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mardi 20 septembre 2011

Feuilleton, un nouveau mag-book en librairies le 22 septembre

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Et un petit nouveau, qui consacre ce format hybride des livres-magazines. On connaît le joli succès-surprise de la revue trimestrielle XXI (avec une diffusion moyenne de 45 000 exemplaires!), comme j'en parlais dans ce billet. depuis son lancement en janvier 2008 par Laurent Beccaria (des éditions Les Arènes) et plusieurs journalistes, dont Patrick de Saint-Exupéry. Un bel objet, qui entremêle plusieurs formats: enquête, reportage, photojournalisme, récit BD..

D'autres se sont engouffrés dans la brèche, comme l'inventive revue Usbek & Rica, plus orientée vers l'anticipation et l'innovation. Ils ont pour point commun d'être assez chers (15 €), de se passer de pub, et d'avoir inauguré un nouveau réseau de distribution: aux traditionnels kiosques, ils ont préféré les librairies, et accessoirement les kiosques Relay.

Grands reportages traduits et nouvelles inédites

Le dernier en date: la revue trimestrielle Feuilleton, qui sera lancée en librairies le jeudi 22 septembre. J'ai eu la chance de pouvoir la feuilleter (sans mauvais jeu de mots ;) en avant-première. Comme ses cousins, l'objet est agréable: trimestriel de 256 pages, couv' colorée, mais ici pas de photo, seulement des dessins d'illustration. Son format réduit le rapproche plus d'un livre que d'un magazine...

L'absence de rubricage classique et d'édito convenu (remplacé par un "édito d'outre-tombe") peut déstabiliser, mais je trouve ce choix éditorial intéressant: "pas de stratégie de niche" - donc pas de ligne éditoriale - revendiquent les fondateurs, c'est ici du free style, entre journalisme et littérature.

Elle comporte des grands reportages étrangers traduits (issus de Vanity Fair, du New Yorker, etc.) et des nouvelles littéraires inédites. Au menu du premier numéro, des signatures du nouveau journalisme (comme Michael Hastings). L'idée était de "publier les plus grands reportages étrangers, les éditer, les traduire (...), les augmenter (dossier, infographie, bibliographie sélective)", expliquent ses fondateurs dans leur communiqué de presse. Une démarche similaire à celle de XXI. De fait, l'editing est moderne et agréable, entre illustr' colorées et compléments pédagos. J'aime beaucoup cette infographie en fin de revue sur la fin potentielle des abeilles.

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Chaque numéro compte aussi un article exhumé, comme ici un papier prospectif écrit par Michael Lexis en 1989, mais terriblement d'avant-garde, puisqu'il analysait l'impact économique qu'aurait un séisme majeur à Tokyo.

Mais ce book-mag so chic innove par la publication de nouvelles commandées à des auteurs en vue (tel Jonathan Franzen). Malin: la republication d'enquêters déjà parues ailleurs ne doit pas être chère (frais de droits d'exploitation, traduction, editing), ce qui permet à Feuilleton de s'offrir des nouvelles inédites.

Plusieurs fondateurs de ce projet sont loin d'être méconnus de ces nouveaux médias: avec notamment Adrien Bosc, fondateur et directeur de la publication, et Gérard Berréby, rédacteur en chef, par ailleurs patron des éditions Allia. A noter, parmi les actionnaires (la famille d'Adrien Bosc comptant 51% de l'actionnariat), la présence de Pierre Bergé et du journaliste Victor Robert (I-Télé).

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A signaler, dans cette famille de revues exigeantes et innovantes, le trop méconnu Zmâla, magazine bilingue dédié au photojournalisme, qui paraît une fois par an. Là encore, papier glacé et maquette chatoyante, entre portfolios ("Cura locura", superbe travail sur les chamans d'Amazonie), et enquêtes, avec les nouveaux liens entre photojournalisme et Internet, entre webdocus et nouvelles formes de financements (le crowdfunding), qui passe par des start-ups telles que Emphas.is. Et un répertoire des collectifs de photographes qui foisonnent.

mercredi 20 juillet 2011

Arnaud Lagardère, le "making of" de son shooting photo, un plan média surréaliste

Un shooting photo qu'ils ont accepté "pour assumer notre relation, pour montrer aux gens qui sont intéressés à la voir que c'est du sérieux": "ça fait 5 mois, bientôt 6!", une rencontre qui a eu lieu "dans un cadre parisien, dans mon bureau, elle était venue me voir parce qu'elle avait un travail à faire (sic). Après, on s'est revus à Londres...", "Nous, quand on pense à nous, on se donne pas de limites"...

Durant 2 minutes 55, elle minaude, il la darde de regards amoureux, ils s'échangent des bisous... La séquence, diffusée sur YouTube depuis ce 19 juillet, n'en finit pas de faire jaser - et susciter l'incrédulité sur Twitter et Facebook. C'est le patron d'un des plus importants groupes de médias en France, Arnaud Lagardère, qui se prête à ce surprenant jeu. "Jade Foret et Arnaud Lagardère posent pour "Le Soir magazine", nous est-il annoncé au début de la vidéo : c'est donc le "making of" du sujet qui fait la Une (eh oui, rien que ça), de l'hebdomadaire belge Le Soir magazine. On est en pleine romaaance: l'attaque du reportage (si, si) sur ce "shooting sexy" (re-sic) est à l'avenant: "Pour la première fois, l’homme accepte d’ouvrir les portes de sa propriété à Rambouillet) à des journalistes pour un shooting photo en compagnie de son grand amour".

Le making of ? Vous savez, ce format web ou télé très à la mode (les coulisses ou plans inédits de tournage d'une série / un clip ou autre...), rééxploité depuis quelques temps par les agences de pub pour montrer les dessous du tournage de leur dernière campagne (comme Orange avec sa campagne corporate en novembre dernier)... Une manière d'ajouter une touche d'authenticité à un plan média classique.

Après la séquence "interview" (gentille hein), on voit les deux stars d'un jour se préparer pour leur séance photo, puis enchaîner les pauses sexy (avec la petite musique quelque peu easy listening qui va bien...) sous l’œil du photographe : dans le canapé, devant la maison, sur la terrasse... Au visionnage, on balance entre amusement, incrédulité et soupçons de mise en scène devant ces séquences surréalistes. Où on découvre du même coup la top model belge Jade Foret, déjà entraperçue aux côtés du patron du groupe Lagardère dans une photo publiée par Paris-Match (publication dudit groupe...) lors du dernier tournoi de Roland Garros, ce printemps. Quelques articles de presse égratignent la vie privée passée de la jeune femme, ex- d'un footballeur belge.

Alors oui, je sais, vous allez penser que j'ai cédé à la tentation people pour ce billet, bien moins sérieux que les précédents ;) Mais c'est la stratégie de com' du patron d'un groupe media coté au CAC 40 qui m'intéresse ici, tellement j'étais interloquée en visionnant cette vidéo, qui suscite des réactions amusées sur Twitter (où Arnaud Lagardère et Jade Foret ont atteint, durant quelques heures, les trending topics !), et dans la presse, en ce (morne) mercredi après-midi, où le flux de l'actu commence à se ralentir...

Une vidéo à la mise en scène érotique kitsch, destinée à montrer que la relation est installée. Et à trancher avec les rumeurs récurrentes à propos de la vie privée d'Arnaud Largardère, obligé de se justifier à ce sujet sur le plateau du ''Grand Journal'' de Canal + en décembre 2009. Où il révélait ses talents de communicant pour enterrer, du même coup, la polémique d'alors, l'enquête de l'AMF pour délit d'initié dans le dossier EADS.

Mais cette vidéo est d'autant plus surprenante que le patron Arnaud Lagardère s'exprime rarement peu dans la presse, de préférence pour commenter ses actualités professionnelles. Là, il parle de sa vie personnelle. L'impudeur et la spontanéité (trop recherchée ?) du ton tranchent d'autant plus. A se demander si elle a bien été visionnée par son staff qui l'aide dans sa com': ce matin, Libération titre sur cette "étrange vidéo qui provoque la gêne au sein de son empire". Dans le très petit milieu des stars du CAC, ce shooting sexy va assurément faire du bruit. Alors que le patron (dont on dit parfois qu'il s'ennuie à la tête de l'empire paternel) est régulièrement attaqué par la presse pour son manque de sérieux dans le business, et que sa stratégie - revendre certains titres de presse internationale pour privilégier le sport business - pose question.

màj: merci à 20minutes.fr (oui, cela peut sembler surprenant...) pour la reprise.

jeudi 12 mai 2011

La couv' de la semaine: Capital, storytelling et pipolisation économique

Capital

Il était temps que je reprenne cette rubrique, avec ce titre que vous connaissez forcément, qui incarne une certaine idée du journalisme économique. Couv' (sur)chargée aux couleurs vives, titraille et mise en page accrocheuse, et bien sûr l'inimitable ton popu qui lui donne parfois un côté café du commerce : pas de doute, vous avez bien entre les mains Capital, le titre de presse économique le plus vendu, avec une diffusion payante de plus de 320 000 exemplaires par mois (chiffres OJD). Eh oui, car l'un des fleurons du groupe Prisma Presse fête ses 20 ans ! Né à la fin des années 80, "années-fric" incarnées par Bernard Tapie, le culte de la compétition et de la gagne pour des jeunes cadres sup' qui se rêvaient en yuppies.

La naissance de ce titre n'a rien d'anecdotique. Mine de rien, tout comme son lointain cousin en télé sur M6, Capital a créé une ligne éditoriale, un ton journalistique (souvent crispant, il faut le dire). L'économie, une science ennuyeuse ? Qu'à cela ne tienne, les concepteurs de Capital ont eu l'idée, dès le début, de raconter des histoires aux lecteurs, force anecdotes : les prémices du storytelling... Quitte à y ajouter ce ton crispant à la Capital, qu'il a inventé (et repris par beaucoup), avec formules accrocheuses, formules-clichés (je vous laisse savourer ce délicieux billet de mon confrère Erwann Gaucher sur les tics de langage de Capital en télé - toi aussi fais ton reportage Capital...), et tournures de phrases trèès familières qui assurent le lecteur. Et situent Capital à la lisière du mag de divertissement.

C'était l'occasion rêvée de revenir sur ce titre ici, où je m'était déjà adonnée au plaisir du feuilletage des pouffe-mags (ici et ), alors que le mensuel économique s'est offert un sérieux lifiting pour son bithday, avec une nouvelle formule lancée en avril, accompagnée dans la foulée de sa première appli iPad payante, et le lancent imminent d'une appli mobile, dédiée aux conseils boursiers de Capital.fr.

