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mardi 16 décembre 2014

Les Nokia vintage, so rétro chic

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Il y avait cette étudiante, dans le tram, qui textotait à toute vitesse sur un vieux téléphone portable à petit écran, calé sur son livre de poche aux pages jaunissantes. Quelques jours après, j'ai vu à une conf cet entrepreneur envoyer des SMS en loucedé depuis ce même téléphone vintage, son smartphone flambant neuf posé sur la cuisse. Mais oui, il s'agit bien de cet inoxydable Nokia 3310, (celui avec le jeu Snake, premier exemple de gaming !) qui fut pour moi-même un de mes premiers téléphones portables, au début des années 2000. Ressortez vos Nokia 3310, Ericsson T28, Motorola V70, et autres Thomson à clapet, c'est branché !

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Rihanna et son flip phone - Credit 247PapsTV/Splash News

Depuis quelques mois, les geeks et les stars les plus chics exhibent volontiers leurs téléphones vintage, qu'on croyait ringards il y a encore un an, soigneusement planqués au fond d'un tiroir "au cas où" (notre magnifique smartphone nous lâcherait). Aux Etats-Unis, comme le relevait le New York Times, Rihanna, Scarlett Johansson ou Iggy Pop ont été photographiés par la presse people avec d’antiques téléphones des années 90, des ces "flip phones" (téléphones à clapet). La la papesse de la mode Anna Wintour a aussi été aperçue avec un téléphone archaïque. Tout comme le maire de New York, Bill de Masio: ça fait tellement plus populaire, simple, loin de ces smartphones qui furent un temps de nouveaux attributs sociaux.

Low tech

Les sacro-saints iPhone et Galaxy seraient-ils devenus trop banals, voire ringards? En exhibant votre Nokia vintage, vous prenez tout de suite une posture décalée, originale, low tech, en pleine déconnexion volontaire, imperméable aux nouvelles addictions technologiques, générées par 7 ans d'existence de l'iPhone.

Accessoirement, il y a ce petit côté nostalgique à ressortir ce vieux téléphone portable oublié, qui fut notre première incursion dans l'ère "mobile" au début des années 2000. D'autant plus alors que la mythique marque Nokia, passée sous le joug de Microsoft, est en train de disparaître...

Mais sortir le téléphone portable du placard a de nombreux avantages pour les branchés. Ils sont déjà (un peu) plus écolos que ces smartphones sophistiqués, basés sur des ressources non-renouvelables et polluantes telles que le nickel, le zinc, ou les fameuses terres rares, extraites dans des conditions très peu éco-responsables en Asie.

Autre avantage qu'on redécouvre avec ces vieux téléphones d'il y a 10 ans: leur autonomie. Contrairement à l'iPhone, vous êtes sûrs que leur batterie ne lâchera pas pitoyablement au bout de 8 ans d'utilisation. Sans compter leur solidité - faites tomber un vieux Nokia et un iPhone de 3 mètres de haut, vous verrez... Précieux, face à un iPhone acquis à prix d'or (comptez au minimum 600 euros pour un iPhone non-subventionné), à la durée d vie maxi de 2 ans (obsolescence programmée, coucou) et lui fragile au moindre choc.

A l'ère du tout-NSA, le vieux flip phone rassure: avec celui-ci, contrairement aux smarpthones, impossible d'être géolocalisé en douce par ces applis-espionnes épinglées cette semaine dans une étude de la CNIL , un des travers des smartphones. "J'utilise mon portable pour passer mes appels car je sais que ce sera en toute sécurité. Et il est sans GPS intégré... Et la connexion est souvent meilleure que sur un smartphone", m'expliquait il y a quelques jours un journaliste sur Twitter. Une vision évidemment un peu illusoire : : le micro et le réseau d'un vieux mobile n'en permettent pas moins l'écoute à distance.

Un back to basics qui va aussi de pair avec un retour à des usages vintages - dont les échanges de vrais SMS à l'ancienne. "L'iPhone a bousillé cette merveille de format qu'était le SMS : maintenant, on "tchatte" par SMS ou on écrit des messages comme des tartines et sur un petit écran, on n'a pas accès aux messages précédents quand on répond, ni au "thread" / à la conversation. C'est la même raison qui m'avait fait dire que le Blackberry n'était en fait pas un bon format pour les emails à cause de son format : je finissais par répondre à côté, ne plus suivre", m'explique Stéphane Distinguin, patron de FaberNovel, lui même Nokia-addict.

Retrogaming et marketing de la nostalgie

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Alors évidemment; ce vintage branché a suscité un nouveau business. Sur eBay et Leboncoin, un petit marché des portables vintage fait florès. Ce qui accentue chez certains des accès de collectionnite aiguë ;) "Le plus beau ever reste le 6500 classic, j'en ai eu 11. Oui 11. A la fin je ne les trouvais plus que sur eBay à Hong Kong", m'indiquait Stéphane Distinguin.

Des boutiques en ligne spécialisées, telle Vintage Mobile, proposent des portables reconditionnés, ou encore le magasin Lëkki, qui a ressorti des téléphones-stars des années 90 avec de starifs hors de prix ;), en se faisant au passage une jolie marge (comptez 90 euros pour le Nokia 3310, 150 euros pour l’Ericsson T28 - sic). Tendance Retrogaming oblige, la marque s'est d'ailleurs spécialisée dans la production d'appareils mythiques du siècle dernier, comme la Game Boy Color, la Super Nintendo ou encore des Nintendo 64. Rien de tel pour séduire les bobos trentenaires restés fans du Club Dorothée ou de Capitaine Flam ;)

mercredi 10 décembre 2014

"Men, women & children", liaisons dangereuses par écrans interposés

Cela commence par ces plans de foules, dans le métro, dans la rue, dans un centre commercial, dans une cantine de lycée, où se superposent des images d'écrans - des extraits de tweets, de chats, puis plus tard, de pages Facebook. Ces enchevêtrements de mots parfois très intimes des personnages du film qui tweetent, textotent, hésitent en écrivant des des messages sur Facebook. C'est le cœur du film, une de ses originalités. Ces images frappent déjà dans la bande annonce, il faut y voir une manière nouvelle, qui casse les codes du cinéma classique, de mettre en scène notre société numérique. Au passage, on notera cette mode, sur les affiches de films - dont du nôtre, évidemment - de citer des tweets en lieu et place des extraits de critiques de films classiques.

Dans Men, women & children, sorti en salles mercredi 10 décembre, Jason Reifman esquisse un état de lieu désenchanté des effets de la culture Internet sur la société d'aujourd'hui. On y voit des extraits de la vie - trop - numérique sur des habitants d'une banlieue pavillonnaire américaine. Un brin moralisateur, Jason Reifman est tenté de laisser entendre que ses personnages sont en partie malheureux à cause de cette vie numérique. Un peu facile, certes. Le pitch donc: un ado accro au porno en ligne, ce que son père (lui aussi adepte des Youporn cheap ;), découvre en se connectant à son ordinateur dans sa chambre, un autre ado accro aux MMORPG, ces jeux vidéo multijoueurs en ligne, une jeune fille qui suit de trop près les conseils de sites "pro-ana", une mère parano adepte du cyber-espionnage de sa fille, une autre mère qui, elle, met en ligne des images aguichantes de sa fille adolescente...

Le réalisateur illustre ces faits de manière très concrète: la mère qui flique littéralement sa fille (avec son consentement) en la géolocalisant sur son smartphone, en parcourant régulièrement sa page Facebook et son profil MySpace, et même les tréfonds de son ordinateur, l'ado anorexique qui se fait conseiller sur un forum pro-ana lorsqu'elle est tentée de manger...

Ultra moderne solitude "sociale"

De manière assez classique au cinéma (un peu à la manière de l'excellent Short cuts de Robert Altmann), on y voit donc une multitude de vies, d'histoires, qui s'entrecroisent. Avec un point commun, le sujet du moment, le Zeitgeist dont Jason Reifman tente de s'emparer: les conséquences du tout-numérique, où comment les réseaux sociaux multiples (Twitter, Facebook, les réseaux de gamers adeptes des MMORPG, les sites de rencontres...) son devenus omniprésents dans nos vies. Au point de créer de nouvelles formes d'ultra moderne solitude que dénonçait Alain Souchon, et nos difficultés à communiquer avec ces réseaux sociaux qui nous isolent autant qu'ils nous connectent partout dans le monde.

On avait déjà vu Jason Reifman faire dans la satire féroce (super Thank you for smoking) ou l'analyse sociologique un peu gnangnan (l’ambigu Juno, ou le désir de maternité d'un adolescente), il fait de nouveau dans l'analyse sociétale. Un peu simpliste et cliché. Avec, pèle-mêle, l'ado en proie à se fantasmes à la sauce Youporn, un autre ado isolé par son jeu vidéo... Sans compter les parents quadras las qui trouvent de nouveaux moyens - sur ce maudit Web, toujours ;) - pour contourner leurs frustrations de couple, soit ces nouveaux sites de rencontres extraconjugales - on note au passage le placement de produit sur mesure qu'offre Jason Reifman au site Ashley Madison, qui a tenté son lancement en France avec un coup de pub provoc'.

Si l'ironie des débuts du film cède ensuite le pas à une romance plus sage, ce qui m'intéresse ici est la manière innovante dont Reifman tente de narrer les affres de notre nouvelle société numérique, rythmée par les Twitter, Instagram, Facebook, YouPorn, et autres Tinder. De rares fictions ont mis en scène jusqu'à présent ce tournant : cela a surtout été le cas de films d'anticipation, comme le remarquable Her de Spike Jonze (que je chroniquais ici), ou, dans une certaine mesure, la série Real Humans.

Texto sur grand écran

Alors, comment représenter en images ces nouvelles manières qu'ont les êtres humains de communiquer entre eux?__ Que faire du texto à l’écran ? Comment l'intégrer le texto dans une fiction ? Après tout, rien qu'en France, on envoie en moyenne 8 sms ou mms par jour, et même jusque 80 pour un adolescent. Le classique champ-contrechamp ne suffit plus. Pour représenter cette société où l'on a nos regards fixés sur les écrans de nos téléphones, tablettes et ordinateurs, Reifman ouvre donc Men, Women & Children avec cette superbe scène de foule avec en "nuage" ces mini-écrans de textos et messages sur Facebook que s'envoient les personnages. Un gadget visuel qu'il abandonne au bout d'une bonne demi-heure, mais qu'il a donc été un des premiers à tenter dans une fiction.

Le texto en surimpression, on l'a déjà vu, notamment, dans le film politique L’exercice de l’Etat (Pierre Schoeller, 2011), ou encore la série politique Les hommes de l'ombre (France 2, 2013/2014). On le vit ensuite dans la série House of cards de Netflix, ainsi que la série britannique Sherlock (2010) de la BBC. Au passage, une fois de plus, la surimpression du texto permet de faire du placement de produit: non plus simplement la pomme d’Apple, mais une interface, celle de l'iPhone, désormais familier à tous, décidément entré dans notre quotidien.

dimanche 23 novembre 2014

Quel Paris pour demain ?

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Il y a cette image surprenante dans un couloir qui précède l'expo, d'une Tour Eiffel protégée, tel un monument du passé, et encastrée entre des gratte-ciels immenses. Première image saisissante, en préalable à un ensemble de croquis, illustrations, et autres planches de BD d'anticipation où auteurs, dessinateurs et architectes ont imaginé le Paris de demain, dans le futur. Où en est le Paris du XXIème siècle, quel est son avenir, comment va y évoluer l'organisation de l'espace, et donc de la manière des gens d'y cohabiter vivre ensemble ?

J'ai dégusté ce matin l'expo Revoir Paris, qui vient d'ouvrir à la Cité de l'Architecture, sise au Palais de Chaillot. Dans celle-ci, François Schuiten et Benoît Peeters donnent des visions, des esquisses du Paris de demain. Ils étaient parfaitement bien placés: amis d'enfance, le premier issu d'une famille d'architectes, passé par l'institut Saint-Luc à Bruxelles, touche-à-tout scénographe, auteur et encore (parfois) architecte ; le second écrivain et scénariste, et tous deux déjà auteurs de la monumentale saga BD rétrofuturiste Les cités obscures, où ils imaginaient déjà les villes au futur antérieur, comme Paris sous le nom de Pâhry... François Schuiten a par ailleurs conçu un des derniers succès architecturaux de Paris, la rénovation de la station de métro Arts et Métiers en 1994, véritable Nautilus souterrain avec ses parois en plaques de cuivre. Les planches préparatoires de la station de métro sont aussi exposées, comme s'il s'agissait là aussi d'un projet de littérature d'anticipation...

La Tour Triangle, projet (trop) futuriste ?

Cette exposition prend un certain relief avec l'actualité de cette semaine même, alors qu'un des projets architecturaux les plus osés - et futuristes - pour Paris, le projet de la tour Triangle, vient d'être retoqué pour des raisons surtout politiques (le Conseil de Paris a voté contre lundi 17 novembre), donnant ainsi l'image d'un pays frileux, à l'arrêt. Imaginez : il s'agissait d'un projet de gratte-ciel de 180 m de haut, qui devait s’élever Porte de Versailles, dès 2017.

"Il y a eu, bien sûr, le traumatisme de la tour Montparnasse inaugurée en 1973, mais aussi de "l'urbanisme sur dalle". On a voulu faire des quartiers où il n’y aurait pas de rues et où l’on construirait en hauteur, par exemple aux Olympiades (13e arrondissement), ou à Beaugrenelle (15e arrondissement). Ce fut un échec et les quartiers bâtis sont plutôt décevants", rappelle à juste titre l'architecte Christian de Portzamparc dans cette interview. "Nous avons besoin de repères visuels qui peuvent se remarquer de loin, depuis Créteil Val-de-Marne ou Le Bourget Seine-Saint-Denis, pour se dire que là-bas aussi nous faisons partie de Paris. Les perceptions physiques sont nécessaires. La tour marquera les contours du "ring", l'anneau périphérique, comme un lieu de transition entre la ville historique et la ville moderne".

Dans les années 60, en pleine effervescence économique, le premier projet de "gratte-ciel" (oui j'exagère ;) la Tour Montparnasse, vit le jour, alors que 4 gratte-ciel de forme trapézoïdale sont annoncés à Pleyel, rappelle l'expo.

L'expo s'inscrit aussi dans les projets (avortés ?) de Grand Paris, pour lequel les deux commissaires avaient conçu des illustrations en 2009, jusque là inédites, dévoilées dans cette expo.

