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mardi 13 février 2018

Conquête de l'espace: pourquoi les entrepreneurs (américains) prennent le relais de l'Etat

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Le 6 février à 15h45 heure locale (21h45 en France), la fusée la Falcon Heavy d’Elon Musk s'est propulsée dans l'espace pour la première fois, devenant la fusée la plus puissante depuis la Saturn V qui envoya des Américains sur la Lune. Cap sur une orbite héliocentrique (autour du soleil) proche de Mars. Et, à terme, Mars, la Planète rouge.

Le dernier rêve d'Elon Musk, entrepreneur-ingénieur-milliardaire d'origine africaine, fondateur de Tesla et de SpaceX, est ainsi devenu réalité. Dans un art consommé de la com', il avait soigné la mise en scène, prenant soin de charger dans la Falcon Heavy sa voiture personnelle, une Tesla rouge (sa propre marque de voiture électrique. "Conduite" par un mannequin en combinaison spatiale baptisé Starman, au son de la chanson Space Oddity de David Bowie, il devrait graviter autour de Mars pour... quelques millions d’années. Grand prince, ce communicant-né a pris soin de retransmettre en direct le show le décollage sur YouTube, et de fournir gracieusement les images aux médias.

Mission accomplie, à priori. Et un (nouveau) grand pas pour l'humanité. Fort du support technologique (et financier) de la Nasa, "Elon Musk veut faire de Falcon Heavy un véritable taxi de l’espace à destination de la Station spatiale internationale, de la Lune et de Mars", rappelait Libération. Le tout avec un tarif annoncé record, 90 millions de dollars pour ses futurs lancements commerciaux, soit bien moins que les 100 millions pour Ariane 5. Et que les tirs à 350 millions de dollars du Delta IV Heavy d’United Launch Alliance… Donc, le nouveau conquistador de l'Espace casse les prix. Tout comme un autre gourou de la tech, Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, qui s'apprête à lui aussi dégoupiller son lanceur, la fusée New Glenn, via sa firme ad hoc, Blue Origin.

La Silicon Valley de l'exploration de l'espace

Des entrepreneurs de la tech un peu déjantés, à la conquête de l'espace, pour des prix record... Bienvenue dans la nouvelle course à la conquête de l'espace. Et ce n'est plus un Etat qui a la main-mise sur cela, comme, naguère, durant la Guerre Froide, mais des milliardaires. Bienvenue dans la nouvelle course à la conquête de l'espace. Dans cette vidéo qui résume bien la chose, The Economist va droit aux faits: puisque les gouvernements les plus puissants n'en n'ont plus les moyens, ayant réduit au fil des années leurs budgets consacrés à l'exploration spatiale, ce sont des entrepreneurs qui se battent maintenant pour conquérir et exploiter la nouvelle frontière finale: l'espace.

Va-t-on vers une privatisation de l'espace? La question est vertigineuse, comme la pose déjà ce billet. Par un curieux concours de circonstances, quelques jours après le décollage réussi de la fusée d'Elon Musk, ce 11 février, le Washington Post révélait que une note de la NASA, selon laquelle l'administration Trump s'apprête à privatiser d'ici 2025 la Space Station spatiale internationale.

Fin d'un Bien commun ?

D'ailleurs, Scott Pace, directeur exécutif du Conseil national de l'espace, a tenu ces propos révélateurs devant la presse: "Nous le répétons à nouveau: l’espace n’est pas un bien commun global “global commons”, ce n’est pas le patrimoine commun de l’humanité (...). Ces concepts ne figurent pas dans le traité international sur l’espace et les États-Unis ont constamment répété que ces idées ne correspondent pas au statut juridique réel de l’espace." Voilà qui a le mérite d'être clair.

Déjà depuis quelques années, une poignée de firmes s'intéressent de près à l'espace, qui fut par le passé un des terrains de jeu privilégiés des gouvernements (cf la Guerre Froide) pour démontrer leur toute-puissance technologique - et diplomatique. L'espace fut pendant longtemps considéré comme un Bien commun par excellence, librement exploitable par tous, mais ce principe est progressivement grignoté. Comme rappelé dans ce billet, il était protégé par le Traité de l'Espace de 1967, qui fixait des règles de non-revendication de souveraineté nationale sur l’espace. Aujourd'hui, "Des propositions existent pour mettre en place une structure de gouvernance similaire pour les ressources spatiales, associant des États, des universités, des entreprises et des ONG." Déjà trop tard?

Le premier coup de canif conséquent fut apporté par les États-Unis, sous l'administration Obama, qui ont adopté en 2015 d’un Space Act. Ce qui n'avait pas manqué d'inquiéter la communauté scientifique. Puisque il donne aux entreprises capables d’envoyer des engins dans l’espace, comme SpaceX, un titre juridique de propriété sur les ressources qu’elles pourront en extraire. Dans la foulée, Les Émirats arabes unis, puis le Luxembourg, ont adopté une législation permettant d’accorder des permis d’extraction dans l’espace.

Depuis, des start-ups voient des opportunités dans le tourisme spatial, les mines d'astéroïdes, et la colonisation de la lune. Déjà plus de 800 firmes participent à cette ruée vers l'or à l''ère de l'espace. Telle Axiom Space, détenue par Michael T. Suffredini , un ancien de la NASA, qui a levé 3 millions de dollars pour créer une station spatiale commerciale. Ou encore Bigelow Space, société fondée par Robert Bigelow, un milliardaire excentrique de Las Vegas. Citons aussi, dans la série de pépites du New Space relevées par Challenges, Made in Space, Rocket Lab, le petit SpaceX, Planet...

Déjà le désert caillouteux de Mojave, qui s'étend sur les Etats de Californie, Nevada et Arizona, s'est imposé comme le premier port commercial américain de l'espace. À l'entrée de la ville, un panneau accueille le visiteur: "Les portes de l'espace". Son espace aérien restreint est idéal pour tester des nouveaux produits, étant totalement dédié aux tests. Cette jeune industrie de l'espace devrait générer 600 milliards de dollars en 2030. Le nouvel or noir.

samedi 27 janvier 2018

Black Mirror, Electric Dreams, Altered Carbon... Pourquoi l'anticipation cauchemardesque est tendance

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Connecté, déconnecté... comment cela nous a pris, le rêve de nous déconnecter; nous qui rêvions à une époque, à la fin des années 90, aux débuts d'un internet libre et ouvert, d'un monde numérique où tout serait accessible, immédiat et partagé ? La dernière bande dessinée d'Enki Bilal, Bug (ed. Casterman) imagine un gigantesque black-out du monde connecté, où il faudrait tout réinventer. Dans un futur pas si éloigné, en 2041, toute la mémoire informatique du monde s'envole soudain, créant un chaos monstre. La Terre est confrontée à la disparition brutale et inexplicable de toutes les sources numériques planétaires, des plus gros serveurs de la toile aux plus petites clés USB. Dans une société où tous vivent à travers leurs écrans, leurs ordinateurs et leurs téléphones, qui sont les témoins de leur passé, et les complices de leur avenir.

Malaise de l'être hyperconnecté

La saison 4 de la série télévisée britannique Black Mirror, disponible sur Netflix, met elle aussi la lumière, dans chaque épisode, sur la violence insidieuse de nos écrans, et l'aliénation technologique. De même, dans sa première série anthologique de science-fiction, son rival Amazon Studios, Philip K Dick’s Electric Dreams, reprend dans 10 épisodes indépendants les prophéties, tantôt paranoïaques, tantôt réalistes, du romancier, à l'origine des cultissimes Blade Runner et Minority Report entre autres. Auparavant, ces derniers mois, il y a eu Westworld (HBO), Humans (adaptation sur AMC de la série suédoise Real Humans, chroniquée ici, diffusée sur Arte), la plus confidentielle Transferts, sur Arte...

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Et dans quelques jours, le 2 février, Netflix dégainera son nouveau blockbuster SciFi, Altered Carbon, tiré de l’oeuvre de Richard K. Morgan, un technothriller cyberpunk où un ancien soldat, seul survivant d’un groupe de guerriers d'élite vaincus lors d’un soulèvement contre le nouvel ordre mondial, a son esprit "emprisonné dans la glace" pendant des siècles. Jusqu’à ce qu'un homme extrêmement riche et vivant depuis plusieurs siècles lui offre la chance de vivre à nouveau. En échange, Kovacs doit résoudre un meurtre... Celui de Bancroft lui-même.

Décidément, la dystopie, ce registre de science-fiction qui imagine un futur horrifique à partir des travers de notre société, inspire tous azimuts, y compris les nouveaux mastodontes des séries télévisées, qui sont un des meilleures reflets mainstream du monde d'aujourd'hui. Et donc, tous cernent cette évolution un peu folle d'internet en une quinzaine d'années, depuis les utopies libertaires du début des années 2000. Maintenant, dans l'hypermodernité d'aujourd'hui, beaucoup interrogent sur le malaise de l'être connecté, du tout-numérique, puisque sur internet, on n'est plus tout à fait nous-mêmes, la spectacularisation de l'existence, où chaque intervention sur les réseaux tourne à la mise en scène de soi. Avec ce paradoxe, la déconnexion est-elle indispensable pour l'être sociable ?

Hommage à K. Dick chez Amazon

Avec Philip K. Dick’s Electric Dreams, disponible depuis le 14 janvier, Amazon Studios dégaine donc sa première série futuriste d'anthologie, avec des épisodes qui se superposent. L'adaptation de courtes nouvelles de K. Dick, trésors souvent méconnus. Amazon, qui s'est lancé à marche forcée (voir mon enquête ici), en toute discrétion, dans la production de séries et films prestigieux, avec pour coup d'essai en SF l'adaptation d'un autre bijou de Philip K. Dick, Le maître du très haut château, où il imaginait un monde où les nazis auraient remporté la Seconde guerre mondiale aux côtés des japonais.

Ici, avec castings de rêve (Steve Buscemi dans Boardwalk Empire) et réalisateurs-stars (Alan Taylor, Game of Thrones et Terminator Genisys), au fil des épisodes, on voyage dans des mondes désenchantés où l'homme a perdu le combat face aux nouvelles technologies. Dans ces mondes, des extra-terrestres prennent possession des esprits, et l’innovation asservit les consciences et l'autonomie au nom de la sécurité.

L'impossibilité de communiquer, les technologies qui nous enferment, l'humain perfectible en constante opposition à des machines (trop) parfaites.... On retrouve ainsi tous les ingrédients qui étaient déjà chers à K. Dick, et sont étrangement de nouveau d'une cruelle actualité : les pouvoirs télépathiques des mutants (The Hood maker), ou l'impossibilité de communiquer, dans Impossible planet (publié en 1953!), où ce sont deux employés désenchantés du tourisme spatial qui n'osent pas dire la vérité à une riche dame âgée, qui rêve d'un voyage vers une planète disparue, la Terre.

Autre obsession de K. Dick à quoi serions-nous prêts pour avoir la vie que l’on mérite ? Il est mis en scène dans l'épisode The Commuter, fable métaphysique où l'employé d'une gare découvre que des passagers prennent le train pour une ville qui ne devrait pas exister. Quand il enquête, il se retrouve face à face avec une "réalité alternative" qui le force à affronter ses propres difficultés dans sa "vraie" vie, sa relation avec sa femme et son fils.

S'accommoder d'une vérité alternative, cela perce encore plus dans l'épisode Human Is, où une femme souffrant d'un mariage sans amour voit son mari reenir d'une bataille avec des aliens, étrangement gentil. Il est désormais "habité" par un alien: elle le sait, mais préfère s'accommoder de cette nouvelle réalité. Cela nous plonge au cœur du questionnement principal de Philip K. Dick : Qu'est-ce qui nous définit vraiment comme humains ?

Autre sujet récurrent, les dangers de l'hypersécurité. Dans Safe and sound Une jeune fille originaire d'une petite ville et d'une "petite" planète, déjà atteinte de phobie sociale, emménage dans une grande ville futuriste avec sa mère. Exposée pour la première fois à l'intensité de la prévention sur la sécurité et le terrorisme de la société urbaine, ses jours d'école ne tardent pas à s'emplir de peur et de paranoïa...

Miroirs noirs et déformants

Des thèmes qui ne sont guère très éloignés de la saison 4 de Black Mirror, chef-d’œuvre signé Charlie Brooker. Depuis la diffusion de ses premiers épisodes sur Channel 4 en 2013, ce "noir miroir" veut nous avertir sur comment la présence grandissante des écrans change profondément notre rapport à ceux-ci. Ces écrans forment aussi le miroir noir et déformant d’une humanité qui s’y abandonne...

Hypersécurité toujours, dans le très réussi Crocodile, une détective privée membre d'une société d'assurances enquête sur un banal accident de la route à l’aide d’une technologie, sorte de test de vérité high tech, qui lui permet de matérialiser en images vidéos des souvenirs des témoins. En plongeant dans la mauvaise mémoire, elle va réveiller le souvenir d’un crime ancien d'une des témoins, et déclencher une spirale irrépressible de violence. ..

Dans Arkangel (réalisé par Jodie Foster hersefl), les dangers de l'hypertechnologie et de la surveillance liberticide sont aussi invoqués à travers le récit d'une jeune mère qui décide de faire implanter à sa petite fille une puce GPS, encore en phase de prototype, permettant de suivre à distance ses moindres faits et gestes sur une tablette. Mais aussi de voir à travers les yeux de sa fille, et de brouiller les pans du réel qu’elle estime potentiellement choquants…

Sans surprise, la thématique des robots qui se rebelleraient trouvent aussi leur place dans cette saga, avec le très réussi Metalhead, thriller entre Terminator et DuelPhilip K. Dick de Spielberg, où le noir et blanc sert d'écrin à un monde post- apocalyptique, où quelques humains survivent face à des petits robots (qui ressemblent étrangement aux bestioles robotisées de Boston Dynamics...). On y voit la terrible poursuite d'une femme par un robot-chien tueur impitoyable.

Je finis avec le meilleur, la romance 5.0 dans Hang the DJ, qui dénonce un des autres services de l'hypertechnologie à outrance, les sites de rencontre. Et imagine les dérives possibles des AdopteUnMec, Meetic et consorts en applis de rencontres bien intrusives. Ici, une application de rencontre hyper-développée qui permet à ses clients de rencontrer le ou la partenaire idéal(e) grâce à un algorithme complexe (ça ne vous rappelle rien ?). Dans un monde futuriste autoritaire (dictatorial?), soumis à des règles strictes, les utilisateurs sont obligés d'accepter des relations-tests destinées à préciser leur profil. L'appli choisit pour eux leur partenaire idéal. Mais des utilisateurs vont se rebeller...

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jeudi 26 novembre 2015

Quand Facebook, Google & co deviennent fournisseurs d'accès à internet

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Facebook est-il en train de devenir un fournisseur d'accès à internet (et/ou un opérateurs télécom, au choix) ? L'info, tombée cette semaine, est passée inaperçue en ces temps pour le moins troubles. Et pourtant, loin d'être anecdotique, elle traduit très bien cet idéal un brin messianique, commun à plusieurs des GAFA, et géants de l'industrie tech américaine.

Il y a cette initiative ambitieuse de Facebook, Internet.org, de fournir des services d'accès à internet gratuits aux pays en développement. Elle est maintenant disponible pour l'ensemble des Indiens avec le Free Basics app du réseau Reliance Communication. Reliance Communications est donc accessible à l'ENSEMBLE des Indiens, "1 milliard de personnes sans accès à internet" selon Facebook - sachant que l'Inde compte 1,2 milliard d'habitants! Reliance Communications est ainsi devenu le quatrième plus gros opérateur d'Inde: il comptait déjà 110 millions d'abonnés en juin, raconte Techcrunch.

Concrètement, Free Basics permettra aux Indiens d'accéder - oh surprise - à Facebook et Facebook Messenger (ce service de messagerie instantanée est essentiel, j'y reviens), et une multitude de sites tels que Wikipedia, BBC News, Bing, et des services locaux.

Alors oui, bien sûr, Mark Zuckerberg nous raconte sur la page (Facebook) dédiée, dans un post daté du 23 novembre, cette belle histoire de Ganesh Nimbalkar et son épouse Bharati, "qui subviennent aux besoins de leur famille en cultivant une terre de 5 acres depuis des générations à Maharashtra". Et comment grâce à Free Basics et internet, il a découvert des services tels que AcuWeather, pour mieux gérer la saison de la mousson, qui lui ont (un peu ) changé la vie.

Philanthropie supposée

Mais est-ce là vraiment le rôle de Facebook, à l'origine d'un réseau social devenu mondial, de devenir FAI ? Peut-on vraiment croire en la philanthropie supposée d'une des plus puissantes entreprises tech mondiales ? Ses détracteurs lui reprochent de ne proposer via Internet.org qu'une sélection de services, privilégiant ses partenaires (certains médias, etc), et rompant ainsi allègrement la neutralité du Net.

Qu'une société aussi puissante que Facebook contrôle ainsi des millions de nouveaux utilisateurs d'internet pose question. Free Basics a déjà étendu sa toile, outre l'Inde, à 30 pays à travers l'Afrique, l'Asie du Sud et du sud-est, et l'Amérique Latine. Ce projet, lancé en août 2013, vise tout simplement à élargir l'accès à Internet à 5 milliards de personnes de plus dans le monde. Encore en octobre dernier, Facebook annonçait avec Eutelsat le lancement d'un projet d'accès à internet (carrément) en haut débit par satellite pour l'Afrique, grâce à ses satellites géostationnaires.

D'autant que, en leur proposant un accès internet et, dans les services par défaut, la messagerie instantanée Facebook Messenger, Facebook se substitue à un opérateur. Comme nous l'avons déjà découvert en Europe, FB Messenger permet - ô surprise - de téléphoner gratos, au nez et à la barbe des opérateurs classiques, comme j'en parlais dans cet article..

Qu'est-ce qui motive Mark Zuckerberg ? Comme je l'écrivais en 2013, cette initiative venait à point nommé pour les partenaires industriels de Facebook (Nokia, Samsung, Ericsson, Qualcomm...): les marchés matures étant saturés, les zones pauvres comme l'Afrique, l'Amérique latine et certains pays d'Asie sont des réservoirs de nouveaux clients.

