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dimanche 27 mars 2011

Pirat@ge: du hacktivisme au hacking de masse

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Ils sont quatre, dont trois frères, jeunes et (à première vue ;) innocents, et leur clip, "Double Rainbow song", bidouillé non pas au fond d'un garage mais dans le salon familial, avec un piano, a attiré plus de 20 millions de visiteurs. Un clip parodique qui a généré un buzz énorme, à partir d'une simple vidéo amateur d'un homme à la limite de la jouissance devant un phénomène rare : deux arcs en ciel.. Au point - le comble - que Microsoft a recruté le "Double Rainbow guy" pour sa nouvelle pub pour Windows Live Photo Gallery. Ou quand l'industrie pirate les pirates...

Les Gregory Brothers ont réalisé sans le faire exprès quelques tubes par la seule voie numérique grâce à un petit outil, Auto-Tune the News (Remixe les infos en français dans le texte), qui permet à tout un chacun de détourner des reportages TV en y superposant des montages de sons, avec le logiciel de correction musicale Auto-Tune. Comme "Bed intruder song", un remix de reportage qui montre Antoine Dodson interviewé par une chaîne TV suite à un fait divers (l’intrusion d’un inconnu dans la chambre de sa sœur). Un témoignage qui va le propulser en superstar du web lorsque les Gregory Brothers transforment ses paroles en une mélodie hip-hop vraiment efficace. Plein d'internautes ont été prêts à la voir - et la payer en ligne - une fois qu'elle était disponible sur iTunes - CQFD. Je vous laisse le plaisir de déguster cette mise en bouche...

"La propriété c'est le vol"

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De détournement satirique à piratage, il n'y a qu'un pas. J'ai eu la chance, cette semaine, de voir en avant-première le documentaire "Pirat@ge", réalisé par les journalistes Étienne Rouillon (magazine "Trois couleurs") et Sylvain Bergère, diffusé le 15 avril sur France 4 (1). Pour la première fois, un docu retrace l'histoire du piratage, avec un parti-pris du côté des hackers, parfaitement assumé. "A quoi ressemblerait Internet sans les pirates ? Au Minitel ! Depuis cinquante ans, des petits génies ont façonné le web, souvent en s’affranchissant des lois. Des pirates ? Ils sont à la fois grains de sable et gouttes d’huile dans les rouages de la grosse machine Internet". Voilà le postulat des auteurs de ce docu.

Un docu malin, forcément un peu brouillon à force de vouloir englober tout ou presque de la culture du hacking (en effleurant l'hacktivisme et les engagements citoyens qu'il implique) en 1 heure 30, parfois en surface. Mais il offre une plongée assez passionnante dans cette culture des flibustiers des temps modernes, apparus dans les années 80 - bien avant l'Internet. Dès 1983, lorsque lorsque les premiers ordinateurs font leur apparition dans les foyers (remember l'Apple I de Steve Wozniak et Steve Jobs en 1976...), les hackers font leurs débuts en essayant de casser les protections anti-copie ou en détournant les règles des jeux informatiques. Ils font leur le dicton de Pierre-Joseph Proudhon, "La propriété c'est le vol".

Dans un esprit très post-70s, l'éthique du hack, élaborée au MIT (mais que l'on peut retrouver dans le Hacker Manifesto du 8 janvier 1986), prône alors six principes:

  • L'accès aux ordinateurs - et à tout ce qui peut nous apprendre comment le monde marche vraiment - devrait être illimité et total.
  • L'information devrait être libre et gratuite.
  • Méfiez-vous de l'autorité. Encouragez la décentralisation.
  • Les hackers devraient être jugés selon leurs œuvres, et non selon des critères qu'ils jugent factices comme la position, l’âge, la nationalité ou les diplômes.
  • On peut créer l'art et la beauté sur un ordinateur.
  • Les ordinateurs sont faits pour changer la vie.

Eh oui! Car dès ses débuts, le hacking a été théorisé au mythique MIT: "Au MIT, le besoin de libérer l'information répondait à un besoin pratique de partager le savoir pour améliorer les capacités de l'ordinateur. Aujourd'hui, dans un monde où la plupart des informations sont traitées par ordinateur, ce besoin est resté le même", résume ce billet chez Samizdat. Dans l'émission, Benjamin Mako Hill, chercheur au MIT Media Lab, ne dit pas autre chose: développeur, membre des bureaux de la FSF et Wikimedia, pour lui, "l’essence du logiciel libre est selon moi de permettre aux utilisateurs de micro-informatique d’être maître de leur machine et de leurs données".

Pour ce docu, Étienne Rouillon et Sylvain Bergère sont allés voir plusieurs apôtres du hacking, tel John Draper, hacker, alias "Captain Crunch", un des pionniers hackers en télécoms. Un détournement qui tient du simple bidouillage, mais qui a contribué à créer la légende, la blue box. Il s'agissait d'un piratage téléphonique qui consistait à reproduire la tonalité à 2600 Hz utilisée par la compagnie téléphonique Bell pour ses lignes longue distance, à partir d'un simple sifflet ! Une propriété exploitée par les phreakers pour passer gratuitement des appels longue distance, souvent via un dispositif électronique - la blue box - servant entre autres à générer la fameuse tonalité de 2600 hertz.

"Napster a ouvert la voie à l'iPod"

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Leur théorie ? Internet a été construit par des hackers pour faire circuler l'information. Mais peut-être Internet a-t-il marqué la fin du hacking et son éthique d'origine. Car avec Internet, après l'ère idéaliste d'un Internet libertaire, l'industrialisation des réseaux prend vite le dessus. Les pirates du net, cybercriminels et contrefacteurs en ligne prennent le pas sur les hackers, la confusion est largement entretenue...

1999: Napster, cette immense plateforme d'échange de fichiers musicaux en ligne à tête de chat, débarque sur la Toile. Elle est fermée deux ans après mais a ouvert une brèche: le partage de fichiers musicaux entre internautes. "Napster a ouvert la voie à l'iPod", ose le documentaire. Vincent Valade bidouillera eMule Paradise - presque par hasard, comme il le raconte aux auteurs du docu, encore étonné. Sa fermeture avait fait grand bruit - initialement simple site de liens Emule, Vincent Valade est poursuivi pour la mise à disposition illégale de 7 113 films, son procès doit avoir lieu cette année. D'autres s'engouffrent dans la brèche, comme The Pirate Bay, entre autres sites d'échanges de fichiers torrents.

Les industriels de l'entertainment s'emparent aussi de ce modèle naissant. TF1 - face au piratage massif de ses séries TV ? - lance sa plateforme de vidéo à la demande - payante bien sûr, à 2,99 euros puis 1,99 euro l'épisode. "C'était un projet de marketing. C'est mon job", lance face à la caméra Pierre Olivier, directeur marketing de TFI Vidéo et Vision. Rires dans la salle.

Hacktivisme journalistique

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Et aujourd'hui? Le culture hacktiviste a imprégné plusieurs pratiques: dans le domaine du logiciel libre bien sûr, même si le docu aborde à peine ce sujet. Mais elle rayonne aussi sur de nouvelles pratiques journalistiques. Indymedia, né en 1999 pour couvrir les contre-manifestations de Seattle, lors de la réunion de l'OMC et du FMI, fut un des précurseurs: ce réseau de collectifs, basé sur le principe de la publication ouverte et du "journalisme citoyen" en vogue au début des années 2000 ("Don't hate the media, become the media"), permet à tout un chacun de publier sur son réseau.

De jeunes médias expérimentent des méthodes d'investigation en ligne, comme le site d'information Owni (dont j'ai déjà parlé ici et là notamment). Qui a pour particularité de compter dans ses équipes autant de développeurs que de journalistes - voire des jeunes geeks qui ont le double profil. Son dernier fait d'armes: cette enquête, et sa révélation selon laquelle Orange aurait "monnayé" son implantation en Tunisie en surévaluant sa participation dans une société détenue par un gendre de Ben Ali. Ici, plus d'enquête sur le terrain ou de rendez-vous avec des informateurs: le jeune journaliste Olivier Tesquet et Guillaume Dasquié (journaliste précurseur de l'investigation en ligne, qui s'est fait connaître au début des années 2000 avec Intelligence Online, une lettre professionnelle consacrée à l’intelligence économique), s'appuie sur des documents officiels (comme le rapport d''activité 2009 d'Orange), et d'autres plus confidentiels, et est illustré a renfort de copies de ces documents et de visualisations, datajournalism oblige.

Un vent nouveau dû à l'éclosion ces derniers mois de Wikileaks - là encore, son impact est effleuré dans "Pirat@ges" - dont l'ADN réside dans l'ouverture des frontières numériques - rendre accessibles à tous des données publiques, et son double, OpenLeaks. Car Wikileaks a instauré la "fuite d'informations" en protégeant ses sources, et a remis au goût du jour la transparence et le partage de données si chères aux premiers hackers. Au point que, courant 2010, les révélations de WikiLeaks ont été relayées par une poignée de grands quotidiens nationaux (dont Le Monde), qui en ont eu l'exclusivité, au prix de conditions fixées en bonne partie par Julian Assange, comme j'en parlais dans cette enquête pour Stratégies.

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Parmi les dignes successeurs des premiers hacktivistes, citons bien sûr les Anonymous, des communautés d'internautes anonymes qui prônent le droit à la liberté d'expression sur internet (j'y reviendrai dans un billet ultérieur...). Une de leurs dernières formes d'actions (évoquées sur la page Wikipedia dédiée) rappelle bien celles des premiers hackers: les attaques par déni de service (DDOS) "contre des sites de sociétés ciblées comme ennemis des valeurs défendues par le mouvement". Ce fut le cas avec le site web de Mastercard en décembre 2010, qui avait décidé d'interrompre ses services destinés à WikiLeaks.

... et hacking culture de masse

La donne a changé: le hacking n'est plus l'affaire de seuls bidouilleurs de génie. L'arrivée de plusieurs industries de l'entertainment sur le numérique, et de nouvelles barrières sur les contenus mis en ligne, implique que tout le monde est aujourd'hui concerné par le piratage numérique. Comme des Mr Jourdain qui s'ignorent, nombre d'internautes ont déjà été confrontés, de près ou de loin, au piratage numérique, en le pratiquant (qui n'a jamais téléchargé illégalement de films, de musique ou de logiciels ?), ou y étant confrontés (fishing).

De culture underground, le hacking frôle la culture de masse, avec une certaine représentation cinématographique, entre Matrix, Tron, Millenium et Lisbeth Salander, geekette neo-punk qui parvient à rassembler des données personnelles en ligne en un tournemain..

Et bien sûr The social network, qui a fait de la vie du fondateur de Facebook un bioptic. Qui a même sa version parodique, consacrée à... Twitter. En bonus, un petit aperçu du trailer de "The twitt network" ;).

Car Facebook, après tout, est un lointain dérivé de la culture du hacking, né d'une association de piraterie + industrie numérique: son fondateur l'avait créé en bidouillant un réseau local affichant les plus jolies filles de son campus... Mais pas sûr que Mark Zuckerberg ait retenu ces deux principes de la culture des hackers :

  • Ne jouez pas avec les données des autres.
  • Favorisez l’accès à l’information publique, protégez le droit à l’information privée.

