Miscellanees.net - blog prolixe pub, marketing & conso, high tech, innovations

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 13 mai 2018

Un film doit-il sortir en salles pour être encore un film? (Netflix vs Cannes)

taxi-festival-film-cannes.jpg

Il était censé venir au Festival de Cannes avec 5 films et documentaires dans les cartons. Finalement, Netflix a décidé de bouder la grand-messe du cinéma, qui bat son plein en ce moment. Tout est parti d'une déclaration le 23 mars dernier de Thierry Frémaux, délégué général du Festival, précisant "Tout film qui souhaite concourir pour la Palme d'or devra sortir dans les salles françaises". La règle est claire, désormais, Cannes n’accepte en compétition que des œuvres qui sortiront en salles. Ca n'a pas manqué, le 13 avril, Ted Sarandos, directeur des contenus de Netflix, annonce sa décision de bouder le festival. "Nous voulons être sur un plan d'égalité avec les autres cinéastes", précise-t-il dans un entretien à Variety, la Bible de la presse cinéma à Hollywood. Et d’ajouter: "Bien sûr, il y a deux visions différentes. Mais nous avons choisi de nous inscrire dans l'avenir du cinéma. Si Cannes a choisi d'être bloqué dans l'histoire du cinéma, c'est son choix".

Un premier round dans cette bataille avait été mené en mai 2017, lorsque Netflix avait rechigné à sortir dans les salles obscures ses deux films en sélection officielle, Okja et The Meyerowitz Stories. Pour les diffuser uniquement sur sa plateforme de streaming. A la grande colère des exploitants, qui y voyaient bafoué le statut roi du film projeté en salle, protégé par l'intouchable chronologie des médias. Netflix avait alors remporté la manche.

En cette année 2018, la mesure de rétorsion ne s’est pas faite attendre : cinq films produits par la firme de Los Gatos ont été privés de tapis rouge à Cannes : Norway de Paul Greengrass, Roma d'Alfonso Cuarón (réalisateur de Gravity), Hold the Dark de Jeremy Saulnier, They'll Love When I'm Dead, un documentaire de Morgan Meville sur le cinéaste Orson Welles, et même The Other Side of the Wind, le dernier long-métrage inachevé de ce même Orson Welles. Un projet inachevé du légendaire réalisateur de Citizen Kane, qui avait a pu aboutir… grâce à un investissement de Netflix.

Les Anciens contre les Modernes

Comme une nouvelle bataille des Anciens contre les Modernes. Même si, la semaine dernière, au festival Series Mania à Lille, consacré aux séries télévisées, revenant sur cette polémique, Reed Hastings se livrait à un semi mea culpa, regrettant qu'avec le Festival de Cannes, où aucun de ses films n'est sélectionné cette année 2018 faute d'accord, Netflix "s'est mis dans une situation plus délicate que ce que nous aurions voulu". Avant de défendre son modèle économique: "comme nos abonnés financent nos films, on veut qu'ils y aient accès rapidement et pas trois ans plus tard".

Mais pourquoi ce combat entre le nouveau géant de l'audiovisuel et les organisateurs du Festival de Cannes ? Toute la polémique repose sur la sortie des films en salles, indispensable pour les organisateurs du Festival de Cannes, accessoire pour Netflix. Or, un film projeté dans un cinéma doit attendre trois ans avant qu’une plateforme de vidéo à la demande par abonnement puisse le diffuser. C’est la règle en France, la "chronologie des médias".

Or, qu'est-ce qui définit un film aujourd'hui ? Sa sortie en salles est-elle encore indispensable, obligatoire, pour en faire un film ? Ou un film est-il un film par ses conditions de tournage, de production ? Alors que se multiplient les plateformes de vidéo à la demande sur abonnement, Netflix (qui compterait 3,5 millions d'abonnements en France), Amazon Prime Video, et bientôt, un "Disney Flix", voire des plateformes de SVoD européenne, chinoise, entraînant de nouveaux usages dans les modes de consommation visionnage des films.

Netflix l'a dit à plusieurs reprises, ses 8 milliards de dollars de budget de production de "contenus originaux" (dont 1 milliard pour l'Europe) visent en partie à produire des long-métrages, destinés à sortir directement et uniquement sur sa plateforme, sans passe par la case salles de cinéma.

"Webfilms"

Ces films nouvelle génération, "ce sont des webfilms", me disait récemment le cinéaste Radu Mihaileanu, président actuel de l'Association des réalisateurs producteurs (ARP). Sans préjuger de leur qualité, à ses yeux, "ce n'est pas du cinéma: ces webfilms ne sont vus que sur un écran d'ordinateur ou de télévision".

Justement, peu avant le Festival, le 13 avril, Netflix sortait directement sur sa plateforme Je ne suis pas un homme facile, estampillé "premier film français Netflix original". Réalisé par Eléonore Pourriat, ce film, très drôle, qui imagine un monde où les femmes auraient précisément la place sociale des hommes, a tout du film indépendant , entre son casting, avec à l’affiche Vincent Elbaz et Marie-Sophie Ferdane, méconnue au cinéma mais pensionnaire de la Comédie française, aguerrie au théâtre.

La réalisatrice est ravie, elle estime qu’elle n’aurait pas eu sa chance aussi vite pour monter son premier film en France. Pour elle, c'est sûr, cela reste un film, "Nous avons travaillé dans les mêmes conditions , et une même exigence, que si le film était projeté en salles : avec une chef opératrice, un ingénieur du son…", m'expliquait-elle.

Le fait qu'il ne sorte pas en salles ne lui pose pas de problème. Elle est déjà convaincue du bien-fondé des nouvelles formes de distribution en ligne des films. Elle qui a acquis une "notoriété virale" avec son premier court-métrage, Majorité opprimée, 9 millions de vues sur YouTube aux quatre coins du monde. Et même, sur Netflix, elle estime bénéficier "d'une exposition dans 192 pays. Et il est sorti sans la pression du mercredi à 14 heures : on lui laisse le temps de s’installer par le bouche à oreille".

lundi 2 avril 2018

Prêts à quitter Facebook, vraiment ? (De notre dépendance numérique)

images.png

#deletefacebook. En quinze jours, c'est devenu un des hashtags les plus populaires. Pour beaucoup d'internautes, ça y est, "il est temps de partir", en suivant le conseil d'une poignée de gourous de la Silicon Valley, tel Brian Acton, le co-fondateur de WhatsApp, qui publiait la semaine drnière sur Twitter "Il est temps. #deletefacebook."

Pourtant, l'automne dernier, la Silicon Valley bruissait de mille rumeurs quant à une possible candidature de Mark Zuckerberg à la présidence des Etats-Unis en 2020. Rien de moins. Aujourd'hui, le fondateur de Facebook bataille pour prouver qu'il est capable de diriger une des plus importantes sociétés cotées en Bourse - ou que ses 2,1 milliards d'utilisateurs dans le monde doivent continuer à faire confiance à son entreprise. Avec l'affaire Cambridge Analytica, selon laquelle une société britannique ayant activement participé à la campagne électorale de Donald Trump a tranquillement récupéré les données de 50 millions d'utilisateurs de Facebook (voire 87 millions, aux dernières nouvelles, à voir la fin de ce billet publié par Facebook)) par des moyens suspects, le réseau social est plongé dans une crise de confiance sans précédent. Y compris chez les investisseurs: en quelques jours, il a perdu près de 10% de sa valeur en bourse

Abandonnistes

Path

10471409-2.jpg

Alors, ce n'est pas la première fois: il y a eu des précédents, comme en 2010, lorsque la création du service de géolocalisation par Facebook, Places, a fait polémique. Certes, il y avait eu un mouvement d'abandonnistes de Facebook qui avait émergé. et des sites alternatifs, tels Diaspora (ce site "anti-Facebook, "plus respectueux de la vie privée" lancé en 2010), Places (oui, il existe toujours), Ello, ou Mastodon, né l'an dernier), vite oubliés depuis.

Cette fois-ci, la flambée serait-elle assez importante pour en amener certains à quitter totalement Facebook ? Déjà ces derniers mois, il y a eu les débats sur la propagande et les fake news, face auxquels facebook semblait bien silencieux. Maintenant, les consommateurs prennent conscience des risques qu'il y a à livrer leurs données à un géant du numérique OU une controverse de plus qui montre que leur réseau social préféré laisse d'autres recueillir leurs données personnelles, et viole - peut-etre - leur vie privée.

Non non, bon nombre d'entre eux, d'entre nous se réconcilieront avec Facebook, et y retourneront, comme nous l'avons fait lors des flambées précédentes. Même si, c'est promis, il prendra toutes les précautions. En dix ans - une éternité - depuis la popularisation de Facebook dans l'Hexagone, à l'automne 2007 - nous avons développé une étrange relation avec ce réseau social, tiraillés entre une dépendance (affective) absolue et un rejet, qui nous rend accros. Tout en sachant que ce n'est pas bon pour nous, comme la clope, le chocolat ou d'autres sources d'addictions.

Comme d'autres médias, tels la télévision ou la radio, le média Facebook s'attache notre dépendance par les gratifications qu'il apporte - illusion d'une compagnie, multiplicité d'informations à picorer, relaxation.... Mais Facebook a été le premier média "social", à fournir des outils et méthodes clés en main d'une efficacité diabolique, pour développer notre "sociabilité" (ou popularité) numérique. Et donc nous rendre inéluctablement accros. En reproduisant des schémas psychologiques classiques.

Maintenir son réseau

De façon plus informelle que Linkedin, plus interactive que feu hi5, lorsqu'il est apparu en France en 2007, Facebook était une des premières plateformes qui permettait de se créer un réseau social informel, où des petits outils créaient des interactions, pour renforcer nos liens (virtuels) avec nos "amis" numériques. Le fait de cliquer sur le bouton "J'aime" (un pouce en l'air, comme dans les arènes de gladiateurs jadis), de commenter des photos d'amis (ah, l'époque où le moindre contact sur Facebook postait ses photos de famille ou d'enfants), de les identifier (les "tagger") dans des photos de soirées, ou envoyer des "pokes" (une de ces pratiques sociales propres à Facebook tombée en désuétude) permettait d'amplifier ce fragile "lien social" virtuel créé. Des contacts bien éphémères, de minuscules marques d'intérêt envers des "contacts" Facebook que l'on connaissait parfois à peine dans la vraie vie (IRL).

Et plus incroyable encore, il offrait enfin l'opportunité de tisser une multitude de liens, d'avoir des brassées de nouveaux "amis" virtuels jamais rencontrés dans la raie vie). Comment se résoudre à perdre cette multitude de contacts accumulés virtuellement ces années, en effaçant son profil Facebook ?

Et son "capital social"

Plus vous êtes actifs sur les réseaux sociaux, vous vous géolocalisez (dans les aéroports par exemple), ou postez des photos ou statuts flatteurs, plus votre valeur sociale (pour paraphraser Bourdieu) augmente. Vous êtes disponible, ouvert, pour un nouveau job sur Linkedin, renouer avec des amis d'enfance sur Copains d'avant. Mécaniquement, au fil des années, on a développé une dépendance à cette popularité numérique, la nécessité de façonner cette e-réputation (comme on disait il y a quelques années ;), qui dope l'estime de soi.

Certes, au fil des années et de leur apprentissage aux réseaux sociaux, chacun a appris à partager avec prudence des infos personnelles sur Facebook. La plupart ont banni les photos d'enfants ou réflexions trop personnelles. Mais il est devenu irrésistible de façonner son soi idéalisé: en affichant à quel concert ou quelle expo nous sommes allés, dans quelle destinations idyllique de vacances (avec une multitude de photos à l'appui), quelle cause nous soutenons, à quelle manifestation nous soutenons, ou quelle injustice nous révolte. De cette manière, nous "gérons" notre image numérique.

Laquelle est approuvée, notée par les autres, au fil des Likes, smileys, commentaires et partages.

Validations sociales

Car on ne peut plus passer de ces multiples signaux de notre existence - et popularité - numérique, la même popularité que l'on recherchait dans la cour de récré à l'école. C'était la grande nouveauté des réseaux sociaux et des blogs, dans la lignée des forums de discussions (rappelez-vous les Yahoo! Groups) au début des années 2000: chacun pouvait prendre la parole en direct dans d'immenses agoras virtuelles, au fil de tweets, de statuts ou d’un billet de blog détaillé, participe aux débats du moment. Au fil des années, nous sommes devenus dépendants de ces interactions virtuelles, ces petits signaux qui traduisent des validations externes - notre besoin fondamental de nous sentir aimés.

Stalking et Fear of missing out

Facebook nous a aussi confortés dans un autre comportement universel, plus pervers: l'art d'épier les autres, dissimulés derrière des rideaux numériques, l'écran de nos ordinateurs. Bienvenue dans le stalking, la possibilité d'espionner les autres (son meilleur ennemi, son ex...) en regardant les bouts de vie numérique qu'ils livrent sur leurs walls Facebook.

Ce besoin trivial, primaire, de surveiller les autres, quitte à perdre du temps en cherchant leurs traces numériques sur Google; a été savamment entretenu par les réseaux sociaux.

Ce même besoin psychologiques nous soumet au FOMO (fear of missing out), la peur de manquer quelque chose, entretenue par la réseaux sociaux, dont je parlais déjà dans ce billet en 2014 (qui m'avait alors valu d'être plagiée par Le Nouvel Obs, la gloire ;) Une nouvelle peur qui est née avec les premiers smartphones (remember, le premier iPhone a été lancé en novembre 2017), où l'on a pris l'habitude de consulter plusieurs fois par jour Twitter et Facebook - comme de véritables fils d’informations, nourris en contenu par les commentaires, photos, et autres contenus, postés au fil du temps. Il y a quelques années, un ami, Stan, me disait avec angoisse qu'il avait "peur de louper quelques chose sur Twitter". Et que, "comme allumer la radio", il y jetait un oeil durant quelques minutes, de temps en temps.

Twitter et Facebook sont devenus des sortes de fils d'infos en continu, où nous pouvons surveiller le déroulé de la vie de nos contacts, et de la vie tout court.

Alors, serions-nous prêts à renoncer à tout cela ? Nombre d'articles ont listé ces derniers jours la masse de données que Facebook a amassées sur nous en quelques années, archivage géant de notre mémoire privée et publique. Et tous ces souvenirs virtuels de notre "nouvelle vie" numérique qui risquent de s'évaporer.

dimanche 18 mars 2018

Pourquoi les médias ressuscitent les forums de discussion (sur Facebook)

Capture_d_e_cran_2018-03-18_a__20.02.53.png

Capture_d_e_cran_2018-03-18_a__20.04.19.png

Mark Zuckerberg savait sans doute très bien ce qu'il faisait en annonçant, le 11 janvier dernier, que les contenus de la presse (articles, vidéos, Lives) apparaîtraient moins sur les murs des utilisateurs. Priorité était désormais données aux contenus "personnels", des amis et de la famille, plutôt qu'aux pages publiques. Dès lors, panique à bord: au fil des années, les marques et médias avaient capitalisé sur ces Pages Facebook pour retenir (un peu) l'attention de ces internautes versatiles, qui passent désormais le plus clair de leur "temps numérique" sur Facebook - il engrange 26,4 millions de visiteurs uniques quotidiens en France, d'après Médiamétrie. Pendant longtemps, pour une marque ou un média, le nombre de fans était un indicateur en soi.

Les médias, Facebook les a même dragués outrancièrement en les incitant à produire des contenus sur mesure pour lui, de préférence de longues vidéos, baptisées les Facebook Live. Plusieurs éditeurs de presse ont même signé des accords avec Facebook, pour toucher une généreuse rémunération, comme le détaillait cet article très fouillé du journaliste Nicolas Becquet, responsable du numérique à L'Echo. Las, la firme de Menlo Park leur brutalement coupé les vivres fin 2017. On a mieux compris pourquoi ce 11 janvier.

Facebook, un Linkedin bis

Alors, comment les médias vont-ils pouvoir continuer d'assurer leur présence sur Facebook, où ils sont devenus brutalement moins désirables? Une chose est sûre, même si zuck' veut un retour aux sources (refaire de Facebook le média social où on partage des bribes de son quotidien), il est trop tard. Le newsfeed (fil d'actualité Facebook) n'est plus l'endroit où le chaland poste ses précieux contenus personnels - ses photos, vidéos ou statuts pour relater son quotidien. Peut-être parce qu'il est devenu plus méfiant envers Facebook, au fil des scandales et polémiques sur sa perception particulière du respect de la vie privée par ce dernier. Maintenant, la vraie vie se raconte en images sur sa page Instagram, ou Snapchat pour les millenials. Désormais, Facebook a des faux airs de Linkedin-bis: on partage sur son newsfeed des articles, des vidéos d'actualité (coucou Brut), des centres d'intérêt 'publics' ou semi-professionnels.... Mais certainement plus de photos de brunchs entre amis ou de vacances en famille (qui étaient tout de même monnaie courante il y a 10 ans).