Le nouveau Capital, donc. On remarquera déjà la couverture parfaitement adaptée à la vente en kiosques (où il ne pourra échapper à votre regard): élégante couleur de fond rose vif, titres de Une divers et variés mis en avant, avec une légère tendance alarmiste ("les acteurs trop bien payés", "pourquoi votre facture santé s'envole", le "nouveau Big Brother" Facebook..).

Le feuilletage réserve quelques surprises. Déjà, visiblement, la nouvelle formule a plu aux annonceurs, avec 39 pages de pub (ainsi que 6 pages de publi- flotte d'entreprise - un classique dans la presse éco) sur une pagination totale de 154 pages.

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Dès l'édito, François Genthial nous promet "de nouvelles rubriques plus proches de l'actualité". Et de fait: après l'interview d'ouverturedu DG d'Air France - KLM (bon, une page de photo, une page de texte...), on enchaîne sur cette maagnifique infographie "big business du Festival de Cannes"

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S'ensuit cette non moins magnifique double info-people, que l'on pourrait volontiers imaginer dans d'autres magazines ("soirées business", tout de même).

On retrouve ensuite les traditionnelles rubriques de Capital: Hommes et affaires, avec la touche hommes d'affaires peopolisés propre à Capital, tel François-Henry Pinault ("people malgré lui" depuis son mariage à l'actrice Salma Hayek, sa "coûteuse passion écolo" y sont abordés entre autres indiscrétions)

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Puis la rubrique Succès et dérapages d'entreprises. Là, agréable surprise, Capital donne de la place à l'enquête. 13 pages sur Facebook, alors que le journaliste Gilles Tanguy s'est rendu au siège de la société, à Palo Alto en Californie (un reportage que je rêve de faire...): il raconte l'ambiance de travail dans cette ruche, le management interne (il "règne sur une bande de copains", eh oui), ses rapports étroits avec les annonceurs...

Quelques prémices de format bi-média s'esquissent, avec ce prolongement vidéo ("exclusif" bien sûr) bien vu, où il a suivi Mark Zuckerberg.

S'ensuivent un long dossier sur le coût de la santé et le traditionnel comparatif des cliniques... tiens, un marronnier classique que l'on retrouve régulièrement dans certains hebdos généralistes), un portfolio ("l'économie en images"), la rubrique "révélations" (dont ces vilains comédiens cloués au pilori car "peu rentables")...

Et ensuite, une partie "Votre Capital pratique" enrichie, désormais dans un cahier entier: ces fameuses rubriques services - infos pratiques dont la presse mag raffole... C'est bien connu, les lecteurs adooorent ce côté boîte à outils. Infos carrière, droit, argent et placements, ou encore vie privée (où l'on mêle cours de cuisine et high-tech...) y sont abordés.

Bilan ? Capital reprend cette recette qui a fait son succès : quelques enquêtes et documents prestigieux (intéressante enquête sur les dérives du trading assisté par ordinateur, traduction de Wired), un peu de paillettes, et beaucoup de sujets d'actus tirés sous un angle très vendeur, voire polémique.

dimanche 13 février 2011

«Elle», ou la chirurgie plastique pour les nulles

Je vous parlais cette semaine de transhumanisme, il y a une certaine continuité avec le sujet ci-dessous. Prémisse possible à la femme bionique du futur, dont la quête de la perfection physique passe par le recours à la science - au bistouri donc.

Cela tombe bien, Elle de la semaine dernière y consacrait un (effrayant) dossier. Avec pour point de départ un marronnier ("Spécial rajeunir"), sur une vingtaine de pages, Elle nous laisse à penser que le recours à la chirurgie esthétique est la norme - eh non, vous n'y échapperez pas !

Étonnamment (enfin non...), dans ce numéro, les publicités pour les crèmes et sérums anti-âge sont surreprésentées: une dizaine de pubs (contre 3 dans le Elle suivant). Ah, et également, une pub pour la solution d'acide hyaluronique Juvéderm (labo Allergan). Bien sûr, il n'y a pas de pubs pour des labos ou les cliniques spécialisées en chirurgie esthétique - le Code de Déontologie Médicale le leur interdit... On imagine d'autant mieux la satisfaction des ((nombreux) médecins, chirurgiens et autres dermatos spécialistes à être cités comme "experts" dans Elle !

J'ai demandé à une de mes collègues, Delphine Le Goff, journaliste médias à Stratégies, qui avait elle aussi quelque peu halluciné en feuilletant Elle, d'analyser avec son regard la ligne éditoriale adoptée par le féminin sur ce sujet. Cela tombe bien, "Magazine junkie", elle revendique "une addiction au papier glacé". La presse féminine, française ou anglo-saxonne, faisant partie de ses plaisirs coupables. Je lui laisse la parole...

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Elle

C’est un grand classique de la presse féminine, comme les «Spécial Mode» et les «Spécial Maigrir». Mais cette année, Elle a franchi un cap avec son numéro « Rajeunir », sorti le 4 février dernier. Déjà, le discours a subtilement changé. Là où, jadis, on promettait aux lectrices mille sortilèges afin de «rester jeune», là, il s’agit carrément de «gagner au moins dix ans»...

Dès la couverture, on a du mal à s’empêcher de rire : c’est Demi Moore qui a les honneurs de la «Une». «Je vis les plus belles années de ma vie», déclare l’actrice de 48 ans. On l'espère pour elle : l’actrice est connue pour être refaite du sol au plafond avec, paraît-il, 250 000 euros de chirurgie esthétique ! Le portrait consacré à l’actrice reste extrêmement discret sur ce point : « Si retouches il y a (elle refuse d’en parler), elles sont nickel. Son front est lisse, mais quelques petites rides, qui plissent joliment autour de ses yeux mordorés et une microcicatrice sur la joue montrent qu’elle maîtrise les limites du genre dans un milieu où la chirurgie et le Botox sont des drogues ».

Un peu plus loin, Demi nous donne gentiment les secrets de sa jeunesse éternelle : « Je souris beaucoup : ça rehausse le visage et l’être en général. Je me nourris bien, j’évite les sucreries, je bois énormément de lait de coco et je fais du sport ». Merci du tuyau, Demi.

«Réflexes esthétiques», ou comment faire de la chirurgie une norme

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Mais si on en croit les pages du dossier « Spécial Rajeunir » qui suivent, le sourire et le lait de coco, ça ne va pas suffire. Les sujets ont quasiment tous des relents de salles d’opération. A la question «Le "liquid lift" va-t-il tuer le lifting ?», la réponse semble être non, avec cet argument savoureux: «le lifting n’est pas si cher. Il coûte 5 000 euros, mais les injections c’est non-stop !».

Plus loin, dans l’article « Crèmes, piqûres : ce que les médecins choisissent pour elles », des dermatologues et des chirurgiennes esthétiques exposent leur propre traitement anti-âge. Tiens donc ! Elles passent quasiment toutes par la case «lifting dans quinze ans», «Toxine botulique trois fois par an» ou «chirurgie des paupières».

Une série de portraits intitulée « Elles ont tout compris ! » montre des femmes de 36 à 66 ans et leurs «réflexes esthétiques ». Là aussi, on est noyé sous la toxine botulique, la toxine hyaluronique (à ne surtout pas confondre, semble-t-il) et les projets de chirurgie. Dans ce numéro qui pourrait s’intituler « La chirurgie plastique pour les nulles », on nous explique même comme lire un devis d’acte esthétique avant ravalement, avec un glossaire «Spécial débutantes» pour bien faire la différence entre laser antitâche, laser fractionné, peeling moyen, méso-réjuvénation…

Pacte faustien

Elle essaie bien de nuancer son propos, avec un papier sur les ratés de la chirurgie («Ça devait me rajeunir, ça me vieillit», ah oui, c’est fâcheux !) et cette question, aux accents quasi-métaphysiques : «Le Botox rend-il heureuse ?». Soulagement pour l’accro aux injections : aux Etats-Unis (grande patrie de la chirurgie et du Botox) certains médecins affirment que la toxine botulique, qui a décidément tout pour plaire, est un remède contre la dépression…

En attendant, ce qui est vraiment déprimant, c’est la lecture de ce numéro, anxiogène au possible. Est-il possible de vieillir sans passer par le billard, et sans débourser des milliers d’euros ? Etrange pacte faustien que celui de Elle, qui en adoptant ces injonctions à la jeunesse éternelle, semble avoir vendu son âme aux chirurgiens plastiques. On ne peut s’empêcher de penser à la scène mythique du film Brazil, où la mère du héros, obsédée par son apparence, se fait étirer exagérément le visage. C’est peut-être cette femme, en fait, que Elle aurait du mettre en couverture…

Delphine Le Goff

mardi 23 novembre 2010

Et si la jeunesse était éternelle ?

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Billet initialement publié [chez Nicolas Bordas - qu'il en soit remercié :]

Quand Nicolas Bordas m'a proposé de m'essayer à mon tour à la (visiblement fameuse) ascension du #cocotier, j'ai accepté bien volontiers, d'autant plus lorsqu'il m'a confié que les contributrices étaient trop minoritaires... Encore fallait-il trouver un sujet idoine, accrocheur, susceptible d'entraîner un maximum de lecteurs. J'aurais pu parler sexe en biaisant cela par un angle techno (dommage, c'est déjà fait), ou encore écrire un énième sujet sur telle marque tech en pleine ascension - ou en pleine descente aux enfers (sujets que je préfère réserver à mon employeur...).

Jeunesse éternelle sur pellicule argentique

En cette fin d'année, propice aux bilans et autres rétrospectives, j'ai préféré partager avec vous deux créations qui m'ont bluffée cette année, d'un point de vue culturel et "sociétal". Il y a eu cette expo photo de Larry Clark, qui donne à voir plusieurs générations d'ados, à la jeunesse éternellement saisie sur des pellicules argentiques. Alors oui, il y a eu cette polémique autour de leur côté (supposé) sulfureux, qui a valu une interdiction de cette expo aux mineurs... Un fait intéressant, on ne peut plus révélateur d'une certaine frilosité ambiante - les photos quelque peu plus complaisantes de Nan Goldin, exposées en 2006 http://icartiens.com/spip.php?article195 au Centre Pompidou n'ont guère suscité un tel émoi.

J'en ai parlé ici , cette expo est follement touchante parce que l'on y voit avant tout des portraits d'ados, parfois disparus depuis ces shootings, aufil des décennies - des punks des années 80 aux skateurs des années 90, ensuite filmés par Larry Clark dans Wassup rockers. Des ados nous renvoient à notre propre adolescence. Des portraits d'ados, miroirs (peut-être déformants) qui auraient dû avant tout être vus par les ados...

