vendredi 12 juin 2020

Fortnite, un nouveau «réseau social» ?

C'est un des phénomènes en culture numérique que nous, quadras geeks (enfin, nous le croyions), n'avons même pas vu arriver sur nos écrans pendant le confinement. Bon nombre d'écoliers et pré-ados ont été scotchés à Fortnite une bonne partie de leurs journées, pendant cette période. Fortnite? Une sorte de jeu vidéo en réseau gratuit, que (presque) tous les enfants connaissent. Complément d'enquête y a consacré un reportage très intéressant (par ici en replay) hier soir, et m'avait conviée à réagir sur ce phénomène (ainsi que sur Netflix, susceptible de commencer à menacer sérieusement la bonne vieille lucarne dans les salons), en direct de la Cité du cinéma (l'ensemble de l'émission est dispo ici).

Du coup, à l'arrache, j'ai réalisé un mini-sondage via le WhatsApp familial. J'en suis presque tombée de ma chaise. Mes neveux et nièces - loin d'être des enfants accros aux jeux vidéos - connaissent tous bien Fortnite, pour y jouer et avoir des copains (parfois cancres, a cafté un de mes neveux ;) qui y jouent. C'est un vrai phénomène. Dans le jeu le plus connu, Fortnite Battle Royale, un jeu de bataille royale anciennement payant, maintenant en free-to-play, jusqu'à 100 joueurs se battent dans des espaces de plus en plus petits pour finir comme dernière personne debout.

Dans les témoignages très éclairés et de mes neveux et nièces, le côte multijoueurs, entraînant («On peut y jouer en ligne pendant des heures avec ses copains») ressort. «Il y a des gens qui aiment bien dans mon école, parce qu'on peut se parler en audio avec un casque, et il y a plusieurs jeux: des cache-cache, des Battle royales, on peut inviter des amis dans notre groupe. Le principe, ce n'est pas que de tuer des gens: on peut d'aventurer partout, et dans le Battle Royale, on peut faire des constructions, des escaliers...», m"expliquait ma nièce, 10 ans, et déjà bien aguerrie :)

Dans Complément d'enquête, on croise Guylème, 14 ans, qui joue 4 heures par jour «avec des potes» ; Etan, même âge, a dépensé 600 euros en «skins» pour personnaliser son guerrier. Forcément, les journalistes sont allés chercher des spécimens d'enfants gros joueurs.

Assurément, ce jeu cartonne. Il compte désormais plus de 350 millions de joueurs inscrits dans le monde, selon les chiffres dévoilés début mai par Epic Games, l'éditeur du jeu, contre 250 millions il y a un an. Evidemment, le confinement a bénéficié à Fortnite. Rien qu’en avril, le Battle Royale a enregistré 3,2 milliards d’heures de jeu.

Les clés du succès ? Dans Fortnite, il n’y a pas de sang et les graphismes sont cartoonesques. On peut inviter ses amis dans un jeu, et leur parler grâce à la fonction vocale incluse. Son Battle Royale aux 350 millions de joueurs dispose d'un sérieux avantage: il est disponible sur tous les supports, pour consoles de jeux vidéos (Xbox, Nintendo Switch), PC et Mac, et, surtout ,depuis un an, pour les mobiles (iOS et Android) - ça tombe bien, aujourd'hui, même un pré-ado joue régulièrement avec le mobile ou la tablette de ses parents.

Ambassadeurs de marque et «skins» payants

Côté business et marketing, l’imagination d'Epic Games semble sans limites: il organise des championnats démesurés où les joueurs stars, de véritables ambassadeurs, viennent s’affronter en chair et en os. En tête desquels Kinstaar, l'une des vedettes françaises dans ce domaine, issue de l'équipe Solary, qui gagnerait près de 300.000 euros par mois, révélait Complément d'enquête (visiblement, certains fans du jeu n'ont pas du tout apprécié cet angle).

Si le jeu est gratuit, il propose des «skins», des tenues - payantes - pour le personnage virtuel du joueur. À chaque promotion d’un film ou d’une série, un «skin» est créé pour l’occasion. Epic Games se rémunère ainsi des deux côtés, grâce aux revenus générés par les annonceurs et par les fans.