Ce dimanche en fin de journée, j'ai sur mon newsfeed, en vrac: un commentaire sportif sur un championnat de foot en Californie, une photo de monument à Riga prise par un ancien photographe avec son iPhone, quelqu'un qui promeut sa formation en vidéo mobile, les photos des nouveaux locaux d'une start-up par son fondateur, une photo de la collection de robots d'une geekette revendiquée, une photo-portrait d'il y a 4 ans repostée (sur la suggestion de Facebook ;), un partage d'article sur SpaceX, un abonné à Canal+ qui partage une expérience malheureuse... Peu d'articles de presse des médias dont j'ai liké la page Facebook (Le Monde, Challenges; Wired, etc) remontent automatiquement (je dois beaucoup scroller pour les trouver): désormais, la plupart des articles de presse "en bonne position" sont ceux partagés par mes "friends" sur Facebook.

Le Facebook group, ce nouveau club des lecteurs

Alors, les médias ont peut-être trouvé une nouvelle marotte pour rester présents - et indispensables - dans le newsfeed Facebook de leurs lecteurs: créer un groupe Facebook. Ou comment le vieux forum de discussion, en vogue au début des années 2000 (la préhistoire, l'ère d'avant les réseaux sociaux !) est ainsi ressuscité ! Comme on dit en novlangue marketing, le groupe Facebook a pour avantage de créer un engagement sans précédent de l'internaute: c'est un "club" qu'il choisit de rejoindre, où il dialogue, commente, poste des suggestions, des photos... Il interagit avec d'autres membres d'une communauté, créée et chapeautée par un média. Cette sorte de club des lecteurs numérique, c'est une audience hyper captive.

Surtout, c'est du pain-bénit pour des médias critiqués pour leur parisianisme qui cherchent à recréer un lien de proximité avec leurs lecteurs - comme le montrent les jeunes titres Ebdo, et bientôt ''Vraiment'', qui organisent des réunions "IRL" avec leurs lecteurs, ou les sollicitent pour des idées de sujets.

Mieux, chaque nouvelle publication, ou commentaire qui la "rafraichit", remonte automatiquement en haut du fil d'actualité et peut être doublée d'une notification (qui apparaît par exemple en pop-up sur le mur Facebook de l'internaute). Parfait pour contourner les derniers impératifs de l'algorithme de Facebook.

Facebook groups Nice Matin, BFM...

Dans l’Hexagone, plusieurs médias ont bien vu l'aubaine. Mais comme pour une rubrique, il faut trouver un angle, une thématique propre à leur groupe. Mention spéciale pour le quotidien régional ''Nice Matin'', qui a créé des premiers groupes autour de services: l'un, Nice-Matin des solutions, près de 1 500 membres, est dédié au journalisme de solutions: il invite certes à voir "les coulisses de reportages" (classique), mais surtout, se veut "dédié aux initiatives positives qui émergent chaque jour dans nos départements, aux gens qui se bougent et proposent des solutions". Un autre groupe, Kids-Matin, encore naissant (il compte 300 membres) veut proposer des solutions et services autour des enfants dans la région de Nice.

D'autres médias ont aussi sauté le pas. BFM Business avec BFM Stratégie (1 848 membres 1 mois après sa création) propose "un cours de 40 épisodes donné par Xavier Fontanet, ancien président d'Essilor, éditorialiste et professeur affilié à HEC". Des cours d'éco-management, mis en ligne après leur diffusion TV. Au menu, "La stratégie, c'est l'art de bien vivre avec son concurrent", "Valeur part de marché : le cas de forte croissance"... Dans un autre genre, le média en ligne Les Jours (créé par des anciens de Libération) propose sur "Obsession Migrant" les coulisses de l'enquête de ses journalistes sur la trace des migrants morts en Méditerranée.

Outre-Atlantique, plusieurs médias ont anticipé ce virage de Facebook dès l’année dernière. Le Washington Post a ouvert "PostThis" (4 300 membres), spécialisé dans le fact-checking. Vox avec The Weeds (15 000 membres), il y a 10 mois, tout juste présenté comme un "espace collaboratif". Citons aussi, comme le relate Les Echos, Bloomberg avec Money Talks (4 200 membres) pour parler de finances personnelles, le Financial Times a lancé en janvier le FT Books Café (2 100 membres) un "book club" avec à la clé des sessions live avec des écrivains...

Reste à voir si la parade sera suffisante pour combler le trou dans les audiences provoqué par la nouvelle politique de Facebook. Pour l'instant, les groupes que je cite comptent à peine quelques milliers de membres. Bien loin des millions de membres qui avaient liké la page Facebook d'un média. Et si cette nouvelle audience ramènera des lecteurs sur les sites des médias. Voire suscitera l'intérêt des annonceurs.

lundi 26 février 2018

Une série pour un Big Mac, le Menu Série de McDonald's, nouveau syndrôme du binge watching

serie-mcdonald.jpg

"McDo : Maxi Best of = 1 saison de série TV offerte". Trivial, mais efficace. Depuis quelques jours, le géant du burger low cost propose un plus-produit à priori inattendu, une série télé offerte pour un de ses menus-stars, comme le Maxi Best Of. Un rien provoc', Mac Donald's souligne, dans un de ses spots publicitaires aux faux airs de court-métrage, "Un épisode c'est bien, une saison intégrale c'est quand même mieux".

Jusqu'au 9 mars 2018, tout menu Maxi Best Of, Signature by McDonald's, ou une boîte à partager permet en effet de bénéficier d'une saison intégrale d'une série TV, téléchargeable ou en streaming, grâce à un code de téléchargement Rakuten joint au menu, compatible avec PC, Mac, Android, iOS, certains téléviseurs connectés, et les consoles de jeux vidéos Xbox 360 et One.

Au menu, une cinquantaine de séries TV sont éligibles, telles Preacher, How I Met Your Mother, Empire, Breaking Bad, Better Call Saul... MacDo n'a pas oublié son coeur de cible, les enfants, avec aussi une multitude de séries calibrées pour les moins de 12 ans, comme Le Petit Prince, Boule & Bill, Yakari, Babar.

Big Mac + une série, ue pizza + un match sur Bein Sport

Déjà il y a dix ans, le même McDo proposait des DVD offerts avec ses menus. Les technologies évoluent, le mode de fidélisation par plus-produit complémentaire reste le même. Dans la même veine, me signalait-on sur Twitter, Domino’s Pizza propose quant à lui une pizza... et un accès à la chaîne de sport Bein Sport pour visionner un match de foot pour 20 euros. Votre dîner bon marché avec en plus-produit un contenu télé, une série ou un mach de foot au choix, vive la vente couplée !

Mais au fond, derrière la ruse marketing, cette association n'est guère surprenante - le leader de la restauration low cost épouse ainsi un comportement de consumérisme culturel consacré par Netflix et son système d'abonnement pour visionner des séries en tout-illimité, le binge watching. Je l'abordais il y a bientôt trois ans - déjà ! - dans ce billet, lors de son arrivée explosive en France en septembre 2015, Netflix a servi de révélateur à cette nouvelle forme de boulimie audiovisuelle, où chacun découvrait sa capacité à ingurgiter d'affilée des épisodes de séries, sans attendre la rythme de diffusion hebdomadaire dicté jusque là par les (vieilles) chaînes de télévision. Il est vrai que les pirates du téléchargement illégal, puis du streaming (remember Popcorn Time) avait déjà cré ce type d'addiction (auquel j'ai déjà succombé, je vous rassure ;) chez les internautes - téléspectateurs.

Depuis 2015, insensiblement, on a assisté à une certaine netflixisation de la culture (affreux néologisme j'en conviens), où l'accès à des contenus ou services par abonnement, de manière illimité, s'est banalisé. Avec Spotify bien sûr, iTunes, la catch-up TV, mais aussi le "Netflix du jeu vidéo", Playstation Now, lancé par Sony en octobre dernier, XBox Game Pass, la presse avec son kiosque virtuel sur abonnement ePresse...

Ce comportement irrigue tous les pans de notre économie, au point que notre quotidien est désormais rythmé par ce mode de consommation par abonnement. Abonnez-vous pour votre TGVMax, votre voiture (cela viendra pour la Polestar de Volvo, attendue en 2019), votre PC dématérialisé (ce que propose la start-up Shadow)... A croire que Netflix a ringardisé la propriété. Ou celle-ci deviendra un luxe.

dimanche 18 février 2018

Pitch, Start-up Nation, Fooding, Post-it... De la privatisation de noms communs

Pitch, une marque déposée ? Ce petit anglicisme délicieusement jargonnant, qui figure parmi les favoris des start-uppeurs, scénaristes et publicitaires pour désigner une présentation succincte, ne pourra bientôt plus être librement utilisé. La marque de brioches Pasquier a lancé des recours contre certaines entreprises qui utilisent ce terme, comme l'a révélé le 12 février la newsletter spécialisée Petit Web. Une marque de brioches et pains industriels ! L'affaire a un côté kafkaïen: la marque Pasquier utilise déjà le terme Pitch pour désigner une de ses brioches depuis 1985.

Gaël Duval, patron de l’entreprise JeChange.fr, et fondateur de la French Touch Conference, qui organise des événements dédiés aux entrepreneurs, avait lui-même reçu avec incrédulité son premier courrier début 2017. Les avocats du groupe français exigeant sans rire qu’il cesse d’utiliser sa marque "Pitch in the plane" (pour désigner des "pitchs" de start-ups qu'il organisait à bord de vols aériens), qu'il avait déposée auprès de l’Institut National de la Propriété Intellectuelle (INPI) en 2015. La marque Pasquier a même lancé des recours contre certaines entreprises qui utilisent ce terme.

Assurément, cela révèle la vision... décalée de certains grands groupes de la vieille école face aux start-ups. Gaël Duval indiquait dans la presse avoir tenté de contacter la directrice marketing de chez Brioche Pasquier, en vain. A défaut, mardi, La marque s’est expliquée sur Twitter à ce sujet.

DV7rW_9W0AAviM--1.jpg

Alors certes, la marque assure "Nous n'interdisons pas l'utilisation de l'anglicisme "Pitch" dans le langage courant mais nous protégeons nos droits sur la marque Pitch lorsque celle-ci est déposée à l'INPI par d'autres marques à des fins commerciales". Mais c'est déjà un fait juridique: cette protection officielle ne concerne pas l'utilisation même du mot pitch dans la vie courante.

Il n'empêche, malgré ce contre-feu maladroit, les faits sont là: comme l'a rapporté la presse, plusieurs start-ups ont déjà été contraintes d'abandonner le mot pitch dans leur nom. Suite à des actions judiciaires intentées par le groupe Pasquier, fabriquant des brioches Pitch depuis les années 1980.

Il est vrai que le droit est de leur côté: puisque la marque Pitch est déposée auprès de l'INPI depuis les années 80, le groupe Pasquier, qui l'a déposée, dispose d'une protection de 10 ans, dont 5 années sans preuve d'utilisation. Durant ces cinq années, et même s'il n'utilise pas cette marque, il peut bloquer les autres déposants éventuels. En l'état actuel des choses, Pasquier peut contrer tout nouveau dépôt de marque avec le mot "pitch" jusqu'en 2021.

Dans les usages, cela est pour le moins surprenant, puisque la brioche chocolatée n'a pas grand-chose à voir avec le fait de "pitcher" un projet, un des rituels chers aux start-ups et publicitaires... Plus surprenant encore, en 2015, Pasquier a déposé l'expression "Pitch Académie" et a racheté la marque "Pitch Academy". Deux expressions que l'on trouverait tout-à-fait dans l'univers des start-ups. En 2016, peut-être en voyant cet anglicisme entrer dans le champ de plusieurs univers, le groupe Pasquier a brutalement "déposé le mot Pitch seul pour la quasi totalité des classes disponibles à l'INPI", révélait Les Echos. Soit dans 39 des 45 catégories. Bien au-delà des brioches industrielles.

C'est là un nouvel exemple des excès parfois outranciers d'ayant-droits pour défendre leur marque. Ces dernières années, les cas se sont multipliées. Avec des tentatives parfois outrancières de protéger en tant que marques des termes entrés dans le langage courant. Ce qui révèle les particularités parfois kafkaïennes du droit des marques.

Post-it... Et Start-up nation, marques déposées

Exemple: cette semaine encore, les correcteurs du Monde révélaient sur Twitter l'interdiction d'utiliser le terme Post-it dans des articles. (Vous savez, ces petites feuilles jaunes à l'extrémité autocollante). "Notre rédaction vient de se voir rappeler qu'elle ne doit pas utiliser le nom commercial d'"une petite feuille de papier autoadhésive amovible rassemblée en petit bloc", à la demande de la marque en question". CQFD. Alors que l'utilisation de cette marque comme un mot courant est sans doute la meilleure publicité que l'on puisse en faire...

Bon en tous cas, les dirigeants de Pasquier ne sont pas très cool Start-up nation ;) Justement, il y a cet autre exemple, de nouveau dans l'univers de la tech: il y a quelques mois, je découvrais avec surprise que l'expression Start-up Nation chère à Emmanuel Macron, serait une marque déposée! Déjà en pleine campagne électorale, alors que je relayais sur Facebook un extrait d'un discours (lors d'un sommet Challenges) de celui qui était alors encore candidat à l'expression présidentielle, j'ai été vertement reprise par un entrepreneur (d'origine israëlienne), me signalant cela. Surprise, la seule page Wikipedia "définissant" cette expression fait la promotion d'un livre... sur l'économie d'Israël, Start-up Nation: The Story of Israel's Economic Miracle.

Et effectivement, une petite recherche sur la Base de marques de l'INPI me révèle que l'expression Start-up nation (et une dizaine de génériques - The start-up nation, Start-up nation central, Hummingbird feeder (?) Start-up nation...) ont été déposées en tant que marque de l'Union européenne par... une société israélienne, une certaine Start-Up Nation Holdings Israel Ltd. Un particulier ayant tout de même réussi à déposer la marque Start-up nation pour la France.

Un autre exemple avait fait grand bruit en 2016. L'expression Fooding, qui désigne une nouvelle tendance alimentaire, a été elle aussi déposée en tant que marque ! En 2000, le Fooding naissait, c'était alors un guide internet, très parisien, créé sous l'égide de Jean-François Bizot et de son Nova Magazine: il proposait des adresses, bars et restaurants dans les futurs quartiers "bobos". Ce que l'on ignorait: en 2000, pas fou, lorsqu'il emploie l'expression dans Nova Mag, le journaliste Alexandre Cammas dépose l'expression Fooding en tant que marque auprès de l 'INPI. Puis cela est devenu une expression, incarnant la découverte et le bistro, avec même une Semaine du fooding organisée à Paris.

En 2016, surprise, plusieurs sites spécialisés, tel 7detable.com, qui le raconte ici, ou Arte Radio, reçoivent cet étrange mail:

Je m’occupe de la communication du Guide Fooding, j’espère que cet email vous trouve au mieux. J’allais vous écrire hier pour vous parler de notre prochain évènement Foodstock, mais l’actu fait que je dois vous contacter à un autre sujet. J’ai vu dans votre article sur les lattes colorés que vous aviez utilisé le terme Fooding, qui est malheureusement une marque déposée. Pourriez-vous retirer la mention Fooding ou la remplacer par un mot plus approprié (comme « food » par exemple) ? Je suis sincèrement désolée de vous ennuyer avec cela mais nous devons rester attentifs sur ce sujet pour ne pas « perdre » notre marque Fooding… Je suis bien évidemment à votre entière disposition si vous souhaitez des précisions.

Amusant ou ridicule... D'autres exemples d'expressions utilisées en tant que marque, on pourrait en citer.