Messianisme des Gafa

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Couv' de The Economist, janvier 2010

Cela répond à un certain idéal messianique à l'américaine pour Facebook. Oui, c'est sûr, les technologies, le Réseau, vont changer la vie des gens, l'humanité. Tout comme Apple a toujours estimé fabriquer des produits qui vont changer la vie des gens (voir cette profession de foi de Tim Cook dans cet extrait de Inside Apple de Adam Lashinsky, "Nous pensons que nous sommes sur Terre pour fabriquer de grands produits. (...) Nous sommes constamment focalisés sur l'innovation. Nous croyons à la simplicité, on à la complexité") , Google prétend rendre le savoir accessible à l'Humanité via son moteur de recherche, et même changer le monde ("Notre ambition est de créer le meilleur des mondes", conclut Eric Schmidt dans The new digital age - coucou Aldous Huxley), Amazon faire des livres des biens de consommation courante...

Messianisme, mégalomanie ? En août 2013, Zuckerberg revendiquait ainsi un certain droit commun à la connexion, déclarant: "Tout ce que Facebook a fait jusqu'à présent est de donner aux gens à travers le monde l'opportunité de se connecter". Certes. Mais Facebook dépasse ainsi allègrement son rôle d'éditeur du plus grand réseau social au monde.

Opérateurs telcos

Il n'est plus le seul à s'improviser opérateur telco mondialiste. Dès 2010, Google annonçait le déploiement de Google Fiber, un service de fibre optique (ultra haut débit donc). Début 2014, il publiait déjà une liste de 34 villes américaines susceptibles d'être raccordées en 2015! En avril 2015, la firme de Mountain View provoquait frontalement les "vieux" opérateurs avec son premier service de téléphonie mobile (s'associant, quand même, à Sprint et T-Mobile US pour l'occasion), Project Fi, accessible uniquement sur invitation. Il permet aux utilisateurs de se connecter au réseau le plus rapide. Proposé 20 dollars par mois, surprise, il n'est utilisable avec un seul smartphone, le Nexus 6, développé... par Google, avec Motorola.

Même Apple envisagerait de se lancer comme opérateur mobile virtuel. Après tout, il dispose déjà d'une carte maîtresse, l'Apple SIM, une carte SIM "universelle", déjà fournie avec l'iPad Air 2 cellulaire aux États-Unis et en Grande-Bretagne (nooon, pas en France, les opérateurs ne le tolèreraient nullement).

lundi 7 septembre 2015

Hype Cycle 2015: Humanisme digital, véhicules autonomes, IoT

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Hé oui, en cette rentrée (que je vous souhaite délicieuse, et pleine de nouveaux projets), pour se replonger dans le bain technologique, la Hype Cycle 2015 de l'institut Gartner, prise de vue instantanée des technologies et innovations de demain (et après-demain) est toujours parfaite. C'est loin d'être la première fois que je me plie à l'exercice . Cette année, j'en avais réservé la primeur aux lecteurs de Stratégies, avec ce décryptage, mais c'tait la moindre des choses de revenir avec l'édition 2015, entre nous, ici :)

Comme chaque année, on peut être dubitatif sur les nouveaux termes qui apparaissent - novlangue qui sera vite obsolète, ou phénomènes de demain? En tous cas, les prévisions de Gartner se sont souvent avérées fiables. Et j'aime beaucoup leur découpage des cycle des innovations en cinq étapes-clés, par niveau d'attente. Entre la première étape, les technologies naissantes ("technology trigger"), jusqu'à la phase d'industrialisation et d'adoption par le grand public ("plateau of productivity"). Elle permet de cerner les innovations émergentes, et leur degré d'adoption par le grand public et les industries.

"Humanisme digital" en 2015

Cette année, "People-literate technology", "brain-computer interface", ou encore "affective computing" figurent dans les expressions futuristes tout juste apparues. L'année dernière, c'était évidemment l'internet des objets ("internet of things"), les technologies de questions-réponses en langage naturel ("natural-language question answering"), ainsi que les interfaces utilisateur ("wereable user interface") qui étaient au sommet. Cette année, Gartner croit en l'émergence d'un "humanisme digital"– la notion selon laquelle les hommes sont au centre des innovations", souligne Gartner. Avec donc l'apparition de "people literate technology" et de "citizen data science".

Pour 2015, Gartner confirme l’émergence des véhicules autonomes ("autonomous véhicules"), qu'il place au pic des "attentes démesurées" ("inflated expectations"): il prévoit que le véhicule autopiloté arrivera à maturité d’ici 5 à 10 ans, pour atteindre les 250 millions de véhicules connectés dès 2020. De fait, les projets affluent: la navette autopilotée française Navya, l’automobile sans conducteur de Google, le projet Titan de voiture autopilotée d’Apple, le projet Renault Next Two...

Sans surprise, les "attentes démesurées" sont aussi grandes pour tout ce qui tourne autour de l’internet des objets, avec 25 milliards d’objets connectés (8) prévus dans le monde en 2020: les "wereables", les solutions de maison connectée ("IoT platforms", "connected home"), avec "des solutions et plateformes portées par des nouveaux fournisseurs de solutions, et des constructeurs".

Gartner confirme aussi l’émergence, comme en 2014, de services autour des assistants vocaux intelligents ("virtual personnal assistants") , dans le sillage de Siri d’Apple, dont les services de "speech to speech translation". De fait, depuis, Facebook a annoncé travailler sur un système d'assistant vocal.

On remarque aussi la maturité de l’analytique en libre service, de la traduction simultanée et du machine learning, qui sont susceptibles d’atteindre le plateau de la productivité d’ici 2 à 5 ans.

RIP le social co-bowsing, le social TV...

En revanche, preuve que les promesses technologiques peuvent vite s'éteindre, on voit la disparition du social co-browsing (collaboration étendue), des mobile virtual worlds (services mobiles et postes de travail nomade), ou encore... la social TV (portée porté par Twitter, un temps !), qui faisaient partie de ces technologies émergentes à fort potentiel, encore dans le Hype Cycle 2013.

RIP aussi le Big Data, déjà proche des désillusions l’année dernière, qui n'est plus une technologie en tant que telle, les grands volumes de données étant devenus une composante essentielle de nombre de technologies émergentes.

dimanche 14 juin 2015

"Implant party": une puce NFC sous la peau

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Awa, première "implantée" / Photo Capucine cousin

Elle a tenu à rester anonyme devant les quelques journalistes venus ce samedi soir, précisant tout juste qu'elle travaille "dans le numérique". Pour elle, se faire poser un plant sous-cutané c'est "expérimenter, comme tester un nouveau logiciel ou une appli mobile. Je pourrai le retirer comme je retirer une appli". Elle s'est portée volontaire sans hésitation. Lors de la courte opération, en quelques secondes sous l’œil du public de l'amphithéâtre, elle n'a pu s'empêcher de dégainer son smartphone et de prendre quelques photos avec sa main droite restée libre. La jeune femme, Awa, 24 ans, a été la première en France a avoir une implantation sous la peau d'une puce NFC. "It's in !Call me a cyborg now ! ", tweetait-elle quelques minutes plus tard, en plaisantant. A moitié.

Samedi 13 juin au soir, l'auditorium de la Gaité Lyrique à Paris, dans le cadre de Futur en Seine, un festival de quatre jours dédié au numérique, accueillait la première édition française de l'Implant Party. Un rassemblement au cours duquel des participants volontaires se sont fait greffer sous la peau des puces électroniques minuscules.

Puce NFC sous la peau

L'opération ne prend que quelques secondes : après une désinfection minutieuse du bras, Urd, perceur professionnel, injecte avec une sorte de grosse seringue une puce NFC de la taille d'un grain de riz. L'injection, sous la peau, se fait sur le dos la main, entre le pouce et l'index. La décision n'a pas été forcément mûrement réfléchie, à voir la foule compacte qui se presse pour se faire "implanter" sitôt la conférence-débat achevée. Tout juste les participants ont-ils signé obligatoirement, auparavant, un "Contrat de transplantation", pièce d'identité à l'appui, par lequel l'association suédoise se dégage, au passage, de tout risque de poursuites en cas d'effets indésirables (j'y reviendrai plus bas). Mais à la clé, il y a cette promesse vertigineuse: une puce qui leur permettra d'ouvrir leur parking, leur porte d'entrée, de se "badger" au bureau, de remplacer les cartes de visite, cartes de fidélité, un jour les cartes d'identité...

Ces fameux implants sont donc des puces NFC (ou puces RFID), comme celles des passeports ou des cartes de crédit ou celles implantées sous la peau de nos animaux de compagnie. Concrètement, la norme NFC (Communication en champ proche), une technologie de communication sans contact de courte portée, permet à deux périphériques de communiquer entre eux sans-fil. La plupart des smartphones dernière génération en sont aujourd'hui équipés sous la forme d'une puce, tout comme certaines cartes de transport ou moyens de paiement.

Alors, vous imaginez les perspectives, à partir du smartphone... Concrètement, il suffira d’approcher sa main d'un smartphone ou de tout appareil doté d'une puce NFC pour lire les données contenues sur sa puce. Sans compter les usages que cela promet avec les objets connectés, pour ceux qui seront aussi sous la norme NFC.

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Les différentes cartes que l'activiste Hannes Sjoblad a concentrées sur sa puce sous-cutanée.

A l'origine du projet, Bionyfiken. L'association suédoise a été créée en ligne l'année dernière, "par un groupe de personnes intéressées par le biohacking. Nous nous sommes inspirés d'initiatives comme La Paillaise à Paris et BioCurious en Californie. Nous comptons à peu près 200 membres", me précisait samedi Hannes Sjoblad, son fondateur, lors d'une interview.

Des "implant parties" qui se sont multipliées en Suède depuis octobre dernier, un peu à la manière des Botox parties qui ont fleuri en Floride au début des années 2000. L'association revendique avoir "implanté" 700 personnes en Suède. Ils en ont organisé aussi au Danemark, aux Etats-Unis, et au Mexique.

Pour les activistes suédois à l'origine de cette soirée particulière, un impératif : dédramatiser, banaliser cette pratique. "C'est dans la lignée du tatouage, qui existe depuis des millénaires, et permettait d'identifier des personnes, et du piercing. (..) La puce RFID combinée au piercing aboutit au biohacking", résume Hannes Sjoblad lors de la conférence-débat qui suit la première implantation publique.

"On transporte beaucoup de choses dans nos poches: clés, smartphone, portefeuille... Et on a une multitude de mots de passe que l'on n'est pas adaptés à mémoriser", poursuit Hannes Sjoblad. Avec cette photo, il montre la multitude de cartes (de visites, de fidélité..) et clés qu'il a déjà intégrées dans sa propre puce sous-cutanée.

Et là surgit le mythe : ouvrir sa porte, prendre le métro, déverrouiller son téléphone, s'identifier à l'entrée du bureau, faire un paiement, transférer ses datas santé ou d'identité... Le tout centralisé dans une seule puce électronique implantée dans sa main : est-ce que cela sera bientôt possible ? Jean, architecte informatique, tout juste "implanté", programme déjà sa puce depuis son smartphone: il rentre l'identifiant unique (une suite de chiffres) de sa puce, son adresse, qui permettra à quiconque scanner sa puce d'être redirigé vers son profil Linkedin. Pour lui, l'idée est de pouvoir communiquer avec des objets différemment, être "un explorateur", explique-t-il aux médias sur place. Lui aussi rêve de pouvoir "scanner des clés ou des cartes de visite" avec son mobile.

De fait, l'objectif pour l'association est de faire tester, expérimenter ces puces sous-cutanées. "On veut explorer cette technologie, avec une base de volontaires, avant que les grosses firmes "telles que Microsoft ou Apple) ne se lancent", précise Hannes Sjoblad.

Autre argument des tenants de cette technologie, ses données sont anonymisées et non-traçables, contrairement à celles d'un smartphone : "on met les données que l'on veut sur sa puce, et l'on n'est pas obligés de mettre son nom", poursuit le militant.

Interfaces hommes-machines, dépasser les limites de l'humain

Alors évidemment, on effleure là le mythe de l'homme augmenté, que j'évoquais notamment ici, qui acquiert de nouveaux sens, de nouvelles capacités, par des composants artificiels. Ses prémices ? "L'implant est une interface simple entre le corps et la technologie. (...) Cela s'inscrit dans la simplification des interfaces entre les humains et les machines", poursuit Hannes Sjoblad, qui est par ailleurs membre de la Singularity University, proche des idées du transhumanisme.

Cela se rapproche aussi du biohacking et du body hacking, qui consiste à transformer le corps humain en faisant appel à la technologie, grâce à des composants artificiels que l'on implante dans le corps, que pratiquent des bidouilleurs militants d'un nouveau genre. Ce dont parlait très bien Cyril Fiévet dans Body hacking (ed. Fyp, 2012), que je chroniquais dans ce billet. Une pratique presque politique : au nom de la liberté individuelle et du droit à disposer de son corps, une poignée d'individus entreprennent sur leur corps des modifications physiques parfois radicales. Passant outre, du même coup, l'intermédiaire classique, l'autorité scientifique. Pour ces body hackers, l'idée-clé est bien celle de modifier son corps pour dépasser les limites de l'humain, comme Cyril Fievet l'a relevé à longueur de témoignages sur le forum Biohack.me.

Ethique et transhumanisme

D’ailleurs, les biohackers mêlent "des scientifiques, des hackers, des activistes transgenre, des artistes du body art, des DIY-enthusiasts. Pour moi, nous devrions considérer cos corps comme une plateforme. Cela peut sûrement être vu comme un point de départ transhumaniste. Le transhumanisme est pour moi moins une philosophie qu'un insight : bien ou pas, nous changeons déjà nos corps et nos esprits de manière massive avec les technologies", me confiait Hannes Sjoblad.

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Contrat d'implantation / Capucine Cousin

Mais cette pratique naissante pose plusieurs questions inédites d'éthique et de sécurité. Quelle régulation? Quelles limites poser à ces pratiques? Et en termes de santé, quid des risques d'allergie (cf les nombreux cas d'allergies aux boucles d'oreille fantaisie chez les femmes), de réactions sous-cutanées, de rejet?... Avant l'"implant party", les participants aux festivités ne doivent pas dégainer leur carnet de santé ou leurs antécédents de santé. Tout juste, pour se dégager de risques juridiques, l'association Body R-Evolution a monté un "contrat d'implantation", dont plusieurs parties rassemblent à celle d'un contrat de tatouage ou de piercing.

En le lisant dans les détails, on constate que le futur implanté confirme "avoir été informé des risques éventuels de rejet de l'implant, d'infection, d'allergie à un produit utilisé, etc". Il est censé se rendre "chez un professionnel" (un des pierceurs qui l'a implanté) pour le suivi de la cicatrisation, et bien sûr "être d'accord avec la démarche de l'implantation dans son ensemble"''.

Pour retirer son implant, il pourra se rendre chez un pierceur. Le pierceur Urd me montrait qu'il reste en effet à la surface de la peau, en faisant rouler sa minuscule puce sous la peau sur son poignet.

Ce n'est que le début. L'association suédoise inaugurait il y a quelques jours dans le Makerspace de Stockholm son biohackerlab.

mercredi 3 juin 2015

"Ex machina" : conscience artificielle

Le film s'ouvre sur une brève scène très quotidienne, et pourtant déjà un peu irréelle, qui nous situe dans un futur proche. Un jeune homme rivé à son écran d'ordinateur, qui semble être dans un immense open space, entouré de vitres et de miroirs - miroirs qui prendront leur importance par la suite. Un message s'affiche sur son écran, "Vous avez gagné à la loterie". Grand sourire de joie, toutes les "micro-expressions" de son visage semblent passées instantanément au crible par une caméra, un oeil de robot (comme dans Terminator, vous voyez...).

A la scène suivante, on comprend vite quel gros lot ce jeune employé a remporté: une semaine dans la maison futuriste, perdue au milieu del a montagne, du big boss de la multinationale pour laquelle il travaille. Bluebook, qui doit sa fortune à son moteur de recherche, pieuvre qui détient "94% des résultats de recherches dans le monde" - cela ne vous rappelle rien ? Ce milliardaire, Nathan Bateman, qui doit sa fortune aux technologies donc, n'est pas sans rappeler certains people tech de la Silicon Valley.

En guise de semaine de vacances, le jeune développeur, Caleb, va mener un test de Turing grandeur nature sur un robot conçu par Nathan (son boss), sur plusieurs jours, ou plutôt en plusieurs "sessions", qui rythme le film vers une escalade quasi-ineluctable (attention, *spoilers* en fin de billet). Comment a été conçu cet androïde? "J'ai capté une multitude de micro-expressions faciales d'humains sur leurs smartphones", assure Nathan, son concepteur.

Ex Machina, film sorti ce mercredi 3 juin, que l'on doit au réalisateur britannique Alex Garland, met donc en scène un jeune (et innocent ?) développeur avec son patron, sorte d'apprenti Victor Frankenstein du futur, et un robot humanoïde (ou plutôt ginoïde) doté d'intelligence artificielle. C'est "la plus grande invention scientifique", il développe une intelligence artificielle. Ava sera-t-elle assez "humaine" pour que Caleb en tombe amoureux? Et l'inverse? L'obscur du désir revêt les traits de l’actrice suédoise Alicia Vikander, dans un corps de robot.

Une intrigue qui rappelle celle du film Her de Spike Jonze, sorti en janvier 2014, où un écrivain esseulé, dans un futur proche, tombait amoureux de l'assistant goal de son smartphone, accompagné de la voix éraillée de Scarlett Johansson.

Mais Ex Machina va un cran plus loin. Her mettait en scène un robot, un assistant virtuel qui adopte des comportements humains (séduction, scènes de jalousie...). La série suédoise Real Humans (que j'ai chroniquée ici et ), des hublots (robots-humains,), dont certains rêvent à des comportements humains: se mettre en couple (entre eux ou avec un humain), se marier, avoir des enfants...

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Dans Ex Machina, l'androïde, qui répond au doux nom d'Ava, a certes une forme humanoïde, mais son concepteur lui a volontairement laissé une apparence en partie robotique: si son visage imite à la perfection un visage humain émouvant (la scène où elle observe sur un mur un masque qui reproduit son visage placé à côté de masques africains est troublante), son corps transparent laisse clairement apparaître les parties métalliques et les rouages. C'est une sorte de Metropolis, déjà une femme fatale robot de 1927... Et pourtant, malgré cette apparente physique robotique, où seule le visage est à apparence humaine (et expressif), l'"élève" va tomber amoureux d'elle...

Prise de conscience de soi

Avec ce film d'anticipation qui vire au techno-thriller (dont l'évolution de l'intrigue sera discutable, mais je ne vais pas tout dévoiler ici), Alex Garland s'intéresse à sujet de recherches naissant, mais aussi de plus en plus prisé par la science-fiction ces dernières années, avec cette question : les robots peuvent-ils être dotés d'émotion ? Va-t-on pousser la finesse technologique à un point tel que l'intelligence artificielle ira un jour un cran plus loin, en "conscience artificielle" ? Pourra-t-on un jour épouser un robot? Bienvenue dans la Singularité...