"Skins", série post-punk

Un autre miroir pour ados m'a bluffée ces dernières mois: la série britannique "Skins" (qui a bien sûr sa page officielle, son fil Twitter etc). Vous avez peut-être entendu parler de cette série créée par Jamie Brittain et Bryan Elsley, et diffusée depuis janvier 2007 sur la chaîne E4 (rediffusée par Canal + en France), qui a bien cartonné là-bas (1,4 millions de personnes ont suivi l'épisode pilote sur E4). On en a parlé en France pour les soirées d'ados quelque peu dévoyées qu'elle a suscitées (lesquels ados, "génération Facebook" oblige, exposent sans pudeur leurs photos, comme le montre cette simple Google search ).

A mille lieues de"Berverly Hills" et autres niaiseries, là, on y aborde l'homosexualité, l'abus de substances illicites, la pauvreté, la grossesse, l'anorexie, les familles monoparentales et à problèmes, les troubles de la personnalité, l'autisme et la mort. Parfois c'est un peu trash, ça nous secoue, nous émeut, ça nous retranche dans nos limites, mais c'est profondément réaliste. Là, c'est la jeunesse (parfois) dissolue de lower middle class british (la série se déroule à Bristol, dans le Sud-Ouest de l'Angleterre) qui est mise en scène, avec l'accent des quartiers popus (série à regarder absolument en VO).

"Somptueuse série sur les affres/atermoiements/Illusions/Désillusions de l'Adolescence" m'écrit @Co_SwEuphoria sur Twitter, la mise en scène y est soignée, hyper réaliste, alors que la série a pour marque de fabrique de recourir à de jeunes acteurs inconnus, et que le casting est intégralement changé toutes les deux saisons, créant ainsi une nouvelle génération de personnages, auxquels on s'attache durant quelques épisodes. Du beau gosse manipulateur Tony à Cassie, anorexique un peu fraca, en passant par Chris, fêtard invétéré et amoureux de sa prof (saisons 1 et 2), jusque le skater cool Freddie, et Cork, le post-punk provocateur.

De manière assez remarquable, elle comporte une série de références culturelles intemporelles, qui en font une série totalement post-punk: Cork (le personnage le plus touchant) est sapé en Levi's, Fred Perry (marque culte des mods Britisth dans les années 80, pour mémoire, qui commence à être portée par de jeunes bobos ;), Harrington Jacket...

Sans compter la bande-son musicale de folie (sur la version British en tous cas - pas sûre que l'on l'a retrouve dans les diffusions et DVD à l'étranger pour des raisons de droits d'auteur...), patiemment listée pour partie ici, entre autres blogs de fans: des Sex Pistols en passant par Blur, les Clash, Motorhead, The Drums, Sparklehorse, les Pixies... D'après ce même blog, pour la saison 4, la production a carrément nommé un superviseur musical, et signé un contrat avec un label/éditeur (Artists Without A Label), avec pour idée de faire appel à des groupes non-signés pour les faire connaître sur la bande originale des différents épisodes de la saison.

"Forever young"...

mardi 21 septembre 2010

Le New York Times s'intéresse à l'info micro-locale et personnalisée

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Intéressante initiative du New York Times qui, décidément, n'en n'est pas à sa première tentative d'innover en matière de journalisme en ligne et de Web social.

Cette fois, il s'intéresse à l'info très locale, en lançant un site d'information micro-locale, The Local East Village, dédié à un quartier de Manhattan, d'après cette dépêche reprise par Les Echos, et Mashable.

Mais il ne s'arrête pas là: il va créer un service d'informations personnalisé et social intitulé News.me, en partenariat avec le fonds d'investissements Betaworks, spécialisé dans les entreprises internet. Betaworks, qui a aussi pour immense avantage d'être particulièrement bien installé dans l'univers du microblogging, notamment via ses sociétés TweetDeck (un des principaux clients Twitter) et Bit.ly (qui permet de raccourcir les adresses de sites postées sur Twitter).

News.me devrait être lancé d'ici à la fin de l'année, dans un premier temps sous forme d'une application pour la tablette iPad d'Apple.

Nous arrêterons de publier le New York Times à un moment dans le futur

Un nouveau d'expérimentation qui n'est pas vraiment fortuit, alors que comme beaucoup de quotidiens, le NY Times remet en question le concept même du quotidien papier. Lors de la 9th International Newsroom Summit organisé par la World Association of Newspaper (Wan-Ifra) à Londres, le 8 et 9 septembre 2010, le patron du NYT en personne, Arthur Sulzberger Jr, a prédit la fin éventuelle du journal papier.

À une question posée sur une prédiction selon laquelle le NYT devra arrêter de publier sa version papier en 2015, il a répondu: nous arrêterons de publier le New York Times à un moment dans le futur, mais la date reste à être déterminée.

L'éditeur plaisante, mais les chiffres de diffusion payante du quotidien ne plaident pas pour une survie de la version papier. Le NYT a vu ses ventes reculer de 8,5 % sur un an entre 2009 et 2010 (pour l'édition de la semaine), tout comme les 25 plus gros journaux américains. Les revenus publicitaires sont également en chute libre, les journaux américains ayant perdu 44 % de leurs revenus publicitaires entre 2005 et 2009. Le journal va d'ailleurs basculer vers le tout-payant en 2011, rendant ses articles payants.

mercredi 15 septembre 2010

La couv' de la semaine (2): Les Inrockuptibles nouvelle formule

La deuxième couv' de la semaine, c'est évidemment celle des Inrocks, qui sort sa nouvelle formule, en kiosques aujourd'hui. Un lancement en grande poupe, avec une teuf très parisienne hier soir, et une campagne d'affichage publicitaire volontiers provoc'.

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Thanks @ enikao pour la photo

Il y avait eu pas mal de teasing pour cette nouvelle formule, qui marque un virage éditorial pour l'hebdo, avec plus d'actu et de politique qu'avant... Quitte à le rapprocher des autres hebdos d'actu ? Côté historique, au départ trimestriel, le magazine rock a testé la formule mensuelle de 1992 à 1995, puis est repassé en hebdo avec une nouvelle formule en 1995, élargie à l'ensemble de la culture. L'élargissement à la politique et l'actu était déjà net depuis le début des années 2000.

Ce matin, sur France Info, son nouveau patron, Mathieu Pigasse (le banquier de gauche de la banque Lazard, dandy qui s'habille en Dior... d'après son trèèès léger portrait dans le dernier Paris-Match promettait "30 pages de plus (50 pages de plus cette semaine, une nouvelle maquette plus moderne et plus aérée, plus de photos, plus d'actu politique, d'international, et de faits de sociétés avec un ton que nous espérons différent des autres, décalé, insoumis"". Des pages qui s'ajoutent à la culture, ce qui constitue l'ADN des Inrocks à l'en croire.

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Qu'est-ce que cela donne dans les faits ? Déjà, on remarque le changement net de la couv', en papier mat plus épais (et plus classe) qu'avant, le changement de logo. Peu de titres en Une (qui ne mentionne d'ailleurs pas la nouvelle formule). Pour un prix qui a été baissé 2,50 €au lieu de 3,30 € jusqu'à présent, ce qui fait des Inrocks "le moins cher des news", affirmait Matthieu Pigasse sur France info. Je me demande comment il vont tenir - et être rentables - sur ce prix tout en ayant augmenté la pagination... Et de fait, Les Inrocks ancienne formule comptait une centaine de pages en moyenne.

Visiblement, les ventes de pub ont suivi pour cette nouvelle formule, avec 30 pages de pub sur 146 pages en tout.

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Bon,donc le mag s'ouvre sur une double d'actu "7 jours chrono", avec des actus culture/politique repérées par la rédaction. Ensuite, preuve que la culture reste prédominante dans cette nouvelle formule, 4 pages d'hommage à feu Claude Chabrol. La fameuse "courbe de la hype" (ça va/ça vient") est reprise avec "la courbe", au design plus moderne, où l'on retrouve toujours les mots-clés, personnages et phénomènes du moment.

Politique / actu / culture

Propre à cette nouvelle formule, une grosse place (10 pages !) consacrée au président brésilien Lula. Et donc une incursion assez remarquée de la politique, dans 8 pages couleur crème, sous le nom de rubrique "tout nu". Qui s'ouvrent avec une nouvelle signature, Thomas Legrand, déjà chroniqueur politique sur France inter.

Le reportage au long cours sur "Grenoble entre deux feux", l'intéressante enquête sur les subventions pas forcément très licites du PS dans la région Paca tendent aussi à rapprocher Les Inrocks d'un hebdo d'actus généraliste.

Ce qui est contrebalancé par un papier sur le personal branding des journalistes via Twitter (déjà lu en bonne partie dans ''Libé'' récemment mais c'est pas grave), un focus sur le bioptic à venir en salles du groupe les Runaways, une enquête qui s'interroge sur l'avenir de TF1 (tiens, ce papier je l'aurais bien vu dans Télérama)... Nous voilà rassurés : l'ADN culturel-branché un peu provoc' des Inrocks est bien conservé.

D'ailleurs, les chroniques de sorties cinéma, musique, livres, théâtre, expos sont bien conservées, totu comme les rubriques médias et Net.

Bilan ? La maquette est plus pêchue, plus aérée, ce qui est manifeste sur les pages d'ouverture. J'aime bien les discrets codes couleurs et les onglets verticaux par rubriques. n magazine plus riche, c'est sûr, mais j'ai l'impression que l'hebdo culturel est dilué dans un hebdo d'actualités.

La couv' de la semaine (1): Gala met ses people (presque) en 3D

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Rentrée chargée du côté des médias, où les nouveautés, nouvelles formules et innovations affluent dans les kiosques. Un petit focus d'abord sur cette opération marketing du magazine Gala (groupe Prisma) , qui a sorti son édition du 15 septembre (presque) entièrement en 3D.

Philippe Labi, éditeur du pôle actualité-people-télévision du groupe Prisma, annonçait ainsi le 6 septembre que des lunettes 3D Gala seraient offertes avec le magazine, et toutes les rubriques publiées en 3D.

Première dans l'histoire de la presse, vraiment ?

Cela ne pouvait que m'encourager à acheter Gala en kiosque pour la première fois (oui, j'assume on snobisme ;). Effectivement, avec le magazine à son prix habituel (2,20 €), on a droit à une paire de lunettes "3D" de plus basiques (en carton avec des verres en plastique rouge et bleu). L'opération ne concerne que le mag grand format, le format mini étant vendu, lui, en version classique.

Une première dans l'histoire de la presse, annonce en toute modestie ;) Philippe Labi dans son édito, qui prête à la 3D la capacité de rendre les images vivantes. Pour cette opé, Prisma a fait appel à Philippe Belvezet (société Disc).