(1) produit par MK2 TV avec la participation de France Télévisions, "Pirat@ge" sera diffusé sur France 4 le 15 avril prochain à 22h30

mardi 8 mars 2011

Futurise-moi.com = Meetic à la sauce ésotérique

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Un site - réseau social qui vous promet "une expérience qui permettrait de prévoir votre futur", et de trouver votre "sosie", votre double virtuel, dont "le passé peut être votre futur" : la promesse marketing de Futurise-moi.com, un site français qui vient juste d'ouvrir en version beta, est surprenante, et met vaguement mal à l'aise... Imaginez: ce réseau social vous promet de pouvoir rechercher votre "sosie existentiel", ayant le même parcours de vie, mais plus âgé que vous, donc avec davantage d'expérience. Et si cette personne avait aujourd’hui 55 ans et vous 30 et que de 0 à 30 ans vous aviez eu un parcours similaire ? Son passé entre 30 et 55 ans pourrait alors être votre futur…Voilà le postulat de base. Bon.

Le concept est plutôt fascinant : Futurise-moi ne se présente pas comme un site de rencontre, mais il a plusieurs caractéristiques d'un réseau social : un profil personnel que l'on est invité à enrichir, qui sera recroisé avec d'autres profils censés être proches, la possibilité de contacter d'autres membres au profil "proche" par e-mail, et d'avoir un groupe de contacts en ligne.

J'ai quelque peu froncé les sourcils en découvrant ce site, mais ni une ni deux, j'ai décidé de le tester cette sorte de boule de cristal virtuelle : la promesse est tellement gonflée que j'étais curieuse de le tester ;)

Une fois inscrit, pour compléter notre profil, on nous demande des éléments déjà très persos : date et ville de naissance, nationalité, sexe, situation maritale, enfants, ville, "déménagements" et villes habitées. Ensuite, l'internaute est invité à répondre à une première série de questions de base, mais qui annoncent déjà la couleur: êtes-vous majeur, avez-vous plus ou moins de 60 ans, êtes-vous retraité, avez-vous des enfants ou petits-enfants, "autonomes" ou "à charge", avez-vous un emploi... Viennent ensuite une kyrielle de questions psychos (délicieusement parsemées de fautes d'orthographe), pour déterminer vos "sphères" (sic) physique, cognitive et spirituelle, et donc votre parcours de vie, etc. Là, il faut s'accrocher au vu de l'étrangeté des questions : pour déterminer notre "sphère physique", viennent des questions surprenantes sur notre "dynamisme", notre "équilibre physique", nos "objectifs pour améliorer vos capacités physiques" ; côté cognitif, si l'on est "éveillé", "curieux"...

Etape suivante, on est invité à "ajouter une rencontre", en sélectionnant le lien avec cette personne dans une liste avec différents degrés relationnels et la "sphère relationnelle" (rencontre au boulot, en assoc, "enseignement", justice"... on apprécie au passage la novlangue qui est ici de rigueur), puis faire part de l'état de la relation au début puis à la fin. Et tant qu'à faire, on nous demande d'entrer les prénom et nom de ladite personne (ben voyons). Je fais simple, je choisis "conjoint" (un de mes ex- donc), et m'"efforce de "qualifier la relation" en choisissant dans une liste de termes "attraction" au début, "rupture" à la fin. sur le même principe, on nous invité à entrer nos "relations", avec bien évidemment nom et prénom, et lien relationnel.

L'idée, en ajoutant progressivement des relations (donc en continuant de remplir ces formulaires en ligne) étant de décrire en ligne notre "sphère relationnelle", qui "marquent votre vie et influencent fortement son cours. Vos faits marquants futurs sont peut-être les faits marquants passés de quelqu'un d'autre", nous affirme-t-on carrément, en guise d'explication, sur le site. On nous invite également à entrer des "faits marquants".

Algorithme Google puissance 1000

Enfin, étape très attendue, le clou du spectacle : "vos matches". Car voilà la promesse, le vernis scientifique de Futurise-moi.com: un algorithme est censé définir votre vie en fonction des réponses données pour voir qui a le parcours de vie qui vous correspond le plus. "Notre algorithme déterminera alors votre profil, et notre moteur de recherche vous proposera des sosie existentiels qui vous correspondront le plus", promet Futurise-moi. On peut alors solliciter ces "sosies" pour comparer les expériences.

Alors forcément, je me suis interrogée sur cet incroyable algorithme : imaginez, c'est un Google puissance 1000, que l'on n'aurait osé imaginer dans nos rêves les plus fous ! En fouillant un peu sur le site, on apprend que "cet algorithme a été mis au point à la suite de recherches sur les comportements humains. L’auteur vous propose de tester sa pertinence et son exactitude. Bien évidemment l’algorithme évoluera en fonction des résultats constatés". Il s'agit donc d'un outil évolutif... Manque de bol, Futurise-moi ne communiquera jamais sur ce sujet. est-il indiqué en gras dans les FAQ du site - voilà qui est embêtant.

"Sosie existentiel"

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Dans la rubrique "matches", donc, on me conseiller bien sûr de compléter au max mon profil, et d'inviter tous mes contacts à s'inscrire sur Futurise-me.com: forcément, j'aurai plus de chances de "trouver mon sosie existentiel", me promet le site. Et donc je découvre mes "sosies virtuels" potentiels: ce n'est pas encore gagné, puisque Chloé, Catherine, Sylvain, Aurore, Denis, Grégory... sont mes doubles virtuels à hauteur de 11,85% pour presque tous d'entre eux (vous admirerez la rigueur toute scientifique du pourcentage). Re-manque de bol, je ne saurai rien sur eux, je peux juste les contacter en leur envoyant un message...

A terme, ce site doit permettre d'avoir une base de données qui facilite la rencontre de personnes qui se correspondent - à condition d'avoir une base de données importante, qui sera hyper-qualifiée au vu de la batterie de questions auxquelles l'internaute est invité à répondre. On sera curieux de voir ce qu'on feront les concepteurs du site, même s'ils promettent une confidentialité absolue sur le traitement des données. Au fait, qui est à l'origine de ce site saugrenu ? Loin d'être une start-up qui se rêverait un avenir à la Facebook en devenir, c'est une société de conception de sites web, l'agence Révolutions (filiale du groupe Leo Burnett France, Publicis Groupe), qui a lancé Futurise-moi.com.

Bon, ce type de site me laisse perplexe, avec un vague arrière-goût de délire ésotérique à la sauce 2.0: c'est cool, maintenant, après les plates-formes pour se faire des amis, pour flirter ou pour échanger des connaissances pointues, en voilà une qui vous promet de vous dire votre avenir. Alors là, un site qui me promet de me trouver mon double virtuel, par la seule grâce d'un réseau social qui croiserait les données persos de ses membres grâce à un mystérieux algorithme... Enfin, peut-être est-ce l'avenir de la voyance.

dimanche 6 mars 2011

Orange en Tunisie; Transmedia; dress code; Julian Assange Inc.; Atlantico

Comme de coutume (même si vous aurez remarqué que je ne tiens pas vraiment le rythme hebdo ;) ma sélection de liens hebdos, entre les billets que j'ai appréciés, l'actu tech, médias, innov... de la semaine.

  • Avec un peu de retard, cette enquête que j'avais publié dans Stratégies - Quand les musées accueillent des expos dédiées aux marques... Une vitrine idéale pour mettre en avant leur patrimoine et leur histoire, mais cette association marques-musées fait débat.
  • Quand des médias s'insurgent contre la transparence. qui minent modèles d'affaires et scoops : à lire chez

governingpeople.com.

  • S'il se confirme, assurément c'est un des premiers scoops du jeune média (dont j'ai parlé ici) Owni: d'après cette enquête, Orange aurait monnayé son implantation en Tunisie.
  • Comment s'habiller quand on a du pouvoir? Le dress code mûrement réfléchi de Steve Jobs et Mark Zuckerberg, entre autres personnes de pouvoir, passé en revue par le NYT.
  • A 19 ans, il lève 5 millions de $ et s'attaque à Google sur le social search... Chez Ink.
  • L'apôtre de la transparence Julian Assange dépose son nom comme marque commerciale, décrypte Numerama. Business is business...
  • C'était le lancement de de la semaine, le dernier-né pure player de l'info en ligne, on en parlait en avant-première dans Stratégies la semaine dernière: Atlantico se lance à la conquête du Web.
  • Et enfin, RIP Pierre Bilger - ancien PDG d'Alstom, un des rares patrons-blogueurs, que j'ai eu l'occasion d'interviewer il y a qques années, investisseurs chez Owni lors de son lancement (10 000 € pour 5% du capital de la société à la création).

lundi 28 février 2011

"Nous sommes tous des cannibales"

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Lady Gaga qui se présente aux MTV Video Music Awards vêtue d'une robe de viande saignante, le succès auprès des ados de Twilight et des romans de vampires, les 33 mineurs qui "auraient songé au cannibalisme", sans compter de récents "faits divers" , telle la pulsion cannibale de Nicolas Cocaign, sur laquelle @AbstraitConcret est revenu récemment dans ce passionnant billet... Pas de doute, cannibalisme (qui "se pratique en groupe avec un rituel ou comporte tout du moins un tenant culturel", rappelle @AbstraitConcret) et anthropophagie (acte d’un individu isolé, dépourvu de cérémonie) sont plus que jamais omniprésents, aussi bien dans la création artistique pointue que l'entertainment.

Inhumanité et nihilisme

J'en suis ressortie hier midi secouée. La Maison rouge (la bien-nommée...) propose "Tous cannibales", une étonnante exposition sur la chair et le cannibalisme dans l'art. Des classiques comme Cranach aux artistes contemporains, 47 artistes sont mis en avant dans cette expo sauvage et violente, qui vous prend aux tripes - c'est parfaitement le but recherché. Qui montre que le cannibalisme peut être trash, provocateur, mais aussi profondément nihiliste. Car ce phénomène, particulièrement tabou en Occident, en dit long sur la nature humaine - et fascine, étant une forme de crime ultime à la lisière de l'inhumanité, de l'animalité.

Surtout, de tous temps, la représentation de la dévoration a permis aux artistes de dénoncer la violence de la société. Le sujet est d'autant plus omniprésent que l'"on vit dans une époque aseptisée, où l'on procède à la chirurgie esthétique, au clonage, on assiste au retour de l'anorexie ; on quitte son cors pour un autre. Et, dans le même temps, l'homme contamine son espace vital et ce dont il se nourrit (vache folle, biosphère..)", expliquait très justement Jeanette Zwingenberger, commissaire de l'exposition, dans une interview à Télérama cette semaine. Bref, à ses yeux, la femme bionique accro à la chirurgie esthétique, la fascination pour les tatouages, piercings et autres formes de scarification, voire le transhumanisme relèvent du même phénomène.

Ingestion, injection, greffe, transplantation

Y a-t-il une différence réelle entre ingérer le corps de l'autre et en introduire volontairement des parties ou des substances dans son propre corps, par injection, greffe ou transplantation ? Il existe peut-être d'autres formes de cannibalisme, sous d'autres formes, parmi nous, voilà ce que veut nous démontrer cette expo très provoc'. Et nous pousser dans nos retranchements.