C'est ce que suggère le film, lorsque le maître Nathan parle à son élève , très naturellement, de robots dotés de "conscience artificielle". "Conscience", ce qui distinguera un jour les robots actuels comme le gentil Nao d'Aldebaran, dépendants du programme défini par leurs concepteurs, de ceux de l’ère de l’intelligence artificielle où ils "penseront" par eux-mêmes. Et pourront dépasser l'homme? Eternel fantasme des films de SF, comme Terminator...

Au fil des sept sessions, l'élève Caleb s'improvise maître et mène le test de Turing (pour mémoire, une méthode de test d’intelligence artificielle, fondée sur la faculté d’imiter la conversation humaine) auprès de l'androïde censé être encore "modelable". Les règles du jeu: "Le challenge est de te montrer qu'elle est un robot et de vérifier si pour toi elle a une conscience", précise le maître.

Les miroirs deviennent eux-mêmes un élément troublant de la mise en scène: Caleb s'y mire par moments en semblant se demander s'il est vraiment humain, quand l'humanoïde s'y (ad)mire en semblant *prendre conscience* d'elle-même. Comme un humain. Dans cette maison, en fait un bunker de R&D, tout se déroule à huis-clos, sous l'oeil des multiples caméras de vidéosurveillance.

Pourtant, le robot parvient assez rapidement à inverser la tendance : c'est lui qui pose les questions, déstabilisant l'humain, se lançant même à le séduire ("Veux-tu être mon ami? Ce sera possible?". "Tu m'accompagneras?". "Est-ce que tu aimerais être avec moi?"...). Elle revêt des vêtements féminins, une perruque, pour imiter au plus près l'apparence humaine. Au point qu'il demande à son boss, "L'as-tu programmée pour me séduire?".

C'est bien là le vrai sujet qui intéresse le réalisateur. Le dialogue maître-élève tourne au début autour du degré de développement et de perfectibilité de ce système d'intelligence artificielle (où l'on découvre - parenthèse scientifique - que son concepteur a opté pour une IA stochastique, aléatoire, plutôt que déterministe).

Mais très vite, encouragé en un sens par le maître, l'élève se laisser manoeuvrer par le robot, qui parvient à prendre la main sur la conversation, l'obliger à répondre à ses questions ("Si tu mens, je le saurai")... (petit spoiler) On découvrira ensuite que le maître a mené son propre test: la capacité de sa "créature" à manipuler, manoeuvrer, parvenir à son objectif. Car elle a cette terreur presque humaine: être débranchée par son concepteur.

Et donc: pourra-t-on un jour ressentir des émotions pour un robot, qui saurait faire preuve d'une capacité à anticiper nos attentes, d'une empathie "surhumaine"? Le film met en scène la question, de manière moins métaphysique et magistrale que Her. La scène finale (non, nous ne dévoilerons pas tout), où l'androïde a accompli son rêve (mais un robot a-t-il des rêves, des aspirations? Ou des stratégies?), et voit son ombre se projeter, est glaçante.

vendredi 2 janvier 2015

Chat apps, notations sur réseaux sociaux, emojis, wereables... 8 tendances tech et nouveaux media pour 2015

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Et voilà, 2015, nous y sommes... Bonne année 2015 donc, chers lectrices et lecteurs, que je vous souhaite pleine de bonheur, douceur, santé, succès, créativité, curiosité, et d'innovations ! Bientôt 8 ans que vous me lisez sur ce blog, donc merci à vous ! J'en profite pour vous signaler ici, en légère avant-première, une (légère) évolution professionnelle: je suis toujours fidèle au poste, à la rédac' de Stratégies, mais je rejoins le service médias, où je continuerai de suivre l'électronique grand public (les nouvelles technos en somme) et les télécoms, mais aussi, de manière plus élargie l'univers du mobile et de la mobilité, et de la "convergence". A cela s'ajouteront bientôt de nouveaux projets :)

Une fois n'est pas coutume, l'entrée dans 2015 m'amène à passer au crible 10 tendances-clés dans les technos et les nouveaux médias, alors que la tenue du CES à La Vegas, à partir du 6 janvier, servira de révélateur à bon nombre de ces tendances. Exercice auquel je me suis déjà livrée pour les années 2014, 2013 (dont pour l'univers mobile), 2012... Il est amusant de comparer, d'une année à l'autre, les phénomènes qui se sont confirmés ou carrément vautrés.

D'autres se sont aussi livrés à cet exercice de synthèse: je vous renvoie par exemple aux billets d'Alice Antheaume, Olivier Ezratty, ou encore les 10 prévisions de conso 2015 de l'institut Deloitte.

Chat apps: réseaux sociaux mobiles et messageries éphémères

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Il y a eu en 2014 le succès fulgurant des Snapchat (qui vient de lever 20 millions de dollars, soit près de 500 millions en tout), Viber, Line, Secret, Backshat, et autres WhatsApp (acquis pour plus de 216 milliads de dolalrs début 2014 par Facebook). L'autre jour, un de mes frères me disait utiliser Whatsapp pour échanger textos et photos avec ses clients partout dans le monde. En zappant gentiment les opérateurs télécoms. Citons aussi l'émergent Firechat, qui s'est révélé lors des manifestations de Hong Kong. Leur pouvoir réside en partie dans leurs notifications push, ce qui devrait les rendre bientôt aussi puissants que les réseaux sociaux, prédit Techcrunch.

Mais il y a aussi ces sites de rencontres mobile nouvelle génération, tels Tinder et le Frenchie Happn, qui vient de lever 8 millions de dollars.

Des apps et réseaux sociaux dédiés aux usages mobiles: ici, on "skipe" (on passe d'un écran à l'autre en faisant glisser avec son doigt vers la droite), on scrolle, on like (la photo de quelqu'un), on partage...

Un modèle en soi. Une start-up lituanienne vient ainsi de lancer Plague, un "Tinder for information" diablement addictif, relatait The Next Web. Une appli mobile liée à un nouveau réseau social de partage d'infos, photos, vidéos et messages que l'on écrit ou partage avec les personnes situées à proximité (géolocalisation oblige), aussi utilisatrices de Plague.

Anonymat et déconnexion volontaire

L'ADN de ces applis mobiles nouvelle génération, basées sur les messageries éphémères et/ou anonymes, c'est tout de même un retour aux sources d'Internet: mettre en contact des gens qui ne se connaissent pas, sans contrepartie attendue. Et avec peut-être une volonté de retour à l'anonymat à l'ère du "tout-connecté", où les algorithmes de Facebook, Twitter et autres Linkedin nous suggèrent de manière parfois flippante troublante avec qui copiner. Troublante, l'appli "pour adultes" Fling permet d'envoyer de façon aléatoire une photo à 50 personnes dans le monde (coucou les exhibs ;). Tout comme, racontait Stylist en décembre dernier dans un papier passionnant ("Son nom est personne"), le MIT de Boston expérimente l'appli 20 Day Stranger, qui "permettra à deux étrangers de partager virtuellement leur quotidien en toute confidentialité". En tout anonymat, ils recevront des renseignements sur l'autre tout au longde la journée, de son réveil au coucher.

Phénomène corolaire, qui deviendrait presque un marronnier ici, la vogue de la déconnexion volontaire. Il y avait eu il y a 2 ans cette étude d'Havas Media qui préfigurait ce phénomène. Et ce retour récent des téléphones mobiles vintage. Je l'ai écrit plusieurs fois : un jour, l'anonymat, le secret deviendra un luxe qui sera payant. Courrier International y consacrait un dossier cette semaine : c'est devenu un argument marketing pour hôtels de luxe avec zéro wiki, et autres lieux de "détox connexion", même les gourous de la Silicon Valley mettent leurs enfants dans des écoles sans ordinateurs. CQFD.

La réalité virtuelle devient réelle

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Oui, c'est bien moi ;)

Le casque Oculus Rift avait été une des sensations des CES 2013 et 2014. Depuis, la start-up Oculus VR a été rachetée par Facebook pour près de 2 milliards de dollars (cash et actions). Ainsi, ce vieux fantasme de la réalité virtuelle, rythmé par des tentatives avortées, deviendrait enfin réalité. Oculus n'est d’ailleurs pas le seul projet : Samsung commercialise déjà aux US pour 199 dollars le Samsung Gear VR, son propre casque de réalité virtuelle (conçu avec... Oculus VR), Sony met la dernière main à Morpheus, et Microsoft aurait son propre projet de casque VR, qu'il dévoilerait au prochain salon E3. .

Ce sera peut-être la prochaine ère de l'entertainment. J’avais eu l'occasion de tester, à l'IFA à Berlin en septembre dernier, et à Paris Games Week en novembre dernier, quelques jeux de démos édités, entre autres, par Oculus, Dreamworks et le Cirque du Soleil. Le prochain enjeu sera du côté des contenus, sur lesquels les éditeurs de jeux vidéos préparent déjà leurs armes. On va voir ce qui est dévoilé au CES 2015...

Wereables

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C'est bien la tendance tech qui va marquer 2015 : les objets connectés, ces "wereables" que l'on prend l'habitude de porter à même le corps, en permanence, notamment ceux liés à la santé. Il y a cette mode des bracelets qui comptent le nombre de pas ou qui analysent le sommeil, et de montres, elles aussi trackers d'activité. Le lancement de la première montre connectée d'Apple, attendue ce début d'année, pourrait rendre ce nouveau gadget sexy auprès du grand public, après que des précurseurs comme Pebble, puis Samsung, LG... aient défriché le terrain. Mais quel que soit le fabricant, il faudra encore d'attendre un certain nombre d'applis-vedettes destinées à convaincre le consommateur d'acheter ce genre de gadget. La bataille est déjà en cours: les géants ont déjà lancé leurs plateformes d'apps santé, Apple avec HealthKit et Samsung avec Simband. Cocorico, bon nombre des jeunes étoiles dans le secteur des wereables (Withings, Netatmo, Sen.see...) sont françaises: elles sont du voyage parmi les 66 start-ups embarquées au CES par la French Tech, comme j'en parle ici.

Avec des capteurs toujours plus petits, plus précis et moins chers, bon nombre de nos objets du quotidien devraient devenir connectés. On imagine déjà l'impact sur la médecine de cette santé connectée, avec des médecins assistés par toujours plus de données compilées et analysées en temps réel, ae. les 'wearables' (gadgets portables) prometteurs. Quoi de plus normal, puisqu'en 2014, l'offre de contrôleurs de fitness et autres montres intelligentes s'est fortement étoffée. Sony et Samsung notamment se sont distinguées. En 2015, ce marché prendra encore de l'ampleur. Nous sommes curieux de voir si l'Apple Watch sera un exemple ou un disciple en matière de montres connectées. Mais quel que soit le fabricant, il s'agira encore d'attendre un certain nombre d'applis-vedettes destinées à convaincre le consommateur d'acheter ce genre de gadget. Autrement dit: des appareils électroniques qui font bien plus que compter vos pas et mesurer votre sommeil.

Gartner, qui réfléchit sérieusement à ce que nous réserve l'avenir, s'attend à ce que d'ici 2016 (soit dans une bonne année certes!) quarante pour cent des smartphones seront équipés de capteurs biométriques, comme un scanner de l'iris de l'oeil, un scanner des empreintes digitales, la reconnaissance de la voix, etc.

Se noter, s'évaluer: l'après-quantified-self

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Conséquence directe de ces objets connectés, dont ceux que l'on porte sur soi parfois en permanence pour s'auto-évaluer et partager ses exploits sur les réseaux sociaux: le quantified self est né il y a un peu plus d'un an avec les bracelets Fitbit et autres trackers Withings.

En plein débat sur les notes à l'école, après l’existence d'un éphémère site où les élèves pouvaient noter leur prof, conséquence de la sharing economy, il n'y a plus rien d'anormal de noter les autres en ligne : les autres couchsurfers sur Couchsurfing.com, d'évaluer quelqu'un qui met en "location" son appart sur Airbnb, ou encore son chauffeur Uber après une course. Et même, le verdict de la note s'applique désormais aussi aux sites de rencontres : The Grade évalue ses utilisateurs à partir de leur nombre de Likes, leur taux de réponses, et leurs qualités rédactionnelles. Pour les mauvais élèves, exclusion immédiate. Démocratique, vraiment ?

Après les smileys, les emojis ?

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🌟 💫 👸 🎄 Ce sont les dignes successeurs des smileys, ces premières icônes de la culture web, qui devaient représenter notre état d'esprit en une figurine. Les emojis, c'est un des phénomènes qui s'est imposé sur les réseaux sociaux et dans les SMS depuis 2013. Comme le rappelait ce super papier du New York Magazine (repris par Courrier International), du visage souriant au fameux bisou les yeux fermés, en passant par le verre de vin ou le tram, les emojis commencent à remplacer des mots ou des expressions. Le résumé par l'image, censé apporter une touche d'émotion.

Eux aussi, ils sont liés à l'explosion des smartphones - et donc la transposition des réseaux sociaux sur les mobiles. Ils sont proposés sur les smartphones dans le clavier virtuel, avec pour l'instant seulement 722 symboles, répertoriés sur Emojipedia, ceux qui appartiennent à la base officielle d'Unicode, une norme international de programmation.

En continu et en ligne

Le streaming. Il va continuer à s'imposer comme le mode de diffusion privilégié de l'information au sens large. Notons au passage que YouTube, vidéostreamer précurseur, fêtera son dixième anniversaire en février 2015. Le lancement de Netflix en France en 2014 ne fut pas le point de départ d'une révolution, mais bien la confirmation d'un plus que naissant : à l'avenir, nous regarderons nos images vidéo bien plus sur le web que sur des canaux TV classiques. Après tout, Michelle Phan ou Cyprien sont devenus célèbres à partir de ce qu'ils ont déposé sur YouTube. Ericsson affirme dans son étude qu'en 2015, nous allons pour la première fois recourir davantage au streaming qu'à la bonne vieille télévision programmée. D'ailleurs, l'IDATE, citée par Eric Scherer, en général prudente, prévoit 50% de part de marché en 2018 et 1,5 millions d'abonnés en France

Il faut nuancer: le décollage de Netflix en France est très moyen (surtout une fois passé le premier mois d'abonnement gratuit), et il dispose aux Etats-Unis de davantage d'abonnés (et d'un chiffre d'affaires supérieur avec ceux-ci) que la chaîne payante old school HBO. En France, Canal+ (CanalPlay) et plus encore Orange (OCS) disposent d'offre de vidéo à la demande plus que compétitives. LA bataille va maintenant se jouer sur les catalogues, entre film et séries, parfois coproduites maison. Et d'autres acteurs devraient arriver: Amazon est déjà en lice pour les Writers Guild of America Awards 2015 avec sa série Transparent.

Retour au "slow media"

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C'est ce long édito de Next Inpact qui m'a incitée à ajouter un item sur ce sujet : ok, Twitter, les live développés par les media en ligne (même Les Echos a lancé en 2014 un site intitulé Les Echos Live), le journalisme web ont imposé cette culture de l'immédiateté.

Mais on parle de plus en plus de slow journalism, que j'évoquais ici, consacré par les mooks, des initiatives comme Le Quatre Heures, De Correspondent... Et l'arrivée en 2015 de nouveaux projets journalistiques comme le prometteur L'Imprévu, monté par des anciens d'Owni. Autres projets de nouveaux media allant dans le même sens, qu'évoque Next Inpact, Ulyces, un "éditeur d'histoires vraies" à mi-chemin entre le journalisme et l'édition, qui propose des articles à l'unité (2,49 euros) ou par abonnement (5,49 euros par mois, 54,90 euros par an), et Ijsberg, en accès libre, qui propose - jolie innovation - des actualités découpées selon leur temps de lecture (promptement, calmement et longuement).

dimanche 23 novembre 2014

Quel Paris pour demain ?

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Il y a cette image surprenante dans un couloir qui précède l'expo, d'une Tour Eiffel protégée, tel un monument du passé, et encastrée entre des gratte-ciels immenses. Première image saisissante, en préalable à un ensemble de croquis, illustrations, et autres planches de BD d'anticipation où auteurs, dessinateurs et architectes ont imaginé le Paris de demain, dans le futur. Où en est le Paris du XXIème siècle, quel est son avenir, comment va y évoluer l'organisation de l'espace, et donc de la manière des gens d'y cohabiter vivre ensemble ?

J'ai dégusté ce matin l'expo Revoir Paris, qui vient d'ouvrir à la Cité de l'Architecture, sise au Palais de Chaillot. Dans celle-ci, François Schuiten et Benoît Peeters donnent des visions, des esquisses du Paris de demain. Ils étaient parfaitement bien placés: amis d'enfance, le premier issu d'une famille d'architectes, passé par l'institut Saint-Luc à Bruxelles, touche-à-tout scénographe, auteur et encore (parfois) architecte ; le second écrivain et scénariste, et tous deux déjà auteurs de la monumentale saga BD rétrofuturiste Les cités obscures, où ils imaginaient déjà les villes au futur antérieur, comme Paris sous le nom de Pâhry... François Schuiten a par ailleurs conçu un des derniers succès architecturaux de Paris, la rénovation de la station de métro Arts et Métiers en 1994, véritable Nautilus souterrain avec ses parois en plaques de cuivre. Les planches préparatoires de la station de métro sont aussi exposées, comme s'il s'agissait là aussi d'un projet de littérature d'anticipation...

La Tour Triangle, projet (trop) futuriste ?

Cette exposition prend un certain relief avec l'actualité de cette semaine même, alors qu'un des projets architecturaux les plus osés - et futuristes - pour Paris, le projet de la tour Triangle, vient d'être retoqué pour des raisons surtout politiques (le Conseil de Paris a voté contre lundi 17 novembre), donnant ainsi l'image d'un pays frileux, à l'arrêt. Imaginez : il s'agissait d'un projet de gratte-ciel de 180 m de haut, qui devait s’élever Porte de Versailles, dès 2017.

