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lundi 31 décembre 2012

Smartphones à écrans flexibles, imprimantes 3D, interfaces hommes-machines, lunettes "augmentées", robots... Huit tendances tech / innovations pour 2013

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Lointain ancêtre du casque électroencéphalographe dans "Orange mécanique"

Une sorte de marronnier de début d'année sur ce blog, auquel je m'étais déjà livrée l'an dernier, il y a deux ans... Je vous laisse vérifier si mes prédictions étaient bonnes ;) Quelles sont les innovations de rupture les plus attendues pour cette année 2013, les services et produits les plus prometteurs, susceptibles de bouleverser le quotidien des utilisateurs ? Il y a aussi le très bon Hype Cycle de Gartner, qui sert chaque année de baromètre des innovations. Autres indicateurs, les projets de R&D du moment, ou encore la grand-message high-tech qui se tient à Las Vegas début janvier, le Consumer Electronic Show...

Je précise tout de suite que cette liste de tendances est non-exhaustive ;) (mais vos compléments en commentaires sont tout-à-fait bienvenus). J'ai par ailleurs choisi d'en exclure le big data (même s'il promet de révolutionner le marketing, comme j'en parlais dans cette enquête), le BYOD, les QR codes, ou encore la gamification (version 2012 des serious games), des tendances à éviter pour 2013, estimait carrément la CNBC !

Les smartphones à écrans souples

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C'est un mythe, j'en parlais par exemple déjà dans ce billet : cette fois grâce à la technologie Oled, on y est (peut-être) ! La rumeur veut que Samsung soit sur le point de dévoiler, lors du CES, son premier smartphone à écran souple, d'après le Wall Street Journal.

Google plancherait lui aussi sur un tel projet. Nom de code: X Phone, qui pourrait être lancé courant 2013, suivi par une tablette. Avec pour objectif d'en faire un concurrent aux appareils conçus par Apple et Samsung, d'après le Wall Street Journal. Pour cela, Google utilisera Motorola, qu’il a acquis mi-2012 pour 12,5 milliards de dollars (10 milliards d’euros). Sur la forme, le X Phone comporterait un écran flexible, des formes différentes de ce qui existe grâce à une base en céramique, donc très résistante. Sur le fond, le quotidien rappelle que Motorola a acheté il y a deux mois Viewdle, une société qui a développé une technologie qui allie reconnaissance des images et des mouvements. Google devenant ainsi constructeur (stratégie certes amorcée avec la série Nexus), il se retrouverait directement concurrent de Samsung et d'Apple. Oups. Ce qui pourrait bouleverser le paysage des télécoms, largement contrôlé par le duo Apple - Samsung, où Google a, certes, déjà avancé ses pions avec son OS Android.

Main artificielle commandée par la pensée, corps humain robotisé...

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Et si les interfaces hommes-machines (IHM) entraient dans les usages ? Cela fait longtemps que la recherche s’intéresse à l'interface cerveau-machine (ICM) , qui, par l’intermédiaire d’implants de fines électrodes, permet de détecter les signaux électriques émis par la partie du cerveau associée aux mouvements. Ces signaux sont transcrits en langage ou code informatique, pour actionner la prothèse artificielle.

C'était un des grands espoirs en cette fin d'année 2012 : des chercheurs ont mis au point un nouveau type de "bras-robot" commandé par la pensée, qui a permis à une femme paralysée d’avoir un degré de contrôle et de liberté de mouvements de la main artificielle jamais inégalé jusque-là avec cette sorte de prothèses, révélait la revue médicale britannique The Lancet. Une avancée de taille dans le développement des prothèses de membre contrôlées par la pensée, qui pourraient un jour équiper des patients paralysés (accidents, attaque cérébrale…) ou amputés.

En février dernier, l’équipe de l'Université de Pittsburgh a implanté deux réseaux de microélectrodes dans le cortex moteur gauche d’une femme de 52 ans devenue tétraplégique à cause d’une maladie neurodégénérative. Deux semaines après l’opération, la prothèse a été connectée et la patiente s’est lancée dans plus de 3 mois d’entraînement (saisir des objets, etc), mais dès le deuxième jour, elle a pu bouger la main artificielle par la pensée. À la fin, elle a pu accomplir des tâches avec un taux de succès de 91,6 %. Prochaines étapes : intégrer des capteurs permettant par exemple de déceler le froid et le chaud, et recourir à une connexion sans fil, type Wi-Fi, pour relier le cerveau à la prothèse.

