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mercredi 27 mai 2015

A qui appartiennent vos photos sur Instagram ?

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Il y avait longtemps que je ne vous avais pas parlé photo ici... L'actualité qui m'a interpellée cette semaine est intéressante car, derrière le scandale arty un rien absurde, se mêlent des questions inédites d'usages autour d'un des réseaux sociaux les plus hype (Instagram), racheté en 2012 à prix d'or par Facebook, qui doit son succès à ses photos faussement vintage, le principe du droit d'auteur foulé aux pieds, la surenchère des prix, et même le vol. Et cette question de fond : les photos que vous partagez sur les réseaux sociaux vous appartiennent-elles vraiment ?

Cela a fait scandale il y a quelques jours, bien au-delà du petit milieu arty new-yorkais, et même de la bulle des réseaux sociaux. L'artiste américain Richard Prince a organisé une exposition de photographies, à la Gagosian Gallery de New York, qui s'est tenue de septembre à octobre 2014. Mais pas n'importe lesquelles : des photos qu'il avait sélectionnées sur Instagram, et dûment retouchées à sa sauce. Avant de les revendre, au prix fort. Imaginez : 38 clichés Instagram ont été présentés à la Gagosian Gallery, et se sont ainsi écoulés aux alentours de 100 000 $ pièce. Jolie flambée des prix.

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Il y a quelques jours, on apprenait ainsi qu'il avait vendu pour 90 000 dollars un portrait de femme, Doe Deere, créatrice d'une marque de cosmétiques. Laquelle a fait savoir la semaine dernière - sur Instagram - sa stupéfaction (on peut la comprendre) en voyant son portrait vendu pour cette somme plutôt coquette. Une photo qu'elle avait vue placardée sur les murs de la galerie, sans que l'artiste ne lui ait demandé au préalable son accord. Pour autant, elle n'a aucunement déposer plainte.

Au fil des clichés, on voit souvent des femmes dénudées. Pour attirer le chaland, l'artiste aussi avait sélectionné autant des photos de people (telle Kate Moss, Pamela Anderson), de personnes influentes, et d'illustres inconnus. Il glisse des commentaires volontiers grivois, et même carrément sexistes, comme l'a pointé Artnet.

La méthode de Richard Prince : sélectionner une photo dans le "feed" de son compte Instagram, l'agrémenter de ses commentaires (sa propre légende de ladite photo, en quelque sorte), faire une capture d'écran, et l'envoyer par mail à un assistant. Le document sera ensuite recadré, agrandi, pour un tirage de 1,20 m sur 1,65 m, puis imprimé en bonne définition avant d'être accroché au mur. Comme une oeuvre d'art ?

Flambée des prix, goût du scandale

Assurément, l'artiste américain a monté son "coup" avec un art assumé du scandale, et s'est offert un joli coup de com'. Et il foule gentiment des pieds le marché - de plus en plus juteux - de la vente de photos de collection. Dans les plus grandes maisons de ventes aux enchères, telles Sotheby's, les stars de la photo classique, tels Eugene Smith, Robert Capa, Marc Riboud, Sebastião Salgado, ou plus à la mode, un Richard Avedon, affichent des prix qui plafonnent à 10 000 $.

Mais Richard Prince soulève ainsi d'abyssales questions. Un tirage papier d'une photo dégotée sur le Net, est-ce une oeuvre d'art ? Est-ce un art reflet de son époque, une mise en abyme critique de ce site de partage de photos qui repose en partie sur le culte de l'ego à travers l'auto-portrait ? Est-ce du plagiat ? Des oeuvres détournées ? Et surtout, peut-on piocher à sa guise des photos d'inconnus sur les réseaux sociaux pour en faire oeuvre commerciale ?

Propriété intellectuelle

A qui appartiennent ces photos nouvelle génération ? Certes, elles sont mises à disposition de tous sur des réseaux sociaux, mais ne sont-elles pas protégés par le droit d'auteur ou le copyright ? In fine, les clichés que vous prenez et que vous partagez sur Instagram, ou même Facebook ou Twitter, vous appartiennent-ils ? Pas si sûr... Il y avait eu en 2010 (oui, il y a longtemps...) ce précédent, à propos d'une photo récupérée par l'AFP sur Twitter.

Il faut y voir aussi une remise en cause radicale et inédite de la propriété intellectuelle, dont témoigne le cas Doe Deere.

Encore plus sujet à caution, le fait qu'il fasse commerce de ces clichés Instagram. Par le simple fait qu'il les commente et les tire sur papier, ces clichés instagram deviennent-ils des oeuvres d'art ? Le malaise, le sentiment d'impudeur absolue et d'opportunisme tient aussi au fait qu'il vend ces "œuvres". Les 38 clichés Instagram qui ont été présentés à la Gagosian Gallery se sont ainsi arrachés pour des prix disproportionnés (le goût du scandale aurait-il créé une explosion des prix ?). Sans qu'un seul centime ne soit reversé aux auteurs de ces photos.

jeudi 14 novembre 2013

"Aujourd'hui, un Libé sans photo"...

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Déjà, il y a ce surtitre de Libération de ce jour, presque un épitaphe. Puis une longue explication en forme d'édito, qui trouve sa suite avec deux pages dans le journal, mais aussi des tribunes signées par les photographes Sébastien Calvet, Caroline Delmotte, et une interview de Raymond Depardon.

Et surtout, en le feuilletant, il y a ces pages marquées de gros carrés blancs, trous béants au milieu des articles, où apparaissent juste les légendes et les crédits photos : quelques signatures de photographes et de collectifs (Léa Crespi, Bruno Charoy, Sébastien Calvet, Mat Jacob / Tendance Floue) et beaucoup d'agences (AFP, Joe Raedle / Getty, AFP, Marion Ruszniewski / AFP). Avec ces blancs, le quotidien semble étrangement muet. Aujourd'hui, Libération a donc fait le choix de publier une édition amputée de ses photos, néanmoins publiées sur une double page en fin de journal, un peu comme un chemin de fer. Un coup éditorial, une grève de l'image en quelque sorte.

La veille, cet ultime chemin de fer, lors du bouclage, avec ces trous béants, avait déjà filtré sur Twitter, via le compte de Jérôme Balazard.

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Libération a donc traité à sa manière l'actu photo du moment, l'ouverture, ce matin, du salon Paris Photo au Grand Palais. A contrepied. "Choisir l'ouverture du salon Paris Photo pour "installer" des images blanches dans toutes nos pages comporte, bien sûr, un engagement de notre part", insiste l'édito. Car le contraste est saisissant : on a rarement autant parlé de l'omniprésence de l'image dans nos vies numériques, où l'on partage sur les réseaux sociaux, à longueur de journée, des photos sur notre quotidien, comme j'en parlais dans ce billet. Comme le montrait le Salon de la photo en fin de semaine dernière, les appareils photo numériques connectés à Internet, et la nouvelle génération de smartphones intégrant des appareils photo perfectionnés accentue aussi cette tendance.

Paradoxe, dans les travées du très chic salon Paris Photo, des galeries photo de Russie, de Chine, de New York, de Londres et de Paris, exposent en ce moment des tirages photos à vendre - parfois très cher, sur un marché de la collection de photos qui s'enflamme. La galerie français Polka, lancée par Alain Genestar, vend ainsi une cinquantaine de tirages photo de Sebastiao Salgado. Mise à prix: de 8 000 à 50 000 €. Un "art bicentenaire auréolé par le marché", avec des chiffres de vente fous ("5,5 millions d'euros pour des tirages de Richard Avedon"), où il y a pourtant une large zone de flou, entretenue par une bulle naissante: "Désormais, quand on ne trouve plus une œuvre, on la crée. Des descendants multiplient les tirages", souligne Libération. Et cite, à ce titre, Richard Avedon, qui a multiplié les tirages à la fin de ses jours...

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Libération défend par ces blancs dans ses pages la liberté de la presse, et dénonce la situation plus que préoccupante des photographes de presse. Et de démontrer l'importance de la photo dans l'information - la photo, plus qu'une simple illustration, est une info en elle-même, avec un angle, elle "a l'oeil sur les mœurs et usages de notre monde". "C'est un Libération où la photo a été volontairement escamotée. Du blanc en hauteur ou en largeur, comme le négatif d'images invisibles et pourtant bel et bien là. (...) Nul n'ignore la situation calamiteuse où se trouvent les photographes de presse, en particulier, les reporters de guerre, qui mettent leur vie en danger pour à peine la gagner", souligne le quotidien dans un édito au ton ferme. Une radicalité qui s'affiche donc littéralement. De fait, une récente enquête de la Société civile des auteurs multimédias (Scam) soulignait qu'un photographe de guerre sur deux perçoit des revenus inférieurs ou égaux au Smic et n'est pas assuré.

