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mercredi 10 avril 2013

Bisou, féminin pop et post-ado

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Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait de petit feuilletage de magazine ici, depuis la mémorable série de sorties de pouffe-mags, dont certains ont dépéri, fusionné (Be et Envy), ou ont plutôt bien persisté (Grazia). Un courant certes rattrapé par des des ousiders bienvenus, comme le prometteur Causette.

Là, déjà le nom, ''Bisou'' : on ne peut pas louper (parfaitement ridicule, casse-gueule, ou avec un certain second degré, au choix), à douter qu'il y ait eu une étude de branding... Et puis, la couv': titre écrit en rose flashy, titres où l'on sent une certaine désinvolture ("Sexe: un homme, une pipe, une question", "10 trucs qu'on portait mieux à 5 ans"), des références claires à l'univers des réseaux sociaux ("Hipsters: Qui sont-ils? Quels sont leurs réseaux?"), et ce dessin, qui préfigure un univers un peu bédéesque...

De fait, c'est le premier magazine féminin lancé par un éditeur de BD, Guy Delcourt. Il y a mis les moyens: tirage initial à 100 000 exemplaires pour ce bimestriel vendu 3,95 euros (un peu cher à première vue), vaste campagne de pub sur les façades de kiosques...

Audacieux. Comment se distinguer des Elle, Grazia et autres Glamour ? Comment être à mi-chemin entre la presse people, la presse féminine (déjà limite saturée), et alors que va débarquer un féminin gratuit, Stylist, ce printemps), et la presse pour ados ? Comment toucher la cible très attrayante (y compris pour les annonceurs) des jeunes femmes de 20 - 30 ans, voire, moins ?...

Au fil des pages, on voit comme l'éditeur s'essaie à un exercice d'équilibriste - parfois de manière limite, mais sans chute fatale, avec légèreté, humour (un peu) trash, et style trèèès djeuns (on en prend un coup de vieux) - où l'on échappe tout de même au style SMS.

Il y a déjà la page d'édito, inscrit dans un énorme cœur rose (sur fond jaune, le tout est un peu kitsch), où, déjà, on prend un petit coup de vieux... "(...) La vingtaine est une période compliquée. Quelle femme va-t-on devenir? Esr-ce que mon mec va me rappeler? Y a-t-il un moyen pour continuer à manger des Kinder Pengui sans prendre 5 kg chaque année?"...

Au fil des pages, la maquette aux couleurs criardes, parfois un peu imprécises, des titres trèèès simples suscite au départ une certaine perplexité.

Mais le mag s'en sort bien en respectant certaines règles obligées de la presse féminine (courrier des lecteurs, shopping, horoscope..) pour mieux les détourner.

Les pages mode d'abord: des fringues originales, une sélection de marques bon marché, et déjà une culture BD - geek qui ressort avec la sélection Comic strip.

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Avec la série de photos "Game of trom" (référence à Game of thrones, série TV de fantasy qui fait référence chez les ados et gamers), réalisée dans le métro parisien, rigolote, bien réalisée, on plonge un peu plus dans la culture geek.

Ensuite, l'interview de Norman (connu des ados pour ses drôles de vidéos tournées dans sa chambre, qui cartonnent sur YouTube - et déjà un bon sens du business ;): là, on commence à doute que le mag cible les jeune femmes de 20-30 ans. Questions posées en novlangue langage djeuns', simplettes ("Alors, il paraît que t'es un mec occupé?", "A moins d'un million de vues, tu pleures?"), avec heureusement une question bieeen acide qui vise l'honorable consoeur Elle ("(...) dans Elle, ils demandent toujours leur secret de beauté aux célébrités. Tu sais, ça permet de citer des produits, et après des marques t'envoient des cadeaux. C'est quoi ton shampoing?"). Même si la maquette (grosse étoile jaune en fond) me pique encore les yeux...

On poursuit ensuite dans des références culturelles imprégnées d'un univers geek et des médias sociaux: "petit précis d'hispterologie", ou de la culture djeuns, avec une interview de Booba, et poster spécial fans inséré (avec au verso un charmant chat - si, si).

Autre incontournable sur lequel le mag s'en sort plutôt bien, la rubrique psycho : Maïa Mazaurette (qui signe notamment dans GQ) signe un papier enlevé sur la nécessité de son confier à autrui - même à son chat ;)

Il massacre allégrement le marronnier de l'horoscope ("à lire à une fille que vous detestez").

Dans la dernière partie du mag, un tiers de la pagination est occupée par des BD. C'est bien sûr là que l'éditeur apporte sa patte, innove, et du même coup prend un risque, pariant que les jeunes lectrices accrocheront aux styles narratifs propres au Neuvième Art... Et ça fonctionne plutôt bien.

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Le mag ose même le roman-photo, version très second degré débridée, et bourrée des références djeun's: intitulé Les histoires ahurissantes de Monsieur Poulpe, il met en scène Bérangère Krief, comédienne révélée l'an dernier par la série "Bref", devenue culte chez les jeunes.

On découvre ainsi des prépublications d'auteurs confirmés, comme Margaux Motin, ou de jeunes bédéistes. Sous des traits différents, des styles différents, des femmes auteures y abordent des thématiques girly, mais souvent bien vues, et avec humour. Il fallait que je vous mette la planche la plus "directe"...

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Premier bilan : plutôt réussi. Reste à voir si le lectorat accrochera : j'ai l'impression que ce mag cible plutôt les ados... Il me rappelle assez Fluide Glamour, le hors-série (plus trash et sexy) BD et féminin qu'avait lancé Fluide Glacial au printemps 2010. Bisou est d'ailleurs piloté par Anaïs Vanel et Guillaume Prieur, deux jeunes journalistes qui y avaient travaillé. r

vendredi 21 décembre 2012

Media + games + data + design... L'émergence des newsgames

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"Cutthorat capitalism", newsgame édité par Wired

Un nouveau type de mise en forme ludique de l'information. Un de plus. Avec le journalisme web, on voit depuis quelques années un bouillonnement autour de nouveaux formats journalistiques, qu’expérimentent donc les rédactions Web, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler : webdocumentaires, lives, datajournalism, journalisme BD... Et donc les newsgames, sortes de jeux vidéos en version journalistique, que l'on voit apparaître sur quelques sites médias. Le CFPJ Lab y consacrait une conférence mardi matin à La Cantine.

Le newsgame, c'est un peu l'héritier des serious games, très en vogue vers 2005-2008, dans un contexte où les "univers virtuels" s’imposent, tel Second Live, édité par Linden Labs: certaines entreprises se piquaient alors de former leurs salariés avec ces "jeux vidéos sérieux" mettant en scène de manière pédago et ludique des plans de formations (certaines ont même co-produit leur serious game, comme la BNP Paribas avec Daesign), comme j'en parlais alors dans ce billet, ce papier, ou encore celui-là.

Mais pourquoi les médias s'y intéressent maintenant ? Plusieurs facteurs: logique d'audience des sites d'information, banalisation de l'infotainment (ce joyeux mélange d'info et d'entertainment, que l'on voit se décliner du Grand Journal de Canal+ à des sites tels que Melty.fr)... "On a vu émerger les newsgames en 2003, puis sur des sites media à partir de 2009. Ils s'inscrivent dans la vogue des serious games, apparus vers 2000. Cela permet de produire des histoires, des 'news stories' avec un aspect narratif", résume Olivier Mauco, concepteur de media ludiques.

Le contexte est porteur: les jeux vidéos sont devenus un divertissement de masse, au-delà des gamers, consacrés par l'arrivée des Wii et autres Kinect dans les salons. Mais consacrés aussi par les "jeux sociaux" qui se sont développés sur Facebook: 53% des utilisateurs de Facebook y jouent à des "social games", d'après la dernière étude du Syndicat national des jeux vidéos. Point non négligeable, 52% des gamers sont des femmes.

Le newsgame, c'est donc "une expérience interactive, régie par des règles, dans laquelle l'utilisateur a un objectif à accomplir, dont le résultat varie selon ses actions. Cela permet de raconter une histoire, décrire un système, se baser sur des data, et permettre au joueur de comprendre un système", ajoute Florent Maurin, de la start-up The Pixel Hunt, qui a travaillé avec LeMonde.fr.

Media games, "jeux sociaux" éditorialisés

Global conflict

capture d'écran de "Global conflict"

Les médias se sont emparés du concept, avec une déclinaison spécifique, les media games: "le jeu devient un mode de représentation d'une réalité. La mécanique de jeu sert l'info, à travers des objets multimedia ludiques", poursuit Olivier Mauco. Des 'jeux' qui, comme un article, ont une ligne éditoriale: "par la mécanique de guerre, la mise en scène, on propose un discours. Dans tous les cas, cela permet d'expliquer des systèmes, des conflits.. complexes". Tels les jeux basés sur l'enquête Global Conflict (sur le conflit israelo-palestinien), et Darfur is Dying.

Dans la même logique, expliquer par le jeu une mécanique complexe, le jeu Budget hero (repris par plusieurs médias, dont LeFigaro.fr) permet à l'internaute de "gérer" virtuellement le budget des pouvoirs publics.

Start-up spécialisées

On voit même apparaître des start-ups qui proposent aux media le développement clés en mains de newsgames. Telle Game the News, spin-off développée par Orock outre-Atlantique: "elle a développé des newsgames pour le Huffington Post et Wired", selon Flroent Maurin.

Une chose est sûre, de la même manière que les infographies et le data journalism, les newsgames associent de manière inédite journalistes, game designers, directeurs artistiques et développeurs. Ou alors des médias à des éditeurs de newsgames spécialisés.

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"Could you be a medallist": admirez le design vintage...

Les médias en profitent pour développer des offres éditoriales inédites. Tel Wired, qui a lancé en 2009 le newsgame Cutthroat capitalism, qui montrait le modèle économique, le business des pirates somaliens: il était accompagné d'une enquête dans le magazine papier, d'une infographie sur Wired.com, ainsi que de la mise à disposition des ressources documentaires sur le site. De même, le Guardian a édité sur son site Could you be a medallist ? à l'occasion des JO de Londres, cet été, où l'internaute pouvait rentrer ses performances sportives pour se comparer aux champions.

Autre exemple, assez notoire, celui du jeu Primaires à gauche (la page n'est hélas plus disponible), édité sur LeMonde.fr. "18 mois de travail, 180 000 parties jouées, les internautes y jouaient 17 minutes en moyenne... On a ouvert un blog, où les internautes pouvaient proposer des personnages, des nouvelles actions, etc", précise Florent Maurin. Avec une dose de crowdsourcing, donc.

A noter que les concepteurs de ce newsgame ont décroché des subventions des pouvoirs publics. "Ils peuvent s'inscrire dans des plans transmedia. Le budget sera équivalent à celui d'un webdocumentaire, de l'ordre de quelques dizaines de milliers d'euros".

mercredi 21 novembre 2012

Du publireportage au "brand journalism"

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Je m'étais déjà essayée à l'exercice, notamment dans ce billet et cette enquête (et celle-ci) pour Stratégies. Soit passer en revue la nouvelle génération de publireportages qui se développent en presse écrite (avec notamment cette série de 6 "publis" d'anthologie pour Samsung publiés par Grazia), et leurs nouveaux dérivés, cette nouvelle génération de publicités très intégrées que l'on désigne par l'expression-valise "brand content" (littéralement "contenu de marque"). Et depuis peu, on commence à parler de brand journalism (si si) - en butinant un peu sur Google, on trouve même des agences montées des ex-journalistes qui proposent leurs services à des sites de marques.

En cette fin d'année, j'ai fait une nouvelle sélection d'opérations publicitaires parues ces dernières semaines. Car ces formes de publicités, parfois discutables, parfois spectaculaires, parfois ambiguës sur le plan déontologique, servent souvent de révélateur de l'état des médias qui les accueillent. Jusqu’à où aller? A partir de quel moment la frontière entre un contenu publié par une marque (encore une fois, on est donc bien loin de la simple publicité..) et un sujet (article, reportage vidéo...) diffusé par un média ?

Comment continuer d'exister, d’être (omni)présentes auprès des consommateurs dans une conjoncture difficile, où les budgets publicitaires ont fondu ? Dans les secteurs qui investissent le plus en publicité (traditionnellement les télécoms, l'automobile, le luxe...), plusieurs marques ont décidé de donner la prime au spectaculaire.

"Courts-métrages" publicitaires

Avec déjà la consécration, cette année, de fameux "brand content", notamment dans le secteur du luxe, où les marques n'ont pas hésité à produire des "court-métrages publicitaires" ou "films" de mode - admirez au passage la novlangue le vocable, directement emprunté à l'univers du cinéma... ça fait tout de suite plus chic, on se situe ainsi davantage dans la "création" presque cinématographique que dans la vulgaire promotion d'un produit.

Entre création artistique et nouvelle machine marketing, Prada, Vuitton, Dior... Se sont donc offerts des "court-métrages" publicitaires durant jusque parfois trois minutes, et diffusés sur le Net. Et donc beaucoup moins chers que s'ils étaient diffusés en télé. Ils empruntent parfois fortement à l'univers du cinéma: des réalisateurs, des acteurs (tel A therapy, court réalisé pour Prada par Roman Polanski avec Helena Bonham Carter et Ben Kingsley), la mise en ligne du making-of...