Juste un dernier exemple, pour la route: comme le relève l'excellente newsletter Copyright Madness, reflet de ces absurdités du trademark, même un ancien secrétaire d'Etat, Thomas Thevenoud, est parvenu à déposer une expression qui reflétait une de ses principales "incivilités"! La presse révélait cette semaine que l’ex-secrétaire d’État condamné pour fraude fiscale a déposé dès 2014 la marque "phobie administrative" qui l'a rendu mondialement connu - de cette excuse que l’intéressé avait avancée pour justifier ses non-paiements de ses impôts. Pas fou, il a déposé l'expression pour des catégories telles que ventes de produits, conseils juridiques ou publicité. CQFD. Ca n'a pas loupé: il a été relayé sur Twitter avec le hashtag #DéposeTaMarque. De quoi rappeler le cas d'école de Nabilla et son dépôt de "Non mais allô quoi !" en tant que marque.

mardi 13 février 2018

Conquête de l'espace: pourquoi les entrepreneurs (américains) prennent le relais de l'Etat

zuma-spacex-770x515.jpg

Le 6 février à 15h45 heure locale (21h45 en France), la fusée la Falcon Heavy d’Elon Musk s'est propulsée dans l'espace pour la première fois, devenant la fusée la plus puissante depuis la Saturn V qui envoya des Américains sur la Lune. Cap sur une orbite héliocentrique (autour du soleil) proche de Mars. Et, à terme, Mars, la Planète rouge.

Le dernier rêve d'Elon Musk, entrepreneur-ingénieur-milliardaire d'origine africaine, fondateur de Tesla et de SpaceX, est ainsi devenu réalité. Dans un art consommé de la com', il avait soigné la mise en scène, prenant soin de charger dans la Falcon Heavy sa voiture personnelle, une Tesla rouge (sa propre marque de voiture électrique. "Conduite" par un mannequin en combinaison spatiale baptisé Starman, au son de la chanson Space Oddity de David Bowie, il devrait graviter autour de Mars pour... quelques millions d’années. Grand prince, ce communicant-né a pris soin de retransmettre en direct le show le décollage sur YouTube, et de fournir gracieusement les images aux médias.

Mission accomplie, à priori. Et un (nouveau) grand pas pour l'humanité. Fort du support technologique (et financier) de la Nasa, "Elon Musk veut faire de Falcon Heavy un véritable taxi de l’espace à destination de la Station spatiale internationale, de la Lune et de Mars", rappelait Libération. Le tout avec un tarif annoncé record, 90 millions de dollars pour ses futurs lancements commerciaux, soit bien moins que les 100 millions pour Ariane 5. Et que les tirs à 350 millions de dollars du Delta IV Heavy d’United Launch Alliance… Donc, le nouveau conquistador de l'Espace casse les prix. Tout comme un autre gourou de la tech, Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, qui s'apprête à lui aussi dégoupiller son lanceur, la fusée New Glenn, via sa firme ad hoc, Blue Origin.

La Silicon Valley de l'exploration de l'espace

Des entrepreneurs de la tech un peu déjantés, à la conquête de l'espace, pour des prix record... Bienvenue dans la nouvelle course à la conquête de l'espace. Et ce n'est plus un Etat qui a la main-mise sur cela, comme, naguère, durant la Guerre Froide, mais des milliardaires. Bienvenue dans la nouvelle course à la conquête de l'espace. Dans cette vidéo qui résume bien la chose, The Economist va droit aux faits: puisque les gouvernements les plus puissants n'en n'ont plus les moyens, ayant réduit au fil des années leurs budgets consacrés à l'exploration spatiale, ce sont des entrepreneurs qui se battent maintenant pour conquérir et exploiter la nouvelle frontière finale: l'espace.

Va-t-on vers une privatisation de l'espace? La question est vertigineuse, comme la pose déjà ce billet. Par un curieux concours de circonstances, quelques jours après le décollage réussi de la fusée d'Elon Musk, ce 11 février, le Washington Post révélait que une note de la NASA, selon laquelle l'administration Trump s'apprête à privatiser d'ici 2025 la Space Station spatiale internationale.

Fin d'un Bien commun ?

D'ailleurs, Scott Pace, directeur exécutif du Conseil national de l'espace, a tenu ces propos révélateurs devant la presse: "Nous le répétons à nouveau: l’espace n’est pas un bien commun global “global commons”, ce n’est pas le patrimoine commun de l’humanité (...). Ces concepts ne figurent pas dans le traité international sur l’espace et les États-Unis ont constamment répété que ces idées ne correspondent pas au statut juridique réel de l’espace." Voilà qui a le mérite d'être clair.

Déjà depuis quelques années, une poignée de firmes s'intéressent de près à l'espace, qui fut par le passé un des terrains de jeu privilégiés des gouvernements (cf la Guerre Froide) pour démontrer leur toute-puissance technologique - et diplomatique. L'espace fut pendant longtemps considéré comme un Bien commun par excellence, librement exploitable par tous, mais ce principe est progressivement grignoté. Comme rappelé dans ce billet, il était protégé par le Traité de l'Espace de 1967, qui fixait des règles de non-revendication de souveraineté nationale sur l’espace. Aujourd'hui, "Des propositions existent pour mettre en place une structure de gouvernance similaire pour les ressources spatiales, associant des États, des universités, des entreprises et des ONG." Déjà trop tard?

Le premier coup de canif conséquent fut apporté par les États-Unis, sous l'administration Obama, qui ont adopté en 2015 d’un Space Act. Ce qui n'avait pas manqué d'inquiéter la communauté scientifique. Puisque il donne aux entreprises capables d’envoyer des engins dans l’espace, comme SpaceX, un titre juridique de propriété sur les ressources qu’elles pourront en extraire. Dans la foulée, Les Émirats arabes unis, puis le Luxembourg, ont adopté une législation permettant d’accorder des permis d’extraction dans l’espace.

Depuis, des start-ups voient des opportunités dans le tourisme spatial, les mines d'astéroïdes, et la colonisation de la lune. Déjà plus de 800 firmes participent à cette ruée vers l'or à l''ère de l'espace. Telle Axiom Space, détenue par Michael T. Suffredini , un ancien de la NASA, qui a levé 3 millions de dollars pour créer une station spatiale commerciale. Ou encore Bigelow Space, société fondée par Robert Bigelow, un milliardaire excentrique de Las Vegas. Citons aussi, dans la série de pépites du New Space relevées par Challenges, Made in Space, Rocket Lab, le petit SpaceX, Planet...

Déjà le désert caillouteux de Mojave, qui s'étend sur les Etats de Californie, Nevada et Arizona, s'est imposé comme le premier port commercial américain de l'espace. À l'entrée de la ville, un panneau accueille le visiteur: "Les portes de l'espace". Son espace aérien restreint est idéal pour tester des nouveaux produits, étant totalement dédié aux tests. Cette jeune industrie de l'espace devrait générer 600 milliards de dollars en 2030. Le nouvel or noir.

lundi 5 février 2018

Et si la rencontre en ligne changeait la nature des couples ?

99-8-match-hang-the-dj.gif

Dans "Hang The DJ", un des meilleurs épisodes de la saison 4 de Black Mirror saison 4 (Netflix), cette série dystopique qui imagine les dérives technologiques dans un futur proche, la vie amoureuse des citoyens est régie par une application de rencontres un peu autoritaire, qui permet de rencontrer le ou la partenaire idéal(e), et fixe le temps de la relation. Et les "amoureux" potentiels doivent accepter une série de relations tests destinées à préciser leur profil. Dans un futur (totalitaire?), le "Système" s'occupe de former des paires entre différents individus, jusqu'à ce qu'ils rencontrent le partenaire parfait à 99,8%, celui avec lequel ils vont passer le reste de leur vie. Grâce à son algorithme complexe, il se charge de trouver le meilleur match. Dans l'enceinte du domaine, on ne croise que des célibataires en phase d'apprentissage... Mais un couple va se rebeller, leur premier rendez-vous est à la fois gauche et déjà évident, comme on espérerait qu'un date Tinder se déroule in real life.

Cette application fictive n'est pas sans rappeler les applis qui promettent - déjà - la compatibilité maximale grâce à leur algorithme... Ainsi que les jeux télévisés basés sur ce concept, la compatibilité comme solution miracle. L'émission "Mariés au premier regard" de M6 en est la parfaite illustration. Ce programme promet de bâtir des couples scientifiquement compatibles à hauteur de 70%.

Dans ce sombre miroir du Black Mirror, cela donne un reflet de ce que sont déjà en partie les sites de rencontre, qui ont inéluctablement changé, en 15 ans, la façon dont les couples se rencontrent (pour le meilleur ou pour le pire). Depuis le lancement de Match.com (né en 1995, 50 millions d'utilisateurs, 15 millions de matches par jour), Meetic en France, OkCupid (en 2000), Tinder (2012), puis AdopteUnMec… Désormais, plus d’un tiers des mariages commenceraient en ligne. Mais il se pourrait que ces sites de rencontres influencent également le mariage et sa stabilité, d'après cette étude récente relevée par la Technology Review, repérée par InternetActu.

internet-dating.png

Inéluctablement, les sites de rencontres ont changé la façon dont les gens trouvent leurs partenaires. Traditionnellement, c'était les petites annonces (remember dans Libération...), ou par des liens faibles - beaucoup de couples se formaient en rencontrant des amis d’amis, ou sur des lieux de sociabilité, des guinguettes d'antan aux bars et salles de concert, en passant par la vie professionnelle. Désormais, les choses ont changé: la rencontre en ligne d’inconnus absolus, qui n’appartiennent pas à des réseaux relationnels existants, est devenue le deuxième moyen le plus commun pour se rencontrer chez les partenaires hétérosexuels (et le premier chez les partenaires homosexuels)., relève l'étude.

La courbe publié par Tech Review est elle aussi troublante: dans tous les cas, les rencontres via les amis flanchent, quand celles dans les bars et restaurants connaissent un regain depuis environ 2005, et les autres relais (collègues de travail, famille voisins, rencontres de collège) flanchent depuis les années 90.

Alors, "Les gens qui se rencontrent en ligne ont tendance à être de parfaits étrangers", expliquent les chercheurs responsables de l’étude, Josue Ortega (Université d’Essex aux États-Unis) et Philipp Hergovich (Université de Vienne en Autriche). Créant ainsi de nouvelles formes de liens sociaux qui n’existaient pas auparavant. Et de nouveaux types de relations, par exemple ouvertement éphémères et sexuelles - Tinder et AdopteUnMec ont bâti leur réputation sur cela.

"Les chercheurs ont construit des modélisations qui montrent que le développement de ce type de rencontre pourrait par exemple favoriser le développement du mariage mixte, mais également (sans que l’un soit lié à l’autre) favoriser à terme des mariages plus stables, notamment", évoque la sociologue Nathalie Nadaud-Albertini sur Altantico, parce que ceux qui se rencontrent via ces outils se projettent ensemble dans un avenir commun, sans être influencés par le regard des autres.

Pourtant, on se mélange encore peu sociologiquement, même via les sites de rencontres, comme le souligne cet article d’Alternatives Economiques. En ligne comme ailleurs, les rencontres amoureuses "font appel à des codes, des rituels et des manières de faire, qui continuent de différencier nettement les diverses catégories sociales". En se fondant sur des données d’utilisation du site Meetic, elle montre que cela joue dès la manière de se présenter dans les profils individuels, selon les milieux sociaux. Les utilisateurs les plus aisés ou diplômés montrent qu'ils sont à l'aise avec l'écrit dans l'"annonce".

samedi 27 janvier 2018

Black Mirror, Electric Dreams, Altered Carbon... Pourquoi l'anticipation cauchemardesque est tendance

Electric-Dreams-e1515772093358-612x330.jpg

Connecté, déconnecté... comment cela nous a pris, le rêve de nous déconnecter; nous qui rêvions à une époque, à la fin des années 90, aux débuts d'un internet libre et ouvert, d'un monde numérique où tout serait accessible, immédiat et partagé ? La dernière bande dessinée d'Enki Bilal, Bug (ed. Casterman) imagine un gigantesque black-out du monde connecté, où il faudrait tout réinventer. Dans un futur pas si éloigné, en 2041, toute la mémoire informatique du monde s'envole soudain, créant un chaos monstre. La Terre est confrontée à la disparition brutale et inexplicable de toutes les sources numériques planétaires, des plus gros serveurs de la toile aux plus petites clés USB. Dans une société où tous vivent à travers leurs écrans, leurs ordinateurs et leurs téléphones, qui sont les témoins de leur passé, et les complices de leur avenir.

Malaise de l'être hyperconnecté

La saison 4 de la série télévisée britannique Black Mirror, disponible sur Netflix, met elle aussi la lumière, dans chaque épisode, sur la violence insidieuse de nos écrans, et l'aliénation technologique. De même, dans sa première série anthologique de science-fiction, son rival Amazon Studios, Philip K Dick’s Electric Dreams, reprend dans 10 épisodes indépendants les prophéties, tantôt paranoïaques, tantôt réalistes, du romancier, à l'origine des cultissimes Blade Runner et Minority Report entre autres. Auparavant, ces derniers mois, il y a eu Westworld (HBO), Humans (adaptation sur AMC de la série suédoise Real Humans, chroniquée ici, diffusée sur Arte), la plus confidentielle Transferts, sur Arte...

Altered-Carbon-7-1.jpg

Et dans quelques jours, le 2 février, Netflix dégainera son nouveau blockbuster SciFi, Altered Carbon, tiré de l’oeuvre de Richard K. Morgan, un technothriller cyberpunk où un ancien soldat, seul survivant d’un groupe de guerriers d'élite vaincus lors d’un soulèvement contre le nouvel ordre mondial, a son esprit "emprisonné dans la glace" pendant des siècles. Jusqu’à ce qu'un homme extrêmement riche et vivant depuis plusieurs siècles lui offre la chance de vivre à nouveau. En échange, Kovacs doit résoudre un meurtre... Celui de Bancroft lui-même.

Décidément, la dystopie, ce registre de science-fiction qui imagine un futur horrifique à partir des travers de notre société, inspire tous azimuts, y compris les nouveaux mastodontes des séries télévisées, qui sont un des meilleures reflets mainstream du monde d'aujourd'hui. Et donc, tous cernent cette évolution un peu folle d'internet en une quinzaine d'années, depuis les utopies libertaires du début des années 2000. Maintenant, dans l'hypermodernité d'aujourd'hui, beaucoup interrogent sur le malaise de l'être connecté, du tout-numérique, puisque sur internet, on n'est plus tout à fait nous-mêmes, la spectacularisation de l'existence, où chaque intervention sur les réseaux tourne à la mise en scène de soi. Avec ce paradoxe, la déconnexion est-elle indispensable pour l'être sociable ?

Hommage à K. Dick chez Amazon

Avec Philip K. Dick’s Electric Dreams, disponible depuis le 14 janvier, Amazon Studios dégaine donc sa première série futuriste d'anthologie, avec des épisodes qui se superposent. L'adaptation de courtes nouvelles de K. Dick, trésors souvent méconnus. Amazon, qui s'est lancé à marche forcée (voir mon enquête ici), en toute discrétion, dans la production de séries et films prestigieux, avec pour coup d'essai en SF l'adaptation d'un autre bijou de Philip K. Dick, Le maître du très haut château, où il imaginait un monde où les nazis auraient remporté la Seconde guerre mondiale aux côtés des japonais.

Ici, avec castings de rêve (Steve Buscemi dans Boardwalk Empire) et réalisateurs-stars (Alan Taylor, Game of Thrones et Terminator Genisys), au fil des épisodes, on voyage dans des mondes désenchantés où l'homme a perdu le combat face aux nouvelles technologies. Dans ces mondes, des extra-terrestres prennent possession des esprits, et l’innovation asservit les consciences et l'autonomie au nom de la sécurité.

L'impossibilité de communiquer, les technologies qui nous enferment, l'humain perfectible en constante opposition à des machines (trop) parfaites.... On retrouve ainsi tous les ingrédients qui étaient déjà chers à K. Dick, et sont étrangement de nouveau d'une cruelle actualité : les pouvoirs télépathiques des mutants (The Hood maker), ou l'impossibilité de communiquer, dans Impossible planet (publié en 1953!), où ce sont deux employés désenchantés du tourisme spatial qui n'osent pas dire la vérité à une riche dame âgée, qui rêve d'un voyage vers une planète disparue, la Terre.

Autre obsession de K. Dick à quoi serions-nous prêts pour avoir la vie que l’on mérite ? Il est mis en scène dans l'épisode The Commuter, fable métaphysique où l'employé d'une gare découvre que des passagers prennent le train pour une ville qui ne devrait pas exister. Quand il enquête, il se retrouve face à face avec une "réalité alternative" qui le force à affronter ses propres difficultés dans sa "vraie" vie, sa relation avec sa femme et son fils.