Lors du confinement, Epic Games a présenté un nouvel espace dans le jeu appelé Fête Royale. Un endroit dans lequel les joueurs se rendent pour passer du bon temps et écouter de la musique - une manière de créer des événements, type concerts, qui ne peuvent avoir lieu dans la vraie vie actuellement, en raison des règles de distanciation sociale du «Nouveau monde», face au Covid-19. Cet espace a notamment accueilli la série de concerts du rappeur américain Travis Scott dont le premier a été suivi par 12 millions de personnes. On imagine les perspectives marketing par la suite - et, pourquoi pas, des concerts payants sur Fortnite ?

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Le 14 décembre dernier, les joueurs y ont découvert en exclusivité un extrait du dernier opus de la saga Star Wars, en présence du réalisateur J.J Abrams. Le 22 mai, les joueurs ont pu découvrir la bande-annonce du film de Christopher Nolan, Tenet.

Fortnite, jeu vidéo, monde virtuel, réseau social...

En fait, plus qu'un jeu virtuel en réseau, Fortnite est à la lisière du monde virtuel (un peu comme feu Second Life...) et du réseau social. Rappelez-vous: Second Life, lancé en 2003, consiste à se recréer une vie virtuelle. A l’époque, il était devenu si célèbre que des marques s’y étaient inscrites, des partis politiques, et même des entreprises y organisaient des entretiens d'embauches virtuel (so cool et branché à l'époque) - telles L’Oréal, Areva, Unilog, Cap Gemini, Alstom et Accenture: j'y avais alors consacré ce papier pour ZDNet ;)

Fortnite, comme l’expliquait son fondateur Tim Sweeney à Business Insider l'an dernier, «ce n’est plus seulement un jeu». « Nous croyons au pouvoir du “gameplay” social», assurait l'an dernier Tim Sweeney lors de sa présentation à la GDC, au moment de présenter l’Epic Games Online Service. Sous ce nom se cache un outil qui permet à n’importe quel joueur de se mettre en contact avec les autres, et ce quel que soit leur support. Une petite révolution dans un monde où, jusqu’ici, les joueurs PlayStation 4 ne pouvaient jouer qu'avec d'autres joueurs de PS4, etc.

En levant les barrières entre les joueurs, Epic Games s'est débarrass" de ces encombrants intermédiaires que sont Nintendo, Microsoft, Apple, ou Facebook.

mardi 26 mai 2020

Surveillance (à distance), passeport d'immunité, télétravail: la vie de demain à l'heure de la distanciation sociale

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C'était le lundi 16 mars au soir. Il y a un peu plus de deux mois, une éternité. Emmanuel Macron annonce lors d'une allocution télévisée le "confinement" obligatoire des Français, sans prononcer ce mot qui va devenir usuel - jusqu'au semi-"déconfinement" annoncé le 11 mai. Comme dans la plupart des pays, en confinant (claquemurant) sa population, le gouvernement espère contenir l'expansion de ce mystérieux virus, le Covid-19, en attendant d'avoir des traitements et un vaccin. Le 16 mars, comme beaucoup, j'ai cette impression de sidération, l'impression d'entrer dans un nouveau monde, où je vais devoir m'adapter. Au jour le jour. Quatre jours avant, le président annonçait la fermeture des crèches et établissements scolaires. Deux jours après, Edouard Philippe annonçait la fermeture des restaurants, bars, cinémas, et autres lieux de sociabilité - vitaux.

Ce jour-là, j'ai fait mes bagages en une soirée, pour aller "me confiner" temporairement à l'autre bout de Paris. Comme beaucoup, j'ai dû précipiter des décisions, des choix jusque-là flottants. J'écrivais alors ce 16 mars, sur Twitter, "L'impression d'être dans une dsytopie en temps réel. Fou. "Les restrictions aux frontières s'ajoutent à une cascade de mesures prises dans les différents pays. Ecoles et universités, restaurants, bars, discothèques, cinémas, sont désormais fermés un peu partout, y compris les maisons closes aux Pays-Bas. Sans parler de quatre importants lieux saints en Iran, du Taj Mahal en Inde, des mosquées au Maroc, de la suspension des prières collectives en Turquie, les habitants de Rio étant, eux, appelés à quitter les plages, comme le décrit ce jour-là l'agence Reuters. Mon quotidien d'il y a 15 jours, mes papiers économiques, me paraissent à mille lieues de ce que j'ai vu, lu, écrit, depuis quelques jours, de devoir réorganiser ma vie au jour le jour."