Ici, ils ont eu l'idée d’articuler l'expo autour des planches de leur nouvelle BD prospective, Revoir Paris (ed. Casterman, 15 €), qui narre comment, au milieu du XXIIème, siècle, la jeune Kârinh, qui vit dans une lointaine colonie spatiale, qui rêve du Paris d'antan, va se voir confier pour mission d'aller explorer la Ville Lumière, ou du moins ses fragment tels que conservés...

Quelle cité du futur ?

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Les villes-tours vues par les frères Perret... (Crédit: Fonds Perret. CNAM/SIAF/CAPA/Archives d'architecture du Xxe siècle/Auguste Perret)

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...Et une des planches de Revoir Paris (Schuiten / Casterman)

Les esquisses et planches de la BD qui a donné son nom à l'expo sont donc au centre du parcours (au risque que cela donne à l'expo un petit goût d'auto-promo pour les deux commissaires ;), mais il ont eu intelligence de faire résonner leurs rêves de papier avec d'autres planches de BD, et d'autres projets architecturaux d'hier et de demain, de Perret, Horeau, Le Corbusier, parfois bluffants par leur audace, et la part de rêve d'alors... Après tout, le Paris de l'an 2000, on le rêvait déjà à l'époque de Jules Verne. Une manière de lancer des pistes, de poser les vraies questions sur ce que doit être une "grande" ville, qui transcende clivages et idées politiques.

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On découvre ainsi ces précieuses planches d'un des maîtres de l'anticipation, Jules Verne, Paris au XXe siècle, un de ses premiers romans, écrit en 1862, refusé par son éditeur, exhumé en 1989: il y imaginé le Paris des années 60 comme un immense port relié à la mer par un canal et dominé par le phare de Grenelle. Jules Verne y rêvait un Paris fait de lignes de métro suspendues et automatisées, de voitures silencieuses, et d'étranges machines. François Schuiten avait imaginé des illustrations pour ce livre, publié en édition de luxe (ed. Hachette) en 1995.

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Dans leur BD Revoir Paris, Schuiten et Peeters imaginent ainsi une ville que l'on parcourt en vaisseau, où les gratte-ciels immenses se sont enfin imposés : on y voie l'étrange évolution de la ville telle qu'ils l'imaginent, entre la Bibliothèque Nationale de France devenue à son tour un monument (elle est siglée "BNF 1995 - 2045), qui commence à être enserrée par des écorces d'arbres. Ou encore les quartiers centraux de Paris, tel le Quartier Latin, qui sont protégés par une sorte de globe sphérique en verre, dont les touristes peuvent encore admirer les toits depuis des vaisseaux. Un Paris aériens, ou d'immenses gratte-ciel surplombent la "veille ville", protégée par endroits par des globes en verre, que l'on contemple depuis des ponts en hauteur.

L'expo retrace aussi, de manière plus classique, l'évolution de Paris, les audaces architecturale qui l'ont façonnée dans le passé: avec pour réel point de départ le Paris bien réel du second Empire, transformé d'une main de fer par Haussmann, "éventreur de la capitale" qui a imposé ses boulevards, puis les transformations inséparables des cinq Expositions universelles, entre 1855 et 1900, avec la Tour Eiffel, le Petit Parlais et le Grand Palais qui voient le jour à cette occasion, les débuts de la "Ville Lumière" en 1900, lorsque l'électricité illumine les rives de la Seine et les façades des palais, les débuts du métropolitain...

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On s'aperçoit aussi que dans les années 60, en pleines Trente Glorieuses, les projets audacieux se multiplient pour Paris. 2000 paraît proche, dans une époque où "il existe de nouveaux matériaux, de nouveaux véhicules,; de nouvelles idées urbaines. On pense à des villes suspendues, mobiles ou démontables, des maisons en plastique et des voitures volantes", rappellent les commissaires de l'expo. Etrange rParis-Match consacre en 1976 une couv' au Paris du futur tel qu'il était alors vu.

Les commissaires de l'expo ont aussi déniché des projets d'architectes avant-gardistes, comme cette étude de Paris sous la Seine de Paul Maymont en 1962 : il imaginait une ville "cave et grenier de Paris" qui s'étendrait sur 12km sous la Seine (!), un axe de circulation permettant "l'irrigation de la capitale à où cela est impossible en surface, dans les quartiers historiques en particulier".

Il y a aussi ces esquisses des commissaires commandées en 2009 dans le cadre du projet de Grand Paris : cette esquisse futuriste de Schuiten, dans le cadre du projet de Grand Paris, d'"Evry-Orly-Rungis, La vallée des biotechnologies et l'université du corps", et du "Plateau de Saclay, Laboratoire des nouvelles technologies".

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Et ce projet du trio Jean Nouvel - Jean-Marie Duthilleul - Michel Cantat-Dupart, "Naissances et renaissances de mille et un bonheurs parisiens", dominé par quelques gratte-ciels...

lundi 20 octobre 2014

7 ans avec mon iPhone

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C'était le 27 novembre 2007: les premiers iPhone étaient mis en vente en France. J'ai eu la chance de pouvoir tester, ces premiers jours, un de ces étranges appareils "combinant un téléphone, un baladeur iPod et un terminal internet" (comme on disait à l'époque), sous Edge, et où on pouvait accéder à des contenus et services en effleurant du doigt des applications mobiles.

Quelques mois avant, Steve Jobs présentait l’iPhone à un parterre de journalistes médusés, laissant entendre qu’il allait présenter trois produits différents, un pour naviguer sur le web, un autre pour lire de la musique et un autre pour téléphoner, avant de préciser qu’il parlait bien d'un seul et même appareil : l’iPhone.

Bien sûr, en l'absence d'AppStore, cet iPhone "1" ne pouvait pas encore profiter des jeux ou des applications tierces, et arrivait juste avec les applications que Apple avait pré-installées dessus. Au fil des années, Apple a intégré à ses appareils la 3G, un GPS, une caméra, l'écran Rétina, un programme d'assistance à reconnaissance vocale (Siri), un lecteur d'empreintes digitales...

Mais ce qui est fascinant est que avec ce premier iPhone, il y a (seulement) 7 ans, j'ai découvert peu à peu des nouveaux usages, qui sont déjà entrés dans notre quotidien. Au point qu'on a du mal à se rappeler comment était notre vie "avant". Ca faisait quoi de pouvoir lire ses mails uniquement sur son PC ? C'est devenu tellement naturel. L'iPhone a façonné une multitude de nouveaux comportements. Lui, puis tous les smartphones suivants, ont rendu notre vie réellement numérique, à portée de main, dans notre poche, et plus seulement sur l'ordinateur posé sur le bureau.

Ecran tactile, apps, réseaux sociaux mobiles

L'iPhone était le premier appareil de geeks pour le quidam. Plus besoin de manuel, autant pour la phase de démarrage que pour son utilisation, tant il était intuitif, avec un design d'interface facile à utiliser et rassurant, et joli. L'Apple touch, comme sur les Mac.

Déjà, il y a eu l'écran tactile, grand, tout lisse, sans clavier, où on adresse des commandes non plus en appuyant sur des touches physiques, mais en l'effleurant. Plus de touches pour taper des SMS ou composer un numéro - touches que j'avais connues toute ma vie, du Minitel au PC - mais un "clavier virtuel" qui s'affichait en bas de mon écran. La révolution: en 2007, il n'y avait que quelques start-ups et Microsoft avec sa table tactile Surface qui testaient déjà ce nouveau mode d'interaction avec une machine. La commande tacite, prémisse à la commande gestuelle, puis vocale...

L'iPhone c'était aussi la naissance des applis mobiles, ces petites icônes qui permettaient d'accéder à un contenu ou un service en effleurant l'écran. C'est grâce à elles que l'iPhone est devenu un couteau suisse, avec une multitude de fonctions. Des applis bien plus ergonomiques et légères (y compris en consommation de datas) que les sites web pour mobiles: une aubaine pour tous les médias et marques qui se sont tous mis à créer furieusement leurs "apps" à partir de 2007. Et bien sûr, la pépite pour Apple, c'est son Appstore, et son diabolique système où il prélève une commission de 30% sur les apps payantes vendues.

Mais attention, on est peut-être cool mais (très) prudes chez Apple: pas question d'accepter des apps "pour adultes" dans son univers, comme l'a rappelé Steve Jobs en son temps...

Des applis, par ailleurs, à partir desquelles le mobinaute a pu, peu à peu, faire des m-paiements en ligne, donc directement depuis son smartphone, depuis ses billets de train sur Voyage-Sncf à des vêtements sur Vente-Privée.com.

Avec cet Appstore, la marque à la pomme a pu populariser son autre pépite: iTunes, et un mode d'achat dématérialisé de musique à l'unité, au morceau: des singles numériques en quelques sorte, facturés 99 centimes d'euro par morceau. Car si 'iPod l'avait lancé, c'est bien avec mon iPhone et son iPod intégré que j'ai encore plus pris l'habitude d'écouter - et d'acheter - de la musique directement depuis mon smartphone. Une facilité - là encore sans devoir allumer mon PC - qui m'encourageait à des achats compulsifs de titres et d'albums.

Bien avant les objets connectés, Apple a aussi inventé, avec ces apps, des trackers d'activité qui permettent de récolter une multitude de données sur nos comportements - et nous suivre à la trace. Les marques adorent. Au passage, "Ces apps sont une part de la gamme des trackers d'activité destinés à aider les gens à collecter des datas et informations sur leurs goûts et leurs vies, les analyser, et théoriquement, les changer", rappelle dans cet article le New York Times.

L'autre révolution de l'iPhone, c'est qu'il a rendu les réseaux sociaux mobiles. C'est lorsque Twitter est apparu en version mobile, et surtout avec des "clients" (des apps dédiées), tel Echofon, que l'utilisation de Twitter a explosé. Logique: on pouvait enfin tweeter, retweeter, lire son "fil" de tweets en temps réel - et en permanence. Facebook aussi a connu une seconde vie lorsqu'il a été transposé sur mobile.

Culture du zapping, déconcentration et phubbing

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Donc, l'iPhone a façonné une multitude de nouveaux usages, de nouveaux comportements dans notre quotidien. Il a créé le marché du smartphone, cet appareil sur lequel téléphoner est devenu secondaire: avant tout, on a pris l'habitude de surfer sur Internet, de meubler chaque temps d'attente. On s'occupe les mains et l'esprit, on se donne une attitude, comme avec la clope naguère. Regarder ses mails, surfer sur les sites d'actualités, jouer les stalkers à propos de ses connaissances sur Facebook, prendre le pouls de la vie sur Twitter, jouer bêtement au 2048... tout en écoutant de la musique. L'iPhone a généré une foule de micro-activités, qui permet à chacun de se créer sa bulle perso aussi bien dans la file d'attente de la Sécu que dans le métro.

Il a changé mon quotidien. Quand je me réveille - au son du réveil de mon iPhone, bien sûr - premier réflexe, avant de me lever, je regarde machinalement mes derniers mails, et je prends "un shoot de tweets", comme se moquait mon mec. De fait, comme le révélait une récente étude de l'institut Deloitte, 17% des mobinautes utilisent leur téléphone dès leur réveil, et même 27% dans les 15 minutes qui suivent.

Il a changé ma vie (pour le meilleur?) avec une multitude de petits services révolutionnaires, au gré des apps que j'ai téléchargées, depuis mes débuts avec lui: Google Maps pour me repérer dans la rue avant mes rendez-vous, Shazam pour "shazamer" (identifier) un titre de musique en cours de lecture... J'ai pris l'habitude d'être joignable en permanence par appels vocaux, SMS, mails, tweets et notifications diverses.

Mais depuis que j'ai vu, en début d'année, le brillant exercice d'anticipation de Spike Jonze, "Her", où un écrivain esseulé tombe amoureux de son assistant vocal intelligent, je me rends davantage compte de la manière dont j'utilise mon téléphone.

En petit-déjeunant, en regardant la télé, et même en discutant, ou en prenant un verre, j'en viens à le sortir machinalement, et caresser ce nouveau doudou, au risque de faire preuve d'une nouvelle impolitesse de notre ère numérique, le "phubbing", comme j'en parlais ici (je suis d'ailleurs ravie d'avoir inspiré ma consœur du Nouvel Obs ;). Je suis aussi souvent distraite par les multiples vibrations et pings venus de mon iPhone : la faute aux apps dont j'ai activé les systèmes d'alertes: alertes médias, "pings" de notifications de mon nom dans des posts Facebook ou tweets, sans compter les SMS.

Parfois, je sature. Je sens le besoin urgent de déconnecter, alors qu'être injoignable est devenu un luxe, dont pour la nouvelle caste des "déconnectés volontaires". Le smartphone a créé une nouvelle forme de zapping, où on lit des articles plutôt court (adaptés à l'écran du smartphone), et on passe d'appli en sites différents. Encore plus au gré des liens que l'on butine sur les réseaux sociaux. Depuis que je suis utilisatrice (très) régulière de mon smartphone, spontanément, je ferais moins l'"effort" de lire des articles longs ou des livres d'une traite. La concentration sur un temps long n'est plus habituelle, déjà à cause de Google, comme le soulignait déjà en 2008 Nicholas Carr dans son article Is Google Making Us Stupid?

Comme dans "Her", dans les transports en commun, je vois une multitude de gens seuls avec leur smartphone, dont ils fixent l'écran en le "scrollant" (le faisant défiler) à toute vitesse, ou semblent parler tous seuls d'un ton enjoué: souvent parce qu'ils téléphonent avec le mini-casque audio intégré, parfois parce qu'ils utilisent l'assistant vocal Siri. Comme le démontre le New York Times, le smartphone (et les réseaux sociaux), des outils de communication, ont accentué la solitude de leurs utilisateurs.

dimanche 12 octobre 2014

Faut-il enseigner le code - et les "humanités numériques" - à l'école ?

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Et si on créait une nouvelle filière au lycée, clôturée par un baccalauréat général, baptisé "Humanités numériques" ? C'est La proposition la plus rentre-dedans du Conseil national du numérique (CNN), dans son rapport sur l'école de demain, avec à la clé 40 mesures "pour bâtir une école créative et juste dans un monde numérique", un mois après l'annonce par François Hollande d'un "grand plan numérique pour l'école", qu'il a promis pour la rentrée 2016.