S'accommoder d'une vérité alternative, cela perce encore plus dans l'épisode Human Is, où une femme souffrant d'un mariage sans amour voit son mari reenir d'une bataille avec des aliens, étrangement gentil. Il est désormais "habité" par un alien: elle le sait, mais préfère s'accommoder de cette nouvelle réalité. Cela nous plonge au cœur du questionnement principal de Philip K. Dick : Qu'est-ce qui nous définit vraiment comme humains ?

Autre sujet récurrent, les dangers de l'hypersécurité. Dans Safe and sound Une jeune fille originaire d'une petite ville et d'une "petite" planète, déjà atteinte de phobie sociale, emménage dans une grande ville futuriste avec sa mère. Exposée pour la première fois à l'intensité de la prévention sur la sécurité et le terrorisme de la société urbaine, ses jours d'école ne tardent pas à s'emplir de peur et de paranoïa...

Miroirs noirs et déformants

Des thèmes qui ne sont guère très éloignés de la saison 4 de Black Mirror, chef-d’œuvre signé Charlie Brooker. Depuis la diffusion de ses premiers épisodes sur Channel 4 en 2013, ce "noir miroir" veut nous avertir sur comment la présence grandissante des écrans change profondément notre rapport à ceux-ci. Ces écrans forment aussi le miroir noir et déformant d’une humanité qui s’y abandonne...

Hypersécurité toujours, dans le très réussi Crocodile, une détective privée membre d'une société d'assurances enquête sur un banal accident de la route à l’aide d’une technologie, sorte de test de vérité high tech, qui lui permet de matérialiser en images vidéos des souvenirs des témoins. En plongeant dans la mauvaise mémoire, elle va réveiller le souvenir d’un crime ancien d'une des témoins, et déclencher une spirale irrépressible de violence. ..

Dans Arkangel (réalisé par Jodie Foster hersefl), les dangers de l'hypertechnologie et de la surveillance liberticide sont aussi invoqués à travers le récit d'une jeune mère qui décide de faire implanter à sa petite fille une puce GPS, encore en phase de prototype, permettant de suivre à distance ses moindres faits et gestes sur une tablette. Mais aussi de voir à travers les yeux de sa fille, et de brouiller les pans du réel qu’elle estime potentiellement choquants…

Sans surprise, la thématique des robots qui se rebelleraient trouvent aussi leur place dans cette saga, avec le très réussi Metalhead, thriller entre Terminator et DuelPhilip K. Dick de Spielberg, où le noir et blanc sert d'écrin à un monde post- apocalyptique, où quelques humains survivent face à des petits robots (qui ressemblent étrangement aux bestioles robotisées de Boston Dynamics...). On y voit la terrible poursuite d'une femme par un robot-chien tueur impitoyable.

Je finis avec le meilleur, la romance 5.0 dans Hang the DJ, qui dénonce un des autres services de l'hypertechnologie à outrance, les sites de rencontre. Et imagine les dérives possibles des AdopteUnMec, Meetic et consorts en applis de rencontres bien intrusives. Ici, une application de rencontre hyper-développée qui permet à ses clients de rencontrer le ou la partenaire idéal(e) grâce à un algorithme complexe (ça ne vous rappelle rien ?). Dans un monde futuriste autoritaire (dictatorial?), soumis à des règles strictes, les utilisateurs sont obligés d'accepter des relations-tests destinées à préciser leur profil. L'appli choisit pour eux leur partenaire idéal. Mais des utilisateurs vont se rebeller...

.

vendredi 29 décembre 2017

L'info vidéo, format journalistique de l'année 2018

Brut.jpg

tf1-one2-361891.jpg

Et voilà, 2018, nous y sommes... Bonne année 2018 donc, chers lectrices et lecteurs, que je vous souhaite pleine de bonheur, douceur, curiosité, et d'innovations ! Plus de 10 ans que vous me lisez sur ce blog (pourtant parfois laissé en jachère), donc merci à vous ! En cette nouvelle année, il y a ce phénomène qui irrigue de plus en plus les sites d'actualité.

Des vidéos brèves, de 2 minutes 30 en moyenne, un montage resserré, parfois syncopé, des sous-titres, des citations écrites en exergue, et des phrases pédagos en surtitre... Impossible d'y échapper: tous les médias en ligne adoptent à tour de rôle l'info vidéo, ces vidéos nouvelle génération en format court. Il a ses codes d'écriture, un ton qui lui est propre, et c'est peut-être une des nouveaux formats d'info en vogue. Depuis une dizaine d'années, le journalisme web s'est enrichi de nouveaux formats, parfois tombés en désuétude. Rappelez-vous, il y a eu la grande époque du live comme format journalistique, consacré par des rédactions web en 2008-2010, qui consistait à relater et commenter en direct un événement, pour créer une sorte de fil d'actualité. Dans un autre genre, côté image, il y a eu la grande époque du webdocumentaire, ce documentaire photo et/ou vidéo enrichi de sons, de légendes, et d'une structure chronologique.

L'info vidéo, format journalistique

Maintenant, tous les médias en ligne adoptent différents formats vidéos. Et voici donc venue l'info vidéo, ces vidéos en format court, au rythme incisif. Qui, cela tombe bien, sont calibrées pour être diffusées - et partagées - sur les réseaux sociaux. Cette nouvelle écriture journalistique est portée par une nuée de nouveaux médias d'actu, des start-up qui embauchent, ouvrent des bureaux à l'étranger, et pour certaines, commencent à lever des fonds autour de leurs projets. Leur point commun: tous ces nouveaux médias utilisent les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) et YouTube comme relais principal de leurs vidéos. Et donc l'audience intrinsèque puissante de ces réseaux, comme les 26 millions (§) de Français qui se rendent chaque jour sur Facebook. Et en priorité les millennials (15-25 ans), qui utilisent en priorité les réseaux sociaux pour s’informer. Et qui sont une cible privilégiée pour les annonceur

Ce phénomène m'a d'autant plus interpelée, il y a quelques jours, lorsque j'ai consacré ce papier-bilan au média Brut, qui fête bientôt sa première année d'activité. Ses cofondateurs sont des vieux briscards de l'audiovisuel old school, comme Renaud Le Van Kim (célèbre producteur du Grand Journal de Canal de la belle époque), Laurent Lucas (ancien rédacteur en chef du Petit journal), et Guillaume Lacroix (cofondateur du Studio Bagel). Très communicants, ils l'affirment, ils sont sur le point de boucler une levée de fonds de 10 millions d'euros; et comptent 1 milliard de vidéos vues en un an d'existence. Alors qu'ils lancent leur activité aux Etats-Unis, et bientôt avec une déclinaison en Inde.

D'autres jeunes médias spécialisés dans l'info vidéo leur ont emboîté le pas. Explicite, créé en janvier 2017 par de anciens d'iTélé, TF1 One, créé par TF1 en mars, Monkey, lancé en novembre par Emmanuel Chain (fondateur, par le passé, de Capital sur M6), via sa société de production Elephant. En janvier, ce sera Loopsider qui sera lancé. Un projet porté, entre autres, par Johan Hufnagel, l'ancien numéro deux de Libération.

Mais, sur les timelines (fils d'actualité) encombrés des internautes, encore faut-il savoir faire la différence. Et retenir l'attention d'un internaute ultra-sollicité. Alors, chacun essaie de s'imposer avec sa ligne éditoriale, ses astuces. Brut a imposé un style incisif, voire engagé, avec une pointe d'humour, en brassant des sujets divers (actualité internationale, sport, société), de "Trois raisons de manger moins de viande" aux composants toxiques des smartphones. TF1 One, quant à lui, joue plutôt sur l'info positive, avec un ton parfois léger, des références à la culture pop et la culture geek,, grâce à l’association de TF1 avec son partenaire djeuns MinuteBuzz. Monkey promet des vidéos de décryptage en trois minutes.

De leur côté, les acteurs traditionnels de la presse - voire du petit écran - gardent un œil sur ces innovations en provenance du web. TF1, réactif, s'est déjà lancé sur ce format de la l'info vidéo via TF1 One. Les grands tide presse, déjà dotés de rédactions web puissantes, comptant parfois plusieurs dizaines de journalistes web, ont déjà pris le pli. Le Figaro, sur sa page Actualité en vidéo. Il y privilégie d’ailleurs les actualités qui buzzent sur le web. Le Monde, qui a déjà poussé jusqu'à structurer sa page Vidéos en plusieurs parties, entre ses émissions, sa revue du web, des éclairages, et des reportages. A suivre...

jeudi 24 août 2017

Ce que la série "The handmaid's tale" dit de l'Amérique de Trump

maxresdefault.jpg

Une fuite éperdue en voiture, les sirènes de flics retentissant derrière. La femme et sa fille en fuite sont rattrapées par de mystérieux hommes casqués, en noir. Plan suivant, le changement de décor est radical. dans un élégant contrejour, la même femme étrangement accoutrée, à la manière d'une servante, longue tunique rouge et casaque blanche. Elle est enfermée dans une chambre nous dit-elle, "mais ils n'ont pas prévu que je m'échappe. Une servante n'irait pas loin. Ils craignent les autres évasions. Celles qu'on peut ouvrir en soi avec un objet tranchant". Au fil des épisodes, cette plongée en continu dans un enfer du futur nous est narrée, en voix off, par Offred (incroyable Elisabeth Moss, révélée dans la série vintage Mad Men, ces élégants pubards), avec une ironie - et une rébellion - constante. "J'avais un autre nom, mais il est interdit à présent". Beaucoup de choses sont interdites à présent".

Bienvenue à Gilead, dictature patriarcale et ses extrémistes chrétiens. Dans un futur (très) proche, ceux-ci ont pris le pouvoir aux États-Unis, et en profitent au passage pour le soustraire totalement aux femmes, reléguées dans ce monde en grave crise de natalité au rang de vulgaires pondeuses. Cette dystopie terrifiante est une adaptation du roman de Margaret Atwood, méconnu en France jusque là, en une série lancée sur la plateforme Hulu (une des concurrentes US de Netflix), et diffusée en France cet été sur OCS (Orange) à partir du 27 juin. C'est une des séries les plus commentées ces derniers mois en France, et une des meilleures que j'aie vues ces dernières années dans les perles de science-fiction (que j'adore et vante ici depuis plusieurs années ;) depuis, mettons, Real Humans, et plus récemment Westworld, où Anthony Hopkins imagine des parc d'attraction peuplés de robots aux faux airs de cow-boys.

Depuis son élection en novembre dernier, l'Amérique de Trump trouve décidément un miroir dans les séries, films et livres. Sorti en début d'année, l'horrifique film Get out reflète une Amérique qui n'en n'a pas fini avec le racisme, ou l'étrange accueil de Chris, beau jeune homme noir, par sa très WASP belle-famille, avant que le tout ne vire façon Tarantino (nos spoils !). Le film, budget de 7 millions de dollars, a raflé 175,4 millions de dollars de recette aux Etats-Unis. Au même moment, Netflix diffusait une série quelque peu borderline, Dear White People dans l'université imaginaire de Winchester, où une soirée "blackface" révélait les tensions raciales…

Il était une fois, donc, le royaume de Gilead, monde futuriste étouffant que n'aurait pas renié René Barjavel. Nous sommes dans un monde futur, où on semble pourtant avoir fait un retour des siècles en arrière. Ici, pas de smartphones, ni machines. On fait le pain soi-même. Chaque foyer est dirigé par un homme omnipotent, et composé de son épouse (privée de tout droit, du droit de vote au droit de travailler, ou encore de détenir son propre compte bancaire,) et d'une servante. Sa robe rouge signifie qu'elle est reconnue, certifiée fertile dans une société où la natalité a chuté en raison d'une grave crise écologique. Elle est violée à échéances régulières par le maître de maison dans une étrange "cérémonie" en présence de l'épouse, dans l'espoir qu'elle donnera un enfant au couple.

Ces servantes sont au centre du récit de cette dystopie, The handmaid's tale ("La servante écarlate"), qui multiplie les symboles parlants. Leur tenue déjà, cette robe rouge qui symbolise leur rôle principal, l'enfantement. Exactement comme dans ''Ravage'' de René Barjavel, roman fondateur de la SF, qui imaginait déjà, en 1943, une société ultra-technologique qui s'effondrait au profit du retour à un traditionnalisme aliénant. Je vous glisse au passage cet extrait révélateur...

-1.jpg

Dans ce monde de Gilead, cette société étouffante a donc créé des rituels, des codes, avec ces étranges phrases pseudo-religieuses devenues banales formules de salutations. "Béni soit le fruit". "Que le Seigneur ouvre". "Gloire à Vous. Que Dieu me rende digne".

IMG_0967_1_.jpg

L'image soignée, l'éclairage nuancé, qui donne à de nombreuses scènes des airs de tableaux de Vermeer, traduit ce retour à un passé oublié. Et signifie une hiérarchisation stricte de la société, organisée autour de la vie domestique, du foyer.

Comme toute dystopie, le scénario prend appui sur des fragilités de la société actuelle pour alerter sur dérives totalitaires possibles. Il met en scène nos craintes, il dit l’inquiétude d’un monde qui court à sa perte: anxiété de l’excès matériel, des dérèglements climatiques, montée des inégalités et des violences populistes… Les retours en arrière réguliers montrent avec cruauté la vie passée agréable qu'on a connue, jusqu'il y a peu. Ces personnages, c'est nous, dans un passé proche, comme nous, elles furent des bobos qui prenaient leur caffè latte dans un bar branché. Une manière d'avertir que, si l'on y prend garde, c'est un risque.

IMG_0987.jpg

Plus qu'un récit rétro-futuriste flippant, la série est une terrible fable féministe. Elle prend bien sûr un relief particulier dans l'Amérique de Trump. "Quand ils ont massacré le Congrès, on ne s'est pas réveillés, quand ils ont mis ça sur le dos des terroristes et suspendu la Constitution, on ne s'est pas réveillés non plus", avertit Offred.

Ces dernières semaines, cette série a semblé, parfois, être rattrapée par la réalité. "Au moment de se lancer, on se demandait si cela serait plausible. (...) et soudain, six mois plus tard, tout cela était devenu affreusement plus crédible", soulignait Elisabeth Moss dans une interview au magazine Time. La série met en scène le nouveau pouvoir, des réactionnaires ultra cathos mais aussi écolos radicaux, qui prônent un retour au tout-naturel. Cela ne vous rappelle rien? Troublant.

D'autant plus depuis l'élection de Donald Trump, la réalité semble rattraper la fiction. Des exemples? La remise en cause régulière du droit à l'avortement, des Etats-Unis à la Pologne, l'abrogation de l'Obamacare, qui menace le financement du planning familial.

Dans un post sur Facebook, Emmanuel Vivier montre les troublants reflets de l'actualité: des extrêmistes qui réclament l'exclusion de minorités et la fin du droit de vote pour les femmes selon The Atlantic, ou encore quand une part de plus en plus importante de la police américaine (coucou Palantir de Peter Thiel) connecté des données personnelles d'individus sans supervision claire, selon Wired.

Et cet été, l'ultra-violence des manifestations racistes à Charlottesville, qui ont révélé l'Amérique des supremacistes et le retour des cagoules blanches du Ku Klux Klan, que l'on croyait d'un autre temps.

dimanche 26 mars 2017

De "Grave" à "Santa Clarita Diet", le retour du cannibalisme dans la culture pop

grave-affiche-965207-1.jpg

C'est un film dont on ne sort pas indemne. Sur le coup, un peu sous le choc, inquiète, mais pas effrayée pour autant, et l'estomac noué. EC'est un de ces films qui marquent, car il s'agit d'un véritable Ovni cinématographique, insolite, inclassable, indéfinissable (film d'horreur? Pur film indé français fin d'études Femis?), qui apporte un ton nouveau. Parfois, il vous emmène dans des sensations à la limite du désagréable, un peu comme une craie qui crisse sur un tableau noir, vous détournez le regard, mais sans jamais franchir la limite de l'horreur. Quelques heures après, il en reste des sensations, des images fortes, ce ton échevelé, désinhibé, libre, mais pas gratuitement provoc'. Il nous emmène dans un voyage étrange, mais la cinéaste a l'habileté de le narrer à travers un récit banal, quotidien au premier abord (l'initiation à double sens d'une étudiante), pour aborder un des tabous absolus de l'humanité: le cannibalisme. Est-ce bien raisonnable de manger son prochain?

