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dimanche 3 mars 2013

Phablets, OS "libres", 4G... Cinq tendances mobiles pour 2013

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Va-t-on téléphoner de moins en moins, et s'envoyer toujours plus de "data" depuis nos smartphones toujours plus perfectionnés ?... La frontière entre smartphones et tablettes est-elle en train de s'estomper ? La suprématie d'Android et d'iOS d'Apple pourrait-elle être remise en cause ?... Comme chaque année, le Mobile World Congress (MWC) de Barcelone, une des grand-messes de l'industrie des "telcos", qui rassemblait la semaine dernière plus de 70 000 personnes, a permis de prendre le pouls du secteur. Un secteur plus que jamais mouvant, avec des opérateurs traditionnels en difficultés, et bien sûr la crise...

Il y a aussi quelques études récentes, comme l'étude annuelle de Médiamétrie, publiée mercredi dernier, révélateur des tendances de consommation des internautes/mobinautes. Exemples de tendances naissantes ou affirmées attendues pour cette année...

Le choc attendu de la 4G

La quatrième génération de téléphonie mobile, dont les opérateurs développent (très) progressivement les réseaux, c'est le prochain champ de bataille entre opérateurs mobiles. Qui entendent relancer la guerre des prix, dans un secteur dynamité depuis l'arrivée de Free Mobile et ses tarifs low cost. Désormais, ils vont arguer de l'innovation, du développement de l'infrastructure, de la qualité de leurs réseaux respectifs... Pour justifier de nouveaux forfaits, plus chers. Mais aussi du côté des constructeurs, qui commencent tout juste à dégainer une nouvelle génération d'appareils mobiles compatibles avec cette nouvelle norme. Le sujet était omniprésent cette année sur la Fira de Barcelone, comme j'en parle dans cette enquête publiée la semaine dernière.

La question étant surtout: comment accrocher le consommateur, le convaincre de changer de mobile, de forfait...?

Les "tigres" chinois en embuscade

C'est un des aspects induits par l'arrivée de la 4G. Certes, des constructeurs de mobiles alors (presque) méconnus étaient déjà à Barcelone l'année dernière: Huawei, ZTE, Panasonic, Fujistu... Mais certains sont en délicatesse (Panasonic n'a finalement pas lancé sa gamme de smartphones Eluga en Europe, comme je l'évoque ici). Quant aux Chinois ZTE et Huawei, leurs pavillons étaient cette année bien plus imposants que l'an dernier, situés à quelques pas de ceux de Sony, Samsung et autres Nokia... Surtout, ils ont dévoilé cette année une poignée de smarpthones et tablettes compatibles 4G, bijoux technologiques proposés à des prix très offensifs.

D'ailleurs, dans mon reportage, les dirigeants français de ces deux "tigres" chinois le disent clairement: la 4G est bien l'occasion pour eux de se lancer à l'assaut du marché français, où ils s'en tenaient, jusqu'à présent, à des appareils proposés sous marque blanche, ou quelques rares smartphones sous Android. Pour lancer son Ascent P2, Huawei va d'ailleurs s'offrir sa première campagne publicitaire mondiale, ce printemps, confiée à la puissante agence McCann, comme nous le révélons dans Stratégies. Il s'était déjà essayé à la campagne institutionnelle un peu chic l'automne dernier (ce cheval blanc ne vous rappelle rien?...). Même Lenovo, à Barcelone, n'avait certes pas de stand, mais a présenté à une poignée de journalistes des tablettes et smarpthones sous Android qui seront lancé en Europe dans le courant de l'année - quelques-uns devraient être compatibles 4G. Pour mémoire, ce constructeur chinois, devenu un des leaders mondiaux dans les PC, a innocemment manifesté son intérêt, il y a quelques semaines, pour racheter le Canadien Blackberry (ex-RIM), qui tente sa survie avec son Blackberry 10...

Autre fait, révélateur, dans cette guerre de com' menée sous le ciel bleu de Barcelone, plusieurs grands constructeurs traditionnels n'ont pas daigné y tenir une conférence de presse. Pas de conf' pour LG, Samsung, Blackberry... Mais Huawei (dès dimanche après-midi, veille de l'ouverture officielle du salon) et ZTE l'ont bien tenue, eux. Les constructeurs essaient désormais de faire la différence en organisant leurs propres événements hors de ce rendez-vous multi-marques qu'est le MWC me faisait remarquer Thomas Husson, de l'institut Forrester. Blackberry a dévoilé son dernier joujou à New York, le 30 janvier dernier, HTC a dévoilé ses derniers modèles quelques jours avant le MWC, Samsung a annoncé à Barcelone un événement... à New York, mi-mars, pour la sortie de son Galaxy S4.

Smartphones, tablettes... et phablets mania

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La 4G va accélérer les nouveaux modes de consommation des contenus, et les nouveaux modes d'utilisation des appareils électroniques par le grand public. Toujours plus de mobilité, toujours plus de contenus que l'on partage et que l'on échange, que l'on produit... Ces usages ont été créés avec la 3G, qui nous a permis de lire nos emails, surfeur sur Internet, regarder des vidéos.. sur nos mobiles, nous transformant en "mobinautes". La 4G va accélérer cette tendance de consommation: elle devrait permettre de télécharger des contenus (vidéos notamment) cinq fois plus vite, et de les partager dix fois plus vite. Imaginez seulement la différence par rapport à aujourd'hui...

Thomas Husson me disait que cela devrait généraliser l'utilisation de "social games" (voire une nouvelle génération de MMORPG compatibles mobiles?), mais aussi de la combinaison réseaux sociaux + vidéos, avec, peut-être, une nouvelle génération d'Instagram version vidéo. Ce réseau mobile très haut débit va nous habituer à partager en un clin d'oeil des vidéos que nous avons tournées avec des mobiles intégrant des appareils photos toujours plus perfectionnés : les derniers smartphones présentés à Barcelone, par Samsung, LG et autres Huawei, comportent presque tous des appareils photos numériques de 12 megapixels, avec fonction vidéo, flashs intégrés etc.

Et ce alors que, en un an, on compte 24% de mobinautes supplémentaires (23,6 millions) et +138% d’utilisateurs principaux d’iPad (2,3 millions), soit un foyer sur sept, d'après la dernière étude de Médiamétrie, sur "l'année Internet 2012". Car en 2012, au gré d'une année bouillonnante en actualités politiques sportives, les Français ont été nettement plus nombreux à s'équiper et se brancher à Internet sur tous les écrans. Au passage, un internaute sur 4 a déjà commenté sur Internet un programme TV qu'il était en train de regarder.

Surtout, la 4G, ces nouvelles habitudes, devraient consacrer l'émergence d'une nouvelle génération de smartphones. Ils tiennent encore dans la main, mais sont presque des tablettes, avec des écrans de 5 pouces, voire 6 pouces : tel le Huawei Ascend Mate, doté d'un écran de 6,1 pouces. Ce sont les "phablets" (smartphone + tablette), nés dans le sillage de la "phablet" à succès de Samsung, la Galaxy Note (10 millions de modèles vendus en 2012), dévoilée il y a pile un an à Barcelone, comme j'en parlais alors dans cet article. Appareil deux en un ou nouveau segment marketing ? Une de ses particularités étant qu'elle permet aussi de téléphoner, et comporte un emplacement pour une carte SIM, contrairement à la plupart des tablettes tactiles.

Ce qui les rapproche de la nouvelle génération de tablettes, dotées d'écrans 7 pouces, ue l'on a vu émerger fin 2012, tels l'iPad Mini, ou la Google Nexus. Des tablettes davantage adaptées à des usages nomades...

OS "libres"

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Une nouvelle génération d'écosystèmes mobiles "libres", lointains héritiers des logiciels libres? Cela commence à arriver dans la galaxie mobile. Et on imagine déjà les argumentaires marketing autour de ces alternatives "libres" aux OS propriétaires (ou pas loin), tels Android de Google, qui équipe toujours plus de mobiles (70,1% fin 2012 d'après l'institut IDC), et iOS d'Apple (21% des smartphones). A Barcelone, les premiers smartphones "tournant" sous Firefox OS ont fait sensation, tel celui dévoilé par ZTE, ZTE Open. Tout petit, simplisme, j'ai trouvé sa navigation fluide, avec la multitude d'apps dont il était déjà pourvu. Un type de modèle de smartphone conçu sur mesure "pour l'Amérique du Sud" et d'autres pays en voie de développement, précisait un des dirigeants de ZTE lors de la conférence de presse de présentation à Barcelone.

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Autre OS "alternatif," très attendu cette année, Tizen. Une déjà longue histoire pour ce système d'exploitation mobile open-source. Initié par la Linux Foundation, développé par Intel, Tizen sera multiplateforme, conçu pour les smartphones, les tablettes, et les TV. En 2012, Samsung a déversé quelques 500 000 dollars (373 000 d'euros) à la Linux Foundation pour devenir un membre platinium - ce qui lui permet, au passage, de mieux gérer les orientations de Tizen. Depuis, il a été rejoint par d'autres consutructeurs, tel Huawei, et des opérateurs, comme NTT Docomo et Orange, comme annoncé à Barcelone. Autre annonce, dès cette année, Orange commercialisera des smartphones Samsung sous l'OS Tizen.

Moins de voix, plus de data

Mais au fait, le téléphone mobile sert-il encore vraiment à téléphoner? Dans les pays anglo-saxons, la consommation de "datas", allègrement au-delà d'1 giga-octet, devient de plus en plus centrales dans les nouvelles générations de forfaits proposés, surtout avec la 4G. Alors que la "voix", le fait de téléphoner, devient moins importante, comme je l'abordais déjà dans ce billet, il y a près d'un an.

lundi 18 février 2013

"Passion" de Brian De Palma, mise en abyme d'un univers ultra-technologique, placement de produit sur mesure pour Panasonic

Dès le plan d'ouverture, un long plan-séquence, il y a ce focus sur la pomme du Macbook d'une des protagonistes, au point qu'il suscite quelques petits rires dans la salle.Puis deux jeunes femmes, à la beauté glacée, qui bossent sur leur prochaine campagne publicitaire, pour le lancement du smartphone Eluga de Panasonic. Deux placements de produits les premières secondes du film.

Durant près de deux heures, ce polar esquisse un monde du travail qui fait frissonner, dans des locaux au design gris et parfait, avec des personnages aux traits trop lisses et au look trop recherché, des formes discrètes de pression et de harcèlement moral - l'"héroïne" subit humiliations publiques, piquage d'idées et manipulations diverses par sa boss. Au passage, dans ce film allemand, les personnages parlent en allemand, sauf à l'agence ou dans les séquences liées au monde du travail, où ils parlent en anglais.

Et surtout, il y a dans ce film l'omniprésence de ces produits technologiques ultra-modernes, noirs et argent. Nulle recherche de l'accumulation de placements de produits, pas de profusion de marques, Brian De Palma n'a pas cédé à la tentation. Mais deux marques ont une place de choix durant tout ce film.

Apple-mania

Apple d'abord, avec des MacBooks pros du début à la fin du film. Normal, dans une grande agence de pub comme celle du film, c'est la marque de prédilection pour les créatifs et "artistes" putatifs. L'omniprésence d'Apple dans le cinéma, et tout ce qu'il incarne - pour l'instant - j'en avais déjà parlé dans ce billet, avec notamment la saga Millenium, où l'actrice Noomi Rapace (que l'on retrouve ici chez De Palma en jeune créative publicitaire à double visage) s'était révélée avec son personnage de geekette post-punk. Mais l'omniprésence de la firme à la pomme - dans les films et séries n'est pas anodines: elle imprègnerait presque le spectateur... Au passage, la légende veut qu'Apple n'a jamais signé de contrats de placements de produits, ou n'est jamais passée par des agences de placements de produits telle que Casablanca. Pas besoin.

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Mais Brian De Palma accorde surtout une place de choix à Panasonic et son smartphone Eluga, qui fait donc l'objet du spot publicitaire "volé" puis diffusé sur YouTube, au cœur de l'intrigue du film. Il n'a même pas inventé une marque, un produit pour les besoins de cette fiction, mais est parti d'une marque existante: le constructeur japonais Panasonic, qui - ça tombe bien - lançait il y a pile un an au Mobile world Congress de Barcelone (une des grand-messes annuelles de l'univers des télécoms) sa gamme de smartphones Eluga. Des smartphones haut de gamme, au design fin et racé, qui ont pour particularité de pouvoir être immergés dans l'eau.

Exactement ce que montrent les premières minutes du film. Mais alors, De Palma a-t-il poussé la logique du placement de produit jusqu'au bout ? Au point de mettre en scène une gamme de produits dans son scénario ? Certes, pas de vulgaire placement de produit, où les actrices manipulent ostensiblement leur smartphone Panasonic. Trop grossier.