Le lien paradoxal avec Paris Photo ? Dans la galerie Magnum, hier soir, j'ai vu à vendre quelques tirages de Raymond Depardon - que l'on ne présente plus - ainsi que de Jérôme Sessini, un des photojournalistes-stars français, débauché par Magnum à l'AFP. Les reporters de guerre "exposés pour quatre jours au Grand Palais par des galeries avisés, leur sort apparemment plus enviable est en réalité un miroir aux alouettes", tranche le quotidien.

Ce qu'il faut restituer dans un contexte de crise aggravée pour les agences photo : disparition progressive des agences photo historiques, telles Sygma et Rapho, face aux défis du numérique, raréfaction des photographes salariés par les rédactions - Le Monde, L'Express, Libération font partie des journaux qui ont peut-être encore une poignée de photographes et correspondants salariés fixes (et non à la pige)...

mardi 11 décembre 2012

Twitter / Instagram / Google: la guerre photo est déclarée

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La photo, l'image, se place décidément à l'épicentre des médias sociaux. J'en parlais plus tôt dans l'année, le rachat d'Instagram par Facebook pour 1 milliard de dollars l'illustrait, tout comme le lancement par Facebook de sa propre app mobile photo. Car l'utilisation de la photo est devenue centrale dans les usages des mobinautes - apprentis photographes: encore un sondage CNIL/ TNS Sofres publié mercredi 12 décembre le montre: 58% des mobinautes sondés publient des photos sur Internet pour les partager avec d’autres, et même 86% des 18-24 ans.

Même les constructeurs IT l'ont compris, à voir la bataille acharnée que livrent Apple et Samsung, prêts à s'allier pour racheter les nombreux brevets photo de Kodak, en train de dépérir... Maintenant, la guerre se déplace entre médias sociaux, qui ont bien compris que les fonctionnalités photo + mobile deviennent centrales.

Filtres photo Twitter...

C'est officiel depuis ce lundi soir, Twitter se lance à son tour dans la course aux filtres photo : de facto, il a lancé les siens avec deux mises à jour gratuites de ses apps sur Android et iOS. Au menu, huit filtres (du délicieux vintage couleur sepia au classique noir et blanc), que lui fournit l'entreprise Aviary, laquelle avait déjà un partenariat avec Flickr. L'utilisateur a pour l'instant juste accès à des fonctions d'édition basiques (recadrage, contrastes, etc), à l'inverse d'Instagram. Par ailleurs, ces fonctions de filtres ne semblent applicables que sur les clichés pris directement via Twitter.

La rumeur courait, relayée par AllThingsD, d'autant qu'il y a quelques jours, un des co-fondateurs de Twitter, Jack Dorsey, publiait des clichés persos avec un filtre noir et blanc.

C'est en tous cas une nouvelle bataille dans la guerre des images que se livrent les médis sociaux. Il y avait déjà eu un indice il y a quelques jours : la rumeur courait que les photos provenant d' Instagram, publiées sur sur Twitter, y étaient coupées, voire floutées. Instagram ayant décidé de couper les ponts avec Twitter. Histoire de doper son audience

... Réseau social Instagram

Car Instagram est, désormais, à la fois outil de publication et d'édition de photos (avec ses fameux filtres), et réseau social. Au passage, il annonçait hier sur son blog de nouvelles fonctionnalités photo: nouvelle ergonomie de sa fonctionnalité de caméra, nouveau filtre, "Willow", enregistrement des photos dans iOS dans un dossier Instagram...

Fort de ses 120 millions d'utilisateurs, disponible sur Android et l’App Store, il est aussi accessible, depuis peu, sur le web. Les utilisateurs d'Instagram peuvent y créer un profil comme sur Facebook, avec une bannière, une biographie, des followers, etc. Comme Twitter. Oups.

Plus question, pour Instagram, de rediriger son audience vers Twitter. "Il y a quelques mois, nous avions accepté les cartes Twitter parce que notre présence sur le web était minime", expliquait la semaine dernière Kevin Systrom, cofondateur d'Instagram, lors des conférences LeWeb, organisées aux Docks d'Aubervilliers. Ces cartes Twitter permettent à des contenus(images, etc) d’être inclus dans les tweets, et de ne pas être redirigés vers d’autres sites ou applications. "Nous avons fait évoluer notre plateforme afin que les utilisateurs puissent directement réagir à des contenus Instagram via des ‘like’, des commentaires et des mots-clés. Désormais, la meilleure chose pour nous est de tout rediriger directement vers le site Instagram". Ça a le mérite d'être clair.

Son propriétaire, Facebook, espère ainsi concurrencer des plateformes à succès, telle la plateforme de microblogging Tumblr. Alsro que l'on voit émerger des communautés de fans de culture, qui partagent leurs photos d'événements culturels... sur Instagram. Il y a 15 jours, lors des Rencontres du wsebjournalisme à Metz, Nicolas Loublet, fondateur de Knowtex, nous racontait ainsi l'essor des "communautés créatives", constituées de "museogeeks", dont certains effectuent carrément des livetweets d’expositions. Ce qu'ont repéré certains musées, tel le Musée du Quai Branly, qui va jusqu'à organiser des événements pour ces Instagramers...

Google n’est pas en reste dans cette bataille. Il a racheté en septembre la société Nik Software, à l'origine du service d'application photo pour mobile, Snapseed, disponible elle aussi sur l’App Store. Google l'a rendue, il y a peu, gratuite sur Android et sur l'Apple Store. Snapseed était jusque-là vendu pour 4,99$ sur l'App Store. Fort de Goole+, Google compte bien faire de Snapseed son propre Instagram en l'intégrant davantage à son réseau social. Avec notamment l'ouverture de son nouveau service sur Google+, Google+ Communities, qui comporte des thématiques verticales (photo, people, et bien sûr marques).

Màj 13/12 : Dernier-venu dans cette bataille, Flickr, filiale de Yahoo!, à son tour à l'assaut, avec son application pour iOS qui passe en version 2.0... et comporte, elle aussi des filtres photographiques (carrément 16), d'après ZDNet. Ces photos "améliorées" pourront être partagées sur Twitter, ou géolocalisées via Foursquare. A la clé aussi, un nouveau système de téléchargement de photos, de nouveaux modes d’affichage et la possibilité de rajouter des informations à propos de chaque photo (type d’objectif, réglages, éclairage, etc).

mercredi 12 septembre 2012

Appareil Photo Facebook, Instagram: comment la photo (vintage) devient centrale sur les media sociaux

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Mosaïque Instagram

L'image devient-elle centrale dans les médias sociaux ? Non seulement le partage de photos est en train de devenir un business important dans les médias sociaux, mais l'image devient le type de contenu central, autour duquel s'organisent l'ensemble des contenus. Notamment dans Facebook. Cela faisait un certain temps que je voulais revenir sur ce sujet, alors que la consécration d'Instagram et le retour de Polaroid, cette année, ont marqué ce paradoxe, du grand retour de la photo vintage, à l'ancienne, à l'ère de la photo numérique et dématérialisée, comme je le soulignais déjà dans ce billet. Et la semaine dernière, justement, on m'assurait chez Facebook France que le réseau social souhaitait se renforcer sur la photo et le mobile. C'est donc chose faite.

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Souriez, vous êtes sur Facebook... Jeudi 6 septembre, Instagram est devenu très officiellement une filiale de Facebook, et l'application Appareil Photo Facebook, disponible aux Etats-Unis depuis fin mai, a fait son apparition dans l'AppStore Apple français. C'est donc la première fois que Facebook se dote d'une appli destinée uniquement à des usages mobiles, qui esquisse un réseau social mobile (et photo).

Une application qui est donc à la fois un réseau social exclusivement autour des photos, et un ensemble de services, outils et filtres de retouches photo. Une fois l'application téléchargée, en toute logique, on s'y connecte à partir de ses identifiants Facebook - manière de prouver que l'on reste bien dans l'univers du "méta-réseau" Facebook. Première étrange surprise, à l'ouverture, l'application vous demande (et même exige) d'activer la géolocalisation pour accoler un lieu aux photos que vous publierez... Impossible d'intégrer des photos si on ne souhaite pas se géolocaliser - CQFD.

Ensuite, on accède à un newsfeed où défilent uniquement les photos de nos friends Facebook. Avec une ergonomie minimaliste : plus de statuts, liens et vidéos, on voit juste des photos, avec les commentaires et likes. Assurément, l'affichage est optimisé : les photos s'affichetn en plein écran sur notre smartphone (et sans doute sur iPad), on peut parcourir de haut en bas les photos et abums de nos amis sans ouvrir chaque photo en grand format. Par ailleurs, on peut faire défiler les albums à l'horizontale.