L'opé est sans doute une première dans l'histoire de la presse people... Rappelons tout de même au passage que Prisma est loin d'être le premier à mener une opé "magazine 3D": en son temps, Pif Gadget a déjà été vendu avec des lunettes similaires, ou, plus récemment, le magazine L'Ecran fantastique de Juillet/Août 2009 (numéro 300). D'autres exemples sont légion dans la presse féminine: le dernier numéro de ''Vogue'' Italie, le magazine néo-zélandais Remix en juin dernier

Une opé (aussi) pour les annonceurs

La promesse marketing: le lecteur profitera de son numéro sans aucune de perte de qualité de l'image. Bon, j'ai un petit doute : sans les lunettes, il y a un flou, une irrégularité dans la plupart des photos couleurs "adaptées" à la 3D. Avec les lunettes, de nombreux détails et bonus visuels vous sauteront aux yeux, une fois mis en relief, promet-il encore. Là encore, suis dubitative: l'effet 3D est loin d'être toujours parfait.

pub3D Gala

Qu'est-ce que cela donne au feuilletage ? Alors effectivement, toutes les pages de pub sont en 3D, un pictogramme le signale d'ailleurs. On imagine l'effort d'adaptation que cela a nécessité pour les annonceurs... Je me demande si cela a représenté un surcoût important pour eux, ou si c'est Prisma qui a pris en charge l'ensemble des frais. Mais cette opération au vernis innovant, alors que l'on ne parle que d'écrans 3D, a sûrement eu les faveurs des annonceurs, et permis à Gala de vendre facilement ses espaces publicitaires (voire plus cher)... De fait, ce numéro est quelque peu blindé de pub: une cinquantaine de pages de pub (en 3D donc) sur 190 pages au total...

Pub, Michel Polnareff, mode, beauté... en 3D

Gala Polnareff

Au fil des pages, les rubriques news, shopping, mode, beauté, people sont elles aussi toutes imprimées en 3D. L'effet est d'ailleurs plus bluffant sur les pubs que les pages magazine, les publicités étant en pleine page, voire en page double.

Mais cela a quelque chose d'un peu surprenant de voir Michel Polnareff (qui a lui-même chaussé ses éternelles lunettes noires) annoncer qu'il va être papa sur 6 pages, qui s'ouvrent par une double 3D. Je ne suis pas une habituée de Gala, mais je me demande s'ils n'ont pas privilégié les photos de people en pleine page pour miser à plein, là aussi, sur l'effet 3D.

Logique, l'effet 3D est invisible sur les photos en noir et blanc, comme celles qui illustrent le sujet sur Simone Signoret et Marilyn Monroe. Enfin, l'effet est spectaculaire sur les sujets qui s'y prêtent, qui permettent une certaine profondeur de champ (les photos de tournage du prochain film de Jacques Malaterre sur l'Homme de Néandertal, des photos de mode dans Londres), mais moins à mon sens sur les shootings de mode.

Simple ficelle marketing, ou nouvelle forme d'édition qui offre une lecteur une expérience différente sur les images? A suivre...

lundi 13 septembre 2010

Un live de David Bowie en DVD avec Télérama

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Bien vue, cette initiative plus-produit de Télérama, qui se déroule en ce moment - depuis début septembre jusqu'au 6 octobre. Chaque numéro de l'hebdo est vendu en kiosques avec le DVD d'un concert (après les Rolling Stones et U2, le numéro de ce mercredi sera vendu avec un DVD live de David Bowie - avis aux fans...).

Ce n'est pas la première fois que l'hebdo culturel mène ce genre de politique - leurs abonnés ont eu l'occasion d'acheter des coffrets de DVD musicaux de grande facture (j'ai eu entre les mains un de leurs coffrets DVD vendus l'an dernier, un doc d'époque sur les Sex Pistols, un petit bijou). Mais là, c'est une politique de fidélisation assez agressive, le DVD étant vendu à bas prix (7,60 €). Une manière de chasser directement sur les terres des Inrocks, qui lancent précisément une nouvelle formule ce mercredi... Nouvelle étape dans la guerre des hebdos.

lundi 23 août 2010

Bientôt la fin des journaux papier à bord des avions ?

journaux

Flickr/Creative Commons - Certains droits réservés, Groume

Devra-t-on bientôt se passer des journaux à bord des avions ? Perso, j'adore pouvoir accès à une multitude de titres de presse anglo-saxonne à bord d'un avion long-courrier, un des meilleurs moyens de se reconnecter à la vraie vie en rentrant...

C'est Singapore Airlines qui s'apprête à donner un coup de pied dans la fourmilière. Bientôt, le passager voyageant à bord de ses avions ne trouvera bientôt plus les classiques revues de bord.

Magazines en version numérique sur écrans individuels

Imaginez, c'est assez vertigineux. A terme, les magazines ne seront plus disponibles en version papier, et se liront sur les écrans individuels qui équipent tous les avions de la flotte. Pour l'instant, certes, cela concerne uniquement les revues dédiées de près ou de loin à la compagnies aérienne, guides de voyage et autres catalogues de produits proposés en duty free. Mais Singapour Airlines réserve bel et bien le même sort aux différents titres de presse écrite. Elle prévoit ainsi de proposer uniquement en version numérique une centaine de magazines, livres et quotidiens aujourd'hui distribués à bord.

Depuis le 31 juillet, la compagnie asiatique teste ce type de prestation pendant un trimestre à bord de deux Boeing 777-300ER. Elle sera ensuite étendue à deux Airbus A380, puis à l'ensemble de la flotte.

Migration

Concrètement, pour cette migration très numérique des journaux, Singapore Airlines se base sur le système de divertissement Panasonic eX2, qui équipe toute sa flotte aérienne. Grâce à celui-ci, un serveur informatique distribue au réseau Intranet les films, CD, programmes TV de divertissement, jeux... Classique: les autres compagnies aériennes utilisent des systèmes similaires. Mais là, Singapore Airlines permet donc aussi d'accéder à une version numérique des publications.

Le passager, lui, aura toujours accès à la dernière édition. La presse mise à bord sera, en effet, la même que celle diffusée en France car elle pourra être téléchargée sur le serveur informatique de l'avion lors de l'escale à Tokyo ou à Los Angeles, et ce sans attendre, comme c'est le cas actuellement, le retour de l'avion à Paris.

Économie de carburant et de papier

Argument évoqué par Singapore Airlines: cette numérisation des supports imprimés à bord des avions permettra de réaliser des économies substantielles sur le carburant dépensé à transporter des magazines pesant au total des tonnes.

En clair, la compagnie aérienne allègerait ainsi (un peu) son CO2 émis... Pas faux: imaginez, le magazine de bord d'Air France, par exemple, pèse près de 500 grammes. "Ce sont donc plus de 250 kg, soit l'équivalent de trois passagers, embarqués à bord d'un Airbus A380. Ils pourraient être remplacés par quelques grammes si l'on utilise les mémoires informatiques modernes. Chaque jour, chaque avion économisera alors environ 200 kg de carburant lors de ses allers et retours. Au niveau de l'ensemble de la flotte de la compagnie, le gain s'élève à une dizaine de tonnes de kérosène par an et trois fois moins de CO2 dispersé dans l'atmosphère", précisait récemment l'AFP.

Et des hectares de forêts seront préservés. Du même coup, évidemment, la compagnie aérienne économisera les frais de mise en page et d'impression des magazines.

Un argument écolo - et économique - qui se tient, donc. C'est au moins aussi significatif que de remplacer des verres par des gobelets en plastique. Et qui pourrait très probablement séduire d'autres compagnies aériennes.

Un réseau de distribution pour les éditeurs de presse

Mais son tournant numérique pourrait gêner aux entournure les éditeurs de presse écrite. Alors que mine de rien, la distribution (gratuite il va sans dire) des journaux, surtout quotidiens, à bord des avions, est pour eux une manne non négligeable. Qui leur permet dans la foulée de gonfler leurs chiffres de diffusion payante, et de devenir gratuits en catimini.

iPads pour clients VIP

Mise à jour lundi 23/08 à 14h30: il me fallait mentionner cette initiative très révélatrice, que m'a signalée avec beaucoup d'à-propos @jnchaintreuil : certaines compagnies prévoient carrément de mettre à disposition de leurs clients des iPad, avec à la clé l'accès à la dernière édition numérique de journaux et magazines... C'est la compagnie française iXair qui a monté cette offre Bluebox Avionics, d'après le blog VIPad.fr.

Déjà les clients ultra VIP des jets de la compagnie aérienne d'affaires Ixair ont à leur disposition des iPad avec des titres comme Time Magazine, USA Today, Le Monde, Paris Match en version numérisée. Peut-être, un jour, Air France...

Màj le 29/08: merci à ElectronLibre, Owni, Rue89, et Slate pour les reprises

vendredi 13 août 2010

Vers des émissions télé de comédies musicales ?

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Pendant longtemps, l'été a été la grosse période creuse pour l’industrie du cinéma, durant laquelle les studios en profitaient pour refourguer nanars et films à moitié ratés. Mais c’est de moins en moins le cas depuis quelques années – les salles de ciné connaissent même une seconde vie au cœur de l’été, alors que l’on fragmente davantage ses vacances.

Cette année, l’été pourrait bien consacrer le retour de la comédie musicale aux US. C’est le populaire news USA Today qui l’affirme, au point d’en avoir fait sa couv’ le week-end dernier. On assisterait au grand retour des comédies musicales au cinéma, alors que le troisième volet de "Step Up" (sorti sous le nom de "Sexy Dance" en France) sortait aux US vendredi dernier. Et occupait dès le premier jour la tête du box-office, avec 5.5 millions de dollars de recettes réalisées.

Déjà les deux premiers volets de "Step Up" avaient généré 262,8 millions de dollars de chiffre d’affaires, tandis que le troisième volet (tourné en 3D) a coûté la bagatelle de 30,2 millions de dollars.

Chaque décennie a eu sa comédie musicale – culte : "Grease" dans les années 70, qui consacrait John Travolta, "Fame" et "Flashdance" dans les années 80, Footloose (dont un remake doit sortir en 2011)… et bien sûr "Dirty Dancing" avec Patrick Swayze en 1987 – film cultissime pour les collégiennes des 80’s (j’en suis !), comme on a pu le vérifier lors du décès de P. Swayze.

Leur point commun: ils récoltent leur lot de critiques assassines dans la presse… avant de devenir cultes dans la décennie qui suit.

"Dance film" pour ados

Là, depuis la sortie de son premier volet en 1986, "Step Up" – et sa copie conforme britannique, "StreetDance 3D" - consacrent une variante, le « dance film », une sorte de "film musical" un peu cheap, avec au menu romances hip-hop, intrigues simplistes, et jeunes acteurs venus de la danse – logique, ils sont là avant tout pour leurs performances.