Spot publicitaire sur-mesure pour l'Eluga

De Palma esquisse comment une agence de pub va monter une campagne pour vendre un smartphone comme tant d'autres. Et montre ce qui pourrait être perçu comme un spot publicitaire réussi, la vraie bonne idée que tout créatif aurait rêvé d'avoir : le smartphone placé dans la poche arrière du jean slim d'une jeune femme, qui, allumé, permet de filmer avec la caméra intégrée ce qui se passe dans la rue, dans le dos de la jeune femme... Une jeune f allumeuse, qui parle crûment, et fait de son smartphone un accessoire sexuel.

Hasard ? Le constructeur japonais, qui bénéficie d'une vraie aura grâce notamment à la notoriété de ses téléviseurs, a connue une année 2012 difficile, entre ventes à la baisse, chiffres préoccupants (une perte nette de 6,1 milliards d’euros au terme de 9 mois de son exercice décalé 2012-2013), et production chahutée après le tsunami qui a affecté le Japon. Et sa gamme Eluga n'a finalement pas été lancée en Europe, et ne le sera pas cette année, comme le confirmait il y a quelques jours son nouveau DG France dans une interview à Challenges.

Ecrans multiples

Certes, rien d'anodin là-dedans. Ce qui intéresse De Palma, avec ce thriller d'entreprise, c'est de dénoncer une société de consommation qui prône l'ultra-performance au travail, et la quête perpétuelle de perfection, entre bureaux et appartements trop design. Même dans la scène de ballet, il nous montre essentiellement les corps et les visages (trop) parfaits, trop souriants, des danseurs. Le film montre aussi une certaine omniprésence des écrans, des ordinateurs aux smartphones, en passant par les caméras de vidéosurveillance, et un écran placé au bord de la baignoire d'une des actrices, des affrontements menés via Skype et des "call confs", des vidéos balancées sur YouTube... Sans compter les sonneries stridentes de smartphones dans la scène finale, lointain rappel de la musique de la scène-clé de Psychose de Hitchcock...

Une intégration d'écrans multiples pour mieux dénoncer ce phénomène. "Aujourd’hui, presque tout le monde marche dans la rue le regard plongé dans son téléphone au lieu de regarder la rue, ce qui est quand même un peu étrange… Dans Passion, j’ai détourné une vraie campagne de publicité pour une marque de smartphones, avec cette idée de placer un téléphone dans la poche arrière du pantalon d’une jeune femme, photographiant ainsi les passants qui matent son cul. Aujourd’hui, tout le monde possède une caméra par le biais des smartphones, c’est très bien d’un point de vue sociologique mais cela signifie la fin des beaux travellings, des plans travaillés, des séquences d’action soigneusement composées", explique-t-il dans cette interview accordée aux Inrockuptibles.

Ce n'est peut-être qu'un hasard, une marque parmi d'autres... En tous cas, Panasonic Marketing Europe Ltd est bien cité dans les remerciements pour les partenariats produits, en fin de générique. A quand la pub Panasonic qui mettra en avant des scènes du film, comme Sony avec James Bond ?

dimanche 2 décembre 2012

Fred Perry et la "subculture" British

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C'est un documentaire assez exceptionnel qui a été diffusé lors d'une soirée organisée à la Flèche d'Or la semaine dernière pour les 60 ans de Fred Perry, marque relativement confidentielle jusqu'à il y a peu, à forte connotation post-punk, mais qui a toujours su, au gré d'un marketing assez discret, surfer sur les différentes tendances musicales. Ayant été portée tour à tour par les Mods anglais, les Teddy Boys, les punks, les jeunes gens Mödernes en France, puis les tenants de la brit-pop au début des années 90... Née sur les courts de tennis, en même temps que Lacoste, elle aurait pu connaître un destin similaire, avec une connotation bourgeoise de bon aloi ;) Mais à l'inverse, elle a su se créer un positionnement underground et prolo. Je vous renvoie vers cette enquête que j'ai publié ce printemps dans Stratégies, où je reviens sur l'histoire de cette marque assez particulière, qui s'est donc toujours imbriquée dans les différents courants musicaux.

La semaine dernière, j'ai donc vu un documentaire riche, de 90 minutes, réalisé par par Don Letts, dans une co-production conjointe par la BBC et Fred Perry. Bel historique des différents courants musicaux britanniques (même si les différentes interviews virent vite à la gloire de la marque Fred Perry, un peu agaçant...). Hélas, on ne le verra probablement pas sur les télés françaises... Mais une somptueuse version en 6 volets a été diffusée en septembre dernier par la BBC. Vous les trouverez sur cette page dédiée chez Fred Perry, et je vous les ai dénichés sur YouTube. Enjoy !

mercredi 5 septembre 2012

Des stylos Bic et des cartes bancaires pour nous, les femmes

Un stylo Bic rose, une carte bancaire elle aussi rose vif... Lundi, jour de rentrée pour beaucoup, j'ai pu constater, rassurée, que les marques avaient pensé à des équipements de rentrée essentiels pour nous, les femmes.

Une nouvelle preuve que le marketing sexué (ou "gender marketing") n'en finit pas de constituer de nouvelles sources d'inspirations pour les marques, promptes à créer de nouveaux types de produits pour de nouvelles cibles marketing, dans des secteurs de plus en plus nombreux. J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises ici: ce phénomène connaît une recrudescence inquiétante du côté des jouets pour enfants (même le très neutre Lego s'y est risqué il y a quelques mois, avec sa gamme Lego Friends).

Tout comme certaines marques agroalimentaires ont tenté, il y a quelques années, des produits alimentaires "girly", entre les yaourts Essensis chez Danone (disparus des rayons depuis), la "dermonutririton" étant alors en vogue, et les soft drinks vaguement roses, dont le Coca (déjà ringards).

Stylo Bic "girly"

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Première surprise donc, le stylo Bic, qui s'est imposé dans notre quotidien depuis notre enfance, est proposé depuis la rentrée en France dans les magasins Office Depôt en version girly. Le Cristal for her (c'est son petit nom), est rose vif (oui, pas surprenant) , mais comporte aussi des qualités intrinsèquement féminines, nous promet la marque sur son site , notamment un "corps coloré (rose, violet, bleu, vert ou orange) plus fin pour une meilleure prise en main des femmes", et est garantie d'une "écriture douce" (??). Ouf, nous voilà donc enfin équipées de notre stylo à nous, qui nous permettra d'écrire désormais en toute facilité - parce que ne sait-on jamais, peut-être qu'avec les traditionnels Bic (pour hommes donc), que nous utilisions par défaut, c'était trop compliqué ;)

Un grand coup de chapeau, donc, aux designers de la marque française, sans doute des hommes (encore que ?), qui ont compris notre incapacité à utiliser des produits de tous les jours qui ne soient mignons, rooose vif (et pourquoi pas de paillettes, ou de fleurs, hein ?) - en un mot, fé-mi-nins. Cela me rappelle vaguement les stylos roses vifs que j'avais étant fillette, mais passons... Bon, le retour e bâton ne s'est pas fait attendre pour Bic, avec de sévères critiques sur la Toile. Il y a une justice.

Carte bancaire "pour elles"

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Mais quelle ne fut pas ma surprise, également, en cette rentrée, de découvrir une carte bancaire lancée en juin dernier par la Société Générale, elle aussi, pour nous les femmes. Eh oui, une simple Carte bleue classique que nous permet juste de payer, trop banal...

Bon, en octobre 2007, lorsque les banques ont commencé à accepter les cartes bancaires co-brandée (avec donc un habillage un peu particulier), il y a certes eu quelques tentatives hasardeuses. Comme encore, en ce début d'année, la Caisse d'Epargne qui a voulu nous faire cette délicate attention, lors de la Journée de la Femme, en lançant une carte bancaire accompagnée d'un bijou. So cute.

Pour cette rentrée, la Société Générale a eu la lumineuse idée de nous proposer une carte bancaire "pour elles", avec une kyrielle de services. Qui sont à eux seuls une série de clichés parfois quelque peu sexistes. Déjà, la Société Générale nous le promet, cette carte bancaire nous permettra d'être "féminine jusqu'au bout des ongles" (si si, parfois un simple détail suffit...). Grâce entre autres au design des cartes bancaires de cette "collection pour elles" présentée sur son site (admirez le champ lexical, nous ne sommes pas loin d'une collection de mode...).

Mais c'est du côté des services très particuliers que la banque se lâche innove le plus (et que l'irritation de la lectrice attentive grandit) : avec notamment l’assurance "vol de sac à main" : ouf, on peut sortir tranquilles, en cas de vol, la banque garantit le remboursement de votre tout nouveau sac jusqu'à hauteur de 200 euros. La banque ne se donne pas la peine de proposer des services sans doute trop matérialistes, aussi liés au vol de sacs (genre remboursement des frais de renouvellement des papiers, du téléphone portable, de changement des serrures, etc).

Autre perle, les femmes - qui ont forcément du mal avec le bricolage et autres travaux manuels - se voient proposer un service de dépannage à domicile (presque) 24h sur 24, qui vous enverra plombier, vitrier, électricien ou serrurier, pour des prestations de base, pour la modique somme de 24 euros supplémentaires par an. Y compris pour des prestations très basiques (que nous serions, pour beaucoup, évidemment bien incapables d'effectuer nous-mêmes ;) : changement d'un fusible (!), fuite de joints, siphon à changer.. Déception, il n'y a pas de prestations telles que le montage de meubles Ikea ^^

Enfin, lundi soir, j'ai eu la grande surprise de trouver une chute toute trouvée à ce billet dans ma boîte mail, avec donc cette délicate invitation au Salon de l'Automobile, pour un "événement spécial femmes" (l'univers automobile étant par définition intrinsèquement masculin et compliqué pour nous). CQFD.

mercredi 25 juillet 2012

A la recherche du nouveau tube de l'été

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En pleine torpeur estivale (cette lapalissade est enfin de mise au vu des températures de ces derniers jours), il m'a semblé adéquat d'aborder un sujet crucial. J'ai déjà eu l'occasion de parler ici du single dédié à Noël, soit les Christmas songs, grande tradition pour les majors américaines. A contrario, et si son "genre" inverse, le tube de l'été, était un genre (marketing) en voie de disparition ?

Rappelez-vous, jusqu'au début des années 2000, c'était un concept marketing autant qu'un genre musical mâtiné de cette légèreté estivale : un single donc, très souvent l’œuvre d'un groupe ou d'un artiste parfaitement inconnu, néanmoins calibré pour être multidiffusé sur les radios et les pistes des boîtes de nuit (et des campings), avec une dose de latino (ou musique africaine éventuellement), des jolies filles légèrement vêtues qui se tortillent dansent en collé-serré sur la plage, et une chorégraphie minimaliste (ie facile à reproduire en boîte) dans le clip. Un single le plus souvent coproduit par un trio maison de disque - chaîne de télé - marque. Ou à l'inverse, le slow douceâtre parfait pour emballer.

Jusqu'au début des années 2000 donc, ce fut un des terrains de bataille estivaux des principales chaînes hertziennes. Avec ce coup magistral réalisé par TF1 durant l'été 1989. En plein bicentenaire de la Révolution déboulait sur les écrans "La Lambada", mega hit du groupe Kaoma, son rythme latino, sa mélodie lancinante, sa chorégraphie... Et le soutien plus qu'appuyé du sponsor Orangina (ah, le jaune vif très prédominant dans le clip...) qui s'offrait là un placement de produit grandeur nature: en revisionnant le clip, amusez-vous à trouver le placement de produit (qui sera interdit par la suite)...

Jackpot : le single s'écoule à 1,735 million d'exemplaires. A le réécouter aujourd'hui, le mélomane moyen constatera tout de même que ce single était sacrément bien conçu, au point de sembler presque intemporel (le fait que nous l'ayions écouté du haut de nos 12 ans à l'époque apporte certes une certaine subjectivité ;) - quand bien même "She Drives Me Crazy", tube estival US des Fines Young Cannibals, se situe nettement au-dessus à mon sens.

Certes, les années précédentes, il y avait souvent eu des tubes estivaux, imposés par les maisons de disques ou, par hasard, au gré de l'air du temps : égrenons "L'été indien" de Joe Dassin en 1975, "Hotel California" des Eagles en 1977 (en catégorie slows donc), "We will rock you" de Queen en 1978, "Born to be alive" de Patrick Hernandez en 1979, "L'aventurier" d'Indochine en 1983, "Still living you" (re-slow) de Scorpions en 1984, "Girls just want to have fun" (un des rares manifestes estivaux "à peu près" féministes) de Cindy Lauper le même été, "Les Démons de Minuit" (Images), "En rouge et noir" (Jeanne Mas) en 1986, "Joe le taxi" (Vanessa Paradis), "Yaka Dansé" (si, si) de Raft, "Voyage Voyage" (Desireless) - et le mythique "I want your sex" de George Michael, qui sauvait notre été 1987...