Il serait long de résumer ici les bouleversements que nous avons connus depuis deux mois, face à une pandémie meurtrière dans beaucoup de pays, l'Europe qui a fermé temporairement ses frontières pour en ralentir la propagation, les populations confinées, et en conséquence une économie quasi à l'arrêt, qui commence tout juste à reprendre depuis quelques jours, et le choc économique, la récession presque sans précédent attendue d'ici cet automne. Et une nouvelle ère de l'incertitude, où " où chaque propos du jour, est possiblement démenti par les réalités du lendemain", l'esquisse d'un Monde de demain "où prime l'incertain".

Technologies de "distanciation" en entreprises

Screen-Shot-2020-04-16-at-12.24.10-AM-e1587021977376.png Image: Landing AI

Justement, les entreprises et les pouvoirs publics tâtonnent. Ils testent des technologies parfois un rien orwéliennes. Qui nous font songer, pour certaines, à l'univers de Minority Report - un film (encore de science-fiction ?) qui a plus de 20 ans, déjà. Avec le déconfinement et la réouverture progressive des entreprises et des commerces, de nouvelles technologies émergent pour faire respecter les "gestes barrières" et la "distanciation sociale" - de cette novlangue apparue il y a deux mois, pour désigner la distance physique à respecter entre les uns et les autres. En attendant des traitements efficaces, et un vaccin contre le Covid-19. De nouvelles normes de surveillance et de contrôle émergent. Certes, dans des espaces publics comme les aéroports, où la surveillance est déjà élevée.

Des technologies qui arrivent précipitamment dans des secteurs industriels parfois en grand danger, qui doivent reprendre leur activité au plus vite - comme dans l'automobile. Comme le raconte le journal Le Temps, par exemple, les ouvriers d'une usine Ford, aux Etats-Unis, portent une montre connectée au poignet, laquelle émet des vibrations lorsqu'ils sont à moins de 2 mètres les uns des autres. De même, les dockers du port d'Anvers, en Belgique, ont été munis de bracelets électroniques qui émettent un signal sonore.

Outre-Atlantique toujours, Amazon - très critiqué ces dernières semaines pour les conditions de travail de ses salariés et leur possible manque de protections sanitaires face à la pandémie - utilise un logiciel destiné à surveiller le degré de distance entre les salariés dans ses entrepôts, selon MIT Technology Review et Reuters. Une technologie similaire à celle de la start-up Landing AI, dont le logiciel doté d'intelligence artificielle s'intègre dans un système de vidéosurveillance, représentant des cadres en surimpression verts et rouges sur les personnes en mouvement. Le tout utilisé avec le consentement préalable des personnes concernées? Le risque d'intrusion dans nos vies privées guette.

Dans les espaces publics, des start-up commencent aussi à déployer leurs solutions hyper technologiques.

Telle Outsight, qui veut déployer sa technologie pour faire respecter la distanciation sociale grâce à un "suivi permanent" en temps réel. Après avoir levé près de 20 millions d'euros fin 2019, Outsight équipe déjà l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle avec sa "caméra 3D sémantique". Sa technologie permet d'identifier et de suivre des personnes en fonction de caractéristiques à risques (le fait de ne pas porter de masque, une température anormale, le non-respect de la distance physique), y compris dans une foule. La start-up, cofondée par Cédric Hutchings - qui a dirigé par le passé Withings, précurseur français des objets connectés - ambitionne d'étendre sa solution à d'autres opérateurs de transports.

Passeport d'immunité

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Avec ce virus émergent aussi des technologies destinées à pister les personnes qui en sont potentiellement porteuses. Plusieurs pays ont opté pour une application mobile, plus ou moins intrusives. En France, on s'apprête à franchir le pas: le gouvernement lance ce week-end son appli StopCovid, une appli pour le suivi des "cas contact": elle doit aider à éviter la propagation du Covid-19 en signalant qu’on a croisé une personne testée positive à la maladie. Un débat parlementaire est prévu ce mercredi. La CNIL, gendarme des libertés personnelles, rappelle, dans son évaluation publiée ce mardi, que le caractère "sensible" de ce type d’application de contact tracing, qui consiste à enregistrer, par Bluetooth sous un alias, les interactions rapprochées entre les utilisateurs, et réitère son appel à la "prudence".

Mais demain, on ira un cran plus loin avec le passeport d'immunité, qui s'ajoutera à notre passeport papier pour franchir les frontières, terriennes ou aériennes.