"Nous sommes tous des cannibales. Après tout, le moyen le plus simple d'identifier autrui à soi-même, c'est encore de le manger". Voilà ce qu'écrivait Claude Levi-Strauss dans La Repubblica en 1993, pour qui l’anthropophagie des peuples indigènes d’Océanie ou d’Afrique était un équivalent à l’eucharistie ou aux transferts d’organes pratiqués en Occident.

Il y a d'abord, bien sûr, les mythologies les plus anciennes de la dévoration: depuis la déesse Kali,Tantale et Polyphème qui font acte d'anthropophagie, ou Saturne (Chronos dans la mythologie romaine) qui dévore ses enfants à leur naissance, pour éviter que ne s'accomplisse la prédilection selon laquelle il serait détrôné par l'un d'eux...

De ce masque rouge de Giovanni Battista Podesta, une représentation du diable peu éloignée de celles du Moyen-Age, en passant par une gravure de Lucas Cranach L'Ancien du loup-garou, où l'homme dévore ses semblables,en passant par celle du sabbat des sorcières, où celles-ci se livrent à des rites et des orgies et s'abreuvent de sang (Goya s'en inspirera) - jusqu'au XVème siècle, l'anthropophagie est représentée comme une pulsion aux origines maléfiques, qui menacent la société et l'Eglise.

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Même dans des gravures d'époque, le Gargantua de Rabelais est représenté s'empiffrant joyeusement de bonshommes...

Sans compter le (faussement) univers des contes pour enfants, d'Hansel et Gretel et l'ogre dévorant ses enfants, au Petit Chaperon Rouge...

Une autre vision du cannibalisme succède au XVème siècle, lors des grandes explorations: des Antilles à l'Amérique, puis sur les premières photos du XXème siècle: des photos de "sauvages" primitifs, où le cannibalisme est assimilé à un instinct primitif, proche de l'état animal: une vision colonialiste que véhiculent alors les photos "ethnographiques", dont celles prises par les frères Dufty sur les îles Fidji.

Au XVIIIème siècle, la cannibale prend aussi la figure du buveur de sang: vampire popularisé par les contes et légendes populaires, depuis les contes pour enfants pour Grimm, et par Bram Stoker - repris à l'infini au cinéma, depuis le puissant muet Le Vampire de Murnau au gothique Dracula de Francis Ford Coppola.

Société de consommation

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Mais l'expo va bien plus loin qu'un passage en revue de l'art classique. Elle montre l'omniprésence du cannibalisme dans l'art contemporain - les artistes en font un relais destroy de messages non moins percutants. En 1987, Jana Sperbak revêt cette robe de chair (concept récemment repompé par Lady Gaga, comme je le disais plus haut), parure comestible et périssable, à notre image.

Avec le moulage d'un corps obèse qui se vide sur le sol, "Fatman", John Isaacs représente toute la cruauté de la société de consommation.

A coup sûr, le cannibalisme permet de remettre en cause des piliers sociaux - dont l'Église, bien sûr. La commissaire de l'expo a ainsi choisi d'inclure la tétée: le petit dévorant sa mère. Une manière de voir les choses... Côté classique est ainsi exposée une Vierge à l'Enfant d'un atelier de l'Europe du Nord du XVème siècle, qui nourrit l'enfant Jésus.

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Œuvre côtoyée par des cousines plus trash: une photo de Cindy Sherman représente une madone sans enfant qui tend un sein, étrange prothèse à l'artificialité évidente. Quelques mètres plus loin, une photo ("Lait miraculeux") de Bettina Rheims de sa série «Chambre close» de 1992, où l'on voit une jeune femme coiffée d'un voile noir et habillée d'un soutien-gorge d'allaitement, offrant au regard un sein volumineux dont coulent quelques gouttes de sang...

dimanche 13 février 2011

«Elle», ou la chirurgie plastique pour les nulles

Je vous parlais cette semaine de transhumanisme, il y a une certaine continuité avec le sujet ci-dessous. Prémisse possible à la femme bionique du futur, dont la quête de la perfection physique passe par le recours à la science - au bistouri donc.

Cela tombe bien, Elle de la semaine dernière y consacrait un (effrayant) dossier. Avec pour point de départ un marronnier ("Spécial rajeunir"), sur une vingtaine de pages, Elle nous laisse à penser que le recours à la chirurgie esthétique est la norme - eh non, vous n'y échapperez pas !

Étonnamment (enfin non...), dans ce numéro, les publicités pour les crèmes et sérums anti-âge sont surreprésentées: une dizaine de pubs (contre 3 dans le Elle suivant). Ah, et également, une pub pour la solution d'acide hyaluronique Juvéderm (labo Allergan). Bien sûr, il n'y a pas de pubs pour des labos ou les cliniques spécialisées en chirurgie esthétique - le Code de Déontologie Médicale le leur interdit... On imagine d'autant mieux la satisfaction des ((nombreux) médecins, chirurgiens et autres dermatos spécialistes à être cités comme "experts" dans Elle !

J'ai demandé à une de mes collègues, Delphine Le Goff, journaliste médias à Stratégies, qui avait elle aussi quelque peu halluciné en feuilletant Elle, d'analyser avec son regard la ligne éditoriale adoptée par le féminin sur ce sujet. Cela tombe bien, "Magazine junkie", elle revendique "une addiction au papier glacé". La presse féminine, française ou anglo-saxonne, faisant partie de ses plaisirs coupables. Je lui laisse la parole...

   - -

Elle

C’est un grand classique de la presse féminine, comme les «Spécial Mode» et les «Spécial Maigrir». Mais cette année, Elle a franchi un cap avec son numéro « Rajeunir », sorti le 4 février dernier. Déjà, le discours a subtilement changé. Là où, jadis, on promettait aux lectrices mille sortilèges afin de «rester jeune», là, il s’agit carrément de «gagner au moins dix ans»...

Dès la couverture, on a du mal à s’empêcher de rire : c’est Demi Moore qui a les honneurs de la «Une». «Je vis les plus belles années de ma vie», déclare l’actrice de 48 ans. On l'espère pour elle : l’actrice est connue pour être refaite du sol au plafond avec, paraît-il, 250 000 euros de chirurgie esthétique ! Le portrait consacré à l’actrice reste extrêmement discret sur ce point : « Si retouches il y a (elle refuse d’en parler), elles sont nickel. Son front est lisse, mais quelques petites rides, qui plissent joliment autour de ses yeux mordorés et une microcicatrice sur la joue montrent qu’elle maîtrise les limites du genre dans un milieu où la chirurgie et le Botox sont des drogues ».

Un peu plus loin, Demi nous donne gentiment les secrets de sa jeunesse éternelle : « Je souris beaucoup : ça rehausse le visage et l’être en général. Je me nourris bien, j’évite les sucreries, je bois énormément de lait de coco et je fais du sport ». Merci du tuyau, Demi.

«Réflexes esthétiques», ou comment faire de la chirurgie une norme

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Mais si on en croit les pages du dossier « Spécial Rajeunir » qui suivent, le sourire et le lait de coco, ça ne va pas suffire. Les sujets ont quasiment tous des relents de salles d’opération. A la question «Le "liquid lift" va-t-il tuer le lifting ?», la réponse semble être non, avec cet argument savoureux: «le lifting n’est pas si cher. Il coûte 5 000 euros, mais les injections c’est non-stop !».

Plus loin, dans l’article « Crèmes, piqûres : ce que les médecins choisissent pour elles », des dermatologues et des chirurgiennes esthétiques exposent leur propre traitement anti-âge. Tiens donc ! Elles passent quasiment toutes par la case «lifting dans quinze ans», «Toxine botulique trois fois par an» ou «chirurgie des paupières».

Une série de portraits intitulée « Elles ont tout compris ! » montre des femmes de 36 à 66 ans et leurs «réflexes esthétiques ». Là aussi, on est noyé sous la toxine botulique, la toxine hyaluronique (à ne surtout pas confondre, semble-t-il) et les projets de chirurgie. Dans ce numéro qui pourrait s’intituler « La chirurgie plastique pour les nulles », on nous explique même comme lire un devis d’acte esthétique avant ravalement, avec un glossaire «Spécial débutantes» pour bien faire la différence entre laser antitâche, laser fractionné, peeling moyen, méso-réjuvénation…

Pacte faustien

Elle essaie bien de nuancer son propos, avec un papier sur les ratés de la chirurgie («Ça devait me rajeunir, ça me vieillit», ah oui, c’est fâcheux !) et cette question, aux accents quasi-métaphysiques : «Le Botox rend-il heureuse ?». Soulagement pour l’accro aux injections : aux Etats-Unis (grande patrie de la chirurgie et du Botox) certains médecins affirment que la toxine botulique, qui a décidément tout pour plaire, est un remède contre la dépression…

En attendant, ce qui est vraiment déprimant, c’est la lecture de ce numéro, anxiogène au possible. Est-il possible de vieillir sans passer par le billard, et sans débourser des milliers d’euros ? Etrange pacte faustien que celui de Elle, qui en adoptant ces injonctions à la jeunesse éternelle, semble avoir vendu son âme aux chirurgiens plastiques. On ne peut s’empêcher de penser à la scène mythique du film Brazil, où la mère du héros, obsédée par son apparence, se fait étirer exagérément le visage. C’est peut-être cette femme, en fait, que Elle aurait du mettre en couverture…

Delphine Le Goff

vendredi 11 février 2011

Même pas mort dans ma deuxième vie numérique !

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Avez-vous déjà songé à ce que pourront devenir vos mails, vos tweets, votre page Facebook ou votre blog une fois passé à trépas ? Le fantôme de votre double numérique continuera-t-il à hanter le cyberespace à coup de posts automatiques et de "c'est votre anniversaire" sur le "Social Network"? Votre compte Twitter continuera-t-il à vivre alimenté par des posts en 140 signes robotisés ou sera-t-il usurpé par un proche ou un inconnu entretenant l'illusion pour vos 4000 followers ? Sans y penser, vous semez chaque jour, à chaque heure, parfois à chaque minute les traces de votre existence et de vos pensées sur les dizaines de milliers de serveurs qui font battre le cœur du Réseau. Et vous assurez ainsi une postérité numérique, une forme d'immortalité sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Demain, à partir de cet ADN digital, vos descendants pourront peut-être recréer votre personnalité sous la forme d'un avatar "3D" doté d'une intelligence artificielle avec qui ils pourront conserver: "C'était comment mon Aïeul au début du XXIème siècle ? Et qui était cette femme que tu as tant aimé ?".

Encore plus fou, n'avez-vous jamais rêvé (ou cauchemardé) de renaître à la vie par la grâce d'une manipulation de votre ADN biologique cette fois, cloné par quelque savant fou qui donnerait naissance à un Golem de chair qui serait un deuxième vous-même ? Et si d'aventure il était possible un jour de "sauvegarder" votre conscience, ce pur esprit que les croyants appellent l'âme, pour la télécharger sur un disque dur et ressusciter des morts tel Lazare sous la forme d'un homme-machine que l'on appelle Cyborg ?

Le sujet est troublant, dérangeant. Pourtant, il faudra bien se pencher dessus, alors qu’un business commence à émerger autour de la gestion de votre vie numérique, de l’archivage de votre vie numérique, avec notamment le projet Total Recall ourdi par un Docteur de Mabuse de Microsoft. Votre vie numérisée pour l'éternité, l’immortalité digitale, la transcendance de l'humanité et son "augmentation" par la machine...Justement, il en était question au cours de la soirée #jesuismort , organisée mardi à La Cantine par nos amis de L'Atelier des Médias de RFI, Silicon Maniacs et Owni. Une soirée-débat particulière, avec des invités étranges (entre autres un président de l'Association Française Transhumaniste, un membre de la Singularity University...) où l’on a beaucoup causé immortalité et transhumanisme, cette mouvance culturelle qui prône l'usage des sciences et des techniques pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.