Autre exemple, révélé par le New York Times il y a quelques semaines, des marines amputés testent actuellement un bras artificiel qui déchiffre les ordres du cerveau, développé par des ergothérapeutes avec le Center for thé intrépide du Brook army Medical Center à San Antonio. Le dispositif robotisé (110 000 dollars, soit 85 000 euros) comporte un moteur électrique, et des capteurs pouvant déchiffrer les signaux de son cerveau.

Les prémisses du corps humain robotisé, "augmenté", dont j'ai déjà parlé ici, ...

Premiers casques électroencéphalographes (EEG) grand public

Mais les IHM pourraient aussi, bientôt, avoir des usages ludiques. On voit apparaître les premiers casques électroencéphalographes (EEG) grand public, et les sites de téléchargement de jeux adaptés à cette nouvelle interface (allez jeter un œil sur cette excellente enquête publiée par Le Monde). Les sociétés américaines NeuroSky et Epoc commercialisent déjà des casques EEG, pour environ 150 dollars. Pour développer ce marché prometteur, elles publient même des outils logiciels permettant aux développer des nouvelles applications, qui seront proposées dans de futurs AppStores.

Pour jouer au jeu vidéo SpaceRace, édité par WayForward, en lieu et place d'un joystick et d'un clavier, vous devez ainsi vous munir d'un bonnet doté de fines électrodes, lesquelles captent les signaux cérébraux sur une zone précise du cerveau. Le vaisseau spacial du jeu est ainsi piloté par votre cerveau - plus précisément au gré des ondes cérébrales alpha émises par vos neurones. Vertigineux...

Et ce n'est pas fini : le labo de recherche qui travaille à partir de ce jeu imagine déjà des usages thérapeutiques de cette technologies, pour soigner certaines maladies mentales : les chercheurs pourraient ainsi rééduquer certaines zones du cerveau grâce à des exercices ludiques sur ordinateur.

Les projets de recherches de consortiums associant labos, universités et start-up autour de cet Eldorado potentiel que représentent les IHM et ICM se développent déjà, de gros budgets à la clé. Je ne les citerai pas ici ;) mais il y a entre autres un projet européen qui planche sur des robots contrôlés par un cerveau humain, ou encore un consortium de 10 partenaires consacré au Interfaces Cerveau-Ordinateur (ICO) et jeux vidéo.

Lentilles de contact et lunettes "augmentées"

Autre déclinaison de ce corps humain "augmenté", des interfaces qui pourraient améliorer les capacités de notre œil. Il y a pile un an sortait Mission Impossible 4, où l'on voyait des personnages dotés de lentilles de contact à réalité augmentée, qui leur permettaient de voir superposés, à une image du monde réel, des éléments virtuels (un plan, une photo, etc). Un peu comme Terminator voyait déjà en réalité augmentée.

C'est en train de devenir réalité ! Les chercheurs de l’Université de Gand viennent de sortir un prototype de lentille de contact intelligente. Elle comporte un écran LCD capable d’afficher des images (principalement du texte) directement sur votre œil. Les précédents essais ne permettaient d'avoir qu'un écran de... deux pixels.

Les géants Google et Microsoft, eux, conçoivent carrément des lunettes "augmentées". En juin 2012, Google dévoilait son "Projet Glass", des lunettes Google à réalité augmentée. Elles permettraient de prendre des photos, lancer une visioconférence, trouver son chemin... grâce à des microphones et des caméras intégrés aux branches et contrôlables à la voix. Google a promis de les commercialiser en 2013 aux Etats-Unis, pour 1 500 dollars. Je vous laisse le plaisir de mater la vidéo de la keynote, très hollywoodienne...

Le 23 novembre, on apprenait que Microsoft avait déposé un brevet pour des lunettes à réalité augmentée. Le brevet, déposé en mai 2011, décrit un dispositif capable d’amener devant les yeux de l’utilisateur des informations pertinentes et/ou complémentaires à ce qu’il regarde déjà. Bien que l’on puisse imaginer facilement que les jeux puissent faire partie du projet, le brevet ne parle que d’évènements "live" et donc réels. Les lunettes seraient reliées à un mini-ordinateur qui pourrait prendre la forme d’un bracelet. Ce dernier s’occuperait des traitements tels que l’identification des objets, des personnes, ou le calcul des informations à afficher. Les lunettes, elles embarqueraient une caméra, un microphone, un gyroscope, un magnétomètre, un capteur de position des pupilles de l’utilisateur ainsi qu’un capteur infrarouge. La connexion avec le bracelet se ferait par Wi-Fi ou Bluetooth.