Pour entretenir la marque Step Up, son réalisateur, John M. Chu, recourt largement aux réseaux sociaux: il nourrit les pages dédiées Twitter, Facebook et MySpace de news. Quitte à y tester la popularité du concept Step Up : récemment, à la question (quelque peu orientée ;) "Pourquoi aimez-vous les films Step Up ?", il a récolté 300 réponses d’un peu partout dans le monde – Allemagne, Pakistan, Tunisie, Italie, Irak, Kenya, Russie, Egypte, Grèce… Une bonne manière de fédérer une communauté de fans. Déjà pour le second volet, il avait lancé un appel à candidatures à des talents potentiels via MySpace.

Il compte d’ailleurs creuser le sillon : il a lancé en juillet une web-série dérivée sur Hulu (une plateforme dédiée aux séries en ligne), "The legion of extraordinary dancers".

Nouveaux formats télé

La télé s’est emparée à son tour de ce genre, et tente d'y greffer de nouveaux formats, entre télé-réalité et jeux. Avec notamment "So you think you can dance", reality show diffusé sur Fox TV, "Dancing with the stars", sa concurrente sur ABC, et bientôt "America’s Best Dance", une sorte de jeu à venir sur MTV US, dont les premiers gagnants assurent des shows à Las Vegas.

Et bien sûr, il y a la sensation "Glee", une série télé dénichée par la Fox, qui met en scène des ados talentueux cherchant à monter leur comédie musicale, et a ses sites de fans jusqu'en France.

Reste à voir quand - ou du moins si - la tendance débarquera en France, alors que les "Star Academy" et "Nouvelle Star" - basées sur les performances individuelles d'apprentis chanteurs, et non les performances collectives de groupes - s'essoufflaient sur les dernières saisons.

dimanche 11 juillet 2010

"Médiapart": une marque, la consécration du journalisme d'investigation numérique

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La consécration. Depuis quelques semaines, dans le cadre de l'affaire Bettancourt, dont il a fait une affaire Woerth-Bettancourt, en publiant le 16 juin des enregistrements de conversations très perso de Liliane Bettancourt, Mediapart marque un nouveau tournant pour la presse en ligne. Et, en égrenant les scoops au fil des jours, se distingue de ses petits camarades "pure players du web", Rue89, Bakchich...

Journaliste d'investigation en ligne

Car au fil des jours, il a vu ses abonnements en ligne augmenter, chaque jour, grappillant jusque 300 nouveaux abonnés par jour. Aux dernières nouvelles, il compterait près de 30 000 abonnés à la version payante de son site (5 000 nouveaux abonnés depuis le début de l'affaire), contre 2 500 début mai, comme me le précisait alors son rédac' en chef Bruno Bonnet.

Du coup, le site d'infos créé par Edwy Plenel s'est d'autant plus légitimé comme site de journalisme d'investigation à l'ère du numérique. Et s'est même imposé comme marque média (comme le soulignait Alain Joannes), étant relayé par les médias classiques (radios, télés, presse écrite). Avec des valeurs telles que l'indépendance vis-à-vis du pouvoir, l'enquête. Et du coup, est devenu connu du grand public.

Coup de projecteur sur les pure players du Web

Un phénomène inédit, un événement politique, mais aussi un virage positif pour la presse en ligne. Alors que c'est la première "affaire" qui explose à un moment où Internet s'est imposé comme support pour de nouveaux médias, qui n'avait pas la même force de frappe lors des autres grandes affaires. Par définition, c'est un média de l'immédiateté, très réactif, où l'on peut publier l'info en temps réel. Pas besoin d'attendre l'édition du lendemain ou de la semaine, comme ce fut longtemps le cas pour la presse écrite...

Car par extension, au-delà du cas de Mediapart, cela a apporté un coup de projecteur médiatique sur les Bakchich, Arrêt sur images.net, Slate, et autres Rue89, créés par des journalistes expérimentés venus de la presse papier, qui y ont importé leurs méthodes de travail - et d'investigation - et nourris par le travail de jeunes journalistes, qui prennent donc le relais pour ce travail d'investigation à l'heure du Net. Les relais précédents de telles actus? C'étaient Le Canard Enchaîné, L'Express, ou Le Monde qui les révélaient.

Un phénomène dont ont aussi profité les sites web de titres de presse comme LePoint.fr, qui a lui aussi dopé ses audiences grâce aux écoutes téléphoniques qu'il a mises en ligne le même jour que Mediapart.

Modèle économique, nouveaux types de récit journalistique

Médiapart a aussi osé miser sur un modèle économique hybride, avec des contenus en bonne partie payants, et une édition papier. Le modèle payant étant rarissime dans la presse en ligne: dans un échange donnant-donnant, ils sollicitent une certaine forme de soutien - et de confiance - de leurs abonnés.

mediapart

Comme d'autres, ils testent aussi des formats innovants, comme la "carte mentale" de l'affaire Woerth-Bettencourt, un format plutôt anglo-saxon, mais qui demeure rarissime en France. Un format proche du journalisme de données qui fait beaucoup débat en ce moment - Owni résume aussi, à sa manière, l'affaire en une image - mais qui permet ici de résumer, d'un coup d'oeil, un dossier complexe.

Certes, les journaux papier ou JT sont coutumier de cet exercice journalistique, mais ici ils ne l'ont pas fait. Surtout, Mediapart l'utilise avec des ingrédients propres au Web, pour en faire un document infiniment plus riche, plus interactif. Pour aboutir à une forme de carte interactive, un format qu'ont testé déjà il y a quelques années des start-ups visionnaires, comme le RTGI. En un clic, chaque point de la carte nous renvoie à un article, chaque images constitue la porte d'entrée à un article, un document complémentaire, ce qui permet à l'internaute d'avancer dans son enquête perso.

mardi 15 juin 2010

La couv' de la semaine: Rue 89 / Le mensuel: du web au papier...

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Parcours surprenant pour Rue89, le site d'infos généraliste en ligne qui a choisi un second support : un titre de presse papier, Rue 89 - Le mensuel donc, qui sera disponible en kiosques à partir de demain.

J'ai eu la chance de pouvoir le feuilleter en avant-première, donc ça mérite un nouvel exercice de feuilletage virtuel, que j'ai déjà eu l'occasion d'exercer ici.

La démarche d'abord: étrange, ces pure players du web qui choisissent d'investir les kiosques à journaux. J'ai eu l'occasion d'en parler sur 20minutes.fr il y a quelques semaines, et encore dans cet article.

En résumé, cela leur permet de partir à la conquête d'un nouveau lectorat qui ne connaissait pas forcément leur site, de gagner en visibilité, et de diversifier leurs revenus, notamment en attirant les annonceurs. De fait, ce premier numéro de Rue89 papier compte 9 pages de pub: pas mal pour un magazine d'une centaine de pages...

Format mini

Ce mensuel sera donc vendu 3,90 €, et si Rue89 a mis les moyens pour ce premier numéro (diffusé à 85 000 exemplaires en kiosques), il lui faudra assurer une vente moyenne de 20 000 exemplaires par numéro pour atteindre le seuil de rentabilité.

Première surprise lorsqu'on l'a entre les mains: le format. Certes, c'est un mensuel, mais ici, pas de grand format en papier glacé , plutôt un mag au format mini: le Glamour de l'info géné, pour résumer un peu vulgairement. En tous cas, je trouve assez osé qu'ils aient opté pour ce format mini, plutôt en presse féminine, mais pas dans les presse d'infos "sérieuse". Un format qu'a certes adopté aussi Le Monde pour son nouveau mensuel, me faisait remarquer une collègue. Reste à voir si le lecteur accrochera, d'autant que le prix au numéro est relativement élevé...

La maquette, ensuite. Étonnamment, le sommaire reste très fidèle à celui de Rue89 en V.O. sur le web. Ils ont conservé les codes-couleurs, et les intitulés de rubriques ou de rendez-vous récurrents. Le sommaire est basique: "la rencontre", "la politique", "la société", "le monde", ainsi que les déclinaisons de Rue89 déjà présentes sur le Web (qui se sont presque imposées comme des marques), "Eco89", "Planète89", et "Rue69", émanation d'un des blogs érotiques féminins les plus réussis à mon sens.

Transposition du web au papier

Rue89 a fait le pari de proposer environ "70% de contenus issus du web, que nous avons réadaptés, et 30% de contenus originaux "produits pour le papier", m'expliquait Pierre Haski, directeur de la rédaction et co-fondateur de Rue89. Gonflé: le lecteur acceptera-t-il de payer pour des articles qu'ils trouve déjà en grande partie (gratuitement) sur le site web de Rue89 ?

En fait, plus qu'une déclinaison de la "marque" Rue89 en magazine, il s'agit presque d'une transposition du web vers le papier. Ce qui est loin d'être illogique: il s'agit donc pour eux de conquérir de nouveaux lecteurs, qui ne connaissent pas forcément leur site.

Rue892

Le lecteur est loin d'y être perdant: cela permet à Rue89 de valoriser ses articles (qu'ils aient déjà été publiés sur le web ou pas), grâce à une maquette, des illustr, des photos... J'aime bien, par exemple, des effets de maquette assez osés comme celui ci-dessus. Surtout, il s'agit de rentabiliser leurs écrits, en les déclinant sur un second support: "les producteurs de contenus doivent rentabiliser leurs articles sur plusieurs canaux", m'expliquait l'expert des médias (mais pas que...) Jean-Clément Texier.

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Dans les pages, la maquette est assez classique, en même vivante, très mag, avec la part belle donnée aux photos. Surprenant, ce choix éditorial - très culture web en somme - de publier une sélection de commentaires d'internautes à la suite d'articles repris du web.

En le feuilletant, on a donc des news, des interviews au long court, enquêtes (bon sujet - fact checking sur les 3 premières années de mandat de Nicolas Sarkozy), un (timide) portfolio, des chroniques culture vers la fin, et enfin, les bonnes feuilles d'un essai d'un philosophe sur le foot.

And next ? Reste à voir si Rue89 version papier trouvera sa place en kiosques, alors que pour Bakchich - qui a certes une ligne éditoriale très différente - l'essai semble difficile à transformer...

dimanche 6 juin 2010

Usbek & Rica/Snatch/Megalopolis/L'Imparfaite: ils sont jeunes, ils en veulent...

Ils sont jeunes, et sortent tout juste d'école de journalisme ou de Sciences Po, voire sont encore étudiants. Leur premier réflexe en se frottant au monde du travail ? Lancer leur propre canard. Coup sur coup, plusieurs nouveaux journaux ont été lancés ces derniers mois. Pas de simples feuilles de chou distribuées aux potes ou dans les travées des amphis, non, de vrais canards, avec parfois un budget de lancement conséquent, ou de nouveaux circuits de distribution. J'ai connu quelques précédents, comme celui de Terra Eco, initialement lancé uniquement sur le Net et sur abonnements avant de franchir le pas de la sortie en kiosques, pour lequel j'avais participé au lancement les premières années.