Un truc de doux dingues ? Pas si sûr quand Eric Schmidt de Google s'y met: "Ce que nous essayons de faire c'est de construire une humanité augmentée, nous construisons des machines pour aider les gens à faire mieux les choses qu'ils n'arrivent pas à faire bien"...

Cela faisait donc longtemps que nous voulions nous pencher sur ce sujet existentiel et vertigineux avec mon confrère blogueur et journaliste Jean-Christophe Féraud. A la faveur de l'évènement #Jesuismort, nous avons donc décidé d'écrire ce billet en commun et de l'accueillir sur nos blogs respectifs (vive les billets co-brandés ;)

Cimetière post-mortem

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Nos traces numériques esquissent déjà des prémices à notre postérité digitale. Vous êtes peut-être déjà tombés, au gré de vos pérégrinations sur Facebook, sur des pages de personnes décédées. J'ai déjà atterri par hasard sur la page Facebook du frère d'un ami, disparu en mer. Son wall était resté ouvert, en accès libre, ses amis et sa famille continuaient à y déposer des messages d’hommage post-mortem. Jean-Christophe a connu la même expérience suite à la mort soudaine d'un vieil ami journaliste...Troublant : Facebook devient alors un cimetière, où les gens développent des rituels funéraires virtuels.

Justement, mardi soir à #Jesuismort, Tristan-Mendès France, un temps assistant parlementaire, maintenant blogueur, documentariste et chargé de cours au Celsa, nous a longuement parlé de cela – ces rites funéraires qui commencent à se développer dans des mondes virtuels. La première fois, que cela s’est produit c'était dans le jeu en réseau "Word of Warcraft" en 2005 : suite au décès d’une gameuse, un véritable rituel funéraire a été organisé dans le monde de Warcraft pour lui rendre hommage…

Pour Tristan, c’est sûr, on est face à un véritable « cimetière virtuel » sur Facebook, qui compterait 5 millions de morts (ou plutôt de profils de personnes décédées), laissés ouverts, volontairement ou pas, par les familles. Et de fait : c’est un peu affolant, mais rien n’a été prévu par les Facebook, Twitter, LinkedIn et autres réseaux sociaux pour supprimer le profil d’une personne décédée ! Idem pour les plateformes de blogs, les moteurs de recherche… Au niveau juridique, c’est la jungle. Au point que quelques sociétés imaginent sûrement des solutions de marchandisation post-mortem. Imaginez : bientôt, à défaut d’être immortel physiquement, vous pourrez sans doute vous acheter une immortalité digitale, garder une présence en ligne, sous la forme d'une concession virtuelle éternelle ou réduite à 20, 30 ou 50 ans...

Parallèlement, des futurologues, gourous du transhumanisme, tels Raymond Kuzweil, Aubrey de Grey, et autres doux dingues le jurent: la mort est un phénomène dont on peut guérir. Certains prédisent l’immortalité dans 15 ou 20 ans grâce au séquençage du génome humain, entre autres évolutions technologiques. Lisez plutôt le Manifeste des Extropiens, une nouvelle religion conceptualisée par le bon docteur Max More :

"Nous mettons en question le caractère inévitable du vieillissement de la mort, nous cherchons à améliorer progressivement nos capacités intellectuelles et physiques, et à nous développer émotionnellement. Nous voyons l'humanité comme une phase de transition dans le développement évolutionnaire de l'intelligence. Nous défendons l'usage de la science pour accélérer notre passage d'une condition humaine à une condition transhumaine, ou posthumaine. Comme l'a dit le physicien Freeman Dyson, 'l'humanité me semble un magnifique commencement, mais pas le dernier mot" (Introduction à "Principes extropiens" 3.0).

Un délire de l’humain parfait flirtant dangereusement avec l'eugénisme et l'homme nouveau national socialiste qui a été abondamment inspiré la Science-Fiction d'avant et d'après guerre, du "Big Brother" d'Orwell au Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley. Et que l'on a vu recyclé dans plusieurs films, notamment « Bienvenue à Gattaca » où des jeunes gens au patrimoine génétique parfaits étaient programmés pour partir à la conquête de l’espace…Pour mémoire, voyez plutôt ce petit extrait:

Etranges concepts

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C’est là, que défilent d’étranges concepts survolés lors de la soirée #Jesuismort. On a brièvement parlé de cryogénisation (vous savez, cette théorie – très en vogue il y a une dizaine d’années – consiste à se faire congeler pour ressusciter dans un futur proche ;) : déjà has been. Il fut aussi question d’ "uploading de l’esprit" ou comment transférer le contenu d'un cerveau sur disque dur, en l'ayant préalablement numérisé. Un ordinateur pourrait alors reconstituer l’esprit par la simulation de son fonctionnement, sans que l'on ne puisse distinguer un cerveau biologique « réél » d'un cerveau simulé...Totalement naïf et délirant vous diront tous les neurologues vu la Terra Incognita que reste notre cortex pour la science. Le concept apparaît pourtant dans "Matrix" et ses suites, mais aussi dans La Possibilité d’une Ile de Michel Houellebecq, où le "mind uploading" est évoqué comme un composant de la technique permettant de vivre, jeune, plusieurs vies successives avec un corps et un esprit identiques. De vaincre enfin l'obsolescence de l'humanité...

Les tenants du transhumanisme y croient dru comme fer: en plein débat sur la réforme de la loi sur la bioéthique (le texte est en débat au Parlement en ce moment), ils ne jurent que par les propositions « technoprogressistes ». Comme par exemple, « autoriser le libre choix de la gestion pour autrui, notamment dans le cas des mères porteuses », expliquait mardi soir Marc Roux, étrange président de l’Association Française Transhumaniste. Pour lui, c’est simple, « le législateur est très en retard sur ces sujets ».

Ces délires scientistes autour du transhumanisme connaissent déjà quelques prémisses. Vous voulez savoir si d'aventure vous n’avez pas quelques prédispositions pour avoir un cancer ou la maladie Alzheimer ? Une kyrielle de start-ups pullulent sur le Net, et vous proposent déjà d’analyser votre ADN, telle 23AndMe (oh tiens donc, fondée par l’épouse de Sergey Brin, un des fondateurs de Google…on y reviendra), d’explorer votre patrimoine génétique, ou plus prosaïquement de faire un test de paternité. Quitte à conserver dans leurs bases de données ces précieuses données très intimes vous concernant… au risque de les revendre dans quelques années.

"J'ai vu tant de choses que vous humains ne pourrez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre de la porte de Tannahauser.Tous ces moments se perdront dans l'oubli. comme les larmes dans la pluie...", déclamait Roy, le répliquant de "Blade Runner" qui, comme nous pauvres humains, ne voulait pas mourir. Il s'est trompé peut-être...

Pour conclure, voici un extrait de ce bouleversant monologue de Fin:

Capucine Cousin et Jean-Christophe Féraud

dimanche 6 février 2011

Superbowl; Tweet-article; Facebook Deals; Pierre Bergé; White Stripes; Love Confident...

Une fois n'est pas coutume, la traditionnelle revue (non exhaustive) du web, avec une sélection de liens sur ce qui a fait l'actu techno, médias, pipole, culturelle, et web cette semaine.

  • Ce soir sera diffusé le SuperBowl aux Etats-Unis... Un jackpot pour les chaînes, y compris en termes de vente d'espaces publicitaires, avec 60 spots prévus cette année (voir cette sélection), dont pour la tablette de Motorola, ou encore Groupon. La nouveauté, cette année, étant que les annonceurs ont bâti un dispositif plurimédia, qui privilégie Facebook, Twitter et YouTube.
  • Nicolas Demorand, futur patron de Libération, présentait jeudi matin devant la rédaction son projet. Le JDD en a rendu compte dans cet article avec une méthode journalistique inédite: l'article rédigé à partir de tweets. CQFD.
  • La ferme de contenu d’AOL, racontée par un ancien, ou le règne des billets sous-payés avec pour référent le classement par les moteurs de recherche. Cela tombe bien, RDV Wikio demain matin, je serai curieuse de connaître leur position sur le sujet...
  • Les vrais début de la géolocalisation mobile, grâce aux réseaux sociaux ? Une nouvelle piste pour les annonceurs, alors que Facebook vient d'ouvrir en France Facebook Deals.
  • Autre nouvelle forme de pub, les miroirs vidéos publicitaires dans des toilettes publiques: en l'occurrence, des miroirs publicitaires installés dans les toilettes de l’aéroport O’Hare de Chicago (d’autres lieux à venir) par Clear Channel Outdoor et Mirrus. . Eh oui...
  • Marion Cotillard vous gonfle ? Pourtant, les Américain l'adooooorent. Normal, c'est une pro du marketing.
  • EMI repris... par une banque, la fin d'une époque: Terra Firma cède 100% de ses parts à CityGroup, avant une probable cession à Warner, alors que la maison de disque est endettée à hauteur de 1,4 milliards d’euros.
  • Music (2): c'était the bad news de la semaine, les White Stripes annoncent leur séparation. It's over... Demain, je ressors mon T-shirt (rouge) de fan acheté lors de leur dernier concert parisien, il y a deux ans.
  • Pierre Bergé et son expo financée par la mairie de Paris (vous savez, celle consacrée à Yves Saint Laurent, accueillie par le Petit Palais durant 6 mois en 2010), entre autres exemples d'expos dédiées 100% à des marques et leurs patrimoines... Au risque, parfois, d'un certain mélange des genres. J'y ai consacré cette enquête (en accès payant sorry) dans Stratégies cette semaine.
  • Pointé par @LaPeste, Love Confident, un Meetic féminin qui flirte dangereusement avec la délation.

lundi 31 janvier 2011

Le plagiat, c'est branché

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La petite question provoc', lâchée par un des humoristes-maison de Canal +, lui a valu une réponse cinglante, d'une sincère colère. Et ça rassure. Jeudi dernier, pour sa pastille d' interview quotidienne dans le "Grand Journal" de Canal, Mouloud Achour a décroché cette semaine une interview avec James Ellroy, une des légendes vivantes de la littérature américaine, à l'origine de polars sombres et ultra-documentés. Lequel vient de publier un livre passionné, La Malédiction Hilliker, une esquisse d'autobiographie sous-titrée "mon obsession des femmes", et était de passage à Paris pour l'occasion (mon confrère et ami Jean-Christophe Féraud relate cela avec passion).

Le plagiat, un "crime"

En bon comique, Mouloud Achour chute son interview sur cette petite question : "Avez-vous déjà copié un livre de quelqu'un d'autre ?". LA réponse fuse, telle un uppercut : "C'est une question très offensante ! Au point que nous avons presque terminé cette interview. Vous me demandé si je suis un plagieur ! Non, je ne suis pas un plagieur ! Ce serait un crime ! Cette interview est finie". Visiblement, l'humoriste ne s'y attendait pas.