Next, Apple ?

Pour vous donner une idée de ce que sera notre quotidien demain avec ce type d'interface visuelle, regardez ce court-métrage conçu par deux étudiants israéliens...

...Et développement des robots "de services"

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Nao, le robot humanoïde d'Aldebaran Robotics

La presse l'a évoqué courant 2012 (comme ici et là), une poignée de grosses start-ups (dont françaises) croient dur comme fer à l'avenir des robots "de services", ces robots humanoïdes qui entreront dans le quotidien des familles, des personnages âgées ou handicapées, des hôpitaux...

Robots-jouets, robots ménagers, robots dans les hôpitaux... Il y a le distributeur de robots Robopolis, et son charismatique patron Bruno Bonnell qui fait acte d'évangélisation sur le sujet depuis plusieurs années... Peut-être que les "robots ménagers", tel le Roomba d'iRobot, sont une première étape dans la banalisation des robots. Le fait que le magazine Challenges inclue dans sa sélection de fin d'année de produits high-tech Nao, le so cute robot humanoïde d'Aldebaran est, aussi, loin d'être anodin. Sans compter la multiplication des expos et animations grand public sur le sujet.

Preuve de l’industrialisation du secteur, l'impressionnante entrée au capital du Français Aldebaran Robotics à hauteur de 80% par la banque japonaise Softbank, en mars dernier, lequel rachetait ensuite son confrère Gostai... Dernière annonce en date, en décembre dernier, l'investissement par Grishin Robotics de 250 millions de dollars dans RobotAppStore, premier Appstore dédié aux apps pour robots, des aspirateurs Roomba d'iRobot aux robots Nao d'Aldebaran, en passant par l'hélicoptère AR Drone de Parrot. Comme dans l'Appstore d'Apple, les développeurs indépendants sont invités à y commercialiser les apps et services pour robots qu'ils ont conçues... Et comme chez Apple, ils devront reverser une commission de 30%. Demain, aura-t-on un robot tout comme un a un smartphone et une tablette, avec une série d'apps ?

Impression 3D, DIY

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Fabriquer en quelques heures un objet à partir d’un modèle numérique, de la science-fiction ? Ça ne vous aura pas échappé, cette expression aussi étrange que prometteuse annonce peut-être une révolution de demain. Exit l'imprimante à encre, demain, chacun devrait avoir avec son ordinateur une imprimante 3D, qui permet donc d'"imprimer", ou plutôt de concevoir, des objets en plastique (voire en métal...) en trois dimensions, en venant déposer des fines couches de matière les unes au-dessus des autres. Chris Anderson, un des maîtres de l'innovation, ex-rédacteur en chef du magazine Wired, théoricien de la "long tail" (la "longue traîne", il y a dix ans, déjà...) annonce même une nouvelle révolution, celle des "makers". Ils pourront réaliser des objets chez eux grâce à ces imprimantes bon marché (comptez tout de même environ 1 500 $). Le DIY (Do it yourself - Faites-le vous-même), nouvelle révolution industrielle ?

Même une poignée de start-ups commercialisent des imprimantes 3D, telle la Française Sculpteo, qui propose sur son app iPhone à chacun de customiser, sur l'écran de son mobile ou de sa tablette, toute une galerie d'objets (tasse, vase...). D'ailleurs, Bercy commence à s'intéresser de très près au sujet, et aux premiers espaces de coworking dédiés, les Fab Labs...

Parmi les applications promises: coques de smartphones customisées,chocolats, pièces pour la Nasa, voiture de course, flingues pour les obsédés de la NRA, ou même, peut-être, presser ses disques vinyles chez soi, ou, plus enivrant encore, des organes tels qu'un cœur humain...

Banalisation du décryptage ADN pour les particuliers

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Il est toujours illégal dans la plupart des pays européens, dont la France, mais insensiblement, le décryptage d'ADN pour les particuliers qui se généralise, pour la recherche de paternité, de prédispositions face à des maladies... 23AndMe (start-up fondée il y a quelques années par Anne Wojcicki, la femme de Sergey Brin, un des cofondateurs de Google) qui propose désormais le décryptage d'ADN pour le même prix qu'un smartphone (99 $), a ainsi levé en décembre 50 millions de dollars - elle en avait déjà levé 68 millions depuis son lancement en 2006. Parmi les investisseurs, le Russe Yuri Mulner, et... Sergey Brin, ainsi que Google Ventures, le fonds d’investissement de la firme californienne. Les deux sociétés ont des locaux voisin. Et on imagine facilement l'intérêt que Google, qui possède les données propres à notre identité numériques, ait un certain intérêt pour l'activité de 23AndMe...