"Il y a eu, bien sûr, le traumatisme de la tour Montparnasse inaugurée en 1973, mais aussi de "l'urbanisme sur dalle". On a voulu faire des quartiers où il n’y aurait pas de rues et où l’on construirait en hauteur, par exemple aux Olympiades (13e arrondissement), ou à Beaugrenelle (15e arrondissement). Ce fut un échec et les quartiers bâtis sont plutôt décevants", rappelle à juste titre l'architecte Christian de Portzamparc dans cette interview. "Nous avons besoin de repères visuels qui peuvent se remarquer de loin, depuis Créteil Val-de-Marne ou Le Bourget Seine-Saint-Denis, pour se dire que là-bas aussi nous faisons partie de Paris. Les perceptions physiques sont nécessaires. La tour marquera les contours du "ring", l'anneau périphérique, comme un lieu de transition entre la ville historique et la ville moderne".

Dans les années 60, en pleine effervescence économique, le premier projet de "gratte-ciel" (oui j'exagère ;) la Tour Montparnasse, vit le jour, alors que 4 gratte-ciel de forme trapézoïdale sont annoncés à Pleyel, rappelle l'expo.

L'expo s'inscrit aussi dans les projets (avortés ?) de Grand Paris, pour lequel les deux commissaires avaient conçu des illustrations en 2009, jusque là inédites, dévoilées dans cette expo.

Ici, ils ont eu l'idée d’articuler l'expo autour des planches de leur nouvelle BD prospective, Revoir Paris (ed. Casterman, 15 €), qui narre comment, au milieu du XXIIème, siècle, la jeune Kârinh, qui vit dans une lointaine colonie spatiale, qui rêve du Paris d'antan, va se voir confier pour mission d'aller explorer la Ville Lumière, ou du moins ses fragment tels que conservés...

Quelle cité du futur ?

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Les villes-tours vues par les frères Perret... (Crédit: Fonds Perret. CNAM/SIAF/CAPA/Archives d'architecture du Xxe siècle/Auguste Perret)

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...Et une des planches de Revoir Paris (Schuiten / Casterman)

Les esquisses et planches de la BD qui a donné son nom à l'expo sont donc au centre du parcours (au risque que cela donne à l'expo un petit goût d'auto-promo pour les deux commissaires ;), mais il ont eu intelligence de faire résonner leurs rêves de papier avec d'autres planches de BD, et d'autres projets architecturaux d'hier et de demain, de Perret, Horeau, Le Corbusier, parfois bluffants par leur audace, et la part de rêve d'alors... Après tout, le Paris de l'an 2000, on le rêvait déjà à l'époque de Jules Verne. Une manière de lancer des pistes, de poser les vraies questions sur ce que doit être une "grande" ville, qui transcende clivages et idées politiques.

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On découvre ainsi ces précieuses planches d'un des maîtres de l'anticipation, Jules Verne, Paris au XXe siècle, un de ses premiers romans, écrit en 1862, refusé par son éditeur, exhumé en 1989: il y imaginé le Paris des années 60 comme un immense port relié à la mer par un canal et dominé par le phare de Grenelle. Jules Verne y rêvait un Paris fait de lignes de métro suspendues et automatisées, de voitures silencieuses, et d'étranges machines. François Schuiten avait imaginé des illustrations pour ce livre, publié en édition de luxe (ed. Hachette) en 1995.

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Dans leur BD Revoir Paris, Schuiten et Peeters imaginent ainsi une ville que l'on parcourt en vaisseau, où les gratte-ciels immenses se sont enfin imposés : on y voie l'étrange évolution de la ville telle qu'ils l'imaginent, entre la Bibliothèque Nationale de France devenue à son tour un monument (elle est siglée "BNF 1995 - 2045), qui commence à être enserrée par des écorces d'arbres. Ou encore les quartiers centraux de Paris, tel le Quartier Latin, qui sont protégés par une sorte de globe sphérique en verre, dont les touristes peuvent encore admirer les toits depuis des vaisseaux. Un Paris aériens, ou d'immenses gratte-ciel surplombent la "veille ville", protégée par endroits par des globes en verre, que l'on contemple depuis des ponts en hauteur.

L'expo retrace aussi, de manière plus classique, l'évolution de Paris, les audaces architecturale qui l'ont façonnée dans le passé: avec pour réel point de départ le Paris bien réel du second Empire, transformé d'une main de fer par Haussmann, "éventreur de la capitale" qui a imposé ses boulevards, puis les transformations inséparables des cinq Expositions universelles, entre 1855 et 1900, avec la Tour Eiffel, le Petit Parlais et le Grand Palais qui voient le jour à cette occasion, les débuts de la "Ville Lumière" en 1900, lorsque l'électricité illumine les rives de la Seine et les façades des palais, les débuts du métropolitain...

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On s'aperçoit aussi que dans les années 60, en pleines Trente Glorieuses, les projets audacieux se multiplient pour Paris. 2000 paraît proche, dans une époque où "il existe de nouveaux matériaux, de nouveaux véhicules,; de nouvelles idées urbaines. On pense à des villes suspendues, mobiles ou démontables, des maisons en plastique et des voitures volantes", rappellent les commissaires de l'expo. Etrange rParis-Match consacre en 1976 une couv' au Paris du futur tel qu'il était alors vu.

Les commissaires de l'expo ont aussi déniché des projets d'architectes avant-gardistes, comme cette étude de Paris sous la Seine de Paul Maymont en 1962 : il imaginait une ville "cave et grenier de Paris" qui s'étendrait sur 12km sous la Seine (!), un axe de circulation permettant "l'irrigation de la capitale à où cela est impossible en surface, dans les quartiers historiques en particulier".

Il y a aussi ces esquisses des commissaires commandées en 2009 dans le cadre du projet de Grand Paris : cette esquisse futuriste de Schuiten, dans le cadre du projet de Grand Paris, d'"Evry-Orly-Rungis, La vallée des biotechnologies et l'université du corps", et du "Plateau de Saclay, Laboratoire des nouvelles technologies".

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Et ce projet du trio Jean Nouvel - Jean-Marie Duthilleul - Michel Cantat-Dupart, "Naissances et renaissances de mille et un bonheurs parisiens", dominé par quelques gratte-ciels...

mardi 26 août 2014

Hype Cycle 2014: c'est officiel, l'Internet des objets est la technologie la plus "type"

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Une fois n'est pas coutume, je me suis penchée en cette rentrée sur ce qui est devenu un des marronniers de ce blog ;), le Hype cycle pour les technologies émergentes de l'institut Gartner, cette fameuse courbe accompagnée d'une étude en accès libre. Elle a pour avantage de saisir, en un coup d’œil, les innovations de rupture d'aujourd'hui et de demain, et surtout, leur degré d'adoption par le grand public et les industries.

Or c'est une consécration. Cette année, dans la dernière édition de son Hype cycle pour les technologies émergentes, l'institut Gartner distingue l'Internet des objets ("Internet of things") au sommet, de ce qu'il appelle "peak of inflated expectations". Il remplace ainsi le Big data, placé au top dans la courbe de Gartner de l'an dernier, mais rétrogradé cette année au niveau de "trough of disillusionment". En 2012 et en 2013, les analystes de l'Institut pensaient pourtant que l'Internet des objets mettrait plus de 10 ans à atteindre le "plateau of productivity", mais ils lui donnent cette année 5 à 10 ans pour atteindre ce niveau de maturité. Tout comme des innovations distinguées encore l'an dernier, telles la gamification, la réalité augmentée, le Machine-to-Machine, et le NFC, se trouvent dégradées.

Pour mémoire, Gartner a adopté une méthodologie où sa courbe de l'innovation est découpée en 5 étapes-clés, par niveaux d'attente : cela va des technologies naissantes ("technology trigger") à la phase d'industrialisation et d'adoption par le grand public ("Plateau of productivity" ), en passant par le trou d'air inévitable ("Trough of disillusionment"). A partir de l'analyse de services, technologies et disciplines qui ont le plus changé entre 2013 et 2014, Gartner les a positionnés sur le Hype cycle.

Pas vraiment surprenant que Gartner distingue l'Internet des objets, ainsi que cette nouvelle génération d'objets connectés greffés au corps ("Wereable user interfaces"), eux aussi placés au sommet, tant les objets connectés se sont imposés de manière accélérée: chez les constructeurs, de Samsung à Apple, des start-ups en vue telles que Withings, l'industrie du sport (de Nike à Adidas). Cela fait plus d'un an que l'on parle des segments de marché conquis par les objets connectés, entre la santé, la domotique, le sport... Pour preuve, les ambitions déployées en la matière par Samsung, Apple et Google, plus encore ces derniers mois: ils commencent à développer des écosystèmes dédiés, voire des nouvelles générations d'Appstores. D'ailleurs, Gartner cite le ''quantified self'' parmi les technologies naissantes. A coup sûr, cela va changer notre quotidien, où l'électronique, le quantified self (cette automesure constante de soi) seront omniprésents, comme je le racontais dans ce récit d'anticipation.

Machines autonomes

Dans les innovations de demain, en phase "Innovation trigger", Gartner distingue les assistants virtuels personnels (à leurs tous débuts), les technologies de questions-réponses en langage naturel ("Natural-language question answering"), ou encore les services de "speech to speech translation", soit des nouveaux logiciels de reconnaissance de la voix, de traduction et de conversion du texte au discours (en plusieurs langues). Un ensemble de services qui font partie d'un même écosystème, à mon avis, basé sur des assistants vocaux intelligents: une nouvelle génération d'OS mobiles, déjà incarné par Siri sur l'iPhone, que Spike Jonze a très bien cerné dans son film d'anticipation Her, comme j'en parlais ici.. Gartner rattache cela à une étape ultime de l'innovation, encore plus passionnante et vertigineuse, celle de technologies autonomes, définies par "la capacité d'une entreprise à développer ses technologies pour qu'elles fournissent des capacités se rapprochant de celles de l'homme". Il cite aussi en ce sens les Biochips, les Smart robots, ou encore l'humain augmenté.

Certaines des innovations qui ont atteint l'étape Plateau of productivity (phase d'industrialisation et début d'adoption par le grand public) sont dans la même veine : le pilotage des machines par le geste (gesture control), qui permet de zapper d’une chaîne à l’autre ou faire glisser un contenu de son smartphone à son téléviseur d’un geste, et la reconnaissance par une machine de la voix (speech recognition).

lundi 9 juin 2014

"Stop phubbing", nouvelle règle de vie sociale avec son smartphone

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Après la "nomophobie", le ''"phubbing"''. Alors que le téléphone portable, puis plus encore le smartphone, est devenu central dans nos vies ultra connectées, de nouveaux comportements apparaissent. Et un nouveau champ lexical pour les cerner. Logique. Commençons ce billet par une petite lapalissade : alors qu'au moins la moitié des Français possèdent un smartphone, celui-ci est devenu à la fois doudou, couteau suisse, objet transactionnel, et parfait passe-temps durant le moindre temps d'attente, d'ennui ou de pause.

Voici donc le phubbing, contraction de "snubbing" (ignorer, snober) et "phone" (téléphone). Le phubbing désigne ce nouveau type d'attitude crispant de tout quidam qui a un smartphone en main, qui consiste à ignorer (pas forcément sciemment) son interlocuteur, trop occupé à tapoter sur l'écran de son téléphone portable. Pour mettre à jour son statut Facebook poster un tweet, envoyer un SMS, quitte à vous lâcher un pauvre "Je dois envoyer ce mail urgent". Sans compter bien sûr, au resto, celui qui dégaine son iPhone devant son plat à portée de fourchette pour immortaliser le dîner tant attendu, prend sa photo, la aussitôt sur Instagram. Et en profite pour "checker" au passage les "likes" de son post précédent.

Le terme désigne donc un nouveau type de comportement "qui dénote une mauvaise éducation et un manque de respect", souligne à juste titre ce billet. D'ailleurs, le phubbing a son monument, immortalisé dans le bronze par le sculpteur Paul Day à la gare Saint-Pancras, à Londres. Et un site, Stopphubbing.com, est consacré à la lutte contre le phubbing : il a été créé par Alex Haugh, un Australien de 23 ans qui a lancé une véritable campagne : nulle technophobie de sa part, mais il y dénonce des comportements grossiers de prisonniers de la technologie. Une manière de créer et formaliser de nouvelles règles de vie sociale, de nouveaux comportements de politesse - à défaut de pouvoir effacer le smartphone de notre quotidien.

No phubbing, no Instagram

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Récemment, un ado me racontait une pratique en vogue chez les lycéens : au bistrot, chacun met ostensiblement son portable au centre de la table. Le premier qui craque paye la facture pour tous. Un jeu autant qu'une nouvelle règle de vie sociale : la trêve des tweets et SMS le temps de partager un verre IRL..

D’ailleurs, la marque de bières Guinness a su rebondir sur le phénomène, en fournissant cette affiche publicitaire aux patrons d’établissements publics, qui annonce : "Profitez de manière responsable. Éteignez vos portables, s’il vous plaît".

Toujours dans ces nouvelles règles de politesse - instants de déconnexion imposés donc - certains restaurateurs, tel le chef étoilé étoilé Alexandre Gauthier, commencent à apposer des affiches avec un mobile barré, interdisant d'"instagrammer" (c'est joli, hein ;) leurs plats.

Le phubbing s'inscrit dans la lignée de la notion de nomophonie, une véritable pathologie, une phobie propre à l'ère numérique, la peur absolue d'être séparé de son téléphone mobile. Qui n'a pas fait demi-tour le matin, quitte à se mettre en retard en allant au boulot, parce qu'il avait oublié son portable chez lui ? Le mot, bricolé à partir de la contraction d'une expression anglaise ("no mobile-phone phobia") a en fait été inventé en 2008, lors d'une étude menée par la UK Post Office qui accrédita YouGov, une organisation de recherche basée au Royaume-Uni, pour observer les angoisses subies par les utilisateurs de téléphones mobiles. Mais l'expression a commencé à faire florès en France il y a 2-3 ans, au moment où ces comportements étaient devenus réalité.

Etre connecté en permanence, la norme

Ce que l'on peut associer avec le Fomo ("Fear of missing out"), cette "peur de louper quelque chose", inhérente au smartphone, où l'on a pris l'habitude de consulter plusieurs fois par jour Twitter et Facebook. Ou plus précisément notre "timeline" Facebook et notre "fil" Twitter - là encore un nouveau vocable, qui montre que ces réseaux sociaux se sont imposés - plus encore avec Twitter - comme de véritables fils d’informations, nourris en contenu par les commentaires, photos, et autres contenus, postés au fil du temps.

Alors que paradoxalement nos sommes pieds et poings liés à nos smartphones, nous téléphonons pourtant de moins en moins. Certes, les jeunes sont précurseurs, mais les adultes ont suivi : le smartphone sert plus à tchater, envoyer des SMS, qu'à... téléphoner. Une étude TNS Sofres sur les adolescents et l’usage du téléphone mobile, citée par Slate, révèle ainsi que ces derniers étaient près des deux tiers en 2009 à textoter tous les jours, mais seulement 39% à appeler tous les jours.

En fait, la déconnexion volontaire est un luxe, comme l'ont relevé certaines études : seuls certains professions et CSP peuvent s'autoriser à être déconnectées, injoignables par leur employeur. Mais dans la vie sociale - et la vie tout court - être connecté en permanence est devenu une telle norme que l'on voit donc émerger de nouveaux codes sociaux, des rituels, des règles de politesse imposant des instants sans connexion. C'est déjà le cas avec les smartphones. Imaginez ce que ce sera par la suite avec les objets connectés toujours plus omniprésents, entre smartwatches et Google glasses.

dimanche 20 avril 2014

Apple, Google... et Amazon. Pourquoi la voix (et le contrôle vocal des devices) est "the next big thing"

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"Voix, j'ai besoin de shampoing Klorane, du gel douche habituel, de ma crème de jour Avène, et d'une nouvelle pierre ponce". Demain, vous clamerez cela en sortant de la douche, (presque) en retard avant de partir au boulot, pour être sûr que la commande soit passée le jour même auprès de ce géant du e-commerce où vous faites désormais presque toutes vos courses domestiques. Science-fiction ? Cela aura lieu dans un futur proche. En ce moment, je suis un peu obsédée par les récits d'anticipation, comme celui-ci que j'ai écrit pour Stratégies, où, pour notre numéro spécial Innovation et objets connectés, j'ai imaginé "24 heures dans la vie ordinaire d'un homme connecté" (donc entouré d'objets connectés) en 2025 (l'article est encore en accès abonnés me semble-t-il, sorry d'avance si, simple non-abonné ;) vous butez sur cet obstacle à la lecture).

La dernière annonce par Amazon, il y a quelques jours, est une petite bombe. Le géant tentaculaire du e-commerce a annoncé le lancement de Amazon Dash, un petit appareil aux allures de télécommande, qui combine un scanner de code-barres, un micro et un haut-parleur : un outil vertigineux pour le shopping. Concrètement, il vous suffit de scanner un produit pour le commander. Mais, comme le relate Wired dans cet excellent article, la réelle killer app de Dash réside dans son option Voix: dites à voix haute ce que vous voulez et Dash intègrera l'article dans votre chariot virtuel. Dash compile les éléments à acheter (pain, lessive...) dictés ou scannés et conçoit une liste de courses à valider depuis un équipement connecté (smartphone, tablette ou PC). Certes, l'outil est réservé pour l'instant aux clients de son supermarché en ligne AmazonFresh, seulement dans le sud de la Californie, à San Francisco (terres d'élection des geeks) et à Seattle (là où est le siège social d'Amazon). Mais il révolutionne la manière d'acheter en ligne - et l'avenir du e-commerce. Mais aussi, notre mode d'interaction avec ces appareils high-tech de plus en plus omniprésents.

Wired cite également cette étude (voir aussi ce billet par son analyste) publiée il y a quelques jours par Forrester Research, qui parie sur le potentiel des interfaces commandées par la voix, qui vont nous permettre d'interagir - de plus en plus - avec nos appareils électroniques. Après tout, on y est déjà un peu : comme j'en parlais dans cette enquête il y a (déjà !) deux ans, par la grâce de l'intelligence artificielle, on peut déjà piloter certains outils par la voix.

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Cortana, personnage de "Halo" et OS intelligent de Microsoft

La première innovation de rupture, fin 2011, avait résidé dans L' iPhone et Siri, son assistant personnel à commande vocale, ou encore la Kinect de Microsoft pilotable à la voix et au geste... Tout comme les Google glass sont pilotables par la voix. Et Microsoft, à son tour, vient tout juste de lancer son assistant vocal, Cortana. Le nom de l'assistant, en tout cas, devrait ravir les fans de Halo, le jeu de devenu propriété de la firme de Redmond. Cortana est le nom d'un personnage de la série. Caractéristique : l'OS Cortana est une intelligence artificielle qui sait "apprendre".