Il s'agit d'un laissez-passer qui va permettre à la personne qui le détient de prouver qu'elle est immunisée contre le Covid-19. Elle doit donc avoir été testée auparavant, par voie sérologique ou virologique, et s'être révélée immunisée. Ce passeport lui permettra de se déplacer librement sur tous les territoires qui le demanderont pour circuler. Déjà, la Corse est en train de mettre en place un "green pass" pour entrer sur son territoire. C'est déjà la foire d'empoigne entre les start-up spécialisées dans l'identité numérique : en Grande-Bretagne, Onfido, qui vient de lever 100 millions de dollars, VST Enterprises et son V-Health Passport, sont sur les rangs.

L'"engouement" pour le télétravail

Il fallait s'y attendre: quelques Big tech américaines ne jurent désormais que par le télétravail. Facebook, Twitter, American Express... ont déclaré qu'elles mettaient leurs salariés en télétravail pour le restant de 2020. Chez Twitter, son patron Jack Dorsey s'est dit prêt à mettre "certains" salariés en télétravail "à vie" (oui !) . La moitié des employés de Facebook pourraient travailler de chez eux, de façon permanente, d’ici cinq à dix ans, a annoncé Mark Zuckerberg le 20 mai. Chez le géant des réseaux sociaux , 95% des salariés sont en télétravail pour cause de pandémie. Grand seigneur, il s’est dit "optimiste" sur le potentiel bénéfique du travail à distance. Il a évoqué plus d’égalité des chances dans les carrières, des recrutements plus divers (géographiquement et chez les minorités), et... des économies sur les infrastructures et les salaires.

Idée de "génie": rien de tel pour baisser les coûts fixes: cela permettra aux entreprises de fermer les bureaux, les cantines, en "incitant" les gens à bosser chez eux. Plus de loyers, plus de frais de personnel, plus de frais d'imprimantes... Puis on se rendra compte que finalement, les salariés isolés chez eux sont moins productifs et moins créatifs, car privés de la richesse du collectif, du groupe.

jeudi 30 avril 2020

Va-t-on retourner "au cinéma" demain ?

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Vue n°91 Sortie d'Usine I premier film des frères Lumières, 1895

Est-ce que se rendre dans des salles obscures, "au cinéma", restera quelque chose de normal demain? Ou du moins, sous la forme que nous connaissons depuis des décennies - depuis que Louis Lumière et d'autres nous ont habitués à sortir "au cinéma" pour voir des projections de films ? Dans ce nouveau quotidien littéralement extraordinaire que nous connaissons depuis mi-mars, nous avons brutalement dû cesser de nous rendre dans des lieux publics - dont des salles de cinéma. Et le premier ministre Edouard Philippe l'a abruptement confirmé, avant-hier, à l'Assemblée nationale: si notre "déconfinement" aura lieu à partir du 11 mai, les salles de cinéma, elles, resteront fermées au-delà de cette date. Au moins jusque début juillet, espère Richard Patry, patron de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), cité par Le Point. Voire jusque septembre, ou novembre, m'ont soufflé des professionnels du secteur ces derniers jours.

Ce n'est qu'une demi-surprise pour les exploitants de salles et les diffuseurs, au vu des risques économiques et sanitaires que pourrait engendrer une réouverture trop rapide des salles obscures - la Chine, premier pays à "déconfiner" ses habitants, a dû refermer ses 700 salles fin mars, au bout de 15 jours d'exploitaiton, à caue de craintes de résurgence de l'épidémie.

Une réouverture des salles dans l'Hexagone s'accompagnera d'enjeux colossaux, pour faire respecter cette nouvelle règle de "distanciation sociale" devenue vitale face à la pandémie de Covid-19. D'après les premières hypothèses, cela passerait par de nouvelles règles: par exemple nettoyage des salles après chaque séance, réduction des jauges avec peut-être un fauteuil sur trois et une rangée sur deux, jusqu'à la question de la climatisation (soupçonnée de faire circuler le virus)...

Et ce point épineux: le public retrouvera-t-il suffisamment confiance pour retourner dans des salles de cinéma ? Dans un climat particulièrement anxiogène, où, en deux mois, nous avons tous intégré l'idée que nous risquions d'attraper ce virus, cette "chose" dans un espace clos, aurons-nous le cœur à "aller au cinéma", espace confiné par excellence?

