Il revêt une certaine utilité sociale,mais n'en n'est pas moins troublant,
voire un rien flippant. Au hasard d'un feuilletage du Monde magazine,
je suis tombée sur un papier qui parlait d'un robot "de compagnie" (comment
appeler ça autrement ?) qui commence à cartonner au Japon, Paro. Si vous allez
voir cette vidéo YouTube, rien d'extraordinaire : une vague peluche
blanche qui ressemble à un phoque, qui émet d'étranges cris et ferme ses grands
yeux noirs quand on lui demande, et peut aussi remuer la tête et les pattes.
Une peluche en version améliorée, en somme. N'empêche, sur la vidéo, on entend
la personne s'adresser à ce truc à poils comme à un animal de compagnie.
Edifiant.
Paro, une tétine jaune dans le bec, peut aussi repérer la provenance d'une
voix ou la présence d'une personne grâce à ses capteurs. Ce qui assure une
certaine présence à ce robot de compagnie. C'est pourtant un chercheur très
sérieux, Takanori Shibatéa, de l'Institut japonais des sciences et technologies
industrielles avancées, qui l'a conçu, avec pour objectif d'assurer une
présence aux personnes âgées isolées ou diminuées. Paro commence du coup à se
tailler un petit succès au Japon, pays du monde ayant la plus grande proportion
de plus de 65 ans. Problème : ces robots deviennent de véritables
substituts affectifs pour des personnes isolées. Ca me rappelle un reportage
d'Envoyé spécial assez flippant, où l'on voyait un couple de Japonais
âgés ayant adopté un robot ressemblant à une petit fille, qu'ils traitaient
comme telle.
Le robot comme substitut affectif, dérive possible de l'émergence
de la robotique dans la vie de demain ? Il y a quelques temps, je parlais
dans ce
billet-là et celui-ci (avec
les love dolls) des robots capables de mimer les émotions,
La robotique sera peut-être la révolution technologique d'après-demain, dans
le sens où les robots entreront dans la vie quotidienne du tout-venant par les
robots ménagers, ainsi que par les robots de services à la personne, notamment
pour l'assistance aux personnes âgées ou handicapées. C'est d'ailleurs ce
qu'imagine Bruno Bonnell, ex- dirigeant d'Infogrames, maintenant à la tête de
sa nouvelle start-up, Robopolis, et qui croit dur comme fer à l'émergence de la
"robolution", à laquelle il consacre un livre, annoncé pour courant
2010. Il y a quelques semaines, il présentait à la presse ses projets en la
matière : je l'aborde dans un article à paraître dans
L'Entreprise de janvier, mais comme l'indique
dans ce très bon billet mon confrère Jean-Christophe Féraud, pour
lui, c'est certain, le robot entrera dans le quotidien de tout un chacun par
les robots ménagers (comme l'iRobot), puis les robots d'assistance aux
personnes âgées etc. Et c'est déjà le cas au Japon, avec les robots Asimo ou
Ri-Man.
Ça tombe bien, alors que les personnes médicalisées à domicile seront de
plus en plus nombreuses, les robots pourront assurer leurs soins. Et justement,
les coûts de production - et donc de vente- de robots baissent, y compris pour
les robots-jouets, tels le chien Mio. Mais on peut craindre un accompagnement
déshumanisé des personnes âgées ou handicapées avec des robots ou, pire, un
attachement affectif cache-misère par des personnes seules, comme le laisse
craindre un Paro.