Alors voilà, comme on parle (trop) souvent de la crise de la presse, il fallait parler de ces titres de presse papier - et encore... je ne parle pas ici de ces nouveaux pure players du web, tel Owni, alternatives aux Rue89 et autres Bakchich, dont je parlais dans ce papier pour 20minutes.fr.

Usbek & Rica, la nouvelle revue/livre vendue en librairies

C'est la dernière-née: lancée cette semaine, calquée sur le modèle à succès de la revue XXI, la revue trimestrielle Usbek & Rica est vendue exclusivement en librairies (et bien sûr par abonnements). Jolie maquette (quoi qu'un peu plus austère que celle de XXI), papiers fouillés, un peu de BD, photojournalisme et nouvelles, on est ici entre XXI, donc, mais aussi Wired, Technology Review, et les ex-Transfert et Futur(e)s.

Papier mat et épais, ce magazine pas donné (15 € le numéro) repose sur un modèle entièrement sans pub, comme XXI. Malin, son fondateur a donc misé sur un réseau de distribution particulier, les librairies, comme j'en parlais cette semaine dans ce papier. Point de détail non négligeable, Jérôme Ruskin a 26 ans. Et une bonne partie de l'équipe de fondateurs est dans la même moyenne d'âge. Pour mener ce projet a bien, il a réussi à boucler une première levée de fonds de 500 000 € auprès de plusieurs investisseurs en surfant sur la loi TEPA, et via un prêt Oséo. Pas mal. Et auprès d'investisseurs divers, comme Stéphane Distinguin, de la FaberNovel.

Snatch, "le shot culturel"

Ils n'ont pas osé "le shoot culturel" ;), j'aime bien ce bimestriel culturel qui balaie large, avec une maquette simple et élégante. Au menu de ce second numéro: sujet sympa sur "la tektonik est-elle morte?", interview Robert Hue, analyse des stratégies marketing chez les littéraires médiatiques, retour sympathique sur le Paris skinhead des années 80 (jolie portfolio au passage), portrait de Jamie Lidell, et bien sûr des chroniques ciné, musique et jeux vidéos. Juste surprise de trouver quelques pages mode dont on ne sait pas trop ce qu'elles font là...

Reste à voir s'il se distinguera dans les nombreux magazines culturels indé déjà présents en kiosques...

L'imparfaite: revue érotique assumée

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Pré-visuels - crédits image : © Victoire Desprez ; Victoire Thierrée ; Kim Buisson ; Arnaud Lajeunie ; Agathe Philbé ; Orlando Soria.

J'avoue, celui-là, je ne l'ai pas (encore) eu entre les mains, je l'ai glissé dans cette sélection de magazines lancés par des jeunes journalistes parce que ma voisine de bureau m'en a parlé... Mais on en avait déjà pas mal parlé, de ce magazine un peu cul lancé sous le manteau par des étudiants de Sciences Po, dont le numéro 1 a été lancé le 12 mai, disponible notamment dans la boutique Passage du désir à Paris, et en ligne. Ici encore, ce sont essentiellement des jeunes journalistes qui sont à l'origine du projet.

Dans cette revue vendue 10 €, entre livre et magazine, on trouve une soixantaine de photos inédites, des textes analytiques et des reportages. Au sommaire de ce premier numéro: le triolisme aquatique, le coup d’un soir, ” Youporn Wonderland”…

Mégalopolis: le Grand Paris à travers un mag

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Non, il n'est pas question d'aménagement du territoire dans ce jeune magazine "du très grand Paris", lancé notamment par des anciens de Sciences Po (à peu près tous banlieusards ;), L'équipe de Mégalopolis, conseillés notamment par Renaud Leblond, directeur de la Fondation Lagardère, et Christian Fevret, fondateur et directeur des Inrockuptibles.

Son numéro 2, qui vient de sortir en kiosques, aborde entre autres, avec un ton volontiers sarcastique, la question de "l’ennui en banlieue" (certes, le reportage se limite à Versailles, Champigny et Deuil-la-Barre), les universités en Île-de-France, comporte un sujet prospectif bien vu sur l’immigration en Île-de-France en 2050... Y a des sujets pédagos, historiques (Passé/Présent: La cité-jardin de Suresnes), politiques, ou bassement matériels ("Où pisser à Paris ?).

Vendu 3 euros, ce "magazine de la génération Grand Paris" vise avant tout un public jeune. Le premier numéro, tiré à 7 000 exemplaires, était distribué dans plus de 1 500 points de vente (kiosques, librairies...) dans toute l'Île-de-France.

dimanche 18 avril 2010

Les couv' de la semaine : Causette et Fluide Glamour

Fluide Glamour

Deux, cette fois-ci. Car tous les deux le méritent, et ils ont plusieurs points communs. Dont de relever d'une sorte de presse féminine "féministe": ici, ce n'est pas de cette presse mag qu'on achète pour consommer - pas de rubriques shopping ou beauté, plutôt des postures, des reportages, des angles, du second degré... De la presse (presque) intello donc, mais qui ne se prend pas au sérieux.

Fluide Glamour d'abord : c'est le dernier-né des féminins, après les lancements, ces derniers mois, des hebdos féminins Grazia, Envy et Be (bien pouffe-mags pour certains d'entre eux à mon goût, comme je l'avais écrit).

Fluide Glamour, "magazine-BD" féminin et coquin

Il s'agit d'un magazine semestriel, émanation de Fluide Glacial. Comme son aîné, il s'agit avant tout d'un recueil de BD. A la différence que ce sont ici de jeunes auteures, pour l'essentiel, qui y signent, dont Aurélia Aureta (auteure de la BD Fraise et chocolat, coquine et marrante, qu'un ex bien avisé m'a fait découvrir). Sur 86 pages, le mag comptera 2 (!) pages de pub.

J'ai eu l'occasion de parcourir les épreuves de ce premier numéro (voir l'article que j'y ai consacré sur 20Minutes.fr) : outre les BD, il comporte des rubriques très second degré, signées par dse blogueurs. Dont un shopping sexy, un "éroscope horotique", un sondage "êtes-vous sexuellement désinhibé", un jeu (coquin forcément) "les dames en rut", une irrésistible enquête sur "l'homme-pétasse"... En fait, ce mag tourne en dérision la presse féminine old school. Son premier numéro sera lancé vendredi prochain (22 avril), mais vous pouvez déjà consulter son blog. A vos kiosques...

Causette, "Plus féminine du cerveau que du capiton"

causette

C'est à l'occasion son premier anniversaire qu'il m'a semblé plus que justifié d'en parler. Là, on est clairement dans la presse féminine-féministe (mais sans posture moralisatrice). Ca faisait longtemps que je voulais parler de ce mag idépendant, qui paraît tous les deux mois. J'adore leur ton mordant, très seconde degré, un peu trash, comme le laisse entrevoir la couv'.

Dans ce magazine charpenté de près de 100 pages, sans pub lui aussi, l'élégance de la maquette, la qualité des photos et des caricatures sont remarquables, sur un papier épais.

Leur "élection de la Quiche d'or" annonce la couleur : pour leur birthday justement, ils ont créé une sorte d'anti-prix féministe, pour dénoncer les projets ou personnes les plus rétrogrades. J'aime beaucoup, d'ailleurs, ce focus sur les sachets poubelle Vuitton (véridique).

détail causette

Ensuite, interview de Maïwenn Le Besco, sujets politiques intéressants, dont un sur les paramètres qui conditionnent le choix électoral (car il y en a des spécifiques pour les femmes, comme le démontre bien le papier)...

Puis un reportage hallucinant sur les "viols correctifs" qui ont été menés contre des lesbiennes en Afrique du sud. Toujours avec des photos de qualité. J'ai bien aimé aussi le dossier consacré au pied (!), la très bonne enquête intitulée "Je suis amoureuse d'un étranger que l'Etat n'aime pas" (à propos de ces "mariages gris" inventés par notre très inventif Eric Besson), un sujet sur le street art face à la justice, et une nouvelle en clôture. 4,90 €, dans tous les bons kiosques.

En fait, malgré la crise de la presse, j'ai l'impression que la presse féminine se porte bien : peut-être parce que l'on a toutes besoin de photos glacés de temps en temps... Mais des mags alternatifs débarquent aussi, comme ceux-ci, et c'est vraiment tant mieux.

mardi 30 mars 2010

Télé 7 Jours teste le plus-produit en réalité augmentée

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C'est une première, et Télé 7 Jours a sans doute eu du flair en choisissant de tester, à l'occasion de ses 50 ans, une des technologies les plus prometteuses et les plus excitantes pour cette année : la réalité augmentée. Concrètement, celle-ci permet de passer d'une image imprimée (ou une photo prise avec son mobile, ou encore une image saisie avec sa webcam) à une image animée en trois dimensions (3D), grâce à un logiciel. Du coup, elle fournit des informations complémentaires en surimpression d’un écran, voire de lunettes. Sur les écrans d’ordinateur, la réalité augmentée donne l’illusion d’interagir avec des objets virtuels.

Et justement, le magazine de télé propose à ses lecteurs une expérience assez particulière, et du même coup teste ce nouveau "format". Cela m'a donné suffisamment envie pour que je l'achète, pour la première fois... Avec cette édition spéciale, en kiosques depuis hier et pour une durée de 15 jours, Télé 7 jours propose une couv' un peu particulière avec Johnny Hallyday.

Le lecteur-internaute peut en effet faire vivre sa Une du mag en la plaçant devant sa webcam. J'ai testé, c'est assez simple : après avoir téléchargé une application (relativement lourde tout de même), et m'être connectée sur le site dédié aux 50 ans de Télé 7 Jours, en ciblant Johnny devant ma webcam, je vois subitement celui-ci s'afficher et s'animer, en surimpression du magazine, sur mon écran d'ordinateur ! Et on le voit jouer un morceau de sa dernière tournée.

Avènement de la réalité augmentée ?

Le résultat est assez bluffant, et surtout, c'est un très joli coup de Télé 7 jours, réalisé avec Total Immersion, LA start-up française spécialisée dans la réalité augmentée. Pour la première fois, un média grand public (qui tire tout de même, en moyenne, à 1,7 million d'exemplaires), expérimente de manière assez avant-gardiste cette techno. Pas sûr que cela convertisse du jour au lendemain le commun des lecteurs de Télé 7 Jours à cette techno - il faut avoir la curiosité - et le courage d'installer le logiciel, sa webcam, et se planter devant son ordi avec sa couv' dans les mains pour avoir la petite surprise virtuelle s'afficher sur son écran. Mais au moins, le magazine aura fait parler de lui comme étant LE premier à tester cela. Effet retour sur image garanti, donc.