TF1 + Orangina + Sony BMG

Mais là, en cet été 1989, c'était une des premières fois qu'une mécanique musicale et marketing était calibrée à ce point pour imposer un tube sur la période estivale, avec la chaîne coproductrice, et un sponsor. Lequel tube était bombardé par la chaîne entre deux publicités (quitte à l'intercaler avec des pubs pour Orangina, dans un étrange effet de pub interstitielle). Les grands débuts du marketing musical, et un véritable cas d'école.

"La Lambada", c'était donc une multitude de clichés concentrés dans un clip de 2 minutes, avec une dose d'exotisme, de sensualité de danses endiablées sur le sable de Copacabana, les couleurs des favelas d'Amérique du Sud où les plus jeunes et démunis vivent dans l'instant présent... Un exotisme cheap formaté qui donnait le coup d'envoi à l'inévitable tube de l'été, concept marketing avec le même cahier des charges. Car Orangina est alors le premier annonceur à sponsoriser une musique et la danse qui l'accompagne. En 1990, il y aura même une pauvre tentative de produit dérivé long-métrage (il faut lire ce compte-rendu mordant).

Les étés suivants, les chaînes ont repris la même recette. Dès l'été 1990, TF1 remportait à nouveau le morceau avec "Soca Dance" (avec un peu plus de cul dans le clip) , avec là encore une musique latino, des jolies filles sur la place, et une chorégraphie parfaite pour les novices. Mais ensuite, peu à peu, la mécanique s'est enrayée, avec un effondrement des ventes, et une déformation du concept. Certes, il y a eu en 1991 la "Saga Africa" d'un joueur de tennis (assez habilement) reconverti , "Didi" de Khaled qui réinstaurait le raï en 1992, la dance habile "Dirladada" de G.O. Culture en 1993, une tentative de musique zen en 1994 par TF1 avec "Indian's Sacred Spirit" (Yeha Noha)...

En 1996, M6 remporte le morceau avec "La Macarena", single assez bien mené par un Espagnol qui avait déjà fait ses preuves, Los del Rio. Alors qu'elle est face aux blockbusters musicaux "Tic Tic Tac" (Carrapicho, autre groupe brésilien pratiquant la boï bumba), premier coup d'essai de prod' musicale de France 2, avec la marque Cap Tea, et "Sambolera mayi son" (Khadja Nin) de TF1.

Le dernier "tube de l'été" conforme au cahier des charges marketing est "Sereje" de Las Ketchup, vendu en été 2002 à 1,7 millions d'exemplaires. Suivront "Hips don't lie" de Shakira (2006), "Umbrella" de Rihanna (2007) "Mignon Mignon" de René la taupe (101 000 ex.), tandis que "Waka Waka (This Time For Africa)", de Shakira (90 100 ex.) en 2010, galvaudait lui aussi le concept (le tube était en fait le single officiel du Mondial de football)...

Depuis, le phénomène est démodé, mais aussi compliqué à monter pour les chaînes et les maisons de disque. La faute, notamment, comme relaté chez Slate.fr, à une décision du Conseil supérieur de l'Audiovisuel, en 1999, de fixer la durée minimale de diffusion des clips à 1 minute 30. Difficile, dès lors, pour TF1 et M6 notamment, de tricher un peu en bombardant toutes les heures des extraits de moins de 30 secondes. La faute aussi, en vrac, à la crise de l'industrie musicale, au concept même de single tombé en désuétude (ou du moins, on l'achète sous forme dématérialisée ou on le télécharge), tout comme du clip qu'on regarde à la télé (on les regarde directement sur YouTube), ou encore aux coûts de production élevés des clips...

jeudi 10 mai 2012

Iggy Pop sur Vente Privée

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Iggy Pop qui nous invite d'une voix posée à découvrir son nouvel album, Après, composé de reprises de classiques français et anglo-saxons, "en exclusivité et en avant-première" sur Vente-Privée.com à partir du mercredi 9 mai 19 heures, avec sa voix qui susurre en bruit de fond "La vie en rose" avec un délicieux accent... J'ai failli en tomber de ma chaise en voyant cela : Iggy Pop, l'icône punk, réduit à promouvoir son dernier album - un événement musical en soi - sur le site leader des ventes privées en ligne ! On retrouve ainsi son dernier album dans la longue timeline des ventes privées, entre des ventes Techwook, Oxbow, Sebago et des vins de Bourgogne ! Il est d'ailleurs proposé à prix cassé, pour 7 euros. Tout se perd, tristesse...

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D'ailleurs, le site de ventes événementielles en a profité pour s'offrir une promo d'enfer, en rebondissant sur cette exclu musicale pour en faire un outil de recrutement de nouveaux abonnés dès sa page d'accueil.

Alors oui, on savait que l'Iguane, cheveux longs et torse musclé, a un rapport désormais assez décomplexé avec l'univers de la publicité. Comme je le raconte dans cette enquête pour Stratégies, il s'est commis récemment dans des publicités pour le dernier parfum de Paco Rabanne, les Galeries Lafayette, ou encore il y a quelques années pour l'assureur britannique Swiftcover.com ou pour SFR. Sans pour autant abîmer son image. Le coup de trop ?

C'est peut-être surtout révélateur des nouveaux circuits de promotion et de distribution musicale qui émergent. Certes, il y a eu Patricia Kaas qui a utilisé à plusieurs reprises Vente Privée comme canal exclusif de vente, comme j'en parlais dans ce billet - mais sa notoriété est loin d'être la même que celle de l'Iguane.

Depuis hier, Iggy Pop, en pleine promo, a exprimé son ressentiment envers les maisons de disques, se disant "humilié" par celles-ci. D'après l'AFP, "Iggy Pop a expliqué s'être d'abord tourné, comme il y était obligé par contrat, vers son ancienne maison de disques, la major EMI, pour la distribution du disque. "Mais, ils n'en ont pas voulu. Ils pensaient qu'ils ne feraient pas d'argent avec, que mes fans ne l'aimeraient pas. Une attitude très sensée, venant de personnes très sensées, des personnes différentes de ce que, moi, je suis", a-t-il expliqué".

Résultat, il a choisi le canal de distribution Internet pour son nouvel album, qu'il a autoproduit, dont il a donc confié la distribution à Vente-Privée.com et à Believe Recordings. Il est ainsi disponible en CD sur Vente-Privée.com, et en version numérique sur les plateformes de téléchargement, où il est distribué par Believe Recordings. Une vente en magasins est prévue ultérieurement.

Au passage, on apprend par 'AFP que Vente-privée.com souhaite distribuer davantage d'artistes et se lancer dans la production de spectacles, éventuellement "en possédant des salles", a confié son fondateur Jacques-Antoine Granjon. Le site lance ce jeudi une application pour téléphone mobile qui permettra de réserver des billets de concerts à la dernière minute à prix cassés.Sans commentaires.

jeudi 2 février 2012

Apple sponsor de films ?

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Est-ce que les produits Apple seraient devenus omniprésents au point que l'on ne pourrait plus s'en passer ? Ont-ils pénétré notre quotidien, nos vies, sont-ils entrés massivement dans les usages? Sont-ils devenus indispensables ?

La geekette Lisbeth Salander pour ses recherches de hacher, tout comme le journaliste d'investigation Mikael Blomkvist dans Millenium de David Fincher, Les très bobos personnages de L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder, Juliette Binoche qui incarne une journaliste dans Elles, sur les écrans depuis hier, Tom Cruise dans Mission Impossible 4, les protagonistes de la (très bonne) série Les hommes de l'ombre, actuellement diffusée sur France 2...

Ce sont quelques-uns des derniers films ou séries que j'ai vus. Ils ont tous un point en commun: les personnages y reçoivent des appels ou envoient des SMS depuis leur iPhone, écoutent de la musique depuis... leur iPhone, écrivent, codent, hackent, envoient des mails sur leur Macbook Pro, surfent sur Internet ou font des montages d'images sur leur iPad. Le logo Apple y est à peine dissimulé, bien au contraire: on reconnaît de toute façon facilement un iPhone par sa seule ergonomie (la photo des personnages qui appellent sur un iPhone) et un Macbook par son design (la pomme blanche sur la coque grise du Macbook)...

C'est dire à quel point l'univers Apple est devenu omniprésent dans nos vies. En tous cas, c'est ce que reflète un certain pan du cinéma, avec sa part de rêve, sa prime à la technologie, et donc la nécessité de mettre en scène les marques branchées du moment et/ou qui sont entrées dans les usages. Du moins pour certaines catégories de la population. Il faut rappeler au passage que l'iPhone est loin d'être le téléphone mobile le plus utilisé: il ne représente encore "que" 8,7% de parts de marché dans le monde fin 2011, d'après l'institut IDC.

Bien sûr, le placement de produits est monnaie courante dans le cinéma depuis ses débuts (une pratique que l'on voit aussi débarquer dans la littérature, que j'évoque ici et ). Il est plutôt l'apanage de blockbusters américains, voire fait sens dans la logique narrative de nombre de films (on pense bien sûr aux James Bond)... Même Almodovar y recourt depuis longtemps, depuis Talons aiguilles (ah! Victoria Abril et ses tailleurs Chanel...) à La piel que habito, entre les bagnoles BMW et les écrans plasma Panasonic. Mais il est par essence multimarques, les scénaristes intégrant des marques dès l'écriture du scenar pour apporter du réalisme au récit... et très prosaïquement bénéficier d'avantages en nature (prêts de produits...), en formalisant la pratique par la signature de contrats, en passant par des agences spécialisées, telles Marques et films.

Avec Apple, on franchit un cap. Ce sont bien les produits d'une même marque qui sont mis en scène dans plusieurs films (je vous laisse le soin de compléter ma liste très exhaustive par d'autres exemples de films en commentaires ;). A tel point que l'on a l'impression que certains sont carrément sponsorisés par Apple, tellement les produits sont intégrés dans le récit, mis en scène durant de longues secondes (ou minutes...) avec démos grandeur nature entre les mains des acteurs ! Et je suis prête à parier que les scénaristes desdits films ne sont pas passés par une société de placement de produits pour intégrer des produits Apple dans leurs films ! De toute façon, il n'est pas sûr qu'Apple aurait accepté, culte de la rareté et du secret oblige...

Petit passage en revue...

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Dans Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, c'est manifeste: on a au bas mot 10 minutes d'utilisation de Macbook Pro (logo et nom bien visibles) par les deux personnages principaux, pour écrire, envoyer des mails, hacker en loucedé, faire des agrandissements de photos... Un mode d'emploi grandeur nature pour Mac ;) Alors certes, dans cette magnifique adaptation, David Fincher n'a fait que reprendre des placements de produits déjà (trèèès) omniprésents dans le roman de Stieg Larssen, me faisait-on remarquer sur Twitter la semaine dernière. Pas de jaloux: dans le film US, Nokia, Epson, HP, Canon ont aussi droit à leurs quelques secondes d'apparition.

Si on poursuit l'exercice, dans le très mielleux (et moyen) L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder, le catalogue de produits est assez hallucinant, de GQ à la marque de décor Bo (je vous laisse le plaisir d'admirer la très impressionnante liste de remerciements dans le générique de fin...), en passant, donc, par le Macbook Pro (lorsque le héros esquisse son roman... forcément), et bien évidemment par l'iPhone, utilisé par le héros pour téléphoner, écouter de la musique (le fil blanc des écouteurs reconnaissable entre tous...), envoyer des SMS. A munira 10 minutes de placements de produits Apple.

Autre atout: mettre en scène les nouveaux usages de produits qui constituent eux-mêmes des innovations de rupture. Telle l'iPad, utilisée de manières diverses par Tom Cruise dans Mission Impossible 4, dont dans une impressionnante scène où elle sert de vidéoprojecteur dans un couloir... Certes, on entrevoit à peine la pomme... En tous cas, la tablette est mise en scène parmi d'autres joujoux technos, tels ces gants autogrippants sur des parois vitrées, ou ces lentilles de contacts dotées de caméras infrarouges. Au passage, on apprend au détour de ce billet que son réalisateur Brad Bird, fan d'Apple, a travaillé... chez les studios Pixar, et a ainsi eu l'occasion de travailler avec Steve Jobs.

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Le Macbook Air utilisé par Tom Cruise...

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...Et son iPhone avec une app dédiée

Et dans Les hommes de l'ombre, la grosse production française du moment, une fiction de 8 épisodes sur les spin doctors, réalisée par Dan Franck, les personnages travaillent sur des Mac, et reçoivent leurs appels.... sur des iPhone.

Ce ne sont que quelques exemples, pris sur des productions de ce dernier mois. Je pourrais aussi citer pour l'an dernier le blockbuster d'horreur Scream 4, qui donne la part belle à l'iPhone... jusqu'à la sonnerie récurrent dans le film, qui est la sonnerie par défaut de l'iPhone. Maaagnifique "placement sonore" de marque...