Une petite question, qui montre que le sujet du plagiat s'est imposé dans l'actualité littéraire, voire banalisé. Il est dans l'air du temps, parce que plusieurs cas de plagiat ont égratigné les milieux littéraires ces derniers mois. Les auteurs des dits trahisons *écarts* démentent, ou se taisent, ou parfois laissent passer de manière décomplexée. Contrairement à James Ellroy, qui exprime une froide colère à cette simple saillie. Une "réaction de vrai écrivain quand on lui parle de plagiat", remarque Mouloud Achour, ce qui est totalement juste.

Cela peut simple désinvolte, cynique, mais le plagiat s'est-il imposé comme une pratique branchée ? Sur ces derniers mois, plusieurs cas de plagiats, discrets ou grossiers, ont émaillé l'actu culturelle.

Houellebecq adore Wikipedia

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Septembre 2010. La carte et le territoire de Michel Houellebecq commence à faire parler de lui, il se murmure qu'il pourrait - enfin - décrocher le prix Goncourt . Pourtant, un accroc apparaît : quelques jours avant sa sortie, Vincent Glad, journaliste à Slate.fr, révèle que Houellebecq, un des écrivains français contemporains les plus connus, a carrément repris des extraits de Wikipedia pour certaines pages de son livre.

Une encyclopédie en accès libre en ligne comme source ! Le scoop du jeune journaliste est totalement avéré, l'écrivain ni la maison d'édition ne démentent. Loin de parler d'un "plagiat" gratuit, il nuance dans son article : il s'agit de "reprises" pouvant "s'apparenter à des «collages» littéraires", et qu'elle n'ont "rien de scandaleux en regard du style de Michel Houellebecq". Ce qui est juste, mais donc consacre la "reprise" d'extraits de textes antérieurs comme étant inhérente à un genre littéraire...

Cerise sur le gâteau, on a découvert que le titre du dernier opus de Michel Houellebecq était lui-même celui d'un autre ouvrage : il a été accusé de contrefaçon par Michel Levy, auteur d'un texte au titre homonyme, auto-édité en 1999 et déposé officiellement à la BNF. L’éditeur du livre aurait donc décidé de ressortir le recueil agrémenté d’un bandeau rouge où l’on peut lire "Édition Originale" (joli argument marketing)... En attendant, la justice tranchera sur ce "plagiat de titre" - Flammarion revendique estime tout à fait banale "l'association de deux mots de la langue courante".

Un exemple plus léger ? Pour le mondial de foot, l'été dernier, la très sexy chanteuse latino Shakira est retenue pour écrire le titre officiel du Mondial : elle sort, "Waka waka", un morceau aux tons africains, exotiques, léger, qui sera évidemment un tube. Juste, on découvre qu'elle s'est fortement inspirée du groupe camerounais Zangalewa (je vous laisse comparer les deux par ici). Bon, finalement, tout est bien qui finit bien, le groupe n'y voit qu'une simple "adaptation". Après quelques (juteuses) négociations entre son avocat et Sony Music.

Hemingway / PPDA

Le 19 janvier 2011, Jérôme Dupuis, journaliste à L'Express révèle une petite bombe : pour sa biographie - pavé consacrée à Ernest Hemingway, Hemingway, la vie jusqu'à l'excès, Patrick Poivre d'Arvor a purement et simplement plagié une centaine de pages d'une autre biographie de l'écrivain, écrite par Peter Griffin et publiée en 1985, épuisée en France depuis. Nous ne sommes plus là dans l'habile reprise de quelques passages, mais une centaine de pages, avec des passages parfois réécrits: L'Express propose des comparatifs sur son site web, puis enfonce le clou le 31 janvier, en comparant de nouveaux extraits (vous noterez en bas de cette page web la pub Fnac.com... pour acheter ledit livre de PPDA ;).

La biographie, qui sort en librairies le 21 janvier, est du coup précédée d'une publicité bien peu flatteuse. Et l'on découvre l'existence d'un nègre (pardon, une "lectrice") sur cet ouvrage, que PPDA charge bien peu élégamment. D'après l'"auteur" donc, le livre envoyé à la presse avant sa mise en librairie n'était qu'une version provisoire que PPDA n'avait pas validée... même s'il avait dédicacé de nombreux exemplaires. O tempora ! O Mores ! (oui, je pille là Ciceron sans crainte).

Certes, tout est loin d'être éclairci. Mais sans complexes, PPDA réplique à longueur d'émissions radio et de plateaux télé : toute la vérité sera éclaircie, et il entend bien déposer plainte pour diffamation pour ces infamies, assure-t-il. Encore jeudi soir, il joue le rôle de "réhabilitateur" de feu Hemingway - vous comprenez, il faut passer outre ces fausses polémiques, ce qui compte est de remettre en lumière l'œuvre de Hemingway, raconte-t-il tranquillement, dans l'émission de François-Olivier Giesbert jeudi soir.

Johnny écoute de la musique réunionnaise...

Le plus fou, donc, étant que même des monstres sacrés de la littérature ou de la musique empruntent à d'autres en "oubliant" de citer leur source d'inspiration. La semaine dernière, on a découvert que même Johnny, notre rockeur national, avait repompé un morceau antérieur pour le premier single de son dernier album, "Jamais seul", co-signé avec Matthieu Chedid. Il y a quelques jours, le patron de la radio Tropic FM, Claudy Siar, affirmait que la nouvelle chanson de Johnny Hallyday présentait une "similitude frappante" avec le morceau "Madagascar" du groupe réunionnais Ziskakan. Pas besoin d'être un musicos avertis pour entendre, à l'écoute, cette très forte "similitude"...

Reste qu'il est fort probable que ce plagiat cette coïncidence sera réglée par une généreuse transaction financière - Le Figaro révélait le 28 janvier que ses membres se refuseraient à intenter une action en justice… par amitié. D'autant que les musiciens connaissent une gloire inattendue, leur chanson fait actuellement le tour d'Internet… Merci Johnny.

samedi 29 janvier 2011

Anonymous; Science-fiction still relevant?; Malbouffe; Twitter Connections; Facebook Phone; Zélium; LCI Radio...

Eh oui, j'ai quelque peu délaissé me revue de liens hebdos ici dernièrement... Donc, petite moisson non exhaustive de liens récoltés sur le web, des blogs, Twitter et d'autres médias sociaux, à propos de ce qui a fait l'actu médias, tech, innovation, culture, people (eh oui, faut bien..). Et pour mémoire, vous pouvez me retrouver sur Twitter donc.

  • En pleine révolution tunisienne, alors que d'autres pays du croissant du Moyen-Orient commencent eux aussi à s'embraser, cette déclaration de principe des Anonymous, décrypté par le RWW, prend un certain sens. On a beaucoup parlé d'eux, alors que l'un de leurs membres (jeune crack techno âgé de 15 ans) vient d'être arrêté...
  • Le bouquin s'est déjà vendu à 30 000 exemplaires, et est en cours de réédition: le brûlot de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ? (Stock), dont Les Inrocks a été l'un des premiers à évoquer, enquête et réquisitoire contre l'élevage industriel, cristallise sous les débats sur l'alimentation, l'environnement, la malbouffe, et pourrait tous nous faire virer veggies...
  • Suite à mon billet où je me demandais si la science-fiction est en voie de disparition (dont la reprise chez Owni a suscité une bonne dose de commentaires... et un joli débat), Wired se pose à son tour la question ("Is Science-Fiction still relevant ?"), relayant ainsi un programme de l'Australian Radio National et son émission Future Tense, dédiée à l'avenir de la SF. Ça tombe bien.
  • Une des grosses infos media sociaux de la semaine: Twitter lance "Connections", sa propre version de l'outil "Mutual Friends" de Facebook. Lequel Facebook suscite de nouveaux des frayeurs chez les défenseurs de la privacy, en lançant un nouveau service pour les annonceurs, qui leur permettra d'exploiter dans leurs pubs les "likes" et commentaires des membres de leurs fan pages.
  • Facebook encore, à l'origine d'un petit bubuzz côté produits: il aurait missionné HTC pour lancer un (deux ?) téléphone mobile "Facebook" lors du Mobile World Congress de Barcelone, qui se déroulera du 14 au 18 février.
  • Cela ne vous aura pas échappé, Orange s'invite au capital de Dailymotion, à hauteur de 49%, pour un montant de 58,8 millions d'euros. Et se veut désormais "agrégateur et diffuseur de contenus".
  • Good news côté médias: alors que Bakchich s'éteint, le premier numéro de Zélium, un mensuel satirique, sera lancé le 11 février et tiré à 70 000 exemplaires en France et Belgique sur 24 pages et dans un format identique à celui du Canard enchaîné.
  • RIP Daniel Vermeille, co-fondateur contesté, en tous cas un des premiers collaborateurs à Rock & Folk, journaliste spécialisé dans le rock californien et le punk, compagnon de route des Rolling Stones lors de l'enregistrement de leur mythique Exile on Main Streets en 1972... Il est parti cette semaine, SDF presque anonyme.
  • Plus d'1,7 million de pages vues pour la reprise très rock et un rien destroy de Smooth Criminal de Michael Jackson... au violoncelle. J'adore. Joli coup de pub pour Stjepan Hauser et Luka Sulic.
  • RIP la French Connection. LCI Radio va fermer ses portes, faute de fréquence radio décrochée par TF1. Contente d'avoir parfosi contribué à cette émission. La dernière, enregistrée vendredi dernier, c'est par ici.

dimanche 23 janvier 2011

Monster High, marque gothique de Mattel pour pré-ados ou post-ados geeks ?

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Un univers noir et rose, gentiment trash et étrange, sous influences gothique, manga, de Twilight, Harry Potter, ou encore entre Edward aux mains d'argent et Les noces funèbres de Tim Burton : après ses gentilles Barbie et autres Polly Pocket, le mastodonte américain du jouet Mattel frappe fort en lançant en France une nouvelle marque, Monster High. Ici, ses héroïnes ne sont plus des gentilles petites filles en rose ou des poneys (souvenez-vous, "Mon petit poney", jouet du groupe Hasbro, qui cartonnait dans les années 80), mais des demoiselles dark un rien trash, de court vêtues, et descendantes de monstres.

Le pitch: six personnages descendants de monstres illustres (histoire de créer une continuité), Dracula et autres Frankenstein, et leur quotidien au collège. Les demoiselles, au look pas exactement enfantin, sont dans un univers fantastique, qui multiplie avec humour les codes gothiques, basé sur le noir et les couleurs sombres : fantômes, araignées, têtes de mort, cercueils=... Avec quelques touches de couleurs vives et des nœuds roses qui renvoient à un univers enfantin.

Toi aussi, deviens gothique

Pour lancer cet univers en France (déjà lancé aux Etats-Unis en juin 2010, et dans quelques autres pays européens ces dernière semaines), Mattel a déployé l'artillerie lourde: les six personnages donnent lieu à des poupées bien sûr, dans un autre genre que la Barbie blonde peroxydée ou que Ken...

Mais aussi une kyrielle de jouets et accessoires plus... particuliers: dans la lignée des teen movies à succès mettant en scène des vampires, le tome 1 de Monster High (signé par Lisi Harrison sera présenté au Salon du Livre en mars. Outre la web-série de 15 épisodes diffusée sur le site, vous n'échapperez pas au clip déjà diffusé sur YouTube ...