Côté outils, on trouve donc quelques services de retouche, auxquels on accède en éditant une photo de notre "pellicule" (les photosdéjà stockées dans notre téléphone), ou sur l'onglet "appareil photo" après avoir pris notre cliché. On peut ainsi augmenter le contraste de l'image, et choisir entre les 13 filtres proposés, pour un résultat qui s'approche de celui des 17 filtres d'Instagram. Autres fonctions de retouche, innovantes puisque l'on ne les trouve pas chez Instagram : la possibilité de recadrer et rogner une photo, et un outil pour faire pivoter les photos jusque 360°.

Prime au cliché sur les media sociaux

Assurément, le visuel, le cliché, la photo "sociale" - et sur smartphone - devient un business en soi. Le rachat hallucinant d'Instagram par Facebook pour 1 milliard de dollars ce printemps a sans doute servi de révélateur à cette fameuse bulle "sociale", mais cela prouve surtout que le partage de photos est devenu sur les mediasociaux est devenu un "big business". Une étude publiée par l'école d'Harvard ce printemps affirmait que 70% des activités de Facebook tournaient autour des images : téléchargées, vues, commentées, likées... Instagram vient de passer le cap des 100 millions d'utilisateurs, a annoncé hier Mark Zuckerberg hier au TechCrunch Disrupt event, à San Francisco. Autre réseau social à succès de cette année : Pinterest, 10 millions de visiteurs uniques par mois, où l'on "épingle" ses instants de vie en images.

Mais l'image s'impose aussi pour le marketing et le personal branding sur les media sociaux. Parce que les images sont faciles à partager, à faire tourner, à commenter. Elle attire l’œil, suscite l'émotion immédiate - et les réactions - bien plus qu'un status écrit. Sur Facebook, Instagram, et plus encore sur Twitter, elle peut résumer une émotion. Ce n'est pas un mystère si, dans sa nouvelle ergonomie - le fameux "journal" individuel, devenu obligatoire pour tous les utilisateurs en France le 2 septembre - Facebook a imposé cette mise en page très visuelle, avec une grande photo ("couverture") qui ouvre notre page perso, et les photos et vidéos qui s'affichent de manière bien plus importante que les textes...

Une étude réalisée par la start-up Pixable en mai 2011, qui a passé au crible les profils de 500 000 utilisateurs Facebook, relevait ainsi que les utilisatrices de Facebook changaient leur photo de profil en moyenne toutes les deux semaines. Au fil du temps, les utilisateurs de Facebook, hommes ou femmes, se sont mis à renouveler leur photo de plus en plus souvent. Depuis 2006, le nombre de photos de profil postées par utilisateur a triplé. Le signe qu'aujourd'hui la présence en ligne, sa représentation virtuelle, représente pour eux une norme à entretenir.

dimanche 8 juillet 2012

Magnum, résistante de 65 ans, Getty à vendre... Quel avenir pour les agences photo ?

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Les 89 photographes en activité et ayants droit, tous patrons de Magnum, à Arles.

Deux actualités qui se télescopent, alors que la ville d'Arles est l'épicentre de la photo mondiale pour quelques semaines, avec les Rencontres photo qui ouvraient lundi dernier. D'un côté, l'agence Magnum Photos qui, à 65 ans, fait de la résistance. De l'autre, la prestigieuse agence Getty Images qui est officiellement à vendre pour 4 milliards de dollars.

Dans la petite ville d'Arles, qui a encore des airs d'antique cité romaine baignée de soleil, l'agence photo Magnum tenait pour la première fois son assemblée générale annuelle, mercredi dernier, qui se greffait ainsi aux premiers jours des Rencontres d'Arles - on peut d'ailleurs y voir la patte de François Hébel (voir son interview), directeur des Rencontres depuis 2001, qui fut lui-même directeur de l'agence Magnum pendant 10 ans, qu'il a contribué à redresser...

La prestigieuse agence Magnum Photos, qui fête ses 65 ans, est ainsi une des dernières survivantes de ces agences porteuses du photojournalisme à l'ancienne, qui montre sa capacité à survivre en dépit de la crise du photojournalisme dans un monde abreuvé d'images. Mieux, depuis sa création en 1947 par Robert Capa et Henri Cartier-Bresson entre autres, basée à Paris, New York, Londres et Tokyo, elle est restée indépendante, et a un statut à part de coopérative détenue par ses 60 photographes. Le photographe touche en moyenne 50% des revenus générés par son travail, l'autre moitié allant à la coopérative. Outre le passage en revue des comptes annuels, l'AG de Magnum a aussi sélectionné les postulants qui pourront l'intégrer (Magnum a des nommés, associés et membres).

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Josej Koudelka, lors du festival de musique gypsy.

Cette année, elle a ainsi intégré le photographe français Jérôme Sessini. Qui rejoint des membres aussi prestigieux que Elliott Erwitt, Raymond Depardon (qui a réalisé dernièrement la photo officielle de François Hollande) Martin Parr, et Josef Koudelka, dont le magnifique travail sur les Roumains est exposé pour la première fois cette année.

Mais quel avenir pour une telle agence au XXIe siècle, alors que le métier de photojournaliste même évolue à l'ère du numérique ? Le sujet faisait débat au Festival de Perpignan en septembre dernier, comme je l'évoquais dans cette enquête. "Magnum est tellement anachronique que cela devient sa chance", indiquait à l'AFP Lorenza Bravetta, directrice pour l'Europe continentale chez Magnum Photos. Déjà, sa structure de coopérative permet aux photographes de garder le contrôle sur les droits de leurs photos. Par ailleurs, elle est une des dernières à privilégier le reportage au long court, alors que les agences (surtout filaires) privilégient la photo d'actu immédiate ou la photo d'illustration. Le photographe de Magnum est rarement sur place le jour où survient un événement. Il arrive le lendemain ou quelques mois après pour saisir les incidences sur le pays. Ou bien il anticipe comme le Belge Carl De Keyser qui travaille sur les zones à risque d'inondation en Europe.

Les archives numérisées, trésor de guerre

Mais comme pour beaucoup d'agences, son trésor de guerre du futur repose sur se archives numérisées. Lorsqu'elle a connu des difficultés à la fin des années 90, l'agence a vendu près de 200000 clichés originaux au fonds d'investissement privé de Michael Dell, fondateur du groupe Dell.

Le nerf de la guerre. Autre prestigieuse agence photo sous les feux de l'actualité, Getty Images, de facto valorisée en tant que plus importante banque d'images au monde. Elle ainsi officiellement à vendre depuis quelques jours par son propriétaire, le fonds Hellman & Friedman, pour 4 milliards de dollars, d'après le ''Wall Street Journal''. S'il se concrétise, le montant du rachat serait un un des plus importants de l'année pour une société non cotée. E Plusieurs fonds, dont KKR et TPG, seraient candidats au rachat de Getty Images.

Fondée en 1995 à Seattle, initialement banque d'images pour agences publicitaires, Getty s'est diversifiée dans la photo d'actualité et la banque d'images à coups d'acquisitions, devenant premier fournisseur d'images (photos et vidéos) pour les agences publicitaires et groupes média. Pour contrer la concurrence d'Internet, elle acquiert en 2006 le site de vente de photos à bas prix iStockphoto, banque d'images bon marché mais de moins bonne qualité. L'agence a aussi revu ses tarifs à la baisse et proposé des ristournes sur ses photos en offrant par exemple ses photos basse résolution à seulement 49 dollars. De fait, Getty Images ou Corbis sont concurrencées par des platesformes d'images en ligne comme Fotolia ou Shutterstock, qui mettent directement en lien les photographes avec les professionnels et proposent des images à bas prix, contournant ainsi le modèle de Getty Images. Des modèles qui ont le vent en poupe : en mai, Fotolia, créé par des Français et basé à New York, a levé 150 millions de dollars auprès du fonds d'investissement américain KKR.

dimanche 20 mai 2012

Qui sera le photographe "officiel" du couple Hollande-Trierweiler ?

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Quel photographe sera retenu par l'Elysée comme photographe officiel ? Pour tout Président de la République, le choix du photographe officiel est éminemment politique. Il réalisera la fameuse photo officielle du Président placardée dans les lieux publics et politiques.