Objets connectés

Cela fait 10 ans que l'on en parle, mais à la faveur du développement du wifi notamment, ils semblent réellement entrer dans les usages, comme l'ont montré les services innovants d'une kyrielle de start-up lors du Web'12. Tout comme les lunettes connectées, des milliers d'objets connectés déparquent : la serrure Lockitron commandée à distance par une appli iPhone (dévoilée au Web'12), les ampoules connectées par Wifi de Philips, le frigo connecté imaginé par Evian... Ou encore, côté santé, l'Eldorado des services du "quantified self" (l'automesure, qui consiste à mesurer les données du quotidien perso), tels le capteur One de la start-up Fitbit, qui qui mesure en temps réel plusieurs paramètres physiques (nombre de pas faits dans une journée, de calories brûlées), et Withings, qui a développé balance connectée, tensiomètre, babyphone, et apps mobiles dédiées .

vendredi 11 février 2011

Même pas mort dans ma deuxième vie numérique !

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Avez-vous déjà songé à ce que pourront devenir vos mails, vos tweets, votre page Facebook ou votre blog une fois passé à trépas ? Le fantôme de votre double numérique continuera-t-il à hanter le cyberespace à coup de posts automatiques et de "c'est votre anniversaire" sur le "Social Network"? Votre compte Twitter continuera-t-il à vivre alimenté par des posts en 140 signes robotisés ou sera-t-il usurpé par un proche ou un inconnu entretenant l'illusion pour vos 4000 followers ? Sans y penser, vous semez chaque jour, à chaque heure, parfois à chaque minute les traces de votre existence et de vos pensées sur les dizaines de milliers de serveurs qui font battre le cœur du Réseau. Et vous assurez ainsi une postérité numérique, une forme d'immortalité sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Demain, à partir de cet ADN digital, vos descendants pourront peut-être recréer votre personnalité sous la forme d'un avatar "3D" doté d'une intelligence artificielle avec qui ils pourront conserver: "C'était comment mon Aïeul au début du XXIème siècle ? Et qui était cette femme que tu as tant aimé ?".

Encore plus fou, n'avez-vous jamais rêvé (ou cauchemardé) de renaître à la vie par la grâce d'une manipulation de votre ADN biologique cette fois, cloné par quelque savant fou qui donnerait naissance à un Golem de chair qui serait un deuxième vous-même ? Et si d'aventure il était possible un jour de "sauvegarder" votre conscience, ce pur esprit que les croyants appellent l'âme, pour la télécharger sur un disque dur et ressusciter des morts tel Lazare sous la forme d'un homme-machine que l'on appelle Cyborg ?

Le sujet est troublant, dérangeant. Pourtant, il faudra bien se pencher dessus, alors qu’un business commence à émerger autour de la gestion de votre vie numérique, de l’archivage de votre vie numérique, avec notamment le projet Total Recall ourdi par un Docteur de Mabuse de Microsoft. Votre vie numérisée pour l'éternité, l’immortalité digitale, la transcendance de l'humanité et son "augmentation" par la machine...Justement, il en était question au cours de la soirée #jesuismort , organisée mardi à La Cantine par nos amis de L'Atelier des Médias de RFI, Silicon Maniacs et Owni. Une soirée-débat particulière, avec des invités étranges (entre autres un président de l'Association Française Transhumaniste, un membre de la Singularity University...) où l’on a beaucoup causé immortalité et transhumanisme, cette mouvance culturelle qui prône l'usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.

Un truc de doux dingues ? Pas si sûr quand Eric Schmidt de Google s'y met: "Ce que nous essayons de faire c'est de construire une humanité augmentée, nous construisons des machines pour aider les gens à faire mieux les choses qu'ils n'arrivent pas à faire bien"...

Cela faisait donc longtemps que nous voulions nous pencher sur ce sujet existentiel et vertigineux avec mon confrère blogueur et journaliste Jean-Christophe Féraud. A la faveur de l'évènement #Jesuismort, nous avons donc décidé d'écrire ce billet en commun et de l'accueillir sur nos blogs respectifs (vive les billets co-brandés ;)

Cimetière post-mortem

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Nos traces numériques esquissent déjà des prémices à notre postérité digitale. Vous êtes peut-être déjà tombés, au gré de vos pérégrinations sur Facebook, sur des pages de personnes décédées. J'ai déjà atterri par hasard sur la page Facebook du frère d'un ami, disparu en mer. Son wall était resté ouvert, en accès libre, ses amis et sa famille continuaient à y déposer des messages d’hommage post-mortem. Jean-Christophe a connu la même expérience suite à la mort soudaine d'un vieil ami journaliste...Troublant : Facebook devient alors un cimetière, où les gens développent des rituels funéraires virtuels.