Sans compter les produits dérivés classiques - T-shirts, sacs, porte-clés, goodies.. Mais aussi des accessoires plus décalés: des nounours (accompagnés d'accessoires de poupées vaudoues), un "carnet secret des horreurs" (agrémente d'un hurlement enregistré à chaque fois que l'on l'ouvre - si si, j'ai testé), une "machine à tatouer" (qui permettent aux petites filles de se faire des décalcomanies ou tatouages éphémères de têtes de mort par exemple)... Une vraie trousse à outils pour tout futur gothique ;)

Bref, les parents vont adorer. Je plaisante bien sûr. Exceptés les fans de la culture underground gothique et post-punk des années 70, je serai curieuse de voir s'ils vont accrocher à cette nouvelle offre, en pleine vogue nostalgique, où plusieurs anciennes licences (un rien cuculs d'ailleurs) connaissent une seconde jeunesse, comme Hello Kitty ou Charlotte aux fraises - ce qui rassure les parents. Certes, l'enfant est prescripteur en achats, mais pas pour les poupées... incarnation par excellence d'un modèle féminin, et d'un cadre d'éducation pour les parents.

J'ai testé auprès de ma rédac, la plupart de mes collègues (jeunes parents surtout) m'ont semblé, au mieux, circonspects face à ces étranges jouets... On était quelques rares à trouver ça marrant ;)

Références post-punks

Le plus surprenant est que Mattel vise les enfants de 6 - 12 ans avec cette nouvelle offre. Peut-être qu'il n'a pas le choix, face à des concurrents tels que le groupe Hasbro ou des nouveaux-venus chinois sur le très juteux marché des jouets pour enfants. Mattel s'aventure donc dans un univers gothique post-punk... prisé des ados depuis quelques années - ça tombe bien, dans une période où les enfants aiment s'approprier un univers destinés à leurs grands frères / grandes sœurs, et avoir pour héros des personnages plus âgés qu'eux.

On avait d'ailleurs vu d'autres tentatives de jouets pour enfants un peu trash , comme avec les poupées -pouffes à maquillage outrancier et lèvres siliconées (des "poupées-salopes" dixit un ami - et papa bien informé ;). Mattel s'y est essayé en 2008 avec une nouvelle génération de Barbie un rien vulgos (ce point de vue d'une maman sur un forum est révélateur).

Mais surtout, Mattel surfe ainsi sur le même créneau que Emily the Strange et Bad Alice, dont je parlais ici, qui se sont déjà imposées comme des icônes rock et gothiques... auprès des ados, voire des adultes.

Et justement, je me dis que, là encore, à tous les cas, ces Monsters high vont faire mouche auprès de certains adultes, plutôt geeks, qui ont baigné ados dans un univers post-punk / new wave, avec pour références Kiss, Bauhaus, Siouxsie and the Banshees, Joy Division, Birthday Party, The Cure, UK Decay... Un univers aussi heroïc fantasy que ne renieraient pas non plus les rôlistes des années 90.

samedi 8 janvier 2011

Facebook en Bourse; Quora; Les Soirées de Paris; Bakchich; La Tribune; "Crevure néolibérale"; Branding; Wikileaks + "Le Monde"...

C'est la rentrée, alors on reprend les bonnes habitudes... Après quelques incartades musicales et en culture SF, petite sélection de liens hebdos en technologies, sciences, marketing, conso, médias, people etc.

  • C'était l'un des bubuzz de la semaine : Facebook pourrait entrer en bourse en 2012, d'après le ''WSJ''. Au point que sa valorisation monterait à 50 milliards de dollars, alors qu'il vient de boucler un nouveau tour de table de 500 millions de dollars. Ce qui a un petit goût de surévaluation, alors que Goldman Sachs étudie ses comptes, accessibles depuis peu…
  • Alors que le buzz monte aussi à propos d'un petit nouveau, Quora: les premiers testeurs ne sont pas forcement fans....
  • So chic: Philippe Bonnet ressuscite sur la Toile Les soirées de Paris d'Apollinaire, revue culturelle "fondée en 1912".
  • Bad news du côté des médias: Presse News l'annonçait vendredi, Mediapart semblait le confirmer samedi: Bakchich n'a plus les fonds pour continuer. Alors que la couperet était tombé la veille pour La Tribune, placée en procédure de sauvegarde, qui a 6 mois pour trouver des fonds.
  • Outre les nombreuses nouveautés (la tablette en guest star attendue) présentées au CES de Las Vegas, beaucoup ont glosé autour de la Keanu d'Orange ("riposte à la Kinect de Microsoft" pour certains): simple nouvelle nouvelle version de cette caméra 3D déjà présentée par Orange Valley en... janvier 2009 - et toujours pas commercialisée depuis.
  • La lettre ouverte - polémique "d'une crevure néolibérale aux jeunes chômeurs" publiée cette semaine sur Rue89 : objectif atteint en termes de VU, avec près de 150 000 visiteurs...
  • Free vient de lancer sa nouvelle campagne pour la Freebox v6, avec 4 nouveaux spots TV: orchestrée par Ogilvy, et une campagne d'affichage gérée en interne. Pas encore reçu la mienne, d'ailleurs...
  • Dans les coulisses du partenariat Wikileaks-Le Monde - Un joli coup pour fin 2010, qui lui a permis d'être associé à un des sites les plus secrets - et les plus en vue. En octobre 2010, Le Monde devient le cinquième média partenaire de Wikileaks, site spécialisé ... Enquête (accès payant sorry) dans Stratégies de la semaine, qui m'a valu quelques coups de fils dudit quotidien...

mercredi 5 janvier 2011

Et si la science-fiction était en voie de disparition ?

J'y ai passé près de 3 heures dimanche matin, j'en ai pris plein les yeux; Tous ces personnages, ces images me renvoyaient à mon enfance... ma culture SF en quelque sorte - accumulée dans les bouquins, séries et films. Il faut absolument courir voir l'expo "Sciences & science-fiction", qui se tient en ce moment à la Cité des Sciences. Comme souvent à La Villette, l'expo est d'une richesse inouïe, autant scientifique que culturelle.

La boutique de produits dérivés, à quelques pas de l'expo, vaut aussi le détour: mugs Star Wars, sabre laser grandeur nature (déboursez 150 €), DVD, BD, et même affiche de Star Wars en effet 3D...

C'est assez touchant, car notre culture SF se rejoint forcément avec notre culture culture geek: quel techie n'est pas fan de Star Wars, ne voue pas un culte absolu à Blade Runner, Terminator ou encore Minority Report ?

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Un couloir pédagogique impressionnant, où j'ai de nouveau 12 ans, des étoiles plein les yeux: entre ces exemplaires de livres de Mary Shelley, Edgar Poe et Jules Verne, qui ont été les premiers auteurs à s'emparer de la science comme support à des récits réalistes, les premiers films de science-fiction qui tournent en boucle (Voyage dans la Lune de Méliès en 1902, La femme dans la lune de Fritz Lang, 1919, Métropolis de Fritz Lang, 1929...), la culture SF a été jalonnée de plusieurs œuvres fondatrices... jusqu'aux premiers pas d'Amstrong sur la lune, où tout devenait possible. Pour Isaac Asimov, la SF est la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie. Elle tient autant du divertissement, qui nous permet de nous évader, de rêver, que du récit d'anticipation, avec en creux une réflexion sur l'avenir de l'humanité (rien que cela...).

Une culture SF nourrie, donc, par une pléiade de livres anciens, mais aussi, véritables jalons pour une culture de fan, d'affiches, et des premiers produits dérivés et premières revues - les pulps, dont Science Wonder Stories, revue où apparaît pour la première fois le terme "science-fiction", en 1929.

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Le cinéma hollywoodien s'est emparé à merveille de la culture SF. Au fil des couloirs que l'on parcourt, on prend conscience de ces films et sagas (intergalactiques) qui ont nourri un imaginaire collectif, ont façonné notre univers mental. Les combinaisons et les robots conçus pour le cinéma s'alignent dans les couloirs, alors que des extraits des films-cultes tournent en boucle. Ils sont tous devenus cultes, font partie de la culture SF de l'honnête homme du XXIème siècle: Star Wars, la Planète des singes, Star Trek, Terminator...

Culture SF muséifiée

Est-ce que la culture SF parvient encore se renouveler, alors que ce qu'elle préfigurait - l'ère du numérique, des mondes virtuels, des nanotechnologies, des robots - se concrétise plus vite que l'on aurait pu le croire ? Il semblerait bien que la vraie culture SF soit en train de s'éteindre. Et que cette gigantesque expo, qui présente manuscrits, romans, pulps, storyboards (celui de Star Wars a déjà une valeur historique), extraits de films en pagaille, et vaisseaux grandeur nature retracent une culture SF (déjà) muséifiée, en voie d'extinction.

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Provoc' de ma part, vu le succès gigantesque qu'a rencontré en 2010 Avatar, incarnation d'une nouvelle génération de films de SF en 3D ? Par vraiment. Si on regarde la chronologie des films de science-fiction, la production hollywoodienne de ce genre en devenir connaît un pic dans les années 60-70, grâce à ce bon vieux Neil Armstrong qui en a fait rêver plus d'un en foulant de quelques pas sur la Lune - et surtout à la Guerre Froide, où les extraterrestres et autres petits hommes verts menaçants permettaient de symboliser l'Ennemi, l'hydre communiste...

Années 80-90 : sortie de sagas comme Star Wars, Terminator, Star Trek, Alien... Des films d'actions hollywoodiens certes, mais où s'entremêlent récits d'anticipation, une réelle réflexion sur notre avenir, les enjeux environnementaux et humains,

Philip K. Dick, génial inspirateur de scénarios hollywoodiens

Dans cette même période sortent trois films cultes pour moi (mais pas que ;): Blade Runner de Ridley Scott, sombre film où Harisson Ford incarne un flic face à des androides / répliquants qui semblent de plus en plus humains... Et qui sait, peuvent mîmer manifester des émotions.

Mais aussi Total Recall de Paul Verhoeven, et Minority Report de Steven Spielberg (en 2002, certes). Leur point commun: tous trois sont tirés de romans de Philip K. Dick. Seulement voilà, le maître des récits d'anticipation est décédé en 1982 - une source d'inspiration non négligeable pour l'industrie du cinéma s'est alors tarie.

Les films qui s'ensuivent sont plutôt des dérivés de SF : des space operas tirés de Star Wars. Mais aussi des récits d'heroic fantasy, films à grand spectacle pour enfants qui sortent souvent lors des fêtes de fin d'année - tels Le seigneur des anneaux ou Les contes de Narnia.

La culture SF condamnée ?

Les derniers films dans le sillage de la culture SF d'anticipation: Minority Report donc, qui anticipait plusieurs innovations technologiques qui commencent à s'inscrire dans notre quotidien - Steven Spielberg s'était d'ailleurs entouré de scientifiques du MIT entre autres.

Mais aussi le très sous-estimé Starship Troopers de Paul Verhoeven (1997): il y dénonce avec une ironie subtile une société dirigée par des militaires, et une diffusion en masse de la propagande par les médias: le film, d'avant-garde, qui sort à peine quelques années après la Guerre du Golfe, et coïncide avec l'arrivée du phénomène de l'internet dans les foyers, et injustement décrié par la presse US.