Forme de consécration pour ce nouveau format publicitaire aux atours parfois clinquants, le Centre Pompidou accueillait du 9 au 11 novembre un Festival de "court-métrages de mode", A shaded view of fashion film, organisé par la blogueuse mode Diane Pernet, comme le relatait M le mag.

pub VW

Côté opérations qui en mettent plein la vue, il y a eu aussi cette publicité Volkswagen sous forme d'affiche (!) dans le Journal du Dimanche du 4 novembre. Au milieu du journal, On trouvait une double page dépliable en une sorte d'affiche. L'annonceur s'est donc offert l'équivalent de 4 pages plus la double . A ma connaissance, c'est la première fois qu'une marque s'offre carrément un "format-affiche" dans un quotidien.

pub Vrai

Dans le très chic M le Mag daté du 10 novembre, avec ces 4 pages de rédactionnel et d'élégants portraits en noir et blanc, on aurait eu du mal à distinguer qu'il s'agissait d'une publicité (certes clairement mentionnée comme telle en haut à droite), pour la marque de produits laitiers bio Vrai. Avec donc un "article" très informatif sur l'histoire de l'entreprise familiale Triballat-Noyal, maison-mère de la marque Vrai, et des portraits de producteurs de lait qui revendent leur production à Vrai. Résultat: on a l'impression d'une marque transparente, et tellement authentique. Au passage, on découvre que les photos de Gwenaël Saliou ont fait l'objet d'un livre de portraits édité par la marque. Tout est dans tout...

Elle

Dans Elle de cette semaine, on découvre une opération qui mêle carrément publi-communiqué et cobranding. L'hebdo féminin a donc apposé sa marque sur une bagnole (ce qui n'est certes pas la première fois), la Nissan Micra. ce qui est relayé par un "communiqué" dans le magazine, qui met en scène la "Chronique d'une journée réussie" d'une certaine Liza B. On en est cette semaine au chapitre 3, ce qui laisse penser que c'est une série publicitaire (désolée, je ne lis pas régulièrement Elle...).

On nous raconte donc comment, grâce à sa voiture, elle mène à un bien un projet essentiel, passer "Noël, en famille et sans souci". Voilà voilà... Au passage, on notera les discrètes légendes en bas à gauche, avec les marques des vêtements qu'elles porte - exactement comme dans un article classique en rubrique mode, un étrange procédé que Elle a déjà utilisé pour un publi avec Volkswagen pour sa Golf, dont je parlais dans ce billet.

trois couleurs

Même dans le dernier numéro du mensuel culturel gratuit Trois Couleurs, diffusé dans la chaîne de cinémas parisiens MK2, on découvre ce publi pour CanalPlay (page de droite), dont la maquette le distingue bien peu d'un article classique (à gauche)... Même la typo de la légende en bas à droite est très proche de celle utilisée pour les fiches techniques en bas des pages des critiques de films.

14 couv' de Conde Nast aux couleurs de Windows 8

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Autre exemple intéressant, cette opération du groupe Conde Nast, signalée par Advertising Age (et un grand merci au passage à Delphine Soulas pour le repérage), presque un publi géant - même s'ils affirment que Windows n’a rien payé. 14 titres US de Conde Nast datés de décembre, dont Wired, The New Yorker, Vogue et Glamour, auront des couv' semblables aux écrans d'accueil d'appareils sous Windows 8; Une initiative de Microsoft "pour informer les lecteurs des contenus disponibles sur sa nouvelle plateforme", explique benoîtement Conde Nast à Ad Age.

Ici, on franchit un cap. Pour promouvoir à l'échelle mondiale son nouveau système d'exploitation, Microsoft va bien plus loin que la traditionnelle surcouverture publicitaire qui tend à se développer pour certains journaux. Ici, la marque s'insère dans ce qui est au coeur d'un journal, sa couverture, sa Une. Elle impose son propre design, son identité, au média.

Pour sa couv' "sponsorisée par Windows 8", Glamour pousse ici le réalisme jusqu'à mettre en scène les fonctionnalités qu'offre la page d'accueil de Windows 8 (affichage d'un tweet, de l'heure, de grandes photos...). "Les éditeurs évitent traditionnellement d'être impliqués dans les opérations publicitaires, pour montrer à leurs lecteurs qu'ils ne sont pas sous la coupe des marketeurs. Les publicités payantes fixées à la couverture des magazines doivent généralement être signalées comme publicités, selon le code de l'American Society of Magazine Editors", souligne Ad Age. Code qui n'inclut évidemment pas le cas des écrans d'accueil d'ordinateur. Une manière, pour Conde Nast, d'exploiter un vide juridique...

"Brand journalism" chez Coca Cola

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Enfin, pour finir en beauté, ce cas d'école de "brand journalism" (nous y voilà...). Coca Cola a dévoilé il y a quelques jours (merci ici @ziadmaalouf) son magazine en ligne, "Coca-Cola Journey", du nom de l’ancien magazine interne du groupe. Tel un magazine, il comporte plusieurs rubriques: l'entertainment, l’environnement, la santé, l’innovation... On y trouvera donc l’interview d’un chef cuisinier, une tribune de la vice-présidente de General Motors sur l’innovation automobile, des articles sur la lutte contre l’obésité.. Avec, sans surprise, très souvent l'évocation de marques du groupe Coke, ou des prises de position relevant d'une sorte de "healthwashing" sur des sujets trèèès sensibles pour le groupe (comme l'obésité).

Voilà. Cette fois encore, ces repérages ne sont que quelques exemples, si vous en avez d'autres à m'envoyer, n'hésitez pas... Cette série se poursuivra dans des billets ultérieurs.

mardi 13 novembre 2012

Le "conte de fées" d'Arnaud Lagardère et Jade Foret vu par la RTBF 1

Le "conte de fées très fort" promis par la RTBF1 dans sa bande-annonce a été à la hauteur des attentes. Mardi soir, la chaîne publique belge diffusait "La Belle, le Milliardaire et la Discrète", un "documentaire" mettant en scène Arnaud Lagardère, patron du groupe Lagardère et président du conseil d'administration d'EADS, et sa compagne Jade Foret, mannequin belge de 22 ans. Alors forcément, le docu en question était attendu par les médias et les internautes, qui s'étaient déjà régalés en juillet dernier avec une vidéo on ne peut plus "nature" du couple, diffusée par le quotidien LeSoir.be, et reprise aussitôt par YouTube. Laquelle avait provoqué quelques remous chez les cadres de Lagardère, comme j'en parlais alors dans ce billet...

A n'en pas douter, ils seront surpris par les extraits de ce docu de 30 minutes, qui ne devraient pas tarder à fuiter sur YouTube, avec à nouveau un effet boule de neige attendu. Pourtant, il avait présenté un semblant de mea culpa après-coup, affirmant dans Les Echos qu'il ignorait que ce clip allait être diffusé, et qu'on ne l'y "reprendrait plus".

Ici, pour ce documentaire tourné en octobre 2011 et mars 2012, on a des séquences brutes, de manière assez déstructurée, sans synopsis ni commentaire. Au téléspectateur de se faire son opinion. Avec des perles que les réalisateurs ont laissé émerger, mine de rien, dans les subtilités du montage. C'est là la marque de fabrique de l'émission-culte Strip Tease, (lointain) ancêtre un peu plus destroy de Tout ça (ne nous rendra pas le Congo), émission diffusée sur la RTBF 1, créée en 2002 par Jean Libon et Marco Lamensch (fondateurs de Strip-Tease). dans le cadre de laquelle était diffusé ce reportage.

"En Belgique, nous n'avons pas les mêmes considérations sur Arnaud Lagardère... C'est un parfait inconnu pour le grand public belge. Par contre, j'ai trouvé que l'histoire d'un mannequin qui réussit en France en étant coachée par sa maman rentrait davantage dans la ligne éditoriale de notre magazine", a expliqué à l'agence Sipa la productrice Safia Kessas. Mais c'est (bien sûr) le contraire, en creux, une vision de la vie privée du patron du groupe Lagardère que donne ce documentaire. Déjà dans le teaser diffusé auparavant par la RTBF 1, une voix gouailleuse nous racontait, "Il était une fois, la belle prénommée Jade, et son fiancée milliardaire surnommé 'Tonton Nono'. Leur amour si pur excite hélas bien des jalousies...".

Dans ce reportage se succèdent donc des scènes: Arnaud Lagardère et Jade Foret dans leur domaine à Rambouillet, où elle se voit offrir une Porsche ("Oh, quel beau cadeau! Merci mon amour"), monte à cheval, pose pour un shooting photo en robe de soirée en enlaçant Arnaud Lagardère, avant une séquence match de football en loge privée, une autre en jet privé, une autre pour l'essayage de la robe de mariée, ou encore Arnaud Lagardère qui prépare des hamburgers (avec un gros plan sur le sel Carrefour premier prix) - des gens tout à fait "ordinaires", en somme.

Plus loin, les tourtereaux comparent leurs apps météo sur leurs iPhone. Ou séquence cruelle de l'essayage de la robe de mariée, où Arnaud Lagardère doit se hisser sur les pointes de pieds pour parvenir à soulever le voile de sa future mariée. Ou encore la belle-mère (ladite "discrète" du documentaire) , légèrement vulgaire, omniprésente et inénarrable.

Car ce docu montre un étrange trio, où la mère de Jade est présente dans toutes les séquences, commentant les tenues et les coiffures de sa fille qu’elle accompagne dans tous ses déplacements, justifiant dans son langage fleuri, "Quand Arnaud a choisi Jade, il savait que Jade, c’était une famille et pas Jade toute seule", se défendant d’être "une mère maquerelle".

Simple hasard de calendrier sans doute, Arnaud Lagardère annonçait cet après-midi une probable sortie du groupe Lagardère du capital d'EADS en 2013. Ce "documentaire" creuse une fois de plus la frontière entre vie publique et vie privée, ce que l'on peut montrer ou pas, alors que la télé-réalité et les "docus-réalités" ont consacré ce style, ces dernières années. Et la généralisation de la mise en scène de la vie privée, qui ne touche plus seulement les chanteurs, stars de télé ou de cinéma, mais aussi les politiques, voire les patrons d'entreprises et capitaines d'industries... Mais comme cela perçait déjà lors de l'épisode de juillet 2011, le patron d'un des plus importants groupes cotés au CAC 40 peut-il tout se permettre en terme d'image ?

mercredi 7 novembre 2012

Twitter / Barack: les médias traditionnels dépassés

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Très exactement 327 453 tweets liés à l'élection présidentielle par minute, a décompté Twitter, lors de l'annonce de la victoire de Barack Obama, à 23h19 (5h19 à Paris). Un record. Le réseau social avait précisé, avant même l'annonce des résultats, que la présidentielle était devenue dans la soirée l'événement politique le plus tweeté de l'histoire américaine.

Et, fait sans précédent, c'est directement sur Twitter et sur Facebook que le président des Etats-Unis a annoncé sa réélection, en postant cette simple photo où il enlace sa femme, intitulée "Four more years". Et non plus sur une tribune, dans une déclaration diffusée par les chaînes de télé. Preuve que les médias sociaux se sont imposés comme les médias de l'immédiateté, et même de l'instantanéité, devant la télévision et la radio.

Un tweet qui restera probablement dans l'histoire, envoyé par Obama avant même de monter sur scène pour son discours, et bien avant de prononcer son premier discours.

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Quelques minutes auparavant, Obama indiquait déjà "This happened because of you. Thank you.", puis signait lui-même, de ses initiales, un deuxième tweet: "We're all in this together. That's how we campaigned, and that's who we are. Thank you. -bo (Nous sommes tous ensemble. C'est comme ça que nous avons fait campagne et c'est ce que nous sommes. Merci)".

La photo date du 17 août 2012, et a été prise lors d'un meeting dans dans le village d'East Davenport (Iowa). Pas grave, elle incarne à la perfection cette émotion par l'image (avec un pathos très américain) que le président veut faire passer. Son tweet de réélection aura été retweeté à près de 460 000 reprises - un record, qui en fait le "tweet" le plus populaire de tous les temps (pour l'instant !) d’après Buzzfeed, un site américain spécialisé. Barack Obama prend ainsi la place d’un message du chanteur Justin Bieber. En tout, plus de 31 millions de tweets concernant l’élection ont été postés. De même, sur Facebook, quelques heures après le post du président, plus de deux millions de personnes l'avaient "liké", en faisant la photo la plus aimée de l'histoire selon Facebook.

Il est vrai que déjà en 2008, la couverture médiatique de la campagne qui vit l’ascension de Barack Obama fut déjà marquée par l’avènement des réseaux sociaux, notamment Twitter, alors jeume média social à peine connu en France. Quatre ans plus tard, il s'est imposé au fil de la campagne, comme caisse de résonnance pour les partisans républicains et démocrates, notamment lors des trois débats télévisés entre les deux rivaux.

Mobilisation sur Reddit, appels à retweets

Les réseaux sociaux seraient-ils en train de supplanter les médias traditionnels comme relais ? Quelques jours auparavant, mardi après-midi, Barack Obama avait choisi le site Internet Reddit, réseau social très en vogue aux États-Unis, pour mobiliser les jeunes pour voter. Et il a appelé ses supporteurs tout au long de la soirée à se mobiliser - sur Twitter, les enjoignant à appeler leurs amis résidant dans des États clés (les fameux swing states) à retweeter son message s’ils font "partie de la @TeamObama".

Voire. Evidemment, les partisans républicains étaient également très actifs sur Twitter. Pourtant, les tendances sur le média social préfiguraient déjà de la victoire de Barack Obama avant même la fermeture des bureaux de vote. Sur les plus de 7 millions de tweets liés à l’élection que Twitter a comptabilisés mardi en milieu d’après-midi, 40 % évoquent Barack Obama, contre seulement 24 % pour Mitt Romney, relevait l'AFP. L’indexation mise en place par Twitter pour jauger la tonalité des messages donne 71 % de tweets positifs au président sortant depuis l’ouverture des bureaux de vote, contre 59 % pour le républicain Mitt Rowney.

Twitter, premier relais pour féliciter Barack Obama

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Forme de mise en abyme, même pour les traditionnelles et très officielles félicitations au président réélu, plusieurs personnalités politiques ont choisir eux aussi Twitter comme premier relais. Et par la même occasion, plusieurs se permettaient d'emprunter un ton très décontracté, bien plus que dans un classique communiqué compassé.