Parmi les favoris, on entend les noms de Raymond Depardon, connu pour son travail humaniste, et récemment exposé au siège de campagne du PS, à l'initiative de Valérie Trierweiler, d'après Europe1, Marc Chaumeil, auteur d'un recueil de clichés, François Hollande, Président élu, ou encore le photographe Stéphane Ruet, qui a été retenu comme conseiller «image» couple Hollande-Trierweiler, à en croire Renaud Revel.

Il rejoindrait ainsi le staff de "communicants" qui entourent le nouveau Président, entre Christian Gravel, qui s’est occupé de la communication pendant la campagne aux côtés de Manuel Valls (dont il était directeur de cabinet), qui reste chargé de relations presse à l'Elysée, Patrick Biancone, ex-éditorialiste et journaliste politique à RFI, qui accompagnera plus particulièrement Valérie Trierweiler à l’Elysée, ou encore David Kessler, jusque là DG des Inrockuptibles et du Huffington Post, qui intègre le cabinet de François Hollande en tant que conseiller à la culture et à la communication.

Précisément, Stéphane Ruet, publiera le 21 juin prochain François Hollande, Président, là encore un beau livre, alors qu'il a suivi de manière presque exclusive le candidat pendant 400 jours, de sa déclaration à l’investiture le 31 mars 2011 jusqu’au soir du second tour de l’élection présidentielle. Comme le révélait Livres Hebdo, François Hollande en signera la préface, tandis que tous les clichés seront commentés par Valérie Trierweiler - sous son étiquette de journaliste politique.

L'ex-photojournaliste de l'agence Sygma, devenu indépendant en 2001, qui a travaillé un temps pour la société de production Story Box ("Dimanche +"), avait déjà eu l'occasion de travailler de manière privilégiée avec un candidat socialiste: en 2002, il a couvert de près la campagne de Lionel Jospin, pour publier un livre, Les 60 jours de Jospin (éd. de La Martinière), rappelle Polka Magazine,

Une manière aussi d'imprimer sa personnalité, et de donner le ton de sa communication: en 2007, Nicolas Sarkozy retenait pour sa photo officielle Philippe Warrin, photographe people de Sipa, alors que son prédécesseur Jacques Chirac avait retenu Bettina Rheims, On avait d'ailleurs droit à un petit choc visuel: certes, Nicolas Sarkozy reprenait la tradition - rompue par Jacques Chirac - de poser dans la bibliothèque, mais avec un filtre légèrement jaune à l'image, et en délaissant la queue de pie, le grand cordon (et la raideur...) de De Gaulle et Pompidou.

Dans son sillage, Carla Bruni choisissait elle aussi son propre photographe officiel, Claude Gassian, connu pour ses clichés rock, des Rolling Stones à Miossec), qui expose justement, depuis quelques jours, à la Galerie A. D'ailleurs, on se demande si Valérie Trierweiler choisira son photographe attitré, formalisant du même coup sa "fonction" de Première Dame.

L'autre question sera de voir quels photojournalistes suivront de manière privilégiée François Hollande, alors qu'il est classique chez les dirigeants politiques d'être "suivis" par d'un nombre très réduit de photographes en lesquels ils ont confiance, telle Elodie Grégoire, qui a suivi de nombreuses années Nicolas Sarkozy.

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Mise à jour lundi 4 juin: et voilà, cela avait été officialisé mardi dernier, c'est finalement Raymond Depardon qui a réalisé la photo officielle mardi dernier, dans les jardins de l'Elysée... Un cliché qui se veut "normal", forcément. Photo repérée ce lundi via @jeromegodefroy.

mardi 13 mars 2012

La résurrection du Photomaton, Polaroid: la photo de la nostalgie à l'ère du numérique

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Le Photomaton, ses photos noir et blanc qui tirent vers le jaune, Polaroid, les photos instantanées avec le fameux liseré blanc... Elles avaient disparu depuis quelques décennies, les photos noir et blanc des années 50 - 60 ressurgissent à l'ère du numérique triomphant, sur Facebook, sur Twitter, sur Instagram. Deux pratiques photos d'un autre temps, à l'ère de l'argentique, qui trouvent paradoxalement une seconde vie grâce au numérique.

Photophones

Simple phénomène de mode vinage? Pas forcément. Paradoxe ou snobisme, mais pas anodin, car ces nouvelles pratiques et cette esthétique vintage se développent avec des smartphones toujours plus perfectionnés, des petites bombes d'innovation technologique... Y compris sur leurs fonctions de photos: on commence à parler pour certains de "photophones", appareils hybrides autant smartphones qu'appareils photos. Au point qu'ils grappillent des parts de marché sur les appareils photo compacts. Il y a 15 jours au Congrès mobile de Barcelone (résumé sommaire des principales tendances par ici), c'était assez frappant en voyant la surenchère photo sur certains joujoux technos: Nokia dévoilait son 808 Pureview, smartphone comportant un appareil photo avec une résolution de de 41 megapixels. HTC dévoilait sa gamme HTC One, qui intègre cinq niveaux de flashs différents, un logiciel de montage photo... Panasonic, sa gamme de photophones Lumix... qui portent le même nom que sa gamme-star d'appareils photos numériques.

Cabines Photomaton & collectifs

Prenez le Photomaton. Avec le passage au numérique, l'entreprise Photomaton, qui en possédait le monopole depuis 1936, avait bien remisé ses cabines, forcément obsolètes. Elles commencent pourtant à ressurgir, lentement. Les jeunes branchés adorent. Un papier de M le Mag l'évoquait la semaine dernière, des collectifs de passionnés commencent à ressusciter des vieilles cabines à Paris. Igor Lenoir et Camille Pachot, créateur de la bien-nommée La Joyeuse de la photographie, ont décidé de rétablir la photo d'identité à l'ancienne, en ouvrant 4 cabines dans des lieux-phares des branchés. Le collectif FotoAutomat a ouvert de vieilles cabines allemandes à la Cinémathèque et au Palais de Tokyo, respectivement haut lieu du cinéma d'antan et d'aujourd'hui, et de l'art le plus moderne - un lien du passé au présent. La nouvelle génération de cabines Photomaton, signées Starck, permettent d'envoyer sa photo sur Facebook.

Le mythique studio Harcourt, prisé des stars, a lui aussi ressuscité sous forme de cabine, installée dans le cinéma MK2 Bibliothèque, et dans certains cinémas Pathé et Gaumont en régions, pour permettre aux amoureux d'immortaliser leurs portraits. So romantic... A l'excellente expo "Tous fichés", dans la cour des Archives nationales à Paris, les visiteurs pouvaient aussi se faire tirer le portrait en Photomaton à l'ancienne, dans une cabinet Photomaton, estampillé "Terroriste", "Fille facile" ou "Poête".

Instagram, le Polaroid numérisé

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Ce qu'illustre aussi Instagram, un de ces réseaux sociaux alternatifs aux Facebook et autres Twitter désormais trop maintream. Un réseau social de photo en soi doublé d'une fonctionnalité, qui permet de revêtir de simples photos prises avec son smartphone d'un vernis vinage, avec ce cadre blanc et ces couleurs passées, usées... Là encore, de quoi rendre n'importe quel paysage ou portrait quelconque empreint d'une certaine patine, qui serait presque touchante. Précisément, il surfe sur l'esthétique propre aux photos Polaroid, qui fut une des pratiques photographiques- stars des années 80, où (résumé pour les plus jeunes, qui n'ont pas connu cela ;) on pouvait prendre une photo avec son appareil Polaroid, et la tirer immédiatement sur papier avec ce même appareil).

Mais pourquoi cet engouement pour ces photos aux contours imparfaits, au grain parfois approximatif et au noir et blanc brut? Il y a comme un parfum de nostalgie, dans ces photos au petit goût de madeleine, au même goût un peu suranné que lorsque l'on regarde des anciennes photos de familles, ou des trésors dénichés chez les grand-parents, photos d'anciennes générations à l'ère des premiers appareils argentiques. Peut-être une manière de sacraliser un peu, de rendre intemporels ces clichés, ces traces numériques que l'on laisse sur la Toile, sur les réseaux sociaux.