Justement, mardi soir à #Jesuismort, Tristan-Mendès France, un temps assistant parlementaire, maintenant blogueur, documentariste et chargé de cours au Celsa, nous a longuement parlé de cela – ces rites funéraires qui commencent à se développer dans des mondes virtuels. La première fois, que cela s’est produit c'était dans le jeu en réseau "Word of Warcraft" en 2005 : suite au décès d’une gameuse, un véritable rituel funéraire a été organisé dans le monde de Warcraft pour lui rendre hommage…

Pour Tristan, c’est sûr, on est face à un véritable « cimetière virtuel » sur Facebook, qui compterait 5 millions de morts (ou plutôt de profils de personnes décédées), laissés ouverts, volontairement ou pas, par les familles. Et de fait : c’est un peu affolant, mais rien n’a été prévu par les Facebook, Twitter, LinkedIn et autres réseaux sociaux pour supprimer le profil d’une personne décédée ! Idem pour les plateformes de blogs, les moteurs de recherche… Au niveau juridique, c’est la jungle. Au point que quelques sociétés imaginent sûrement des solutions de marchandisation post-mortem. Imaginez : bientôt, à défaut d’être immortel physiquement, vous pourrez sans doute vous acheter une immortalité digitale, garder une présence en ligne, sous la forme d'une concession virtuelle éternelle ou réduite à 20, 30 ou 50 ans...

Parallèlement, des futurologues, gourous du transhumanisme, tels Raymond Kuzweil, Aubrey de Grey, et autres doux dingues le jurent: la mort est un phénomène dont on peut guérir. Certains prédisent l’immortalité dans 15 ou 20 ans grâce au séquençage du génome humain, entre autres évolutions technologiques. Lisez plutôt le Manifeste des Extropiens, une nouvelle religion conceptualisée par le bon docteur Max More :

"Nous mettons en question le caractère inévitable du vieillissement de la mort, nous cherchons à améliorer progressivement nos capacités intellectuelles et physiques, et à nous développer émotionnellement. Nous voyons l'humanité comme une phase de transition dans le développement évolutionnaire de l'intelligence. Nous défendons l'usage de la science pour accélérer notre passage d'une condition humaine à une condition transhumaine, ou posthumaine. Comme l'a dit le physicien Freeman Dyson, 'l'humanité me semble un magnifique commencement, mais pas le dernier mot" (Introduction à "Principes extropiens" 3.0).

Un délire de l’humain parfait flirtant dangereusement avec l'eugénisme et l'homme nouveau national socialiste qui a été abondamment inspiré la Science-Fiction d'avant et d'après guerre, du "Big Brother" d'Orwell au Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley. Et que l'on a vu recyclé dans plusieurs films, notamment « Bienvenue à Gattaca » où des jeunes gens au patrimoine génétique parfaits étaient programmés pour partir à la conquête de l’espace…Pour mémoire, voyez plutôt ce petit extrait:

Etranges concepts

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C’est là, que défilent d’étranges concepts survolés lors de la soirée #Jesuismort. On a brièvement parlé de cryogénisation (vous savez, cette théorie – très en vogue il y a une dizaine d’années – consiste à se faire congeler pour ressusciter dans un futur proche ;) : déjà has been. Il fut aussi question d’ "uploading de l’esprit" ou comment transférer le contenu d'un cerveau sur disque dur, en l'ayant préalablement numérisé. Un ordinateur pourrait alors reconstituer l’esprit par la simulation de son fonctionnement, sans que l'on ne puisse distinguer un cerveau biologique « réél » d'un cerveau simulé...Totalement naïf et délirant vous diront tous les neurologues vu la Terra Incognita que reste notre cortex pour la science. Le concept apparaît pourtant dans "Matrix" et ses suites, mais aussi dans La Possibilité d’une Ile de Michel Houellebecq, où le "mind uploading" est évoqué comme un composant de la technique permettant de vivre, jeune, plusieurs vies successives avec un corps et un esprit identiques. De vaincre enfin l'obsolescence de l'humanité...