Netflix a déjà désacralisé la sortie "au cinéma"

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Depuis quelques années, l'arrivée en trombe de Netflix, Disney+, et d'autres acteurs du jeune segment du streaming vidéo sur abonnement, avaient commencé à bouleverser ce modèle à priori bien installé de la sortie au cinéma, d'aller en salles voir un film. Les polémiques régulières sur les conditions de participation de Netflix (et ses "webfilms") à la compétition officielle du Festival de Cannes ont d'autant plus remis en cause ce modèle, comme j'en parle dans mon livre. Et voilà que, face à la pandémie, le Centre national du cinéma (CNC) a décidé, dans l'urgence, de briser la sacro-sainte chronologie des médias pour autoriser la sortie de films directement sur petit écran, comme j'en parlais ici. Moyennant un paiement à l'acte, ou peut louer ou "acheter" un film pour le visionner chez nous via un service de vidéo à la demande (VoD). Une décision "temporaire" oui, mais qui pourrait sceller de nouveaux usages.

Alors, va-t-on retourner au cinéma ? Ce serait pourtant un des symboles de notre "liberté" retrouvée après ces longues semaines de confinement contraint chez nous - dans nos prisons (plus ou moins) dorées. En attendant la Libération, des alternatives commencent à poindre. Avec de l'espoir: cette période trouble pourrait être l'occasion pour la profession de se réinventer, avec des nouveaux formats. Toutes cherchent à respecter ce qui fait l'âme de la séance de cinéma: un événement qui rassemble des personnes venues partager des émotions devant une même projection de film.

Projections sur des façades de murs, drive-in: des nouveaux formats

Projection "La nuit du chasseur" (c) La Clef Survival

Projo de la Nuit du chasseur, cinéma La Clé

En Italie, on a vu des passionnés cinéphiles improviser, puis organiser, le soir, des projections de films sur des façades de murs depuis leur vidéoprojecteur. Le concept a été repris en France, par des cinémas, par exemple par le cinéma associatif parisien La Clé, dans le 5ème arrondissement, qui projette lui aussi des films pendant le confinement. Et les initiatives se multiplient: Archipop, cinémathèque amateur des Hauts-de-France, vient de mettre en ligne quatre films qui peuvent être librement projetées sur les façades ou pignons d’immeuble.

On peut espérer que les projections de films en plein air, qui font florès chaque été à Paris (comme par La Villette) et dans d'autres villes, vont reprendre cette année. Après tout, ce format permet de respecter les conditions sanitaires d'aujourd'hui, en imposant une distance physique entre chaque spectateur. Tout en organisant un événement qui respecte l'ADN d'une séance de cinéma.

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Voire, pourquoi ne pas importer les drive-in en France? Dans les années 50, les jeunes gens américains adoraient se retrouver entre amis et/ou leur conquête, avec leur voiture (décapotable de préférence) sur un vaste parking pour des projections de films sur grand écran en plein air. Petit touche tech, le son était diffusé dans les véhicules par des hauts-parleurs reliés à des bornes implantées sur le parking. Rappelez-vous de la scène d'ouverture de Grease, dans un drive-in...

Dans la culture américaine, on "sortait" au drive-in pour voir entre potes un film d'horreur ou de science-fiction - avec toujours pour idée de sortir et voir un film. Merveille: justement, à Caen, le 11 mai, le cinéma art et essai Lux devrait pouvoir organiser plusieurs séances hebdomadaires de drive-in sur le parking du parc des expositions de la ville, indique Le Monde de ce jour. Il n'attend plus que le feu vert de la préfecture. Il imagine déjà un tarif "de 20 à 25 euros par véhicule", avec, déjà prévu en projection, la Palme d'or 2020 Parasite.

lundi 20 avril 2020

François Truffaut (et Jacques Demy, Claude Chabrol...) sur Netflix

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Moteur! Dans une France confinée, privée d'accès aux salles de cinémas depuis un peu plus d'un mois, Netflix frappe un gros coup, en s'offrant le catalogue de films français du groupe MK2, a révélé Le Parisien ce midi. Netflix a signé un partenariat en ce sens avec le groupe français MK2, producteur et distributeur, qui possède ou loue une kyrielle de salles de cinéma à Paris et en proche banlieue.