Mais c'est bel et bien une habitude pour Apple, une des marques les plus citées dans les films. Près d'un film sur trois aux Etats-Unis, parmi les films en tête du box office ont fait apparaître un produit de la marque à la pomme en 2010, d'après le site Brandchannel, qui tient un classement annuel de placements de produits.

mercredi 18 janvier 2012

Le punk récupéré par la pub ?

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Des clichés captivants pris au cœur de la révolte punk dans les années 70, captés au sein de la scène US (Iggy and The Stooges, MC5, New York Dolls, Television et Richard Hell, les Ramones et les Cramps), anglaise (Sex Pistols, The Clash, The Damned, Siouxsie & the Banshees), allemande (Nina Hagen) ou encore française (Stinky Toys, Asphalt Jungle, Metal Urbain). C'est un des rares et plus riches exposés y étant consacrés que j'aie eu l'occasion de voir, avec 127 photos, des tirages parfois rares et connus, signés par 19 photographes. Ne cherchez pas, cette expo photo 100% punk n'est pas dans une galerie ou un musée, mais... un magasin.

C'est dans la boutique Renoma, au fin fond du très chic (et un peu mort) 16ème arrondissement de Paris, rue de la Pompe, que l'on peut voir cette expo photo. Inutile de vous dire ma surprise le jour où j'ai franchi le seuil de cette boutique, alléchée par quelques billets flatteurs sur cette "expo" qui promettait d'être exceptionnelle. On se retrouve dans un concept store (plutôt désert le jour où j'y suis allée ;) de vêtements pour hommes, scrutée par les quelques vendeurs. Les clichés, en grands tirages, sans légendes, sont exposés sur les murs, entre deux rayonnages de pulls et quelques piles de jeans pour hommes, avec par-ci par-là des "No Future!" sur les murs, des bouquins sur la culture punk disséminés dans des caisses par terre, histoire de nous rappeler que oui, on est bien censés être dans une expo photo so punk.

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Johnny Rotten et Sid Vicious des Sex Pistols photographiés à bord d'un avion en novembre 1977 / Bob Gruen/www.bobgruen.com

En tous cas, cette expo, célébrée dans un certain nombre de magazines de mode et fanzines/blogs lors de son lancement en octobre dernier, a de quoi surprendre. C'est donc le couturier Maurice Renoma qui s'est offert cette "expo", moyennant des tirages rares, dans sa propre boutique. Ses faits sont connus: le styliste, photographe et créateur de 70 ans, précurseur de la mode "yé yé" dans les années 60, vend maintenant jeans déchirés et blousons en cuir (pour faire court). On hésite entre y voir habile récupération et mélanges des genres, tout en se hissant sur la pointe des pieds pour voir de près ces précieux tirages photos, situés à 2 mètres au-dessus des T-shirts. Evidemment, on lit sur certains blogs le résumé de cette expo par ce mécène: "Le punk est rebelle. Or j’ai toujours aimé la révolte". Ça n'engage pas à grand-chose.

Car après tout, ça reste incroyablement branché d'être punk. Au point que l'on on a même entendu, certains jours, des patrons hativment qualifiés de "rebelles" et punks" (sic), par la simple grâce de leur look déjanté. Certes, ce mouvement nihiliste et anar s'est évaporé à la fin des années 70. Mais voilà: les ex-punks de cette époque, alors jeunes adeptes du "No future" sont, eux, toujours là. Et n'aiment rien autant que de se replonger dans cette époque, tenter de se rattacher par certains symboles à cette jeunesse perdue. Des ex-punks maintenant quadras... Souvent CSP+ et hyper-consommateurs. Ce que les marques ont parfaitement bien compris.

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Alors on n'y échappe pas. La mode et les marques récupèrent la musique - et les icônes - punk à longueur de campagnes publicitaires... Et captent ainsi d'autant plus l'intérêt des quadras-consommateurs. Rien que l'année dernière, une des ex-icônes punks, l'"iguane" Iggy Pop, n'a pas hésité à se commettre dans des campagnes pour SFR, avec un peu d'auto-dérision, chantant à tue-tête dans une voiture décapotable, (évidemment) torse nu, pour la compagnie d’assurance anglaise Swiftcover, ou encore sur les affiches des Galeries Lafayette, toujours torse nu, à la veille des fêtes de fin d'année. Et, en ce début d'année, on le verra poser pour le film du parfum Black XS L’Excès de Paco Rabanne, tourné par son ami Jonas Akerlund.

Des ex-icônes elles-mêmes quadras (voire plus) qui n'hésitent donc plus à prendre la pause dans les symboles les plus forts de notre société de consommation - des publicités. Alors qu'eux-mêmes sont devenus des marques. J évoquais ici il y a quelques temps le lancement d'un parfum exploitant ainsi le nom Sex Pistols - avec l'accord des ayant-droits. Alors que John Lydon (alias Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols), dont le nom-marque figure sur de nombreux objets, des réveils-matin aux magnets pour frigos, Et s'est commis dans une pub télé pour une marque de beurre britannique. Ouch.

Punk Attitude, jusqu'au 21 janvier 2012, chez Renoma, 129 bis rue de la Pompe (Paris XVIe), prolongée jusqu'au 17 mars 2012.

dimanche 8 janvier 2012

"Lego Friends": quand l'industrie du jouet cède à la vogue girly

Et voilà; Un des géants de l'industrie du jouet cède à son tour à la vogue du marketing sexué (gender marketing). Comme l'a révélé vendredi Rue89, le constructeur danois Lego va lancer mercredi 11 janvier une gamme de Lego... pour les petites filles, intitulée (avec une certaine prudence - pas fou, le constructeur) Lego Friends. Gamme qui a été lancée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne en décembre dernier.

En se baladant sur le site dédié, on découvre donc cinq personnages, quelque peu stéréotypés, et leurs univers respectifs. Entre Emma, esthéticienne, et son salon (ouf, elle dispose d'un bureau avec laptop) Mia et sa "clinique vétérinaire", Andrea, pop star qui dirige un café, Stéphanie, jeune fêtarde invétérée, qui a sa "cuisine d'extérieur" (sic) et sa bagnole (mais pas de job), et Olivia, scientifique (voilà qui sauve la mise), qui a une villa, une cabane et un "atelier scientifique", avec pas (trop) de rose (un bon point). atelier_olivia.jpg

Les petites filles auront donc leurs propres Lego, des pièces aux tons pastels et aux coins arrondis - bien différentes des briques carrés et aux couleurs vives des Lego traditionnels - pour construire des univers forcément très girly: villas, salons de beauté, cliniques vétérinaires... Au menu: 30 thèmes donc, de la villa au café, et 5 petites poupées, dont on peut changer la coiffure et les tenues.

La campagne de com' de Lego Friends ("100% Lego, 100% pour les filles" dixit les spots TV) est du même acabit, avec une tentative de campagne marketing 2.0 (des vidéos diffusées sur YouTube) qui altèrent bien peu des clichés atterrants. Et même, Lego se tire une balle dans le pied d'emblée, en enfermant sa nouvelle gamme... On y voit donc le clan Legoni (des fans de Lego), qui veulent elles aussi jouer aux Lego. Mais leur revendication tient en continuer à jouer selon leur “propre univers”, qui reprend nombre de clichés pour petites filles (rose prédominant, d'intérieur, de beauté, de soins pour animaux..). La seule nouveauté est qu'il existera sous forme de Lego...

Cette contradiction se reflète dans les vidéos-teasing.

"On est des filles, des vraies, et on veut un jouet qu'on peut personnaliser, on veut créer notre propre univers, c'est pourtant pas compliqué. .... J'en ai marre de me déguiser en garçon et de jouer à leurs jeux, ... il faut que les gens sachent. Ouais, on est des filles, des vraies".

"Moi, j'adore la construction, alors y a des jeux que je pique à mon frère, mais chut, ne le dites pas, ça pourrait jaser".

Jouets sexués, théorie des genres

Image prise par Mix-Cité pendant leur campagne Jouets.

Alors oui, le débat sur les jouets sexués n'a rien de nouveau. J'en parlais déjà dans ce billet en 2007 : les longues travées jouets enfants des JouéClub et autres hypermarchés sont séparées en deux, entre jouets pour les petites filles (où le rooose est nettement prédominant) et jouets pour les garçons. Et cela fait des décennies que ça dure: il y a des modes de jouets, clairement sexués (les GI Joe pour les garçons et les Petit Poneys pour les petites filles avaient la cote dans les années 80). Et bien sûr, les poupées sont plutôt prédestinées aux filles, et les soldats, petites voitures et jeux de construction aux garçons.

Mais il s'est intensifié ces dernières années, et s'est entremêlé à celui sur la théorie des genres. Est-ce que l'on ne conditionne pas les enfants à un rôle social dès leur petite enfance avec des jouets clairement orientés ? Pour les petits garçons, tout est fait pour en faire des mecs, des vrais : jouets de guerriers, chevaliers ou pirates, bagnoles, une perceuse comme papa (au passage, perceuse brandée Black & Decker - ou comment faire des enfants de futurs consommateurs, comme je l'évoquais dans mon billet de 2007), et pour les petites filles, futures femmes au foyer, des Barbies sexy (ouf, les premières Barbie journaliste ou ingénieur en informatique sont apparues... en 2010, c'est déjà un progrès), fers à repasser, cuisinières...

Lego, dernière marque de jouets asexués

Là, avec cette initiative de Lego, créée en 1934, c'est une des dernières marques de jouets asexuées qui franchit le Rubicon. Un des avantages des Lego est (était?) que filles et garçons pouvaient y jouer ensemble indifféremment. Petite, je jouais au centre équestre, au bateau pirate... La marque danoise a pour autre avantage d'être intemporelle - les cartons de Lego peuvent se transmettre de générations en générations.

A l'inverse, par exemple, d'une des dernières créations du mastodonte américain Mattel: la gamme de poupées punks et gothiques Monster High, qui ont fait un malheur depuis leur lancement il y a un an. On aime ou pas (mon voisin de bureau déteste celle posée sur mon bureau ;), elles ciblent clairement les pré-ados, mais elles ont pour avantage de sortir des clichés gnangnan des poupées.

Alors que Lego reste un des leaders dans l'industrie du jouet (en quatrième position mondiale), il n'avait pas pris trop de risques jusqu'à présent: tout juste a-t-il lancé des gammes à coup de rachats de licences qui, certes, visaient plutôt les garçons (Star Wars, Lego City et ses camoins de pompiers, Constructors, Alien...). Lego était une des dernières marques à occuper - volontairement - ce positionnement marketing du jeu "asexualisé", qui remporte un certain succès, forcément davantage chez les parents de CSP + - surtout dans ces débats actuels sur l'égalité entre les sexes (qui va bien au-delà du combat féministe).

Une des marques les plus proches de Lego - personnages intemporels, transmission entre générations, très forte notoriété - Playmobil, n'a pas encore (trop) cédé à la tentation, malgré quelques princesses (pas trop nunuches) et chevaliers. Jusque quand ?

samedi 12 novembre 2011

Le couple Guetta est-il devenu une marque ?

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Vous ne pourrez pas y échapper: à partir d'avril 2012, une websérie un peu particulière, One night and one day with Cathy & David Guetta (titre provisoire) sera diffusée sur la Toile, via une page dédiée sur Dailymotion. Huit épisodes de 4 minutes, qui montreront le quotidien (supposé) so glamour du couple Guetta, entre jets privés, teufs à Paris, Cannes et Ibiza. Et accessoirement quelques placements de produits HP. Si, pour l'heure, nous n'avons pu voir des extraits vidéos de cette websérie (en cours de production), nul doute que l'on y verra David ou Cathy bosser avec leur tablette, leur smartphone ou leur laptop HP... C'est l'agence Fuse (groupe OMD) qui a imaginé cette opération, donc une websérie qui associe le couple Guetta et HP. Laquelle s'inscrit parfaitement dans ces nouvelles formes de pubs très intégrées qui prolifèrent sur les différents media, comme j'en parlais récemment dans ce billet.

Dans le milieu publicitaire, on parle de plus en plus de "brand content" (littéralement "contenu de marque") pour qualifier ces contenus où la marque est intégrée de plus en plus finement. Voire lorsqu'elle produit elle-même ces contenus. Des contenus à la frontière de la publicité, l'entertainment, et l'info. Des agences, comme Fuse chez OMD ou NewsVast/Vivaki (Publicis), nées depuis 2/3 ans, se sont d'ailleurs spécialisées dans ces contenus d'un nouveau genre, qui permettent de monter des opérations publicitaires sur mesure pour certains annonceurs.

Avec cette web-série donc, Fuse a imaginé un contenu pour deux annonceurs à la fois, le couple Guetta et la marque HP. Certes, HP n'en n'est pas à son premier coup d'essai pour se mettre en scène dans le monde de la musique - il y a deux, ans, la marque américaine faisait poser Tania Bruna-Rosso, alors chroniqueuse musique sur Canal+ et DJette dans les soirées parisiennes. Là, que l'on trouve cette "opé" des Guetta maligne ou affligeante, elle préfigure sans doute la publicité du futur. Il est d'autant plus intéressant de voir le couple Guetta y participer, et pousser un peu plus loin la pub intégrée.