Avec le numérique, les médias sociaux, tout va vite, toujours plus vite, c'est le triomphe de l'instantanéité, de l'immédiateté (une info ou photo trop "vieille" revêt très vite du statut maudit de "oooold"): on peut partager ses photos, liens et informations en temps réel avec ses contacts, "followers" sur Twitter" ou "amis" sur Facebook", en deux clics sur son smartphone. Alors bien sûr, à l'ère de l'immédiateté obligatoire, sur ces mêmes réseaux sociaux, ces photos patinées permettent de créer une illusion d'intemporel...

dimanche 4 septembre 2011

Yuko, "icône" pour la presse du tsunami japonais, sur scène à Visa pour l'image

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crédit photo: Capucine Cousin

Une image forte, émouvante. Un joli coup de Paris-Match. Ou une opération de com' qui peut mettre mal à l'aise. La semaine dernière, j'ai eu la chance d'aller quelques jours à Visa pour l'image (reportage, billets ultérieurs... à paraître) à Perpignan. Un des faits les plus surprenants, symboliques, et même de mise en abyme, fut la présentation lors de la projection de vendredi soir de Yuko, rescapée anonyme devenue bien malgré elle une icône, un symbole de la tragédie qu'a connue la population japonaise lors du tsunami. Le service de presse de Visa nous avait d'ailleurs fortement incités à venir à la projection en vue de cette visite-surprise...

Rappelez-vous, son image a fait le tour du monde. La photo de cette Japonaise enveloppée dans une couverture, prise par Tadashi Ohkubo, a fait la une de 55 journaux (et de plusieurs hebdos et quotidiens français au même moment).

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Yuko Sugimoto était donc à Perpignan, invitée à Visa pour l'Image avec son fils et le photographe Tadashi Ohkubo par Paris-Match. Au moment du cliché, Yuko venait d'apprendre que son fils de 5 ans, Raïto, réfugié sur le toit de son école, était en vie. Elle l'avait cherché pendant deux jours. c'est en France qu'elle s'est rendue compte de l'impact de son image, et a alors déclaré sur scène: "Si ça peut encourager les gens à faire un don pour aider les Japonais, si ça peut aider le Japon, alors c'est un honneur pour moi d'avoir été sur cette photo". La boucle et bouclée, elle admet son statut d'icône.

dimanche 3 juillet 2011

L'agence Sipa en difficulté, dernier fleuron d'un photojournalisme qui périclite ?

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Goksin Sipahioglu – Paris, France – 10 et 11 Mai 1968

Tout un symbole. L'annonce a été officialisée cette semaine: l'agence photo Sipa Press est sur le point d'être vendue à une agence allemande, DAPD, au prix de 34 licenciements sur les 92 salariés, dont 16 des 24 photographes, d'après Le Monde. Une véritable saignée à blanc, où l'activité de photojournalisme d'une des dernières prestigieuses agences survivantes est sacrifiée. A terme, toujours d'après le quotidien, l'agence DAPD (deuxième agence de presse outre-Rhin), contrôlée par un fonds d'investissement, vise à transformer Sipa en agence filaire généraliste, donc en concurrence directe avec l'AFP et autres Reuters.

L'annonce est loin d'être anecdotique, et révèle une fois encore l'évolution (la disparition annoncée ?) dans la douleur des fleurons du photojournalisme, en déconfiture depuis une dizaine d'années, pêle-mêle face au média Internet, la montée en puissance des agences filaires, la crise de la presse, et la dégringolade des prix de la photo. Alors que la plupart des titres de presse magazine mettent fin peu à peu à leurs services photo internes.

Une annonce de mauvais augure, à la veille de l'ouverture de deux des rendez-vous photo les plus cotés pou la profession, les Rencontres de la photo d'Arles - ouvertes demain le 4 juillet, elles porteront sur la photo au Mexique et la guerre d'Espagne vue par Robert Capa- et le Festival Visa pour l'image de Perpignan, qui ouvrira fin août.

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La dégringolade pour Sipa Presse avait commencé en 2001. Son légendaire fondateur, le volcanique photographe Gökşin Sipahioğlu, qui l'avait fondée en 1973 (allez lire cet entretien de folie réalisé en 2005 par Frédéric Joignot sur son blog), s'est alors résolu à la revendre à Sud Communications (groupe Pierre Fabre). Malgré ses 25 photographes, ses 600 correspondants, ses 500 reportages photo vendus chaque mois dans plus de 40 pays, elle affiche 2 millions d'euros de pertes en 2010.

Les 3 "A" rachetées, le photojournalisme périclite

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Concurrencées par les agences d’informations généralistes (dites agences filaires) comme l’AFP et AP, lâchées par une presse mag qui consacre davantage de couv' vendeuses aux people (ou politiques peopolisés) qu’au photoreportage, les trois "A" ont toutes perdu leur indépendance, avant de déposer les objectifs photo. Quant au photojournalisme, il périclite.

Les autres agences-stars des années 70, Sygma et Gamma, se sont en voie d'extinction. Sygma, fondée en 1973 par Hubert Henrotte après un conflit avec l'agence Gamma, rachetée en 1999 par le groupe américain Corbis (propriété personnelle de Bill Gates), était en cours de reconversion en avril 2001. En agence qui ne produirait plus de reportages photos, pour se concentrer sur la diffusion de ses fonds numériques.

Comme je l'écrivais alors dans cette enquête pour Les Echos: forte des fonds de 65 millions d'images issus des collections Bettmann ( photos historiques, dont celles de l'agence United Press International), de la National Gallery de Londres, du photographe Yann Arthus Bertrand, et des agences Sygma (actualité),TempSport (sport) ou Stopmarket (photos d'illustration), elle ambitionnait alors de vendre sur Internet ses prestigieuses archives une fois numérisées. Avec une facture déjà douloureuse: 90 personnes, dont 42 photographes, avaient été licenciés dans le cadre d'un plan social. Las, elle a déposé le bilan en 2010, suite à un contentieux avec un de ses ex-photographes.

Gamma-Rapho sera elle aussi emportée dans le sillage de la mise en liquidation du groupe Eyedea Presse, en 2010. Créée en 1966 par des photographes dont Raymond Depardon et Jean Lattès.où le groupe de presse Hachette Filipacchi Médias (HFM) prenait 75% de participation en 1999, en misant sur la vente de ses fonds numérisés, et sur un e-commerce BtoB, elle était rachetée par le photographe François Lochon en avril 2010, et concentrée sur la seule vente d'archives.

Tentatives de virages numériques

Il y a bien eu des tentatives pour renouveler le photojournalisme indépendant à l'ère du numérique. En 1999, Floris de Bonneville _ un des cofondateurs de Gamma _ lance GlobalPhoto, qui propose alors aux agences et aux photographes indépendants de gérer la vente de leurs images, surtout dans le secteur de la presse magazine. Une manière de trouver la parade pour maintenir l'indépendance des agences, alors que Floris de Bonneville avait proposé _ en vain _ à Gamma, Sygma et Sipa de s'unir sur Internet. Un an après, GlobalPhoto est rachetée par PR Direct, spécialisée dans la photo d'illustration. Le projet ne semble pas avoir survécu.

En décembre 2002, même le National Geographic inaugure une stratégie de commerce en ligne et tente de se placer sur le même créneau que les agences photo, en lançant en partenariat avec IBM, un site Web baptisé Ngsimages.com, dédié à la vente en ligne de son catalogue de photographies.

Alors, quel avenir pour les agences photo, face aux agences filaires géantes, telles l'AFP et Reuters, spécialisées dans la seule photo d'actualité (quitte à tirer vers le people) ? Un des seuls recours semble être la photo d'illustration. Seules les agences de photo d'illustration tirent encore leur épingle du jeu: des banques d'images en ligne gratuites ou à moins d'un dollar telles que Stock.XCHNG, ou encore Shutterstock, les magazines et autres journaux ont à disposition des photos d'amateurs ou de professionnels à des prix défiant toute concurrence.

L'agence Getty Images a tôt choisi ce virage. Fondée en 1995 à Seattle, initialement banque d'images pour agences publicitaires, elle s'est diversifiée dans la photo d'actualité à coup d'acquisitions, devenant premier fournisseur d'images (photos et vidéos) pour les agences publicitaires et groupes média. Pour contrer la concurrence d'Internet, elle acquiert en 2006 le site de vente de photos à bas prix iStockphoto, banque d'images bon marché mais de moins bonne qualité. L'agence a aussi revu ses tarifs à la baisse et proposé des ristournes sur ses photos en offrant par exemple ses photos basse résolution à seulement 49 dollars.

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Je connais quelques photographes qui œuvrent en agence filaire, et s'en tirent plutôt bien (mais se contentent de faire des photos d'actu, sans trop se poser de questions, plus de reportages...), d'autres qui galèrent. Même des signatures, comme Reza, qui semble faire moins de reportages qu'avant faute de budget alloué par les magazines.