Les tenants du transhumanisme y croient dru comme fer: en plein débat sur la réforme de la loi sur la bioéthique (le texte est en débat au Parlement en ce moment), ils ne jurent que par les propositions « technoprogressistes ». Comme par exemple, « autoriser le libre choix de la gestion pour autrui, notamment dans le cas des mères porteuses », expliquait mardi soir Marc Roux, étrange président de l’Association Française Transhumaniste. Pour lui, c’est simple, « le législateur est très en retard sur ces sujets ».

Ces délires scientistes autour du transhumanisme connaissent déjà quelques prémisses. Vous voulez savoir si d'aventure vous n’avez pas quelques prédispositions pour avoir un cancer ou la maladie Alzheimer ? Une kyrielle de start-ups pullulent sur le Net, et vous proposent déjà d’analyser votre ADN, telle 23AndMe (oh tiens donc, fondée par l’épouse de Sergey Brin, un des fondateurs de Google…on y reviendra), d’explorer votre patrimoine génétique, ou plus prosaïquement de faire un test de paternité. Quitte à conserver dans leurs bases de données ces précieuses données très intimes vous concernant… au risque de les revendre dans quelques années.

"J'ai vu tant de choses que vous humains ne pourrez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre de la porte de Tannahauser.Tous ces moments se perdront dans l'oubli. comme les larmes dans la pluie...", déclamait Roy, le répliquant de "Blade Runner" qui, comme nous pauvres humains, ne voulait pas mourir. Il s'est trompé peut-être...

Pour conclure, voici un extrait de ce bouleversant monologue de Fin:

Capucine Cousin et Jean-Christophe Féraud

mercredi 8 juillet 2009

French Connexion / LCI Radio

L'équipe de 'French connexion', émission consacrée à l'actu high tech diffusée sur LCI Radio, a eu la gentillesse de me recevoir pour ses éditions du 27 juin et du 3 juillet. Dans cette émission quelque peu survoltée (pas lénifiante pour un sou), présentée par Cédric Ingrand, avec Rodrigo Sepulveda et Jean-Bernard Magescas, on a causé du décès de Michael Jackson relayée en direct par réseaux sociaux, du retour de Steve Jobs, de 23andme qui vous vend votre génome personnel...

Dans celle du 3 juillet (où la prise de parole était plus délicate, avec ces énergumènes qui m'entouraient ;), on s'est penchés entre autres sur la Déclaration des droits numériques d'Hervé Morin, dont je parlais .

jeudi 18 juin 2009

Des 'génomes métissés" chez les Mexicains, des enjeux autour de leur identité ethnique

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Photo C. C.

Le projet de "carte génomique" HapMap est passionnant, car il soulève autant des questions d'ordre ethnique, moral, de santé, que de (géo)politique. Le Monde daté de samedi dernier aborde le sujet dans ce long papier, à dévorer. (Trop) influencé par la culture US, le Mexique, pays que j'adore (je l'ai parcouru durant l'été 208), est confronté à une hausse inquiétante de l'obésité et du surpoids au sein de sa population, comme j'en parlais dans ce billet.

Or, comme le révèle une étude parue le 11 mai dans Proceedings of the national academy science (NCAS), des chercheurs en sciences médicales et en nutrition de Salvador ont mis en évidence le rôle-clé d'un gène, le R320C, dans le métabolisme du cholestérol et l'obésité. Un gène qui sera caractéristique des Améridiens du Mexique, étant présent dans un tiers des groupes étudiés, notamment les Mayas et les Taharumaras.

C'est là que le sujet devient passionnant. La bonne nouvelle, bien sûr, est que cette étude sur ce gène permettra de mettre au point des médicaments ciblés. Surtout, ces recherches soulèvent des questions inédites sur la volonté des scientifiques de mieux cerner l'identité ethnique du Mexique. En retraçant une "carte génomique", ils remettent sur le tapis un problème d'identité ethnique et géopolitique propre au Mexique (pays qui compte une population d'origines multiples, dont beaucoup revendiquent leurs racines). Derrière apparaît aussi un enjeu de "souveraineté génomique" face aux pays du Nord. Car si la carte génomique du Mexique recouvre à 96% HapMap, est-elle pertinente pour l'Amérique du Sud ? Autre point, qui n'est pas moindre également, certains craignent aussi une exploitation abusive des données sur l'hérédité, par exemple par les compagnies d'assurance. Il faut donc espérer que ce champ d'étude (le patrimoine génétique des Indiens et des "métis mexicains" - expression qui me semble d'ailleurs contestable) restera bien circonscrit au domaine scientifique. Et ne sera pas investi par le business, comme celui de l'analyse du patrimoine génétique, que proposent des start-ups comme 23AndMe (à lire, la très bonne interview de sa fondatrice - tiens, c'est l'épouse de l'un des dirigeants de Google...) sur L'Expansion.com.