Siri est une semi-déception: encore trop imparfait, trop étrange (vous vous voyez donner des ordres à Siri dans le métro ?), il est peu entré dans les usages, tout comme Google et le récent Cortana. Ils demeurent des nouveautés, plutôt que des vrais outils. Mais avec le nouveau joujou d'Amazon, la commande vocale est rattachée à quelque chose de potentiellement addictif : le shopping. Le shopping va entraîner les consommateurs à utiliser la voix plutôt que les écrans parce qu'il offre un usage accessible, facile, dit en substance McQuirey. Au passage, la voix offre à Amazon - et au consommateur - un pipeline encore plus direct (et compulsif) que tout téléphone ou appli mobile ne le pourrait.

On imagine les promesses pour les marques et les e-commerçants : Voix et toutes les interfaces vocales du futur seront ainsi connectées à notre voix - soit nos émotions. Par la voix, les ordinateurs du futur pourront comprendre la sémantique du discours humain.

Et ce n'est que le début : au-delà de Siri, pour l'analyste James McQuivey, bientôt, nous aurons un microphone dans chaque pièce de nos maisons. L'interface vocale (baptisée "Vox" par Forrester) nous permettra d'interagir avec nos appareils par la voix. Dans la lignée de ce que préfigure Dash, nous aurons des micros connectés (25 dollars pièce maximum) dans la maison qui libèreront le contrôle vocal de tout device. A la différence de Siri, les plateformes de contrôle vocal de demain seront branchées en permanence: elles écouteront en permanence. "Bien meilleur marché que placer des caméras ou d'autres détecteurs dans la maison, les micros peuvent faire beaucoup d choses: identifier qui est dans la maison, si tout le monde va bien, en plus de fournir un accès vocal à la commande de vos appareils où que vous soyiez", imagine-t-il.

Paradoxalement, dans notre vie numérique, la voix, la commande vocale, prendra bientôt de plus en plus de place. Après tout, on voit déjà bon nombre de personnes sembler parler à elles-mêmes dans la rue ou les transports en commun, parfois les yeux rivés sur l'écran de leur smartphone, jusqu'à ce que l'on comprenne, avec leurs discrets écouteurs blancs, qu'elles sont en train de téléphoner... J'en parlais déjà dans ce billet, le film (dystopie?) d'anticipation de Spike Jonze, Her, imagine un monde où les gens (très) seuls conversent avec leurs OS dotés d'intelligence artificielle hyper élaborés. Au passage, comme dans d'autres films de science-fiction (comme IA de Steven Spielberg), dans ce film, les ordinateurs ne se pilotent plus par des claviers ou des souris, mais par les gestes et par la voix.

Il y a déjà le géant américain Nuance qui travaille sur des assistants vocaux. Et le puissant consortium américain Hypervoice, qui s'intéresse "au futur de la voix". Tout comme les Français Acapela Group, Voxygen, Creawavestudios...

samedi 4 janvier 2014

Wereable tech, écrans courbes, 4K, privacy... 7 tendances tech pour 2014

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Comme de coutume en début d'année, après la douce torpeur des fêtes, il m'a semblé intéressant de plonger dans 2014 en passant en revue les innovations et tendances tech les plus attendues. Cela tombe bien, nous sommes juste à quelques jours de l'ouverture du CES de Las Vegas, du 7 au 10 janvier, véritable épicentre et indicateur des technologies les plus attendues dans le monde cette année - eh oui, rien que cela. D'ailleurs, j'en profite pour vous souhaiter une très belle année 2014, riche en innovations (évidemment), curiosité et créativité :) Et je vous remercie au passage pour votre fidélité, chers lecteurs :) sur ce blog qui va bientôt fêter ses 7 ans !

L'an dernier, j'avais parié notamment sur les smartphones à écrans flexibles, les imprimantes 3D, les interfaces hommes-machines et les lunettes "augmentées". Evidemment, on retrouve certains point communs pour cette année.

1. Smartphones et tablettes, écrans incurvés

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Les smartphones et tablettes sont entrés dans notre quotidien. Mais cette année, on pourrait bien voir en vente les premiers smartphones à écrans courbes, voire flexibles, avec la sortie des LG G Flex et Samsung Galaxy Round. Apple a quant à lui obtenu début décembre un brevet pour un écran flexible qui pourrait équiper à terme la prochaine génération d'iPhone (l'IPhone 6) ou sa future montre connectée, l'iWatch.

Samsung a d'ailleurs déposé aux Etats-Unis le brevet d'une future tablette pliable, dont les deux moitiés de l'écran pourraient se refermer totalement l'une sur l'autre. Même les téléviseurs à écrans incurvés, déjà présentés à l'IFA à Berlin en septembre dernier, pourraient vraiment décoller cette année.

2. Standard 4K

Côté écrans toujours, les constructeurs de téléviseurs misent sur le 4K (jargon chic pour désigner le nouveau standard, la TV haute définition, ou si vous préférez, l'Ultra HD TV ;), qui offre une résolution quatre fois plus importante que le standard HDTV, pour doper leurs ventes. En tous cas, au CES, des constructeurs comme Samsung et LG vont dévoiler des énormes téléviseurs à écrans 4K: la technologie commence à arriver à maturité, avec des écrans qui commencent à être équipés avec une nouvelle connectique enrichie (dont l'HDMI 2.0), et les prix baissent (un peu): Sony, Samsung, Toshiba, Vizio et d'autres proposent déjà des écrans à moins de 2 000 $. Il vaut mieux, pour une année de Mondial de foot, rendez-vous télévisuel en général idéal pour doper les ventes de téléviseurs...

Au passage, il sera intéressant de voir ce qui se passe côté contenus : déjà YouTube se prépare déjà au streaming en 4K (très haute définition) et Google promeut son codec VP9 http://venturebeat.com/2014/01/02/youtube-reveals-4k-video-streaming-plans-ahead-of-ces/ … Après tout, le manque de contenus faut une des raisons du regrettable échec de la TV en 3D (même Canal+ avait du fermer son éphémère chaîne de X en 3D, bien dommage), survendue comme "the next big thing", comme j'en parlais par exemple par ici.

3. Objets connectés pour la maison, pour la santé, voitures...

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J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises, comme ici, et , mais ça se confirme, 2014 sera bien l'année des objets connectés ! Une multitude de start-ups sont en train de naître autour de cela, avec parfois des valorisation boursières impressionnantes (ce qui nous rappelle certains précédents...), telle Nest et son thermostat connecté, valorisée à 2 milliards de dollars. En France, le papa des lapins Nabaztag, Rafi Haladjian s'apprête lui-même à commercialiser ses joujoux connectés pour la maison.

Même Wired l'affirme fièrement sur sa couv' de rentrée, "Heads up,wereable tech will be as big as the smartphone". Objets connectés santé, nouvelle domotique... On va avoir de multiples joujoux high-tech connectés à Internet : pèse-personne, station météo, capteurs d'humidité pour les plantes, brosses à dents... L'idée: on prend des objets du quotidien auxquels on ajoute une couche de connectivité pour créer de nouveaux usages. Inutile de vous citer de nouveau les multiples projections chiffrées (trèèès) optimistes, telle l'Idate, qui comptait déjà 15 milliards d'objets connectés à Internet en 2013, et en dénombre 80 milliards pour 2020.

Du côté de la santé, des services très pointus destinés à suivre des symptômes précis apparaissent : cardio-fréquencemètre de poche ou contrôleur de glycémie connecté au smartphone...

Le secteur automobile s'y intéresse lui aussi de près : à l’instar d’Apple et son iOS in the car, Google compte lui aussi investir le marché des systèmes multimédia embarqués pour l’automobile. Un partenariat avec Audi doit être dévoilé au CES, selon le Wall Street Journal. Google compte de faire d'Android, son système d’exploitation mobile, la plateforme des systèmes multimédia des voitures allemandes, afin que les usagers puissent naviguer, écouter de la musique et accéder à des applications comme ils le font depuis leur smartphone Android. Avec iOS in the car, qui consiste à élargir la compatibilité des systèmes multimédia embarqués avec ses iPhones et iPad sous iOS 7, Apple a déjà rallié plusieurs grands constructeurs : Honda/Acura, Mercedes, Nissan/Infiniti, Ferrari, Chevrolet/Opel, Volvo, Jaguar et Kia/Hyundai.

4. Wereable tech, les accessoires et vêtements connectés

Tendance qui en découle, mais avec une connotation geek et fashion, le wearable computing (ou wereable tech) devrait exploser cette année. Ce qui passe par, déjà vus en 2013, les bracelets connectés, et montres connectées, malgré les semi-échecs des smartwatches de Samsung et Sony, Apple va-t-elle lancer sa très attendue iWatch cette année ? En fait, des alternatives émergent déjà : alors que Apple a choisi d'intégrer dans son dernier iPhone 5S un coprocesseur, le M7, dédié à la mesure des mouvements, qui permet de se passer d'un capteur externe pour analyser ces données, de smarques l'utilisent déjà via leurs applis , comme Nike avec Nike+ Fuelband.

Attendues aussi pour 2014, les lunettes Google Glass, commercialisées dans le courant de l'année. Mais des concurrents émergent déjà, dont certains sont attendus au CES, tel Recon Jet, et ses lunettes dédiées au sport. et bientôt les T shirts, pour détecter - et mesurer - en temps réel ce qu'on fait, et avoir tout le temps sous les yeux les informations dont on a besoin.

5. L'impression 3D

Pas de doute, même si cela devient une lapalissade dans les projections (dont ici l'an dernier) et autres Hype cycles, l'impression 3D émerge bel et bien. Mais elle est confrontée à un problème : les imprimantes 3D sont elles-mêmes chères, tout comme l'imagerie en 3D d'objets à imprimer. Des start-ups commencent à proposer des imprimantes 3D "de bureau" bon marché, des fab labs poussent en France, et même des acteurs old school comme La Poste et Auchan proposent des imprimantes en 3D - c'est de la com', mais c'est déjà un début.

En attendant la phase suivante, qui sera l'impression 3D de nourriture, et même d'organes humains, comme le cœur.

6. La bataille du cloud

Si bon nombre d'entre nous y recourent déjà sans la savoir, tels de nouveaux Mr Jourdain, par exemple avec leur webmail Gmail ou iCloud, le nuage informatique devrait continuer d'entrer dans les usages, aussi bien côté entreprises que pour les particuliers. Alors qu'ils utilisent dem oins en moins des PC (qui connaissent une mort annoncée) au profit de devices mobiles, les consommateurs vont de plus en plus recourir à des serveurs distants pour y stocker leurs données.

Amazon, Apple, Microsoft et Google ont déjà engagé la bataille marketing et publicitaire sur le cloud grand public, quand nos très frenchies Cloudwatt et Numergy visent, pour l'instant, le marché B to B français. La bataille va se situer sur le coût du gigabit : Microsoft l'a engagée en proposant 200GB de stockage gratuit assorti à l'achat d'une tablette Surface 2. Les ventes de disques durs externes devraient commencer à fondre en 2014. Reste qu'il faudra remettre à plat les questions de sécurité pour faire face à la crise de confiance déclenchée par l'affaire de la NSA.

7. La fin de la privacy ?

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Précisément, pour le moins, le scandale de la NSA et les révélations d'Edward Snwoden, égrenées au long de l'année 2013 (dernière révélation en date: tous les possesseurs d'iPhone étaient potentiellement tracés par la NSA, ce qu'Apple a évidemment démenti) peut donner l'impression au quidam que le respect de la vie privée est devenu un luxe dans notre vie numérique.

Pour Noël, dans un Christmas message diffusé sur Channel 4, Snowden a ainsi mis en garde contre les risques que font peser ces atteintes à la vie privée. "Récemment, nous avons appris que nos gouvernements, en travaillant de concert, ont mis en place un système de surveillance de masse à l'échelle planétaire, permettant de voir tout ce qu'on fait. (...) George Orwell nous avait prévenus des dangers de ce genre d'informations. Le type de collectes (de données) présentées dans le livre - via des micros, des caméras et des écrans télé qui nous surveillent - n'est rien comparé à la situation actuelle. Nous avons des détecteurs dans nos poches qui nous suivent partout où nous allons ", déclarait le lanceur d’alerte. "Un enfant qui naît aujourd’hui grandira sans avoir aucune notion de la vie privée. Il ne saura jamais ce que signifie d’avoir un moment d’intimité personnelle, une pensée qui ne soit pas enregistrée ou analysée. Cela pose un problème parce que l’intimité compte, elle nous permet de déterminer qui nous sommes et ce que nous voulons faire de notre vie".

A la fin de l'année 2013, chacun se sentait exposé, la confiance dans les sociétés devenues omniprésentes et indispensables dans notre vie numérique (Orange, Google, Facebook, Yahoo...) pourrait bien s'éroder. Alors qu'en France, le projet de loi sur la programmation militaire et son très controversé article 13 a lui aussi fait polémique en décembre dernier. En 2014, va-t-il commencer à y avoir un mouvement de fond de déconnexion volontaire, ou de recours à des réseaux sociaux et smartphones alternatifs ?

On devrait ainsi voir émerger une nouvelle catégorie de sociétés spécialisées dans la protection de la privacy et des données confidentielles des entreprises.

samedi 21 décembre 2013

The Circle, dystopie horrifique où "Privacy is theft"

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Lorsqu'elle arrive sur le campus, à la vue de la fontaine, des courts de tennis et de volley, de la boutique intégrée, des cris d'enfants qui jaillissent de la crèche, "'Mon Dieu', pensa Mae. C'est le paradis". C'est la première ligne du livre, qui raconte le premier jour de travail de Mae Holland, une jeune femme lors de son arrivée dans une société appelée The Circle ("Le cercle"). On entrevoit ainsi, dès le début, que ledit paradis de The Circle, décrit dans le nouveau roman de Dave Eggers (ed. McSweeney's, 2013, disponible uniquement en V.O. pour l'instant) sera un enfer.

Dave Eggers, fondateur du magazine littéraire The Believer, de Might Magazine, et de la maison édition McSweeney's.qui a commis cette fiction, a publié entre autres A Hologram for the King en 2012, l'histoire d'un looser qui incarne la classe moyenne américaine qui combat pour réaliser ses rêves dans un monde globalisé et en récession.

Sur 450 pages, Dave Eggers nous raconte donc, sous le regard d'une jeune et naïve recrue, la toile que tisse la start-up The Circle dans la société - et plus que la vie numérique, comme on va le voir. Une sorte de meta-réseau social qui compile Facebook, Twitter, Google et Paypal, avec un réseau social d'échelle planétaire, Zing. Dans un futur proche, la start-up est devenue une des plus puissantes grâce à son système TruYou, qui a unifié tous les services sur Internet et aboli l'anonymat. Ses membres ont une seule identité et y rassemblent l'ensemble de leurs données - même personnelles. Une manière d'organiser la "big data" de tout individu... Le récit, qui se déroule dans un futur proche, n'est pas vraiment de la science-fiction: le quotidien des personnages nous semble très proche. Les trois Wise Men cofondateurs de The Circle nous rappellent tout créateur de start-up contemporain.

Dystopie

Mais le récrit est bien une dystopie, sous-genre de science-fiction qui est une sorte de contre-utopie, où l'auteur prend pour point de départ des fragilités de notre société contemporaine pour les tordre, les exagérer, dans un récit qui devient peu à peu horrifique, dans un Cercle vicieux. Comme tout ouvrage d'anticipation, il a donc une dimension d'avertissement. Son univers nous semble un peu familier: les blogs, Twitter, Facebook posent déjà des questions telles que la tyrannie de la transparence, la privacy en ligne perçue comme inutile (Vinton Cerf, vice-président et Chief Internet Evangelist de Google, déclarait récemment que "la vie privée peut être considérée comme une anomalie"), notre état d'esprit reflété par notre présence perpétuelle sur les réseaux sociaux, nos vies perpétuellement sous surveillance du gouvernement (effet NSA), la voracité de Google pour s'intégrer dans le monde de l'information...

The Circle apporte sa part à ces débats naissants. Eggers l'aborde par une fable, une sorte de conte destiné à être pédagogique, avec des personnages tels que la naïve héroïne qui va être dévorée par son ambition, les trois Wise Men, un Transparent Man, le mystérieux Kalden, qui émerge de l'ombre (seul personnage, dans cette ère de la transparence, à ne pas être traçable dans The Circle)... Le risque de tomber dans le pur récit de SF horrifique est contrebalancé par des anecdotes légères et distrayantes.

Secrets are lies, Sharing is caring, Privacy is theft

L'idée : on découvre au fil du récit que la merveilleuse start-up The Circle a formalisé une certaine idéologie : elle exige la transparence en tous domaines, ses slogans étant SECRETS ARE LIES ("Les secrets sont des mensonges"), SHARING IS CARING ("Partager est prendre soin"), et PRIVACY IS THEFT ("La vie privée c'est le vol", lointain détournement du mantra d'un certain Proudhon...). L'anonymat est banni, le passé de chacun est révélé, le présent de toute personne doit être enregistré et diffusé dans une vidéo en direct. Ce qui est enregistré et diffusé ne sera jamais effacé. Ces directives s'appliquent à l'ensemble des salariés de The Circle, mais au fil du livre, le grand public commence à les appliquer... L'objectif de The Circle est ainsi de couvrir tous les aspects de l'existence humaine, du vote aux histoires d'amour, sous forme de flot d'informations qui se déversent sur son portail en ligne.

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Le futur siège social de Facebook

D'ailleurs, The Circle s'avère plus que paternaliste envers ses salariés : dans ce phalanstère du futur, un peu à la manière du Googleplex que nous connaissons (reflété il y a quelques mois dans cet étrange film publicitaire dont je parlais ici, Les stagiaires), ils y ont accès à une multitude de services - restaurants, courts et salles de sports, magasin, agence de voyage intégrée qui leur organise leurs vacances dès qu'ils rentrent leurs dates de congés, chambres à disposition... Ce qui sonne étrangement contemporain : le futur siège social de Facebook, situé loin de toute ville, prévoit bien des logements juste à côté pour ses salariés. Au passage, ils sont fortement incités à participer à des multiples soirées afterwork à thèmes, dans un agenda partagé - leur vie ne doit-elle pas se dérouler au sein de The Circle ?

Monitoring de soi

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Au fil des pages, on assiste donc à la plongée aux enfers de Mae. Elle est recrutée à The Circle via sa colocataire Annie. Au début simple chargée de relation client, où elle répond en ligne aux questions et plaintes de clients, ses performances en ligne s'affichent au vu de tous sur l'Intranet de The Circle, où remontent ses notes après chaque interaction. Acharnée, Mae obtient un score record dès son premier jour de travail. Elle devient vite une championne de The Circle, approchant le cercle des fondateurs de la société.