"Grave", c'est donc ce premier film français de la jeune réalisatrice Julia Ducournau, ultra-diplômée (de la Femis, un des écoles de cinéma françaises les plus select, et la l'université Columbia), produit par Julie Delpy, sorti il y a moins de quinze jours, et qui semble bien parti pour acquérir une notoriété mondiale. C'est donc l'histoire de Justine (on pense forcément à Sade), 16 ans, étudiante ingénue et brillante, qui intègre une école vétérinaire - tout comme sa soeur, encore étudiante, et ses parents avant elles. Sur place, les premiers jours sont loin d'être sagement studieux, avec le bizutage des novices, et son lot d'épreuves à la limite du dégradant. Justine s'y plie, bon gré mal gré, jusqu'à être forcée à gober un rognon de lapin cru - épreuve terrible, pour elle la végétarienne... Elle subit ensuite des effets secondaires qui nous font entrer dans un univers à la limite du fantastique: elle est peu à peu gagnée par un appétit irrépressible de viande crue, de chair fraîche, et très vite, de chair humaine.

Je ne vais pas vous spoiler ici tout l'intrigue du film ;) mais une des grandes réussites de Julia Ducournau est de traiter un sujet fantastique, qui relève du cinéma d'horreur - le cannibalisme - dans une fiction ordinaire. Et elle crée d'emblée un univers où s'insinue une vague inquiétude, quelque chose d'organique et d'étrange: l'omniprésence du sang, déjà: dès la scène de bizutage où, pour la traditionnelle photo de promo, les jeunes bizuts se voient déverser des flots de sang (l'image de Justine ensanglantée évoque Sissy Spacek dans Carrie de Brian de Palma). Omniprésence des animaux ensuite, morts ou vifs, en bocaux, ou disséqués en cours. Dans quelques scènes cruelles et fulgurantes, la cinéaste cerne bien des nouveaux comportements de la génération Y: mention spéciale pour ces scènes d'anthologie où la jeune Justine, en prise à ses démons cannibales, et filmées en direct par se camarades de promos avec leurs smartphones... Qui sont alors les plus barbares: la cannibale malgré elle, ou les autres étudiants qui la filment avec avidité?

On sent que la cinéaste a fait se classes pour traiter de ce sujet propre au fantastique, le cannibalisme, à une sauce ultra-réaliste: dans ses interviews, elle cite Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, bijou indé des 70s d'autant plus flippant qu'il est tourné caméra à l'épaule (comme un documentaire), Shining de Stanley Kubrick, Crash de David Cronenberg, plutôt que les classiques de l'horreur tels que La nuit des morts vivants de George A. Romero.

Drew Barrymore zombie chez Netflix

santa-e1486392887157-tt-width-604-height-403-crop-0-bgcolor-000000-lazyload-0.jpg

La cannibale, nouvelle héroïne féminine? Ce personnage s'invite aussi à la télé. Le mastodonte de la série télé mainstream Netflix a lui-même commandé une série originale avec une héroïne cannibale. Dans Santa Clarita Diet, Drew Barrymore incarne une desperate housewife (ou presque) qui mène une vie vaguement ennuyeuse d'agent immobilier, dans une banlieue proprette. Jusqu'au jour où elle ressent subitement le besoin de dévorer de la viande rouge - et des êtres humains. Et redécouvre alors le bonheur familial et conjugal. Etrange série, où, comme chez Julia Ducournau, ce phénomène fantastique est mis en scène dans un univers un ne peut plus quotidien, avec humour potache de soap très américain, où son mari s'efforce de l'aider dans sa nouvelle quête (sans sembler paniqué). Il va même l'aider à tuer, de préférence des criminels ou des mauvaises personnes (coucou Dexter). Un ton étrangement absurde où la mère de famille qui devient zombie doit toujours vendre des maisons et entretenir de bons rapports avec ses copines du quartier.

4916861_6_b516_2016-05-10-34e22b0-15052-1kbgsvk_e5314b17b8ceb3e475061e41556dedaa.jpg

Mais pourquoi cette nouvelle incursion du cannibale dans le cinéma? Evidemment, c'est un classique du cinéma d'horreur. Mais son retour dans la culture pop a été consacré, dans les années 2000, avec la série The Walking Dead, succès continu depuis 2010. Que l'on voit même revenir ici où là dans des petites pépites du cinéma indépendant, aux quatre coins du monde. L'an dernier, au festival de Cannes, deux films abordaient ces ripailles vampiriques: l’un ­situé dans le milieu du mannequinat (The Neon Demon), l’autre en pays ch’ti (Ma Loute). Dans Dernier train pour Busan, film sud-coréen sorti en août 2016, où les voyageurs à bord d'un train se trouvent atteints d'une étrange maladie qui les transforme en zombies...

Révélateur contemporain

Le cinéma s’est toujours nourri de l’état du monde. Dès lors, les troubles qui affligent nos sociétés, nos économies, influencent la production contemporaine. Cette réapparition en salles d'un sujet horrifique et tabou - doit-on manger son prochain pour survivre? - se marie avec une époque, dans la France et le monde d'aujourd'hui, où il y a plusieurs motifs de terreur et d'angoisse. Un film sur le cannibalisme aborde le tabou ultime, et interroge avec brutalité sur les limites de l'humain. Le cannibale, c'est le sauvage, celui qui, par ses mœurs primitives, nous conforte dans notre sentiment de notre humanité. ou peut-être sur notre propre barbarie... De même que La nuit des mort-vivants, sorti en 1968, était une métaphore de la contagion du mal, du communisme qui effrayait alors les Etats-Unis, en pleine guerre du Vietnam, Grave incarne un monde contemporain où des dirigeants, tel Donald Trump, outrancier, extrémiste et grossier, et d'autres personnages populistes en Europe, incarnent une certaine violence.

dimanche 18 décembre 2016

La réalité virtuelle, l'An I (bientôt partout, tout le temps?)

virtual-revolution-art-work-e1446798048891-1.jpg

2047, dans un Paris sombre, pollué, et futuriste, où pointent les gratte-ciels. La grande majorité de la population passe le plus clair de son temps dans des mondes virtuels. Maintenant, chacun possède chez soi une installation avec un fauteuil profond et un casque de réalité virtuelle, pour s'évader dans un monde virtuel, qui n'est pas sans rappeler Second Life, et devenir un héros à travers son double virtuel. Nash est ce qu'on appelle un "hybride", qui partage son temps entre univers réel et virtuel. Tueur à gages et détective privé, il est chargé par une multinationale de traquer et éliminer les terroristes responsables de la mort de sa petite amie, qui menacent le système en place. Partagé entre le présent et le futur, le réel et le virtuel, il devra prendre d'importantes décisions...

Virtual Revolution, sorti dans une (petite) poignée de salles de cinéma en octobre, est une pépite française de science-fiction. A l'évidence, son réalisateur Guy-Roger Duvert a grandi avec Blade Runner (Ridley Scott, 1984): on retrouve dans son opus les rues glauques et crasseuses, qui luisent sous une pluie continue, un (anti-)héros un peu flic désabusé (coucou Harrisson Ford), des créatures hybrides...

Mais sa vraie trouvaille est d'imaginer un monde où l'immersion dans un second univers est devenue centrale. Un monde étrange qui se sépare en trois catégories: les connectés qui vivent dans le virtuel, les vivants qui demeurent dans la réalité, et les hybrides, alternant entre la connexion et la réalité. Dans ce monde, le travail a disparu puisque les robots s’en occupent. Alors les gens se réfugient dans le monde virtuel, tellement plus merveilleux. Et laissent le pouvoir à une oligarchie. Jusqu'à ce que des rebelles décident de libérer la population de la virtualité...

La réalité virtuelle, nouveau Second Life

Une dystopie évidemment. Mais qui met en lumière un joujou encore émergent, le casque de réalité virtuelle: plusieurs géants de la high tech en ont lancé cette année. Il pourrait même devenir un blockbuster chez les geeks alors que quelques modèles affichent des prix démocratiques, comme le Playstation VR de Sony, vendu 400 euros, à coupler avec la console de jeux idoines.

Plus troublant encore, les premiers lieux dédiés à la réalité virtuelle émergent: rien de tel pour éduquer le grand public à une produit qu'il connaît encore peu... Le groupe de cinéma MK2 a tiré le premier, en ouvrant il y a une semaine son MK2 VR, dédié à des "expériences immersives": affublée d'un casque similaire à un casque de moto, j'ai pu, par tranches de quelques minutes, survoler (virtuellement) les toits de New York, être dans la peau du héros du film/jeu vidéo Assassin's Creed, ramer dans une barque au milieu de la jungle... D'autres projets ambitieux foisonnent: le poids lourd de la tech, Samsung, a carrément un parc d'attraction éphémère (oui, oui) dédié à la VR: 5000m2 sous la verrière du Grand Palais à Paris, avec des attractions thématiques. Et, comme je l'évoque dans ce papier, ce n'est pas fini:: la Géode, et bientôt Le Forum des Images, à Paris, le groupement VR Connection avec un réseau de 20 espaces de jeux et expériences en réalité virtuelle, le groupe Gaumont Pathé... Tous veulent ouvrir des nouveaux lieux d'attraction, dédiés à la VR.

i_philip_01.png

Dans la peau d'un robot... Dans I, Philip

Evidemment, côté contenus, on n'est encore aux prémisses. Mais des nouveaux contenus VR émergent, comme j'en parlais dans cette enquête l'an dernier: jeux vidéos, reportages immersifs, et fictions immersives (comme le brillant Philip and I, où nous sommes dans la tête d'un robot) existent déjà. Facebook en version réalité virtuelle viendra un jour, c'est sûr. Ou une nouvelle version de Second Life?

La science-fiction s'est déjà emparée du sujet. Outre le film Virtual Revolution, la série télévisée Westworld (HBO), une des productions les plus vertigineuses et excitantes de cette fin d'année, imagine un futur, un monde blanc et glacé, où les riches clients peuvent s'acheter un frisson en se plongeant dans un univers virtuel, Westword donc, un immense parc d'attraction sous forme de western digne de Pour une poignée de dollars. Mais où les figurants, prostituées, cow-boys et hors-la-loi, sont en fait des robots.

capture-decran-de-2016-10-26-16-53-47.png

"San Junipero", l'uploading de la mémoire

Dans la non moins glaçante série Black Mirror (saison 3), l'épisode "San Junipero" est bouleversant autant qu'horrifique. Deux femmes d'un certain âge retrouvent leur (éternelle?) jeunesse et vivent une liaison grâce à un programme de réalité virtuelle. San Junipero est en effet un système de réalité virtuelle pour personnes âgées, que des personnes en fin de vie peuvent tester avant de choisir d'y charger leur esprit une fois décédées. Exactement comme l'imaginent des doux dingues du transhumanisme (voir ici) autour du mind uploading (téléchargement de l'esprit), technique qui permettrait hypothétiquement de transférer un esprit d'un cerveau à un ordinateur, en l'ayant numérisé au préalable.

dimanche 4 septembre 2016

"Nerve", Trick or Treat, dystopie pour ados à l'heure de Pokemon Go

2885c900-319f-0134-0cb2-0a0b9a139ea7.jpe

Allumage de l'ordinateur (un MacBook évidemment, tout comme tous les personnages du film seront dotés d'iPhone), cliquettement rapide des touches du clavier, puis elle ouvre tour à tour Spotify, sa boîte Gmail, avant d'être interrompue par une notification Facebook, puis un appel sur FaceTime. Puis une notification sur son mobile venue de Nerve, le dernier jeu virtuel à la mode... Dès les premières secondes du film, nous sommes immergés dans le quotidien très numérique de Venus (Emma Watson), lycéenne new-yorkaise de 18 ans, dont la post-adolescence est rythmée par une vie numérique effrénée. A première vue, Nerve est un film qui cible les ados et la génération Y. Précisément en mettant en scène leur quotidien imprégné du Net et des réseaux sociaux. Et par une intrigue menée tambour battant, très (trop) vite, musique pop douceâtre (bande originale xx) , images saccadées et ultra-rapides, qui semblent souvent tout droit sorties d'un clip. Ou plutôt, d'un jeu vidéo, sur lequel le film semble calqué. Logique: déjà aux manettes de la saga-blockbuster Paranormal Activity, le duo de réalisateurs américains Ariel Schulman - Henry Joost sont des habitués des films à gros budgets pour ados, dont ils manient à la perfection les codes. Un petit carton: près de 300 000 entrées la première semaine, Nerve étant ainsi numéro 2 au box office français.

Mais ce film va plus loin, ce qui m'a donné envie d'écrire dessus (chronique garantie sans spoilers), après avoir (longuement) déserté ce blog, au gré d'une nouvelle étape professionnelle (pardonnez-moi, chères lectrices et chers lecteurs !). Sous un vernis de films pour ados un rien agaçant, Nerve s'avère être un thriller horrifique et une dystopie, qui met en scène de façon glaçante les futures dérives possibles de nos usages numériques, l'omniprésence des réseaux sociaux et du numérique dans nos vies. Ce qui rejoint mes obsessions que je nourris ici ;) Il prend parfois un tour de film d'horreur futuriste: au cinéma, tout à l'heure, une bande d'ados (la génération Y mise en scène dans Nerve) à côté de nous se gaussaient au début en engloutissant leur pop-corn, avant de pousser des cris effrayés par moments, totalement immergés dans le film.

Trick or Treat, Dystopie à l'heure des réseaux sociaux

nerve2.jpe

nerve-1460x950-1463066792.jpe

Le pitch, donc: dans un futur proche (en 2020), Vee (Venus), pas vraiment accro à la tourmente des réseaux sociaux, cède au champ des sirènes, par défi envers sa meilleure amie, en s'inscrivant à Nerve, mi-jeu en ligne, mi-réseau social clandestin. Le film est tiré d'un roman pour ados, Addict, de Jeanne Ryan. Métaphore de la "vraie vie", de la société, forme de Trick or Treat (Action ou vérité), il divise ses membres en deux catégories: les "players" (joueurs) acceptent de relever des défis, contre de l'argent, allant du french kiss à un inconnu dans un bar à une situation parfois mortelle (passer entre deux immeubles sur une échelle placée à l'horizontale en attitude). Les "viewers" (voyeurs) paient, et en échange, soumettent des défis aux joueurs, que ceux-ci doivent relever et filmer en direct. Pas de spoil ici ;) mais en très raccourci, Vee se voit vite intronisée comme joueuse, à un certain prix: son identité numérique est littéralement vampirisée par le jeu virtuel, qui, dès qu’elle a accepté d'être "player", aspire tous les éléments sur elle (photos de vacances, etc) qu'il aspire immédiatement sur son ordinateur et sur les réseaux sociaux, et toutes ses traces numériques qui ressortent via Google. Elle va devenir une star virtuelle du jeu, mais les voyeurs dictent les règles: ce sont eux qui lui imposent de former un couple avec son partenaire so sexy (James Franco), et d'aller essayer en 10 minutes La robe lamée verte dans ce magasin de luxe. C'est là que l'on voit la dimension dystopique du film.

"Nerve est une démocratie directe", ose un des personnages du film. Les voyeurs dictent les règles, et pourchassent le couple dans ses défis en le filmant avec les caméras de leur smartphone. On voit bien les références explicites et très actuelles du film: Twitter, et plus encore Snapchat, Periscope, ou Facebook Live, où le mobinaute a pris l'habitude de partager en direct des instants, et attend des réactions en direct (commentaires, cœurs sur Periscope). D'ailleurs, un autre film-phare de la rentrée met en scène cette jeune génération Y (film très différent, hein): l'explosif et vital Divines de Houda Benyamina, Caméra d'or au festival de Cannes cette année. Chez elle, les premières minutes du film ressemblent à des images tournées en direct depuis un smartphone sur Periscope.

Le film met en scène, dans une écriture nerveuse et rapide, ce speed lié aux réseaux sociaux. Vee et filmée en contrevue à l'envers de son écran d'ordinateur (comme s'il l'observait). A plusieurs reprises, on voit les notifications des ordres des "viewers" s'afficher sur son smartphone (iPhone évidemment, dont le film est une longue pub gratuite). Dans plusieurs scènes, les réalisateurs superposent à l'image des SMS, ou sur des vues de New York, la localisation en direct des joueurs secrets de Nerve (pour montrer son caractère invasif)...