lundi 2 mars 2009

Google News attire des annonceurs... à la grande frayeur des éditeurs de presse

Voilà, il fallait s'y attendre : dans sa stratégie de conquête tous azimuts (entre numérisation et indexation de contenus, que ce soient des articles, des livres, ou même des données ADN avec le projet 23andMe, comme j'en parlais ), Google a décidé d'étendre encore davantage son territoire au marché de la pub en ligne. Depuis quelques jours, des publicités sont apparues sur son portail Google News, sous forme de liens sponsorisés, qui s'affichent lorsqu'un internaute fait une recherche par mots-clés. Pour l'instant, l'expérience n'est menée qu'aux US.

Mais cela va être étendu à l'Europe et la France, inévitablement. Et il est à craindre que Google ne taille largement des croupières aux éditeurs de presse en ligne, alors que l'année s'annonce incertaine en termes de rentrées publicitaires pour les sites d'infos en ligne. Pour l'instant, cela se passe plutôt bien... du moins dans le groupe où je travaille. Mais déjà actuellement, dans une conjoncture publicitaire délicate pour la pub, les éditeurs tentent de réfléchir à de nouveaux formats publicitaires - au risque qu'ils soient plus intrusifs (je pense à ces pop-ups qui s'affichent sur toute la page avant que l'on puisse lire l'article, fréquentes sur les sites de news en ligne), ou plus ambigus (les fameux publi-reportages...). Alors que l'inconnue demeure sur les tarifs publicitaires actuels (en clair - les éditeurs de presse en ligne se voient-ils contraints de diminuer leurs tarifs ?), est-ce que Google ne risque pas de casser le marché ?

Alors que Google News est un agrégateur de contenus, et non un producteur de contenus, comme le rappelle Le Monde dans cet article...

dimanche 21 septembre 2008

23AndMe, le décryptage d'ADN, le réseautage génétique, le blog de Sergey Brin sur la maladie de Parkinson...

23andMe

Eh oui, beaucoup de sujets à aborder dans ce billet, à propos de la start-up 23AndMe, dont je parlais il y a quelques mois dans ce billet. Pour mémoire, pour quelques milliers de dollars (400, contre 1 000 dollars à ses débuts), elle propose de décrypter le génome ADN de ses clients, pour leur livrer à la fois, tests "ethniques", tests de paternité, et surtout tests ADN, qui permettraient à ses clients de détecter certaines prédispositions qu'ils auraient pour contracter certaines maladies ou cancers.

Or, d'après ce papier très instructif du Monde, Sergey Brin, un des co-fondateurs de Google... et dont l'épouse est co-fondatrice de 23AndMe, vient d'ouvrir ce blog, où il aborde la maladie de Parkinson. Quelques rares people atteints, comme Michael J. Fox, qui a créé sa fondation, ont tenté de susciter le débat sur cette maladie . Ce que fait donc Sergey Brin à son tour, en ouvrant son blog, où il raconte que sa mère souffre de cette maladie, et qu'il pourrait aussi en être atteint - en l'état actuel des recherches, elle se transmet probablement par voie génétique. Il raconte ainsi que son test sur 23AndMe a montré qu'il présentait une mutation génétique augmentant le risque qu'il souffre lui-même un jour de cette maladie. A ma connaissance, c'est une des premières fois qu'une des personnalités de la sphère socio-économique ouvre un blog pour aborder un sujet aussi personnel.

En tous cas, clairement, l'évolution d'une start-up comme 23AndMe est à suivre de près, vu les questions éthiques que son activité soulève, y compris celle de l'identité numérique.