"Congratulations !", écrivait simplement e premier ministre russe Dmitri Medvedev sur son compte. "Chaleureuses félicitations à mon ami @BarackObama. Impatient de continuer à travailler ensemble", tweetait, très à l'aise, mercredi matin le premier ministre britannique David Cameron. "Heureux de l’élection du président Obama", écrivait en néerlandais puis en français le président du Conseil de l’Union européenne Herman Van Rompuy. Même le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, s'est fendu de "chaleureuses félicitations" au président Obama via Twitter.

lundi 1 octobre 2012

Y a-t-il de la place pour un Wired en France ?

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"Wired" US, octobre 2012

Le projet d'un Wired en version française a bien été dans la balance chez le groupe Conde Nast, face au projet Vanity Fair français jusque juin 2011... Mais le groupe y a renoncé, pour cause de lectorat potentiel insuffisant (20 à 25 000 lecteurs par numéro), selon des études de marché qu'il a réalisées. Voilà ce que nous a confirmé Xavier Romatet, patron de Conde Nast France, croisé samedi à la soirée Glamour. Dommage pour les geeks, même si un Vanity Fair en VF, qui sera chapeauté par Michel Denisot, et Anne Boulay rédactrice en chef, est évidemment un des projets de presse les plus excitants pour l'année 2013.

On savait que le groupe avait hésité entre les deux, avant de trancher, mais pas que cela avait duré aussi longtemps... En tous cas, c'est l'éternel fantasme des geeks, de voir le mythique magazine techno-utopiste débarquer en France, tout comme il a déjà été lancé en Grande-Bretagne en 2009 en Italie en Europe. Cela pose encore une fois la question: y a-t-il (encore) un marché, un lectorat potentiel en France pour un tel magazine ? Car 25 000 lecteurs, c'est peu... J'en avais déjà parlé dans ce billet, plusieurs mooks et magazines ont pris la relève pour couvrir les technologies et l'innovation, de Tank à Usbek & Rica, en passant par WE Demain.

On se souvient des tentatives au début des années 2000, de magazines techno-prospectifs, avec une dose d'utopie, comme Transfert et Futur(e)s, et avec une dose d'éco chez Newbiz. Tous ont finalement mis la clé sous la porte (il y a 10 ans, déjà !), après l'explosion de la bulle de la Net-économie, qui impliquait qu'il y avait moins d'annonceurs pour ce type de journaux... Et moins de lectorat, parce que les technologies avaient perdu l'attrait de la nouveauté. Pourtant, ces journaux ont innové, y compris avec des maquettes bluffantes - souvenez-vous de Newbiz et ses mots-clés surlignés.. Rien que pour le fun, je vous ai remis des extraits de Futur(e)s et Newbiz (avec un article alors signé par ma pomme ;).

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Un peu de presse vintage de 2002...

Des techs et de l’innovation sous forme d'un magazine en France : c'est risqué en effet, alors que les blogs, sites spécialisés et newsletters prolifèrent sur le sujet, et que les mooks et magazines haut de gamme permettent aux éditeurs de s'offrir des maquettes bluffantes sur le sujet... D'autant que ce thème a conquis, au fil des années, les pages éco des news grand public.

Tout juste Conde Nast France avait-il lancé un ballon d'essai l'an dernier en lançant un supplément Wired ajouté au GQ daté de décembre 2011, en print et sur son site Web, comme j'en parlais dans ce billet. Et d'après mes informations, ce serait de nouveau le cas cette année (du moins sur le site Web de GQ)...

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Mais c'est surtout au niveau de la presse quotidienne que la mue est la plus intéressante. Lointains successeurs aux cahiers tech du début des années 2000 (rappelez-vous Le Monde Interactif, Les Echos.net, devenu Echos Innovation, pour lequel j'ai longtemps pigé, etc), des pages spécialisées sont réapparues depuis ces derniers mois dans quelques quotidiens: notamment Le Monde, avec son cahier "Sciences et techno" dans son édition du samedi, et dans une certaine mesure, son cahier "Eco & entreprise" du mardi, qui aborde les thèmse de l'innovation. Libération vient aussi lui aussi de remettre le sujet au goût du jour, en publiant le lundi un cahier de 8 pages, intitulé "EcoFutur", qui aborde l'économie de l'innovation : testé en mensuel ce printemps, il est hebdo depuis la rentrée.

dimanche 23 septembre 2012

L'actu des médias, nouvel entertainment pour le grand public ?

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Cinq émissions hebdomadaires rien qu'en télévision, au moins trois en radio... En cette rentrée, on a pu voir une multiplication assez ncroyable des émissions dédiées aux médias, sans parler des rubriques médias récurrentes, et des émissions consacrées à la vie numérique, aux nouveaux médias et aux technologies. L'univers des médias, un nouvel entertainment pour le grand public ?

A première vue, rien de nouveau. Depuis plusieurs années, il y a des émissions consacrées aux médias dans les grilles de programmes en télés et radios, qui disparaissent ou sont remplacées au fil des saisons, sur des chaînes de diverses audiences. Il y a eu, sur France 5, la mythique "Arrêt sur images", qui continue d'être diffusée sur le Net. Canal+ a eu pendant plusieurs années consécutives son émission médias le samedi midi, ou encore "Pop com" dimanche après-midi. Paris Première aussi, avec "Pif paf", animée par Philippe Vandel. Mais en cette rentrée, vous n'y échapperez pas.

Rien qu'en télévision, Jean-Marc Morandini inaugure "Vous êtes en direct" sur NRJ 12, émission certes plus large que sa quotidienne, "Morandini !", elle totalement consacrée aux médias, qu'il tenait sur Direct8. Cyril Hanouna a quitté France 4, embarquant "Touche pas à mon poste" sur Direct8, avec une nouvelle formule attendue pour octobre. La chaîne d'info i>télé a lancé le 2 septembre "L'hebdo des médias", le dimanche à 11h45, animée par Matthias Gurtler, rédacteur en chef de Gala. Sur LCI, Julien Arnaud, qui assure l’interview politique quotidienne le matin, a entamé une nouvelle saison de "La Médiasphère", programmée le vendredi. Enfin, France 5 a entamé il y a 8 jours la cinquième saison de "Médias le mag", le dimanche à 12h35.

En radio, deux des principales radios ont maintenu leurs rendez-vous médias : RTL avec son émission "Les dessous de l'écran", le dimanche à 13 heures, et Europe 1 avec "Le grand direct des médias", animée tous les matins à 9 heures en semaine par Jean-Marc Morandini. Et depuis la rentrée, France Inter a confié à Sonia Devillers, ex-journaliste médias au Figaro, une émission hebdomadaire, "Le grand bain", diffusée tous les samedis à 16 heures.

Les médias et la culture numérique omniprésents dans notre quotidien

En élargissant le spectre, on constate que les médias et nouveaux médias sont devenus une thématique récurrente, nombre d'émissions ont une rubrique dédiée. Logique : cela reflète le fait que les médias, la culture numérique et les technologies sont devenus omniprésents dans notre quotidien. Dans la matinale du samedi, sur France Inter, Alexandra Hakoun a, depuis la rentrée une petite case, "Parlez-moi médias". Dans le nouveau talk-show programmé les samedi et dimanche midi sur Canal+, "Le supplément", animé par Maïtena Biraben, l'actu médias et numérique a aussi largement sa place. La semaine dernière, un sujet (très fouillé) portait sur les déconnectés volontaires, et l'animatrice recevait Julian Brugier, journaliste qui présente occasionnellement le JT sur France 2.

Les émissions consacrées à la culture numérique et aux technologies se sont elles aussi multipliées: France Culture a reconduit deux émissions hebdomadaires, l'excellente "Place de la toile", consacrée chaque samedi après-midi aux écrans et "aux différents aspects de la révolution numérique", animée par Xavier de la Porte, et "Soft Power",programmée chaque dimanche à 19h, consacrée "aux industries créatives et aux médias". Le Mouv' a reconduit son rendez-vous hebdomadaire (me semble-t-il) consacrée à la culture numérique et aux technos, dans son 7 à 9 du lundi matin. Et j'en oublie sûrement...

Certes, la presse écrite continue de traiter le sujet. Le Figaro, Les Echos, Libération, L'Express, Le Nouvel Obs, Challenges... ont depuis plusieurs années des pages consacrées à l'actu médias / high-tech (avec une rubrique Indiscrets récurrente dans les hebdos). A cela s'ajoute une série de publications (souvent des newsletters payantes) spécialisées: bien sûr l'hebdo Stratégies (mon employeur), CB News, désormais mensuel, et plusieurs newsletters spécialisées (La Correspondance de la presse, Satellifax, Tarif Media, etc). Pourtant, il faut noter la disparition du mensuel spécialisé Médias, dirigé par Robert Ménard et sa compagne Emmanuelle Duverger, qui a cessé sa parution en juin dernier.

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Quand L'Express lance sa web-émission médias

Mais plusieurs journaux cherchent une extension audiovisuelle (sur le Web) de leurs rubriques médias. Le Figaro a lancé, il y a quelques années, une déclinaison "audiovisuelle", avec "Le buzz média", une quotidienne sous forme d'interview vidéo diffusée sur son site, dont certains extraits sont repris dans les pages saumon du quotidien. L'Express a lui aussi monté, en début d'année, Immédias, une web-émission médias animée par Renaud Revel (chef du service médias, qui tient un blog éponyme), diffusée toutes les semaines sur son site.

Attirer les CSP+ et la ménagère de moins de 50 ans

Pourquoi un tel engouement des chaînes de télé et radio - et potentiellement des téléspectateurs et auditeurs - autour de l'univers des médias ? Et pourquoi se déporte-t-il à ce point dans les médias audiovisuels ? Tous ces programmes qui dévoilent les coulisses de la télévision et de de la presse écrite ont pour avantage de brasser plusieurs thèmes: séries du moment, économie des médias, évolution des pratiques journalistiques, voire people (entre animateurs et acteurs de série), et paillettes des soirées...

Et en cette rentrée 2012, l’actualité a rarement été aussi intense : rachat de Direct8 par Canal+, qui en fait une nouvelle chaîne, marché publicitaire en crise, difficultés pour la presse écrite, multiplication des chaînes TNT, incertitudes chez France Télévisions... Cette effervescence se reflète dans les émissions elles-mêmes : certaines sont arrêtées, de nouvelles s’installent et des têtes d’affiche changent de chaîne.

L'occasion de viser aussi bien les CSP+ que la fameuse ménagère de moins de 50 ans. Les CSP+, à l'évidence, soit les cadres, professions libérales et patrons, qui regardent peu la télé et écoutent peu la radio en semaine, mais un peu plus le weekend... Voilà pourquoi presque toutes ces émissions médias sont programmées le weekend. Du coup, les chaînes qui en font un outil d’information, de lobbying, une vitrine, et d'entertainment.

Car d'un côté, les chaînes ont bien compris la possibilité d'attirer ces fameuses CSP+ en parlant de l'économie des médias (coût des émissions, situation économique des journaux, etc). Grâce à ces émissions-vitrines, elles attirent du même coup l’attention des annonceurs et des agences médias susceptibles d’acheter des spots publicitaires. Il ne faut rien négliger... D'un autre côté, en révélant "la face cachée des médias que vous regardez", elles flattent le très grand public (la fameuse ménagère...), en tirant sur le côté people et paillette: avec des images de soirées de lancements, des sujets sur la vie privée d'animateurs télé...

Ainsi, certes, les nouvelles émissions médias des chaînes d'info continue (tout de même, deux d'entre elles en ont, à l’exception notable de BFM - pour l'instant ?), visent ces fameuses CSP+, avec des sujets plutôt orientés business, entre coût des programmes, parts de marché et présentateurs stars. Tout comme, dans une certaine mesure, "Médias le mag", animée par Thomas Hugues: ici, on est cependant plus dans le décryptage, avec parmi les nouveaux chroniqueurs le sociologue Jean-Louis Missika et Anthony Bellanger, ex-Courrier international, et l'analyse pédago et volontiers impertinente des techniques de com' des médias et des entreprises - un bon point en particulier pour la nouvelle rubrique "Coup de com'", qui a passé au crible cette semaine les dessous de la soirée de lancement de Direct8 (avec les fameux "éléments de langage" appris au préalable que les animateurs-stars répétaient devant les caméras ;).

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D'autres visent un public plus popu. Ce sera probablement le cas de l'émission de Cyril Hanouna sur Direct8, qui s'était imposé sur France4 avec le ton très LOL / bande de potes de son émission précédente. Jean-Marc Morandini (dont on lira le compte-rendu sardonique chez Samuel Gontier, de Télérama) ne dit pas autre chose, lorsqu'il parle au "Buzz" du Figaro [de sa nouvelle émission |http://www.lefigaro.fr/medias/2012/08/28/20004-20120828ARTFIG00544-jean-marc-morandini-invite-du-buzz-media-orange-le-figaro.php] :

NRJ12 a cette image de chaîne des 15-25 ans, or elle n'est pas que cela. Mon objectif, c'est d'aller chercher la famille, cette fameuse ménagère, les 25-45 ans, sans faire fuir les jeunes. (...) L'audience des ménagères, c'est ce qui intéresse vraiment NRJ12, de même que TF1 et M6. Or avec 2,9% de part de marché sur les ménagères, nous avons gagné plus d'un point sur les premières émissions sur cette case, par rapport au programme précédent.

dimanche 17 juin 2012

Tank, Geek le mag, Usbek & Rica, WE Demain... L'éternel mythe d'un Wired à la française

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Cela faisait un certain temps que je voulais me pencher sur ce thème, le dernier-né dans la galaxie des magazines technos à la maquette très léchée m'en donne enfin le prétexte.