Avec Nerve, où les personnages relèvent des défis parfois mortels, on pense aussi aux "faits divers" sordides que l'on a commencé à voir émerger ces derniers mois autour de ces réseaux sociaux mobiles: le cas terrifiant, en mai dernier, de cette jeune femme de 19 ans qui s'est suicidée en direct avec son Periscope allumé. Le film évoque aussi fortement le site de streaming de jeux vidéo en direct Twitch, "qui a popularisé la dichotomie entre le caster (le diffuseur, celui qui se montre), et les viewers (les spectateurs)", comme le relève mon confrère William Audureau dans cet article. Pour moi, il faut écho de façon encore plus brûlante à Pokemon Go, ce jeu virtuel sur mobile de chasse (certes pacifique, elle ;) à des bestioles virtuelles. Qui a conduit des joueurs à prendre des risques parfois mortels.

Les hackers (et les voyeuristes) stars de Hollywood

Mrrobot_2.jpg

Extrait de Mr Robot

Le film révèle aussi une certaine fascination d'Hollywood pour le monde numérique, les dystopies effrayantes, et ses acteurs: hackers de génie, voyeurs pervers, société ultra capitaliste. Les exemples de films et séries sont légion. Les hackers nouvelles stars, j'en ai parlé dans ce billet il y a pile un an. La (top) série Mr Robot, qui débarque sur France2 cet automne, met en scène un hacker paranoïaque. Un des épisodes de la série. Le réseau social ultra intrusif, c'est le sujet du livre The circle (chronique en 2013 dans ce billet, sorti en VF cette année), qui met en scène un Google bis, où "La vie privée, c'est du vol". Le sujet est très contemporain: Mark Zuckerberg affirmait en 2010, dans le Washington Post, "Si les gens partagent plus de choses, le monde sera plus ouvert et plus connecté. Et (...) c'est un monde meilleur". Vive la transparence, à bas le secret.

Nerve dénonce aussi les voyeuristes sadiques (eux qui lancent des défis mortels), protégés derrière leurs écrans par leur anonymat, et l'univers qu'annonce la télé-réalité. Tout comme dans la saga Hunger games, ou la très radicale série TV britannique Black Mirror (production: Channel 4), notamment l'épisode La chasse.

dimanche 8 mai 2016

Pop story, magazine d'actu aux faux airs de roman de gare

popstory-coverhd-307052.jpg

Il y a cette couv', dans laquelle on sent déjà un plaisir gourmand à jouer des codes du roman de gare. Avec ce magnifique coeur rose bordé de fleurs et d'angelots potelés, une photo de nos deux protagonistes, et ce titre nullement naïf, "Et Brigitte créa Macron - La vraie histoire". Et ces mots-clés, hashtags, qui donnent à voir les autres sujets, comme "#Agnès Saal pardonnée".

Pop story est un étrange nouvel objet journalistique, apparu en kiosques le 28 avril dernier. Un magazine bimestriel d’actualité (encore un...) de 160 pages, vendu en kiosques 5 euros. Première originalité, so nformat mini, carré d'environ 15 centimètres. Ce format comme son papier bon marché évoque le livre de poche, et ces fameux romans de gare... Il y a ensuite son titre, "Les romans de l'actualité". On est bien dans la presse magazine, où la tendance est plus que jamais à raconter des histoires, expliquer, narrer, être pédago, instruire en donnant du plaisir de lecture au lecteur. Ma le mag du Monde, Le Point, Challenges (mon illustre employeur donc :) sont dans cette tendance de raconter l'actu. Une tendance d'autant plus forte pour retenir un lecteur devenu plus volatil, alors qu'il trouve l'actu immédiate, l'écume, traitée sur les sites d'information en ligne.

"Romans de l'actualité" et slow journalism

Pop Story, donc, veut tenter cet entre-deux, entremêler un journalisme exigeant avec les "traditions de la littérature populaire", pour raconter le "micro roman du réel". Dirigé par Jean-Luc Barberi, ancien journaliste à l’Expansion, le titre propose des sujets longs, très longs. Jusqu’à 28 pages, ce qui rappelle nettement les mooks, lancés dans le sillage de la revue XXI. Cela évoque aussi cette tendance plus récente du slow journalism, dont j'avais parlé dans ce billet, où on prend le temps, la place, parfois en dizaines de milliers de signes, de raconter.

Mais Pop story se positionne davantage comme un roman d’actualité - ou plutôt une série de nouvelles - pour enquêter sur les personnes qui font la Une de l’actualité. En même temps, en faisant fi du rubricage classique, les articles reprennent les codes des romans grand public: roman noir, thriller, love story, roman-photo, saga, BD…). Il baigne aussi dans la culture pop par ses visuels: la couv' douceâtre, des couleurs du rock, des mangas...

Une revue foisonnante. Je me suis plongée dans plusieurs des longs récits, qui se dévorent comme des nouvelles. Les différentes enquêtes parodient joyeusement les genres 'romanesques' dont elles se revendiquent. Ce premier numéro s'entame de façon explosive sur un long récit, rubrique "Love story", sur l'histoire du couple Brigitte Trogneux - Emmanuel Macron. Ce long papier, illustré par des Polaroid légendés, copie avec allégresse le genre du roman à l'eau de rose (cela fait parfois presque peur...) mais plonge avec profondeur dans les arcanes de cette petite bourgeoisie amiénoise dont le locataire de Bercy et son épouse sont issus. ll démontre hélas trop légèrement (mais est-ce le sujet de l'article ? ) la montée au pouvoir du locataire de Bercy.

FullSizeRender.jpg

Suit un récit qui se revendique du journalisme gonzo. Le sujet: lorsque Stromae a donné un concert à Brazzaville, avant de disparaître brutalement pendant 3 mois. Le gonzo, on y est bien: "je" de rigueur, le journalist raconte en toute subjectivité ce qu'il voit, ce qu'il entend, et l'évolution de son enquête sur place. Son récit, accompagné de petties gouaches colorées, nous fait sentir ce Congo où il croise banquiers véreux, filles légères et barbouzes.

Amusant, ce Questionnaire de Proust (qu'affectionne la presse mag) très visuel, avec carrés de couleurs flashy, avec Renaud apuçon. Classqiue: ses éros de fiction, principal défaut, occupation favorite...

FullSizeRender_1.jpg

Marquant et puissant aussi, cette longue story façon roman noir sur Agnès Saal "la toxicomane", où l'auteure, Sylvie Bommel, dissèque et plonge avec finesse dans l'univers de l'ex-patronne de l'INA, haut fonctionnaire bourreau de travail, en quête de reconnaissance (comme nous tous, n'est-ce pas)... Un univers Sombre, avec parfois des dialogues au style direct, qui emprunte donc aux "gialli". Avec même les illustrations, des dessins noirs et jaunes. Elle ne prend pas parti, mais esquisse des explications sur ces obsessions de "son" personnage, qu'elle défend presque au fil des pages. Et lamine la haute fonction publique...

Pop Story (seulement 2 pubs dans ce premier numéro) compte de nouveau sur le crowdfunding, via Kisskissbankbank, puis les abonnements pour financer ses prochains numéros. A la clé pour ses lecteurs-mécènes: abonnements, tirés-à-part des illustrations du journal, etc. A vous de lire...

dimanche 20 mars 2016

Où sont les bioluddites ? (Du luddisme à la technophobie)

luddites-cover2-h500.jpg

A quand une révolution contre les machines ? Pourrait-on assister un jour à une manifestation, un boycott de thuriféraires du tout-techno ? Cela faisait un certain temps que je me posais la question, d'autant plus que certains sujets liés à la place de plus en plus importante que prennent les technologies dans notre quotidien, nos vies, émergent. La question de la déconnexion volontaire, qui pourrait devenir un luxe, est devenue une lapalissade.

Essayez juste de vous souvenir comment était votre quotidien avant l'apparition d'internet et des emails (donc avant 1997 - cela fait bientôt 20 ans !), et avant le smartphone, consacré, devenu un bien commun (70% de ses utilisateurs vont désormais tous les jours sur internet depuis leur mobile) depuis le lancement de l'iPhone, en novembre 2007. Qui a créé de nouvelles dépendances, de nouveaux comportements dans notre quotidien comme je le racontais ici.

clip_image001_thumb_5.gif

Il y a quelques années, le néologisme de bioluddisme a commencé à apparaître. Je l'ai lu pour la première fois en 2011 dans Google Démocratie (éditions Naïve), récit dystopique d'un monde du futur régi par quelques multinationales tech, signé par David Angevin et Laurent Alexandre. Il mettait en scène un nouveau combat, celui des "bioluddites" (ou bioconservateurs) opposés au tout-technologique: soit au développement technologique, aux technologies émergentes, et aux débuts de l'humain augmenté . "Nous serons tellement submergés par les technologies qu'il y aura forcément des clivages entre pro et antitechno", m"expliquait alors David Angevin, son co-auteur.

La ressortie cette semaine en éditions poche de cet essai passionnant de François Jarrige, Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences (ed. La Découverte, à feuilleter ici), accompagné de cette interview foisonnante sur Rue89, était l'occasion rêvée de revenir sur le sujet. Rien de tel que l'histoire économique, parfois, pour éclairer le présent.

Luddites vs ingénieurs au XIXème siècle

Petit retour en arrière. En 1811, en pleine première Révolution industrielle, apparaissent les premières manifestations "luddites", du nom de Ned Ludd, chef légendaire des artisans du textile qui, en Angleterre, protestaient alors contre la mécanisation de leur métier en cassant les machines. Un terme déjà associé à une crainte irrationnelle des technologies. Les jennies, ces machines à filer mécanique remplaçant les rouets, sont accusées de prendre le pain des pauvres et les priver d’emplois. Comme le retrace François Jarrige, les technoprophètes de l'époque affirment alors que "le progrès des machines est un progrès vers la liberté, vers l’égalité, vers la concorde" (p. 129). Comme les créateurs de start-up dans les médias aujourd'hui ;) l’ingénieur et le technicien sont les stars de l'époque, les héros modernes, grâce aux outils de pédagogie industrialiste du progrès, comme l’association pour la promotion de l’industrie, les fêtes industrielles.

A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, plus encore durant les Trente Glorieuses, le processus de modernisation par le progrès devient un impératif. La société industrielle est alors source de promotion sociale, dont les nouveaux symboles de réussite sont l’automobile, l’hygiène ou l’électroménager,

François Jarrige évite donc le piège du cliché technophiles progressistes versus technophobes passéistes. Il distingue plutôt ceux qui considèrent les techniques comme des "outils neutres" et ceux qui y voient des outils de domination et de pouvoir: " L’opposition au changement technique ne consiste pas dans un refus de la technique, elle vise à s’opposer à l’ordre social et politique que celle-ci véhicule ; plus qu’un refus du changement elle est une proposition pour une trajectoire alternative" (p. 12).

Peter Thiel, un des magnats de la tech, gourou libertarien de la Valley, cofondateur de Paypal, l'aborde aussi dans son livre Zéro à un, comment construire le futur (JC Lattès): il rappelle que la possibilité d'une "intelligence artificielle forte, des ordinateurs qui éclipsent les humains dans tous les domaines importants, terrifie les luddites". Lesquels luddites "soutiennent que nous devrions nous abstenir de construire des ordinateurs susceptibles de se substituer un jour aux humains". Un entre-deux est possible à ses yeux: la machine "nous aidera à réaliser ce qui était auparavant inimaginable".

Anti-robots, électrosensibles...

les_robots_asimov.jpg

"Les robots", Isaac Asimov

Et donc, qui sont les techno-luddites d'aujourd'hui ? Difficile de repérer des mouvements structurés. "Il y a tout de même des mouvements sociaux qui s’opposent aux trajectoires du gigantisme technologique et au déferlement actuel. Je pense à Notre-Dame-des-Landes. On peut aussi penser au mouvement de la décroissance et de la simplicité volontaire, aux Amap, à une multitude d’expérimentations par en bas, à des initiatives comme l’Atelier paysan, qui tente de développer des machines agricoles non productivistes...", énumère François Jarrige dans Rue89. Il cite aussi le collectif Pièces et main d'oeuvre.

J'y ajouterais les mouvements créés par les particuliers "électrosensibles" aux ondes, qui dénoncent l'impact éventuel sur la santé des ondes émises par les téléphones mobiles et les réseaux Wifi. Ils sont notamment regroupés au sein de l'association Une terre pour les EHS (électrohypersensibilité), et de Robins des toits. Leur revendication: la création de "zones blanches", des portions de territoire non exposées.

Mais la méfiance envers les technologies se manifeste plutôt par des questionnements inédits. En termes de défense de la vie privée, du droit au secret, à l'intimité, la méfiance envers la vidéosurveillance et la biométrie (avec cette initiative de destruction de bornes biométriques dans un lycée à Gif-sur-Yvette), la question du rôle à attribuer aux robots...

Les robots pourraient-ils nous "piquer" notre travail (serons-nous un jour inutiles à cause des robots? interrogeait The Guardian cette semaine). Ou la reculade, cette semaine, de Google envers les robots: il aurait mis en vente sa filiale Boston Dynamics. Google, pourtant célébré pour ses choix audacieux sur les technologies du futur: Mais voilà: cette vidéo postée le 23 février sur YouTube, qui a fait le tour du monde (15 millions de vues !) montre la dernière créature de Boston Dynamics, Atlas, qui tombe, se relève, marche dans la neige... Les commentaires horrifiés sur ces robots qui "volent" leur travail aux humains auraient-ils effrayé Google, qui veut préserver son image de "gentil"? Rappelez-vous son mantra, "Don't be Evil"...

Dans la série télé Real Humans, des robots plus vrais que nature commencent à piquer leur boulot aux humains: aux contremaîtres en usines, aux serveurs... Dans les usines, ils séduisent les services RH avec "leur marge de 0% d'erreur". Au point que se développe un mouvement radical, anti-hubots, intitulé "Real Humans", un "label" que certains humains radicaux placardent à l'entrée de leur maison.

mardi 9 février 2016

Trepalium, apartheid ultralibéral (et orwellien)

425522.jpg

"Il faut sans cesse se jeter du haut d'une falaise et se fabriquer des ailes durant la chute". (Ray Bradbury)

"On te demandera de faire le mal où que tu ailles. C'est le fondement de la vie: avoir à violer sa propre identité". (Philip K. Dick)

"La nature nous a créés avec la faculté de tout désirer et l'impuissance de tout obtenir". (Machiavel)....

Chacun des épisodes s'ouvre avec une de ces maximes de philosophes ou demi-dieux de la science-fiction, empreintes de cynisme désabusé. Et annoncent la couleur. Trepalium est une mini-série d'anticipation, une des premières productions propres d'Arte dans ce domaine. Une petite bombe, un trésor de dystrophie, écrite par Antarès Bassis et Sophie Hiet, qui tient en 6 épisodes de 52 minutes, ultra-condensés. Une petite bombe dans l'univers de la sci-fi. Et la meilleure série que j'aie vue depuis Real Humans, petite perle suédoise déjà découverte par Arte, dont je parlais notamment ici et . J'ai eu la chance de la voir en avant-première, à quelques jours de sa diffusion sur Arte, le jeudi 11 février.

Il était une fois un monde futur, à une date méconnue (mais pas si éloignée que cela), quelque part en Europe. Une dystopie (donc une vision, une distorsion horrifique de la réalité actuelle). De 15% de chômage aujourd'hui, nous sommes passés à 80% (!) de chômeurs. Dans un monde futur ravagé par la crise, les gens ayant un emploi vivent séparés de ceux qui n'en ont pas, dans un apartheid ultralibéral. Une séparation matérialisée par un mur, un mur d’enceinte imprenable. D’un côté la Zone, de l’autre la Ville. une "Zone" miteuse et anarchique où la population est privée de tout, et surtout d'eau potable. Chacun rêve de gagner à La tombola, où chaque année, le gagnant accéder au statut privilégié de "dynactif". De l'autre, la Ville, monde d'abondance glacé où chaque salarié est pressurisé à l'extrême, devant tout faire (il est lui aussi en mode survie) pour garder son travail. Son destin est régi par Aquaville, la firme qui emploie tous ces urbains, et qui détient le monopole de l'eau potable.

serie2.jpg

Lors des premières images (tournées par la télévision d'Etat, monde orwellien oblige); la Première ministre (incroyable Ronit Elkabetz, qui laisse entr'aperçevoir un soupçon d'humanité, derrière une voix rauque à souhait) franchit le Mur ("événement historique", proclame la télé officielle), pour libérer le ministre du Travail (son mari), détenu par des activistes depuis 15 mois. Face aux risques de révolte, elle instaure dans l'urgence un plan inédit de rapprochement entre ses populations: chaque salarié devra embaucher un "emploi solidaire" (superbe novlangue - ça vous rappelle quelque chose ?) sélectionné dans la zone. La famille de Ruben Garcia, un ingénieur en pleine ascension, est contrainte d’embaucher la zonarde Izia, qui rêve d’offrir un nouveau destin à son jeune fils Noah…(No spoils pour la suite ;) Voilà pour le pitch.

