mouvements. Mais comme me le rappelait un confrère, le brevet de MJ relève du droit américain, qui n'a rien à voir avec le nôtre...

Cela nous mène à des questions de fond passionnantes, sur ce qui est brevetable - ou pas. Le débat fait rage outre-Atlantique, et porte sur à peu près tout. On se souvient, ici, des débats sur le brevet logiciel (voir ce dossier que j'y avais consacré en 2004 pour TerraEco - accès payant hélas). Le brevet déposé sur le "paiement en un clic" par Amazon ("one click", un dispositif permettant à l'internaute d'acheter un produit sur le Web grâce à un unique clic de souris) est devenu une légende.

Aujourd'hui, un des champs potentiellement brevetables qui fait débat est celui de l'homéopathie, alors que des labos pharmaceutiques rêvent de s'emparer de recettes ancestrales et de les breveter. Par la biopiraterie, ils s'empareraient ainsi de savoirs ancestraux, qu'ils privatiseraient par le biais de brevets, comme le souligne ce collectif. Je me souviens avoir visité en août 2008 un labo de plantes médicinales mexicain qui lutte contre cela.

Le sujet est passionnant et effrayant : est-ce que tous les pans du savoir, qui relèvent du bien commun, seront un jour privatisables, brevetables ?

mardi 10 juillet 2007

Bisbilles Sacdeluxe vs Feelchic

J'ai été amenée dernièrement à enquêter sur une nouvelle tendance de consommation, celle de location via Internet de services ou biens de luxe. ET justement, on parle beaucoup de ces services de location de sacs à main de luxe, avec l'ouverture presque consécutive de trois start-ups, Feelchic, Sacdeluxe et Sacdunjour.com.

Or les méthodes de la plus médiatique d'entre elles, Feelchic, ouverte par deux fils de bonne famille, semblent un peu contestables ;). Dans ce billet, le blogueur raconte les méthodes "contestables" de Feelchic, qui a notamment ouvert un blog nommé "Sac de luxe", soit... du nom d'un de ses concurrents. Un blog construit spécialement pour détourner le référencement de son concurrent ", estime le blogueur. Difficile à vérifier évidemment, mais si tel est le cas, cela ouvre la voie à des questions à la limite de la propriété intellectuelle : Feelchic peut-il être attaqué par son concurrent pour détournement de marque dans ce cas ?

jeudi 7 juin 2007

La chasse aux sous-titres pirates est ouverte pour l'industrie audiovisuelle ?

Alors, voilà un sujet dont on risque fort de reparler ces prochaines semaines, et je pense moi-même m'y intéresser de près... Outre la chasse aux pirates de musique et de films sur Internet, l'industrie audiovisuelle semble avoir trouvé une nouvelle cible : les sous-titres pirates. J'ai entendu l'autre jour sur France Info qu'un site français de sous-titres, Series-vo.com, vient de mettre la clé sous la porte. Sur la page d’accueil, le responsable explique qu’il a passé 2 heures au Commissariat de Poitiers pour s’expliquer. Il y a quelques jours également, c’est un site polonais de sous-titres qui a été fermé par la police.

Il existe dans plusieurs pays européens des communautés de passionnés qui consacrent leur temps à sous-titrer les films et séries repiquées sur les télévisions US. Quelques heures à peine après leur diffusion outre-atlantique, on trouve sur le Net, d’un côté la vidéo et, de l’autre, les sous-titres. Il n’y a plus qu’à assembler les deux très facilement sur ordinateur.

Mais ces fan-subbers (fans de sous-titres), commencent apparemment à énerver les responsables audiovisuels et les pouvoirs publics, qui estiment que s’ils ne piratent pas eux-mêmes les films, les « sous-titreurs » contribuent d’une certaine manière au piratage. Or, il existerait jusque là une tolérance et un certain flou juridique sur cette question... Jusqu'il y a peu, le SFT (Syndicat national des traducteurs) était tolérant sur le sujet. Il sera intéressant de voir ces prochaines semaines si leur position évolue...

vendredi 11 mai 2007

Droit des marques / exclusivité sur un prénom ?

L'affaire a un côté délicieusement people et un peu risible : est-on propriétaire de son prénom ? Plutôt absurde, n'est-ce pas...

La question fait pourtant débat à Hollywood, dont l'une des enfants gâtées stars, Angelina Jolie, interdit à une société française, Hors La Monde Corp., créée par Symine Salimpour, de baptiser son parfum Shiloh. Précisément le prénom porté par le fils d'Angelina Jolie et Brad Pitt. Ses avocats ont donc lancé des démarches pour retarder le processus, alors que la société française, qui doit lancer son parfum à New York ces prochaines semaines, avait postulé en juin dernier pour baptiser son parfum Shiloh, comme le relate Ouriel Ouhayon, dans ce billet "L'incroyable affaire Shiloh", sur le blog de Loïc Le Meur.

Un prénom inventé par les parents, qui ne figurait pas dans le calendrier et n'était pas utilisé, est-il leur propriété exclusive ? Peuvent-ils le protéger comme une marque classique, comme cela se fait en propriété intellectuelle et industrielle ?

Hallucinant, absurde... hollywoodien en somme. Il est peu probable que la justice tranche en faveur de la star, ou alors cela créerait un précédent pour le moins malsain. Même si l'on peut penser que la créatrice du parfum a décidé d'adopter à ce tour ce prénom connu pour assurer sa propre pub ;)

Tiens, justement, pour ma part, j'ai déjà vu plusieurs boutiques portant mon prénom, ainsi qu'un boulevard parisien, ou encore une marque prestigieuse de sous-vêtements... Je vais en parler à mon avocat ;-)