Il y a quinzaine de jours, le premier numéro de la revue Tank était lancé en librairies et certains kiosques (14 euros, 150 pages). La "revue de toutes les communications" d'après son sous-titre, qui "fait jaillir une multitude de perspectives et de regards sur la société, la communication, les médias et les cultures numériques".

Au feuilletage, le contenu et à la hauteur de ce que ce claim laisse promettre: sélection de bouquins, certes plus ou moins heureuse, entre la très réussie Encyclopédie de la web culture de Diane Lisarelli, et le (tout-à-fait oubliante à mon sens) dernier opus Dominique Wolton, Indiscipline, un dossier très nourri (près de 40 pages) sur le jeu vidéo, entre points de vue sociologiques, philosophiques, business & conso (focus intéressants sur le social gaming, ou encore une start-up prometteuse dans le sillage de Rovio), un portfolio chronologique (Ah, Pacman, Tetris et Mario)...

S'ensuivent un focus sur le boycott à l'ère numérique, avec interview de Marc Drillech, auteur d'une somme sur le sujet (nous nous étions penché dessus il y a quelques mois), une enquête (assez attendue) sur le thème vertigineux "L'homme est-il soluble dans la technologie ?" (mythe du cyborg etc), un focus sur le thème "Cerveau, nouvelles technologies et publicité" (mais qui contourne pudiquement le sujet brûlant du neuromarketing... dommage), et in fine un focus sur le parcours de Tim Burton, avec un joli portfolio.

Un premier numéro prometteur donc, avec une maquette élégante, entre nombreuses illustr, quelques infographies, et de rares photos. Il faut préciser que l'équipe des fondateurs-investisseurs est un peu particulière: on retrouve derrière ce projet de gros pontes de l'univers de la publicité et de la communication. A savoir Sébastien Danet (président de Vivaki/Publicis Groupe) Olivier Covo (Brandy Sound), Bruno Fuchs (Image & Stratégie), Laurence Houdeville (Réputation VIP), Philippe Lentschener (McCann France), Bruno Paillet (Conseil & Annonceurs Associés) et Thierry Wellhoff (Wellcom).

C'est par ailleurs l'agence-conseil en communication éditoriale All Contents qui en est l'initiatrice. D'où la difficulté à qualifier cet objet: est-ce vraiment un média ? Il est en fait entre la publication professionnelle pour communicants et le mag grand public. Contrairement à XXI et autres Usbek & Rica qui ont été fondés par des journalistes, c'est ici une agence de com' éditoriale qui est derrière. Quand bien même on trouve quelques journalistes parmi les contributeurs, l'immense majorité sont philosophes, sociologues, directeur d'études en institut de sondages...

Au passage, ce mook est à ma connaissance le seul à être aussi clairement ouvert à la publicité: avec 15 pages de pub sur 150 pages, et des annonceurs essentiellement issus de l'univers de la com' (régies publicitaires, agences médias, presse écrite,, audiovisuel...), plusieurs étant proches des fondateurs ;)

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Le dernier-né, donc, dans le genre très en vogue des mooks (comprenez mag books), genre initié il y a quelques années avec brio par la revue XXI (j'en parlais ici lorsqu'elle a décroché son premier prix Albert Londres), ces livres-magazines en papier glacé et maquette très travaillée, qui ont créé un nouveau réseau de distribution : les librairies, mais auxquelles plusieurs, malins, commencent à ajouter les Relay et certains gros points presse (en fait, les kiosques disposant d'un rayon livres) - s'offrant ainsi un double réseau de distribution.

Plusieurs qui ont opté pour le format mook ont lancé des revues dédiées à l'anticipation, l'innovation, les sciences, la culture geek, les produits tech. Peut-être parce que le format du mook, avec un tarif assez élevé mais des possibilités de maquette bien plus larges qu'en presse mag classique (portfolios, infographies, dessins, superposition de photos...) est particulièrement adapté au traitement de ces thèmes. A la réserve près que ce genre très en vogue du mook a ses fragilités, dont au niveau économique (ie il inclut très de publicité): un des derniers, le mook sportif Hobo a ainsi été interrompu sur ordre du groupe Amaury, avant même la parution du numéro 2. Mais mooks, magazines diffusés en kiosques, tous ont toujours ce Graal, cet idéal, sortir enfin LE Wired à la française, magazine qui répercute depuis les années 90 les préoccupations des accros du Web et des technologies. Ce qu'ont déjà tenté, il y a une dizaine d'années, Transfert, Futur(e)s, Newbiz, Minotaure, Blast, Influx (petit aperçu dans mes archives perso)... Alors que la maison-mère, le groupe Conde Nast, non content d'avoir lancé des Wired locaux en Italie, UK... renâcle toujours à le lancer en VF.

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Un peu dans la même veine que Tank, Influencia, à la base newsletter lancée par Isabelle Musnik (ex-journaliste de CB News) a ainsi été décliné pour la première fois en luxueux mook (co-brandé par Le Figaro), vendu en librairies pour 20 euros.

Autre petit nouveau en la matière, le mook WE Demain, fondé par les frères Siegel, qui ont dirigé VSD pendant 30 ans. Sorti en librairies et en partie en kiosques en avril dernier,comme je le détaillais alors dans cet article, il se présente comme "une revue pour changer d’époque", et "accompagner l'émergence d'un nouveau monde". Après VSD qui a incarné la civilisation de l'entertainment... De quoi sera fait l’avenir… Avec donc, au menu, l’émergence de nouveaux métiers (euthanalogue, cultivateur vertical, manipulateur de climat, créateur de membres humains, courtier en pollution…), la 3e révolution vue par Jérémy Rifkin,..

On notera au passage qu'il est en train de développer un modèle publicitaire original, comme je l'évoquais dans mon article : il passera surtout par des partenariats de marque et du parrainage. Le numéro 2 de la revue, qui sortira le 11 octobre, aura ainsi un supplément, un magazine de 80 pages, We Demain Initiatives, ouvert aux marques, aux entreprises et aux institutionnels "qui partagent les mêmes valeurs que la revue", dixit ses fondateurs. Lesquelles marques pourront donc parrainer une des 8 sections de la revue (une page en ouverture de section pour expliquer ses engagements) ou acheter des espaces publicitaires réservés (2ème, 3ème et 4ème de couverture).

La revue Usbek & Rica avait déjà anticipé cette tendance, en se lançant sous forme de mook (voir mon billet à l'époque). Mais - autre preuve de la fragilité économique du modèle du mook ? - après une parenthèse au second semestre 2011, elle set revenue cette année sous forme de magazine trimestriel, vendu en kiosques pour 5 euros. Au menu pour le n°2 du magazine qui explore le futur": actu, infographie, enquête de fond (ici sur le sujet plutôt attendu de la "génération hacker"), et beaucoup d'anticipation: entre un chouette scénario futuriste ("La Seine Saint Denis en 2072"), tendance naissante ("le jour où un robot gagnera un prix Pulitzer", allusion au robot journalism), un sujet vertigineux (en rubrique Utopie) sur les débuts de la géo-ingénierie, le sportif génétiquement modifié...

Autre acteur de ce secteur de la presse à la Wired, Geek le mag. Là aussi, j'aime bien l'effort sur la maquette, les infographies et les enchaînements de photos, même si le magazine se disperse peut-être un petit peu: après l’enquête éco sur Ubisoft, les sujets d'acte (les sites de rencontres, Aca), le dossier TV connectée, les gadgets high tech, quelques pages de chroniques culture (ciné, DVD, jeux vidéos)... Puis il se clôture en beauté sur une publication exclusive d'une version comics de Batman.

Des parutions qui restent souvent limitées, relativement confidentielles (10 à 15 000 exemplaires en moyenne chacune, d'après mes informations, exceptées pour Tank et Influencia, pour lesquelles les chiffres ne sont pas encore disponibles). Elles font pourtant la différence avec la multitude de sites d'information dédiés à la high-tech côté conso et culture numérique (de 01net à Les Numériques) avec des maquettes qui tuent, et un traitement fouillé, plus proche de l'anticipation et de la prospective. Pas assez mainstream peut-être...

lundi 23 avril 2012

Radio Londres, ou l'impertinence de Twitter face à la loi

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Le Schtoumpf Bleu, le Fouquet's, Flamby, la Hongrie versus les Pays-Bas, le printemps Vert, le bleu marine... On se doutait que, inévitablement, des estimations du premier tour des élections présidentielles fuiteraient sur Internet et les réseaux sociaux avant le délai fatidique de 20 heures. C'est surtout sur Twitter que les internautes ont rivalisé d'inventivité, dès vendredi, pour contourner la loi. Certains "twittos" ont pris l'initiative de lancer un vocabulaire et des métaphores dédiées, et même un hashtag spécifique, #RadioLondres, au délicieux goût d'impertinence et de résistance ("Ici Londres. Les Français parlent aux Français"...). Et aussi, certes, une certaine manie de l'entre-soi dans Twitterland, avec "ce côté très énervant 'nous on sait avant les autres'", me soulignait à juste titre Emmanuel Tellier hier matin sur Twitter.

Ce qui s'est confirmé dans la journée de dimanche, où RadioLondres était certes en tête des trending topics sur Paris... Mais nullement en France (merci @krstv pour cette très bonne info), ce qui reflétait le décalage évident entre les préoccupations des élites twittos parisiens... et des autres utilisateurs de Twitter en France en ce jour d'élections.

Une manière aussi de signifier par le jeu l'archaïsme du CSA - ie l'interdiction pour tout média de mentionner avant 20 heures toute estimation après la fermeture des premiers bureaux à 18 heures, sous peine d'une amende de 75 000 euros, conformément à la loi de 1977. Une loi qui s'appliuque aussi - et c'est là la nouveauté - aux quelques millions de citoyens-internautes ((25 millions de Français inscrits sur Facebook, 5 millions sur Twitter) désormais habitués à partager en temps réel des infos sur les media sociaux. Ce qui a fait débat dès jeudi, au point que la Commission des sondages a dû organiser précipitamment, dès vendredi, une conférence de presse pour sonner le rappel à l'ordre, aussi destiné aux instituts de sondage.

Web & réseaux sociaux 1 - TV 0

Dès vendredi donc, des twittos ont organisé la riposte: je ne vais pas épiloguer sur cela, c'est déjà très bien résumé entre autres dans ce billet et cet article. Mais au long de ce dimanche après-midi, une évidence s'est imposée: le décalage entre le Web et la télévision, avec une multitude d'informations sur le Web, notamment - comme redouté par la Commission des sondages - des informations et premiers résultats de sondages publiés sur des sites étrangers (dont Rtbf.be, surchargé une partie de l'après-midi) et Twitter, où les twittos jouaient à #RadioLondres, tandis que les chaînes de télévision en ont été réduites à meubler jusque l'heure fatidique, 20 heures... D'ailleurs, faute de mieux, vers 18 heures, la radio Nova s'y met aussi et nous annonce, citant Twitter (joli paravent...) un "sirop de fraises qui recouvre la coupe bleue"...

Embargo explosé

La question sur Twitter était: qui allait craquer ? Un old media allait-il lâcher les premières estimations avant 20 heures ? Dans un édito publié deux jours avant, Libération avait donné rendez-vous à ses lecteurs à 18h30 sur son site. Las, trop risqué... Nicolas Demorand expliquait dimanche après-midi pourquoi Libé y renonçait finalement.

A 18h46, craquage en direct: l'AFP balance les résultats du premier tour de "sources concordantes" - uniquement à son fil d'abonnés, en les intimant de ne pas les divulguer auprès du grand public. Ou comment jouer sur le fil rouge... Et exploser la loi non-écrite de l'embargo. Aussitôt après la RTBF publie la dépêche presque in extenso sur son site. Contrefeu de l'AFP suite aux résultats partiels (premières estimations, résultats partiels des DOM-TOM...) publiés par des sites étrangers (comme la radio-télé francophone publique (RTBF), le journal Le Soir, la radio-télévision suisse (RTS), le site 20minutes.ch, ou Radio Canada) ? Coup de pression face à ce qui fuitait sur Twitter ?... Elle se justifie en ce sens sur sa page Facebook. Au passage, dans un papier du JDD de ce dimanche 22 avril, signé Camille Neveux, on apprend que "Dans une note diffusée à ses clients, l'AFP a indiqué qu'elle 'mettrait à disposition les informations dont elle dispose' dans le cas où un média, en France ou à l'étranger, 'briserait ce qui s'apparente à un embargo'". Depuis, une enquête ouverte par le Parquet sur la publication des résultats avant l'heure, par ces media étrangers et par l'AFP.

A 20 heures, ouf, les old media peuvent enfin donner les premières estimations à l'antenne. Plus tard dans la soirée, vers 23 heures, David Pujadas lâche sur le plateau de France 2 "Bon sur Twitter, y'a rien eu de transcendant finalement". Mais bien sûr...

mardi 20 mars 2012

Neon: insolite + culture + mixité

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C'est un des nouveaux-venus dans les kiosques: depuis ce matin, Prisma media (ex-Prisma Presse) a lancé son dernier-né, le bimensuel Neon, titre orange flashy, sous-titre qui nous promet "Soyons sérieux, restons allumés !". La couv', photo aux couleurs légèrement passées à l'appui, ose titrer sur "l'amour, là, tout de suite" (c'est le printemps!). Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas prêtée à l'exercice du feuilletage d'un nouveau magazine, alors là, c'était l'occasion. Car trois ans après le lancement en tir groupé des féminins Grazia, (feu) Envy et autres Be, c'est ici un des projets mag les plus attendus du moment qui voit le jour.