Restent quelques initiatives notables, telle l'agence britannique VII (lire " Seven"), lancée en septembre 2001 lors du Festival Visa pour l'image de Perpignan en septembre 2001. Mais un projet porté par sept pointures du photojournalisme, transfuges d'agences traditionnelles _ que ce soit le président de VII Gary Knight (ex-Saba), James Nachtwey (ex-Magnum), ou la Française Alexandra Boulat (ex-Sipa - décédée depuis). Dotée d'une structure légère, l'agence opère uniquement sur Internet et mise sur une valeur ajoutée technologique. Disséminés dans différentes villes du monde, les photographes-fondateurs numérisent les sélections de leurs photos, ce qui permet de réduire les frais de gestion et d'archivage. Sans doute un des derniers vrais projets d'agence à l'ancienne, encore active, menée par des stars du photojournalisme.

On trouve aussi des collectifs désormais installés comme Tendance Floue (L'Oeil Public a fermé l'an dernier me signale un lecteur), et une fédération de pigistes comme Fede Photo. Mais pour tous, le renouveau doit inclure des activités rémunératrices -comme la publicité ou le "corporate“ pour financer les reportages. Et une patte, une personnalité face au ton photographique toujours plus standardisé des grandes agences.

jeudi 11 novembre 2010

A qui appartient une photo sur Twitter ?

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Une femme sortie des décombres dans la capitale haïtienne © AFP/DANIEL MOREL

Le droit d'auteur s'applique-t-il aussi sur une photo postée sur un réseau social tel que Twitter, ou via l'outil de publication Twitpic ? Ou appartient-elle à l'éditeur de ces réseaux ? L'affaire avait fait grand bruit en début d'année, comme j'en parlais alors, l'AFP estimant alors Tous les Twitpics nous appartiennent, après avoir gentiment piqué à un photographe indépendant une photo qu'il avait postée via Twitpic.

Tout était parti de photos postées via Twitpic par Daniel Morel, un photojournaliste qui couvrait alors les manifestations suite au séisme d'Haïti. Un autre utilisateur de Twitter, Lisandro Suero, les a alors mises à disposition. L'AFP les a alors utilisées, et carrément revendues via l'agence Getty Images. Les photos ont été créditées AFP et Lisandro Suero par un certain nombre d'autres agences.

L'affaire a tourné à la bataille juridique. Après avoir écrit à l’AFP en réclamant ses droits, l’agence s’est retournée contre Daniel Morel, en dénonçant une diffamation commerciale et demandant une déclaration d'absence de contrefaçon.

Ce que vous postez sur Twitter ne vous appartient plus (pour l'AFP)

Pour l'AFP, en mettant à disposition des photos sur Twitter ou Twitpic, un photographe accorde de facto une licence à toute personne qui voudrait utiliser ces photos, comme le spécifierait une mise à jour récente du règlement de Twitter. En clair, pour l'AFP, ce que vous postez sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, ne vous appartiendrait plus. C’est la position que soutient en tous cas l’agence devant un tribunal du district sud de New York.Cela signifierait-il donc que toute photo postée sur Twitter serait automatiquement réutilisable par n'importe qui ?

ReadWriteWeb US vient de revenir sur l'affaire : les règles d'utilisations de Twitter spécifient certes qu'il peut partager des contenus avec ses partenaires... Ce que l'AFP tente de réinterpréter, comme si tout utilisateur de Twitter était un partenaire - pouvant donc réutiliser les photos.

L'AFP étrangère à l'univers des médias sociaux

Comme le souligne le RWW, en creux, cela révèle une méconnaissance profonde mauvaise compréhension par l'AFP de l'univers des médias sociaux. C'est dans l'esprit même des médias sociaux : si je retweete une photo d'un utilisateur de Twitter, c'est pour la partager - implicitement, sans exploitation commerciale par-derrière par un autre "Twittos" indélicat. Bien loin d'une entreprise de media qui doit gagner de l'argent, qui pioche une photo dans un écosystème, pour ensuite prétendre en être propriétaire, souligne le RWW.

Au passage, l'AFP vient tout juste - en novembre 2010 - de se doter de sa page Fan de sur Facebook, quelques semaines après avoir nommé un journaliste en charge du secteur des médias sociaux. CQFD.

dimanche 10 octobre 2010

"Kiss the past hello", les ados éternels de Larry Clark

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C'est sans doute la photo qui illustre le mieux l'expo de Larry Clark, qui s'ouvrait hier au Musée d'Art Moderne à Paris. Ils sont jeunes, ils sont magnifiques, et il y a un discret érotisme qui émane de cette photo, pas loin d'un Botticelli, qui nous renvoie tous à nos premiers ébats.

J'ai vu l'expo Larry Clark, qui ouvrait ses portes vendredi au Musée d'art moderne de Paris. Et non, je ne vais pas vous parler ici de la polémique autour de son interdiction aux moins de 18 ans (que je trouve absurde çà titre perso... C'est une expo sur les ados et avant tout pour les ados, comme le dit très bien Larry Clark dans cette interview au Monde), mais retour ici à l'essentiel, l'art. Que valent ces photos ?

Kiss the past hello ("Dis bonjour au passé", détournement du dicton Kiss the past goodbye - "Fais table rase du passé", référence punk qui colle assez bien à Larry Clark...), avec 300 photos et 2 films inédits, montre plusieurs représentations de la jeunesse vue par Larry Clark, en 40 années de photo. La jeunesse plutôt rock, plutôt trash, qui cherche à tester les limites de la liberté, voire qui fraye avec les bas-fonds et la marginalité. Loin des polémiques un peu stériles sur une supposée complaisance (ou des photos qui revêtiraient un caractère "pornographique"), on y voit surtout des portraits d'ados que Larry Clark a suivis, succédanés des dernières décennies.

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Et cela nous touche follement, parce que cela nous renvoie à notre propre adolescence (censée être "le bel âge"), à nos excès, aux frontières que l'on a failli franchir. Un véritable uppercut, même si j'aurais sans doute été encore plus touchée si j'avais été un mec - Kiss the past hello est l'adolescence vue par un homme photographe, donc de manière avant tout masculine (nombreux portraits de jeunes mecs), avec une sensibilité bien plus personnelle des années 60 aux années 80. Lorsque Larry Clark était encore lui-même proche de l'adolescence...

Qu'est-ce que l'on y voit ? Des années 60 à Tulsa (Oklahoma) aux années 2000, on y voit son regard sur la jeunesse américaine. On y voit la drogue, le sexe, mais aussi des bandes de potes, au sein desquels Larry Clark a travaillé en immersion, en allant jusqu'à suivre certains ados durant des années, pour montrer leur évolution. Au-delà du cinéaste provoc' habitué aux scandales (cf la sortie de Kids en 1995), on découvre là un photographe qui a une p/ù^$* de sensibilité, dans les prises de vues, la lumière, ce qui ressort de ses très nombreux portraits d'ados.

Organisée de manière chronologique, l'expo donne à voir, en creux, les formes de contre-cultures portées par les ados au fil des décennies.

Premier uppercut, les quelques photos de sa mère, Frances Clark, reflets d'une Amérique idéalisée, qui tranchent avec la première partie de l'oeuvre de Larry Clark. Le portfolio Tulsa, qui couvre les années 60 (qui avait donné un livre éponyme) révèle la vie quotidienne du jeune artiste. Entre l'ennui et la violence dans les suburbs de Tulsa, il y photographie ses potes zonards.

Alors oui, là la pauvreté va de pair avec les premiers shoots, qu'il photographie dans son entourage, avec parfois des photos très crues: une femme enceinte qui se pique, un ado qui joue avec un revolver, le visage tordu de douleur de cet homme, le premier shoot de la girlfriend, des scènes qui mêlent piqouze et sexe... Il y a aussi les dates de décès de certains potes de Larry Clark partis bien trop tôt...

Mais aussi un film muet de 16 mm de 1964, où l'on voit un jeune mec qui se shoote - film touchant et d'une tristesse absolue, qui s'affiche progressivement sur le visage de sa copine, au fur et à mesure du shoot.

Lust for life

Les années 70 donnent à voir là encore des portraits en noir et blanc d'une jeunesse qui découvre le sexe, l'amitié, parfois la drogue... Mais déjà prédominent les portraits magnifiques de ces ados, des jeunes mecs dont on se dit juste qu'ils sont beaux et sereins. Et dont on devine qu'ils ont déjà beaucoup vécu. Il y a aussi ces photos de couples, s'adonnant à l'amour (voire au triolisme) ou à la drogue, ces scènes d'ados découvrant le sexe, entre fraîcheur et expériences déjà hard..

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Pour les années 80 (portfolio intitulé avec un certain sens de la provoc' Teenage Lust - "luxure d'ados") , Larry Clark a adopté ce qui constituera la sève de son travail: il réalise des portraits au sein de groupes de jeunes dont il parvient à se faire adopter, ou avec des prostitués de la 42e rue de New York. Là, ce sont les années punks: jeunes mecs au crâne rasé et aux jeans moulants.