Ou encore la trilogie Matrix, entamée par les frères Washowski en 1999 - alors que le grand public commençait à s'emparer de l'univers du Net et des réseaux virtuels.

Les derniers en date ? 2012, qui tient plutôt du film-catastrophe (et blockbuster, avec plus de 225 millions de dollars de recettes), carrément épinglé par la Nasa comme "pire film de science-fiction" d'un point de vue scientifique... Laquelle a dû ouvrir un site pour contrebalancer les contre-vérités qu'il véhiculait !

Inception, certes gros succès outre-Atlantique, relevait plutôt du film complexe que du film qui nous projetait vers le futur. Avatar a avant tout installé la 3D sur le grand écran... Mais repose avant tout sur un scénario gentillet et écolo.

Comme me le signale @tiot en commentaire, il y a eu aussi le surprenant District 9 (qui avait pour particularité de se dérouler en Afrique du Sud), et surtout Moon, un Ovni cinématographique hommage à 2001, L'Odyssée de l'espace (réalisé par le fils de David Bowie, pour la petite histoire), que j'avais beaucoup aimé. Le pitch: Sam Bell vit depuis plus de trois ans dans la station lunaire de Selene, où il gère l’extraction de l’hélium 32, seule solution à la pénurie d’énergie sur Terre. Implanté dans sa «ferme lunaire», ce fermier du futur souffre en silence de son isolement et de la distance le séparant de sa femme, avec laquelle il communique par web-conférences. Il a pour seul compagnon un robot futé et (trop) protecteur... Jusqu’à ce que, à quelques semaines de l’échéance de son contrat, il se découvre un clone. Un film peut-être trop strangfe pour l'industrie du cinéma... Malgré deux ans de buzz sur la toile, le film est sorti au printemps 2010... directement en DVD!

Les sorties de films SF prévues ces prochains mois ? Pour l'essentiel des remakes ou suites des chefs d'œuvres passés... Preuve que l'industrie du cinéma a du mal à se renouveler dans ce registre. Il y a bien sûr Tron : Legacy, suite du cultissime Tron de... 1980. Et, pour 2012 est annoncé une réadaptation par Pierre Morel de Dune... En attendant Avatar 2 et Avatar 3...

Merci à Owni pour la reprise super bien maquettée de ce billet

samedi 1 janvier 2011

01.01.2011

Pérou / juillet 2010

1er janvier 2011... Bonne année ! Pour les timides, les insoumis, les impétrants, les non-conformistes, les optimistes, etc etc, qu'elle soit belle et pleine de surprises ! Merci de me lire ici, sur ce blog qui fête bientôt ses 4 ans (en février exactement... ).

jeudi 30 décembre 2010

Chants de Noël, let's rock ! (2)

"Jingle Bells"... Eh oui, comme l'année dernière, où je vous livrais les classiques du genre , vous n'y échapperez pas. Rien que pour vous, en cette période de fêtes, je me suis pliée au petit exercice de sélection musicale spéciale Chants de Noël (ouiii, avec quelques jours deretard... mais j'ai une autre vie hors du virtuel et de la toile :). Les mélomanes qui me lisent le savent sans doute, les Christmas songs sont une véritable institution outre-Atlantique. Il y a parfois un côté trop sucré, ou ringard, mais c'est surtout un business (surtout aux US). Il y a eu un petit retour en force récent : rien de tel pour des groupes ultra-branchés que de réexploiter ce concept pour retravailler des Xmas songs avec leur propre style...

Petit retour en arrière, avec des Bibles érudites : A Christmas gift for you, en 1963, rassemblait les titres dédiés des géniaux girls bands du crazy Phil Spector: The Crystals, Darlene Love, et autres The Ronettes.. Mythique.

En 1996, le très bon label Geffen Records s'en inspire pour sa compil' Just say Noël, avec la crème de ses groupes d'alors: Beck The Roots, Sonic Youth, et bien sûr Elastica, avec son très rock "Gloria".

Dans la foulée, les branchés s'y mettent: The Golden Filter en reprenant White Nights, Coconut Records avec "It's Christmas", les Frenchies Cocoon et The Bewitched Hands...

En matière de vintage, je ne pouvais passer à côté du Christmas Album des Jackson 5 (Motown), un petit chef-d'oeuvre soul. Avec notamment Michael qui chante "Have yourself a merry little Christmas".

Dans un genre plus alter, j'adore ce groovy désopilant d'Adam Sandler (délicieusement anti-Noël), qui a composé une "Hanukkah Song".

Et aussi la compil Christmas gift for you du très pointu label Moshi Moshi, avec entre autres James Yuill, Summer Camp ou Hot Club de Paris.

Côté tradi, vous n'échapperez pas à The Priests, ce groupe de prêtres irlandais qui cartonne, qui publient leur album Noël. #Amen. (bon, beh oui, y a pas de clip ici).

En musique cucul sucrée, vous n'échapperez pas non plus à Mariah Carey avec sa seconde compil' de comptines spéciales 25 décembre, avec bien sûr "Merry Christmas II you" (Island), en tête des charts.

Et en pop sucrée (pour minettes fans du so sexy Chris Martin cette fois), on continue avec Coldplay, groupe habitué à l'exercice, qui livre sa version de "Christmas lights" (EMI). On remarquera la touche qui se veut vintage, avec le vinyle Parlophone au début du clip...

En clôture de cette petite compil' (libre à vous de la compléter dans les commentaires...), en ouverture à 2011, je ne peux m'empêcher de vous mettre ce délicat titre de Julian Casablancas, "I'll Try Anything Once" (reprise des Strokes), qui fait l'ouverture du très attendu prochain film de Sofia Coppola, Somewhere. Enjoy...

La Poste, son obligation de service public, sa novlangue...

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(teasing: promis, le billet suivant sera plus funky :)

Un petit désagrément administratif sans importance, mais quelque peu ubuesque, assez révélateur. J'ai reçu cet étrange courrier cette semaine, m'annonçant dans un style administratif inimitable que :

1/ ils n'avaient pas pu envoyer un courrier que j'avais posté une dizaine de jours avant car

2/ celui-ci avait été malencontreusement bousillé déchiré (en novlangue cela donne "Correspondance détériorée accidentellement dans le Service Postal par notre matériel d'oblitération")

3/ Et de fait, ils m'ont gentiment retourné ledit courrier déchiré, avec une petite lettre d'excuses ("Nous vous présentons nos excuses pour cet incident", etc etc)

4/ Avec aucun semblant de solution ou de réparation, même pas un timbre joint. Juste une demi-solution, une invitation à joindre le "service consommateurs" au 36 31. Lequel service s'est avéré (bien sûr) injoignable, tout comme le numéro du centre de tri de Bercy indiqué en en-tête de courrier. CQFD.

Bilan: j'y ai perdu un simple timbre certes... Et du temps. En plus, il s'agissait d'un chèque, dont le destinataire est heureusement compréhensif :) Mais quels auraient été mes recours s'il s'agissait d'un règlement de facture urgente, de loyer, ou d'impôts ? La Poste n'a-t-elle pas une sorte d'"obligation de service public" à honorer - en l'occurrence que les courriers qui lui sont confiés arrivent à bon port ?

La question mérite d'être posée d'autant que, d'ici quelques jours, La Poste va connaître une petite révolution, avec l'ouverture à la concurrence du service courrier (pour les courriers de moins de 50 g). Une conversion imminente qui semble s'effectuer dans la douleur pour La Poste, pour la gestion de ses équipes, comme le raconte cet article très documenté publié par Médiapart.

mardi 21 décembre 2010

Porno+Kinect; identités; HTML5; Wikileaks chez Mediapart; Twitter sous licence CC; Foursquare; Freebox, rétro techno 2010...

Et hop, l'habituelle petite sélection rapide de liens hebdos en technologies, sciences, marketing, conso, médias, people etc.

  • Wikileaks suite - Pour la première fois, le Guardian Tech publie les accusations contre Julian Assange... tandis que Mediapart héberge à son tour un miroir de Wikileaks
  • Un outil pour mettre ses gazouillis Twitter sous licence Creative Commons
  • Delicious, incarnation du Web 2.0 de 2006 (j'en parlais d'ailleurs dans mon bouquin Tout sur le Web 2.0), racheté par Yahoo, serait à vendre
  • Freebox Revolution: j'en ai fait une analyse rapide là il y a quelques jours, la réplique de autres opérateurs ne s'est pas fait attendre, notamment chez SFR: cf ce papier (où l'on remarque que Berretta rompt le "off" initialement posé par la dir'com' de SFR...) et ce joli scoop chez Freenews

dimanche 19 décembre 2010

Banksy, Mr Brainwash, du street art au street marketing

Faites le mur

C'est l'histoire de l'ascension d'un vrai-faux artiste - une imposture ? - à l'ascension fulgurante, ou comment l'on peut s'improviser artiste en vue en compilant quelques bonnes pratiques de ses pairs: c'est la thèse du docu Faites le mur, qu'il faut courir voir, parce qu'il balaie de manière iconoclaste la jeune histoire du street art, entre contestation, graffs, repompages et excès de l'art contemporain. Le graffeur Banksy, une des dernières coqueluches du street art, y retrace à sa manière l'ascension inattendue du Français Thierry Guetta, originellement cinéaste amateur et maladroit qui côtoie le petit milieu des premiers graffeurs des années 2000, entre Paris et Los Angeles, en vue du tournage d'un hypothétique documentaire... Avant de les dépasser, en devenant du jour au lendemain la coqueluche du petit milieu de l'art contemporain aux US.

Un personnage qui symbolise les excès de cette vague artistique née dans les années 80 soumise à des recyclages, business et survalorisation... A condition qu'il existe : avec un art consommé du marketing il semblerait bien que Banksy ait monté un canular magistral, un peu comme Borat: Le New York Times a d'ailleurs qualifié ce docu de "Prankumentary" (docu-canular), comme le relate Nova sur son site.

Le street art, culture contestataire

Faites le mur le retrace très bien dans les premières images, sur l'émergence d'une nouvelle génération de stars du street art au début des années 2000. On y voit défiler tour à tour Space Invader - cousin de l'anti-star Thierry Guetta - , connu pour ces figurines en mosaïque pixellisées, qui ornent des immeubles, murs et endroits improbables un peu partout dans Paris. Shepard Fairey, qui a acquis une célébrité fulgurante avec son portrait bicolore d'Obama.

On y entraperçoit le Français M. Chat, à l'origine des fameux chats souriants... Une de ses précurseur(e)s - étrangement absente du docu - fut d'ailleurs Miss.TIC (qui expose en ce moment à la Galerie W, à Paris, artiste post-punk qui peint ses pochoirs depuis 20 ans sur les murs de Ménilmontant, Montmartre, le Marais, Montorgueil, et la Butte aux Cailles.

Et enfin le graffeur Bansky lui-même, à l'origine de ce docu. Banksy, c'est ce graffeur britannique anonyme, mais qui s'expose dans les musées, devenu une super-star au Royaume-Uni, ce sont ces bombages au pochoir, jusqu'en Palestine, cet épisode des Simpson revisité, et ses installations provoc', ou encore ses happenings, où il amène une réflexion sur l'art contemporain, la société - comme celui-ci à Disneyland en 2006.

En Grande-Bretagne, il vient d'organiser sa contre-fête de Noël rituelle, comme le racontent ''Les Inrocks''.