La presse en a largement parlé: pour cette adaptation française d'un mag à succès lancé en Allemagne en 2004 par Grüner + Jahr, Prisma s'est certes limité à un budget de lancement de 3 millions d'euros et une rédaction d'une dizaine de personnes, avec Olivier Carpentier (ex- Ca m'intéresse) rédacteur en chef, et Hugo Lindenberg (ex- Mediapart) chef de rubrique.

Le prix de lancement est de 1,50 euro, pour ensuite 3,50 euros, et Prisma vise à terme une diffusion payante de 80 000 exemplaires. Un site web sra lancé le 24 mars. Il a vocation à être mensuel, mais le groupe l'a lancé en bimestriel à titre de test. Mais il exploite un créneau assez osé: ce magazine vise un lectorat de 25 à 35 ans, et surtout mixte. Entre actus, reportages, (un peu) culture et (un tout petit peu) mode et conso, on est bien sur un créneau assez complémentaire de la presse culturelle (Technikart, Les Inrocks) ou masculine branchée (GQ).

Qu'est-ce que cela donne au feuilletage ? On a donc 146 pages dont 30 pages de pub, avec une forte prédominance de pubs pour des voitures et motos (Mercedes, Peugeot, Ducati...), qui côtoient des pubs pour des alcools (Bacardi, Martini), vêtements (Lacoste, Sandro, Pepe Jeans), et parfums (Bleu de Chanel). Preuve que le magazine est résolument mixte.

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A l'ouverture, un découvre un sommaire avec une répartition un peu surprenante en rubriques partager", "avoir", "ressentir", "connaître", "avoir", "respirer", "le reste". Au fil des pages, on découvre des rubriques et concepts amusants: le traditionnel micro-trottoir avec "la" question de Neon, annoncée comme "brillante et farfelue": ici, "Vous faites quoi le 22 décembre 2012, le lendemain de la fin du monde?", ou encore un très drôle "arbre à palabres" qui héberge une assez délirante infographie autour de cette question existentielle, "faut-il prendre un chat?".

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On y découvre aussi des enquêtes fouillées, comme celle-ci de 6 pages, très bien troussée, sur de jeunes artistes anars en lutte contre Poutine, où "l'engagement politique c'est foutre le bordel dans les magasins, dessiner des bites géantes ou pisser sur les flics", ce touchant papier sur des "souvenirs d'adoptés", qui racontent leur adoption à partir d'une relique, ce témoignage assez drôle (et avec des infos très scientifiques ;) où le journaliste raconte dans un papier-carnet de bord comment il a (sur)vécu "4 jours sans dormir", photos à l'appui. Et cette enquête en couv', "Amour - impact imminent", avec 8 pages sur le sujet, où la journaliste va de L'Education sentimentale de Flaubert au Banquet de Platon, et Schaupenhauer, en passant par des témoignages plus contemporains pour essayer de cerner le fameux coup de foudre... A mille lieues des clichés de la presse féminine.

Et des angles originaux, comme la cruciale question des positions politiques divergentes au sein du couple ("Je t'aime... sauf quand tu votes"), cette (potentielle) mode culinaire des insectes, le retour en vogue de l'absinthe, ou encore un papier très pratique sur les instructions de lavage pour nos fringues (si, si).

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L’incontournable rubrique mode, elle, est rapidement évacuée dans une amusante double "le jeu des 7 erreurs" pour les nanas et les mecs - preuve que ce magazine est résolument mixte. Quant à la culture, elle est rassemblée de manière originale sur une double "Ma dose de culture pour 40 euros", qui nous propose donc un panier de biens culturels pour 40 euros, entre expo, ciné livre et musique.

Bilan ? Le magazine est riche, plein d'angles et des sujets originaux, que l'on ne trouverait pas en presse culturelle, ni dans les hebdos ou magazines orientés lifestyle comme M le mag. Je suis pourtant restée un peu sur ma fin quant à la maquette, assez classique, et le ton, l'écriture, peut-être trop sage des articles. A suivre...

dimanche 4 mars 2012

"Zita dans la peau d'une femme obèse", succédané de la trash TV, de la désinformation du "docu-réalité"

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C'est un étrange "documentaire" que diffusait M6 en prime time mercredi soir, d'un genre en vogue chez M6 depuis peu, que la chaîne qualifie elle-même, au choix, de "docu-réalité", reportage "incarné", où un journaliste ou animateur entre dans la peau de quelqu'un d'autre pour vivre, durant un temps limité, son quotidien. Un étrange objet télévisuel, qui prend un relief particulier alors que M6, petite chaîne qui a "monté" en partie en se lançant la première dans la télé-réalité avec Secret Story il y a 10 ans - format constitutif de son ADN - fêtait cette semaine ses 25 ans, sous les félicitations de la presse économique...

Au menu, donc, "Zita, dans la peau d'une femme obèse". Dans ce nouveau programme, Zita Lotis-Faure propose d'entrer dans la peau de plusieurs personnes: une femme obèse, puis une femme de ménage, une naturiste, et une aide-vétérinaire... Un "Vis ma vie" à la sauce M6 en quelque sorte, où la jeune femme choisit de vivre l'"expérience", durant un mois, 24 heures sur 24, de vivre comme une femme obèse, pour mieux comprendre leur vie. Aux manettes, face caméra, Zita Lotis-Faure, journaliste paraît-il, visiblement spécialiste des reportages en immersion (elle a notamment oeuvré pour Marie-Claire), qui a droit à une brève page Wikipedia, et dont on découvre, plus étonnamment, qu'elle était présentée il y a quelques années comme "chanteuse" installée à Londres (sic) dans les pages de Marie-Claire. Quelques extraits au zapping de Canal+ le lendemain m'ont interloquée, j'ai presque hurlé en regardant le replay ce matin, comme cette blogueuse téléphage. On notera que l'émission a attiré 12,5% des parts d'audience, avec 3,3 millions de téléspectateurs.

Durant une heure, on voit donc la jeune femme mener son "enquête" en se mettant en condition: suivie par un nutritionniste, elle attaque un régime à 6 000 calories par jour, avec au menu une baguette pour le petit-dej (eh oui, car elle explique calquer ainsi le régime alimentaire de Véronique , 50 ans, 140 kgs et à première vue bien dans ses pompes), pâtes, pots de Nutella... Ce "docu" alterne séquences où Zita se rend en "reportage" chez quelques personnes souffrant d'obésité et séquences où, face caméra, elle nous montre ses fringales nocturnes, repas pantagruéliques qu'elle s'inflige, difficultés à supporter un tel régime... Et évidemment, on n'échappe pas aux séquences où elle est aux bord des larmes, effarée face au nutritionniste qui lui indique qu'elle a pris 2 kilos en 15 jours (dur...), et où elle met en scène son dégoût, quitte à mîmer un vomissement. "Déprimée, je n'arrête pas de m'empiffrer, de bouffer", explique-t-elle face caméra. "Ca y est, je crois que je suis droguée", nous assène-t-elle.

Au fil de l'émission on est pris d'un certain malaise - qui laisse place à la colère - en regardant cet ovni télévisuel, entre docu et télé-réalité, même s'il se veut une "enquête". Déjà parce que l'expérience elle-même est biaisée: "je mettrai mon corps et mon mental à l'épreuve", annonce Zita d'emblée. Durant 4 semaines, elle va suivre "le régime alimentaire d'une femme obèse de 140 kilos", pour voir "combien de temps il faut pour verser dans l'excès alimentaire". Bon... Mais cette pseudo-incarnation apparaît bien dérisoire dès lors qu'elle ne dure qu'un mois... Même si certes, il s'agit d'éviter tout risque grave pour sa santé, on ne s'empêcher de s'esclaffer aux mines dépitées de la jeune femme lorsque le nutritionniste lui annonce, au bout d'un mois (fin de l'expérience donc), qu'elle gagné... 4 kilos et 15,5 cm de tour de taille. On est loin des 30 kilos que prit Robert de Niro pour jouer dans Raging Bull de Martin Scorsese, ou dernièrement Matthias Schoenaerts dans le magnifique et glaçant Bullhead de Mickaël R. Roskam. Même s'il est vrai que, pour Super size me, son docu-brulôt anti-Mac Do, Morgan Spurlock a lui aussi mené son expérience durant un mois, en s'obligeant à ne manger que chez McDonald's sur cette période, sous la surveillance attentive de trois médecins et d'une nutritionniste, en cherchant à respecter le nombre maximum de 5 000 pas par jour qu'il s'impose (moyenne par américain). Il avait pris 11 kilos sur la même durée.

Malhonnêteté intellectuelle, raccourcis, pas de sources scientifiques

Pire, il est truffé de raccourcis et contre-vérités. Pointons déjà la malhonnêteté intellectuelle du casting, qui tend à nous présenter comme banals des obèses aux parcours alimentaires spécifiques. Telle Véronique, 40 ans, yperphage, boulimique et consomme de la nourriture dans des quantités pantagruéliquescomme le souligne Le Nouvel Obs. "La choisir comme exemple est une manipulation grossière ; il est en effet plus sensationnel de montrer à l'écran une grosse qui se goinfre à heures régulières qu'une femme à l'alimentation équilibrée", soulignent-ils.

La "journaliste" nous assène des affirmations et généralités sans sources, sans caution scientifique d'un spécialiste pour préciser ses dires. Florilège: "ça y est, je crois que je suis droguée. (...) Plus ça va, moins j'ai envie de manger des trucs qui ont du goût, je préfère du pain, des pâtes..." (avec la musique d'ambiance dramatisante qui va bien, au cas où l'on n'aurait pas compris). Avant de nous asséner royalement, à la fin de son "enquête": "Un mois d'expérience suffit donc pour prouver que l'on peut tous facilement basculer dans la maladie de l'obésité". C'est là qu'est révélée la fausseté monumentale de cette émission. Elle confond obésité et boulimie, et nous sort cette énormité: cette "maladie" peut s'attraper du jour au lendemain, comme un virus. Pire, elle nous laisse croire que les personnes qui sont obèses le sont forcément à cause d'un régime alimentaire excessivement déséquilibré, où elles s'empiffreraient... En oubliant au passage une réalité scientifique: la majorité des personnes obèses ou en surpoids le sont à cause de problèmes hormonaux, génétiques, connexes à d'autres problèmes de santé.Ce docu-réalité a donc un fond très réac', où il sous-entend que si ces personnes sont en surpoids, c'est de leur faute...

Du coté des contre-vérités, quelques affirmations hallucinantes en voix off parsèment le docu - le surpoids provoquerait une raréfaction de l'ovulation, l'obésité provoquerait l'infertilité - elle réduit la fertilité, ce qui est différent.

Sensationnalisme et impudeur

Enfin, les témoignages sont surtout des prétextes à un voyeurisme dévoyé, et où l'empathie de la jeune femme est très relative, ce qui révèle l'hypocrisie qui est l'essence même de cette émission. Sous prétexte de dénoncer une question grave de santé publique, l'émission met en scène présente quelques cas sans aucune pudeur. Lorsqu'elle va voir Stéphanie, 24 ans, et qu'elle lui assène "moi, si un mec refusait que je perde du poids, alors qu'il le faut pour que j'aie un enfant (...) je deviendrais dingue. Pas toi ?" - avant que Stéphanie ne s'effondre en larmes (face camera bien sûr) - on se demande si Zita ne fait pas preuve de davantage de puant mépris que d'empathie.

Quant à la séquence avec Cécile, 31 ans, qui a perdu 60 kilos (ou 80, on ne sait pas, car on a deux versions différentes données par la voix off), dans une séquence grotesque, on a évidemment droit aux gros plans-séquences sur le ventre déformé de la jeune femme, par une caméra totalement impudique, Zita mîmant l'apitoiement. Elle ira jusqu'à figurer dans le plan où la jeune femme subit une opération de chirurgie plastique.

Super Size Me avait clairement des visées militantes: démontrer preuves à l'appui la responsabilité des chaînes de fast food telles que le Mac Do dans l'engrenage de l'obésité aux Etats-Unis, les procès intentés par des particuliers y ayant échoué, avec en lus de son immersion un réel travail journalistique - Morgan Spurlock interroge des spécialistes dans plus de 20 villes, un ancien secrétaire à la Santé des États-Unis, des professeurs de gym, des cuisiniers de cantines scolaires, des publicitaires. Ici, Zita, sous couvert de partager un message préventif, sur une cause de santé publique majeure, surfe sur le voyeurisme le plus abjecte.

Zita femme de ménage, je n'ai pas pu regarder. Maintenant j'attends Zita naturiste, Zita bonne soeur (puisque cela figure dans la présentation de l'émission), ou pourquoi pas Zita camée.

dimanche 22 janvier 2012

Huffington Post made in France: info, débats, entertainment

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Ett voilà. Lundi 23 janvier, le Huffington Post français était lancé lors d'une conférence de presse organisée dans les locaux du Monde, avec Ariana Huffington et l'équipe du jeune media, une dizaine de jeunes journalistes, Anne Sinclair pour responsable éditoriale et Paul Ackermann (ex-chef d'édition du Figaro.fr) pour rédacteur en chef.

Le débarquement dans l'Hexagone de cet étrange Ovni médiatique - on y reviendra - avait soigneusement été préparé par Ariana Huffington, entre buzz savamment orchestré et plan media réglé comme du papier à musique. Dès septembre dernier, la fondatrice du HuffPo inaugurait la session de rentrée du CFJ (Centre de perfectionnement des journalistes) - rien de tel pour asseoir sa notoriété et mettre un pied dans le journaliste traditionnel. Après tout, encore au printemps 2011, le HuffPo avait surtout une odeur de soufre à cause de la grève de ses contributeurs - blogueurs bénévoles bien malgré eux.