La série prend scène, par petites touches, dans un monde futur: les téléphones portables tiennent dans la paume de la main. Plus de téléviseurs, mais des écrans ou des murs interactifs un peu partout. Les voitures ont un design 70s et sont électriques, silencieuses et totalement autonomes.

Trepalium : instruments de torture à trois pieux dont se servaient les Romains pour châtier les esclaves rebelles

De travail, il en est beaucoup question dans cette mini-série très contemporaine. Il est même central. Il est dans le nom même de la série. Et pose des questions très contemporaines (je vais essayer de vous épargner les lapalissades...). Le travail peut-il être source de plénitude ou de souffrance? Peut-on se réaliser dans son travail? Le travail identifie-t-il un individu, le rend-il digne de considération? Le travail rend-il libre? Est-on sans valeur parce que sans emploi?... "La question est de savoir s'il est obligatoire de travailler pour avoir le droit d'être quelqu'un", interroge un instituteur improvisé aux enfants d'"inactifs".

Monde blanc laiteux et glacé vs monde aux couleurs sépia

serie.jpg

Le moindre détail est travaillé dans cette série très dense. Casting hallucinant, entre Ronit Elkabetz, Charles Berling (en cadre salace et mégalo) et Léonie Simaga (actrice sociétaire de la Comédie française, qui incarne Thaïs Garcia et Izia, deux personnages-miroirs). Même la photo reflète la dualité: entre le monde froid de la Ville, où les couleurs sont proches du blanc laiteux. Les personnages sont glacés, d'une froideur robotique (cheque reflète très bien le maquillage, et les coupes de cheveux, trop lisses) et portent des sortes d'étranges uniformes dans un style rétro-futuriste (robes-chasubles, chemises blanches, jupes-crayons 60s). Chaque jour, les individus doivent rendre leurs vêtements (et jouets pour les enfants) - pour éviter tout sentiment de possession, d'attachement ? Dans ce monde-là, on ne s'étreint pas, on se dit peu de choses, on ne dit surtout pas ses sentiments. Point savoureux, plusieurs scènes de ce monde ont été tournées au siège historique du Parti Communiste français (on voit bien la mise en parallèle). On y voit des couloirs, des rues grises, des escalators immenses, des visages sans expressions. On pense à Bienvenue à Gattaca ou Soleil vert. Dans ce monde, Ruben Garcia, dès qu'il découvre son chef de service mort, appelle son père et lui indique illico: "mon directeur de service est mort, je veux postuler". Les moments les plus horrifiques sont accompagnés d'une musique classique magnifique.

De l'autre côté, le monde de la Zone: là, le chef opérateur a opté pour une photo aux couleurs un peu passées, presque sépia. Les "inactifs" sans habillés de manière contemporaine, mais avec des vieux vêtements, et vivent dans des taudis, sans eau courant ni électricité. Ici, c'est la débrouille pour survivre. Mais on se parle, fort, dans une langue familière, on se soutient. Les personnages sont sensuels. Ici, les plans irréguliers tournés caméra à l'épaule suggèrent une vie bouillonnante.

La série est très contemporaine dans la vision (forcément tordue, paranoïaque) du monde du travail qu'elle donne. (Certes, cela devient vite un brûlot antilibéral gonflé, provocateur). A un moment donné, Ruben Garcia lâche à Thaïs, tombant le masque: "Vous n'imaginez pas tout ce qu'il faut faire ici pour ne pas perdre son emploi, et ne pas passer de l'autre côté" - la Zone, bien sûr. On découvrira peu à peu ses failles, susceptibles de le faire tomber, comme cette petite fille qu'il touche à peine, enfant "mutique" (oui, c'est un syndrôme, dans ce monde). Mutique, potentiellement "inutile", voire "inactive"... Or ici, "l'homme inutile est vite dangereux", lâche à un moment donné le père de Ruben. La fin en forme de twist, mi-happy mi-glaçante, vous laissera songeurs...

dimanche 31 janvier 2016

Animisme et robotique, de la relation homme - objets (vivants) à homme - machines

persona-musee-du-quai-branly.png

"Être un, c’est trop peu, et deux, n’est qu’une possibilité parmi les autres."

Donna Haraway, Manifeste cyborg 1985

Quelle frontière entre l'humain et le non-humain? A part de quel moment un robot humanoïde commence à être assimilable à un être humain? Pour la première fois, le musée du Quai Branly, temple de l'anthropologie et des arts premiers (qui fête ses dix ans cette année - et qui est un de mes musées préférés à Paris) s'est emparé du sujet. Une approche anthropologique qui s'ancre parfaitement avec tous les débats en cours sur l'intelligence artificielle et le transhumanisme.

Je suis allée voir cette expo, Persona, ce matin, justement parce que cette approche anthropologique me semblait nouvelle. Promis, je ne vais pas vous écrire le 350ème billet sur l'homme augmenté et les interactions hommes-machines, j'ai déjà assez sévi sur le sujet ;) (je vous renvoie à mes billets ici, ...).

Persona, présence, matière animée...

Galukoji-accorde_on-divinatoire-Pende-congo-1920-1950-Surnate_um-Bruxelles-_-Muse_e-du-quai-Branly-photo-Claude-Germain-768x1024.jpg

"Entre une chose qui se refuse à être un simple objet et un humanoïde plus ou moins assimilable à un humain, existe un monde peuplé de présences-limites que nous traitons comme des personnes, s'ensuit une rencontre inédite entre arts premiers, art contemporain et robotique", nous prévient-on d'emblée à l'ouverture de cette exposition, baptisée "Persona - Etrangement humain". On peut distinguer la Persona: "le potentiel de toute chose, qu'il s'agisse d'un objet ou d'un être vivant, à s'affirmer comme présence singulière", de la présence-limite ("toute forme de présence ambiguë")...

Les relations hommes-machines? Ce n'est qu'un nouvel artefact d'un phénomène bien plus ancien, qui est le fil rouge de cette expo: les relations que tissent depuis la nuit des temps les peuples avec les objets qui les entourent. Comment l’homme instaure-t-il une relation insolite ou intime avec des objets? Au fil des civilisations, beaucoup d'objets ont eu un statut proche d'une entité vivante, proche du statut d'une personne. "La culture occidentale est la seule à avoir dressé un tel rempart entre l'homme et la matière inanimée", rappelle Emmanuel Grimaud, co-commissaire de l'exposition. Il suffit de voir le culte animiste ancestral encore pratiqué, par exemple, en Thaïlande, à Bali et au Japon...

La question de la porosité des frontières entre humain et non-humain, animé et inanimé, a donc toujours existé. La richesse de l'expo tient dans la continuité qu’elle crée entre les 230 objets - statuettes, amulettes, momies, marionnettes... et robot humanoïdes. Cela apporte un nouvel éclairage sur nos rapports avec les créatures artificielles qui envahiront bientôt notre quotidien.

On voit donc une multitude de masques dogons, effigies anthropomorphes (statues, amulettes, masques) d'Asie et d'Afrique, Mais l'anthropomorphisme (l'attribution des traits propres à l'être humain à des choses ou des êtres qui ne le sont pas) existe aussi en Occident depuis le XIXème siècle à travers le spiritisme, la fascination pour les phénomènes paranormaux... En matière de chasse aux esprits, il y a eu en Europe une vogue d'innovations du côté des objets divinatoires, jusqu'à ce projet un peu fou, cette "machine pour parler aux morts" sur lequel a planché durant dix ans Thomas Edison lui-même, le pionnier de l'électricité.

Les robots, nouvelle génération d'objets animés

metropolis-1.jpg

Metropolis

Quels rapport l’homme peut entretenir avec ces "choses habitées"? Depuis la nuit des temps, il faut activer, provoquer ces présences latentes par différents moyens: la parole (appels, sommations), des offrandes, des pièges (pièges à fées...). La question prend un nouveau relief avec les robots, la nouvelle génération d'objets animés avec lesquels l'homme doit bâtir une manière d'interagir, mus par l'intelligence artificielle.

Et si la relation entre les hommes et les machines avortait? Metropolis en 1927 puis ''2001: L'odyssée de l'espace'' en 1968 sont deux exemples de rébellion de la machine contre l'homme. Dans le film de Stanley Kubrick, le robot Hal 9000 (matérialisé par un œil rouge et une voix métallique) révèle sa "personnalité" (ou en mime une?) lorsque son opérateur cherche à le déconnecter. Entre marche et arrêt, la déconnexion s'assimile à une amputation pour l'ordinateur... Ces nouvelles formes d'interaction qui vont apparaître avec des robots "de services" ont été traitées de façon remarquabledans la série Real humans, que j'avais chroniquée ici, ainsi que dans ces films et séries (cf mon enquête).

IMG_3272.jpg

A un moment donné, ce PC vintage nous permet de tester ELIZA, un des premiers programmes d'intelligence artificielle (conçu dans les années 60!) qui s'approche du test de Turing (j'ai eu l'impression d'être face à Siri à ses débuts, en plus basique). Certes, ELIZA est basique: il donne des énoncés que l'on pourrait attendre d'un psychologue, en reformulant certaines questions posées - mais il donne presque l'illusion d'une communication.

Robophobie

461px-Mori_Uncanny_Valley_fr.svg.png

Uncanny Valley, Masahito Mori (source: Wikipedia)

Attraction, répulsion ou affinités entre humains et robots? Le roboticien japonais Masahito Mori a esquissé une théorie à travers un graphe: le "creux de la vallée". En abscisse, le degré de ressemblance entre un robot et un homme. En ordonnée, la réaction qu'il suscite, qui va du rejet (en bas) à l'empathie (en haut). Selon Mori, plus un robot nous ressemble, plus nous nous sentons proches de lui. Mais au-delà d'un certain seul, la courbe plonge pour créer un "degré de l'étrange": un regard trop profond du robot, une peau artificielle trop ressemblante... Le robot effraie. C'est bien pour cela que les love dolls, qui cartonnent au Japon, ont des yeux "réglés sur une focale de 3 à 5 mètres; Impossible de croiser leur regard. En fabricant des créatures trop réalistes, les roboticiens alimenteraient notre robophobie, pour Mori. "Le temps n'est peut-être pas loin où il pourrait s'avérer nécessaire par exemple d'empêcher un homme de violer une machine à coudre", professait, un peu trash, le maître de la SF Philip K. Dick.

Etait-il précurseur? On voit une nouvelle génération de robots compagnons et objets affectifs, qui cartonnent au Japon, comme Paro, cet étrange robot peluche. Ou la love doll, peut-être un des jouets sexuels de demain. L'expo se clôt sur cette vidéo glaçante tournée le 23 novembre 2011. On y voit le mariage (mis en scène pour rire, bien sûr) entre le photographe japonais Hyôdo Yoshitaka et sa love doll, Haruna.

dimanche 3 janvier 2016

Rey (Star Wars) et Imperator Furiosa (Mad Max), deux badass girls dans le cinéma mainstream de 2015

jill-01.jpg

Jill dans La trilogie Nikopol (Enki Bilal, ed. Les humanoïdes associés)

2016, ça y est, nous y sommes... J'aurais pu, comme beaucoup, tels Titiou Lecocq ou Bigbrowser, écrire un bilan de l'année 2015. Une année particulière, dure (j'avais l'impression de regarder le zapping annuel de Canal+ sous Xanax ces derniers jours..), "poisseuse" me disait-on encore hier, où on a été secoués par les attentats, où le vivre-ensemble de manière sereine est devenu essentiel. Dans l'après-13 novembre, les questionnements (légitimes) se sont multipliés. Pour ma part je me suis sentie sûre de ma chance, d'être toujours là (en clair, en vie), à ma place, avec pour 2016 de nouveaux projets professionnels bien kiffants (cela, vous en saurez plus ces prochains jours ;) et personnels, plein d'envies, de nouvelles choses à accomplir. Alors je vis sans doute plus dans le présent et l'avenir à préparer que le bilan du passé...

Quoi qu'il en soit, j'en profite pour vous remercier pour cette nouvelle année où vous avez continué à me lire, pour ce blog qui fêtera en février ses 9 ans (9 ans !) d'existence, et où vous avez été en moyenne 35 000 lecteurs par mois à me lire ! Alors merci pour votre intérêt, vos réactions et votre bienveillance. Et tous mes vœux de bonne année 2016, lectrices et lecteurs chéris !

Pour bien attaquer 2016, outre le bilan de l'année 2015, j'ai envisagé le traditionnel billet-marronnier sur les innovations et tendances tech les plus attendues 2016 (donc comme vous pouvez l'imaginer, l'an I de la réalité virtuelle, le nouveau chapitre des objets connectés, la multiplication des écrans, l'après-4G, etc etc). Nooon pitié, m'a supplié un ami-lecteur hier. Ou encore le 135ème billet sur Star Wars et la folie commerciale des produits dérivés: sujet déjà traité à l'envi, dont par votre dévouée dans cette enquête...

Finalement, en y réfléchissant, dans les événements de la culture mainstream de 2015, un point commun positif s'est dégagé: enfin des femmes fortes, des nouvelles super-héroïnes s'imposent comme personnages principaux ! Je pense à deux films, deux des blockbusters les plus attendus de 2015, Mad Max : Fury road (sorti en mai 2015), et Star Wars : Le réveil de la Force (décembre 2015).

Deux wonder women dans deux blockbusters

Deux films qui ont plusieurs points communs : ils s'inscrivent dans des sagas à gros budgets, avaient suscité une certaine attente, pour l'un parce que c'était la première production par le géant Disney (et non plus par le - soit-disant - petit poucet LucasFilms) ; pour l'autre parce que ce quatrième opus était attendue depuis la sortie en 1985 de Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre, avec plusieurs tentatives avortées de George Miller. Tous deux sont des sagas-cultes de science-fiction, inaugurées à l'aube des années 80 : le premier est une saga intergalactique, dans le genre de space opera, le second une série de courses-poursuites dans un monde post-apocalyptique, où les survivants tentent d'organiser un monde nouveau.

Enfin et surtout, ces deux sagas ont longtemps été connotées plutôt "masculines", en tous cas visant initialement un public plutôt masculin : vous noterez que je prends beaucoup de pincettes ;) car à titre personnel, j'ai beaucoup baigné dans la culture Star Wars (grâce à mon cher papa), mais en sondant mes collègues et amies femmes, je me suis aperçue que cela était loin d'être un film de chevet pour petites filles dans les années 80 ;) Quant à Mad Max (que je connais beaucoup moins j'avoue), il montre une dystopie, un univers sombre, assez violent, où l'on a beaucoup de scènes d'action (comprenez de bastons, de courses-poursuites, d'explosions spectaculaires).

Et donc, ça y est : reflet de l'époque, pour la première fois cette année, Star Wars et Mad Max mettaient (enfin) en scène des vraies femmes fortes, le pendant des super-héros. Des vraies badass girls, "qui en ont". Un petit point vocabulaire s'impose quant à la définition de Badass: le terme (appliqué initialement aux mecs) désignait initialement un mauvais garçon dans l'argot US, avant de dériver de façon positive vers un dur à cuire, qui a la classe, une sorte de héros en somme. Comme Clint Eastwood dans Le bon, la brute et le truand : tout le monde s'interrompt, même le pianiste, lorsqu'il pousse les portes battantes du bar, et commande son double scotch. Il a ses dignes successeurs, comme Jules Winnfield dans Pulp fiction.

Certes, on a vu quelques badass girls apparaître dans la culture mainstream en sci-fi, telle Lara Croft, devenue l'icône de la franchise de jeux vidéos Tomb Raider, Sarah Connor dans Terminator 2: Le soulèvement des machines, ou Trinity dans Matrix (Et vous en trouverez sûrement d'autres...).