Netflix proposera donc à ses abonnés, à partir de ce vendredi, le meilleur des films d'auteur: douze des 21 films réalisés par François Truffaut (dont la saga consacrée à Antoine Doisnel, le double de François Truffaut, Baisers volés, Domicile conjugal et L'amour en fuite, Le Dernier métro, avec Gérard Depardieu et Catherine Deneuve, ou encore Fahrenheit 451, d'après le classique de science-fiction de Ray Bradbury.

La firme de Los Gatos ne va pas s'arrêter là: toujours selon Le Parisien, elle diffusera à partir de fin 2020 des films d'autres émules de la Nouvelle Vague, tels Claude Chabrol, et Jacques Demy, qui incarne la comédie musicale à la française, avec Les demoiselles de Rochefort et les Parapluies de Cherbourg, qui ont révélé Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, décédée trop vite. Puis viendront aussi les films de Charlie Chaplin, dont les droits sont également détenus par MK2, puis ceux de David Lynch, du cinéaste polonais Kieslowski, et du Canadien Xavier Dolan.

Niche ciné-club

En clair, Netflix, le géant américain de la vidéo à la demande sur abonnement (SVoD), propose désormais une offre de classiques du cinéma français - une niche ciné-club qui lui faisait cruellement défaut jusqu'à présent. Cela a quelque chose de vertigineux, et de réjouissant:le meilleur du cinéma français sera désormais exposé aux quatre coins du monde sur cette vitrine internationale qu'est devenu Netflix, fort de ses 164 millions d'abonnés payants. Une étudiante en cinéma à New York, une ado vivant à Mexico City, ou un cadre japonais pourront se visionner un Truffaut.

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Alors oui, d'un point de vue symbolique, en termes de communication, et de business, c'est un nouveau coup magistral qu'a réalisé Netflix. Progressivement, ces derniers mois, il a réalisé quelques autres belles acquisitions de catalogues "de patrimoine", comme en début d'année avec l'intégralité des dessins animés écolos et oniriques de Hayao Miyazaki, des studios japonais Ghibli. Par ce deal avec le groupe MK2, il s'offre le meilleur du cinéma français - un paradoxe, alors que son dirigeant Reed Hastings nourrit des relations tendues avec les organisateurs du Festival de Cannes - autre vitrine mondiale du savoir-faire français dans le business du cinéma.

Pourquoi le groupe MK2 a-t-il signé ce partenariat ? Quelles en sont les modalités et la durée ? Pour l'heure, aucune précision n'est apportée par le groupe français par communiqué, ni par la voix d'un de ses dirigeants. Dans un communiqué diffusé en fin d'après-midi, on apprend juste que ce deal porte sur 501 films. Et MK2 se dit "très heureux que Netflix se renforce sur le cinéma de patrimoine et les grands auteurs internationaux avec cet accord. Le rôle de MK2 à travers son catalogue de plus de 800 titres représentant une partie de l’histoire mondiale du cinéma est de contribuer à la transmission de ce patrimoine universel du cinéma et de faire découvrir en permanence ces films au plus grand nombre dont les plus jeunes. Cet accord de diffusion est une bonne nouvelle pour tous les Français amoureux du cinéma et de son histoire", selon un communiqué diffusé par Netflix, où est cité Nathanaël Karmitz, Président du Directoire de MK2.

Difficile de connaître l'état de santé du groupe MK2, dont l'essentiel du chiffre d'affaires - 92 millions d'euros en 2018 - provient de son activité de distributeur et de diffuseur en salles, à l'arrêt depuis mi-mars, alors que le gouvernement a demandé la fermeture des lieux publics, dont les cinémas. Relire cette interview de mai 2019 de Nathanaël Karmitz, ("Netflix fait de la télévision, pas du cinéma, mais cette plate-forme a besoin du prestige que lui apportent le cinéma et le Festival de Cannes"), paraît aujourd'hui presque d'un autre temps.

C'est un gros coup de Netflix, et une énorme surprise - car il aurait paru plus logique que MK2 noue un partenariat avec un acteur français de la SVoD, comme Canal+, ou un spécialiste du ciné-club tel que La Cinetek, UniversCiné ou FlilmoTV. Le fait que Netflix propose désormais cette niche de films d'auteurs tricolores pourrait les mettre à mal.

mardi 7 avril 2020

Disney+, embarquant Marvel, LucasFilms, Pixar... sur les écrans dans l'Hexagone

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C'est parti: Mickey débarque pleinement sur nos écrans. La date de lancement ne pouvait mieux tomber pour Disney, qui lance enfin son service de vidéo à la demande sur abonnement Disney+ en France ce mardi 7 avril, alors que les Français sont confinés chez eux depuis pile 3 semaines.