Plan médias pour le HuffPo français... Et pour Anne Sinclair

Dans les semaines qui ont suivi, la feuilleton s'est poursuivi: rumeurs d'arrivée de Marc-Olivier Fogiel, d'Anne Sinclair, survivance (ou pas) du Post, bruits de report du lancement, de difficultés à recruter un rédacteur en chef... Le 13 janvier, un visuel de la page d'accueil du Huffington Post français fuite sur Twitter.

tweet_Glad_2.jpg Le 16 janvier, la presse est conviée à la conférence de presse de lancement. Et a confirmation du même coup que qu'Anne Sinclair prend bien les rênes de ce media. Le fait n'est pas anodin: retour au journalisme pour celle-ci, exposée dans les media ces derniers mois uniquement en tant qu'épouse de DSK. Elle va étrangement faire office de vitrine médiatique pour le lancement du HuffPo français. Elle a conçu son propre plan media, visiblement avec Anne Hommel, conseillère en communication chez Euro RSCG, amie du couple Strauss-Kahn, déjà connue pour conseiller DSK. C'est aussi elle et l'agence Euro RSCG qui ont organisé la conférence de lancement du lundi 23 janvier.

Anne Sinclair choisit pour son retour en journalisme - et pour tourner la page médiatique de l'affaire DSK - l'hebdomadaire Elle, où elle a bénéficié d'une couverture favorable en plein tourment, ces derniers mois. Une interview-fleuve ("l'interview-vérité", nous promet-on) de 8 pages, où elle parle de ses années de retrait du journalisme, de son bouquin à venir, du HuffPo, de l'affaire DSK, bien sûr de ce qu'est être une femme trompée, mais sûrement pas de ses sentiments (avec cette chute déjà culte, à la question "Etes-vous une femme amoureuse ? Ca - ne - vous - re - garde - pas !). Si Elle sort habituellement en kiosques le vendredi, ici, des exemplaires sont envoyés dans une poignée de rédactions dès mercredi après-midi. L'émission C'est à vous dévoile la Une de Elle en direct et sur son fil Twitter ce mercredi soir.

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Ce matin, on en a eu confirmation. Ambiance surprenante pour cette conférence de presse, qui rassemblait au bas mot 250 journalistes, à l'importance peut-être surestimée, certains osant parler ce matin d'"événement médiatique de l'année". A l'évidence, cette nuée de caméras art de photographes étaient plus là pour voir Anne Sinclair que ce nouveau projet de media. Et c'est vrai qu'entendre ce matin sa voix grave et posée, exactement la même qu'à l'époque de 7 sur 7 - que beaucoup, comme moi, n'avaient probablement pas réentendue depuis - ne pouvait laisser indifférent.

Durant une heure, parallèlement à cette conférence de presse, il y avait presque une conférence bis, rythmée par cet étrange ballet des photographes, dont les flashes ont crépité à l'arrivée d'Anne Sinclair et Ariana Huffington (effet Fashion week ?), puis les rafales de photos se sont poursuivies au moindre geste, au moindre rire, au moindre aparté des deux femmes, donnant un côté people bizarre à cette conf'.

Actu, entertainment, débat...

'"En association avec le groupe Le Monde", indique le header de la page d'accueil, il ouvre sur le discours au Bourget du candidat à la présidentielle François Hollande, sondage maison à l'appui ("sondage ViaVoice pour Le HuffPost"), et balaie l'essentiel de l'actu: RTT des médecins, Fukushima, démission du PDG de RIM, taxe Tobin, le divorce Heidi Klum - Seal, la cravate "toujours dans le vent" durant la Fashion Week... De l'actu et de l'entertainment donc, comme sur le HuffPo'' version US. D'ailleurs, le rubricage du site est simple: A la Une - Présidentielle 2012s - Economie - International - Culture.

Le Huffington Post français reprend donc les recettes du HuffPo US: des articles maison, des synthèses d'articles publiés ailleurs, et surtout une flopée de blogs alimentés par divers contributeurs, connus ou pas - et tous bénévoles. "On sera un site de débats, avec des contributions très pointues. Ce qui nous différenciera des autres médias. On a déjà plus de 150 contributeurs qui vont apporter leur tribune au HuffPo, à la fois des experts très connus, mais aussi des gens de terrain (...)", dévoilait Anne Sinclair dans Elle. Parmi ces contributeurs, Ariana Huffington annonce dans son édito le constitutionnaliste Guy Carcassonne, la reporter de guerre Anne Nivat, Rachida Dati, Julien Dray, porte-parole de Lionel Jospin en 2007, l'historien Benjamin Stora, ou encore Nicolas Bedos.

Rubrique sponsorisée

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Quid du modèle économique ? La pub déjà: ce lundi matin, le site comporte une bannière publicitaire (avec L'Oréal pour annonceur), et une seconde en bas (Les 3 Suisses). Mais on découvre aussi une rubrique sponsorisée: la rubrique, tech, "La vie digitale", qui comporte la mention "Avec Orange". Dans la lignée de ce qu'il a fait l'an dernier - le sponsoring de dossiers high-tech dans Les Inrocks notamment, évoqué ici - l'opérateur télécoms sera donc le sponsor permanent de cette rubrique. Il fournit notamment des "articles" dans cette rubrique ("Des applis mobiles à prix mini Bénéficiez de promotions exceptionnelles !", ou encore des comptes-rendus du CES de Las Vegas écrits par Eric Dupin, alias Presse Citron), pudiquement intitulés "Contenu de marque", que Corine Mrejen (responsable de la régie publicitaire du Monde) nous a détaillés ici.

Indéniablement, le HuffPo made in France consacre une nouvelle tendance apparue dans les nouveaux media qui ont fleuri sur la Toile ces derniers mois. Entre Le Plus du Nouvel Obs, Quoi.info, Newsring, dans une certaine mesure Le Lab... Une nouvelle génération de pure players participatifs, qui reposent plus sur le participatif, les contributions des internautes, le débat, plutôt que la publication classique d'articles. On ne sait plus trop comment les qualifier: pas vraiment médias, ni sites d'information, en quelque sorte "plateformes de contenus".

mercredi 7 décembre 2011

Co-branding Wired + GQ: ballon d'essai ?

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Une première. La couv' du numéro de décembre de GQ a de quoi surprendre. Lui aussi s'offre un dossier high-tech, dans une période de l'année où, par tradition, nombre d'hebdos et de quotidiens (des Inrocks à Libé en passant par L'Express, Le Point...) foisonnent eux aussi de leurs traditionnels dossiers techno, mine d'idées de cadeaux pour les lecteurs à la veille des fêtes de fin d'année - et attrape-pub efficace et bienvenu pour les journaux.

Mais GQ va plus loin, en publiant son dossier techno sous la marque Wired, mise en avant en Une, et dans le dossier, de manière très flatteuse. Alors évidemment, cela offre une caution on ne peut plus "branchée" (littéralement) au mensuel masculin (lui-même sur un positionnement djeun's haut de gamme).

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La volonté de "vendre" Wired aux néophytes à l’intérieur de ces pages est frappante. Ce dossier de 22 pages, ouvert par une photo d'Omar et Fred qui prennent la pose avec une numéro de Wired et un iPad entre les mains - on admirera au passage le placement de produit ;), est inauguré avec une double qui présente de manière élogieuse l'histoire assez exceptionnelle de Wired, depuis son lancement en 1993 par Janet Metcalfe et Louis Rossetto et le lancement du site Hotwired.com en 1994, en passant par son rachat par un fonds d’investissement en 1998, puis par Advance Publications, qui le rachète alors pour 390 millions de dollars (!) pour le confier à Conde Nast. Sans oublier ses couv' et son design avant-gardiste.

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On trouve ensuite un papier qui résume sur une page les principales théories de Chris Anderson, de sa théorie de la long tail à "The Web is dead" de septembre 2010, puis sur 3 pages la traduction d'un article sur la Kinect. Quelques pages comportent une traditionnelle sélecrtion de produits tech, "approuvés par Wired", précise une icône. Et enfin un article assez drôle, plus dans le ton propre à GQ, propose "53 règles pour devenir un gentleman digital".

Une icône dans le mag nous signale que Wired est également "invité spécial de GQmagazine.fr jusqu'au 20 décembre". De fait, en allant y faire un tour, dans l'onglet dédié, on trouve quelques articles tech / culture numérique ave des angles que n'aurait déniés Wired: "Coder pour durer", "Et si Apple lançait l'iCam?", "Kinect: comment Microsoft soutient les hackers", "Comment supprimer des fichiers rapidement"...

Précisément, ils se trouve que le lancement d'un Wired français par sa maison-mère, le groupe américain Conde Nast (aussi éditeur de GQ, lui-même déclinaison française d'un titre US) est actuellement en suspens. Le lancement d'un Wired en VF est devenu une lapalissade, un rêve pour de nombreux journalistes et techies, nostalgiques de l'époque des Transfert, Newbiz et autres Futur(e)s du début des années 2000.. Il y a même eu la tentative avortée, j'ai encore le seul numéro lancé en VF - d'un lancement en France de Technology Review.

C'est devenu une lapalissade, qui avait encore été évoquée en 2008. Il y a 6 mois, le patron français de Conde Nast annonçait que le groupe avait tranché - d'abord - pour la lancement d'un Vanity Fair français.

Dimanche dernier, dans l'émission Soft power sur France Culture, il a réaffirmé que des numéro zéro étaient en test, et que Vanity Fair serait lancé en 2012 si le marché publicitaire le permettait. Quant à un Wired français... il n'a pas exclu un lancement "sous format numérique" ou en supplément papier d'un autre magazine du groupe. Ce qu'il n'avait guère évoqué jusqu'à présent. Ce GQ co-brandé Wired ressemble alors étrangement à un ballon d'essai. A suivre...

dimanche 27 novembre 2011

Newsring et Quoi.info: entre débats et Wikipedia de l'actu

Assurément, sur la Toile, on est en plein bouillonnement, avec une foison de nouveaux projets qui mêlent participatif et actu, le tout étant d'autant plus porté par les échéances électorales de 2012, qui incitent médias old school ou start-ups des médias à proposer au grand public de nouvelles expériences, de nouvelles approches de l'actu. Il y a eu le lancement ce printemps du Plus du Nouvel Obs, France Télévisions qui a lancé il y a 15 jours son très prometteur site Francetv.info (site qui se revendique du "live", de "l'actu en continu"), et consacre ainsi le format journalistique du live, dont je parlais dans ce billet), Canal+ qui a lancé Présidentielle2012, son site d'infos dédié aux présidentielles, Le Lab du groupe Lagardère (site d'actu dédié aux présidentielles commun aux rédactions d'Europe 1 et Paris-Match, piloté par Laurent Guimier, directeur général adjoint chez Lagardère Active) qui est attendu ces prochains jours, et bien sûr l'arrivée très attendue (surestimée ?) du Huffington Post en France, au mieux pour décembre (s'ils parviennent à trouver un rédacteur en chef...). Peut-être simple effet de hype, comme l'adore la Toile, en tous cas, ces nouveaux médias tentent d'innover, de proposer d'autres lectures de l'actu à l'internaute.

Pour aujourd'hui, j'ai testé deux de ces petits nouveaux, Newsring.fr et Quoi.info, qui viennent de s’entrouvrir en version beta privée, annoncés sur la Toile respectivement pour début décembre et le 30 novembre, que j'ai parcourus. J'en ai parlé dans cet article et celui-là fin octobre pour Stratégies: on a donc Newsring.fr, site de débats thématiques qui privilégiera les contributions des internautes, experts et blogueurs, et Quoi.info, site d'information sélectionnant des sujets d'actualité, où les internautes pourront contribuer. Dans les deux cas, tous les contenus sont en accès libre, mais il faut créer son profil pour pouvoir contribuer. Aux manettes pour Newsring.fr, Julien Jacob (cofondateur d'Obiwi, ex-vice président de CBS France), qui s'est associé au groupe Webedia (PurePeople, Ozap, etc.), Philippe Couve (ex- RFI, Rue89 et Owni) et Frédéric Taddeï jouera un rôle transversal, tandis que Quoi.info a été cofondé par Cyrille Frank (ex-rédacteur en chef d'AOL France), Frédéric Allary (ancien DG des Inrockuptibles), rejoints par Serge Faubert. Le premier projet a levé 3,5 millions d'euros, et le second 400 000 euros.

Newsring.fr, "amener ceux qui discutent dans des cafés sur la place du marché"

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C'est l'image employée par Frédéric Taddéi à propos de Newsring.fr, en quelque sorte un Ce soir au jamais en version totalement numérique... Le sous-titre de Newsring.fr est d'ailleurs "Faire progresser le débat". Le découpage thématique, classique (Politique, Société, Monde, Economie, Culture, Local, Medias & tech, Planète & sciences, Philo) est affiché dans le header du site. Les sujets d'actu pour lesquels le site propose des débats sont affichés dans une colonne centrale, avec par exemple, en ce dimanche soir, "Faut-il empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire ?", "Les bons sentiments font-ils de bons films ?" (en rapport avec le succès phénoménal d'Intouchables, qui vient d'atteindre les 9 millions de spectateurs), "Eva Joly est-elle la meilleure candidate écolo ?", "Pour ou contre le droit de vote des étrangers aux élections locales ?", "Les réseaux sociaux nuisent-ils à la productivité des salariés ?"...

En colonne de gauche sont affichées les contributions / tribunes de personnalités. Et en colonne de droite les fonctions "sociales" du site: le bloc Activité compile commentaires, votes, contributions... des membres, mais aussi qui suit qui. On trouve plus bas un classement des "Top contributeurs", puis les "Débats du moment", où les sujets les plus débattus (donc qui suscitent le plus de commentaires et de votes) remontent automatiquement en tête, dans un système similaire à Digg.