Au passage, très corporate, elle devient de plus en plus "transparente" acceptant tout ce que la société lui demande : fusionner les données personnelles de son propre PC et son téléphone avec les appareils fournis par la société, puis partager en temps réel tout ce qu'elle fait sur le feed de The Circle, s'équiper d'un bracelet connecté qui relève ses données de santé (nous sommes bien dans le quantified self) - données dont son employeur a connaissance... Si elle est silencieuse trop longtemps, ses followers lui envoient des messages urgent pour lui demander si tout va bien. Très vite, l'entreprise exige - comme de tout salarié - sa participation active à la communauté en ligne : impossible de refuser de nouveaux "friends", ou de prendre part à de nouveaux cercles. Ceux qui s'écartent de ce "réseau social" sont de facto des parias.

L'individu doit s'effacer face à cette communauté, nouvelle humanité à l'ère virtuelle. Dans le récit, salariés de The Circle, puis personnalités politiques commencent à s'équiper de petites caméras (sortes de GoPro du futur): tout ce qu'ils font doit pouvoir être capté et partagé pour la mémoire commune, au nom de la "transparence". Une forme de nouveau totalitarisme. D'ailleurs, puisque rien ne peut être effacé, The Circle retire le bouton "supprimer". Les études, questionnaires et pétitions sont diffusés sans interruption, on vote d'un simple clic.

Peu à peu, c'est le cercle vicieux. Mae travaille de plus en plus sur les réseaux sociaux pour la prochaine récompense : augmenter ses "rates" (notations) et le nombre de millions de followers. Elle trouve chaque nouvelle demande "délicieuse" et "exaltante". Une quête éperdue de notoriété et de reconnaissance numérique, qui se mesure en données chiffrées - une sorte de monitoring de soi qui nous paraît étrangement contemporain.

Mae est plutôt la méchante que la victime de l'histoire. Elle cherche à évincer Annie du Circle vers la fin du récit. Ses motivations sont celles d'une teenager à l'ère d'Internet: décrocher les notes les plus élevées, se rapprocher des cercles de pouvoir du Circle, être populaire. C'est plus une bonne élève qu'une opposante qui voudrait prendre le pouvoir.

jeudi 28 novembre 2013

Internet des objets connectés, troisième révolution numérique ?

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Et si les objets connectés étaient la prochaine révolution numérique? En tous cas, celle qui succèderait aux révolutions de l'Internet et du smartphone - elle est même complémentaire à celles-ci. Depuis quelques semaines, l'effervescence ne cesse de monter autour de ce sujet, avec certains indicateurs, tels que la commercialisation de la montre connectée de Samsung en septembre, ou encore la levée de fonds de 45 millions d'euros réalisée cet été par notre petite pépite (cocorico), Withings. Même Bercy vient de créer une mission dédiée aux objets connectés, pilotée par Eric Careel, fondateur de Withings.

Le sujet était au cœur du dernier débat organisé, mardi soir, par le très select think tank G9+, qui rassemble des professionnels du numérique. Pour mémoire, l'Internet des objets connectés, ce sont ces objets qui peuvent se connecter les uns aux autres grâce à plusieurs protocoles (Wifi, 3G, Bluetooth...), avec pour point central le smartphone. Ils sont souvent accompagnés d’applications mobiles de services.

C'est bien le smartphone qui est le hub, le point central, de cet écosystème d'objets connectés. Et du coup, on est sans doute arrivés au bon moment: le taux d'équipement des Français en smartphones - au moins 54% en possèdent un - est suffisamment large pour qu'il permette la montée en puissance de cette nouvelle industrie. S'y ajoutent d'autres facteurs, comme le coût des compostants qui a chuté ces dernières années.

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Le smartphone étant devenu le device le plus personnel, et le plus utilisé, sur lequel on fait en moyenne 150 checks par jour : entre SMS, coups de fil, mails, sélection de musique sur son lecteur MP3, surf sur les réseaux sociaux.. je pense que le chiffre n'est pas exagéré. Des usages qui pourraient, pour la plupart, être effectués depuis un wereable device, telle une montre connectée. En un sens, l'utilisateur sur-sollicité sur son smartphone est donc déjà prêt.

"Connecter les objets est une simple étape. Ce qui est important, c'est la transformation de nos modes de capture des informations: on aura des capteurs un peu partout dans la vie des gens: autant d’informations, de data récupérées, à partir desquelles on peut fabriquer un service. Cela devient intéressant lorsque l'on a une long tail, avec beaucoup de data", souligne Rafi Haladjian, père de fameux lapin Nabaztag, un des premiers objets connectés (10 ans déjà...), et qui vient de lancer sa nouvelle start-up, Sen.se, avec une plateforme dont le but est de connecter entre eux données, objets et machines, qui sera primée au CES de Las Vegas en janvier 2014.

Pour lui, c'est sûr, l'industrie des objets connectés touchera tous les secteurs: l'agroalimentaire, l'eau minérale, (cf ce projet Smart drop d'Evian dont on parle beaucoup)... Même la Mairie de Paris vient de lancer un appel à projets sur le mobilier urbain intelligent de demain.

On distingue déjà plusieurs segments d'activité pour ce secteur industriel émergent - je suis en cela la typologie esquissée par Pascal Cagni, ex-DG d'Apple EMEA.

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Le wereable lifestyle d'abord, qui pourrait peser 50 milliards de dollars en 2016, d'après les prévisions (certes très optimistes) de l'institut IDC. Le créneau le plus prometteur, le plus grand public, parce qu'il touche à des usages très quotidiens, à la santé parfois, avec une touche fashion. J'en parlais ici, cela inclut ces montres, lunettes, bracelets... connectés, tels le bracelet Jawbone, les Google Glass, les smartwatches, ou encore le génial T-shirt d'OM Signal, qui surveille le pouls, la respiration,mais aussi le nombre de pas effectués et les calories dépensées grâce à son accéléromètre... Prometteur, parce que le déclencher a résidé dans le lancement de sa Galaxy watch par Samsung, un géant de l'électronique grand public, avec ce spot publicitaire qui réinscrit cet objet dans tout un idéal de science-fiction...

Le second segment, la digital health (e-santé), est d'ailleurs indirectement lié: là, cela représenterait 170 milliards d'objets, est un chiffre d'affaires de 26 milliards de dollars. J'en parlais dans cette enquête, outre les bracelets et montres connectés liés au bien-être (chez Fitbit, Jawbone) et au sport (Nike+ Fuelband, Adidas), et la balance connectée (Withings), on trouve par exemple Adheretech, qui permet de gérer la médication à distance, ou encore Glucodock.

Les moyens de transports, ensuite, qui représenteraient 55 milliards de dollars en 2016. Il y a déjà la Google Car, pour laquelle 7 Etats américains ont donné leur go pour des tests grandeur nature sur autoroutes. Et ces premières apps mobiles autour de l'auto, comme PayByPhone, pour repérer en temps réel les places vides sur un parking, ou ces apps qui vous poussent à monitorer votre façon de conduire pour réduire votre consommation d'essence, telles Telematics et Progressive.

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Autre segment, la maison connectée, certes annoncée depuis une dizaine d'années, mais qui pourrait cette fois enfin se lancer grâce au smartphone. Une kyrielle de start-ups proposent déjà des services mobiles liés à la domotique: le système de serrure à distance de Lockitron, le système de vidéosurveillance distant de Dropcam, où l'on peut consulter la vidéo à certains moments sur le cloud distant, ou encore le thermostat connecté de Netatmo: celui-ci, branché sur la chaudière, permet de contrôler son chauffage à distance et délivrer des diagnostics thermiques de l'habitation. Il sera primé en janvier prochain au CES de Las Vegas.

mercredi 21 août 2013

Hype Cycle 2013: 3D Bioprinting, Smart dust, Quantified Self, Wearable interfaces, biométrie...

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C'est la rentrée (que je vous souhaite lumineuse et dynamique ;), et comme chaque année en cette fin de mois d'août, revoici un de mes marronniers préférés depuis 2010 : la nouvelle édition du Hype Cycle de l'institut Gartner, portant sur les technologies émergentes, qu'il présente ici. Une courbe qui se veut une photographie par anticipation (avec, forcément, une certaine marge d'erreurs ;) des innovations de rupture d'aujourd'hui et de demain, donc prometteuses, émergentes, en pleine ascension... ou déjà dépassées. Gartner a adopté cette méthodologie, où cette courbe de l'innovation est découpée en 5 étapes-clés, par cycles de vie de technologies, allant des technologies naissantes ("technology trigger") à la phase d'industrialisation et d'adoption par le grand public ("Plateau of productivity" ), en passant par le trou d'air inévitable ("Trough of disillusionment").

D'abord, du côté des innovations juste naissantes, "Innovation trigger" (intéressant de noter que Gartner parlait jusqu'à présent de "technology trigger") : sans surprise, on retrouve comme dans la Hype Cycle de l'an dernier l'"augmentation humaine", l'humain augmenté de demain (de puce sRFID insérées, etc), annoncé pour dans plus de 10 ans qui se dotera de puces RFID, etc, comme en parlait Cyril Fiévet dans son livre Body hacking.

Et de nouveau, y figure le 3D Bioprinting , l'application médicale de l'impression 3D, soit un système basé sur l'exploitation de "data" en imagerie médicale, mais aussi le service d'impression 3D qui permettra de créer des organes humains (et même un cœur humain...) à partir des cellules d'un individu. On va le voir plus loin, l'impression 3D est décidément l'innovation-star pour Gartner cette année, récurrente dans cette courbe.

En résumé, pour Gartner, c'est sûr, on va en venir aux "humains augmentés par les technologies". "Les technologies permettent d'augmenter les performances humaines dans les domaines physiques, émotionnels et cognitifs". Et l'institut de louer les avantages pour les entreprises d'avoir des salariés "augmentés", et donc plus productifs (cela fait un peu froid dans le dos)...

Gartner annonce l'arrivée, dans plus de 10 ans, des Smart dust, ces "poussières intelligentes", soit des micro-capteurs invisibles qui serviront à surveiller les déplacements des gens ou des objets, les puces étant discrètement placées sur les objets à protéger, et les capteurs répartis dans les murs, plafonds et planchers... Pour la première fois aussi, il évoque l'electrovibration (ou "virtual touch"), une technologie de réalité augmentée qui facilite la transmission électronique du sens humain du toucher, permettant aux utilisateurs finaux de percevoir les textures et contours d'objets éloignés. En la matière, il y a par exmeple le projet REVEL de Disney Research de Pittsburgh. Il annonce aussi, d'ici 2 à 5 ans (mais on y est déjà...) l'explosion des usages liés au quantified self, qui permet à chacun de mesurer et partager ses données personnelles liées à sa santé, alors que pullulent déjà des objets connectés, développés par des start-up telles que Withings, qui a levé 23,5 millions d'euros cet été.

Parmi les innovations attendues à un plus court terme, et qui suscitent énormément d'attentes en ce moment ("Peak of inflated expectations"), figurent les scanners 3D, les véhicules autonomes (soit les voitures connectées... avec de nouveaux projets attendus à l'IFA à Berlin le mois prochain), forcément les objets connectés, et dans leur lignées, les Wearable user interfaces (avec les Smartwatches et lunettes connectées, on y est déjà...), le Big data (et toutes les attentes qu'il suscite notamment dans le marketing)...

En revanche, des innovations commencent à attendre l'étape fatidique du "trough of disillusionment" (premiers échecs à la suite d'expérimentations, même si ces innovations font encore l'objet d'investissements) : c'est le cas pour la réalité augmentée (les fameux codes-barres 2D permettant d'accéder à des contenus complémentaires), la norme NFC (censé notamment favoriser le paiement depuis un téléphone mobile), le cloud computing (effet-boomerang de PRISM, selon Wired: une entreprise ou un particulier peut-il avoir encore confiance en la protection de ses données dans un tel système ?).

En phase "Slope of enlightenment" (une seconde ou une troisième génération de produits autour de ces technologies émergent), Gartner affiche notamment l'impression 3D en entreprises, et les méthodes d'authentification biométrique : pas étonnant, alors qu'Apple pourrait faire figurer un capteur biométrique avec un lecteur d'empreintes digitales sur sur prochain iPhone 5S, attendu fin septembre. Apple avait d'ailleurs acquis l'an dernier pour 350 millions de dollars AuthenTec, start-up spécialisée dans le cryptage et des solutions de reconnaissance digitale: tous deux ont déposé un brevet commun allant dans ce sens.

Enfin, pour Gartner, des innovations ont atteint l'étape Plateau of productivity (phase d'industrialisation et début d'adoption par le grand public) : la reconnaissance vocale, soit cet écosystème de services de traduction et reconnaissance vocale, consacré par Siri sur iPhone. Troublant d'ailleurs, la société Mobile Technologies, spécialisée en reconnaissance vocale et en traduction, à l'origine de l'application Jibbigo (service de traduction vocal d'une quinzaine de langues), vient tout juste d'annoncer son rachat par Facebook. L'institut table aussi sur les Predictive analytics (analyse prédictive), qui permettrait de faire des hypothèses prédictives sur des évènements futurs, à partir de "data" historiques et transactionnelles, surtout dans le secteur bourse-finances.

mardi 4 juin 2013

"Futur par Starck" : cours d'anticipation sur deux écrans

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Philippe Starck, nous le connaissons tous. "Créateur visionnaire", "Pape du design", megastar qui a popularisé cette discipline... Il est lui-même devenu une marque, qui a "signé" la brosse à dents Fluocaril, le vélo urbain Peugeot, la dernière Freebox, une bûche de Noël Lenôtre... Mardi 4 juin en début de soirée, Arte diffusait un ambitieux documentaire, Le Futur par Starck, réalisé par Gaël Leiblang, qui nous emmenait, s'improvisant interviewer très béotien, à la rencontre de visionnaires, souvent méconnus du grand public, qui pensent et inventent le monde de demain. Arte creuse ainsi le sillon de programmes dédiées à l'innovation et l'anticipation, déjà entamé avec la diffusion de la série suédoise Real Humans, dont je parlais ici.

Aux quatre coins du monde, Philippe Starck, part donc à la rencontre d'experts visionnaires qui analysent les mutations de l’homme et, plus généralement, les avancées scientifiques. Un voyage dans le futur, où il se pose cette question aussi existentielle qu'universelle : quel sera notre monde de demain ? Il s'improvise donc reporter et interviewer, auprès de médecins, chercheurs et philosophes visionnaires, méconnus du grand public, au fil des labos de recherches et universités qu'il parcourt. où vivrons-nous? Que mangerons-nous? Comment sera le corps de l'homme?... En moins de deux heures, le docu se livre à une forme de prospective tous azimuts.

On y découvre ainsi le travail de Kevin Warwick, professeur de cybernétique, George Church, pionnier de la biologie synthétique, de Kevin Warwick, professeur de cybernétique anglais et un des premiers humains-humains militants cyborgs, me précise cette notule sur le site web dédié à l'émission, conçu par Upian, que je consulte sur ma tablette.

Car Arte a eu la bonne idée d'arrimer à ce docu un site web dédié, où défilent automatiquement des infos complémentaires au docu, de manière synchronisée. Avec même des citations-clés et un petit bouton Twitter - du prêt-à-tweeter en somme (j'ai testé)... Au fil du docu, un chiffre affiché en bas de l'écran de mon téléviseur (le nombre de secondes écoulées depuis le début), me permet de synchroniser le contenu de la page web avec le déroulé de l'émission.

Pour K. Warwick, c'est sûr, le post-humain sera "augmenté" grâce aux technologies. Pour lui, en tant que scientifique, les être humains "pourraient être encore mieux" - comprenez une fois "augmentés". George Church, pionnier de la biologie synthétique, chercheur à Harvard, planche sur le séquençage de l'ADN. Le site web m'enjoint à "praticiper au Personal Genome Project " qu'il a initié. Et lance un mini-spndage pour/contre les thérapies géniques. Un extrait de Jurassic Park nous rappelle ce vieux rêve qui devient réalité: recréer des espèces animales à partir d'une simple goutte de sang prélevée sur un moustique fossilisé... Faux ? "L'écosystème n'a pas forcément besoin qu'on recrée l'espèce originelle: on pourrait recréer un hybride", commente le chercheur.

Quid du cyborg vs post-huamin et homme augmenté ? "Un des grands éléments éthiques de toutes ces transformations: leur possible réversibilité, pouvoir revenir en arrière", rappelle Jean-Claude Ameisen, professeur d'immunologie à l' université Paris Diderot. Qui évoque les risques d'instrumentalisation où la médecine s'aventure "non pour soulager la souffrance, mais par convenances personnelles" - cf la chirurgie esthétique... Et "la tentation du formatage", esquissée dans Bienvenue à Gattacca.

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Les "nénuphars géants" de Vincent Caillebau

Autre préoccupation future, l'évolution de notre planète, avec la montée des eaux, et des questtons géopolitiques inédites qui se poseront; Les réfugiés climatiques, alors que selon le Giec, le niveau des océans devrait monter de 40 cm à 1m d'ici 2100 : 6% des Pays-Bas: 80% de plusieurs atolls en Océanie sont menacés de disparition. L'enjeu: pour le chercheur François Gemenne: "encadrer les flux migratoires", alors que d'ici 2060, "500 millions de personnes seront exposées à un risque constant d'inondation". Autre question presque métaphysique: que deviendraient des pays qui disparaîtraient physiquement ? La question se pose, alors que plusieurs îles sont déjà menacées de disparition. Les gouvernements d'Etats voisins de pays disparus physiquement seraient-ils prêts à abriter leurs voisins ? Quelle solution technologique inventer pour protéger des zones à risque ? Avec par exemple ces projets d'îles flottantes, imaginés par l'architecte Vincent Callebaut, sortes de nénuphars géants qui pourraient accueillir jusque 50 000 habitants.

Autre question littéralement vitale : que mangerons-nous ? Ce n'est déjà plus de la science-fiction, les insectes à croquer pourraient devenir un mets à déguster dans le futur: Alexis Chambon en cuisine déjà. Riches en vitamines et protéine,s peu coûteux, disponibles en abondance, ils pourraient être une alternative à la viande.

Et l'agriculture, passera-t-elle par la photosynthèse, le bio, les OGM ? "Les défenseurs des OGM ne veulent qu'une chose : breveter les semences pour faire des bénéfices", estime Orvandana Shiva, militant pro-bio. A contrario, l'agriculture bio ne suffira pas pour nourrir le monde, nuance un chercheur pro-OGM.