Le couple Guetta devient ici annonceur autant que partenaire de HP. Et si le couple Guetta était devenu une marque ? Evidemment, les Guetta sont devenus des pros du marketing, et gèrent à la perfection leur business - et leur marque, alors que David Guetta est devenu en quelques années un DJ star, autodidacte au parcours qui laisse rêveur, devenu un des plus gros vendeurs de disques au monde, et qui compte une solide communauté de fans sur la Toile - plus de 25 millions de fans sur sa fanpage Facebook. Une nouvelle incarnation de la pop mainstream, ou l'utilisation des réseaux et le marketing comptent autant que la production musicale - comme pour Lady Gaga, dont je parlais ici et il y a quelques mois.

Un business rentable aussi, décrypté récemment par GQ dans une enquête qui lui a valu l'ire dudit concerné, et une certaine méfiance vis-à-vis de la presse. Comme je le relevais alors, fin octobre, Emmanuel Marolle (journaliste musique au Parisien), en citant implicitement cette enquête, évoquait sur son blog les nouvelles conditions fixées par David Guetta pour accepter des interviews avec la presse - comprenez une relecture préalable des citations.

Agence de marketing musical créée par Cathy Guetta

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Avant cette web-série, tout un dispositif marketing associe étroitement, depuis quelques mois, le couple Guetta à la marque HP: en décembre, un jeu-concours (toujours organisé par Fuse) sera lancé sur les pages Facebook de HP et David Guetta. En septembre dernier, lors de la Technoparade, un char aux couleur d'HP défilait, diffusant un single écrit pour l'occasion (et pour la marque) par David Guetta. En juin dernier, lors des Cannes Lions (une des grand-messes annuelles du milieu publicitaire), on apprenait que HP nouait un partenariat avec David Guetta, à l'occasion du lancement de sa tablette tactile HP Touch Pad. Au menu: un dispositif plurimédia avec un spot TV de 30 secondes et du placement de produit dans ses deux prochains clips.

Par la même occasion, Cathy Guetta annonçait à la presse le lancement de sa propre agence de marketing musical, My Love Affair, avec Raphaël Aflalo (débauché à l'agence OMD Digital). Comme on parlait alors en avant-première dans ''Stratégies'', les premiers contrats publicitaires tombent alors, avec la compagnie aérienne Vueling, HP, donc, ainsi que Renault, avec un premier placement de produit (la Renault Twizy) dans le clip du morceau de David Guetta "Where Them Girls At ft. Nicki Minaj, Flo Rida". Et de fait, elle s'apprête à lancer MyProductPlacement.com, place de marché web de placement de produits dans les clips.

La boucle est bouclée, pour le couple qui, au fil des années, a progressivement su rentabiliser son image, avec quelques juteux contrats publicitaires: David Guetta avec Activision, en 2009, pour être l'ambassadeur en Europe du jeu DJ Hero, et avec la marque de casque audio Sennheiser depuis la même année, tandis que Cathy Guetta gère les nuits Unighted, qui réunissent depuis deux ans 40 000 spectateurs au Stade de France ainsi que les soirées "F*** Me I'm Famous" au Pacha, la plus grande boîte de nuit d'Ibiza.

Progressivement, David Guetta a adapté son produit (ses clips) à ses clients les plus importants (les annonceurs). Au lieu de montrer un simple panneau de publicité à l'enseigne de la marque, il va plus loin : intégrer la marque de son client dans ses clips, en écrivant le scénario autour du produit phare de la marque. Citons comme exemples Nokia, Franck Provost ou Vueling.

dimanche 21 août 2011

Julian Casablancas, du rock à l'icône publicitaire (parfumée)

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Eh oui, j'ai (lâchement) déserté les pages virtuelles de ce blog durant un mois (un record, en un peu plus de 4 ans d’existence !) pour d'autres activités autrement plus concrètes et essentielles, à la faveur de la trêve estivale. Pour renouer en douceur avec mon clavier, il me fallait un sujet qui reste empreint d'une certaine légèreté estivale (je vous rassure, le prochain billet sera plus charpenté ;). Cette petite actu, qui mêle marketing et actu musicale - et qui concerne un de mes groupes préférés depuis 10 ans, arrivait à point nommé. Dans quelques jours, à la faveur de la rentrée (ça y est, j'ai lâché le mot maudit ;), vous n'y échapperez pas: pub en presse écrite, en affichage, dans les parfumeries, et sur Internet... avec même un clip dédié.

Pour lancer son nouveau jus pour hommes, Decibel (Db), Loris Azzaro s'est en effet offert une égérie de choix, le chanteur des Strokes, Julian Casablancas. Le design du flacon, en forme de micro, est à l'avenant. Rien de tel qu'un leader du revival rock, jeune mais pas trop, pour incarner la rébellion, la liberté etc. , et donc ce parfum censé incarner ces valeurs. Un casting d'autant plus habile que les Strokes, qui viennent de sortir leur 4ème album (le subtil et inégal "Angles"), symbolisent à la perfection le retour en grâce d'un rock sexy, post-punk, avec jeunes mecs en jeans cigarette, perfectos en cuir et cheveux mi-longs. Rappelez-vous, il y a dix ans, l'album "This is it", fesse recouverte d'une main gantée en latex sur la couv', faisait une arrivée fracassante en tête des charts. Et inauguraient le retour en grâce du rock, avec un son léché, que les médias avaient tôt fait d'opposer aux salles gosses des Libertines. Une identité rock reprise par la suite par des groupes (The Klaxons, The Wombats), parfois disparus depuis (the White Stripes).

Loin du parfum au message outrancièrement bling-bling One Million de Paco Rabanne, Azzaro cible donc non plus les minets et play-boys avec cette nouvelle fragrance, mais les djeuns imprégnés de l'esprit rock (ou qui espèrent l'être ;). Outre la campagne publicitaire annuelle, le jus d'Azzaro fera l'objet d'une chanson inédite dédiée, attendue pour début septembre, conçu par Julian Casablancas, d'après ce papier de Paris-Match (où Casablancas semble ne pas trop l'assumer). On sera rarement allés aussi loin en termes de marketing musical...

Mise à jour 04/09 : donc voici la fameuse vidéo, sur les écrans depuis le 1er septembre... Seule la version courte est disponible en ligne, il me semble que spot TV est plus long (30 secondes). Visuellement, le clip est bien ficelé: noir et blanc élégant, on mise sur le côté rock-star iconique de Casablancas, et la musique des Strokes parfaitement identifiable. On l'y voit donc chanter d’abord face à la caméra avant de se jeter dans la foule. A cette occasion, il a composé une nouvelle chanson intitulée I Like the Night.

La conversion de Julian Casablancas, le temps d'une campagne, en égérie d'un parfum, est d'autant plus savoureuse que ce rebelle version papier glacée est le fils du fondateur de l'agence de mannequin Elite. La boucle est bouclée... L'histoire veut qu'il a rencontré les autres membres des Strokes dans un très chic pensionnat en Suisse. Mmmm, pas très rebelle tout ça ;) Sans sombrer dans quelque couplet moralisateur, nul doute que l'appât financier n'est pas étranger ce choix de Julian Casablancas. Même si, certes, les Strokes avaient déjà cédé à plusieurs reprises à l'appât publicitaire, avec la reprise de certains de leurs morceaux dans des campagnes de pub (comme The end has no end reprise dans une pub EDF).

Passage forcé par la case publicité pour les rockers ?

Certes, il y a eu de nombreux précédents, où des chanteurs et starlettes ont cédé à l'appel de marques de luxe, et négocié leur notoriété : Justin Timberlake pour Play de Givenchy, Keith Richards dans une campagne de Vuitton, sans compter des starlettes, telles Rihanna et Jennifer Lopez, qui ont lancé leur propre jus, stratégies de produits dérivés oblige, ou encore Lady Gaga, elle-même devenue une marque, qui a consacré l'industrialisation musicale (voir cette enquête que nous avons publiée dans Stratégies en juillet dernier).

A voir les derniers précédents, parfois surprenants, on se prend à penser que les ventes de disques et les tournées ne suffisent plus aux chanteurs, contraints un jour ou l'autre de passer par la case publicité. Tel Jamie Hince, leader de The Kills (et Mr Kate Moss en voie de peopolisation accélérée), qui posait l'an dernier pour la nouvelle campagne pub automne 2010 de Zadig & Voltaire, ou "dessinent" des lignes de vêtements pour une marque (et leur apportent ainsi leur propre empreinte rock), tels (feue) Amy Winehouse pour la marque (un temps emblème des mods et des punks) Fred Perry, et Pete Doherty, qui a conçu une collection-capsule pour The Kooples pour cet automne...

lundi 27 juin 2011

J. K. Rowling lance son Pottermore.com: bye bye les libraires old school ?

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Encore un peu de Harry Potter ?... Welcome in Pottermore.com (jeu de mots facile, j'en conviens ;). Et voilà, J. K. Rowling, devenue auteure à succès avec sa gentille série fantasy pour ados (et grands enfants) Harry Potter nous en propose un peu plus, avec le lancement du site Pottermore.com, dévoilé à la presse à Londres jeudi dernier. J'y reviens un petit peu tardivement (reportage à Cannes oblige, à l'occasion de la grand-messe annuelle de nos pubeux - j'y reviendrai dans un billet ultérieur), mais l'initiative est importante, car elle ouvre une (grande) brèche dans l'univers du livre. Et préfigure peut-être nos modes de lecture futurs.

Les aventures d'Harry Potter, c'est donc fini, alors que le septième tome, Harry Potter et les Reliques de la Mort, scellait ses aventures de petit sorcier. Pourtant, la série revient déjà sous forme d'e-book. de fait, le site interactif commercialisera aussi les 7 volumes d'Harry Potter sous format d'e-books, alors qu'ils n'étaient disponibles jusqu'à présent qu'en versions papier et audio. "Je voulais apporter quelques chose de plus aux fans qui ont suivi Harry à travers les années, et le rendre accessible aux nouveaux digital natives", a résumé en substance J. K. Rowling, citée par le New York Times.

Le plus, ce sont bien sûr les nouvelles expériences de lecture qu'offriront ces e-books: son auteure le promet, ils comporteront des illustrations et des éléments interactifs. Le site regroupera aussi un réseau social, une aventure à découvrir et lire, tout en interagissant. De fait, il proposera de redécouvrir l'ensemble de l'aventure Potter, en incarnant un personnage, sous la forme d'un avatar, qui aura pour mission de rentrer dans l'une des maisons de l'école Poudlard.

Auteur du futur: tes droits numériques tu ne cèderas jamais

Maligne, au fil de la publication de ses blockbusters, elle a pris soin de ne jamais céder ses droits numériques à son éditeur, malgré ses demandes répétées en vue d'éditer ses livres en format numérique, comme on peut l'imaginer. Elle a fait bien mieux: alors que les ventes électroniques des livres populaires ont explosé ces dernières années, à la faveur des premiers eReaders disponibles (comme le Kindle d'Amazon), puis des tablettes comme l'iPad, elle proposera les siens sur sa propre boutique en ligne à partir d'octobre, intégrée au sein de Pottermore.com.

Réseau de distribution virtuel exclusif, les libraires enterrés

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Mieux, elle se réserve l'exclusivité de la vente en ligne de ses e-books, en plusieurs langues. Les vendeurs en ligne Amazon et Barnes & Noble ne disposeront pas des droits de vente en ligne. Ces deux géants, tout comme les vendeurs indépendants, responsables en partie de l'essor de Potter - dont ils ont assuré la promo, au prix de lancements nocturnes - Harry Potter, sont ainsi de facto exclus de ce nouveau réseau de distribution, la vente en ligne. Tss, quel cynisme... Dont J. K. Rowling s'assure l'exclusivité - une première pour une auteure. Seuls ses éditeurs, Scholastic et Bloomsbury, percevront une part des revenus (d'un montant non-dévoilé). Elle devient de facto la seule gestionnaire en ligne de la marque Harry Potter.

Du même coup, J. K. Rowling a réservé un petit uppercut au géant Amazon, en contournant sa politique commerciale. Les fichiers numériques des livres seront commercialisés en EPUB et pour le lecteur Kindle d'Amazon (certes peu vendu en France, mais qui jouit d'un joli succès outre-Atlantique). Sans, bien sûr, qu'Amazon ne touche de commission sur la vente, puisque l'on ne passera pas du tout par sa boutique en ligne. Mais Jeff Bezos pourra difficilement interdire de lire les fichiers sur son appareil...