Par exemple, en cliquant sur le sujet Les réseaux sociaux nuisent-ils à la productivité des salariés ?, qui m'intéresse particulièrement, en cliquant sur "Le contexte", un court article (un feuillet environ) me précise le contexte. En cliquant sur "Le débat", j'ai plusieurs points de vue, entre la blogueuse Agnès Maillard, l'entrepreneur Olivier Cambournac, l'entrepreneur Nicolas Le Gall, et la community manager Anne-Laure Raffestin, chargés au préalable par les journalistes - "orchestrateurs" de Newsring de lancer le débat en donnant leurs points de vues. Là encore, on visualise l'activité du débat, les Top contributeurs, ainsi que le nombre et le pourcentage de votes (oui ou non) sur le sujet. L'internaute-membre peut voter ou commenter ces points de vue, ou cliquer sur "Suivre le débat", ce qui lui permet de recevoir les notifications sur ce débat par e-mail.

Sympa, ce volet très "culture numérique", qui permet à l'internaute de suivre sur le Tumblr de l'équipe les conférences de rédaction en direct via un live sur Coveritlive: modéré par un journaliste, les internautes peuvent commenter les choix de sujets.

Quoi.info, "l'actu expliquée", Wikipedia de l'actu

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Dans le cas de Quoi.info, site qui revendique comme angle en sous-titre "l'actu expliquée", outre un rubricage classique pour les contenus - politique - éco - société - justice -people - international - pratique - culture - sciences - le découpage de la home est simple, entremêlant "social" et infos. e qui reflète l'ADN de Quoi.info, site hybride "social" et d'actu: des fonctions "sociales", avec commentaires des membres et liens vers des réseaux sociaux mis en avant, et bien sûr de l'actu

Côté infos, on a donc l'actu du jour en "Une", suivie des actus présentées sous forme de questions dans un menu déroulant de haut en bas, similaire à celui que l'on trouve sur les sites d'infos. Comme sur des sites d'infos tels que 20minutes.fr, les articles sont "compilés" de bas en haut en colonne centrale, au fil de l'actualité. J'ai bien aimé quelques rubriques marrantes comme "Question bêtes" (Pourquoi les restos japonais sont tenus par des chinois, D'où vient l'expression "Les éléphants du PS"...), "Que suis-je" (les citations qui font l'actu), en alternance dans un même bloc avec "Ça veut dire quoi" (le mots que l'on entend beaucoup: offshore, bien sûr bunga bunga...), "Merci pour l'explication" (À quoi ressemble l’"humain moyen" ?)... On voit clairement l'angle très pédago / Wikipedia de Quoi.info, qui ressort dans ce rubriquage.

Au menu pour ce dimanche 27 novembre, l'Egypte fait la Une, avec tout un dossier dans un même bloc - là encore que l'on pourrait retrouver dans un site d'informations tel que 20minutes.fr ou Lefigaro.fr: "Pourquoi la révolution reprend", "Qui sont les Frères musulmans et que veulent-ils ?", quelle différence entre Chiites, sunnites, alaouites, et druzes, "Pourquoi l'armée égyptienne ne lâche rien ?", "Qu'est-ce que la charia ?". S'ensuivent des articles très divers, où la variété des sujets est vraiment très appréciable, entre actu internationale exigeante ("Syrie : pourquoi la Ligue arabe lâche-t-elle Bachar el-Assad ?, "Pourquoi les Israéliens veulent-ils bombarder l’Iran ?"), faits divers et société - un dossier intitulé "Que font les autres pays face aux délinquants sexuels?" qui rebondit sur le meurtre de la jeune Agnès, un papier sur les changements d’horaires à la SNCF annoncés le 11 décembre, ce MOX qui embarrasse les socialistes, pourquoi le film de Matthieu Kassovitz fait polémique - et sujets plus... légers, comme "Où acheter, en Europe, une Rolex, du Chanel et un costume Hugo Boss pas chers ?", ou encore "Miss Monde, miss Univers, miss France : qui est la plus retouchée ?" (dont on remarquera qu'il figure dans les articles les plus lus ;).

Dans une colonne plus étroite figurent les fonctions "sociales" de Quoi.info, de manière assez classique : un bloc affiche les articles les plus vus ou les plus commentés, un autre les "activités" récentes (commentaires par les abonnés, ...), un autre la fanpage Facebook, un autre, dédié à Twitter, présente en temps réel les tweets relatifs à Quoi.info, et enfin, on trouve un attendu nuage de tags, qui permet, comme dans un blog, d'afficher en un clic l'ensemble des articles relatifs au tag sur lequel on clique.

Membre expert correcteur - rédacteur

En entrant plus dans les détails,j'ai davantage l'impression de lire des notules très pédago plutôt que des articles: avec le ton simple, clair, les éléments-clés surlignés en gras, et le découpage très pucé qui permet de les parcourir en diagonale. Logique, c'est bien là la vocation de Quoi.infos, "site d'information et outil serviciel, avec de l'info et des décryptages d'actualité", m'indiquait courant octobre Cyrille Frank. L'idée est de donner les clés, les bases de l'actualité, à un internaute pressé.

Comme pour son lointain cousin Newsring, Quoi.info innove dans ses fonctions participatives, avec pour originalité qu'il permet à l’internaute de corriger ou commenter l'article, à condition qu'il se soit préalablement inscrit comme membre. Là encore, pour cela, on peut passer par Facebook connect. "Il y aura un côté Wikipédia : nous voulons favoriser les corrections et compléments apportés par les internautes-membres", me précisait Frédéric Allary. A la fin de chaque article, il peut en effet proposer une correction, si elle est approuvée par la rédaction, elle sera intégrée dans l'article et il apparaitra comme contributeur. Le contributeur-commentateur régulier peut gagner le statut d'"expert", ce qui lui permettra même de publier ses propres papiers sur le site dans son domaine de compétence, et obtenir un badge par niveau d'expertise (amateur, connaisseur, ou expert), selon le nombre de commentaires publiés et de votes obtenus par les lecteurs.

Bilan ? Évidemment, on n'en n'est qu'aux débuts. L’internaute se voit proposer la possibilité de voter, commenter, corriger, voire - le Graal - de publier ses propres articles s'il atteint le stade d'expert sur Quoi.info. Des expériences intéressantes, prometteuses. Reste à voir si l'effet "média social" sera assez fort pour créer de vraies communautés, et donner l'envie à l'internaute - déjà sollicité par plusieurs réseaux sociaux - d'y revenir régulièrement, voire provoquer chez lui une certaine addiction ;) A suivre...

dimanche 2 octobre 2011

Ces publireportages qui ne disent pas leur nom

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Quatre semaines d'affilée que le news féminin Grazia publie cet étrange exercice publicitaire: une double page qui met en avant les vertus de la dernière tablette Samsung Galaxy, dans une maquette qui ressemble à celle de pages d'actus. Une discrète mention "Grazia promotion" dans le coin droit nous signale que nous sommes dans un objet rédactionnel un peu particulier. Cette semaine, on voit donc Sarah, journaliste culture au sein de l'hebdo, prendre la pause et vanter les vertus de ladite tablette, dans un "témoignage", un texte trèèès premier degré à l'appui. Côté boulot, explique-t-elle, "Pour commencer du bon pied, je prends un thé vert dès que j'arrive au journal, tout en chattant avec le correspondant à l'étranger du magazine grâce à l'appli Google vidéo chat. C'est pratique, maniable, un vrai plus !. Parce qu'elle est fine et que l'on ne sent pas son poids, à chaque interview, j'emporte ma Galaxy Tab". Une véritable prose publicitaire, où la journaliste explique donc les usages côté boulot et perso qu'elle fait de la tablette.

Màj du 9 octobre: cette semaine, la série publis Samsung se poursuit dans l'hebdo, avec cette fois-ci le témoignage... d'une lectrice.

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La semaine dernière, c'était une rédactrice mode, et il y a 15 jours quelqu'un du service marketing qui se prêtait au jeu. Et pour la première de l'opé, la responsable éditoriale de Grazia.fr. Trois cartes de presse qui font de la pub pour un produit high-tech, pour un annonceur, cela pose tout de même question...

"Opés spéciales" et publis très intégrés

Cela a de quoi faire bondir, ou on peut que considérer cela comme inévitable pour la presse écrite, en quête de ressources publicitaires. Nul doute que ces "opérations spéciales", des pubs conçues sur mesure, pour un annonceur et un magazine, pour un one shot, rapportent bien plus au média qui les publie qu'une pub classique. Et les agences média et régies pub conçoivent de plus en plus des plan média très personnalisés pour leurs clients...

Certes, on connaît depuis longtemps les traditionnels publireportages, que ce soient les insérés dans Le Monde pour vanter certains pays (plus ou moins démocratiques), ou les dossiers spéciaux flotte automobile dans la presse économique. Mais en quelques années, on a franchi un cap supplémentaire. En plus des régies publicitaires, les agences média, ces agences qui jouent les intermédiaires entre les annonceurs et les médias, et conçoivent des "plans médias", se sont prises au jeu. Tout comme les départements "promotion" dont se dotent depuis quelques années les groupes de presse (Lagardère, Mondadori...) entièrement dédiés aux "opérations spéciales".

Là, en mettant en scène des journalistes de Grazia, son département promotion franchit à l'évidence un cap supplémentaire. Qui pose des questions déontologiques. Même si ces dernières années, on a vu des pubs de plus en plus "intégrées" apparaître dans la presse, notamment dans la presse culturelle branchée et la presse féminine. On en parlait dans Stratégies dès 2007, j'ai eu l'occasion d'y revenir le mois dernier dans cette enquête, publiée dans notre dossier de rentrée sur les agences média.

C'était l'occasion de passer en revue quelques exemples de "plans média" parus récemment, qui montre que certains annonceurs poussent un peu plus loin la logique du publi., que nous avons passés en revue pour certains dans Strats.

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Début septembre, Volkswagen publiait dans Elle et Grazia un publi de 4 pages un peu particulier, qui met en scène sa Golf dans une mise en page proche de mages mode. À mi-chemin entre pages de mode et annonce publicitaire, ces pages scénarisent un week-end bucolique avec un mannequin et... la nouvelle Golf Cabriolet en vedette. Le détail de cette association va jusqu'à indiquer les marques des vêtements portés par le mannequin. Pour la dernière campagne de Volkswagen, Lagardère Publicité, via son département opérations spéciales, a donc recouru à un plan médias encore peu usité. Cette série «mode» sponsorisée a été conçue avec les équipes du magazine féminin, qui se sont fait prêter des vêtements par des créateurs (avertis que ces pages étaient réalisées pour un annonceur). Une opération que l'on retrouvait aussi dans Grazia le 16 septembre et Paris Match le 22.

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Libération daté du 24 mai le numéro est toujours consultable ici avait Orange pour annonceur unique, pour ses éditions on-line et papier. Outre une surcouverture et des inserts publicitaires, des pictogrammes aux couleurs de l'annonceur renvoyaient vers des contenus complémentaires en ligne sur www.orange.liberation.fr. Plusieurs pages étaient par ailleurs ornées d'une barre de navigation Web rappelant l'adresse du site. Point intéressant - qui ouvre des perspectives - l'édition du jour était offerte sur Internet (avec une "édition numérique" à feuilleter), ainsi qu'en version Ipad et Iphone. Bientôt des éditions gratuites et préfinancées entièrement par un annonceur ?

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Quelques semaines plus tard, le 29 juin, l'opérateur de télécoms sera le "sponsor" du dossier high-tech des Inrockuptibles. Annoncé "avec Orange" dès la couverture, l'opérateur s'offrant également une page en ouverture et en clôture dudit dossier de 20 pages, ainsi que des encadrés mais aussi des vidéos sur un site ad hoc... Orange n'est plus un simple annonceur mais un "sponso"» à part entière, dans cette opération montée par Havas Media.

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Le 24 juin 2011, pour le lancement de sa campagne publicitaire autour de ses "formules carrées", SFR fait publier l'édition du 24 mai du quotidien gratuit Direct Matin... en format carré. L'espace publicitaire du numéro est exclusivement consacré à SFR. Une opération publicitaire qui a connu peu de précédents, hormis celui du Figaro le 6 février 2009, qui avait réduit son format à l'occasion du lancement d'une campagne pour Citroën conçue par l'agence H.

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J'en avais alors parlé dans ce billet, fin 2010, Levi's s'offrait plusieurs pages dans Les Inrocks, à la mise en page très mag, avec le fils du batteur des Clash qui repnait la pose.

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Et enfin juste pour le fun, ce rapprochement malheureux (mais sûrement involontaire ;) qui m'avait fait sourire dans Elle en avril 2010. Page de gauche, un petit papier nous vante les vertus d'un sac Chloé arboré par plusieurs people... Et page de droite, ô surprise, une page de pub pour le même sac (sic).

Màj 09 octobre deux ajouts, signalés par des lecteurs attentifs, qui m'ont semblé intéressants à évoquer ici :

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D'abord ce publi-communiqué LG (merci Delphine Soulas pour le repérage) publié dans le supplément L'Express Styles du 5 octobre. Le premier d'une série de 4 semaines, où la marque d’électronique & électroménager annonce "décrypter les tendances des podiums", "dégainer des conseils aux modeuses pour entretenir leurs fashion coups de cœur de la saison". Avec donc un passage en revue de quelques pièces vestimentaires (avec marques et prix) et les conseils d'entretien LG. Et un encadré publicitaire sur le lave-linge LG (on notera au passage le tag 2D qui permet d'accéder à des compléments sur son smartphone). Un format de publi très intégré, très proche d'une page de la rubrique mode, avec un renvoi vers la page Fashion Week du site web de L'Express Styles.