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La crise économique ? Pour Jérémy Rifkin, on traverse "une crise économique mondiale de grande ampleur, pas une crise de 3 mois", qui a engendré elle-même une crise environnementale - tune dépendance excessive aux sources pétrochimiques. Pour lui, il faut "sortir de l'économie du carbone". Il croit d'ailleurs en les énergies renouvelables pour subvenir aux besoins de la planète. Il rappelle quels sont à son sens les 5 piliers de la 3ème révolution industrielle, que je retrouve sur ma tablette: énergies renouvelables, bâtiments devenant des mini-centres de production d'énergie, stockage d'énergie, en particulier sous forme d'hydrogène, partage de la production d'énergie via un réseau intelligent, et passage aux transports automobiles électriques ou à l'hydrogène.

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Autre enjeu, le voyage dans l'espace... 200 000 euros pour être en apesanteur quelques minutes au-dessus de la Terre. un business du futur: Richard Bronson, Jean-François Clervay et une agence de voyage agréée proposent déjà des vols suborbitaux.

Bilan ? Le docu est foisonnant, pose beaucoup de questions... Sans toujours y répondre sur le fond, ni prendre position ou de la distance. Au fur et à mesure que l'on apprivoise ce fonctionnement "bi-médiaé", avec cette télé "augmentée" par des compléments depuis notre tablette, on a l'impression, dans un premier temps, d'être noyé sous l'afflux d'infos. Mais c'est un nouveau type d'exercice télévisuel, où on peut consulter, en simultané ou plus tard, des interviews, des portraits, des vidéos complémentaires. En tous cas, le dispositif web a compté 30 000 visites, 1 million de pages vues, et l'émission une audience de 2,3% d'audience, avec 600 000 visiteurs.

mercredi 3 avril 2013

Des "hubots" plus vrais que nature

Une sorte de fable très contemporaine, une nouvelle forme de science-fiction contemporaine. Cela se passe dans une ville moyenne de Suède d'aujourd'hui, avec ses pavillons bourgeois, ses familles banales... Pourtant, on voit dans les familles, les usines, les restaurants d'étranges créatures, à première vue des "real humans", tout juste trahies par leur regard un peu trop fixe, leurs expressions sur le visage un peu figées, les gestes un rien mécaniques. C'est une des séries les plus troublantes du moment que diffuse Arte à partir de ce jeudi soir, Real Humans (100% humain), Akta Människor en VO, pour laquelle la chaîne s'est d'ailleurs offert, fait rarissime, une vaste campagne de pub en radio, cinémas et affichage - vous n'avez pas pu rater ces étranges affiches dans le métro, avec ces personnages au regard fixe...

"Hubots" auxiliaires de vie

C'est donc l'histoire d'une société ordinaire, où il est devenu naturel que les humains cohabitent avec des "hubots", nouveau néologisme pour désigner ces "humans-robots", une nouvelle génération de robots, encore plus perfectionnés que les traditionnels robots androîdes qui peuplent les films de science-fiction classiques... Pas de fusées ni de monde futuriste dans la série suédoise ultra réaliste, écrite par Lars Lundström: tout est très contemporain, à part donc ces hubots multifonctions, qui ne sont jamais las ni fatigués, auxiliaires de vie, assistants aux personnes âgées, nurses pour enfants, aides au ménage, employés modèles en usines, serveurs dans des restaurants... Et même auxiliaires très sexuels. Dans cette fiction, ils sont devenus indispensables aux humains, et semblent presque se fondre dans cette société. Dans cette série que j'ai eu la chance de dévorer en avant-première (et que j'ai chroniquée dans le dernier numéro de Stratégies), le réalisateur s'attache à mettre en scène les diverses et étranges formes de cohabitation qui naissent entre humains et robots. Et les conflits que cela va provoquer.

Les robots de service, ils sont devenus omniprésents au cinéma (forcément), mais aussi dans des expos, livres, débats sur l'avenir de l'humanité (voire des transhumains), l'industrie de la robotique de services fait débat, ils ont un salon dédié, Innorobo... C'est intéressant de les voir mis en scène dans une série télé grand public. Le sujet fait débat, alors qu'un jour, les robots de services débarqueront inévitablement dans notre quotidien.

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Ici, donc, des androïdes très ressemblants aux humains, à l'exception de cette étrange prise USB fichée dans leur nuque, par laquelle ils peuvent se recharger sur une prise électrique - comme un simple téléphone. Mais qui permet aussi, à partir d'une tablette tactile, de vérifier leur identité, leur propriétaire, les paramétrer... Mais aussi les pirater, y installer des "mises à jour" très particulières, par exemple pour les transformer en partenaires sexuels hors pair.

Le réalisateur Lars Lundsdröm met ainsi en scène les diverses formes de cohabitation qui pourraient naître entre humains et robots. Mais aussi les formes de rejet qu'ils pourraient susciter, une fois devenus trop menaçants: car ils commencent à prendre des emplois aux humains, dans les usines par exemple, où ils séduisent les services RH avec "leur marge de 0% d'erreur". Un jeune humain attiré par la hubot domestique se voit qualifié par sa psy de "transhumainsexuel". On commence à voir en ville des hubots prostitués par des humains, avec même une maison close dédiée... La, la réalité rattrape déjà la fiction : après tout, il existe déjà des robots sexuels, tel Roxxxy...

Au point que se développe un mouvement radical, anti-hubots, intitulé "Real Humans", un "label" que certains humains radicaux placardent à l'entrée de leur maison. Un vocabulaire anti-hubots apparaît: PacMan, trucs, machines...

Les trois Lois d'Asimov ; des robots plus que des objets ?

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Surtout, la série pose des questions vertigineuses, incluant les Trois lois de la robotique édictées par le maître de la SF, Isaac Asimov.

Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.

Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.

Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.

Pour cela, la série met en scène plusieurs catégories de hubots: les hubots domestiques, vendus neufs ou d'occasion, diversement traités, dans des rapports maître/esclave ambigüs, parfois des objets sexuels. Mais aussi des hublots "affranchis", devenus autonomes suite à l'installation d'un code de programmation par un humain geek, David Eisner.

Au fil des épisodes, parfois au contact des humains, on voit ces hubots mîmer de mieux en mieux des émotions (or, l'émotion est le propre de l'homme..), voire apprendre à faire des blagues, à mentir. On voit ainsi un hubot affranchi se prendre de passion pour la Bible. Une hubot rêver de se mettre en couple avec un humain. Ou un hubot devenu compagnon très sexuel se rebeller lorsque sa propriétaire le débranche temporairement ("J'ai un interrupteur, donc tu me traites comme une machine ?").

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Sont-ils des objets, ou un peu plus ? Et si les hublots étaient dotés de libre-arbitre ? Impossible bien sûr, mais la série le suggère : les hubots apprennent au contact de l'homme, et mîment de mieux en mieux leurs sentiments... Après tout, récemment encore, dans les pages Technologies du Monde, Kate Darling, chercheuse en propriété intellectuelle et en politique de l'innovation au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston, militait pour "donner des droits aux robots", précisant : " Je parle plutôt de quelque chose comme les lois qui protègent les animaux. A eux non plus, on n'accorde pas le droit à la vie, mais on a édicté des lois pour les protéger contre la maltraitance".

Métaphore sur l'altérité

Real Humans est une métaphore sur l'alterité, la discrimination. Un reflet de notre société, où la domination de classe se poursuit en silence, avec une certaine violence sociale et politique, terriblement contemporaine Et pose des questions : un hubot, "véhicule motorisé" d’un point de vue juridique, peut-il être considéré comme victime de discriminations, ou de maltraitance ? Une avocate se voit saisie de la question par deux femmes, qui estiment avoir été discriminées - ainsi que leurs amants-hubots - car refoulées avec ceux-ci à l'entrée d'une boîte de nuit.

Je me demandais il y a quelques temps si la science-fiction n'était pas un genre en train de disparaître. Ce n'est pas sûr... En tous cas, elle renaît avec ce nouveau genre de séries télé. Aux Etats-Unis, la chaîne SciFi diffuse depuis janvier ''Continuum'', lancée par la chaîne câblée canadienne Showcase, qui met en scène Kiera, une femme flic de 2077 renvoyée malgré elle en 2012, où elle poursuit dans leur fuite temporelle un groupe de terroristes décidés à changer, depuis le passé, la face du futur. Et il y a quelques jours, Lana et Andy Wachowski annonçaient se lancer dans la réalisation d'une série, qui sera diffusée en 2014sur la plateforme Netflix, où il sera question de robots et de science-fiction.

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jeudi 21 mars 2013

Robots-tondeuses, aspirateurs, majordomes, de surveillance, et bientôt nurses... Des robots dans notre quotidien demain ?

Grands, petits, à roulettes, noir et blanc ou multicolores, blocs fonctionnels, jouets ou humanoïdes parfois très réalistes... Il n'était pas rare de croiser des robots dans les travées du salon Innorobo, qui se tient du 19 au 21 mars à Lyon. Un véritable salon dédié aux robots, ou des start-ups ou grosses entreprises, venues de Lyon, Evry, Barcelone, de Corée du Sud ou du Japon exposaient leurs derniers joujoux. Car c'est sûr, pour les professionnels de ce secteur, la robotique de services sera le point d'entrée des robots dans notre quotidien. J'en ai déjà parlé dans ce billet, ici, ou encore ici : au-delà des fantasmes alimentés par le science-fiction, c'est bel et bien un secteur économique qui émerge. On ne serait pas loin de la robolution préconisée par Bruno Bonnell, ex-médiatique patron d'Infogrames, qui a créé en 2006 Robopolis, start-up devenue une grosse entreprise de distribution de robots.

Plusieurs types de robots de services émergent: robots au service des personnes âgées, robots de surveillance, robots de présentation, robots-tondeuses, robots laveurs de vitres, robots-jouets pour enfants, et même des robots au centre de jouets éducatifs...

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Photos Capucine Cousin - Tous droits réservés

Il y a déjà le FutureRobot de la société coréenne Furo, robot-majordome qui roule dans les travées, s'arrête automatiquement devant vous, avec cet étrange visage féminin affiché sur un écran en guise de tête. On interagit avec lui via l'écran tactile apposé sur le buste, qui permet d'y consulter directement des informations. Il est destiné aux événements, salons et musées, et pour des prestations de téléprésence.

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Autre robot-majordome, Reem, développé par la start-up barcelonaise PAL Robotics, destiné aux universités, musées et événements. Il vous parle spontanément - dans une des trente langues qu'il maîtrise - et vous propose de taper votre nom sur l'écran tactile dont il est doté. La même voix suave vous explique que, grâce à son système de reconnaissance faciale, il pourra ensuite vous reconnaître et prononcer votre nom, tout en affichant votre visage sur son écran Troublant... Plus étrange encore, ce visage à forme humanoide doté d'une paire d'yeux, où les concepteurs ont poussé le mimétisme jusqu'à y reproduire des pupilles, qui semblent vous dévisager...

Robots-tondeuses, sentinelles...

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Dans cette génération de robots de services, le géant américain iRobot, lui, mise sur les robots de services quotidiens. "Ce sont ces robots de services qui vont faire entrer les robots dans les foyers", assure Bruno Bonnell. De fait, après les Roomba, premiers robots-aspirateurs à être devenus un succès grand public, il lance en France cette année les robots-nettoyeurs de piscine, les robots-tondeuses, comme Tuscania, conçu par la start-up israélienne Robomow. On voit aussi apparaître des petits robots pour nettoyer la piscine, les gouttières, les vitres...

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Autre créneau prometteur, les petits robots de surveillance pour entreprises. Plusieurs start-ups exposaient ainsi des robots 'rondiers", munis d'une petite caméra, destinés à assurer la surveillance dans les entrepôts, comme ce mini-tank, dévoilé par la start-up barcelonaise Robotnik, ou l'e-vigilante, développé par la start-up française Eos Innovation.

Robots ludo-éducatifs, jouets

Nao

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Avec les petits Nao, on arrive là dans la catégorie des robots qui ressemblent presque à des jouets. Ne sont-ils pas (presque) émouvants, avec leur petite bouille, leurs yeux ronds ? Ils peuvent vous parler, chanter, raconter une histoire, danser... Et même conduire une voiture. C'est une des grosses start-ups françaises, Aldebaran Robotics, qui en est à l'origine. On avait beaucoup parlé d'elle au printemps dernier, lorsqu'elle avait levé 100 millions d'euros auprès d'un fonds d'investissement... japonais.

Certes, ils ne sont pas encore en vente auprès du grand public. Mais avec un prix de vente d’entrée de gamme à 3 600 euros, pourraient-ils devenir les jouets de demain ? Car ces joujoux pourront devenir de véritable robots de services avec des fonctionnalités sur mesure, grâce à la boutique d’applications, sur le modèle de l'Appstore d'Apple, qu'Aldebaran développe, avec une communauté de développeurs. On en compte déjà une centaine, dont certaines élaborées avec des entreprises dans la santé, la domotique...

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Demain, ce sont aussi les robots-jouets et robots éducatifs qui entreront dans les foyers et les écoles. Ce qu'ont bien compris les start-ups coréennes. Avec par exemple cet ensemble ludo-éducatif, les smart robots Albert, qui cumule dock pour smartphone, appstore dédié, cartes de jeu scannées par le smartphone, une nouvelle génération de livres-jeux interactifs et un stylo intelligent... La génération de demain des jouets? En tous cas, ce jeu devrait débarquer cette année en France pour 200 euros.

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Il y a aussi ces sortes de Lego version sud-coréenne, les Robotron, des packs avec briques de jouets et système électrique, qui permettent de construire soi-même ses jouets-robots, qui peuvent même danser (je vous renvoie à ma petite vidéo). Ils sont destinés aux écoles, mais sont déjà en vente dans les grandes surfaces sud-coréennes...

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Tout comme le constructeur coréen Robotis dévoilait ses robots-jouets, inspirés de l'univers des dessins animés et des mangas.

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Troublant aussi, ce robot humanoïde, né du projet européen de R&D iCub, une plateforme open source de recherche sur la robotique humanoïde et les sciences cognitives, initiée par l'Institut italien de technologies. Son visage mime les expressions d'un enfant de 3 ans. Et voir la dextérité avec laquelle il saisit une balle...

Alors bien sûr, tous ces robots ont des fonctions très précises. Pour la plupart, leur fonction, mais aussi leur apparence, leur design, les cantonne à des machines rassurantes qui remplissent une mission simple. Reste à voir si, demain, nous accepterons des robots pouvant remplir des tâches plus complexes, où ils devront être capables de comprendrais les émotions des humains et y répondre, comme une nurse ou un robot d'assistance aux personnes âgées...

dimanche 13 janvier 2013

Robopocalypse, récit d'un putsch des robots

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Des machines devenues indispensables, des GPS des téléphones portables aux voitures à pilotage automatique, en passant par les robots-nurses, les robots-jouets pour enfants, ou jouets sexuels pour adultes esseulés (les love dolls), les robots de manutention... Ils se nomment Big Happy, Super Toy, Sappy, sont devenus omniprésents dans nos vies, nos foyers.

Et si les robots pouvaient se soulever, tenter de prendre le pouvoir dans un putsch parfaitement organisé ? C'est ce qu'a imaginé dans son premier livre, Robopocalypse (ed. Fleuve Noir), Daniel H. Wilson, 34 ans, chercheur en intelligence artificielle,

Blockbuster Sci Fi

Certes, le sujet est omniprésent dans la science-fiction, de Metropolis à i,Robot, en passant par la saga des Terminator. Mais ici, l'ouvrage reprend autant les codes du récit de science-fiction que du thriller, et même consacre le genre de la science-fiction avec des recettes dignes d'un blockbuster. Pas surprenant que ce récit très cinématographique soit susceptible de servir de base au prochain film de Steven Spielberg - même s'il vient d'annoncer repousser ce projet à gros budget initialement prévu pour 2014, crise oblige.

Daniel H. Wilson imagine donc ici le soulèvement des machines dans un futur proche. Des androïdes serviles qui fomentent une révolution... après tout, la notion d'esclavage est présente de manière subliminale dans la notion même de robot : étymologiquement, le terme robot est issu des langues slaves, et formé à partir de rabot (работа en russe) qui signifie travail, corvée, que l'on retrouve dans le mot Rab (раб), esclave en russe. Ce terme aurait été utilisé pour la première fois par l’écrivain tchécoslovaque Karel Čapek dans sa pièce de théâtre R. U. R. (Rossum's Universal Robots) en 1920, qui met en scène... un soulèvement des machines.

Robopocalypse, c'est avant tout un thriller high-tech mené tambour battant, au rythme un peu mécanique, comme les machines qui en deviennent les protagonistes, qu'on lâche difficilement, le long de ses 439 pages, tant qu'on ne l'a pas fini. Le décompte se poursuit au fil des chapitres: "Virus précurseur + 30 secondes", "Virus précurseur + 5 mois", "Heure zéro - 40 minutes"...

Une première partie, “Incidents isolés”, relate les prémices du soulèvement aux quatre coins du monde ; “Heure zéro” raconte le basculement dans la guerre civile, avec pour déclencheur un chercheur qui conçoit un robot doué d'intelligence artificielle, appelé Archos, qui va mener la révolte des robots. Les deux dernières parties montrent comment s’organise la résistance, et décrit la possibilité d’une renaissance de l’humanité. Tout cela nous est rapporté du futur via une boîte noire, sorte de “cerveau" qui a enregistré les étapes de la révolution et l’éclosion de son leader, Archos.

Dystopie

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Le récit met donc en scène un monde qui frôle littéralement l'Apocalypse (en tous cas pour les humains). L'auteur ne s'attarde donc guère sur l'aspect récit d'anticipation, ce qui l'intéresse davantage, c'est le combat entre les humains survivants et des robots organisés. Un monde sombre, en déshérence, une dystopie en somme; un des genres littéraires propres à la science-fiction, une contre-utopie, qui dépeint un des pires mondes possibles qui puisse être envisagé, contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur. Une forme de récit que l'on a déjà vue avec Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, 1984 de George Orwell, ou encore Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

Humains "augmentés"

Classique dans la science-fiction, Robopocalypse dénonce les risques d'extinction de la civilisation humaine et l’angoisse que génère la place croissante des machines dans notre société. "Les machines nous ont attaqués sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars", constate un des survivants.