Elle enterre avec le sourire les libraires, qui ont conscience. "Nous sommes déçus que, ayant été des facteurs-clefs dans la croissance du phénomène Harry Potter depuis la publication du premier livre, le marché soit effectivement exclu de la commercialisation de l'édition tant attendue des versions numériques", lâchait ait un porte-parole de la chaîne Waterstone, cité par Actualitté.com.

En se réservant le monopole du circuit de distribution numérique de ses livres, l'auteure espère aussi donner un coup de frein au piratage de ses livres, parmi les plus téléchargés sur des sites de partage de contenus. Elle les proposera en format EPub, tatoués numériquement (watermarking) afin de lier l'identité d'un acheteur à la copie d'un e-book. Cela n'empêchera nullement le partage illicite des ouvrages numérisés, mais cela aura le mérite de faciliter le traçage des copies.

Reste à voir si l'auteure, forte de son succès hollywoodien (400 millions d’exemplaires vendus !) ouvre réellement une brèche dans l'univers impitoyable de l'édition, et si elle sera suivie par d'autres...

dimanche 29 mai 2011

Lady Gaga, icône numérique

Cela ne vous aura pas échappé : lundi 23 mai, Lady Gaga, consacrée en deux ans nouvelle icône de la pop, sortait son nouvel album, Born this way. Contrairement à Bruxelles, les Parisiens auront été épargnés par la sonorisation des lignes de métro, avec la diffusion en boucle dudit album. Mais sûrement par par l'intense campagne promotionnelle. Reflet peut-être de l'industrialisation accélérée de la musique pop mainstream, jamais une star ne sera allée aussi loin dans l’utilisation de recettes marketing. Recettes classiques pour certaines: faire de chaque sortie de single ou clip un événement, se distinguer par un look improbable, s'approprier des références cultures (de Madonna, référence revendiquée, à David Bowie, en passant par... Andy Warhol et sa Factory,; bien sûr pratiquer le placement de produits à outrance dans ses clips... en prétextant dénoncer la société de consommation bien sûr ;)

Des recettes appliquées avec une efficacité diabolique sur la Toile : Lady Gaga est probablement une des premières stars de la pop à être devenue aussi une icône numérique, présente sur une multitude de réseaux sociaux. Ses apparitions sont rarissimes dans la vraie vie et sur les plateaux télé, mais elle semble presque s'être dédoublée sur la Toile, en une sorte d'avatar, d'icône dématérialisée. Une sorte de star bionique, image étrange appuyée par ses looks fantasques, futuristes (et parfois flippants)... Un cas d’école, que j'avais envie d'aborder depuis longtemps, sans juger ici la qualité musicale de ses albums (perso ce n'est pas ma tasse de thé ;) je vous renvoie pour cela entre autres à ce papier du Monde, qui n'est guère tendre avec elle).

Relation-client sur réseaux sociaux

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A 26 ans, sans avoir d'un quelconque MBA en marketing, elle manie déjà à la perfection les ficelles du marketing classique : un apparat de circonstance depuis ses débuts en avril 2009, des références culturelles qu'elle s'approprie, créer l’événement autour de la sortie du moindre single et clip... Mais sur la Toile, elle gère en direct, depuis ses débuts, sa relation avec ses fans sur les réseaux sociaux - comme une marque qui gèrerait sa relation-client en ligne. Imaginez: elle vient de franchir le cap de 10 millions de fans sur sa page Twitter. Outre sa page web officielle, s'y ajoutent sa page Facebook (10 millions de fans, 36 millions de Likes pour son dernier album), sa page MySpace...

Loin de s'entourer d'une équipe de community managers, si son entourage gère sa page Web officielle, elle envoie ses tweets elle-même, directement depuis son téléphone portable: elle y alterne autopromo, annonce de son agenda, et réponses à ses fans. D'où une harmonie dans le ton et les contenus, qui n'ont pas trompé ses fans.

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Le 23 mai, elle a franchi un cap supplémentaire, avec de multiples partenariats destinés à asseoir sa présence numérique : Samsung a diffusé en avant-première, du 17 au 23 mai, l'album sur sa page Facebook en streaming continu, et a cofinancé une campagne de pub télévisée - une première (et de fait, j'ai eu droit à plusieurs relances de leur agence de RP sur cette opé...).

Pour asseoir son circuit de distribution physique et numérique, non contente d'avoir trusté les premières places de sites de téléchargement avec plusieurs singles lancés avant la sortie officielle de l'album, elle a bénéficié d'une vaste opération de com' par Amazon.com, qui son album... à 0,99 dollar durant deux jours. Amazon y a sacrifié ses profits (et contribué à dévaloriser le prix de la musique, soit dit en passant), comme le relate Mac Plus, quand sur l’iTunes Store le même disque est vendu 11,99$. L’opération a donc coûté en tout 3,18 millions de dollars à Amazon, (presque) à perte… Pas grave: Amazon a foulé des pieds de modèle économique de la musique en ligne, mais s'est offert un coup de pub pour sa boutique de MP3. En une semaine

Crowdsourcing et co-création oblige, pour mettre à contribution les internautes, l'agence Vanksen a monté une opération en ligne: un jeu-concours, "French this way", où les internautes sont invités à concevoir un clip sur YouTube sur la chanson-titre de l’album, avec à la clé 30 places pour un showcase à Paris à gagner. Rien que pour le plaisir, la vidéo où la star s'adresse à ses ouailles...

Autre relais indispensable: les social games, cette nouvelle génération de mini-jeux vidéos sur Facebook et petits univers virtuels, lointains héritiers de Second Life. Qu'à cela ne tienne: Lady Gaga s'est associée à la start-up à succès Zynga, pour concevoir un social game à son effigie... Gagaville, où les fans pourront évoluer dans un univers à son image (motos, licornes....), et où des extraits de son album Born This Way étaient diffusés en avant-première, du 16 au 19 mai.

Avec le géant du caffè latte indutrialisé, Starbucks, Lady Gaga a lancé un jeu bâti sur mesure: une chasse au trésor dans les cafés Starbucks, où les indices sont cachés dans les codes QR des ardoises et des affiches présentes dans les magasins, que les clients peuvent scanner avec leur portable. Et, pour être sûr que vous n'y échappiez pas, la musique de Lady Gaga est diffusée dans les magasins et sur le site web de Starbucks - une première dans l’histoire de la marque - où l'album est en vente.

D'étranges co-brandings donc, où comment la marque Lady Gaga s'insère dans de multiples univers. Quitte à provoquer une certaine saturation...

Màj du 31 mai : merci aux Inrocks pour la petite mention :)

lundi 25 avril 2011

Royal wedding digital vs anti-monarchistes sur la Toile

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Cela ne vous aura pas échappé, vendredi 29 avril à 8h15 tapantes dans l'abbaye de Westminster, aura lieu un des événements (so kitsch) les plus attendus, le royal wedding de la relève de la Couronne britannique, le prince William et Kate Middleton. Un mariage qui sera sans doute le plus médiatisé, puisqu'il est le premier à se dérouler à l'ère de l'Internet, avec une audience de plus en plus connectée. Même s'il est loin de susciter le même intérêt pour les sujets britanniques que les mariages royaux précédents.

Présence numérique

Alors évidemment, comme dans toute bonne stratégie marketing, on trouve une kyrielle de produits dérivés, conçus avec ou sans l'assentiment du staff de la famille royale: de la mug aux capotes, en passant par les sachets à thé (petite sélection par ici) : je vous renvoie à l'enquête - accès abonnés - sur le Royal marketing que l'on a publiée dans Stratégies cette semaine). Mais également, la Couronne a mis les moyens pour assurer la présence numérique du futur couple royal, avant, pendant et après la cérémonie du 29 avril.

Le site officiel, ouvert il y a quelques semaines, proposera un live-stream video fourni par YouTube le jour J, mais agrège déjà des infos à propos du mariage. S'y ajoutent une page YouTube officielle, The Royal Channel (déjà 45 000 abonnés...), qui comportera les vidéos officielles, une page Flickr avec des photos du couple en pleins préparatifs, un fil Twitter @ClarenceHouse (du nom de la résidence du prince William), avec plus de 41 000 followers, et une page Facebook The British Monarchy, avec plus de 346 000 fans.

Donc tout est bien parti pour ce royal tapage mariage médiatique, événement politico-diplomatico-populaire (et so kitsch), mais aussi symbole d'une monarchie britannique qui veut se réaffirmer par cette même occasion.

De la parodie d'un opérateur à la mobilisation anti-monarchiste

Mais les anti-monarchistes de tous poils en profitent aussi pour donner de la voix, de préférence sur la Toile, formidable caisse de résonance. Il y a ces contenus humoristiques qui fleurissent sur la Toile: comme cette reprise humoristique d'un tube de Lady Gaga, Royal Romance, par des élèves de St. Andrews University, où se sont rencontrés Kate et William pour leur première romance. Au passage, des marques bien malignes s'offrent un peu de récup': tel l'opérateur britannique T-Mobile (agence Saatchi & Saatchi), qui s'est offert les services de sosies du futur royal couple pour diffuser sur la Toile cette vidéo d'un mariage destroy. Objectif viralité magistralement atteint, avec 8 millions de visionnages depuis sa mise en ligne.

Un degré plus trash, l'industrie du X s'est emparée de l'événement pour réaliser une parodie (porno) de la future cérémonie royale, avec des sosies plus ou moins crédibles...

Au cran supérieur, c'est un mouvement anti-monarchiste très structuré qui se manifeste sur le Net, et profite de l'occasion pour faire entendre ses revendications, comme l'expliquait Guy Birenbaum la semaine dernière, dans cette chronique sur Europe 1. Sur Republic.org.uk, le mouvement "pour une alternative démocratique à la monarchie" revendique 15 000 partisans. Sur leur site, on peut d'ailleurs trouver des (contre-)produits dérivés, comme ces mugs royaux "I'm not a royal wedding mug".

Le 29 avril, en même temps que le royal wedding, il organisera une contre-manifestation à 11h30 dans la rue, "Not the royal wedding street party" au Red Lion square. D'ailleurs, des Suédois, des Danois, des Irlandais, des Belges, des Espagnols membres de l'Alliance des mouvements républicains et européens, seront aussi dans la rue, refusant d'être des sujets de leurs royaumes respectifs.

Un message anti-monarchiste qui reste très minoritaire au Royaume-Uni, mais que n'auraient pas dénié les très peu puritains Sex Pistols. God save the Queen !

vendredi 22 avril 2011

Les "concerts privés": les concerts sont-ils devenus un loisir de luxe ?

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Il y a quelques semaines, j'ai assisté à un concert de PJ Harvey à La Maroquinerie, une petite salle parisienne de quelques centaines de places, très prisée pour la qualité de son acoustique. Joli concert, j'étais à 4 mètres de PJ, que j'écoute depuis 15 ans et ses débuts avec le très énervé et jouissif Dry. Je n'ai pas boudé mon plaisir, malgré l'auditoire un peu froid...

Nous étions une poignée de privilégiés à voir la grande dame trash british, qui mêlait punk-rock et mélodies folk. D'autant plus privilégiés que la lady n'a donné que deux concerts en France ce printemps, à l'occasion de la sortie de son dernier album, Let England shake: l'un, à l'Olympia - tarifs prohibitifs (60 € la place), et l'autre, à La Maroquinerie, auquel j'ai donc eu la chance d'assister en tant qu'invitée... Comme l'ensemble de l'auditoire. Il s'agissait en effet d'un "concert privé", auquel n'assistaient que des invités, et des gagnants à un jeu-concours organisé par les partenaires, Deezer et Arte Live Web. Eh oui! Car ce concert organisé par la plateforme d'écoute de musique à la demande Deezer était réservé aux heureux internautes membres de sa communauté ayant gagné des places via un jeu-concours en ligne - et bien sûr aux habituels invités de ce genre d'événements.

Loisir de luxe

En résumé, outre un concert à prix prohibitif pour le commun des mortels (non-invités donc ;), bien loin derrière les places à 30 € de sa tournée de 2002 - preuve que la star néo-punk s'est embourgeoisée ? - ce concert très privé était la seule alternative. Les concerts seraient-ils devenus un loisir de luxe ?

Ou tout simplement, ce n'est peut-être plus une activité rentable pour les maisons de production... Une étude menée sur quatre ans par le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), publiée cette semaine, montre en effet la galère pour les jeunes artistes à se produire en tournées. Sur 650 demandes d'aide à la production déposées entre 2006 et 2009 (par de jeunes artistes, mais aussi par des musiciens confirmés comme Thomas Dutronc Jean-Louis Murat), l'étude révèle une baisse de 22% de la durée moyenne par projet et un recul de 21% de la fréquentation. Ouch...

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En fait, les "concerts privés" sont un format, une sorte de package de luxe très marketé en plein développement. Terrible révélateur d'une industrie musicale en pleine déconfiture. En recherche de nouvelles recettes. Depuis quelques années, ce nouveau format de concert se fait discrètement sa place dans les grilles de concerts.