A partir des années 90, il s'intéresse aux jeunes skaters. Ce seront les prémices de son film "Wassup Rockers". Là, ses photos changent, on voit une jeunesse presque plus sereine. Dans ces portraits grand format, aux couleurs saturées, on y voit des jeunes punks skaters latinos qui prennent la pose, avec fierté et provocation (superbe photo de cet ado qui porte un T-shirt avec pour slogan "Let's start a war" en 1992, en pleine guerre d'Irak...).

Mais aussi, en toile de le fond, là encore la pauvreté absolue: comme ce jeune mec de 12/13 ans qui pose à poil, la clope au bec, près de son père, qui a la bouteille et son dernier-né sur les genoux... Et là, on se demande : quel avenir pour ces ados ?

dimanche 1 novembre 2009

'The Impossible Project' se poursuit, remise en vente de films argentiques Polaroid

Rue89 s'en est fait l'écho, Polaroid remettra en vente des films argentiques en 2010... alors qu'il y a quelques mois, il annonçait l'arrêt de la vente du film 35 mm en argentique pour les diapositives couleur Kodachrome, comme j'en parlais alors dans ce billet.

Deux ans après la fermeture des sites de production des Pays-Bas (usine d'Enschede) et du Mexique, Polaroid "encourage la production de films SX-70 et 600" pour 2010, d'après Rue89, et ce en partenariat avec 'The Impossible Project', cette start-up d'un nouveau genre que j'évoquais déjà. En quelques mois, elle a prisde l'ampleur : lancée par le businessman Florian Kaps, fondateur d'un site de ente en ligen de recharges Polaroid (ça tombe bien) et l'ancien directeur de l'usine d'Enschede, elle s'était mise en tête de relancer des "vraies" cartouches Polaroid. Et l'affaire semble bien lancée, Polaroid ayant avalisé le projet lors de son sommet mondial à Hong Kong, le 13 octobre.

En pleine vogue vintage / nostalgie, elle va rééditer certains de ses appareils fétiches, tel le Polaroid argentique 1000... mais visiblement, en version chic et chère :(.

Du coup, quelle clientèle va viser 'Pola' ? Des amateurs éclairés ? Des étudiants ? Pour ses pellicules, forcément, il trouvera des recrues dans tous les possesseurs de Polas, en manque de pellicules depuis quelques temps. Mais pour ses futurs appareils 'vintage' annoncés, il ne visera probablement qu'un petit marché de niche à hauts revenus. Ce qui serait une manière de jouer sur l'aspect nostalgie, et la valeur supposée de la marque Polaroid - pourtant très connotée cheap à son âge d'or, dans les années 80. A voir...

mardi 8 septembre 2009

Le photojournalisme, "en soldes" ou engagé ?

Je parlais récemment, dans ce billet, de la situation préoccupante que connaît actuellement le photojournalisme, mise en exergue par le festival Visa pour l'image, qui se déroule en ce moment à Perpignan.

Mon confrère Gilles Klein, journaliste indépendant (il collabore notamment à Arrêt sur images, en version web), qui a un long passé de photographe de presse, dresse un constat dans ce billet,, qui n'est guère optimiste sur l'évolution du métier. Et d'écrire :

Les journaux négocient des forfaits mensuels ou annuels pour accéder aux images d’actualité. Certaines agences soldent tandis que des journaux demandent, en fin d’année, une ristourne, un pourcentage sur le chiffre d’affaires qu’ils ont apporté à telle ou telle agence. Une sorte de rétro-commission. Entre les photographes maison payés au mois, et les forfaits, plus les banques d’images à bas prix pour les photos d’illustration (photos hors actu) il reste très peu de place pour les commandes, les sujets originaux, du coup ceux qui étaient dans des agences et n’y sont plus (ex Gamma, ex-Sygma et autres) souffrent. Gagnent peu ou très peu. Font moins de sujets et doivent se débrouiller pour les financer.

De fait, j'avais entendu des échos similaires. Au sein du groupe où je travaille, non seulement L'Express, comme il l'écrit, mais aussi les sites L'Express.fr et L'Expansion.com on négocié des contrats sous forme de forfaits pour accéder au fil d'images (en plus du fil d'actus) de Reuters, pour des tarifs qui ont bien changé ces dernières années... Et dont les photographes n'ont sans doute pas connaissance.

Du coup, on croise de plus en plus de photographe d'agences qui, pour certains, ont réussi à obtenir un CDI avec un salaire confortable. Ils travaillent en shootant le plus vite possible, restent quelques minutes sur le lieu d'un événement, d'une conférence de presse, et repartent aussitôt. On est loin du reportage d'antan... J'ai eu l'occasion de discuter avec un photographe d'agence dernièrement : no comment sur ces conditions, il gagne bien sa vie et préfère se poser le moins de questions possibles.

La plupart des "vrais" photojournalistes sont, soit au sein d'une agence classique pour les quelques chanceux, soit travaillent en indépendants, au sein d'un collectif (comme Tendance floue, ou le collectif plus général Fédéphoto), ce qui leur permet d'avoir un pouvoir de négociation plus important auprès des journaux.

Certains continuent d'avoir de vrais projets journalistiques de fond. En la matière, un des ouvrages les plus excitants et les plus attendus du moment à mon sens est Un nouvel art de militer (sortie octobre 2009), fruit d'une enquête du journaliste Sébastien Porte et du photographe Cyril Cavalié, connu notamment pour son travail sur les divers mouvements et réseaux militants (à voir, le blog dédié à cet ouvrage).

Jeudi Noir, Déboulonneurs, Brigade activiste des clowns, Désobéissants, Anonymous... Il passe en revue pas seulement les divers mouvements militants, mais les formes de militances même, au-delà des formes traditionnelles que sont la grève ou la manifestation : une nouvelle génération de militants, ayant un goût prononcé pour l’humour et les mises en scènes spectaculaires, et un sens manifeste de la créativité dans l’action.

Cyril m'a fait l'amitié de me transmettre quelques-unes de ses photos issues de cet ouvrage. Que je dévoile donc ici, en avant-première.

Stagiaires Cyril Stagiaires - Photo Cyril Cavalié

Poesie_verte.jpg Poésie verte - © Cyril Cavalié

Plaquage cyril Plaquage - © Cyril Cavalié

cyclonudiste Cyril Cyclonudiste - © Cyril Cavalié

RESF Cyril RESF - © Cyril Cavalié

vendredi 24 juillet 2009

La fin pour l'agence photo Gamma, quel avenir pour le photojournalisme ?

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Ce fut une des plus prestigieuses agences de photojournalisme, cofondée par Raymond Depardon, qui a vu passer dans ses rangs des photographes tels que William Carel, Gilles Caron, Françoise Demulder et Sebastiao Salgado. Pourtant, Gamma déposerait le bilan le 30 juillet, annonçait Rue89 hier soir.

La fin pour une des plus prestigieuses agences, qui avait déjà connu des évolutions inquiétantes ces dernières années, comme l'a montré son rachat en 2006 à Hachette Fillipachi Médias (groupe Lagardère) par Eyedea, filiale du fonds d'investissement Green Recovery. Ce dernier, qui possède aussi notamment l'agence Rapho et l'important fonds Keystone, aurait d'emblée cherché à la couler, laisse fortement entendre l'article de Rue89.

Auparavant, ses dirigeants auraient fait des erreurs monumentales, comme laisser partir l'année dernière Elodie Grégoire, une de leurs dernières signatures, qui suivait Nicolas Sarkozy depuis des années (comme j'en parlais ).

Mais de fait, avec 55 photographes licenciés dans le cadre de cette opération de dépôt de bilan, Eyedea n'y perd pas grand-chose, si ce n'est couler Gamma. Avec cynisme : "ce n’est qu’une identité sur trois qui dépose le bilan et un bon moyen pour eux de licencier 55 personnes en ne donnant que 35 000 euros par personne", me faisait remarquer par mail ce matin, fataliste et réaliste, un confrère, (talentueux) photographe de presse.

Sans baigner dans une nostalgie désuète, le dépôt de bilan de Gamma constitue une nouvelle étape, hélas, dans la disparition plus ou moins annoncée des agences de photojournalisme à l'ancienne, à l'ère d'Internet et de la suprématie des agences filaires telles que Reuters, AP ou l'AFP. Déjà en 2001/2002, le sujet commençait à faire débat, je me souviens avoir écrit des papiers pour Les Echos (par exemple , ou encore à propos de National Geographic... ) sur comment Internet bouleversait le modèle des agences classiques : Bill Gates rachetait l'agence Corbis en rêvant de numériser tous ses fonds d'archives, et en misant sur la vente de photos d'actualité, d'illustration et d'archives via Internet.