Mais il surfe aussi sur une vogue paranoïaque quant à ces machines et ces réseaux sociaux, qui nous entourent, et font de la vie privée, du secret, un luxe. “Il faut savoir qu’au tout début, l’ennemi ressemblait à des trucs ordinaires : voitures, immeubles, téléphones”, lâche un survivant dans Robopocalypse. Bref, méfiez-vous des portables qui vous géolocalisent, et des ordinateurs qui mémorisent ce que vous faites sur Internet...

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Image CC Flickr Roberto Rizzato

Côté anticipation, le chercheur en robotique met de manière tout à fait réaliste les avancées de la robotisation, des perspectives vertigineuses qu'ouvrent les interactions hommes-machines (j'en parle ici), et celles de l'humain "augmenté", déjà esquissées par Cyril Fiévet dans son remarquable livre sur le sujet. Les voitures sont désormais automatiques (ça vous rappelle quelque chose ?), et communiquent entre elles grâce à leurs "puces intravéhiculaires connectées", devenues obligatoires, grâce auxquelles les voitures "se débrouillent pour éviter les collisions"... Des humains combattants s'équipent d'exosquelettes...

Des humains "augmentés" d'appareils, tel cet ado qui a , greffée à son avant-bras, "une coque métallique graisseuse, terminée par deux lames", ou la jeune Mathilda, qui a, greffés sur le visage, des yeux "augmentés" lui permettant de voir en réalité augmentée. "Les machines nous ont transformés. Nous sommes à la fois différents... et pareils. Nous sommes les transhumains", dit l'un d'entre eux.

Mimer les émotions

Et Daniel H. Wilson soulève cette question (périlleuse): jusqu'où les robots pourront-ils mimer les comportements humains, dont les émotions? Seront-ils capables de s'attacher à leurs maîtres?... Plusieurs des robots mis en scène sont décrits, de manière troublante, avec des expressions humaines. Telle la love roll - androïde Kiko, qui, lorsqu'elle étrangle son maître, a "son visage qui se tord d'émotions. Des larmes jaillissent de ses yeux, le bout de son nez rougit, un air d'angoisse pure lui cisaille les traits. Elle est en train d'étrangler M. Nomura en pleurant".

Plus loin, vers la fin des combats, l'auteur fait s'exprimer au style direct un robot, Rob : "Bizarre. Je prends enfin conscience que je veux vivre au moment où ils (les humains) veulent me tuer. je décolle les bras de ma poitrine et j'appuie mes deux coudes sur le fond de la caisse". (...) Plus loin, "il appelle des humains à l'aide, rectifiant : "Tu es cassé ? Négatif. Je suis vivant. (...) Aujourd'hui, je suis libre - vivant. Et je souhaite le rester". "Immédiatement après avoir pris conscience d'eux-mêmes et de leur liberté, les membres du Freedom Squad ont fait preuve d'une détermination à ne plus jamais tomber sous l'entité d'une emprise extérieure", raconte un des narrateurs. On remarquera ici toutes les capacités d'émotions on ne peut plus humaines qui sont prêtées aux robots: tristesse, prise de conscience, réflexe de survie...

Théorie de l’information et intelligence artificielle

Une réflexion cybernétique qui a nourri de manière plusieurs ouvrages récents. Aurélien Bellanger, évoque à plusieurs reprises dans sa Théorie de l’information l’intelligence artificielle et à sa capacité à surpasser son concepteur, l'humain. Et émet l’hypothèse d’une déshumanisation qui s’attaquerait au langage et aux affects.

Déjà le jeu vidéo, "expérience anthropologique radicale, confronte, pour la première fois, l'homme à sa nature brute. (...) L'homme est une machine qui explore à l'aveugle les circuits compliqués de son propre cerveau, un labyrinthe de plaisirs et de peines, de récompenses et d'obstacles. (...) Jouer, c'est plonger son corps dans un acide qui en dissout, couche après couche, tous les tissus et membranes, toute la nature organique et sensible, jusqu'à ce que le cerveau soit mis à nu, comme machine électrique autonome et comme réseau logique terminal".

Facebook même le préfigurerait, "monde conclave et bouclé. Coupés du sol, les branchages algorithmiques de Facebook formaient pourtant une résille capable de capturer la vie. Les hommes étaient devenus des robots calculateurs, susceptibles et sociaux. (...) Les êtres humains, privés de leurs organes biologiques, n'y échangaient plus que des informations. La touche 'J'aime' était froide. Facebook s'était transformé en inconscient collectif, puis en tribunal du Jugement dernier".

lundi 31 décembre 2012

Smartphones à écrans flexibles, imprimantes 3D, interfaces hommes-machines, lunettes "augmentées", robots... Huit tendances tech / innovations pour 2013

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Lointain ancêtre du casque électroencéphalographe dans "Orange mécanique"

Une sorte de marronnier de début d'année sur ce blog, auquel je m'étais déjà livrée l'an dernier, il y a deux ans... Je vous laisse vérifier si mes prédictions étaient bonnes ;) Quelles sont les innovations de rupture les plus attendues pour cette année 2013, les services et produits les plus prometteurs, susceptibles de bouleverser le quotidien des utilisateurs ? Il y a aussi le très bon Hype Cycle de Gartner, qui sert chaque année de baromètre des innovations. Autres indicateurs, les projets de R&D du moment, ou encore la grand-message high-tech qui se tient à Las Vegas début janvier, le Consumer Electronic Show...

Je précise tout de suite que cette liste de tendances est non-exhaustive ;) (mais vos compléments en commentaires sont tout-à-fait bienvenus). J'ai par ailleurs choisi d'en exclure le big data (même s'il promet de révolutionner le marketing, comme j'en parlais dans cette enquête), le BYOD, les QR codes, ou encore la gamification (version 2012 des serious games), des tendances à éviter pour 2013, estimait carrément la CNBC !

Les smartphones à écrans souples

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C'est un mythe, j'en parlais par exemple déjà dans ce billet : cette fois grâce à la technologie Oled, on y est (peut-être) ! La rumeur veut que Samsung soit sur le point de dévoiler, lors du CES, son premier smartphone à écran souple, d'après le Wall Street Journal.

Google plancherait lui aussi sur un tel projet. Nom de code: X Phone, qui pourrait être lancé courant 2013, suivi par une tablette. Avec pour objectif d'en faire un concurrent aux appareils conçus par Apple et Samsung, d'après le Wall Street Journal. Pour cela, Google utilisera Motorola, qu’il a acquis mi-2012 pour 12,5 milliards de dollars (10 milliards d’euros). Sur la forme, le X Phone comporterait un écran flexible, des formes différentes de ce qui existe grâce à une base en céramique, donc très résistante. Sur le fond, le quotidien rappelle que Motorola a acheté il y a deux mois Viewdle, une société qui a développé une technologie qui allie reconnaissance des images et des mouvements. Google devenant ainsi constructeur (stratégie certes amorcée avec la série Nexus), il se retrouverait directement concurrent de Samsung et d'Apple. Oups. Ce qui pourrait bouleverser le paysage des télécoms, largement contrôlé par le duo Apple - Samsung, où Google a, certes, déjà avancé ses pions avec son OS Android.

Main artificielle commandée par la pensée, corps humain robotisé...

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Et si les interfaces hommes-machines (IHM) entraient dans les usages ? Cela fait longtemps que la recherche s’intéresse à l'interface cerveau-machine (ICM) , qui, par l’intermédiaire d’implants de fines électrodes, permet de détecter les signaux électriques émis par la partie du cerveau associée aux mouvements. Ces signaux sont transcrits en langage ou code informatique, pour actionner la prothèse artificielle.

C'était un des grands espoirs en cette fin d'année 2012 : des chercheurs ont mis au point un nouveau type de "bras-robot" commandé par la pensée, qui a permis à une femme paralysée d’avoir un degré de contrôle et de liberté de mouvements de la main artificielle jamais inégalé jusque-là avec cette sorte de prothèses, révélait la revue médicale britannique The Lancet. Une avancée de taille dans le développement des prothèses de membre contrôlées par la pensée, qui pourraient un jour équiper des patients paralysés (accidents, attaque cérébrale…) ou amputés.

En février dernier, l’équipe de l'Université de Pittsburgh a implanté deux réseaux de microélectrodes dans le cortex moteur gauche d’une femme de 52 ans devenue tétraplégique à cause d’une maladie neurodégénérative. Deux semaines après l’opération, la prothèse a été connectée et la patiente s’est lancée dans plus de 3 mois d’entraînement (saisir des objets, etc), mais dès le deuxième jour, elle a pu bouger la main artificielle par la pensée. À la fin, elle a pu accomplir des tâches avec un taux de succès de 91,6 %. Prochaines étapes : intégrer des capteurs permettant par exemple de déceler le froid et le chaud, et recourir à une connexion sans fil, type Wi-Fi, pour relier le cerveau à la prothèse.

Autre exemple, révélé par le New York Times il y a quelques semaines, des marines amputés testent actuellement un bras artificiel qui déchiffre les ordres du cerveau, développé par des ergothérapeutes avec le Center for thé intrépide du Brook army Medical Center à San Antonio. Le dispositif robotisé (110 000 dollars, soit 85 000 euros) comporte un moteur électrique, et des capteurs pouvant déchiffrer les signaux de son cerveau.

Les prémisses du corps humain robotisé, "augmenté", dont j'ai déjà parlé ici, ...

Premiers casques électroencéphalographes (EEG) grand public

Mais les IHM pourraient aussi, bientôt, avoir des usages ludiques. On voit apparaître les premiers casques électroencéphalographes (EEG) grand public, et les sites de téléchargement de jeux adaptés à cette nouvelle interface (allez jeter un œil sur cette excellente enquête publiée par Le Monde). Les sociétés américaines NeuroSky et Epoc commercialisent déjà des casques EEG, pour environ 150 dollars. Pour développer ce marché prometteur, elles publient même des outils logiciels permettant aux développer des nouvelles applications, qui seront proposées dans de futurs AppStores.

Pour jouer au jeu vidéo SpaceRace, édité par WayForward, en lieu et place d'un joystick et d'un clavier, vous devez ainsi vous munir d'un bonnet doté de fines électrodes, lesquelles captent les signaux cérébraux sur une zone précise du cerveau. Le vaisseau spacial du jeu est ainsi piloté par votre cerveau - plus précisément au gré des ondes cérébrales alpha émises par vos neurones. Vertigineux...

Et ce n'est pas fini : le labo de recherche qui travaille à partir de ce jeu imagine déjà des usages thérapeutiques de cette technologies, pour soigner certaines maladies mentales : les chercheurs pourraient ainsi rééduquer certaines zones du cerveau grâce à des exercices ludiques sur ordinateur.

Les projets de recherches de consortiums associant labos, universités et start-up autour de cet Eldorado potentiel que représentent les IHM et ICM se développent déjà, de gros budgets à la clé. Je ne les citerai pas ici ;) mais il y a entre autres un projet européen qui planche sur des robots contrôlés par un cerveau humain, ou encore un consortium de 10 partenaires consacré au Interfaces Cerveau-Ordinateur (ICO) et jeux vidéo.

Lentilles de contact et lunettes "augmentées"

Autre déclinaison de ce corps humain "augmenté", des interfaces qui pourraient améliorer les capacités de notre œil. Il y a pile un an sortait Mission Impossible 4, où l'on voyait des personnages dotés de lentilles de contact à réalité augmentée, qui leur permettaient de voir superposés, à une image du monde réel, des éléments virtuels (un plan, une photo, etc). Un peu comme Terminator voyait déjà en réalité augmentée.

C'est en train de devenir réalité ! Les chercheurs de l’Université de Gand viennent de sortir un prototype de lentille de contact intelligente. Elle comporte un écran LCD capable d’afficher des images (principalement du texte) directement sur votre œil. Les précédents essais ne permettaient d'avoir qu'un écran de... deux pixels.

Les géants Google et Microsoft, eux, conçoivent carrément des lunettes "augmentées". En juin 2012, Google dévoilait son "Projet Glass", des lunettes Google à réalité augmentée. Elles permettraient de prendre des photos, lancer une visioconférence, trouver son chemin... grâce à des microphones et des caméras intégrés aux branches et contrôlables à la voix. Google a promis de les commercialiser en 2013 aux Etats-Unis, pour 1 500 dollars. Je vous laisse le plaisir de mater la vidéo de la keynote, très hollywoodienne...

Le 23 novembre, on apprenait que Microsoft avait déposé un brevet pour des lunettes à réalité augmentée. Le brevet, déposé en mai 2011, décrit un dispositif capable d’amener devant les yeux de l’utilisateur des informations pertinentes et/ou complémentaires à ce qu’il regarde déjà. Bien que l’on puisse imaginer facilement que les jeux puissent faire partie du projet, le brevet ne parle que d’évènements "live" et donc réels. Les lunettes seraient reliées à un mini-ordinateur qui pourrait prendre la forme d’un bracelet. Ce dernier s’occuperait des traitements tels que l’identification des objets, des personnes, ou le calcul des informations à afficher. Les lunettes, elles embarqueraient une caméra, un microphone, un gyroscope, un magnétomètre, un capteur de position des pupilles de l’utilisateur ainsi qu’un capteur infrarouge. La connexion avec le bracelet se ferait par Wi-Fi ou Bluetooth.

Next, Apple ?

Pour vous donner une idée de ce que sera notre quotidien demain avec ce type d'interface visuelle, regardez ce court-métrage conçu par deux étudiants israéliens...

...Et développement des robots "de services"

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Nao, le robot humanoïde d'Aldebaran Robotics

La presse l'a évoqué courant 2012 (comme ici et là), une poignée de grosses start-ups (dont françaises) croient dur comme fer à l'avenir des robots "de services", ces robots humanoïdes qui entreront dans le quotidien des familles, des personnages âgées ou handicapées, des hôpitaux...

Robots-jouets, robots ménagers, robots dans les hôpitaux... Il y a le distributeur de robots Robopolis, et son charismatique patron Bruno Bonnell qui fait acte d'évangélisation sur le sujet depuis plusieurs années... Peut-être que les "robots ménagers", tel le Roomba d'iRobot, sont une première étape dans la banalisation des robots. Le fait que le magazine Challenges inclue dans sa sélection de fin d'année de produits high-tech Nao, le so cute robot humanoïde d'Aldebaran est, aussi, loin d'être anodin. Sans compter la multiplication des expos et animations grand public sur le sujet.

Preuve de l’industrialisation du secteur, l'impressionnante entrée au capital du Français Aldebaran Robotics à hauteur de 80% par la banque japonaise Softbank, en mars dernier, lequel rachetait ensuite son confrère Gostai... Dernière annonce en date, en décembre dernier, l'investissement par Grishin Robotics de 250 millions de dollars dans RobotAppStore, premier Appstore dédié aux apps pour robots, des aspirateurs Roomba d'iRobot aux robots Nao d'Aldebaran, en passant par l'hélicoptère AR Drone de Parrot. Comme dans l'Appstore d'Apple, les développeurs indépendants sont invités à y commercialiser les apps et services pour robots qu'ils ont conçues... Et comme chez Apple, ils devront reverser une commission de 30%. Demain, aura-t-on un robot tout comme un a un smartphone et une tablette, avec une série d'apps ?

Impression 3D, DIY

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Fabriquer en quelques heures un objet à partir d’un modèle numérique, de la science-fiction ? Ça ne vous aura pas échappé, cette expression aussi étrange que prometteuse annonce peut-être une révolution de demain. Exit l'imprimante à encre, demain, chacun devrait avoir avec son ordinateur une imprimante 3D, qui permet donc d'"imprimer", ou plutôt de concevoir, des objets en plastique (voire en métal...) en trois dimensions, en venant déposer des fines couches de matière les unes au-dessus des autres. Chris Anderson, un des maîtres de l'innovation, ex-rédacteur en chef du magazine Wired, théoricien de la "long tail" (la "longue traîne", il y a dix ans, déjà...) annonce même une nouvelle révolution, celle des "makers". Ils pourront réaliser des objets chez eux grâce à ces imprimantes bon marché (comptez tout de même environ 1 500 $). Le DIY (Do it yourself - Faites-le vous-même), nouvelle révolution industrielle ?

Même une poignée de start-ups commercialisent des imprimantes 3D, telle la Française Sculpteo, qui propose sur son app iPhone à chacun de customiser, sur l'écran de son mobile ou de sa tablette, toute une galerie d'objets (tasse, vase...). D'ailleurs, Bercy commence à s'intéresser de très près au sujet, et aux premiers espaces de coworking dédiés, les Fab Labs...

Parmi les applications promises: coques de smartphones customisées,chocolats, pièces pour la Nasa, voiture de course, flingues pour les obsédés de la NRA, ou même, peut-être, presser ses disques vinyles chez soi, ou, plus enivrant encore, des organes tels qu'un cœur humain...

Banalisation du décryptage ADN pour les particuliers

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Il est toujours illégal dans la plupart des pays européens, dont la France, mais insensiblement, le décryptage d'ADN pour les particuliers qui se généralise, pour la recherche de paternité, de prédispositions face à des maladies... 23AndMe (start-up fondée il y a quelques années par Anne Wojcicki, la femme de Sergey Brin, un des cofondateurs de Google) qui propose désormais le décryptage d'ADN pour le même prix qu'un smartphone (99 $), a ainsi levé en décembre 50 millions de dollars - elle en avait déjà levé 68 millions depuis son lancement en 2006. Parmi les investisseurs, le Russe Yuri Mulner, et... Sergey Brin, ainsi que Google Ventures, le fonds d’investissement de la firme californienne. Les deux sociétés ont des locaux voisin. Et on imagine facilement l'intérêt que Google, qui possède les données propres à notre identité numériques, ait un certain intérêt pour l'activité de 23AndMe...

Objets connectés

Cela fait 10 ans que l'on en parle, mais à la faveur du développement du wifi notamment, ils semblent réellement entrer dans les usages, comme l'ont montré les services innovants d'une kyrielle de start-up lors du Web'12. Tout comme les lunettes connectées, des milliers d'objets connectés déparquent : la serrure Lockitron commandée à distance par une appli iPhone (dévoilée au Web'12), les ampoules connectées par Wifi de Philips, le frigo connecté imaginé par Evian... Ou encore, côté santé, l'Eldorado des services du "quantified self" (l'automesure, qui consiste à mesurer les données du quotidien perso), tels le capteur One de la start-up Fitbit, qui qui mesure en temps réel plusieurs paramètres physiques (nombre de pas faits dans une journée, de calories brûlées), et Withings, qui a développé balance connectée, tensiomètre, babyphone, et apps mobiles dédiées .

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