Cela ne vous aura pas échappé : depuis quelques mois, le débat quant à l'enseignement du code informatique dès l'école, entre nouvelle écriture à part entière ou simple élément de culture informatique, fait rage. Même en entreprises, de Orange à La Poste, ou en agences de pub, on commence à monter ateliers et formations pour marketeux, cadres sup', voire membres du ComEx', au moins pour les sensibiliser au code, ce code-source qui est la colonne vertébrale de tout site, logiciel ou appli mobile. Même Frédéric Bardeau, fondateur passionné de Simplon.co, qui "ouvre les chakras numériques" (la formule est de lui ;) à des ComEx de grosses entreprises, a remarqué l'entrée en trombe des cours de code dans les grosses firmes.

Justement, cette semaine, nous y avons consacré une enquête (qui est encore en accès abonnés à l'heure où je publie ce billet) dans le dernier numéro de Stratégies, dans le cadre de laquelle j'avais eu la chance de me plonger en avant-première du fameux rapport du CNN (baptisé "Jules Ferry 3.0", consultable ici), que Sophie Pène, qui a planché dessus depuis plusieurs mois, m'a commenté. Il m'a semblé intéressant d'y revenir plus longuement ici, tant le sujet est passionnant.

Bac "Humanités numériques"

Quelles nouvelles briques apparaîtront dans l'enseignement scolaires ce prochaines années et décennies ? Quels seront les prochains "fondamentaux", les connaissances indispensables dans le futur ? Et donc le CNN propose l'introduction d'un nouveau cursus menant au bac général, baptisé "humanités numériques" (HN), au côté des filières scientifique (S), littéraire (L), et économique et sociale (ES). "Ce nouveau bac s'inscrirait dans son époque (...) au croisement des sciences, lettres, et sciences humaines et sociales, en décloisonnant ces champs du savoir.Il refléterait l'aventure de la jeunesse et revitaliserait les études secondaires avec la création numérique, le design, mais aussi la découverte des big data, de la datavisualisation, des métiers informatiques et créatifs", précise-t-il.

Le CNN propose d'abord une première expérimentation rapide en terminale, qui délivrerait un "double bac", associant la voie HN avec l'une des trois formations classiques, et la création d'"un diplôme national reconnu par tous".

Le sujet épineux des cours de code à l'école et au collège

Autre grand chantier (sensible) qu'il aborde de plein-pied, l'apprentissage de l'informatique, tout au long de la scolarité. Il recommande, pour l'école primaire, d'enseigner "les rudiments de la pensée informatique en mode connecté ou pas, en s’appuyant dans une première phase sur le temps périscolaire". Là, en la matière, comme me l'avait avoué Sophie Pène, le CNN ne se mouille pas trop, après les annonces prématurées et les couacs de l'ex-ministre de l'Education nationale, Benoît Hamon. Encore faudra-t-il trouver les compétences pour initier les enfants au code - notamment sur les temps périscolaires. Pour l'instant, ce sont des parents et développeurs passionnés qui animent, sur leur temps libre, les weekends, les fameux coding gouters, qui font florès totalement hors du circuit scolaire.

Au collège, le CNN propose d'introduire "dans une première phase une année centrée autour de l’apprentissage de la programmation en collège sur le temps alloué à la technologie" (ah, le fameux cours de technos où on passait des heures à monter des circuits électroniques...). Puis au lycée, il propose la généralisation dans toutes les filières de l'option "Informatique et science du numérique", dont seuls les lycéens de la série S ont pour l'instant le privilège.

Question : qui enseignera dans cette nouvelle filière ?Le CNN tranche en proposant carrément la création d'un CAPES et d'une Agrégation d’informatique, car "la condition est la formation d’un corps d’enseignants en informatique".

Les "Humanités numériques" de demain

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Pour quels enseignements ? Quelles seront les "humanités numériques" à maîtriser demain ? Dans la lignée des "humanités", depuis la littérature et les langues anciennes enseignées à la Renaissance, que devait maîtriser l'"honnête homme" au XVIIème siècle, un nouveau corpus de savoirs s'esquisse pour l'avenir. Le CNN en donne quelques pistes :

"Il est ici question d’enseigner la pensée informatique pour mieux comprendre le monde numérique qui nous entoure et être pleinement un citoyen actif dans la société. Il s’agit aussi d’envisager l’enseignement de l’informatique comme une opportunité pour introduire de nouveaux modes d’apprentissage à travers des expériences, en mode projet, par essai-erreur". On imagine ici le potentiel de tels nouveaux modes d'enseignement, pour la vie, comme le mode essai-erreur, où l'on apprend de ses erreurs pour mieux rebondir (y compris dans la vie active, et quand on crée sa boîte, avec l'"art de l'échec entrepreneurial")

Autre recommandation intéressante, "Apprendre et permettre aux élèves de publier (au sens de rendre public sur le Web) et diffuser": ce qui passerait par des expériences de publications, notamment, sur des blogs et des sites Web, mais aussi, encore mieux, de'' "Former les élèves à l’usage des licences ouvertes (de type Creative Commons) et aux décisions éditoriales qu’elles impliquent (réutilisation, partage, circulation) et en regard à réfléchir aux usages de documents sous régime de propriété exclusive"''.

Plus loin, le CNN définit la "littératie numérique", en l’occurrence "des savoirs, des compétences mais aussi des méthodes qui font qu’un individu peut être acteur de sa vie dans une société numérique".

Il s’agit avant tout d’initier à la "pensée informatique" qui est indispensable pour :

• Comprendre de nombreux objets de la vie quotidienne (comme un téléphone, une transaction bancaire, ou la logistique d’un aéropor t) mais aussi toutes sortes de phénomènes des sciences du vivant, de l’économie, de l'urbanisme, du climat...

• Se préparer aux métiers de demain, qu'il s'agisse de ceux des entreprises du numérique ou des secteurs de pointe, ou des autres, même les moins techniques, qui sont ou seront transformés par l'informatique.

• Ne pas subir passivement, en tant qu'utilisateur, usager ou consommateur, les décisions d’un "programme" ou d’un "système informatique" sans être capable de les comprendre, de les contester ou les discuter, voire de les modifier.

• Etre en mesure de décoder, en tant que citoyens, les jeux de pouvoir à l'œuvre dans la société numérique, de préserver sa vie privée et son autonomie, de prendre part à des décisions collectives qui mobiliseront de plus en plus de données et de calculs.

C'est là le cœur du sujet, même si les propositions peuvent sembler théoriques. C'est en sachant lire et écrire le code informatique que l'internaute-citoyen de demain pourra comprendre l'architecture d'un site, d'un jeu vidéo. En allant plus loin, ce qui est esquissé dans la dernière ligne, on pourrait même imaginer pour les ados des ateliers ou réflexions sur l'usage des réseaux sociaux, et comment maîtriser son réputation numérique. Mais est-ce là le rôle du collège ou des parents ? Vaste débat.

mardi 26 août 2014

Hype Cycle 2014: c'est officiel, l'Internet des objets est la technologie la plus "type"

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Une fois n'est pas coutume, je me suis penchée en cette rentrée sur ce qui est devenu un des marronniers de ce blog ;), le Hype cycle pour les technologies émergentes de l'institut Gartner, cette fameuse courbe accompagnée d'une étude en accès libre. Elle a pour avantage de saisir, en un coup d’œil, les innovations de rupture d'aujourd'hui et de demain, et surtout, leur degré d'adoption par le grand public et les industries.

Or c'est une consécration. Cette année, dans la dernière édition de son Hype cycle pour les technologies émergentes, l'institut Gartner distingue l'Internet des objets ("Internet of things") au sommet, de ce qu'il appelle "peak of inflated expectations". Il remplace ainsi le Big data, placé au top dans la courbe de Gartner de l'an dernier, mais rétrogradé cette année au niveau de "trough of disillusionment". En 2012 et en 2013, les analystes de l'Institut pensaient pourtant que l'Internet des objets mettrait plus de 10 ans à atteindre le "plateau of productivity", mais ils lui donnent cette année 5 à 10 ans pour atteindre ce niveau de maturité. Tout comme des innovations distinguées encore l'an dernier, telles la gamification, la réalité augmentée, le Machine-to-Machine, et le NFC, se trouvent dégradées.

Pour mémoire, Gartner a adopté une méthodologie où sa courbe de l'innovation est découpée en 5 étapes-clés, par niveaux d'attente : cela va des technologies naissantes ("technology trigger") à la phase d'industrialisation et d'adoption par le grand public ("Plateau of productivity" ), en passant par le trou d'air inévitable ("Trough of disillusionment"). A partir de l'analyse de services, technologies et disciplines qui ont le plus changé entre 2013 et 2014, Gartner les a positionnés sur le Hype cycle.

Pas vraiment surprenant que Gartner distingue l'Internet des objets, ainsi que cette nouvelle génération d'objets connectés greffés au corps ("Wereable user interfaces"), eux aussi placés au sommet, tant les objets connectés se sont imposés de manière accélérée: chez les constructeurs, de Samsung à Apple, des start-ups en vue telles que Withings, l'industrie du sport (de Nike à Adidas). Cela fait plus d'un an que l'on parle des segments de marché conquis par les objets connectés, entre la santé, la domotique, le sport... Pour preuve, les ambitions déployées en la matière par Samsung, Apple et Google, plus encore ces derniers mois: ils commencent à développer des écosystèmes dédiés, voire des nouvelles générations d'Appstores. D'ailleurs, Gartner cite le ''quantified self'' parmi les technologies naissantes. A coup sûr, cela va changer notre quotidien, où l'électronique, le quantified self (cette automesure constante de soi) seront omniprésents, comme je le racontais dans ce récit d'anticipation.

Machines autonomes

Dans les innovations de demain, en phase "Innovation trigger", Gartner distingue les assistants virtuels personnels (à leurs tous débuts), les technologies de questions-réponses en langage naturel ("Natural-language question answering"), ou encore les services de "speech to speech translation", soit des nouveaux logiciels de reconnaissance de la voix, de traduction et de conversion du texte au discours (en plusieurs langues). Un ensemble de services qui font partie d'un même écosystème, à mon avis, basé sur des assistants vocaux intelligents: une nouvelle génération d'OS mobiles, déjà incarné par Siri sur l'iPhone, que Spike Jonze a très bien cerné dans son film d'anticipation Her, comme j'en parlais ici.. Gartner rattache cela à une étape ultime de l'innovation, encore plus passionnante et vertigineuse, celle de technologies autonomes, définies par "la capacité d'une entreprise à développer ses technologies pour qu'elles fournissent des capacités se rapprochant de celles de l'homme". Il cite aussi en ce sens les Biochips, les Smart robots, ou encore l'humain augmenté.

Certaines des innovations qui ont atteint l'étape Plateau of productivity (phase d'industrialisation et début d'adoption par le grand public) sont dans la même veine : le pilotage des machines par le geste (gesture control), qui permet de zapper d’une chaîne à l’autre ou faire glisser un contenu de son smartphone à son téléviseur d’un geste, et la reconnaissance par une machine de la voix (speech recognition).

jeudi 31 juillet 2014

Tokyo / Kyoto / Koya-San / Osaka : Choses vues au Japon

Quand la tradition côtoie la modernité: femme en kimono dans les rues de Tokyo / Crédits photos: Miscellanees.net

Alors voilà, je ne suis pas coutumière d'offrir sur ce blog d'offrir mes récits de voyage. Mais quand même. Je suis allée ce printemps au Japon, (évidemment) grand choc culturel, avec ce pays où l'ultra modernité côtoie la tradition, l'intemporel. Ce que l'on voie avec cette photo prise dans le centre-ville de Tokyo, un dimanche midi, sous une chaleur déjà étouffante, avec cette femme en kimono traditionnel et en soques, qui se mêlait dans la foule.

Les technologies et la tradition s'entremêlent, alors que le Japon fut, à l'orée des années 80, un des principaux rivaux des Etats-Unis les fondus de SciFi penseront comme moi à Blade Runner, tourné en grand partie à Tokyo, Osaka et Los Angeles.. Alors qu'en 1984, le Japon était vu comme un concurrent des US, avec des géants émergents tels que Sony et Panasonic). Le Japon est intrinsèquement lié à l'innovation technologique, il a donc toute sa place sur ce blog ;) Et ce billet trouvera sa place dans l'évasion estivale du moment... Bel été et bonnes vacances si vous en prenez !



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Et il devient parfaitement naturel de voir de jeunes couples en tenue traditionnelle dans les temples de Kyoto.



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De l'omniprésence des écrans au Japon: écrans publicitaires dans le métro de Tokyo.



Le grouillant quartier de Shimbashi (Tokyo) la nuit - un petit air de Times Square new-yorkais



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...Et le bohème quartier d'Osaka.



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Tokyo pratique les wagons de métros "Women only", réservés aux femmes pendant les heures de pointe.



Vu dans un centre commercial à Tokyo, des vêtements pour petites filles - de l'influence des mangas...



La licence My little pony, lancée par Hasbro, fonctionne encore à plein.



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Une de ces salles d'arcade, où beaucoup d'employés et lycéens viennent jouer à des jeux vidéos des heures durant...



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Vue dans une galerie marchande de Tokyo, une déclinaison inattendue de la licence Lego... Dans l'univers de ces cours du soir (Afterschool programs) où les petits Japonais sont envoyés dès leur plus jeune âge, pour intégrer les meilleures universités.



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Au cœur de Tokyo, un des premiers Elle Café du monde, où on trouve livres de recettes et accessoires de cuisine (brandés Elle, bien sûr) en attendant le prochain à Paris. au Japon, tout ce qui est (même vaguement) estampillé français est so chic.



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Un aperçu de la presse girly pour ados (où j'ai aperçu le Grazia japonais), avec même des cours de "maintien" pour marcher avec des talons !



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Vu dans un cimetière de l'Oku-no-in, près de l'ensemble monastique sacré du Koya-San, une sépulture familiale sponsorisée par Panasonic. Etonnant, non? Dans ce pays où les pratiques religieuses bouddhistes et shinto imprégnées d'un fort animisme demeurent omniprésentes, certaines marques s'invitent donc parfois dans les cimetières, et sponsorisent des sépultures.

lundi 21 juillet 2014

Bientôt une clause "réseaux sociaux" dans les contrats de mariage ?

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Imaginez, une clause "réseaux sociaux" stipulée noir sur blanc dans votre contrat de mariage, qui nous rappelle que oui, la vie numérique fait désormais bien partie de notre vie tout court. Donc, nos usages des réseaux sociaux pourraient bientôt être encadrés juridiquement - et votre cher(e) et tendre pourrait bientôt avoir son mot à dire en la matière. Ce qui donne, au passage, un joli coup de vieux au mythique film Quatre mariages et un enterrement (20 ans, déjà...), qui se devait pourtant d'illustrer ce billet nuptial.