Voici la p'tite démo vidéo réalisée par Thierry Moreau (directeur de la rédac de Télé 7 jours) himself :

Bon, j'avais eu le plaisir de croiser des passionnés de chez Total Immersion il y a une quinzaine de jours, qui m'avaient parlé de cette expérience média (mais je n'avais pas le droit d'en parler - grrr). Ce qui me semble vraiment intéressant est de voir que des secteurs d'activités classiques s'approprient la réalité augmentée, laquelle leur permet de glisser une dose de technologie dans leur industrie - et donc de se moderniser, me disait en substance un des responsables marketing de Total Immersion.

La maison d'édition un brin old school Nathan l'a bien compris : en novembre dernier, elle dégainait le "premier livre augmenté", Dokéo - Comprendre comment ça marche ! (Joël et Clément Lebeaume, éd. Nathan, 24,90 €). Une encyclopédie pour enfants classique de cet éditeur, qu'il a doublé d'images "augmentées". Leur cible : les enfants. J'en parlais récemment dans cet article, la démo vidéo est d'ailleurs assez bluffante.

L'opération est aussi tout bénéf' pour les annonceurs. Ici, notre Johnny national bénéficie d'une exposition inespérée, avec la reprise d'une vidéo de sa tournée, dont les références et l'adresse du site sont dûment indiquée sur la page d'accueil de Télé 7 jours 50 ans. Dans le même numéro, deux autres annonceurs, McDonald's et Disney, utilisent le même procédé de réalité augmentée.

Expériences innovantes pour le print

En fait, à l'heure où elle est échaudée' par le bouillonnement que connaît le média Internet, la presse écrite expérimente de nouveaux formats susceptibles d'attiser la curiosité des lecteurs - et des annonceurs ;). Quitte à faire bondir ses coûts de tirage.

Comme j'en parlais dans ce billet, en septembre 2009, le magazine people américain Entertainment Weekly a ainsi inséré une publicité vidéo dans son édition papier. Un petit écran TFT (6 cm de diagonale et 2,7 mm d'épaisseur) encarté dans le journal (voir la démo vidéo diffusée sur YouTube) permettait ainsi de diffuser 40 minutes d'extraits des programmes et de promo de CBS.

Plusieurs groupes de presse ont aussi testé, avec un succès mitigé, les tags 2D, qui permettent d'accéder à du contenu en ligne avec son téléphone, en photographiant un pictogramme. Le groupe Tests l'avait testé en juillet 2009 avec L'Ordinateur individuel, en partenariat avec la start-up Mobiletag, éditrice d'une application embarquée permettant aux mobiles de lire des codes barres 2D. Le groupe ne prenait pas trop de risques, ciblant un lectorat à priori sensible à ce genre d'innovations.

Des magazines people, tels comme Closer, Voici et Public, l'avaient testé dès 2007. Et cette année, en janvier dernier, 4 quotidiens du groupe Hersant (Paris-Normandie, Le Havre presse, Havre libre et Le Progrès de Fécamp), ont sauté le pas à leur tour.

Pas sûr que le tag 2D va décoller dans la presse (même si des applications mobiles et l'avènement des smartphones peut aider). Mais pour ma part, je mise beaucoup sur la réalité augmentée, qui promet de conquérir divers secteurs, de l'édition au tourisme. A suivre, donc...

MàJ du 1er avril : autre preuve que la presse papier teste par ce biais de nouveaux formats publicitaires, le mensuel Enjeux Les Echos en kiosques demain comportera à son tour une pub vidéo, comme Entertainment Weekly. Eux ont qualifié cela de "video in print". Entre deux feuilles de papier, on trouvera un écran LCD de 2,4 pouces de diagonale et 3 mm d'épaisseur contenant une puce qui peut diffuser jusqu'à 45 minutes de vidéo. Comme le procédé coûte cher, cependant, seuls 10 000 exemplaires du mensuel (sur les 160 000 ex en diffusion payante) en comporteront.

Un joli coup de pub, en tous cas, pour la régie LesEchosmédias, qui inaugure le procédé en France avec 5 spots pour la nouvelle Citroën DS3. Même si la récupération de Marilyn Monroe dans cette pub est très discutable - on en reparlera ici plus tard...

dimanche 21 mars 2010

La couv' de la semaine : Be, (encore) un hebdo shopping

Becouv Photo C. C.

J'ai beaucoup hésité avec son pendant bien plus féministe et intello, l'excellent bimestriel Causette, qui fête sa première année... Finalement, le lancement du nouvel hebdo féminin Be par le groupe Lagardère m'a semblé s'imposer pour cette rubrique, dont au vu de critiques acerbes de confrères ;)

C'est donc un nouveau féminin qui a débarqué dans les kiosques le 19 mars : le troisième hebdo féminin, lancé juste quelques semaines après Envy (du groupe Marie-Claire), et quelques mois après Grazia (Mondadori). Donc, plusieurs groupes de presse lancent des féminins sur le créneau hebdo, malgré l'échec de feu ''Jasmin'', et du projet avorté d'une adaptation française de Bild. Le rythme hebdo a en effet pour avantage, à priori, d'attirer davantage les annonceurs... Dit autrement, comme l'a résumé à sa façon Libération, "le créneau de la pouffe presse est rentable" ;)

Le projet est ambitieux : pour 1 € en prix d'appel (qui sera ensuite à 1,50 € le numéro), ce premier numéro du mag, épais, a bien attiré les annonceurs (environ 40 pages de pub sur 164 pages). Pour lui assurer un vernis 2.0 supplémentaire, le magazine s'accompagne d'une appli iPhone, et bien sûr d'un site (ouvert dès janvier), avec six blogueuses, une radio, une plateforme de e-commerce, et une série TV maison (sur les coulisses de la rédaction, d'après ce qu'annonce le magazine), qui sera aussi diffusée sur la chaîne June.

Le jour de la conf de presse de présentation, Didier Quillot, patron du groupe Lagardère, a présenté son nouveau bébé comme un "féminin haut de gamme générationnel visant les jeunes femmes de 20 à 35 ans". Rien que ça. Ça tombe bien, à priori, je suis pile dans la cible ;) Il m'a donc semblé courageux intéressant de me livrer à nouveau à un petit exercice de feuilletage ;)

"Be" (prononcez "bi", anglicisme oblige - tellement plus branché... - que l'on traduit par l'injonction "Sois". Et non pas "Be", encore moins "bééé", ce qui ferait quelque peu moutonnier ;) affiche une couv' à entrées multiples, avec pour égérie Vanessa Paradis, icône trentenaire. Les multiples titres en rose vif (so girly) me laissent quelque peu perplexe : des "produits stars pour être canon au réveil" (?), "53 souliers hot hot hot" (passons...), "Sexo 2010 - les nouvelles tendances... au lit" (ok, donc il y a des tendances Q tout comme il y a des tendances fashion chaque année), et, le summum, "Chic ! La banlieue révèle son côté glam" (là, je commence à avoir peur...).

So, que donne Be ? Premier constat : plus fourni et bien moins people que son concurrent Envy, moins de pages shopping, plus de papiers. Et donc, effectivement, un mag plus haut de gamme. A première vue. Sur le fond, les papiers sont parfois écrits de manière aléatoire, avec des tournures parfois bizarres, voire franchement vulgaires (eh non, cela ne suffit pas pour faire branché...).

Le constat se confirme en le feuilletant. Ouverture sur une double photo "l'instant Be" à propos du tournage d'Angelina Jolie à Venise. Puis présentation sur une double page d'une douzaine de journalistes et chefs de rubriques, "Les Bees font le buzz" (mmm, comme le laissait pressentir la couv', je sens que l'on va s'amuser avec la titraille de ce mag). Où l'on apprend que Les Bees sont "des filles curieuses, des abeilles butineuses qui se mêlent de tout et partagent tout. Quoi aimer, que porter, de qui s'inspirer, où aller et avec qui ?". Donc voilà quelle semble être la ligne éditoriale de ce mag. Bon.

Be C. C.

On attaque avec l'actu (rubrique "Big Bang"), indirectement people, sur Anne Hathaway (2 pages, trois photos, et article d'un feuillet maxi). Et cette incise un peu bizarre, qui revient tout le long du magazine, où la journaliste (ici "Florence") commente dans un carré jaune son propre article ! Curieux... Ensuite, actu shopping (déjà ?), portait intéressant d'une mannequin handicapée, quelques portraits, encore de l'"actu shopping", un papier publi-reportage à peine déguisé sur le tournage de la pub pour un jus de Lancôme, un papier sur le Viagra féminin, un passage en revue des tendances vestimentaires des people (et cet étrange commentaire sur le "beige pervers version bondage de Kate Bosworth" - vulgaire et incompréhensible)... Bref, une vingtaine de pages "actus" qui n'en sont pas (contrairement à Grazia qui, pour sa part, a le mérite de tenter de traiter la vraie actu) mêlent hypocritement de la mode et du people.

S'ensuivent 6 pages de "Happy culture" (qui comptent tout de même beaucoup de papiers sur la télé.. Puis, après quelques pages d'annonces pour la e-boutique maison (l'occasion de mettre en avant des marques partenaires), puis les sujets de cover : interview de Vanessa Paradis... Puis cet étrange papier : "La banlieue, c'est glam ! Sex and the cité" (sic). Enorme, affolant : la journaliste a trouvé huit femmes auteures, réalisatrices ou journalistes "issues des banlieues" et qui "s'en sont sorties".

Et là, on enfile les perles : le papier s'ouvre sur... Puteaux (une banlieue craignos, comme tout le monde le sait) avant que les huit héroïnes nous décrivent leur boulot.. Mais j'ai beaucoup de mal à comprendre en quoi elles "nourrissent leur travail artistique de leurs années passées dans des cités" (re-sic). Heureusement, la journaliste "Myriam" se justifie courageusement dans le fameux petit carré jaune, en expliquant que ces "destins exceptionnels" ne doivent pas "faire oublier les difficultés auxquelles font face les jeunes des cités,scolarisés dans des Zep, puis confrontés à un taux de chômage de 40%". Ouf, nous voilà rassurés.

Puis, un "grand angle" sur Paris Hilton de passage dans la capitale (le titre ? "Bon baisers de Paris", no comment), un sujet intéressant sur des adeptes du family business, et, enfin, pour revenir aux choses sérieuses, 30 (!) pages de shopping avec, toujours, ces jeux de mots moyens qui semblent être la marque de fabrique de Be ("Glam-à-vous !"). Et enfin les pages beauté (dont une rubrique "wellbeing", amusant ces anglicismes censés faire branché...).