Et encore, phénomène qui s'accentue avec la crise, les agences filaires sont obligées de consentir de fortes réductions sur leurs tarifs d'abonnements aux flux de dépêches auprès de leurs clients (les groupes de presse) pour être sûres de conserver ces clients...

Je ne sais pas si les agences 'alternatives' lancées ces dernières années par des grandes signatures, comme l'agence VII, lancée en 2001, ou encore l'agence Noor, lancée en 2007, pourront assurer la relève en termes de vrai photojournalisme.

Cette année, je serai très probablement au festival de photojournalisme Visa pour l'image de Perpignan, début septembre, où le climat sera sans doute assez particulier. Faites-moi signe si vous y venez...

lundi 20 juillet 2009

Expo Martin Parr, ses références culturelles, les produits dérivés US...

C'est une expo photo que je vous recommande : une large rétrospective de la collection du photographe Martin Parr, qui se tient en ce moment au Jeu de Paume à Paris. Elle présente les oeuvres du photographe de l'agence Magnum, avec notamment la série Luxury (les nouveaux riches de Dubaï aux courses de Longchamp), qui prend un tour surprenant dans le contexte actuel... mais aussi celles qui l'ont influencé de près ou de loin d'où des photos de qualités inégales (le piège de ce genre d'extrapolations...), avec parmi mes préférées ces portraits noirs et blancs des prolos et lower classes en Grande-Bretagne.

Intéressants, les nombreux produits dérivés exposés à cette occasion : produits de militantisme pro- Ben Laden, pro Sadam Hussein, mais aussi les nombreux produits dérivés US, reflets d'un certain ultra-consumérisme qui relève de la culture américaine.

Avec notamment ces chocolats Cadburry à l'effigie des ex- Spice Girls (vintage 90s oblige), ou encore ces produits dérivés à l'effigie de Barack Obama, des bouteilles aux tongs - so cute...

Spice girls

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Obama3

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Photos C. C.

mercredi 24 juin 2009

Clap de fin pour le film argentique Kodachrome, Polaroid pourrait renaître

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Le couperet est tombé, (presque) toute la presse en parlait aujourd'hui : comme l'a annoncé par communiqué Kodak Us le 22 juin, le fameux film 35 mm en argentique pour les diapositives couleur Kodachrome s'interrompra en 2010, face à la montée en puissance des photos numériques, du propre aveu de Kodak.

Une commercialisation qui avait commencé en 1935 (!), les diapos avaient trouvé des usages multiples : photos de vacances (vous avez forcément subi connu la séquence diffusion de diapos de vacances en famille - souvenir eighties...), archivage magazine pour les photographes, autant pour les portraits que les reportages...

Une nouvelle étape qui annoncerait la fin de la photo argentique ? Pas si sûr : cela risque de devenir un produit de luxe, mais j'en connais qui continuent de faire de la photo argentique (j'en suis !), voire d'assurer leurs développements.

Des offres alternatives se développent déjà : l'antique Polaroid (qui tente de ressusciter avec l'appareil PoGo) pourrait bien renaître grâce à une communauté de fans, de l’Impossible Project (qui inclut des scientifiques hollandais). D'après cet article du NY Times, ils auraient loué une usine Polaroid. Et, mieux, ont mis une main sur une pépite, des éléments de technologie propres à Polaroid... parce que l'ancien détenteur des actifs de Polaroid (dont de son nom et ses brevets) a été arrêté aux Etats-Unis, et ses actifs vendus.

Et il y a fort à parier que des passionnés se mobiliseront pour relancer les pellicules photo argentiques et le développement photo. A suivre...

lundi 27 avril 2009

Corbis se lance dans la vidéo avec sa filiale Corbis Motion

L'agence photo Corbis - dont on remarquera qu'elle ne se définit plus comme une agence photo dans son communiqué, mais comme un "fournisseur de ressources visuelles pour la communauté des créatifs" - vient d'annoncer le lancement de Corbis Motion www.corbismotion.com en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Hollande, au Japon et en France.

Particularité : comme beaucoup d'agences photo en recherche d'u nouveau business model (comme j'en parlais dans ce billet), et qui se positionnent faute de mieux sur le divertissement (à la place du photojournalisme, leur domaine d'excellence durant leur âge d'or), Corbis cherche à explorer le créneau des contenus vidéos. Fort de son partenariat avec Thought Equity Motion, il dispose d'une bibliothèque de 300 000 séquences vidéo (contre 30 000 auparavant), notamment issues de Paramount Pictures, Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc., National Geographic, Sony Pictures Entertainment, HBO Archives et Smithsonian Channel. " Les producteurs & réalisateurs de films, de documentaires, de reportages, de films publicitaires… pourront désormais piocher parmi près de 150 000 séquences en Haute Définition, ainsi que 80 000 séquences libres de droit pouvant être acquises et utilisées, dans le cadre d'une licence unique pour une utilisation spécifique, sur tous types de supports et aussi longtemps que le souhaite le client", annonce Corbis.

jeudi 19 février 2009

Le Point lâche ses photographes en régions

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Lu sur le très informé blog collectif Les invisibles des médias, tenu par des journalistes pigistes, le magazine Le Point se séparerait des photographes pigistes avec lesquels il travaillait pour ses numéros régionaux. Il aurait passé un accord avec différentes agences photo, soi-disant pour baisser les coûts de production. Mais aucun photographe n’a été prévenu officiellement ; aucune mesure de licenciement n’est donc prévue pour l’instant...

Un nouveau révélateur de la précarisation du journalisme, dans ses différents secteurs, y compris le photojournalisme. Mais c'est aussi un cercle vicieux, alors que les agences photo classiques (Getty, Corbis-Sygma...) sont dans une situation délicate face aux agences filaires, rattachées aux agences de presses idoines (AP, AFP, Reuters). D'après ce que j'ai lu sur un forum de discussion très bien informé, certaines agences photos qui passent des accords avec les news dont Le Point leur mettent une certaine pression commerciale. Et d'un autre côté, baissent leurs tarifs pour être sûres de conserver leurs clients....

jeudi 12 février 2009

Getty ferme Scoopt, un désaveu pour le photojournalisme "amateur"

Scoopt

Une forme de désaveu pour ce pseudo-photojournalisme citoyen, qui fut très en vogue il y a quelques mois. L'agence photo US Getty Images a annoncé il y a quelques jours la fermeture de Scoopt, un site qui permettait aux amateurs de vendre leurs images d'actualité. Un site qu'elle avait acquis il y a deux ans, espérant diversifier son coeur de métier (le photojournalisme haut de gamme) vers ce fameux "journalisme citoyen", mais surtout, le divertissement...

En la matière, l'agence américaine cherche à diversifier ses contenus, à coups d'acquisitions : elle avait annoncé l'an dernier un accord avec le site de partage de photos Flickr, appartenant à Yahoo!, pour diffuser sur sa propre plate-forme dune sélection de photos issues de Flickr. Cela dit, je pense que Getty est dans une situation financière assez délicate la rumeur avait d'ailleurs couru, il y a un an, que l'agence était à vendre, comme j'en parlais dans ce billet.

Lancé en juillet 2005, Scoopt était l'un des premiers à se lancer sur le marché des photos et autres images prises par des amateurs. Déjà début janvier, JPG Magazine, magazine sur papier et sur internet publiant des photos de professionnels et d'amateurs, avait annoncé début janvier la cessation de ses activités, mais il pourrait être sauvé par un repreneur.

dimanche 1 février 2009

Moodstream, le moteur de recherche photos émotionnel de Getty

Getty Images vient de lancer un nouveau mode de recherche d'image dans sa base d'images : Moodstream permet en effet de chercher des vidéos liées à des ambiances (joyeuse, humoristique, nostalgique, chaude, etc.). Il permet de rechercher images, vidéos et sons dans le catalogue Getty selon des paramètres liés à l’humeur ou à l’ambiance désirée : plusieurs curseurs vous aident à définir la tendance, puis à lancer votre requête. S’affichent alors en plein écran les extraits vidéo et photo correspondant à cette tendance, l. Vous pouvez alors ajouter d’un clic les clips proposés dans votre propre tableau afin de les conserver pour plus tard, par exemple pour un achat de droits. Dans l’éternelle tentative de valoriser sa pépite - son immense base d'archives d'images, et de réinventer la recherche d’éléments multimédia, Getty frappe ainsi très fort. Et dfait un pas de plus vers la conquête du grand public, avec ces services ultra-qualifiés.

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