Je parlais récemment, dans
ce billet, de la situation préoccupante que connaît actuellement le
photojournalisme, mise en exergue par le festival Visa pour l'image, qui se déroule
en ce moment à Perpignan.
Mon confrère Gilles Klein, journaliste indépendant (il collabore notamment à
Arrêt sur images, en version web), qui a un long passé de photographe de
presse, dresse un constat dans ce
billet,, qui n'est guère optimiste sur l'évolution du métier. Et
d'écrire :
Les journaux négocient des forfaits mensuels ou annuels pour accéder aux
images d’actualité. Certaines agences soldent tandis que des journaux
demandent, en fin d’année, une ristourne, un pourcentage sur le chiffre
d’affaires qu’ils ont apporté à telle ou telle agence. Une sorte de
rétro-commission. Entre les photographes maison payés au mois, et les forfaits,
plus les banques d’images à bas prix pour les photos d’illustration (photos
hors actu) il reste très peu de place pour les commandes, les sujets originaux,
du coup ceux qui étaient dans des agences et n’y sont plus (ex Gamma, ex-Sygma
et autres) souffrent. Gagnent peu ou très peu. Font moins de sujets et doivent
se débrouiller pour les financer.
De fait, j'avais entendu des échos similaires. Au sein du groupe où je
travaille, non seulement L'Express, comme il l'écrit, mais aussi les sites
L'Express.fr et L'Expansion.com on négocié des contrats sous forme de forfaits
pour accéder au fil d'images (en plus du fil d'actus) de Reuters, pour des
tarifs qui ont bien changé ces dernières années... Et dont les photographes
n'ont sans doute pas connaissance.
Du coup, on croise de plus en plus de photographe d'agences qui, pour
certains, ont réussi à obtenir un CDI avec un salaire confortable. Ils
travaillent en shootant le plus vite possible, restent quelques minutes sur le
lieu d'un événement, d'une conférence de presse, et repartent aussitôt. On est
loin du reportage d'antan... J'ai eu l'occasion de discuter avec un photographe
d'agence dernièrement : no comment sur ces conditions, il gagne
bien sa vie et préfère se poser le moins de questions possibles.
La plupart des "vrais" photojournalistes sont, soit au sein d'une agence
classique pour les quelques chanceux, soit travaillent en indépendants, au sein
d'un collectif (comme Tendance floue, ou le collectif plus général
Fédéphoto), ce
qui leur permet d'avoir un pouvoir de négociation plus important auprès des
journaux.
Certains continuent d'avoir de vrais projets journalistiques de fond. En la
matière, un des ouvrages les plus excitants et les plus attendus du moment à
mon sens est Un nouvel art de militer (sortie octobre
2009), fruit d'une enquête du journaliste Sébastien Porte et du photographe
Cyril Cavalié, connu notamment pour son travail sur les divers mouvements et
réseaux militants (à voir, le blog dédié à cet
ouvrage).
Jeudi Noir, Déboulonneurs, Brigade activiste des clowns, Désobéissants,
Anonymous... Il passe en revue pas seulement les divers mouvements militants,
mais les formes de militances même, au-delà des formes traditionnelles que sont
la grève ou la manifestation : une nouvelle génération de
militants
, ayant un goût prononcé pour l’humour et les mises en scènes
spectaculaires, et un sens manifeste de la créativité dans l’action
.
Cyril m'a fait l'amitié de me transmettre quelques-unes de ses photos issues
de cet ouvrage. Que je dévoile donc ici, en avant-première.
Stagiaires - Photo Cyril Cavalié
Poésie verte - © Cyril Cavalié
Plaquage - © Cyril Cavalié
Cyclonudiste - © Cyril Cavalié
RESF - © Cyril Cavalié