Même durant les moments les plus romantiques ou personnels, les smartphones sont devenus omniprésents, pour capter, filmer, photographier, puis partager en temps réel des "moments" (c'est ainsi que l'iPhone qualifie désormais, par défaut, vos albums photos). On rit, on se moque, on s'indigne, en quelques clics et effleurements d'écran. Rien de plus facile. Au risque de partager un peu trop vite des moments intimes sur la Toile. Ou de les utiliser à mauvais escient, dans la douleur d'une rupture.

"Social media prenuptial agreement"

Même dans ce domaine, la judiciarisation se développe. Aux Etats-Unis, on voit ainsi apparaître les premières clauses "réseau social" dans les contrats de mariages, soulignait récemment ABCNews. Une clause très carrée, juridique, destinée à encadrer les différents aléas liés au divorce, aux côtés des volets séparation des biens, infidélité, ou garde partagée des enfants. Le “social media prenup” , un document écrit ou une simple conversation, fixe donc ce qui est acceptable de partager en ligne à propos de l'un et l'autre. Ann-Margaret Carrozza, une avocate new-yorkaise citée par ABC News, a ainsi vu ce type de clause apparaître ces derniers mois, et affirme en rédiger cinq par semaine.

L’ambiguïté étant que ces clauses prévoient à priori tout ce qui est susceptible de nuire à la réputation professionnelle du conjoint, de l'embarrasser, de salir son e-réputation, et donc faire l'objet de poursuites. Une sorte de principe de précaution appliqué aux réseaux sociaux, alors même qu'une séparation n'est nullement envisagée.

Après tout, la judiciarisation commence à toucher aussi le "revenge porn" ces photos compromettantes pour se venger, aux US, et même en France, où la première condamnation a eu lieu.

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Didido, théorie des jeux amoureux sur Facebook

L'idée ? Protéger la e-réputation des conjoints : photos peu avantageuses, détails croustillants sur la vie commune passée, post vengeur ou même simples manifestations de désespoir et autres émotions ne pourront être partagées sur Facebook et Tswitter. Seul le "No comment" sera autorisé. Une notion politiquement correcte très américaine, à l'image du très marketé neutre statut de «conscious uncoupling» partagé en ligne par l'actrice Gwyneth Paltrow et Chris Martin lors de leur divorce, ce printemps.

Lors du divorce, «chaque partie accepte de ne pas poster, tweeter ou d’aucune manière partager sur les réseaux sociaux des images ou tout contenu positif, négatif, insultant, embarrassant ou flatteur sur l’autre» . Bref, les photos, posts et vidéos des enfants et d'une vie familiale idéalisée quand tout va bien sont autorisés (quand bien même ils sont parfois bien impudiques...), mais pas question de régler ses comptes par des insultes et photos compromettantes en public. Car les réseaux sociaux (Facebook en premier lieu, qui compte au moins 26 millions d'utilisateurs actifs en France, mais aussi Twitter, Instagram, voire les blogs, etc) sont devenus le nouvel espace public virtuel, la nouvelle place du village.

Si l'un des deux craque, l’amende prévue peut aller jusqu’à «50 000 dollars (par post ou par tweet) si l’on poste une photo peu flatteuse de son épouse», précise Ann-Margaret Carrozza. Alors que des études démontrent - ça tombe bien - un lien entre procédures de divorce et utilisation de Facebook. Une étude britannique démontrait ainsi récemment que 33% des procédures comportaient le terme "Facebook". Du grain à moudre à venir pour les avocats spécialisés en divorce.

jeudi 19 juin 2014

Et maintenant, voici la Barbie entrepreneur

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Elle a toujours cette chevelure blonde, ces yeux bleus un peu démesurés, ses mensurations irréelles, et une robe rose fuchsia (forcément). Mais aussi une mallette de travail avec son insigne, un smartphone qui ressemble furieusement à un iPhone, et une tablette. Voici donc Barbie Entrepreneur, en vente sur Amazon.com à partir d'aujourd'hui, et dans les magasins de jouets à partir de cet été, comme le rapportait ''Wired'' hier. En cet été 2014, quelques décennies après la création de sa première mythique poupée blonde (en 1959 très exactement), Mattel a donc eu la brillante idée de sortir la première Barbie créatrice d'entreprise - et même de start-up. Un métier aspirationnel de demain pour les petites filles ?

Il était temps. Après les multiples Barbies - stéréotypes qui étaient censés faire rêver les petites filles (danseuses, infirmières, coiffeuses, mannequins, hôtesses de l'air, et j'en passe), Mattel met enfin en scène Barbie dans un des univers glamours de demain, the place to be, la Silicon Valley. Ne soyons pas injustes: petite, ma première Barbie fut une Barbie business woman - grâce à la sagacité de ma mère.

Ces dernières années, il y a eu, heureusement, déjà des évolutions: avec les premières Barbie paléontologue, ingénieur en informatique (j'en parlais déjà dans ce billet - sur ce blog que j'avais ouvert - en février 2010), et même candidate aux Présidentielles.

Working girl tech, campagne 2.0

Là, ce qui est nouveau, pour ces Working girls version tech, est que Mattel a travaillé sur ce projet avec 8 femmes entrepreneurs, les "Barbie CIOs" (Chief Inspirational Officers), dont Reshma Saujani, fondatrice de Girls Who Code, comme l'explique Wired. Leur objectif: casser auprès des petites filles l'image des hommes développeurs et codeurs, et casser les stéréotypes de genres beaucoup trop marqués dans les jouets pour enfants, qui semblent prédéterminer quels métiers - et quels jeux - conviennent à tel ou tel sexe. Ces working girls contemporaines sont même déclinées en plusieurs ethnies.

Il y a même ce slogan sur mesure, un peu slogan "de la gagne" version années 2010,"If you can dream it, you can be it". Ces 8 entrepreneuses font aussi du mentoring, proposant des astuces aux petites filles sur un portail en ligne. Un débat a été lancé sur Twitter, à partir du hashtag #BarbieChat. La campagne pour ces poupées tellement modernes est relayée sur LinkedIn, et sur un billboard à Times Square, avec pour hashtag #unapologetic ("Sans excuses").

Les "gender messages", et tout le débat sur le mode d'éducation des petites filles, s'est intensifié ces dernières années. L'an dernier encore avec le débat - orchestré par des ultras réacs - dans le milieu scolaire, avec pour point de départ la diffusion dans des écoles de l'excellent film Tomboy de Céline Sciamma. Mais aussi dans l'industrie des jouets pour enfants, où les frontières de genres semblent se brouiller plus qu'avant.

Legos astronautes, chimistes...

Autre initiative qui prouve que les choses bougent dans les jouets pour petites filles, début juin, Lego lançait lui aussi quelques figurines de femmes scientifiques. A savoir une femme astronaute avec un téléscope, une chimiste dans son laboratoire, ou encore une paléontologiste avec son squelette de dinosaure, comme le révélait Mashable.

Le Dr. Ellen Kooiljman avait soumis son idée sur le site Lego Ideas mi-2013, où elle a rapidement attiré 10 000 supporters. Sur cette plateforme, les fans peuvent soumettre lerus idées de Lego, qui auront une chance d'être produits, l'inventeur du set recevant ensuite 1% des royalties des ventes réalisées. "Bien que Lego ait commencé récemment à designer et ajouter des figures féminines dans ses sets, elle sont toujours minoritaires. J'ai conçu des figurines de femmes professionnelles qui peuvent aussi montrer que les femmes peuvent devenir ce qu'elles veulent être, dont astronaute et paléontologue", écrit-elle.

Pour mémoire, en janvier 2012, Lego avait été au centre d'une polémique sur les jouets pour enfants trop stéréotypés, lorsqu’il avait lancé sa gamme pour petites filles Lego Friends. Lego, jusque là comme Playmobil une des marques emblématiques de jouets non-genrés (en clair, mixtes), ouvrait alors une brèche. En montrant des figurines dans des épiceries, bars à jus de fruits et salons d'esthétique.

lundi 9 juin 2014

"Stop phubbing", nouvelle règle de vie sociale avec son smartphone

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Après la "nomophobie", le ''"phubbing"''. Alors que le téléphone portable, puis plus encore le smartphone, est devenu central dans nos vies ultra connectées, de nouveaux comportements apparaissent. Et un nouveau champ lexical pour les cerner. Logique. Commençons ce billet par une petite lapalissade : alors qu'au moins la moitié des Français possèdent un smartphone, celui-ci est devenu à la fois doudou, couteau suisse, objet transactionnel, et parfait passe-temps durant le moindre temps d'attente, d'ennui ou de pause.

Voici donc le phubbing, contraction de "snubbing" (ignorer, snober) et "phone" (téléphone). Le phubbing désigne ce nouveau type d'attitude crispant de tout quidam qui a un smartphone en main, qui consiste à ignorer (pas forcément sciemment) son interlocuteur, trop occupé à tapoter sur l'écran de son téléphone portable. Pour mettre à jour son statut Facebook poster un tweet, envoyer un SMS, quitte à vous lâcher un pauvre "Je dois envoyer ce mail urgent". Sans compter bien sûr, au resto, celui qui dégaine son iPhone devant son plat à portée de fourchette pour immortaliser le dîner tant attendu, prend sa photo, la aussitôt sur Instagram. Et en profite pour "checker" au passage les "likes" de son post précédent.

Le terme désigne donc un nouveau type de comportement "qui dénote une mauvaise éducation et un manque de respect", souligne à juste titre ce billet. D'ailleurs, le phubbing a son monument, immortalisé dans le bronze par le sculpteur Paul Day à la gare Saint-Pancras, à Londres. Et un site, Stopphubbing.com, est consacré à la lutte contre le phubbing : il a été créé par Alex Haugh, un Australien de 23 ans qui a lancé une véritable campagne : nulle technophobie de sa part, mais il y dénonce des comportements grossiers de prisonniers de la technologie. Une manière de créer et formaliser de nouvelles règles de vie sociale, de nouveaux comportements de politesse - à défaut de pouvoir effacer le smartphone de notre quotidien.

No phubbing, no Instagram

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Récemment, un ado me racontait une pratique en vogue chez les lycéens : au bistrot, chacun met ostensiblement son portable au centre de la table. Le premier qui craque paye la facture pour tous. Un jeu autant qu'une nouvelle règle de vie sociale : la trêve des tweets et SMS le temps de partager un verre IRL..

D’ailleurs, la marque de bières Guinness a su rebondir sur le phénomène, en fournissant cette affiche publicitaire aux patrons d’établissements publics, qui annonce : "Profitez de manière responsable. Éteignez vos portables, s’il vous plaît".

Toujours dans ces nouvelles règles de politesse - instants de déconnexion imposés donc - certains restaurateurs, tel le chef étoilé étoilé Alexandre Gauthier, commencent à apposer des affiches avec un mobile barré, interdisant d'"instagrammer" (c'est joli, hein ;) leurs plats.

Le phubbing s'inscrit dans la lignée de la notion de nomophonie, une véritable pathologie, une phobie propre à l'ère numérique, la peur absolue d'être séparé de son téléphone mobile. Qui n'a pas fait demi-tour le matin, quitte à se mettre en retard en allant au boulot, parce qu'il avait oublié son portable chez lui ? Le mot, bricolé à partir de la contraction d'une expression anglaise ("no mobile-phone phobia") a en fait été inventé en 2008, lors d'une étude menée par la UK Post Office qui accrédita YouGov, une organisation de recherche basée au Royaume-Uni, pour observer les angoisses subies par les utilisateurs de téléphones mobiles. Mais l'expression a commencé à faire florès en France il y a 2-3 ans, au moment où ces comportements étaient devenus réalité.

Etre connecté en permanence, la norme

Ce que l'on peut associer avec le Fomo ("Fear of missing out"), cette "peur de louper quelque chose", inhérente au smartphone, où l'on a pris l'habitude de consulter plusieurs fois par jour Twitter et Facebook. Ou plus précisément notre "timeline" Facebook et notre "fil" Twitter - là encore un nouveau vocable, qui montre que ces réseaux sociaux se sont imposés - plus encore avec Twitter - comme de véritables fils d’informations, nourris en contenu par les commentaires, photos, et autres contenus, postés au fil du temps.

Alors que paradoxalement nos sommes pieds et poings liés à nos smartphones, nous téléphonons pourtant de moins en moins. Certes, les jeunes sont précurseurs, mais les adultes ont suivi : le smartphone sert plus à tchater, envoyer des SMS, qu'à... téléphoner. Une étude TNS Sofres sur les adolescents et l’usage du téléphone mobile, citée par Slate, révèle ainsi que ces derniers étaient près des deux tiers en 2009 à textoter tous les jours, mais seulement 39% à appeler tous les jours.

En fait, la déconnexion volontaire est un luxe, comme l'ont relevé certaines études : seuls certains professions et CSP peuvent s'autoriser à être déconnectées, injoignables par leur employeur. Mais dans la vie sociale - et la vie tout court - être connecté en permanence est devenu une telle norme que l'on voit donc émerger de nouveaux codes sociaux, des rituels, des règles de politesse imposant des instants sans connexion. C'est déjà le cas avec les smartphones. Imaginez ce que ce sera par la suite avec les objets connectés toujours plus omniprésents, entre smartwatches et Google glasses.

dimanche 20 avril 2014

Apple, Google... et Amazon. Pourquoi la voix (et le contrôle vocal des devices) est "the next big thing"

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"Voix, j'ai besoin de shampoing Klorane, du gel douche habituel, de ma crème de jour Avène, et d'une nouvelle pierre ponce". Demain, vous clamerez cela en sortant de la douche, (presque) en retard avant de partir au boulot, pour être sûr que la commande soit passée le jour même auprès de ce géant du e-commerce où vous faites désormais presque toutes vos courses domestiques. Science-fiction ? Cela aura lieu dans un futur proche. En ce moment, je suis un peu obsédée par les récits d'anticipation, comme celui-ci que j'ai écrit pour Stratégies, où, pour notre numéro spécial Innovation et objets connectés, j'ai imaginé "24 heures dans la vie ordinaire d'un homme connecté" (donc entouré d'objets connectés) en 2025 (l'article est encore en accès abonnés me semble-t-il, sorry d'avance si, simple non-abonné ;) vous butez sur cet obstacle à la lecture).