D'ailleurs, cette semaine, 23andMe a annoncé enrichir ses services d'une plate-forme communautaire et d'un outil de recherche généalogique. une plate-forme communautaire permet à ses clients de se connecter les uns aux autres afin de partager leurs expériences et comparer leurs génotypes personnels. Autre nouveauté : 23andMe a passé un accord avec Ancestry.com. En couplant les bases de données élaborées par ce site de généalogie avec les informations génétiques qu'elle recueille, 23andMe espère affiner le profil génétique de ses clients. Lesquels pourront, grâce à des outils interactifs, trouver l'origine de certains de leurs gènes ou se découvrir de nouveaux ancêtres...

dimanche 8 juin 2008

Google + Google Health + 23andMe...

art Monde 23andMe

Pour 1 000 dollars, la start-up californienne 23andMe décrypte le génome de ses clients et affiche les résultats sur Internet. Ce n'est que l'une des nombreuses start-ups qui prolifèrent sur ce créneau des tests génétiques proposés via Internet - tests de paternité, tests ADN, ou encore tests «ethniques»... C'est aux Etats-Unis que le marché explose, mais l'Europe suit le mouvement. Notamment dans le créneau de la recherche de paternité. Alors qu'une étude de la revue scientifique The Lancet soulignait qu'un enfant sur 30 ne serait pas de son père déclaré, problèmes identitaires et judiciarisation des affaires familiales oblige, le business des tests ADN de paternité est prometteur. Comme j'en parlais dans cette enquête, publiée il y a quelques temps.

Le Monde revient longuement sur l'exemple de 23andMe, dans cette enquête passionnante de Yves Eudes. qui esquisse les dangers (en termes éthiques, de confidentialité des données des individus...) de ce nouveau type d'offres ; mais aussi les espoirs que cela suscite chez les individus. Troublant , le fait que le code génétique est constitutif de l'identité de l'individu, dans sa part la plus intime. Grâce à lui, il peut connaître ses prédispositions à certaines maladies, ses origines ethniques...

Indéniablement, les perspectives en médecine préventive sont prometteuses. Dont pour des individus atteints de maladies orphelines, ces maladies trop rares pour que les labos pharmaceutiques daignent y consacrer des recherches. Yves Eudes raconte ainsi le cas émouvant de Ann Turner, atteinte d'une maladie orpheline, et qui se bat pour mener ses propres recherches de généalogie pour rechercher le gène responsable de sa maladie.

On y apprend au passage que 23andMe a été créée en 2007 par Anne Wojicki... une biologiste qui est l'épouse de Sergey Brin, cofondateur de Google. Alors certes, pour rassurer ceux qui craindraient une fuite non-autorisée de leurs informations et données personnelles , 23andMeaffirme que sa base de données est très sécurisée. Et fait signer à ses clients un formulaire de consentement, avec un avertissement: "Des données que vous partagez avec des amis, des parents (...) peuvent être utilisées conte votre intérêt. (...). Aujourd'hui, très peu d'entreprises et de compagnies d'assurances exigent de vous des informations génétiques, mais cela pourrait changer dans l'avenir. (...) Un jour, des données que vous aurez divulguées pourraient servir à vous refuser un emploi ou une assurance maladie". Troublant, non ?

Autre fait qui me trouble davantage encore, on connait les velléités du géant Google à s'emparer des questions de santé en tant qu'opérateur privé. D'ailleurs, depuis mai, il propose Google Health, un service pour stocker, gérer et partager ses données médicales, accessible avec un compte Gmail, comme le résume cet article de 01net.

23andMe, Google Health, deux activités connexes, complémentaires, pour Google, qui posent vraiment question à mon avis.

vendredi 25 mai 2007

Google se lance dans l'information génétique

Après les moteurs de recherche, la cartographie, les bibliothèques numériques... Google investit un autre secteur autrement plus porteur - et sensible - l'information génétique. Google vient d' investir 3,9 millions de dollars dans la start-up 23andMe, Inc. "Co-fondée par Anne Wojcicki, épouse de Sergey Brin, lui-même co-fondateur du moteur de recherche web, la société américaine 23andMe s'est spécialisée dans l'information génétique à destination des particuliers", d'après une dépêche de Neteconomie.com. Outre Google, Genentech, MDV-Mohr Davidow Ventures et New Enterprise Associates ont investi dans la société.

« Notre but est de vous connecter aux 23 paires de chromosomes de votre propre empreinte génétique, pour vous permettre de mieux appréhender votre ascendance, votre généalogie et vos traits hérités. En vous reliant à d'autres, nous pouvons également vous aider à placer votre génome dans le contexte plus large de la diversité humaine », souligne 23andMe sur son site.

Ce qui permettra dans la foulée à Google de se constituer une nouvelle base de données. Reste que la "privatisation" des données génétiques des individus soulève de plus en plus de questions d'ordre éthique, au vu des nombreux projets, dont de "biobanques" - banques de données génétiques, ou de prestations de tests génétiques , dont le projet Genographic de la National Geographic society.