Il y a le cas particulier de concerts privés au premier degré - ces cas caricaturaux de chanteurs qui se produisent lors d'anniversaires de milliardaires, payés rubis sur l'ongle, ou qui font des sortes de gigantesques ménages, assurant l'ambiance musicale lors de défilés de mode ou de soirées corporate, comme le cas récent de Sting lors d'une teuf pour la lancement de l'Audi A8 (hélas... tout se perd).

Mais une autre sorte de "concert privé" commence à avoir les faveurs des majors: organisé par une marque, il est destinés à sa seule communauté, formée des gagnants à un jeu-concours en ligne, tirage au sort ou autre. On est bien loin du modèle de concerts simplement sponsorisés par des marques - radios, majors musicales, marques de produits high-tech..

Des concerts qui relèvent autant de l'offre musicale que d'un nouveau package marketing, organisé - certes toujours par des radios et chaînes musicales, mais aussi des marques qui ont plus ou moins à voir avec cet univers : Deezer (le site de streaming musical) et Arte Live Web pour le concert privé de PJ Harvey, la Fnac pour ses Fnac Live (prochain jeu-concours: Moriarty...).

L'occasion de générer des contenus exclusifs, qui seront accessibles en ligne à sa seule communauté: ce que propose SFR sur son portail SFR Live Concerts. Car l'opérateur téléphonique s'est lui aussi engouffré dans la brèche, en ouvrant son Studio SFR et ses showcases en 2008.

Co-branding Société Générale + Universal Music

Pour d'autres, les concerts privés sont un produit d'appel marketing pour attirer la clientèle prisée des djeuns... Jackpot pour la Société Générale, qui s'est associée à Universal Music pour organiser les concerts So Music. C'est en septembre 2008, lorsqu'ils ont lancé une carte bancaire co-brandée (un "nouvel espace publicitaire", comme j'en parlais alors dans ce billet), "So' Music", destinée aux djeuns (important de les fidéliser.. pour qu'ils restent ensuite dans ladite banque), leur offrant entre autres des places de concerts à tarifs réduits... Concerts privés organisés exclusivement pour eux. Une forme de sponsoring d'un nouveau genre, en somme.

Même le charity business s'empare de ce format de micro-show exclusifs. Depuis le 4 avril, plusieurs chanteurs - Raphaël ouvrait le bal au Grand Palais - se sont succédés à des concerts privés réservés aux bénéficiaires d'un tirage au sort parmi des prêteurs (au minimum 20 euros) de MicroWorld, une plateforme de mircrocrédit qui met en relation prêteurs et entrepreneurs.

lundi 31 janvier 2011

Le plagiat, c'est branché

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La petite question provoc', lâchée par un des humoristes-maison de Canal +, lui a valu une réponse cinglante, d'une sincère colère. Et ça rassure. Jeudi dernier, pour sa pastille d' interview quotidienne dans le "Grand Journal" de Canal, Mouloud Achour a décroché cette semaine une interview avec James Ellroy, une des légendes vivantes de la littérature américaine, à l'origine de polars sombres et ultra-documentés. Lequel vient de publier un livre passionné, La Malédiction Hilliker, une esquisse d'autobiographie sous-titrée "mon obsession des femmes", et était de passage à Paris pour l'occasion (mon confrère et ami Jean-Christophe Féraud relate cela avec passion).

Le plagiat, un "crime"

En bon comique, Mouloud Achour chute son interview sur cette petite question : "Avez-vous déjà copié un livre de quelqu'un d'autre ?". LA réponse fuse, telle un uppercut : "C'est une question très offensante ! Au point que nous avons presque terminé cette interview. Vous me demandé si je suis un plagieur ! Non, je ne suis pas un plagieur ! Ce serait un crime ! Cette interview est finie". Visiblement, l'humoriste ne s'y attendait pas.

Une petite question, qui montre que le sujet du plagiat s'est imposé dans l'actualité littéraire, voire banalisé. Il est dans l'air du temps, parce que plusieurs cas de plagiat ont égratigné les milieux littéraires ces derniers mois. Les auteurs des dits trahisons *écarts* démentent, ou se taisent, ou parfois laissent passer de manière décomplexée. Contrairement à James Ellroy, qui exprime une froide colère à cette simple saillie. Une "réaction de vrai écrivain quand on lui parle de plagiat", remarque Mouloud Achour, ce qui est totalement juste.

Cela peut simple désinvolte, cynique, mais le plagiat s'est-il imposé comme une pratique branchée ? Sur ces derniers mois, plusieurs cas de plagiats, discrets ou grossiers, ont émaillé l'actu culturelle.

Houellebecq adore Wikipedia

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Septembre 2010. La carte et le territoire de Michel Houellebecq commence à faire parler de lui, il se murmure qu'il pourrait - enfin - décrocher le prix Goncourt . Pourtant, un accroc apparaît : quelques jours avant sa sortie, Vincent Glad, journaliste à Slate.fr, révèle que Houellebecq, un des écrivains français contemporains les plus connus, a carrément repris des extraits de Wikipedia pour certaines pages de son livre.

Une encyclopédie en accès libre en ligne comme source ! Le scoop du jeune journaliste est totalement avéré, l'écrivain ni la maison d'édition ne démentent. Loin de parler d'un "plagiat" gratuit, il nuance dans son article : il s'agit de "reprises" pouvant "s'apparenter à des «collages» littéraires", et qu'elle n'ont "rien de scandaleux en regard du style de Michel Houellebecq". Ce qui est juste, mais donc consacre la "reprise" d'extraits de textes antérieurs comme étant inhérente à un genre littéraire...

Cerise sur le gâteau, on a découvert que le titre du dernier opus de Michel Houellebecq était lui-même celui d'un autre ouvrage : il a été accusé de contrefaçon par Michel Levy, auteur d'un texte au titre homonyme, auto-édité en 1999 et déposé officiellement à la BNF. L’éditeur du livre aurait donc décidé de ressortir le recueil agrémenté d’un bandeau rouge où l’on peut lire "Édition Originale" (joli argument marketing)... En attendant, la justice tranchera sur ce "plagiat de titre" - Flammarion revendique estime tout à fait banale "l'association de deux mots de la langue courante".

Un exemple plus léger ? Pour le mondial de foot, l'été dernier, la très sexy chanteuse latino Shakira est retenue pour écrire le titre officiel du Mondial : elle sort, "Waka waka", un morceau aux tons africains, exotiques, léger, qui sera évidemment un tube. Juste, on découvre qu'elle s'est fortement inspirée du groupe camerounais Zangalewa (je vous laisse comparer les deux par ici). Bon, finalement, tout est bien qui finit bien, le groupe n'y voit qu'une simple "adaptation". Après quelques (juteuses) négociations entre son avocat et Sony Music.

Hemingway / PPDA

Le 19 janvier 2011, Jérôme Dupuis, journaliste à L'Express révèle une petite bombe : pour sa biographie - pavé consacrée à Ernest Hemingway, Hemingway, la vie jusqu'à l'excès, Patrick Poivre d'Arvor a purement et simplement plagié une centaine de pages d'une autre biographie de l'écrivain, écrite par Peter Griffin et publiée en 1985, épuisée en France depuis. Nous ne sommes plus là dans l'habile reprise de quelques passages, mais une centaine de pages, avec des passages parfois réécrits: L'Express propose des comparatifs sur son site web, puis enfonce le clou le 31 janvier, en comparant de nouveaux extraits (vous noterez en bas de cette page web la pub Fnac.com... pour acheter ledit livre de PPDA ;).

La biographie, qui sort en librairies le 21 janvier, est du coup précédée d'une publicité bien peu flatteuse. Et l'on découvre l'existence d'un nègre (pardon, une "lectrice") sur cet ouvrage, que PPDA charge bien peu élégamment. D'après l'"auteur" donc, le livre envoyé à la presse avant sa mise en librairie n'était qu'une version provisoire que PPDA n'avait pas validée... même s'il avait dédicacé de nombreux exemplaires. O tempora ! O Mores ! (oui, je pille là Ciceron sans crainte).

Certes, tout est loin d'être éclairci. Mais sans complexes, PPDA réplique à longueur d'émissions radio et de plateaux télé : toute la vérité sera éclaircie, et il entend bien déposer plainte pour diffamation pour ces infamies, assure-t-il. Encore jeudi soir, il joue le rôle de "réhabilitateur" de feu Hemingway - vous comprenez, il faut passer outre ces fausses polémiques, ce qui compte est de remettre en lumière l'œuvre de Hemingway, raconte-t-il tranquillement, dans l'émission de François-Olivier Giesbert jeudi soir.

Johnny écoute de la musique réunionnaise...

Le plus fou, donc, étant que même des monstres sacrés de la littérature ou de la musique empruntent à d'autres en "oubliant" de citer leur source d'inspiration. La semaine dernière, on a découvert que même Johnny, notre rockeur national, avait repompé un morceau antérieur pour le premier single de son dernier album, "Jamais seul", co-signé avec Matthieu Chedid. Il y a quelques jours, le patron de la radio Tropic FM, Claudy Siar, affirmait que la nouvelle chanson de Johnny Hallyday présentait une "similitude frappante" avec le morceau "Madagascar" du groupe réunionnais Ziskakan. Pas besoin d'être un musicos avertis pour entendre, à l'écoute, cette très forte "similitude"...

Reste qu'il est fort probable que ce plagiat cette coïncidence sera réglée par une généreuse transaction financière - Le Figaro révélait le 28 janvier que ses membres se refuseraient à intenter une action en justice… par amitié. D'autant que les musiciens connaissent une gloire inattendue, leur chanson fait actuellement le tour d'Internet… Merci Johnny.

dimanche 23 janvier 2011

Monster High, marque gothique de Mattel pour pré-ados ou post-ados geeks ?

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Un univers noir et rose, gentiment trash et étrange, sous influences gothique, manga, de Twilight, Harry Potter, ou encore entre Edward aux mains d'argent et Les noces funèbres de Tim Burton : après ses gentilles Barbie et autres Polly Pocket, le mastodonte américain du jouet Mattel frappe fort en lançant en France une nouvelle marque, Monster High. Ici, ses héroïnes ne sont plus des gentilles petites filles en rose ou des poneys (souvenez-vous, "Mon petit poney", jouet du groupe Hasbro, qui cartonnait dans les années 80), mais des demoiselles dark un rien trash, de court vêtues, et descendantes de monstres.

Le pitch: six personnages descendants de monstres illustres (histoire de créer une continuité), Dracula et autres Frankenstein, et leur quotidien au collège. Les demoiselles, au look pas exactement enfantin, sont dans un univers fantastique, qui multiplie avec humour les codes gothiques, basé sur le noir et les couleurs sombres : fantômes, araignées, têtes de mort, cercueils=... Avec quelques touches de couleurs vives et des nœuds roses qui renvoient à un univers enfantin.

Toi aussi, deviens gothique

Pour lancer cet univers en France (déjà lancé aux Etats-Unis en juin 2010, et dans quelques autres pays européens ces dernière semaines), Mattel a déployé l'artillerie lourde: les six personnages donnent lieu à des poupées bien sûr, dans un autre genre que la Barbie blonde peroxydée ou que Ken...

Mais aussi une kyrielle de jouets et accessoires plus... particuliers: dans la lignée des teen movies à succès mettant en scène des vampires, le tome 1 de Monster High (signé par Lisi Harrison sera présenté au Salon du Livre en mars. Outre la web-série de 15 épisodes diffusée sur le site, vous n'échapperez pas au clip déjà diffusé sur YouTube ...

Sans compter les produits dérivés classiques - T-shirts, sacs, porte-clés, goodies.. Mais aussi des accessoires plus décalés: des nounours (accompagnés d'accessoires de poupées vaudoues), un "carnet secret des horreurs" (agrémente d'un hurlement enregistré à chaque fois que l'on l'ouvre - si si, j'ai testé), une "machine à tatouer" (qui permettent aux petites filles de se faire des décalcomanies ou tatouages éphémères de têtes de mort par exemple)... Une vraie trousse à outils pour tout futur gothique ;)

Bref, les parents vont adorer. Je plaisante bien sûr. Exceptés les fans de la culture underground gothique et post-punk des années 70, je serai curieuse de voir s'ils vont accrocher à cette nouvelle offre, en pleine vogue nostalgique, où plusieurs anciennes licences (un rien cuculs d'ailleurs) connaissent une seconde jeunesse, comme Hello Kitty ou Charlotte aux fraises - ce qui rassure les parents. Certes, l'enfant est prescripteur en achats, mais pas pour les poupées... incarnation par excellence d'un modèle féminin, et d'un cadre d'éducation pour les parents.