La dernière annonce par Amazon, il y a quelques jours, est une petite bombe. Le géant tentaculaire du e-commerce a annoncé le lancement de Amazon Dash, un petit appareil aux allures de télécommande, qui combine un scanner de code-barres, un micro et un haut-parleur : un outil vertigineux pour le shopping. Concrètement, il vous suffit de scanner un produit pour le commander. Mais, comme le relate Wired dans cet excellent article, la réelle killer app de Dash réside dans son option Voix: dites à voix haute ce que vous voulez et Dash intègrera l'article dans votre chariot virtuel. Dash compile les éléments à acheter (pain, lessive...) dictés ou scannés et conçoit une liste de courses à valider depuis un équipement connecté (smartphone, tablette ou PC). Certes, l'outil est réservé pour l'instant aux clients de son supermarché en ligne AmazonFresh, seulement dans le sud de la Californie, à San Francisco (terres d'élection des geeks) et à Seattle (là où est le siège social d'Amazon). Mais il révolutionne la manière d'acheter en ligne - et l'avenir du e-commerce. Mais aussi, notre mode d'interaction avec ces appareils high-tech de plus en plus omniprésents.

Wired cite également cette étude (voir aussi ce billet par son analyste) publiée il y a quelques jours par Forrester Research, qui parie sur le potentiel des interfaces commandées par la voix, qui vont nous permettre d'interagir - de plus en plus - avec nos appareils électroniques. Après tout, on y est déjà un peu : comme j'en parlais dans cette enquête il y a (déjà !) deux ans, par la grâce de l'intelligence artificielle, on peut déjà piloter certains outils par la voix.

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Cortana, personnage de "Halo" et OS intelligent de Microsoft

La première innovation de rupture, fin 2011, avait résidé dans L' iPhone et Siri, son assistant personnel à commande vocale, ou encore la Kinect de Microsoft pilotable à la voix et au geste... Tout comme les Google glass sont pilotables par la voix. Et Microsoft, à son tour, vient tout juste de lancer son assistant vocal, Cortana. Le nom de l'assistant, en tout cas, devrait ravir les fans de Halo, le jeu de devenu propriété de la firme de Redmond. Cortana est le nom d'un personnage de la série. Caractéristique : l'OS Cortana est une intelligence artificielle qui sait "apprendre".

Siri est une semi-déception: encore trop imparfait, trop étrange (vous vous voyez donner des ordres à Siri dans le métro ?), il est peu entré dans les usages, tout comme Google et le récent Cortana. Ils demeurent des nouveautés, plutôt que des vrais outils. Mais avec le nouveau joujou d'Amazon, la commande vocale est rattachée à quelque chose de potentiellement addictif : le shopping. Le shopping va entraîner les consommateurs à utiliser la voix plutôt que les écrans parce qu'il offre un usage accessible, facile, dit en substance McQuirey. Au passage, la voix offre à Amazon - et au consommateur - un pipeline encore plus direct (et compulsif) que tout téléphone ou appli mobile ne le pourrait.

On imagine les promesses pour les marques et les e-commerçants : Voix et toutes les interfaces vocales du futur seront ainsi connectées à notre voix - soit nos émotions. Par la voix, les ordinateurs du futur pourront comprendre la sémantique du discours humain.

Et ce n'est que le début : au-delà de Siri, pour l'analyste James McQuivey, bientôt, nous aurons un microphone dans chaque pièce de nos maisons. L'interface vocale (baptisée "Vox" par Forrester) nous permettra d'interagir avec nos appareils par la voix. Dans la lignée de ce que préfigure Dash, nous aurons des micros connectés (25 dollars pièce maximum) dans la maison qui libèreront le contrôle vocal de tout device. A la différence de Siri, les plateformes de contrôle vocal de demain seront branchées en permanence: elles écouteront en permanence. "Bien meilleur marché que placer des caméras ou d'autres détecteurs dans la maison, les micros peuvent faire beaucoup d choses: identifier qui est dans la maison, si tout le monde va bien, en plus de fournir un accès vocal à la commande de vos appareils où que vous soyiez", imagine-t-il.

Paradoxalement, dans notre vie numérique, la voix, la commande vocale, prendra bientôt de plus en plus de place. Après tout, on voit déjà bon nombre de personnes sembler parler à elles-mêmes dans la rue ou les transports en commun, parfois les yeux rivés sur l'écran de leur smartphone, jusqu'à ce que l'on comprenne, avec leurs discrets écouteurs blancs, qu'elles sont en train de téléphoner... J'en parlais déjà dans ce billet, le film (dystopie?) d'anticipation de Spike Jonze, Her, imagine un monde où les gens (très) seuls conversent avec leurs OS dotés d'intelligence artificielle hyper élaborés. Au passage, comme dans d'autres films de science-fiction (comme IA de Steven Spielberg), dans ce film, les ordinateurs ne se pilotent plus par des claviers ou des souris, mais par les gestes et par la voix.

Il y a déjà le géant américain Nuance qui travaille sur des assistants vocaux. Et le puissant consortium américain Hypervoice, qui s'intéresse "au futur de la voix". Tout comme les Français Acapela Group, Voxygen, Creawavestudios...

mercredi 19 mars 2014

"Her", quelle voix (désincarnée), ère de l'ultra moderne solitude

Sa voix sonne comme celle d'une "girl next door", immédiatement familière juste ce qu'il faut, sa tonalité légèrement éraillée de fumeuse lui assurant un charme certain, et elle sait créer une complicité, par son sens de la répartie et son empathie. Samantha (Scarlett Johansson), comme elle s'est baptisée à la demande de son "propriétaire-utilisateur", est bien le personnage principal du film, "Her", Ovni cinématographique de Spike Jonze, qui penche vers le film de science-fiction en version dystopie. Par essence, par sa voix, elle s'impose peu à peu comme un personnage à part entière.

L'histoire, Her donc, tournée par Spike Jonze, sur les écrans depuis ce mercredi, se déroule dans un futur pas si lointain (supposons dans 20 ans ?), dans un Los Angeles où les gratte-ciels sont devenus plus grands, le design des pièces et des meubles minimaliste (et impersonnalisé), et où l'on circule dans des transports en communs et couloirs à l'ambiance ouatée.

Theodore Twombly (Joaquin Phoenix, devenu antisexy au possible par une moustache et une silhouette légèrement voûtée), dont on suppose au fil du film qu'il fut journaliste par le passé, gagne sa vie dans une start-up, Belle-lettre-manuscrite.com. Ecrivain public du futur, il écrit des courriers du coeur divers et variés - des correspondances très intimes - pour le compte de clients. Mais son univers de travail est déjà en partie dématérialisé: il dicte ses lettres à une sorte de logiciel Nuance du futur, saisies automatiquement dans un type manuscrit (et couleur d'encre ou de stylo à l'ancienne) prédéfinis. Ici déjà, la voix prédomine: les écrans de PC sont comme les nôtres, plats et fins mais ornés de délicats cadres en bois clair. Les claviers et souris n'existent plus, on commande son ordinateur en effleurant le bureau de quelques gestes. Logique: déjà aujourd'hui, la commande par le geste s'est imposée pour piloter nos appareils, tels la Kinect de Microsoft, ou certains téléviseurs, comme chez Samsung.

En quittant le bureau, comme tous dans le métro, il s'empresse de mettre à son oreille l'objet connecté d'alors qui cartonne, une oreillette sans fil depuis laquelle il peut passer des commandes vocales à son smartphone glissé dans sa poche. Un lointain héritier de Siri, l'assistant téléphonique à la voix métallique de l'iPhone: il pilote bien ses appareils par la voix. L'intelligence artificielle appliquée à la voix, comme déjà aujourd'hui avec Siri . En arrivant chez lui, les lumières s'allument automatiquement à son passage. Durant sa soirée, ses loisirs consisteront à jouer à un jeu vidéo en réalité augmentée, puis ils s'autorise, depuis son lit et par son oreillette connectée, quelques "chats" coquins avec des inconnues depuis un réseau social vocal. L'ultra-moderne solitude que chantait Alain Souchon, avec quelques artifices virtuels pour la combler...

De fait, Theodore Twombly se remet difficilement de son divorce. Il décide, pour combler le vide autour de lui, d'acheter un tout nouveau système d'exploitation (OS) ultra-intelligent qui vient de sortir, installé sur son smartphone et son PC. Un Siri en version ultra-améliorée, donc. Une forme d'_intelligence artificielle, qui a - comme tout robot - la redoutable capacité d'apprendre au fur et à mesure depuis l'être humain, de s'adapter. Et de mîmer au mieux les émotions, jusqu'à l'empathie totale. Theodore va progressivement tomber amoureux de cette très virtuelle Samantha. C'est cette situation absurde, un humain qui tombe amoureux d'une intelligence très artificielle, que Spike Jonze tourne. Le réalisateur de Dans la peau de John Malkovich plonge une nouvelle fois dans le cerveau masculin et explore à la fois notre rapport à la machine et les rapports humains. Il souligne délicatement le contraste entre cette situation extrême propre à la science-fiction - de nouvelles formes d'interaction__ qui naissent entre des humains et des machines, comme dans la formidable série Real Humans, que j'avais chroniquée ici et - et l'histoire d'"amour" très banal de cet homme pas moins banal, accompagné par la musique délicate d'Arcade Fire.

Sa vie bascule. C'est tellement plus confortable, et moins douloureux que dans une "vraie" relations amoureuse avec un être humain "dont il faut accepter les évolutions", avoue-t-il. La précision de la perception de "Samantha" (même si elle ne voit que par la caméra du téléphone), ses facultés de calcul (arithmétique, psychologique, social) font d'elle la présence idéale, qui manquait à la vie du solitaire. A un moment, lors d'un dîner avec une nouvelle rencontre (bien réelle, elle), il renonce lorsqu'elle lui demande de s'engager: il croit avoir le choix entre la réalité de l'imperfection humaine et la perfection numérique, qui avance sous le masque de la voix complice de Scarlett Johansson.

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Plus troublant encore, au fil du récit, "Samantha" sort de son rôle de logiciel pratique et perfectionné : elle trie ses dossiers, ses contacts, ses mails, lui rappelle ses rendez-vous avec une bonhomie apparente. Très vite, elle connaît très bien son propriétaire en parcourant ses films et le disque dur de son PC. Elle prend des initiatives. Elle le divertit, lui fait la conversation dans l'oreillette. Il la présente à ses amis comme sa petite amie officielle, l'"emmène" en vacances. Puis, programmée pour évoluer, elle en vient à réclamer de l'attention, et revendique elle-même des comportements et des émotions très humains, allant jusqu'à "jalouser" ouvertement l'ex-femme de Theodore ("elle est très belle, a une carrière... Moi, je n'ai pas de forme humaine"). Les écahnges entre les deux sont vifs et intelligents. On a peu à peu ce sentiment dérangeant qu'ils sont faits l'un pour l'autre l'autre, et forment le couple idéal. C'est finalement une comédie romantique à l'ère de la dématérialisation.

Comme d'autres avant, tel Spielberg dans A.I. en 2001, où un robot voulait être aimé - et avoir une couverture charnelle - comme un enfant ordinaire, Spike Jonze effleure le sujet des rapports homme-machine, et la capacité pour des machines du futur de mîmer toujours au plus près les comportements d'humains. Et cette question vertigineuse: le futur de l'amour passe-t-il par l'absence de corps? L'amour ne peut-il être que cérébral pour durer?

A un moment donné, Theodore revendique de déclarer à des amis qu'il "sort avec son OS", vante le fait d'être "avec quelqu'un qui adore la vie"(sic)... Jusqu'à découvrir qu'il n'est pas le seul, et que nombre de personnes, comme lui, dans la rue ou le métro, à converser et plaisanter avec quelqu'un de virtuel par oreillette interposée, dans un bourdonnement de monologues.

dimanche 9 mars 2014

Pierre Niney et Yves Saint Laurent, du film à la pub

Assurément, la pub est élégante, tournée dans un noir et blanc très cinématographique, en 2 min 40. Elle donne une vision d'un Paris la nuit contemporain, tournée exclusivement dans le quartier de la Place de la Concorde. Avec quelques aperçus de la vie nocturne parisienne, réaliste et glamour (mais très lisse hein, pas de poubelles ni de gens éméchés): ses bars, ses fêtards (un peu chics mais pas trop), mais aussi ses salariés de la nuit, voituriers, vigiles et conducteurs de taxis. Le jeune comédien s'y met lui-même en scène, dans la peau d'un noctambule anonyme, qui sillonne les rues et les bars, près de la grande roue de la Concorde.

Yves Saint Laurent s'est offert une opé publicitaire maligne : il a demandé au comédien Pierre Niney de passer derrière la caméra, pour tourner sa vision de la nuit. On est en plein dans cette tendance du "brand content", qui consiste à mettre en scène l'univers d'une marque : la marque apparaît juste au début de la pub (pardon, du "film" publicitaire), et évidemment, aucun produit n'est mis en scène. Trop vulgaire. Là, YSL Beauté a demandé au comédien de donner sa vision de la nuit, pour façonner l’image du parfum ”La Nuit de l’Homme” d’Yves Saint Laurent - qui n’apparaît jamais à la caméra. La pub comme d'ailleurs de manière très sobre, titrée "Yves Saint Laurent Beauté présente La nuit de Pierre Niney, de la Comédie Française".

Pierre Niney, une belle prise pour la marque de beauté : ce jeune crack de la Comédie Française a explosé à l'écran, incarnant précisément... Yves Saint Laurent, dans le biopic réalisé par Jalil Lespert, sorti en début d'année en salles. On est ainsi en pleine mise en abyme : une comédien qui a incarné un personnage au cinéma tourne, dans la foulée, une publicité pour la marque créée par ce personnage. Vertigineux. Laquelle sort un mois après la sortie en salles du film.

Cette pub, diffusée sur Canal+ et sur YouTube, est la première d'une série de neuf, diffusées tout au long du mois de mars. Les autres, réalisées par Fabien Constant, cinéaste spécialisé dans la mode, à l'origine d'un nouveau magazine, CR Fashion Book, mettront en scène des artistes français, tels Yuksek, Lescop (mais pourquoi lui s'embarque-t-il dans une telle opération publicitaire?) et Olivier Barthélémy, qui y donneront leur vision de la nuit. Toujours pour servir façonner l’image du parfum ”La Nuit de l’Homme” d’Yves Saint Laurent.