Avec, une fois encore, un petit goût d'exception française, son lancement, initialement prévu le 24 mars, comme dans les autres pays européens, avait été repoussé de deux semaines à la demande du gouvernement français, qui craignait un engorgement des réseaux - mais l'opérateur télécoms Orange a aussi pesé de tout son poids ;)

Disney+ est le premier concurrent poids lourd face à Netflix: il peut s'aligner avec des tarifs moindres, étant proposé pour 6,99 euros par mois, ou 69,99 euros par an. Autres atouts, la très forte notoriété de la marque Disney dans l'Hexagone, une marque quasi-patrimoniale depuis des décennies: entre nos soirées Disney Channel dans les années 80, les dessins animés classiques siglés, Disney, les parcs d'attraction Disneyland... Et en voyant Disney+ à l'écran, le téléspectateur pense Disney + Pixar + Lucas Films Alors que Netflix, comme je le racontais dans mon livre, a dû faire connaître sa marque lors de son arrivée en France en septembre 2014.

Résultat, il devrait rapidement engranger des millions d’abonnés, comme ailleurs. Lancé en novembre dernier aux Etats-Unis, au Canada, aux Pays-Bas, en Australie et en Nouvelle-Zélande, il y comptait déjà 28,6 millions d’abonnés début février.

Point de détail savoureux, le chiffre d’affaires généré en France ne sera pas encaissé dans l’Hexagone, mais... aux Pays-Bas, comme le révèle ''Capital''. De fait, les CGU (conditions générales d’abonnement indiquent que l’abonné français contracte avec une filiale immatriculée près d’Amsterdam, The Walt Disney Company Benelux BV. Ce qui n'empêchera pas Disney de devoir verser son obole pour financer l’audiovisuel français: soit une taxe de 5,15% de son chiffre d'affaires français auprès du Centre national du cinéma (CNC), et d'investir 25% de ses recettes hexagonales dans des productions européennes (dont environ 20% dans des productions françaises).

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En tous cas, Disney+ débarque avec un catalogue gargantuesque: soit plus de 500 films et plus de 300 séries, dont tous les dessins animés mythiques (Aladdin, Les Aristochats, etc.), aux animations Pixar (Toy Story, Cars…), les Marvel (Avengers, Iron Man…) aux Star Wars, les 30 premières saisons des Simpson...

En parcourant la plateforme, on remarque que la firme de Burbank a pris soin de classifier ses contenus par marques: sous l'onglet Disney, les Originals (dont les séries originales The Clone Wars, The Mandalorian), des films d'animation (tels les classiques La reine des neiges, Le roi lion), les Favoris Disney Channel, des "films nostalgiques" (des catégories qui raviveront la nostalgie des parents quadras, au passage)... L'onglet Pixar donne accès aux pépites de dessins animés (Le monde de Nemo, Ratatouille) et sagas (Cars, Toy Story) du studio d'animation acquis par Disney en 2006 pour quelque 7,4 milliards de dollars. S'y ajoutent tout l'univers des super héros Marvel: longtemps "loué" à Netflix, Bob Iger, alors patron de Disney, avait déclaré la guerre à Netflix lorsque, en plein été 2017, il avait annoncé qu'il allait récupérer son catalogue Marvel... pour lancer sa propre offre de streaming vidéo. ainsi que l'univers Star Wars, et celui des documentaires National Geographic.

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Dans les usages, la Walt Disney Company entend ne pas se plier à la règle du binge watching créée par Netflix: comme Apple TV+, certaines de ses séries originales seront proposées uniquement à un rythme de diffusion au rythme d’un épisode par semaine. Soit chaque vendredi à 9h pour The Mandalorian, la première série live de l’univers Star Wars, aux premières critiques dithyrambiques, supervisée par Jon Favreau, réalisateur d’Iron Man et du Roi Lion. Une manière de créer l'événement par la rareté - et, paradoxe, la reprise des codes des grilles télé old school. Après tout, la très attendue saison 5 du Bureau des légendes est diffusée à dose homéopathique, depuis ce lundi soir sur Canal+.

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