Du street art au recyclage

Le film narre donc l'histoire de Thierry Guetta, dont les images tournées aux côtés des graffeurs semblent avoir servi de matière première à Banksy. Un ancien vendeur de fringues vintage à Los Angeles devenu d'une façon hallucinante, en quelques années, l'une des personnalités les plus visibles et les plus bankable du monde de l'art (ouais, comme au cinéma, l'art contemporain a ses stars éphémères...).

De ses débuts aux côtés des graffeurs, il va retenir leurs recettes, plusieurs traits qui font l'identité du street art, pour se lancer à son tour comme "artiste" sous le nom de Mr Brainwash, dans un habile exercice de recyclage/repompage, pastiches de Warhol, avec des "oeuvres" entre photocopies améliorées et gadgets visuels. Jusqu'à organiser une gigantesque expo à Hollywwod sur 4 000 m², qui va cartonner - conter toute attente.

Un street art qui a son identité: mouvement contestataire né dans les années 80, il se mêle parfois à des actions antipub, où marques et publicités sont détournées, clandestin car illégal, art par essence éphémère puisque les oeuvres seront immanquablement effacées... Il fut - aurait pu être? - "le mouvement le plus contestataire depuis le mouvement punk", estime Banksy.

Né dans la rue, sur les murs, dans les couloirs de métro, et même... sur les camions, il avait vocation à être éphémère - étrange de le voir transposé dans des galeries et musées.

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Source: Né dans la rue - Graffiti, ed. Fondation Cartier pour l'art contemporain

Il revêt parfois des formes de contre-pouvoir. Dans Barcelone, les grafs et œuvres au pochoir représentent souvent un héritage d'un contre-pouvoir républicain, avec parfois des symboles post-punks; dans l'après-franquisme, comme le montrent ces quelques photos que j'y avais shootées il y a un an.

Banksy, star et marque déposée malgré lui

Mais en creux, avec ce portrait d'un Thierry Guetta inculte, il pose la question de ce qui est authentique ou fabriqué dans l'art. Mr Brainwash est-il vraiment l'auteur des oeuvres exposées? D'ailleurs, est-ce que ce sont vraiment des oeuvres d'art, vue la rapidité de leur conception - comme l'évoque le docu ? Mr Bainwash, devenu star du street art du jour au lendemain par la grâce d'un sens inné du buzz - et d'un article dithyrambique du New Yorker, qui suffit pour l'installer sur le marché de l'art - n'a-t-il pas été précipitamment surcoté par un marché de l'art un peu taré, en quête de hype ?

Sans avoir l'air d'y toucher, Banksy revient sur le sujet un peu tarte à la crème de l'art récupéré par le business, que lui estime avoir pratiqué comme de l'agit-prop. Dans cette réflexion vertigineuse sur l'art contemporain - où, étrangement, le cas d'un autre précurseur, Basquiat, n'est jamais abordé - un dilemme apparaît pourtant : Batsky lui-même n'est-il pas devenu une marque déposée? N'est-il pas devenu à la mode finalement ? L'avant-première de son film à Los Angeles ressemblait à un défilé hype du tout-Hollywood, et Banksy est devenu l'un des artistes contemporains les plus copiés et détournés, racontent Les Inrocks :

En Angleterre, Banksy est devenu un marché tellement juteux qu'il est désormais aux mains d'une mafia qui contrôle aussi le trafic de drogues et de DVD pirates. On ne trouve plus un marché, plus une boutique de souvenirs sans un gadget Banksy : sur des grenouillères de bébé, des mugs, des toiles même, tout est détourné par cette économie grise. Une récente enquête l'affirmait : il est l'artiste dont le copyright est le plus bafoué au monde. C'est aussi un choix : Banksy offre ses images en téléchargement sur son site et refuse, pour protéger son anonymat, de se lancer dans le moindre procès médiatique.

dimanche 12 décembre 2010

Wikileaks; Midem 2011; Weert; Le 13h de la com'; e-kiosk; autopromo Figaro; Klaxons...

Petite sélection rapide de liens hebdos, à défaut d'avoir LE billet du moment, faute de temps, mais ça viendra ;) Mais si vous avez des sujets à me souffler, welcome ;) En attendant, dans cette prolifération d'actu, sélection habituelle de liens en tech, sciences, marketing, conso, médias, people etc.

  • Alors que se profile le Midem 2011, la sélection des startups « musicales », indicateur toujours intéressant sur les applis et services de demain.
  • Rhaaa nordiste que je suis, pour moi c'est forcément la good news de la semaine: le gaufrier lillois Meert ouvre sa 1ère boutique parisienne dans le Marais.
  • Côté media, Stratégies (mon employeur, donc) lance Le 13h de la com, une nouvelle newsletter quotidienne - gratuite cette fois.
  • En média (non-corporate cette fois ;) l'événement c'est bien sûr le lancement d'un consortium autour de la presse numérique (et non "digitale", évitez-moi cet anglicisme par pitié ;) et du e-kiosk: Frédéric Filloux, qui chapeaute le projet, explique la démarche au NY Times.
  • Tiens et il y avait Le Figaro qui assurait son auto-promo, avec en surcouv' une pub pour son appli pour Samsung Galaxy Tab. Sans complexes.
  • Com' politique: quand Thierry Saussez fait le bilan web du gouvernement, donne le nom de son successeur, et prédit la naissance d'un "SIG Net". Très light l'interview tout de même...
  • C'était la grosse tendance new journalism 2010, donc inévitablement, voici le premier ouvrage consacré au journalisme de données. Je dois le recevoir, j'y reviendrai.
  • Côté musique, "Twin flames", le nouveau clip strange, orgiaque et un rien dévoyé des Klaxons, groupe que j'aime beaucoup... En cette période de political correctness, il n'a pas eu droit de cité chez YouTube, mais a été recueilli par Dailymotion - qui n'a pas pu s'empêcher de censures certaines parties intimes néanmoins... Enjoy.
  • Et en chute,cette quote relevée en exergue d'un recueil de nouvelles dédiées au rock... La musique rock n'est pas sentimentale / Elle est extatique / la prolongation d'un seul moment d'extase. Kundera, Les testaments trahis.

jeudi 9 décembre 2010

Quand "Les Inrocks" publient un (semi-) publi avec le fils du bassiste des Clash

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Comment se recréer une histoire, se rattacher à des icônes passées sans être totalement mensonger ? C'est ma voisine de bureau à Stratégies, Anne-Lise, qui m'a montré, assez ébahie, cet espèce de publi (qui n'est n'est pas vraiment un, certes), publié dans un récent numéro des Inrockuptibles. A la première double d'ouverture, avec icono élégante, caractères calligraphiques et photo vintage aux couleurs un peu passées, on a l'impression de s'apprêter à lire un portrait.

Nullement. En y regardant de plus près, il y a l'icône Levi's à gauche, marque également mentionnée dans le "titre", "Louis Simonon - A view on Levi's Collection". La mention "publicité" apparaît trèèèèès discrètement en haut à droite. Le texte introductif joue pourtant, lui aussi, volontiers sur l'ambiguïté, laissant croire que l'on va lire un portrait d'un jeune chanteur en devenir.

Intriguant mélange de rébellion et d'innocence, d'une évidente envie de vivre à toute vitesse, Louis Simonon impose son style venu d'outre-Manche, déambulant dans un Londres qui lui colle à la peau, il passe d'un band à un autre et gratte les cordes de sa basse, avec cette énergie héritée du punk, le sans des Clash, à travers son père, coule dans ses veines... etc etc.

Pas une seule fois la marque Levi's est mentionnée dans ce texte. Qui joue joyeusement sur le mélange des genres et des références : sur la filiation de Louis Simonon (qui est le fils de Paul Simonon, bassiste du groupe The Clash), dont il est censé avoir hérité automatiquement l'esprit punk, et donc la rebel attitude, le refus du conformisme, le goût de la liberté, et tout ce qui s'ensuit. Des valeurs que Levi's rêve d'incarner et de se réapproprier - une sorte de "punkwashing"... La marque pousse jusqu'à laisser entendre dans ce texte que le jeune homme lui-même a repris le flambeau de la musique... Clairement, Les Inrocks était le support rêvé pour cette campagne.

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Au fil des 7 pages, on découvre, après son tournant mode très moderne du début des années 2000, veut effectuer un retour aux sources dans son identité de marque, que doit incarner cette nouvelle collection : retour à la culture rock et classique, avec jeans et bombers très années 50. La réalisation de cet ensemble est d'ailleurs habile en la matière : Levi's reprend nombre de codes 50s, entre ces couleurs passées, les bagouzes et la banane arborée par le modèle.

Au passage, pour la petite histoire, on découvre que Louis Simonon a avant tout embrassé une carrière de modèle, Prada ayant même eu l'idée de le faire poser avec son père lors de sa campagne de publicité Prada Homme Printemps/Eté 2009. Pas sûre que Prada incarne pourtant un état d'esprit très punk...

dimanche 5 décembre 2010

Wikileaks et le clergé; Houellebecq et déshumanisation; Smartdate; Milo.com; 2010 en photos, No Future à la Villa Médicis; Noir Des'...

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Petite récolte hebdo de liens liens glanés dans la presse, sur les blogs, et ailleurs... On y parle comme d'habitude technologies, innovations, culture numérique, marketing et conso.

  • Il y a bien sûr la tempête Wikileaks, dont cinq quotidiens, dont Le Monde, publient actuellement des extraits de télégrammes qui apportent une masse d'nfos inédites en matière de diplomatie. E qui s'impose comme un média, qu'on le veuille ou non. Ce qui a valu un tir groupé, ces derniers jours, de plusieurs "éditorialistes de la grande presse", autant sur le plateau du "Grand journal" de Canal+ vendredi soir que sur leurs blogs: ou comment Wikileaks a provoqué la fureur du clergé, quitte à critiquer joyeusement le Net dans la foulée, relate sans pincettes Eric Scherer. Must read...
  • Nokia s'apprête à fermer le site de la Symbian Fondation, quelques mois après que Samsung et Sony aient lâché son OS. Au passage, je retrace l'année 2010 en dents de scie pour Nokia, dans une enquête publiée dans Stratégies cette semaine.
  • Entre high-tech et hyper-performance, l'humanité devient-elle obsolète? C'est la réflexion philosophique qui sous-tend le dernier livre (et premier Goncourt) de Michel Houellebecq.
  • Meetic a du souci à se faire: parmi les nouvelles start-ups du dating, le nouveau-venu Smartdate lève 3,5 M d'euros, seconde levée de fonds en 4 mois.
  • ...Et pendant ce temps, on sent un petit goût de surévaluation autour de quelques jeunes pousses, comme Milo.com, racheté 75 millions d'euros par eBay, ou Groupon, qui a refusé l'offre de rachat de Google. Next?
  • En pleine crise pour France 24, révélation de cette affaire d'espionnage qui embarrasse Christine Ockrent.
  • 2010 en photos par les photographes de Reuters.
  • Noir Désir, 25 ans de rock-punk français, je les ai découverts à 15 ans, avec leurs Sombres héros de l'Amer. Pas d'accord avec le début de ce billet chez Slate (quel "anachronisme"?..) mais il retrace bien le parcours de ce groupe, le premier qui m'a fait aimer la liberté liée au rock...

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