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On est ici dans une logique encore différente de celle que l'on avait vue par exemple lors de la sortie du biopic d'Anne Fontaine consacré à Gabrielle Chanel, Coco avant Chanel, en avril 2009 : dans ce cas de figure, on avait vu l'actrice Audrey Tautou (qui incarnait Gabrielle Chanel au cinéma), devenir l'égérie du Chanel n°5, un des parfums les plus réputés de la marque. Par un étrange hasard, la pub mise en scène dans l'Orient Express était sortie une quinzaine de jours après le film. Le storytelling nourri par le film retraçant l'histoire de la créatrice de Chanel - et donc de la marque - assurait une promo hors pair autour de la marque.

Le storytelling, l'histoire qui sert de pub hors pair à une marque commerciale. Une logique commune à celle d'Yves Saint Laurent. Ici, déjà le film en soi est troublant : l'affiche met en avant le logo de la marque YSL. Le film en lui-même retrace l'histoire du créateur (un peu) torturé et doué sous un tour assez favorable, mais plus favorable encore pour Pierre Bergé - comme l'a déjà souligné la presse spécialisée, ce biopic est la "version autorisée" par l'entourage de feu Yves Saint Laurent : Pierre Bergé (largement mis en scène dans le film ;) a ouvert ses archives au réalisateur, et les dessins et robes originaux d'Yves Saint Laurent ont été prêtés par la fondation du créateur à l'équipe du film. Un second biopic, sans doute plus dérangeant, réalisé par Bertrand Bonello, avec Gaspard Ulliel dans le rôle-titre, est attendu pour octobre 2014 - sa sortie était initialement prévue pour le Festival de Cannes.

dimanche 16 février 2014

Star Wars identities: pour découvrir le chevalier Jedi qui est en nous

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Qu'est-ce qui fait notre identité ? Qu'est-ce qui détermine notre espèce, celle des humains, quelle part d'inné, d'acquis, des gènes... dans la détermination de notre personnalité ? Des sujets vertigineux, mais un angle surprenant qu'esquisse l'exposition Star Wars identities, qui a ouvert ses portes à la Cité du cinéma (ce lieu dédié au cinéma rêvé par Luc Besson), à Saint-Denis. Une expo "en tournée" mondiale, dont Saint Denis est le premier point d'étape en Europe, et conçue par Lucasfilm Ltd., la société de production de George Lucas - rachetée par The Walt Disney Company en octobre 2012 pour quelques 4,05 milliards de dollars.

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Vous le reconnaissez ?

D'ailleurs, plus de 200 pièces inédites issues de la collections personnelle de George Lucas, créateur de la saga intergalactique, y figurent: maquettes de vaisseaux, costumes, robots (les vrais !), storyboards, dessins originaux... Une mine absolue. Ils sont exposés sur près de 2 000 m2, soit deux plateaux de tournage. L'expo rêvée pour tous les geeks - fans qui ont grandi avec la saga, née en 1977 - une époque où les ordinateurs et téléphones portables n'existaient pas, et qui est pourtant restée emblématique d'une certaine science-fiction d'antan. Et le point de départ d'une machine marketing, alors que le septième volet de Star Wars (première prod' chapeautée par Disney - ce qui suscite déjà quelques frayeurs chez les fans) doit sortir fin 2015.

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Citons la marionnette de Yoda, Jabba Le Hutt (et ses yeux...), une des toutes premières illustrations de 1975, signée Ralph McQuarrie, commandée par George Lucas, le visage de Dark Vador démasqué dans Star Wars : Episode VI...

"La ligne qui sépare les robots des humains n'est pas toujours facile à tracer"

"Il était une fois dans un galaxie lointaine, très lointaine...". Quand on entre dans l'expo, parmi ces multiples droïdes et robots, des éléments nous annoncent la couleur. Dans l'univers de Star Wars, "une multitude d'espèces extraterrestres cohabitent. Elles ont une conscience de soi, vivent en société organisées", nous rappelle-t-on d'emblée. Au fil de l'expo, munie de mon bracelet équipés de puce RFID distribué au début de l’exposition, je vais pouvoir m'essayer à ce rite initiatique, dans un parcours interactif : passer dix étapes, allant du choix de la race - humaine ou extraterrestre - à laquelle j'appartiens, à celui, ultime, de quel côté de la force je me situe.

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Pelucheux Wookies, ewoks ou humains, je peux choisir quel type de personnage de la saga de la Guerre des étoiles je veux devenir. Je peux donc choisir parmi 15 races présentées sur un mur intégrant des capteurs, celle que je veux incarner. Je me prénomme donc pour l'occasion Thulia Krow, et je prends l'apparence de cette étrange extraterrestre.

Au fil de l'expo, à chaque étape, avec des tablettes tactiles et interactives créées pour l’occasion, le bracelet enregistre mes choix. Pour cette quête interactive, la société canadienne X3 Productions a planché avec des experts du centre des sciences de Montréal, des psychologues, des neuropsychologues, et un biochimiste, pour élaborer ces tests, toujours immergés dans l'univers Star Wars (un rien psychologisants parfois ;).

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J'aperçois le droïde doré C-3PO, présenté sur un écran interactif comme ayant peu d'"ouverture à l'expérience", une "forte extraversion (sociable et énergique)", moyennement aimable (""provoque souvent des conflits, pense d'abord à lui"), un certain contrôle ("bien organisé, préfère planifier ses affaires"), et un certain "névrotisme (anxieux ou déprimé, la plupart du temps)". Et cette citation révélatrice, "Je suis programmé pour le protocole, pas la guerre !". Etrange et intéressant de lui voir attribués des traits de caractère tellement humains...

De fait, "dans cette galaxie lointaine, très lointaine, la ligne qui sépare les robots des humains n'est pas toujours facile à tracer. C'est George Lucas qui aurait inventé le terme droïde provenant du mot androïde, de la racine grecque andros (homme) et du suffixe -oïde (aspect, forme). Ces droïdes fabriqués d'écrous et de boulons sont pour bon nombre dotés de caractéristiques bien humaines, comme une personnalité, une conscience de soi", souligne un panneau dans l'expo. Troublant, non ?

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Plusieurs panneaux prenant pour miroir des personnages de Star Wars nous incitent à nous interroger sur nos origines, nos expériences qui nous ont imbibés, comme "le style parental dans lequel vous avez été élevés", ou encore le "type d'habiletés" que l'on souhaite développer : prudent, prévoyant, prise de risques... Je suis là encore invitée à choisir un personnage auquel je m'identifie, et y apposer mon bracelet.

Il faut avouer que les séquences psycho perso prennent parfois un tour "jeu dont vous êtes le héros" ;)

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Et voici l’ultime question, à la fin de mon parcours initiatique, après avoir croisé Dark Vador, une offre d'emploi : acceptons-nous de rejoindre l’Empereur du côté obscur de la force ? Puis mon avatar apparaît sur un écran géant. Quelques minutes après, je reçois par email le profil de mon héros: mon histoire, l'influence parentale, mes traits de caractère, ma maîtrise de la Force... A partir des dizaines de fois où j'étais invitée à apposer mon bracelet pour renseigner davantage mes points de vues et mon identité (couleur de peau, la manière dont mes parents m'ont élevée...). Expérience troublante, mais un rien décevante: en guise de profil personnalisé, je reçois par mail une compilation de ces renseignements relevés le long de mon parcours sur l'expo.

samedi 4 janvier 2014

Wereable tech, écrans courbes, 4K, privacy... 7 tendances tech pour 2014

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Comme de coutume en début d'année, après la douce torpeur des fêtes, il m'a semblé intéressant de plonger dans 2014 en passant en revue les innovations et tendances tech les plus attendues. Cela tombe bien, nous sommes juste à quelques jours de l'ouverture du CES de Las Vegas, du 7 au 10 janvier, véritable épicentre et indicateur des technologies les plus attendues dans le monde cette année - eh oui, rien que cela. D'ailleurs, j'en profite pour vous souhaiter une très belle année 2014, riche en innovations (évidemment), curiosité et créativité :) Et je vous remercie au passage pour votre fidélité, chers lecteurs :) sur ce blog qui va bientôt fêter ses 7 ans !

L'an dernier, j'avais parié notamment sur les smartphones à écrans flexibles, les imprimantes 3D, les interfaces hommes-machines et les lunettes "augmentées". Evidemment, on retrouve certains point communs pour cette année.

1. Smartphones et tablettes, écrans incurvés

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Les smartphones et tablettes sont entrés dans notre quotidien. Mais cette année, on pourrait bien voir en vente les premiers smartphones à écrans courbes, voire flexibles, avec la sortie des LG G Flex et Samsung Galaxy Round. Apple a quant à lui obtenu début décembre un brevet pour un écran flexible qui pourrait équiper à terme la prochaine génération d'iPhone (l'IPhone 6) ou sa future montre connectée, l'iWatch.

Samsung a d'ailleurs déposé aux Etats-Unis le brevet d'une future tablette pliable, dont les deux moitiés de l'écran pourraient se refermer totalement l'une sur l'autre. Même les téléviseurs à écrans incurvés, déjà présentés à l'IFA à Berlin en septembre dernier, pourraient vraiment décoller cette année.

2. Standard 4K

Côté écrans toujours, les constructeurs de téléviseurs misent sur le 4K (jargon chic pour désigner le nouveau standard, la TV haute définition, ou si vous préférez, l'Ultra HD TV ;), qui offre une résolution quatre fois plus importante que le standard HDTV, pour doper leurs ventes. En tous cas, au CES, des constructeurs comme Samsung et LG vont dévoiler des énormes téléviseurs à écrans 4K: la technologie commence à arriver à maturité, avec des écrans qui commencent à être équipés avec une nouvelle connectique enrichie (dont l'HDMI 2.0), et les prix baissent (un peu): Sony, Samsung, Toshiba, Vizio et d'autres proposent déjà des écrans à moins de 2 000 $. Il vaut mieux, pour une année de Mondial de foot, rendez-vous télévisuel en général idéal pour doper les ventes de téléviseurs...

Au passage, il sera intéressant de voir ce qui se passe côté contenus : déjà YouTube se prépare déjà au streaming en 4K (très haute définition) et Google promeut son codec VP9 http://venturebeat.com/2014/01/02/youtube-reveals-4k-video-streaming-plans-ahead-of-ces/ … Après tout, le manque de contenus faut une des raisons du regrettable échec de la TV en 3D (même Canal+ avait du fermer son éphémère chaîne de X en 3D, bien dommage), survendue comme "the next big thing", comme j'en parlais par exemple par ici.

3. Objets connectés pour la maison, pour la santé, voitures...

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J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises, comme ici, et , mais ça se confirme, 2014 sera bien l'année des objets connectés ! Une multitude de start-ups sont en train de naître autour de cela, avec parfois des valorisation boursières impressionnantes (ce qui nous rappelle certains précédents...), telle Nest et son thermostat connecté, valorisée à 2 milliards de dollars. En France, le papa des lapins Nabaztag, Rafi Haladjian s'apprête lui-même à commercialiser ses joujoux connectés pour la maison.

Même Wired l'affirme fièrement sur sa couv' de rentrée, "Heads up,wereable tech will be as big as the smartphone". Objets connectés santé, nouvelle domotique... On va avoir de multiples joujoux high-tech connectés à Internet : pèse-personne, station météo, capteurs d'humidité pour les plantes, brosses à dents... L'idée: on prend des objets du quotidien auxquels on ajoute une couche de connectivité pour créer de nouveaux usages. Inutile de vous citer de nouveau les multiples projections chiffrées (trèèès) optimistes, telle l'Idate, qui comptait déjà 15 milliards d'objets connectés à Internet en 2013, et en dénombre 80 milliards pour 2020.

Du côté de la santé, des services très pointus destinés à suivre des symptômes précis apparaissent : cardio-fréquencemètre de poche ou contrôleur de glycémie connecté au smartphone...

Le secteur automobile s'y intéresse lui aussi de près : à l’instar d’Apple et son iOS in the car, Google compte lui aussi investir le marché des systèmes multimédia embarqués pour l’automobile. Un partenariat avec Audi doit être dévoilé au CES, selon le Wall Street Journal. Google compte de faire d'Android, son système d’exploitation mobile, la plateforme des systèmes multimédia des voitures allemandes, afin que les usagers puissent naviguer, écouter de la musique et accéder à des applications comme ils le font depuis leur smartphone Android. Avec iOS in the car, qui consiste à élargir la compatibilité des systèmes multimédia embarqués avec ses iPhones et iPad sous iOS 7, Apple a déjà rallié plusieurs grands constructeurs : Honda/Acura, Mercedes, Nissan/Infiniti, Ferrari, Chevrolet/Opel, Volvo, Jaguar et Kia/Hyundai.

4. Wereable tech, les accessoires et vêtements connectés

Tendance qui en découle, mais avec une connotation geek et fashion, le wearable computing (ou wereable tech) devrait exploser cette année. Ce qui passe par, déjà vus en 2013, les bracelets connectés, et montres connectées, malgré les semi-échecs des smartwatches de Samsung et Sony, Apple va-t-elle lancer sa très attendue iWatch cette année ? En fait, des alternatives émergent déjà : alors que Apple a choisi d'intégrer dans son dernier iPhone 5S un coprocesseur, le M7, dédié à la mesure des mouvements, qui permet de se passer d'un capteur externe pour analyser ces données, de smarques l'utilisent déjà via leurs applis , comme Nike avec Nike+ Fuelband.

Attendues aussi pour 2014, les lunettes Google Glass, commercialisées dans le courant de l'année. Mais des concurrents émergent déjà, dont certains sont attendus au CES, tel Recon Jet, et ses lunettes dédiées au sport. et bientôt les T shirts, pour détecter - et mesurer - en temps réel ce qu'on fait, et avoir tout le temps sous les yeux les informations dont on a besoin.

5. L'impression 3D

Pas de doute, même si cela devient une lapalissade dans les projections (dont ici l'an dernier) et autres Hype cycles, l'impression 3D émerge bel et bien. Mais elle est confrontée à un problème : les imprimantes 3D sont elles-mêmes chères, tout comme l'imagerie en 3D d'objets à imprimer. Des start-ups commencent à proposer des imprimantes 3D "de bureau" bon marché, des fab labs poussent en France, et même des acteurs old school comme La Poste et Auchan proposent des imprimantes en 3D - c'est de la com', mais c'est déjà un début.

En attendant la phase suivante, qui sera l'impression 3D de nourriture, et même d'organes humains, comme le cœur.

