
Le concept est inédit, et assez bluffant, parce qu'il est représentatif de
nouveaux types d'opérations dans lesquelles s'impliquent les médias, mais aussi
de nouvelles manières d'impliquer des communautés d'internautes - et des
lecteurs. J'en parle ici non seulement par sympathie pour Pierre-Yves Lautrou,
journaliste de L'Express à l'origine de ce projet (spécial copinage,
donc...), mais aussi parce que le projet en lui-même est fondamentalement
innovant, parce qu'il explore de nouvelles ressources (collaboratives) du
web.
Mercredi 17 mars, au siège du Groupe Express Roularta (le groupe au sein
duquel je bosse - pour l'instant encore ;), Pierre-Yves Lautrou présentait son
projet "Le Web prend le large". Journaliste, mais aussi coureur au large depuis
plus de 10 ans, à l'origine d'un blog, Au large, qui jouit d'un joli
succès, il a décidé de sauter le pas cette année, et de poser une année
sabbatique pour courir la Route du Rhum 2010, et prendre le départ à St Malo le
31 octobre. Rien que cela. Pas vraiment une première, certes, puisqu'il avait
déjà couru quelques régates, dont avec, déjà, Altaide pour partenaire depuis 4
ans.
Projet entrepreneurial
Mais, loin d'être un simple projet sportif perso, il s'agit d'un véritable
projet entrepreneurial (ça tombe bien, à l'heure où le "journaliste -
entrepreneur" est
dans l'air du temps), et embarque dans l'aventure le média pour
lequel il bosse, comme le relate
Eric Mettout. Lequel assurera la couverture médiatique du projet,
naturellement (un suivi dans le magazine est assuré, ce à quoi s'ajoutera un
blog dédié à l'opération, Le
Web prend le large).
Mais aussi d'autres partenaires de choix, comme Altaide (l'agence de
recrutement en ligne de Jacques Froissant), et Laneo (plateforme de
"mobilisation citoyenne"), ainsi que la start-up Eeple, qui gère les aspects
techniques du projet. Et surtout, potentiellement, il entraînera dans son
sillage... quelques milliers d'internautes.
De fait, pour parvenir à boucler le budget global de l'opération, qui
s'élève à quelques 280 000 euros (qui couvrira notamment la location du bateau,
l'achat de voiles, l'assurance, l'inscription, le retour en cargo, les billets
d'avion, l'hôtel, les frais de télécommunication), les initiateurs du projet
ont eu pour idée de proposer aux internautes, particuliers et
entreprises, de sponsoriser le bateau. Chacun peut acheter via
Internet, sur le site
dédié, des espaces publicitaires sur le bateau. Une souscription
un peu particulière donc : à partir de 100 euros, elle permet à tout un
chacun d'acheter en ligne un espace sur les voiles et sur la coque du bateau.
PYL portera ainsi vos couleurs ou votre message pendant la Route du Rhum. Pour
les entreprises, le ticket d'entrée s'élève à 1 500 euros.

Les "micro-armateurs" et entreprises du voilier Le Web Prend Le Large
peuvent donc apposer un message, un logo ou une image assortis d'un lien sur
l'espace qu'ils ont acquis sur le bateau. Forcément, j'ai testé sur le site ;)
Et donc c'est fait, j'ai réservé mon petit carré au nom de mon blog.
Visiblement, le système de micro-paiement en ligne n'est pas encore
opérationnel, mais cela ne saurait tarder. Ce qui est astucieux, bien sûr, et
que l'on peut choisir le positionnement de son/ses carrés sur le site. Les
principaux partenaires auront des emplacements spécifiques réservés.
La promesse pour les internautes : suivre les coulisses de la
course
A la clé pour les internautes, la promesse de "suivre le projet et la
course de l'intérieur. Vous aurez accès aux informations . textes, images, sons
- en avant-première. Tout au long du projet, des rendez-vous exclusifs avec le
skipper, à terre et en mer, vous seront également proposés. Enfin, un concours
vous permettra peut-être de faire partie des heureux gagnants invités à
naviguer une journée à bord... ", annonce le site. On imagine aussi le
potentiel autour d'Internet pour que la communauté d'internautes-supporters
suivent au plus près : via le fil Twitter de @PYL, ses deux blogs, voire des séquences
vidéos... Quant aux entreprises, pour elles, forcément, le retour sur image est
garanti. Dans la
présentation PDF, les initiateurs du projet annoncent même une
régate virtuelle sur Internet qui sera sponsorisée. Les internautes deviendront
eux-mêmes de relais autour de cet événement.
Loin d'être une opé de sponsoring classique (à laquelle seules les
entreprises qui en ont les moyens pourraient participer), il s'agit donc d'une
sorte de sponsoring participatif, et même de "première expérience de
crowdsponsoring", dixit Jacques Froissant, soit de sponsoring
par la foule.
Crowdfunding
Ce qui me passionne est qu'il y a un bouillonnement, en ce moment (peut-être
passager certes) autour du crowdfunding
(littéralement "financement par la foule"), cette forme de mécénat
populaire à la sauce 2.0 qui est en train d'émerger comme modèle
économique entière pour financer des start-ups d'un nouveau genre sur Internet,
et s'inscrit un peu dans la lignée du
crowdsourcing. Il permet de financer des projets en faisant appel à un
grand nombre d’internautes, qui apportent de petits investissements. Ses
pionniers furent les MyMajorCompany et autres Akamusic.com et Sellaband.com,
qui permettaient aux internautes de financer la production de l'album d'un
artiste aspirant. Un modèle que l'on a vu s'étendre au cinéma (PeopleForcinema,
TousCoProd, MotionSponsor), à l'art vivant, et même au journalisme, pour
pré-financer des reportages, comme j'en parlais là.
Et ce soit en complément, soit à la place de modes de financements
traditionnels (banques, investisseurs...). Et pour cause : puisque
l’internaute-consommateur (de culture, d'infos...) a pris l'habitude de piocher
gratuitement des chansons , des articles, en suivant les recommandations de son
réseau, et de donner son avis, pourquoi ne financerait-il pas les œuvres qu’il
apprécie, et qu’il veut soutenir ?
C'est donc d'autant plus intéressant de voir ce jeune modèle économique
s'étendre au sponsoring sportif - le premier cas connu fut celui de MyFootballClub, qui permet aux
internautes de financer une équipe de foot. Une nouvelle aventure qui même
donc, ici, journalisme, défi sportif, et crowdsponsoring. A suivre.