Rey dans Star Wars : Le Réveil de la Force, "scavenger" habitée par la Force

rey-finn-star-wars-episode-vii.jpg

Star Wars : Le réveil de la Force, d'abord (6,8 millions d'entrées en France à ce jour). Attention spoilers dans ce paragrap.... Son personnage principal est une nouvelle-venue dans la saga, Rey (jouée, comme souvent dans Star Wars, par une actrice méconnue, Daisy Ridley, 23 ans), sans nom de famille connu : la jeune femme survit seule sur la planète Jakku, une planète déserte rude, en revendant des pièces détachées de machines et de robots ("scavenger" en VO, pilleuse d'épaves). Comme naguère un certain Luke, elle s'accroche à l'espoir de retrouver sa famille, Lorsqu'un robot droïde fugitif, le BB-8, l'appelle à l'aide, elle se retrouve mêlée à un conflit d'envergure intergalactique, du côté des Rebelles...

Ce qui est intéressant est qu'elle se revendique elle-même comme une "no-one". Et pourtant, dès les premières séquences du film, c'est une jeune femme émancipée et débrouillarde (en sommes très contemporaine) qui se révèle : elle sait se battre seule pour éviter que l'on lui dérobe le BB-8. Lorsque Finn veut lui porter secours, elle lui intime à plusieurs reprises "Lâche-moi la main !". Elle sait démonter, réparer un robot en un clin d’œil, ou décrire ses caractéristiques techniques de façon détaillée (lorsqu’elle décrit le BB-8 à Kylo Ren). Loin de la robe virginale de princesse Leia, elle est vêtue de manière minimaliste, de la même manière que Luke Skywalker dans La guerre des étoiles (1977).

Elle sait piloter un vaisseau, dont le fameux Faucon Millennium, de manière totalement instinctive ("Je ne sais pas où j'ai appris à le piloter", avoue-t-elle à Finn). Surtout, elle possède la Force, et apprend progressivement à la manier. Ce qui n'en fait pas (encore) une Jedi puisqu'elle n'a pas suivi l'enseignement. On ne sais pas (encore) si elle a des liens de parenté avec des Jedi, comme Luke Skywalker. Mais elle apprend à la manier, et se situe dans le camp des Rebelles. Et surtout, elle manie le sabre laser, enfin ! Dans toute la saga Star Wars, Rey est la première femme (il a fallu attendre 2015 tout de même...) à recourir à la Force pour se battre, et à manier le sabre. Face à des hommes.

C'est là la grande nouveauté, la grande émancipation, qui en fait la première héroïne réelle de Star Wars. Lors de mon enquête pour Stratégies, l'historien Thomas Snégaroff (auteur de l'excellent Je suis ton père, ed. Naive) me disait à raison que "la princesse Leïa était modelée par une vision assez conservatrice : elle a la Force mais ne l'utilise pas, et se bat peu, à part pour utiliser parfois des fusils et pistolets". D'ailleurs, dans ce dernier opus, on voit à plusieurs reprises que Rey est en quelque sorte l'Elue, nouvelle dépositaire de la Force. Alors que Leia en a hérité naturellement par son père, Dark Vador, mais ne l'utilise pas.

Imperator Furiosa dans Mad Max : Fury Road

main-qimg-f8ad70679b728550ebfcb7bd03b2f933.jpg

Imperator Furiosa dans le dernier opus de Mad Max, ensuite. Un des autres blockbusters incontestables (2,3 millions d'entrées en France), et mythiques de 2015. C'est Charlize Theron (40 ans), à l'image jusqu'alors plutôt glamour, qui incarne ce personnage, crâne rasé et peinture de guerre noire sur le front. A milles lieues de la jeune femme vêtue d'une robe lamé or dans les pubs pour la parfum J'adore de Dior...

Dans un désert dévasté où survivent des humains, clans de cannibales, sectes et gangs de motards, suite à une guerre nucléaire, l'"Imperator" Furiosa, c'est donc la fidèle partisane de "Immortan Joe" (Hugh Keays-Byrne), un ancien militaire devenu leader tyrannique. Elle le trahit et s'enfuit avec un bien d'une importance capitale pour le chef de guerre: ses "épouses", un groupe de jeunes femmes lui servant d'esclaves et de "pondeuses".

Au fil du film, on découvre une Furiosa qui a donc monté cette fuite, avec une cause militante, assurer un autre avenir à ces jeunes femmes, et fuir elle-même ce régime despotique pour un paradis rêvé, un territoire utopique où elle est née. Preuve qu'elle a longuement préparé cette fuite, elle a même conclu un accord pour pouvoir traverser un canyon contrôlé par un gang de motards.

main-qimg-8626e018b871f6f6bf00b17ae01db7aa.jpg

Cette femme munie d'un bras robotisé (son bras manquant est représenté sur sa portière de camion), conduit et entretient son immense camion, doté d'un antidémarrage qu'elle seule peut déverrouiller. Elle peut même le réparer en s'agrippant en-dessous à son moteur, alors qu'il roule. Comme Rey, elle sourit peu, sait se battre, manier les armes... Elle aussi est vêtue comme une guerrière, avec un treillis kaki. A défaut d'une romance, une amitié s'esquissera avec Max, qui la sauve en lui transfusant du sang. Dans cette course-poursuite littéralement infernale, elle traversera une tempête, des canyons, perdra un œil, et manquera de perdre la vie, avant de revenir victorieuse la Citadelle avec sa prise - le cadavre de Immortan Joe - auquel elle va succéder en toute probabilité. Une femme devenue personnage principal d'un film de guerre, et s'apprête à prendre le pouvoir - la boucle est bouclée...

mardi 22 décembre 2015

Christmas songs 2015: feat. Phoenix, Mariah Carey, Bill Murray, Miley Cyrus, The Killers

Comme chaque année, à quelques jours de Noël, tradition pour les uns, bruit de fond agaçant pour d’autres, ces chants agrémentés de grelots et clochettes envahissent les playlists des radios, la musique d'ambiance des grands magasins, les réseaux sociaux, la télévision.

Vous ne pourrez pas échapper, au même titre que le pull en tricot orné d'un renne, l’overdose de chocolat au lait bon marché, ou la course aux cadeaux, voici donc Les chants de Noël : je ne pouvais déroger à la tradition de de billet-marronnier, en vous concoctant comme chaque année (après 2014, 2013, 2012...) une petite sélection 2015. J'y ai pensé il y a quelques jours en passant dans un magasin Gap (une des chaînes de vêtements US par excellence tout de même) ou résonnant (l'excellente) christmas song I wish it was Christmas today, de Julian Casablancas.

De fait, si la tradition est peu connue en France, c'est une institution autant culturelle qu'un rendez-vous dans l'agenda des labels musicaux : tout groupe ou chanteur, délicieusement has been ou dans le coup, se doit de sortir sa Christmas song, en respectant les codes traditionnels : gling gling de clochettes, vague bruit de hochet, paysages enneigés, paroles sirupeuses, etc. Ces tubes potentiels seront diffusés au fil des jours, tant dans les shopping malls que sur les radios.

Premier choix : sans équivoque la bonne surprise de l'année, ce titre qu'ont posté sur YouTube, il y a quelques jours, les petits Frenchies de Phoenix, une reprise des Beach Boys, Alone On Christmas Day, un morceau enregistré à la fin des années 70 et tombé dans les limbes. Pour ajouter un peu de la magie de Noël, Phoenix a fait appel au cultissime Bill Murray pour l'accompagner dans leur reprise. On pourra entendre le titre dans l'émission spéciale A Very Murray Christmas, un show entièrement consacré à l'acteur, devenu idole de la pop-culture. L'émission est diffusée sur Netflix US. A noter que tous les bénéfices générés par l'achat de la chanson iront à l'Unicef.

Bill Murray toujours (en smocking s'il vous plaît, et sous la neige), vous le retrouvez en guest star, en duo avec Miley Cyrus, en (presque) saga mini-robe de Mère Noël, dans Let It Snow (A Very Murray Christmas), heureusement fidèle à la tonalité jazz du titre initial.

Un de mes autres préférés, ce titre de The Killers, reformé pour l'occasion, Dirt Sledding, feat. ft. Ryan Pardey et Richard Dreyfuss, avec un bon rythme rock à partir de 1'30.

Une autre (mini)-star de la pop US se plie à l'exercice, Katy Perry, avec ce titre Every Day Is a Holiday. En bonne pro du marketing musical, Katy Perry s'est d'ailleurs inspirée d'un son dance diffusé dans la campagne publicitaire H&M actuelle - une manière de s'assurer qu'il reprendra son tube dans ses points de vente ? Le morceau a été produit par Duke Dumont, nominé aux Grammy Awards.

A ne pas zapper non plus, cette reprise du grand classique de Wham! (perso, une de mes Xmas songs préférées), Last Christmas, ici par Carly Rae Jepsen. Déjà dans son dernier album, Emotion, elle use et abuse des synthés langoureux, ce à quoi elle recourt de nouveau, ici avec un saxophone langoureux et (trop) réminiscent.

Kylie Milogue reste dans son style, dans Every Day's Like Christmas, avec un son synthé-pop reconnaissable sur tous ses albums... Le clip reprend les codes kitsch: Kylie et son chandail en laine pelucheuse, le sapin géant, Kylie qui décore son sapin, la fin de soirée au coin du feu... Pour les fans.

Plaisant aussi, ce titre au sein jazzy de Jessie J, The Man With the Bag, originellement de 1950. Vous remarquerez dans le clip le placement de produit Reiss...

Et enfin, pour bien clore cette sélection, un son bien punk avec August Burns Red, Home Alone Theme (instrumental).

Bonnes fêtes !!

vendredi 4 décembre 2015

Avons-nous vraiment besoin de l'internet illimité ?

vente_privee_.jpg

Déjà, cela m'avait fait tiquer : depuis quelques jours, les opérateurs télécoms se livrent cette bataille de prix un peu folle à coup de prix givrés (oui, j'assume le jeux de mots assez moyen ;). Free Mobile, qui adore décidément jouer les trublions depuis son lancement début 2012, a lancé il y a quelques jours sur le site de ventes événementielles Vente-privee.com (un canal de distribution dont il est devenu coutumier) une vente privée sur son forfait illimité à... 3,99 euros par mois pendant un an ! Au menu, SMS et MMS illimités, et internet mobile 4G avec 50 gigaoctets de datas (bien plus, soit dit en passant, que les 20 Go proposés par la plupart des opérateurs mobiles).

La riposte ne s'est pas faite attendre : SFR lançait à son tour une offre *événementielle* à 3,99 euros par mois pendant 12 mois (à condition d'y souscrire avant le lundi 6 décembre !), intégrant 20Go d’internet mobile ainsi les appels, SMS et MMS illimités. Virgin Mobile a suivi le mouvement, avec une offre similaire à celle de SFR, soit 3,99 euros par mois pendant 12 mois et sans engagement, avec SMS et MMS illimités, ainsi qu’internet 4G avec 20 Go de volume data.

La connexion internet, un bien commun

Cette surenchère low-cost survient dans un contexte où l'accès à internet s'est presque totalement généralisé dans les foyers français. Cela est devenu un service, presque un bien commun, au même titre que l'eau courante ou l'électricité. Imaginez: 83% des Français ont accès à internet à domicile (donc "seuls" 17% des foyers français ne sont toujours pas couverts), révélait vendredi dernier un rapport commandé par l'Arcep (le gendarme des télécoms) au Credoc, dont je parlais ici. Avec les smartphones (58% des français en possèdent) et les tablettes (35%), les Français sont devenus coutumiers de nouveaux usages : naviguer sur internet depuis leur mobile (52%, +12 points), télécharger des applis, géolocaliser un lieu (35%), ou utiliser des services de messagerie instantanée (25%), comme WhatsApp ou Snapchat.

Que ce soit sur son smartphone, avec son ordinateur, ou son téléviseur connecté, le quidam - et plus seulement le geek - a pris l'habitude de télécharger des contenus, de regarder des films en streaming... Des usages qui sont tous gourmands en données. C'est un cercle vicieux : au fil des années, alors que la qualité - et le débit - du Réseau s'améliore et grossit constamment, on a pris l'habitude de consommer de plus en plus de gigaoctets, de débit. L’internet fixe et l'internet mobile sont de plus en plus sollicités, pour connecter des appareils toujours plus nombreux.

Cet article d'InternetActu m'a aussi fait tiquer. Pourrait-on bientôt atteindre les limites du réseau, en terme de capacité de stockage ou de vitesse de transmission? Internet, le Réseau, semble propre, non-polluant, parce qu'il n'émet pas de déchets, et parce qu'il est totalement immatériel, abstrait. Mais est-il vraiment "environnementalement correct" (oui ceci est alambiqué ;), à l'heure des bilans post-COP21? Le réseau consommerait actuellement 2% de l’électricité produite dans le monde, et ce chiffre devrait doubler tous les 4 ans, avertit Rue89, citant une étude du chercheur Andrew Ellis.

Il estime carrément que notre niveau de consommation électrique lié au numérique serait de 8% de la production d’électricité total pour 2012 (en cumulant à la louche consommation des serveurs et centres de données qui stockent et distribuent l’information, consommation générée par les utilisateurs finaux, etc).

Connectés en permanence

deconnex_.jpg.jpg

La faute, surtout, à la multiplication (appelée à s’accélérer) des appareils mobiles qu'utilise désormais (presque) chaque Français mobinaute. Cercle vicieux, chacun consomme de plus en plus de gigaoctets, de données distantes, et donc augmente la consommation énergétique globale. Pire: les nouveaux standards de connexion sont eux-même de plus en plus gourmands en énergie: “Le trafic sans fil via la 3G utilise 15 fois plus d’énergie que le Wifi, et la 4G consomme 23 fois plus”, pointent des chercheurs de la Columbia University dans cette étude, cités par InternetActu.

Evidemment, la multiplication des appareils portables et l'accès sans fil toujours plus simples augmente sans fin le temps que nous passons connectés, en ligne. Nous commençons à prendre l'habitude d'être connectés en mobilité de façon quasi-permanente. Qui n'a pas pesté dès qu'il perdait "sa" précieuse connexion 4G dans le métro ? Tout comme nous prenons l'habitude de "consommer" des "contenus" culturels de manière illimitée. Je vous épargne le sujet tarte à la crème du Fear of missing out (le FOMO, dont je parlais ici), et de la déconnexion volontaire comme nouveau luxe ;)

C'est bien pour cela que les marques, distributeurs, agences de pub, collectivités... multiplient les services de connexion wifi gratuit, souvent sponsorisés par des marques (vous avez le droit de vous connecter gratuitement une heure, à condition de visionner cette pub durant 15 secondes - un peu comme les pré-rolls à visionner avant votre documentaire en catch-up TV, in fine. La semaine dernière, le géant de l'affichage JCDecaux annonçait ainsi qu'il proposera le wifi gratuit (sans doute sponsorisé) sur les Champs-Elysées durant l'Euro 2016.

Limiter le débit ou la vitesse de l'internet ?

xtile_bg_home_main.jpg.pagespeed.ic.NpTqJvhP6A.jpg

Bref, nos usages nous entraînent vers une certaine "goinfrerie", où on consomme toujours plus de débits. Et ce n'est pas fini, avec ce que permettront la 3D à domicile, les casques de réalité virtuelle, bientôt l'holographie et les projecteurs holographiques...

Tabou: un rien radical, de Decker propose de limiter le débit, la vitesse ou les volumes. Il imagine ainsi "limiter la vitesse de connexion de l’internet sans fil, interdire ou limiter l’utilisation de la vidéo et promouvoir un internet de textes et d’images… Ou augmenter le prix de l’énergie pour rendre les alternatives hors ligne plus compétitives", précise InternetActu.

En tous cas, les opérateurs l'ont bien compris : la connexion, les SMS... en quantité "illimitée" sont devenus un argument marketing (cf le début de mon billet), Sans compter les opérations "4G illimitée" qu'instaurent certains pendant le weekend, comme Bouygues Telecom. Tout comme les uns et les autres commencement à monter des offres premium, voire haut de gamme, avec des débits personnalisés selon les usages des clients, estimait le cabinet de consulting Bain & Company, dans une étude parue il y a quelques mois. Dans le futur, on pourrait avoir des offres ultra-premium avec plus de débit à certains moments de la journée - ce qui annihilerait joyeusement le principe de la neutralité du Net, au passage.

Autre conséquence, les opérateurs surenchérissent dans des standards de connexion aux débits toujours plus rapides. Les "telcos" testent déjà la 4G+, et préparent la 5G. Tous tentent de convertir des immeubles entiers aux délices de la fibre optique, appelée à remplacer l'ADSL, déjà ringarde.

- page 1 de 37