6. La bataille du cloud

Si bon nombre d'entre nous y recourent déjà sans la savoir, tels de nouveaux Mr Jourdain, par exemple avec leur webmail Gmail ou iCloud, le nuage informatique devrait continuer d'entrer dans les usages, aussi bien côté entreprises que pour les particuliers. Alors qu'ils utilisent dem oins en moins des PC (qui connaissent une mort annoncée) au profit de devices mobiles, les consommateurs vont de plus en plus recourir à des serveurs distants pour y stocker leurs données.

Amazon, Apple, Microsoft et Google ont déjà engagé la bataille marketing et publicitaire sur le cloud grand public, quand nos très frenchies Cloudwatt et Numergy visent, pour l'instant, le marché B to B français. La bataille va se situer sur le coût du gigabit : Microsoft l'a engagée en proposant 200GB de stockage gratuit assorti à l'achat d'une tablette Surface 2. Les ventes de disques durs externes devraient commencer à fondre en 2014. Reste qu'il faudra remettre à plat les questions de sécurité pour faire face à la crise de confiance déclenchée par l'affaire de la NSA.

7. La fin de la privacy ?

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Précisément, pour le moins, le scandale de la NSA et les révélations d'Edward Snwoden, égrenées au long de l'année 2013 (dernière révélation en date: tous les possesseurs d'iPhone étaient potentiellement tracés par la NSA, ce qu'Apple a évidemment démenti) peut donner l'impression au quidam que le respect de la vie privée est devenu un luxe dans notre vie numérique.

Pour Noël, dans un Christmas message diffusé sur Channel 4, Snowden a ainsi mis en garde contre les risques que font peser ces atteintes à la vie privée. "Récemment, nous avons appris que nos gouvernements, en travaillant de concert, ont mis en place un système de surveillance de masse à l'échelle planétaire, permettant de voir tout ce qu'on fait. (...) George Orwell nous avait prévenus des dangers de ce genre d'informations. Le type de collectes (de données) présentées dans le livre - via des micros, des caméras et des écrans télé qui nous surveillent - n'est rien comparé à la situation actuelle. Nous avons des détecteurs dans nos poches qui nous suivent partout où nous allons ", déclarait le lanceur d’alerte. "Un enfant qui naît aujourd’hui grandira sans avoir aucune notion de la vie privée. Il ne saura jamais ce que signifie d’avoir un moment d’intimité personnelle, une pensée qui ne soit pas enregistrée ou analysée. Cela pose un problème parce que l’intimité compte, elle nous permet de déterminer qui nous sommes et ce que nous voulons faire de notre vie".

A la fin de l'année 2013, chacun se sentait exposé, la confiance dans les sociétés devenues omniprésentes et indispensables dans notre vie numérique (Orange, Google, Facebook, Yahoo...) pourrait bien s'éroder. Alors qu'en France, le projet de loi sur la programmation militaire et son très controversé article 13 a lui aussi fait polémique en décembre dernier. En 2014, va-t-il commencer à y avoir un mouvement de fond de déconnexion volontaire, ou de recours à des réseaux sociaux et smartphones alternatifs ?

On devrait ainsi voir émerger une nouvelle catégorie de sociétés spécialisées dans la protection de la privacy et des données confidentielles des entreprises.

lundi 23 décembre 2013

Christmas songs 2013 (et du ciblage marketing)

"Jingle Bells"... Version 2013. C'est un des marronniers de ce blog, comme ici ou , cette année encore, pour animer votre veillée de Noël, vous n'échapperez pas à ma petite sélection musicale des Christmas songs, véritable institution aux Etats-Unis, ces chants de Noël que concoctent bon nombre de groupes, destinés à être diffusés dans les shopping malls pour motiver les consommateurs...

Surannés, ringards, connotés d'une bien-pensance religieuse très américaine ? Peut-être. Mais cette année, il y a aussi cette tendance qu'a décryptée The Economist : les holidays jingles sont aussi prétexte à un ciblage marketing pointu, peut-être d'autant plus indispensable dans une Amérique divisée. Mood Media, longtemps spécialisé dans la musique d'ascenseur, propose ainsi 30 chaînes musicales dédiées à Noël, taillées sur mesure pour les outlets, librairies cathos et malls accueillant des latinos. Logique : Noël reste empreint d'une certaine nostalgie, de certaines valeurs (encore plus aux Etats-Unis), plus propice au retour du folk et de la country, même si tous les groupes en vogue sacrifient à cet exercice obligé...

Côté hip hop, Mood Media propose aux malls "Toy jackpot" de Blackalicious...

Ou encore "Christmas in Harlem" de Kayne West ("Won’t you come sit on my knee?/ And tell me everything that you want/’Cause, baby, I’m your Santa Claus").

Mais de manière plus générale, voici une petite sélection des Christmas blockbusters de cette année. (je précise qu'ils ne sont pas forcément dans mes goûts, hein...).

Citons notamment le nouvel album de Noël de Mary J. Blige, "This Christmas," qui a accueilli notamment The Clark Sisters ("The First Noel") et Barbra Streisand avec Chris Botti sur "When You Wish Upon A Star."

Egalement, Kelly Clarkson avec "Wrapped in Red," et des titres tels que "Wrapped In Red," "Underneath the Tree," "4 Carats."

Côté punk rock, Bad Religion a sorti un album de Xmas, baptisé "Holiday Songs". "In a world still brimming with rampant anti-intellectualism, inequality and oppression, Bad Religion's signature brand of sonically charged humanist dissent is as relevant as ever and this Christmas season, just a little more ironic", précise le groupe dans un communiqué - pas question d'être récupéré par la fête mercantile de Noël ;)

Autre bonne surprise, Kool & the Gang avec "Kool for the Holidays", qui inclut "Christmas Tyme (the Perfect Time For Love)."

Et pour bien finir le tout, je vous ai glissé une sélection de Christmas songs classiques (avec un petit penchant punk-rock ) :

The Ramones et leur “Merry Christmas (I Don’t Want to Fight Tonight)".

Lou Monte, “Dominic the Donkey:.

Frank Sinatra “Let it Snow:” Frank Sinatra signing a Sammy Kahn/Jule Styne song written on a 100 degree California day? What’s not to like?

Dans un autre genre, The Yeah Yeah Yeahs et "All I Want for Christmas".

"Fairytale of New York", des Pogues & Kirsty MacColl

Mais en leur temps, en 1957, les crooners Frank Sinatra et Bing Crosby, chantaient déjà Noël à leur manière...

samedi 21 décembre 2013

The Circle, dystopie horrifique où "Privacy is theft"

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Lorsqu'elle arrive sur le campus, à la vue de la fontaine, des courts de tennis et de volley, de la boutique intégrée, des cris d'enfants qui jaillissent de la crèche, "'Mon Dieu', pensa Mae. C'est le paradis". C'est la première ligne du livre, qui raconte le premier jour de travail de Mae Holland, une jeune femme lors de son arrivée dans une société appelée The Circle ("Le cercle"). On entrevoit ainsi, dès le début, que ledit paradis de The Circle, décrit dans le nouveau roman de Dave Eggers (ed. McSweeney's, 2013, disponible uniquement en V.O. pour l'instant) sera un enfer.

Dave Eggers, fondateur du magazine littéraire The Believer, de Might Magazine, et de la maison édition McSweeney's.qui a commis cette fiction, a publié entre autres A Hologram for the King en 2012, l'histoire d'un looser qui incarne la classe moyenne américaine qui combat pour réaliser ses rêves dans un monde globalisé et en récession.

Sur 450 pages, Dave Eggers nous raconte donc, sous le regard d'une jeune et naïve recrue, la toile que tisse la start-up The Circle dans la société - et plus que la vie numérique, comme on va le voir. Une sorte de meta-réseau social qui compile Facebook, Twitter, Google et Paypal, avec un réseau social d'échelle planétaire, Zing. Dans un futur proche, la start-up est devenue une des plus puissantes grâce à son système TruYou, qui a unifié tous les services sur Internet et aboli l'anonymat. Ses membres ont une seule identité et y rassemblent l'ensemble de leurs données - même personnelles. Une manière d'organiser la "big data" de tout individu... Le récit, qui se déroule dans un futur proche, n'est pas vraiment de la science-fiction: le quotidien des personnages nous semble très proche. Les trois Wise Men cofondateurs de The Circle nous rappellent tout créateur de start-up contemporain.

Dystopie

Mais le récrit est bien une dystopie, sous-genre de science-fiction qui est une sorte de contre-utopie, où l'auteur prend pour point de départ des fragilités de notre société contemporaine pour les tordre, les exagérer, dans un récit qui devient peu à peu horrifique, dans un Cercle vicieux. Comme tout ouvrage d'anticipation, il a donc une dimension d'avertissement. Son univers nous semble un peu familier: les blogs, Twitter, Facebook posent déjà des questions telles que la tyrannie de la transparence, la privacy en ligne perçue comme inutile (Vinton Cerf, vice-président et Chief Internet Evangelist de Google, déclarait récemment que "la vie privée peut être considérée comme une anomalie"), notre état d'esprit reflété par notre présence perpétuelle sur les réseaux sociaux, nos vies perpétuellement sous surveillance du gouvernement (effet NSA), la voracité de Google pour s'intégrer dans le monde de l'information...

The Circle apporte sa part à ces débats naissants. Eggers l'aborde par une fable, une sorte de conte destiné à être pédagogique, avec des personnages tels que la naïve héroïne qui va être dévorée par son ambition, les trois Wise Men, un Transparent Man, le mystérieux Kalden, qui émerge de l'ombre (seul personnage, dans cette ère de la transparence, à ne pas être traçable dans The Circle)... Le risque de tomber dans le pur récit de SF horrifique est contrebalancé par des anecdotes légères et distrayantes.

Secrets are lies, Sharing is caring, Privacy is theft

L'idée : on découvre au fil du récit que la merveilleuse start-up The Circle a formalisé une certaine idéologie : elle exige la transparence en tous domaines, ses slogans étant SECRETS ARE LIES ("Les secrets sont des mensonges"), SHARING IS CARING ("Partager est prendre soin"), et PRIVACY IS THEFT ("La vie privée c'est le vol", lointain détournement du mantra d'un certain Proudhon...). L'anonymat est banni, le passé de chacun est révélé, le présent de toute personne doit être enregistré et diffusé dans une vidéo en direct. Ce qui est enregistré et diffusé ne sera jamais effacé. Ces directives s'appliquent à l'ensemble des salariés de The Circle, mais au fil du livre, le grand public commence à les appliquer... L'objectif de The Circle est ainsi de couvrir tous les aspects de l'existence humaine, du vote aux histoires d'amour, sous forme de flot d'informations qui se déversent sur son portail en ligne.

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Le futur siège social de Facebook

D'ailleurs, The Circle s'avère plus que paternaliste envers ses salariés : dans ce phalanstère du futur, un peu à la manière du Googleplex que nous connaissons (reflété il y a quelques mois dans cet étrange film publicitaire dont je parlais ici, Les stagiaires), ils y ont accès à une multitude de services - restaurants, courts et salles de sports, magasin, agence de voyage intégrée qui leur organise leurs vacances dès qu'ils rentrent leurs dates de congés, chambres à disposition... Ce qui sonne étrangement contemporain : le futur siège social de Facebook, situé loin de toute ville, prévoit bien des logements juste à côté pour ses salariés. Au passage, ils sont fortement incités à participer à des multiples soirées afterwork à thèmes, dans un agenda partagé - leur vie ne doit-elle pas se dérouler au sein de The Circle ?

Monitoring de soi

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Au fil des pages, on assiste donc à la plongée aux enfers de Mae. Elle est recrutée à The Circle via sa colocataire Annie. Au début simple chargée de relation client, où elle répond en ligne aux questions et plaintes de clients, ses performances en ligne s'affichent au vu de tous sur l'Intranet de The Circle, où remontent ses notes après chaque interaction. Acharnée, Mae obtient un score record dès son premier jour de travail. Elle devient vite une championne de The Circle, approchant le cercle des fondateurs de la société.

Au passage, très corporate, elle devient de plus en plus "transparente" acceptant tout ce que la société lui demande : fusionner les données personnelles de son propre PC et son téléphone avec les appareils fournis par la société, puis partager en temps réel tout ce qu'elle fait sur le feed de The Circle, s'équiper d'un bracelet connecté qui relève ses données de santé (nous sommes bien dans le quantified self) - données dont son employeur a connaissance... Si elle est silencieuse trop longtemps, ses followers lui envoient des messages urgent pour lui demander si tout va bien. Très vite, l'entreprise exige - comme de tout salarié - sa participation active à la communauté en ligne : impossible de refuser de nouveaux "friends", ou de prendre part à de nouveaux cercles. Ceux qui s'écartent de ce "réseau social" sont de facto des parias.

L'individu doit s'effacer face à cette communauté, nouvelle humanité à l'ère virtuelle. Dans le récit, salariés de The Circle, puis personnalités politiques commencent à s'équiper de petites caméras (sortes de GoPro du futur): tout ce qu'ils font doit pouvoir être capté et partagé pour la mémoire commune, au nom de la "transparence". Une forme de nouveau totalitarisme. D'ailleurs, puisque rien ne peut être effacé, The Circle retire le bouton "supprimer". Les études, questionnaires et pétitions sont diffusés sans interruption, on vote d'un simple clic.

Peu à peu, c'est le cercle vicieux. Mae travaille de plus en plus sur les réseaux sociaux pour la prochaine récompense : augmenter ses "rates" (notations) et le nombre de millions de followers. Elle trouve chaque nouvelle demande "délicieuse" et "exaltante". Une quête éperdue de notoriété et de reconnaissance numérique, qui se mesure en données chiffrées - une sorte de monitoring de soi qui nous paraît étrangement contemporain.

Mae est plutôt la méchante que la victime de l'histoire. Elle cherche à évincer Annie du Circle vers la fin du récit. Ses motivations sont celles d'une teenager à l'ère d'Internet: décrocher les notes les plus élevées, se rapprocher des cercles de pouvoir du Circle, être populaire. C'est plus une bonne élève qu'une opposante qui voudrait prendre le pouvoir.

jeudi 28 novembre 2013

Internet des objets connectés, troisième révolution numérique ?

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Et si les objets connectés étaient la prochaine révolution numérique? En tous cas, celle qui succèderait aux révolutions de l'Internet et du smartphone - elle est même complémentaire à celles-ci. Depuis quelques semaines, l'effervescence ne cesse de monter autour de ce sujet, avec certains indicateurs, tels que la commercialisation de la montre connectée de Samsung en septembre, ou encore la levée de fonds de 45 millions d'euros réalisée cet été par notre petite pépite (cocorico), Withings. Même Bercy vient de créer une mission dédiée aux objets connectés, pilotée par Eric Careel, fondateur de Withings.