Ah, et enfin la rubrique sexo: "Etre branchée au lit, mode d'emploi", "devenir une parfaite sexonista", avec cet intertitre définitivement vulgaire (et difficile à comprendre) : "Définitivement has been le 'hand job'! La it branlette, c'est le 'foot job'". Puis un papier au titre inspiré, "Est-ce plus dur de se faire jeter par un moche ?".

En clair, premières impressions inquiètes au vu de ce magazine censé être "haut de gamme" (hum...). Les "jeunes femmes de 20 à 35 ans" urbaines et CSP + plus seraient donc juste des petites bourges individualistes accros au shopping, aux starlettes et au buzz ? Reste à voir quel groupe va dégainer à son tour un féminin "glam" pour jeunes actives...

vendredi 12 mars 2010

La chronologie des médias audiovisuels rompue avec "Alice au pays des merveilles" ?

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Je parlais dernièrement d'Alice au pays des merveilles, blockbuster attendu de Tim Burton, en partie parce qu'il sera diffusé en 3D. On en parle - et il commence à faire polémique - pour une autre raison : Bob Iger, patron des studios Disney, a annoncé son intention de sortir le film en version DVD... seulement 3 mois après son arrivée sur grand écran. De cette manière, il sait très bien qu'il rompt une pratique, et du même coup entame une brèche : actuellement, le délai minimum entre la sortie cinéma et la sortie DVD est de 4 mois (17 semaines exactement).

Il a sans doute fait cette annonce pour tester les réactions suscitées - en clair, voir si le marché professionnel était prêt à sauter le pas. Un ballon d'essai, en somme.

Les effets ne se sont pas fait attendre. Des exploitants hollandais, rejoints par plusieurs de leurs homologues britanniques et italiens, voire certains américains, ont menacé de ne pas projeter le film dans leurs salles (en clair le boycotter) si Disney maintenait en l'état son projet. Il n'empêche, cela se confirme : le film sera bien commercialisé en DVD et en vidéo à la demande (VoD)12 semaines après son lancement en salles, dans bon nombre de pays (USA, Royaume-Uni...), d'après Libération du 3 mars.

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Chronologie des médias - Source - Romain BAL – Consultant Département Internet et Nouveaux Médias

Exception faite (encore une fois... ;) de la France, où la chronologie des médias est encadrée juridiquement,avec une loi - celle du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle - qui fixe ces fameux délais. En France, Alice sortira donc le 24 mars, et sortira en DVD vers fin juillet.

Attention : le tableau (de 2008) que je publie ci-dessus est pour partie obsolète, puisque depuis juillet 2009, le délai pour la VoD et le DVD est ramené à 4 mois (et non plus 6 mois)

Mais clairement, Disney a eu gain de cause, et a ouvert une brèche, en toute conscience. Plusieurs rebelles ont replié leur drapeau, notamment face aux bonnes critiques du film, tel le réseau américain AMC, qui menaçait de boycotter le film. Sans doute aussi, Disney a dû consentir des compensations (financières ou autres).

Le précédent est d'autant plus énorme - voire problématique au niveau économique - que Disney a choisi de rompre cette fameuse chronologie des médias pour un film en 3D. Un des premiers films en 3D, donc, pour lesquels les exploitants de salles doivent encore rentabiliser leurs lourds - et récents - investissements récents pour numériser leurs salles. Ce qui risquent d'être chaud puisque, suite aux desiderata de Disney, ils vont perdre 5 semaines d'exploitation.

La brèche est ouverte, reste à voir quand les autres exploitants de films vont s'y engager.. Les sorties cinéma et DVD rapprochées dans le temps répondent à une logique d'appât du gain, basée sur le court terme : il est tentant de cumuler les sorties pour faire de l'argent le plus vite possible autour d'un film ou un dessin animé (d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un blockbuster - et en 3D, qui a mobilisé un budget important). Et pour surfer sur la notoriété du film, sans devoir faire une campagne importante lors de la sortie DVD. Esquisse peut-être, d'un nouveau modèle économique autour du film...

jeudi 11 février 2010

Le journal de la semaine : Envy, l'hebdo people féminin)

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Cela faisait longtemps que j'avais délaissé cette rubrique, là, l'occasion était trop belle pour la reprendre... Le buzz était monté ces dernières semaines, le groupe Marie-Claire s'attelait à un défi de taille : lancer avec Envy un nouvel hebdo féminin avec pour cible (officielle ;) les jeunes adultes, et surtout destiné à défier Grazia !

Du coup, c'était attendu : dans une conjoncture publicitaire morose, alors que le marché de la presse féminine est assez encombré, lancer un nouveau mag féminin est sacrément gonflé. D'autant qu'il est explicitement destiné à tailler des croupières à Grazia, sur lequel j'avais émis des réserves lors de son lancement, et qui s'en sort plutôt bien, avec une diffusion moyenne de 180 000 exemplaires... Même s'il est vrai que le groupe Mondadori triche un peu, en faisant osciller le prix à 1 € (le prix de lancement) et 1,50 €. Ce qui pourrait laisser penser que ce succès est un peu artificiel, puisque soutenu par ce prix bradé qui n'est plus temporaire (je suais, je suis mauvaise langue ;).

So, que penser d'Envy ? Il était donc présenté comme challenger de Grazia, visant officiellement les jeunes adultes actives urbaines, mais aussi, officieusement, les ados (d'autant que Jeune et Jolie, qui était sur ce créneau, vient de cesser de paraître). Je l'ai feuilleté fiévreusement ce midi pendant ma pause-déjeuner - après avoir courageusement affronté la neige pour rejoindre un kiosque à journaux - et croisé, en compensation, un beau gosse qui m'a affirmé l'acheter "pour le boulot".

Résultat... Pour 0,90 € (prix de lancement, avec de revenir à 1,70 €), j'ai surtout eu l'impression de parcourir un magazine people. Destiné à un lectorat féminin, certes. Mais déjà, la couv' me semble un poil agressive, avec cette multitude d'appels de Une : "mode" (deux fois), Angelina Jolie et de Sarah Jessica Parker potentiellement plaquées, Emmanuelle Seigner qui se déclare devenue "plus intéressante" (sic)... Une couv' qui me rappelle bien plus Closer (voire Voici) que Grazia.

Le contenu est à l'avenant de ce que laisse présager la Une. Dans ce premier numéro, qui a - c'est déjà ça - semblé attirer les annonceurs (45 pages de pub sur une pagination totale de 154 p), on ouvre sur ce qui devient une rubrique téléphonée chez les féminins : la "shopping liste", bien sûr basée sur ce que portent les people (censés être précurseurs de tendances, donc), étalée sur 5 pages. Et même déclinée ensuite sur 2 autres pages, avec une revue de trenchs de people.

Ensuite,(faux) scoop sur Angelina Jolie, qui pourrait adopter ("avec ou sans Brad"). Un des rares articles du mag qui, à vue de nez, dépasse les 4 000 signes. S'ensuivent des articles sur des stars plus ou moins supposément déchues, comme Kisten Dunst.

Puis, du people décomplexé mais sage - pas de trash ici : "100% potins" (ça c'est de la titraille), de la "mode people", avec "25 sacs pour flirter avec l'été" (ils anticipent)... La partie actu sauve un peu le mag, avec quelques sujets originaux, comme ce portrait de femme pasteur et sexologue. Mais attention, on ne dépasse pas les 2 feuillets par "portrait" ;). Puis retour de (nombreuses) pages mode, beauté, avant, à la fin du tunnel, un semblant de rubrique culture sur 5 pages.

Bref, premières impressions dubitatives, même si c'est à suivre... Les marketeux commencent à parler de magazine "glossy", pour designer ce mélange de people et de mode (qu'avait initié feu le magazine Jasmin). Et ce n'est pas fini : Lagardère Active va dégainer à son tour son féminin d'jeuns, Be, dans ces prochains mois...

dimanche 22 novembre 2009

iTélé + Goom = iTélé Radio, radio numérique d'info continue (mais pas seulement...)

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Pas eu le temps de revenir sur cela plus tôt dans la semaine, mais donc, la chaîne d'info continue iTélé (filiale de Canal +) donnait ce mardi 17 novembre le coup d'envoi de iTélé Radio, initialement annoncée par septembre. Un chantier de grande ampleur, qui représente un investissement de 2 millions d'euros.

L'initiative est originale : plutôt que de se contenter de lancer leur propre webradio, ils ont fait appel à la start-up Goom Radio, qui réalise actuellement 30 émissions quotidiennes sur ses 25 radios thématiques différentes, dédiées aux divers genres musicaux (pop, hits...), relatait Les Echos de mercredi. De fait, depuis son lancement en 2008 par Emmanuel Jayr et Roberto Ciurleo (deux ex-NRJ), la start-up, qui a levé 12,2 millions d'euros, s'est spécialisée dans la conception de radios sur mesure pour des marques. Des médias et sites d’information (LePost, i-Télé, Têtu) ou des entreprises commerciales (Nike, SNCF, SFR) figurent ainsi parmi ses clients.

L'idée étant de pouvoir proposer les contenus de la marque iTélé déclinés sur plusieurs supports. Les programmes de la chaîne d'info sont donc accessibles sur le Web, les postes de radio connectés à Internet, ainsi que les téléphones mobiles.

En toute logique, la radio numérique reprend des contenus de la grille des programmes de la chaîne, adaptés par une quinzaine de journalistes de Goom, d'après Les Echos. Les programmes sont accessibles en streaming ou à la demande. Mais la valeur ajoutée est que l'auditeur peut accéder, par ce nouveau canal, à des programmes inédits. L'auditeur peut même composer son programme personnalisé, avec des infos qui l'intéressent, mais aussi des musiques de son choix. Une option assez osée de iTélé (puisqu'elle sort, de facto, du schéma tout-info par ce biais), qui espère ainsi attirer des jeunes auditeurs, dont des ados, familiers de la musique à la demande.

Qu'est-ce que cela donne ? Elle est encore en phase bêta, comme précisé en page d'accueil (on notera d'ailleurs qu'elle est hébergée sur le site de Goom Radio). Beaucoup de fonctions communautaires ("Deviens fan", "Partage cette radio"), et donc, la possibilité de personnaliser sa radio ("Clone cette radio", "Enregistre tes shows"). Et beaucoup de contenus "dont dans "La radio news"). Le risque étant qu'iTélé dilue un peu son identité de chaîne d'info ?

En tous cas, elle a adopté une voie très différente de ses concurrentes, comme LCI, qui a lancé une radio numérique sur un schéma tout info plus classique. LCI Radio a d'ailleurs décroché une fréquence numérique, après s'être bien préparée, avec une véritable grille de programmes radios dédiés, conçus par les journalistes maison : avec 'La French connection' en tech (à laquelle j'ai le plaisir de participer de temps à autre), "LCI Game Club", "Police justice"...

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