J'ai testé auprès de ma rédac, la plupart de mes collègues (jeunes parents surtout) m'ont semblé, au mieux, circonspects face à ces étranges jouets... On était quelques rares à trouver ça marrant ;)

Références post-punks

Le plus surprenant est que Mattel vise les enfants de 6 - 12 ans avec cette nouvelle offre. Peut-être qu'il n'a pas le choix, face à des concurrents tels que le groupe Hasbro ou des nouveaux-venus chinois sur le très juteux marché des jouets pour enfants. Mattel s'aventure donc dans un univers gothique post-punk... prisé des ados depuis quelques années - ça tombe bien, dans une période où les enfants aiment s'approprier un univers destinés à leurs grands frères / grandes sœurs, et avoir pour héros des personnages plus âgés qu'eux.

On avait d'ailleurs vu d'autres tentatives de jouets pour enfants un peu trash , comme avec les poupées -pouffes à maquillage outrancier et lèvres siliconées (des "poupées-salopes" dixit un ami - et papa bien informé ;). Mattel s'y est essayé en 2008 avec une nouvelle génération de Barbie un rien vulgos (ce point de vue d'une maman sur un forum est révélateur).

Mais surtout, Mattel surfe ainsi sur le même créneau que Emily the Strange et Bad Alice, dont je parlais ici, qui se sont déjà imposées comme des icônes rock et gothiques... auprès des ados, voire des adultes.

Et justement, je me dis que, là encore, à tous les cas, ces Monsters high vont faire mouche auprès de certains adultes, plutôt geeks, qui ont baigné ados dans un univers post-punk / new wave, avec pour références Kiss, Bauhaus, Siouxsie and the Banshees, Joy Division, Birthday Party, The Cure, UK Decay... Un univers aussi heroïc fantasy que ne renieraient pas non plus les rôlistes des années 90.

jeudi 30 décembre 2010

La Poste, son obligation de service public, sa novlangue...

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(teasing: promis, le billet suivant sera plus funky :)

Un petit désagrément administratif sans importance, mais quelque peu ubuesque, assez révélateur. J'ai reçu cet étrange courrier cette semaine, m'annonçant dans un style administratif inimitable que :

1/ ils n'avaient pas pu envoyer un courrier que j'avais posté une dizaine de jours avant car

2/ celui-ci avait été malencontreusement bousillé déchiré (en novlangue cela donne "Correspondance détériorée accidentellement dans le Service Postal par notre matériel d'oblitération")

3/ Et de fait, ils m'ont gentiment retourné ledit courrier déchiré, avec une petite lettre d'excuses ("Nous vous présentons nos excuses pour cet incident", etc etc)

4/ Avec aucun semblant de solution ou de réparation, même pas un timbre joint. Juste une demi-solution, une invitation à joindre le "service consommateurs" au 36 31. Lequel service s'est avéré (bien sûr) injoignable, tout comme le numéro du centre de tri de Bercy indiqué en en-tête de courrier. CQFD.

Bilan: j'y ai perdu un simple timbre certes... Et du temps. En plus, il s'agissait d'un chèque, dont le destinataire est heureusement compréhensif :) Mais quels auraient été mes recours s'il s'agissait d'un règlement de facture urgente, de loyer, ou d'impôts ? La Poste n'a-t-elle pas une sorte d'"obligation de service public" à honorer - en l'occurrence que les courriers qui lui sont confiés arrivent à bon port ?

La question mérite d'être posée d'autant que, d'ici quelques jours, La Poste va connaître une petite révolution, avec l'ouverture à la concurrence du service courrier (pour les courriers de moins de 50 g). Une conversion imminente qui semble s'effectuer dans la douleur pour La Poste, pour la gestion de ses équipes, comme le raconte cet article très documenté publié par Médiapart.

dimanche 19 décembre 2010

Banksy, Mr Brainwash, du street art au street marketing

Faites le mur

C'est l'histoire de l'ascension d'un vrai-faux artiste - une imposture ? - à l'ascension fulgurante, ou comment l'on peut s'improviser artiste en vue en compilant quelques bonnes pratiques de ses pairs: c'est la thèse du docu Faites le mur, qu'il faut courir voir, parce qu'il balaie de manière iconoclaste la jeune histoire du street art, entre contestation, graffs, repompages et excès de l'art contemporain. Le graffeur Banksy, une des dernières coqueluches du street art, y retrace à sa manière l'ascension inattendue du Français Thierry Guetta, originellement cinéaste amateur et maladroit qui côtoie le petit milieu des premiers graffeurs des années 2000, entre Paris et Los Angeles, en vue du tournage d'un hypothétique documentaire... Avant de les dépasser, en devenant du jour au lendemain la coqueluche du petit milieu de l'art contemporain aux US.

Un personnage qui symbolise les excès de cette vague artistique née dans les années 80 soumise à des recyclages, business et survalorisation... A condition qu'il existe : avec un art consommé du marketing il semblerait bien que Banksy ait monté un canular magistral, un peu comme Borat: Le New York Times a d'ailleurs qualifié ce docu de "Prankumentary" (docu-canular), comme le relate Nova sur son site.

Le street art, culture contestataire

Faites le mur le retrace très bien dans les premières images, sur l'émergence d'une nouvelle génération de stars du street art au début des années 2000. On y voit défiler tour à tour Space Invader - cousin de l'anti-star Thierry Guetta - , connu pour ces figurines en mosaïque pixellisées, qui ornent des immeubles, murs et endroits improbables un peu partout dans Paris. Shepard Fairey, qui a acquis une célébrité fulgurante avec son portrait bicolore d'Obama.

On y entraperçoit le Français M. Chat, à l'origine des fameux chats souriants... Une de ses précurseur(e)s - étrangement absente du docu - fut d'ailleurs Miss.TIC (qui expose en ce moment à la Galerie W, à Paris, artiste post-punk qui peint ses pochoirs depuis 20 ans sur les murs de Ménilmontant, Montmartre, le Marais, Montorgueil, et la Butte aux Cailles.

Et enfin le graffeur Bansky lui-même, à l'origine de ce docu. Banksy, c'est ce graffeur britannique anonyme, mais qui s'expose dans les musées, devenu une super-star au Royaume-Uni, ce sont ces bombages au pochoir, jusqu'en Palestine, cet épisode des Simpson revisité, et ses installations provoc', ou encore ses happenings, où il amène une réflexion sur l'art contemporain, la société - comme celui-ci à Disneyland en 2006.

En Grande-Bretagne, il vient d'organiser sa contre-fête de Noël rituelle, comme le racontent ''Les Inrocks''.

Du street art au recyclage

Le film narre donc l'histoire de Thierry Guetta, dont les images tournées aux côtés des graffeurs semblent avoir servi de matière première à Banksy. Un ancien vendeur de fringues vintage à Los Angeles devenu d'une façon hallucinante, en quelques années, l'une des personnalités les plus visibles et les plus bankable du monde de l'art (ouais, comme au cinéma, l'art contemporain a ses stars éphémères...).

De ses débuts aux côtés des graffeurs, il va retenir leurs recettes, plusieurs traits qui font l'identité du street art, pour se lancer à son tour comme "artiste" sous le nom de Mr Brainwash, dans un habile exercice de recyclage/repompage, pastiches de Warhol, avec des "oeuvres" entre photocopies améliorées et gadgets visuels. Jusqu'à organiser une gigantesque expo à Hollywwod sur 4 000 m², qui va cartonner - conter toute attente.

Un street art qui a son identité: mouvement contestataire né dans les années 80, il se mêle parfois à des actions antipub, où marques et publicités sont détournées, clandestin car illégal, art par essence éphémère puisque les oeuvres seront immanquablement effacées... Il fut - aurait pu être? - "le mouvement le plus contestataire depuis le mouvement punk", estime Banksy.

Né dans la rue, sur les murs, dans les couloirs de métro, et même... sur les camions, il avait vocation à être éphémère - étrange de le voir transposé dans des galeries et musées.

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Source: Né dans la rue - Graffiti, ed. Fondation Cartier pour l'art contemporain

Il revêt parfois des formes de contre-pouvoir. Dans Barcelone, les grafs et œuvres au pochoir représentent souvent un héritage d'un contre-pouvoir républicain, avec parfois des symboles post-punks; dans l'après-franquisme, comme le montrent ces quelques photos que j'y avais shootées il y a un an.

Banksy, star et marque déposée malgré lui

Mais en creux, avec ce portrait d'un Thierry Guetta inculte, il pose la question de ce qui est authentique ou fabriqué dans l'art. Mr Brainwash est-il vraiment l'auteur des oeuvres exposées? D'ailleurs, est-ce que ce sont vraiment des oeuvres d'art, vue la rapidité de leur conception - comme l'évoque le docu ? Mr Bainwash, devenu star du street art du jour au lendemain par la grâce d'un sens inné du buzz - et d'un article dithyrambique du New Yorker, qui suffit pour l'installer sur le marché de l'art - n'a-t-il pas été précipitamment surcoté par un marché de l'art un peu taré, en quête de hype ?

Sans avoir l'air d'y toucher, Banksy revient sur le sujet un peu tarte à la crème de l'art récupéré par le business, que lui estime avoir pratiqué comme de l'agit-prop. Dans cette réflexion vertigineuse sur l'art contemporain - où, étrangement, le cas d'un autre précurseur, Basquiat, n'est jamais abordé - un dilemme apparaît pourtant : Batsky lui-même n'est-il pas devenu une marque déposée? N'est-il pas devenu à la mode finalement ? L'avant-première de son film à Los Angeles ressemblait à un défilé hype du tout-Hollywood, et Banksy est devenu l'un des artistes contemporains les plus copiés et détournés, racontent Les Inrocks :

En Angleterre, Banksy est devenu un marché tellement juteux qu'il est désormais aux mains d'une mafia qui contrôle aussi le trafic de drogues et de DVD pirates. On ne trouve plus un marché, plus une boutique de souvenirs sans un gadget Banksy : sur des grenouillères de bébé, des mugs, des toiles même, tout est détourné par cette économie grise. Une récente enquête l'affirmait : il est l'artiste dont le copyright est le plus bafoué au monde. C'est aussi un choix : Banksy offre ses images en téléchargement sur son site et refuse, pour protéger son anonymat, de se lancer dans le moindre procès médiatique.

jeudi 9 décembre 2010

Quand "Les Inrocks" publient un (semi-) publi avec le fils du bassiste des Clash

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Comment se recréer une histoire, se rattacher à des icônes passées sans être totalement mensonger ? C'est ma voisine de bureau à Stratégies, Anne-Lise, qui m'a montré, assez ébahie, cet espèce de publi (qui n'est n'est pas vraiment un, certes), publié dans un récent numéro des Inrockuptibles. A la première double d'ouverture, avec icono élégante, caractères calligraphiques et photo vintage aux couleurs un peu passées, on a l'impression de s'apprêter à lire un portrait.

Nullement. En y regardant de plus près, il y a l'icône Levi's à gauche, marque également mentionnée dans le "titre", "Louis Simonon - A view on Levi's Collection". La mention "publicité" apparaît trèèèèès discrètement en haut à droite. Le texte introductif joue pourtant, lui aussi, volontiers sur l'ambiguïté, laissant croire que l'on va lire un portrait d'un jeune chanteur en devenir.

Intriguant mélange de rébellion et d'innocence, d'une évidente envie de vivre à toute vitesse, Louis Simonon impose son style venu d'outre-Manche, déambulant dans un Londres qui lui colle à la peau, il passe d'un band à un autre et gratte les cordes de sa basse, avec cette énergie héritée du punk, le sans des Clash, à travers son père, coule dans ses veines... etc etc.

Pas une seule fois la marque Levi's est mentionnée dans ce texte. Qui joue joyeusement sur le mélange des genres et des références : sur la filiation de Louis Simonon (qui est le fils de Paul Simonon, bassiste du groupe The Clash), dont il est censé avoir hérité automatiquement l'esprit punk, et donc la rebel attitude, le refus du conformisme, le goût de la liberté, et tout ce qui s'ensuit. Des valeurs que Levi's rêve d'incarner et de se réapproprier - une sorte de "punkwashing"... La marque pousse jusqu'à laisser entendre dans ce texte que le jeune homme lui-même a repris le flambeau de la musique... Clairement, Les Inrocks était le support rêvé pour cette campagne.

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Au fil des 7 pages, on découvre, après son tournant mode très moderne du début des années 2000, veut effectuer un retour aux sources dans son identité de marque, que doit incarner cette nouvelle collection : retour à la culture rock et classique, avec jeans et bombers très années 50. La réalisation de cet ensemble est d'ailleurs habile en la matière : Levi's reprend nombre de codes 50s, entre ces couleurs passées, les bagouzes et la banane arborée par le modèle.

Au passage, pour la petite histoire, on découvre que Louis Simonon a avant tout embrassé une carrière de modèle, Prada ayant même eu l'idée de le faire poser avec son père lors de sa campagne de publicité Prada Homme Printemps/Eté 2009. Pas sûre que Prada incarne pourtant un état d'esprit très punk...

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