Le sujet était au cœur du dernier débat organisé, mardi soir, par le très select think tank G9+, qui rassemble des professionnels du numérique. Pour mémoire, l'Internet des objets connectés, ce sont ces objets qui peuvent se connecter les uns aux autres grâce à plusieurs protocoles (Wifi, 3G, Bluetooth...), avec pour point central le smartphone. Ils sont souvent accompagnés d’applications mobiles de services.

C'est bien le smartphone qui est le hub, le point central, de cet écosystème d'objets connectés. Et du coup, on est sans doute arrivés au bon moment: le taux d'équipement des Français en smartphones - au moins 54% en possèdent un - est suffisamment large pour qu'il permette la montée en puissance de cette nouvelle industrie. S'y ajoutent d'autres facteurs, comme le coût des compostants qui a chuté ces dernières années.

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Le smartphone étant devenu le device le plus personnel, et le plus utilisé, sur lequel on fait en moyenne 150 checks par jour : entre SMS, coups de fil, mails, sélection de musique sur son lecteur MP3, surf sur les réseaux sociaux.. je pense que le chiffre n'est pas exagéré. Des usages qui pourraient, pour la plupart, être effectués depuis un wereable device, telle une montre connectée. En un sens, l'utilisateur sur-sollicité sur son smartphone est donc déjà prêt.

"Connecter les objets est une simple étape. Ce qui est important, c'est la transformation de nos modes de capture des informations: on aura des capteurs un peu partout dans la vie des gens: autant d’informations, de data récupérées, à partir desquelles on peut fabriquer un service. Cela devient intéressant lorsque l'on a une long tail, avec beaucoup de data", souligne Rafi Haladjian, père de fameux lapin Nabaztag, un des premiers objets connectés (10 ans déjà...), et qui vient de lancer sa nouvelle start-up, Sen.se, avec une plateforme dont le but est de connecter entre eux données, objets et machines, qui sera primée au CES de Las Vegas en janvier 2014.

Pour lui, c'est sûr, l'industrie des objets connectés touchera tous les secteurs: l'agroalimentaire, l'eau minérale, (cf ce projet Smart drop d'Evian dont on parle beaucoup)... Même la Mairie de Paris vient de lancer un appel à projets sur le mobilier urbain intelligent de demain.

On distingue déjà plusieurs segments d'activité pour ce secteur industriel émergent - je suis en cela la typologie esquissée par Pascal Cagni, ex-DG d'Apple EMEA.

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Le wereable lifestyle d'abord, qui pourrait peser 50 milliards de dollars en 2016, d'après les prévisions (certes très optimistes) de l'institut IDC. Le créneau le plus prometteur, le plus grand public, parce qu'il touche à des usages très quotidiens, à la santé parfois, avec une touche fashion. J'en parlais ici, cela inclut ces montres, lunettes, bracelets... connectés, tels le bracelet Jawbone, les Google Glass, les smartwatches, ou encore le génial T-shirt d'OM Signal, qui surveille le pouls, la respiration,mais aussi le nombre de pas effectués et les calories dépensées grâce à son accéléromètre... Prometteur, parce que le déclencher a résidé dans le lancement de sa Galaxy watch par Samsung, un géant de l'électronique grand public, avec ce spot publicitaire qui réinscrit cet objet dans tout un idéal de science-fiction...

Le second segment, la digital health (e-santé), est d'ailleurs indirectement lié: là, cela représenterait 170 milliards d'objets, est un chiffre d'affaires de 26 milliards de dollars. J'en parlais dans cette enquête, outre les bracelets et montres connectés liés au bien-être (chez Fitbit, Jawbone) et au sport (Nike+ Fuelband, Adidas), et la balance connectée (Withings), on trouve par exemple Adheretech, qui permet de gérer la médication à distance, ou encore Glucodock.

Les moyens de transports, ensuite, qui représenteraient 55 milliards de dollars en 2016. Il y a déjà la Google Car, pour laquelle 7 Etats américains ont donné leur go pour des tests grandeur nature sur autoroutes. Et ces premières apps mobiles autour de l'auto, comme PayByPhone, pour repérer en temps réel les places vides sur un parking, ou ces apps qui vous poussent à monitorer votre façon de conduire pour réduire votre consommation d'essence, telles Telematics et Progressive.

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Autre segment, la maison connectée, certes annoncée depuis une dizaine d'années, mais qui pourrait cette fois enfin se lancer grâce au smartphone. Une kyrielle de start-ups proposent déjà des services mobiles liés à la domotique: le système de serrure à distance de Lockitron, le système de vidéosurveillance distant de Dropcam, où l'on peut consulter la vidéo à certains moments sur le cloud distant, ou encore le thermostat connecté de Netatmo: celui-ci, branché sur la chaudière, permet de contrôler son chauffage à distance et délivrer des diagnostics thermiques de l'habitation. Il sera primé en janvier prochain au CES de Las Vegas.

jeudi 14 novembre 2013

"Aujourd'hui, un Libé sans photo"...

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Déjà, il y a ce surtitre de Libération de ce jour, presque un épitaphe. Puis une longue explication en forme d'édito, qui trouve sa suite avec deux pages dans le journal, mais aussi des tribunes signées par les photographes Sébastien Calvet, Caroline Delmotte, et une interview de Raymond Depardon.

Et surtout, en le feuilletant, il y a ces pages marquées de gros carrés blancs, trous béants au milieu des articles, où apparaissent juste les légendes et les crédits photos : quelques signatures de photographes et de collectifs (Léa Crespi, Bruno Charoy, Sébastien Calvet, Mat Jacob / Tendance Floue) et beaucoup d'agences (AFP, Joe Raedle / Getty, AFP, Marion Ruszniewski / AFP). Avec ces blancs, le quotidien semble étrangement muet. Aujourd'hui, Libération a donc fait le choix de publier une édition amputée de ses photos, néanmoins publiées sur une double page en fin de journal, un peu comme un chemin de fer. Un coup éditorial, une grève de l'image en quelque sorte.

La veille, cet ultime chemin de fer, lors du bouclage, avec ces trous béants, avait déjà filtré sur Twitter, via le compte de Jérôme Balazard.

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Libération a donc traité à sa manière l'actu photo du moment, l'ouverture, ce matin, du salon Paris Photo au Grand Palais. A contrepied. "Choisir l'ouverture du salon Paris Photo pour "installer" des images blanches dans toutes nos pages comporte, bien sûr, un engagement de notre part", insiste l'édito. Car le contraste est saisissant : on a rarement autant parlé de l'omniprésence de l'image dans nos vies numériques, où l'on partage sur les réseaux sociaux, à longueur de journée, des photos sur notre quotidien, comme j'en parlais dans ce billet. Comme le montrait le Salon de la photo en fin de semaine dernière, les appareils photo numériques connectés à Internet, et la nouvelle génération de smartphones intégrant des appareils photo perfectionnés accentue aussi cette tendance.

Paradoxe, dans les travées du très chic salon Paris Photo, des galeries photo de Russie, de Chine, de New York, de Londres et de Paris, exposent en ce moment des tirages photos à vendre - parfois très cher, sur un marché de la collection de photos qui s'enflamme. La galerie français Polka, lancée par Alain Genestar, vend ainsi une cinquantaine de tirages photo de Sebastiao Salgado. Mise à prix: de 8 000 à 50 000 €. Un "art bicentenaire auréolé par le marché", avec des chiffres de vente fous ("5,5 millions d'euros pour des tirages de Richard Avedon"), où il y a pourtant une large zone de flou, entretenue par une bulle naissante: "Désormais, quand on ne trouve plus une œuvre, on la crée. Des descendants multiplient les tirages", souligne Libération. Et cite, à ce titre, Richard Avedon, qui a multiplié les tirages à la fin de ses jours...

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Libération défend par ces blancs dans ses pages la liberté de la presse, et dénonce la situation plus que préoccupante des photographes de presse. Et de démontrer l'importance de la photo dans l'information - la photo, plus qu'une simple illustration, est une info en elle-même, avec un angle, elle "a l'oeil sur les mœurs et usages de notre monde". "C'est un Libération où la photo a été volontairement escamotée. Du blanc en hauteur ou en largeur, comme le négatif d'images invisibles et pourtant bel et bien là. (...) Nul n'ignore la situation calamiteuse où se trouvent les photographes de presse, en particulier, les reporters de guerre, qui mettent leur vie en danger pour à peine la gagner", souligne le quotidien dans un édito au ton ferme. Une radicalité qui s'affiche donc littéralement. De fait, une récente enquête de la Société civile des auteurs multimédias (Scam) soulignait qu'un photographe de guerre sur deux perçoit des revenus inférieurs ou égaux au Smic et n'est pas assuré.

Le lien paradoxal avec Paris Photo ? Dans la galerie Magnum, hier soir, j'ai vu à vendre quelques tirages de Raymond Depardon - que l'on ne présente plus - ainsi que de Jérôme Sessini, un des photojournalistes-stars français, débauché par Magnum à l'AFP. Les reporters de guerre "exposés pour quatre jours au Grand Palais par des galeries avisés, leur sort apparemment plus enviable est en réalité un miroir aux alouettes", tranche le quotidien.

Ce qu'il faut restituer dans un contexte de crise aggravée pour les agences photo : disparition progressive des agences photo historiques, telles Sygma et Rapho, face aux défis du numérique, raréfaction des photographes salariés par les rédactions - Le Monde, L'Express, Libération font partie des journaux qui ont peut-être encore une poignée de photographes et correspondants salariés fixes (et non à la pige)...

dimanche 3 novembre 2013

Amazon, ZeGive... De l'achat au microdon en ligne en un clic

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Et si, un jour, il devenait ordinaire de reverser une partie du montant de son achat effectué sur un site de e-commerce à une ONG ? Amazon est peut-être en train de créer un précédent avec son nouveau projet, AmazonSmile. Comme l'explique USA Today, depuis mercredi dernier, aux Etats-Unis, les clients qui effectuent un achat en ligne sur le nouveau site Smile.Amazon.com, la société donnera 0,5% du montant total des achats à une œuvre caritative. Les clients pourront la choisir, dans une liste: entre St. Jude Children's Research Hospital, la Croix Rouge américaine, charity:water (l'ONG, quelque peu sujette à polémique, financée par des créateurs de start-ups)... Je peux également rentrer l'ONG de mon choix (ce que j'ai fait avec Human rights watch).

Presque tous les produits physiques en vente sur le site de e-commerce sont "éligibles", exceptés les biens numériques, et même les œuvres d'art - Amazon a ouvert il y a quelques semaines Amazon Art, un département de ventes d’œuvres.

Imaginez: le géant du e-commerce Amazon.com vend des millions de produits en ligne. Du côté du "département" virtuel d'art, Amazon propose actuellement une œuvre, Willie Gillis: Package from Home par Norman Rockwell, à vendre pour 4,85 million de dollars. Si elle était vendue via AmazonSmile, la société pourrait donner 24 250 dollars à une ONG, poursuit USA Today.

Selon le quotidien, Amazon justifie cette initiative par le fait que "les consommateurs vont adorer", et parce qu'ils pourraient acheter plus fréquemment sur Amazon.com en sachant que leur ONG préférée obtient de l'argent à chaque fois qu'il y achètent quelque chose. C'est assez nouveau: le consommateur aurait-il ainsi l'impression de consommer, d'acheter "mieux" ? Paradoxal, d’autant plus vu l'image de marque d'Amazon en France: non-rentable, accusé d'évasion fiscale, d'avoir une part de responsabilité dans les difficultés que connaissent les réseaux de librairies...

Màj 04/11 : Revers de la médaille, Amazon laisse aussi le choix entier au consommateur de l'ONG, association ou fondation qu'il va soutenir. Il n'a d'ailleurs pas même mis de filtre préalable. Via le moteur de recherche intégré, je m'aperçois que je peux soutenir tout aussi bien telle fondation mormone, la National Rifle Association, ou même l'Eglise de scientologie (qui n'est pas considérée comme une secte aux Etats-Unis, pour mémoire).

Après le «like», le give

Cette offre de microdon à l'acte d'achat en ligne n’est pas totalement inédite. En France, il y a notamment la start-up ZeGive, lancée en début d'année: là, l'idée est d'arrondir le prix d'un achat réalisé en ligne à l'euro supérieur, la différence étant reversée à une association caritative. L'ONG qui a reçu un don les rétribue à la transaction, à hauteur de 5% sur un microdon (jusqu'à 50 centimes). Le bouton «give» a ainsi été implanté sur Priceminister.com, Fnac.com, ou encore M6 Boutique, les internautes pouvant choisir de faire un don à des ONG et associations telles que Oxfam ou la Fondation Abbé Pierre.

«give» sur des médias en ligne

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Le bouton «give» commence à faire son apparition sur des médias en ligne. Ou comment l'engagement se retrouve poussé à son extrême sur des articles... Après tout, les internautes ont pris l'habitude de partager des contenus sur des réseaux sociaux, et de laisser des commentaires. Faire des dons en ligne à une ONG serait le stade supérieur. Depuis mi-septembre, Rue89, LeParisien.fr et Psychologies magazine affichent ainsi, sur certains articles, à côté des icônes Twitter, Facebook ou Google+, un nouveau bouton ZeGive. Il permet aux lecteurs de soutenir une cause liée à la thématique de l’article concerné: grâce à un logiciel d’analyse sémantique (développé par Exalead), ZeGive repère les articles sur lesquels proposer son bouton de don contextuel, qui sélectionne une association en lien direct avec le thème de l'article consulté. Ce bouton ne s'affiche donc que sur certains articles. "Pour Rue89, ce bouton est une façon de pousser un peu plus loin sa promesse participative. Parfois, nos lecteurs souhaitent aller au-delà du commentaire ou du «like»", expliquait ce dernier lors du lancement.

Par exemple, en haut d'un article sur le camp de réfugiés syriens de Zaatari, en Jordanie, le bouton apparaît et renvoie vers le programme "Urgence humanitaire pour la Syrie" d’Oxfam (qui vient en aide aux réfugiés en leur apportant abris, eau potable et nourriture). En cliquant dessus, une fenêtre pop up apparaît, qui permet de donner quelques euros à cette cause.

Le microdon, une nouvelle forme d'engagement, pour les ONG qui constate régulièrement une baisse des dons ? Un engagement plus indolore, en un clic, peut-être un gadget qui apporte aux sociétés de e-commerce et aux médias qui y recourent un vernis humanitaire sans trop de risques...

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