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Enfin, ici, certes nul publi, c'est un article paru dans la première édition de M le Magazine du Monde (24 septembre). Mais comme me le faisait remarquer un twittos (dont je ne retrouve pas le nom), on est proche de la limite. Ici donc, 8 pages pour un papier intitulé "Gucci, une belle histoire de cinéma", signé Marie-Pierre Lannelongue. A l'occasion des 90 ans de la marque de luxe, nous avons droit à un portfolio de photos en noir et blanc so chic, qui nous montre "l'histoire d'une marque intimement liée au 7e art", avec donc Alain Delon, Vanessa Regrave, Liz Taylor... arborant des accessoires Gucci. Les photos semblent issues des archives Gucci.

Enfin, merci à Arrêt sur images pour la reprise de mon billet, même si, étonnamment, ils ne me citent pas nommément dans leur papier...

Et vous, avez-vous vu passer d'autres opérations publicitaires qui vous ont fait tilter ? Ce billet aura vocation à être enrichi par vos contributions...

mardi 20 septembre 2011

Feuilleton, un nouveau mag-book en librairies le 22 septembre

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Et un petit nouveau, qui consacre ce format hybride des livres-magazines. On connaît le joli succès-surprise de la revue trimestrielle XXI (avec une diffusion moyenne de 45 000 exemplaires!), comme j'en parlais dans ce billet. depuis son lancement en janvier 2008 par Laurent Beccaria (des éditions Les Arènes) et plusieurs journalistes, dont Patrick de Saint-Exupéry. Un bel objet, qui entremêle plusieurs formats: enquête, reportage, photojournalisme, récit BD..

D'autres se sont engouffrés dans la brèche, comme l'inventive revue Usbek & Rica, plus orientée vers l'anticipation et l'innovation. Ils ont pour point commun d'être assez chers (15 €), de se passer de pub, et d'avoir inauguré un nouveau réseau de distribution: aux traditionnels kiosques, ils ont préféré les librairies, et accessoirement les kiosques Relay.

Grands reportages traduits et nouvelles inédites

Le dernier en date: la revue trimestrielle Feuilleton, qui sera lancée en librairies le jeudi 22 septembre. J'ai eu la chance de pouvoir la feuilleter (sans mauvais jeu de mots ;) en avant-première. Comme ses cousins, l'objet est agréable: trimestriel de 256 pages, couv' colorée, mais ici pas de photo, seulement des dessins d'illustration. Son format réduit le rapproche plus d'un livre que d'un magazine...

L'absence de rubricage classique et d'édito convenu (remplacé par un "édito d'outre-tombe") peut déstabiliser, mais je trouve ce choix éditorial intéressant: "pas de stratégie de niche" - donc pas de ligne éditoriale - revendiquent les fondateurs, c'est ici du free style, entre journalisme et littérature.

Elle comporte des grands reportages étrangers traduits (issus de Vanity Fair, du New Yorker, etc.) et des nouvelles littéraires inédites. Au menu du premier numéro, des signatures du nouveau journalisme (comme Michael Hastings). L'idée était de "publier les plus grands reportages étrangers, les éditer, les traduire (...), les augmenter (dossier, infographie, bibliographie sélective)", expliquent ses fondateurs dans leur communiqué de presse. Une démarche similaire à celle de XXI. De fait, l'editing est moderne et agréable, entre illustr' colorées et compléments pédagos. J'aime beaucoup cette infographie en fin de revue sur la fin potentielle des abeilles.

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Chaque numéro compte aussi un article exhumé, comme ici un papier prospectif écrit par Michael Lexis en 1989, mais terriblement d'avant-garde, puisqu'il analysait l'impact économique qu'aurait un séisme majeur à Tokyo.

Mais ce book-mag so chic innove par la publication de nouvelles commandées à des auteurs en vue (tel Jonathan Franzen). Malin: la republication d'enquêters déjà parues ailleurs ne doit pas être chère (frais de droits d'exploitation, traduction, editing), ce qui permet à Feuilleton de s'offrir des nouvelles inédites.

Plusieurs fondateurs de ce projet sont loin d'être méconnus de ces nouveaux médias: avec notamment Adrien Bosc, fondateur et directeur de la publication, et Gérard Berréby, rédacteur en chef, par ailleurs patron des éditions Allia. A noter, parmi les actionnaires (la famille d'Adrien Bosc comptant 51% de l'actionnariat), la présence de Pierre Bergé et du journaliste Victor Robert (I-Télé).

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A signaler, dans cette famille de revues exigeantes et innovantes, le trop méconnu Zmâla, magazine bilingue dédié au photojournalisme, qui paraît une fois par an. Là encore, papier glacé et maquette chatoyante, entre portfolios ("Cura locura", superbe travail sur les chamans d'Amazonie), et enquêtes, avec les nouveaux liens entre photojournalisme et Internet, entre webdocus et nouvelles formes de financements (le crowdfunding), qui passe par des start-ups telles que Emphas.is. Et un répertoire des collectifs de photographes qui foisonnent.

mercredi 20 juillet 2011

Arnaud Lagardère, le "making of" de son shooting photo, un plan média surréaliste

Un shooting photo qu'ils ont accepté "pour assumer notre relation, pour montrer aux gens qui sont intéressés à la voir que c'est du sérieux": "ça fait 5 mois, bientôt 6!", une rencontre qui a eu lieu "dans un cadre parisien, dans mon bureau, elle était venue me voir parce qu'elle avait un travail à faire (sic). Après, on s'est revus à Londres...", "Nous, quand on pense à nous, on se donne pas de limites"...

Durant 2 minutes 55, elle minaude, il la darde de regards amoureux, ils s'échangent des bisous... La séquence, diffusée sur YouTube depuis ce 19 juillet, n'en finit pas de faire jaser - et susciter l'incrédulité sur Twitter et Facebook. C'est le patron d'un des plus importants groupes de médias en France, Arnaud Lagardère, qui se prête à ce surprenant jeu. "Jade Foret et Arnaud Lagardère posent pour "Le Soir magazine", nous est-il annoncé au début de la vidéo : c'est donc le "making of" du sujet qui fait la Une (eh oui, rien que ça), de l'hebdomadaire belge Le Soir magazine. On est en pleine romaaance: l'attaque du reportage (si, si) sur ce "shooting sexy" (re-sic) est à l'avenant: "Pour la première fois, l’homme accepte d’ouvrir les portes de sa propriété à Rambouillet) à des journalistes pour un shooting photo en compagnie de son grand amour".

Le making of ? Vous savez, ce format web ou télé très à la mode (les coulisses ou plans inédits de tournage d'une série / un clip ou autre...), rééxploité depuis quelques temps par les agences de pub pour montrer les dessous du tournage de leur dernière campagne (comme Orange avec sa campagne corporate en novembre dernier)... Une manière d'ajouter une touche d'authenticité à un plan média classique.

Après la séquence "interview" (gentille hein), on voit les deux stars d'un jour se préparer pour leur séance photo, puis enchaîner les pauses sexy (avec la petite musique quelque peu easy listening qui va bien...) sous l’œil du photographe : dans le canapé, devant la maison, sur la terrasse... Au visionnage, on balance entre amusement, incrédulité et soupçons de mise en scène devant ces séquences surréalistes. Où on découvre du même coup la top model belge Jade Foret, déjà entraperçue aux côtés du patron du groupe Lagardère dans une photo publiée par Paris-Match (publication dudit groupe...) lors du dernier tournoi de Roland Garros, ce printemps. Quelques articles de presse égratignent la vie privée passée de la jeune femme, ex- d'un footballeur belge.

Alors oui, je sais, vous allez penser que j'ai cédé à la tentation people pour ce billet, bien moins sérieux que les précédents ;) Mais c'est la stratégie de com' du patron d'un groupe media coté au CAC 40 qui m'intéresse ici, tellement j'étais interloquée en visionnant cette vidéo, qui suscite des réactions amusées sur Twitter (où Arnaud Lagardère et Jade Foret ont atteint, durant quelques heures, les trending topics !), et dans la presse, en ce (morne) mercredi après-midi, où le flux de l'actu commence à se ralentir...

Une vidéo à la mise en scène érotique kitsch, destinée à montrer que la relation est installée. Et à trancher avec les rumeurs récurrentes à propos de la vie privée d'Arnaud Largardère, obligé de se justifier à ce sujet sur le plateau du ''Grand Journal'' de Canal + en décembre 2009. Où il révélait ses talents de communicant pour enterrer, du même coup, la polémique d'alors, l'enquête de l'AMF pour délit d'initié dans le dossier EADS.

Mais cette vidéo est d'autant plus surprenante que le patron Arnaud Lagardère s'exprime rarement peu dans la presse, de préférence pour commenter ses actualités professionnelles. Là, il parle de sa vie personnelle. L'impudeur et la spontanéité (trop recherchée ?) du ton tranchent d'autant plus. A se demander si elle a bien été visionnée par son staff qui l'aide dans sa com': ce matin, Libération titre sur cette "étrange vidéo qui provoque la gêne au sein de son empire". Dans le très petit milieu des stars du CAC, ce shooting sexy va assurément faire du bruit. Alors que le patron (dont on dit parfois qu'il s'ennuie à la tête de l'empire paternel) est régulièrement attaqué par la presse pour son manque de sérieux dans le business, et que sa stratégie - revendre certains titres de presse internationale pour privilégier le sport business - pose question.

màj: merci à 20minutes.fr (oui, cela peut sembler surprenant...) pour la reprise.

jeudi 12 mai 2011

La couv' de la semaine: Capital, storytelling et pipolisation économique

Capital

Il était temps que je reprenne cette rubrique, avec ce titre que vous connaissez forcément, qui incarne une certaine idée du journalisme économique. Couv' (sur)chargée aux couleurs vives, titraille et mise en page accrocheuse, et bien sûr l'inimitable ton popu qui lui donne parfois un côté café du commerce : pas de doute, vous avez bien entre les mains Capital, le titre de presse économique le plus vendu, avec une diffusion payante de plus de 320 000 exemplaires par mois (chiffres OJD). Eh oui, car l'un des fleurons du groupe Prisma Presse fête ses 20 ans ! Né à la fin des années 80, "années-fric" incarnées par Bernard Tapie, le culte de la compétition et de la gagne pour des jeunes cadres sup' qui se rêvaient en yuppies.

La naissance de ce titre n'a rien d'anecdotique. Mine de rien, tout comme son lointain cousin en télé sur M6, Capital a créé une ligne éditoriale, un ton journalistique (souvent crispant, il faut le dire). L'économie, une science ennuyeuse ? Qu'à cela ne tienne, les concepteurs de Capital ont eu l'idée, dès le début, de raconter des histoires aux lecteurs, force anecdotes : les prémices du storytelling... Quitte à y ajouter ce ton crispant à la Capital, qu'il a inventé (et repris par beaucoup), avec formules accrocheuses, formules-clichés (je vous laisse savourer ce délicieux billet de mon confrère Erwann Gaucher sur les tics de langage de Capital en télé - toi aussi fais ton reportage Capital...), et tournures de phrases trèès familières qui assurent le lecteur. Et situent Capital à la lisière du mag de divertissement.

C'était l'occasion rêvée de revenir sur ce titre ici, où je m'était déjà adonnée au plaisir du feuilletage des pouffe-mags (ici et ), alors que le mensuel économique s'est offert un sérieux lifiting pour son bithday, avec une nouvelle formule lancée en avril, accompagnée dans la foulée de sa première appli iPad payante, et le lancent imminent d'une appli mobile, dédiée aux conseils boursiers de Capital.fr.

Le nouveau Capital, donc. On remarquera déjà la couverture parfaitement adaptée à la vente en kiosques (où il ne pourra échapper à votre regard): élégante couleur de fond rose vif, titres de Une divers et variés mis en avant, avec une légère tendance alarmiste ("les acteurs trop bien payés", "pourquoi votre facture santé s'envole", le "nouveau Big Brother" Facebook..).

Le feuilletage réserve quelques surprises. Déjà, visiblement, la nouvelle formule a plu aux annonceurs, avec 39 pages de pub (ainsi que 6 pages de publi- flotte d'entreprise - un classique dans la presse éco) sur une pagination totale de 154 pages.

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Dès l'édito, François Genthial nous promet "de nouvelles rubriques plus proches de l'actualité". Et de fait: après l'interview d'ouverturedu DG d'Air France - KLM (bon, une page de photo, une page de texte...), on enchaîne sur cette maagnifique infographie "big business du Festival de Cannes"

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S'ensuit cette non moins magnifique double info-people, que l'on pourrait volontiers imaginer dans d'autres magazines ("soirées business", tout de même).

On retrouve ensuite les traditionnelles rubriques de Capital: Hommes et affaires, avec la touche hommes d'affaires peopolisés propre à Capital, tel François-Henry Pinault ("people malgré lui" depuis son mariage à l'actrice Salma Hayek, sa "coûteuse passion écolo" y sont abordés entre autres indiscrétions)

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Puis la rubrique Succès et dérapages d'entreprises. Là, agréable surprise, Capital donne de la place à l'enquête. 13 pages sur Facebook, alors que le journaliste Gilles Tanguy s'est rendu au siège de la société, à Palo Alto en Californie (un reportage que je rêve de faire...): il raconte l'ambiance de travail dans cette ruche, le management interne (il "règne sur une bande de copains", eh oui), ses rapports étroits avec les annonceurs...

Quelques prémices de format bi-média s'esquissent, avec ce prolongement vidéo ("exclusif" bien sûr) bien vu, où il a suivi Mark Zuckerberg.

S'ensuivent un long dossier sur le coût de la santé et le traditionnel comparatif des cliniques... tiens, un marronnier classique que l'on retrouve régulièrement dans certains hebdos généralistes), un portfolio ("l'économie en images"), la rubrique "révélations" (dont ces vilains comédiens cloués au pilori car "peu rentables")...

Et ensuite, une partie "Votre Capital pratique" enrichie, désormais dans un cahier entier: ces fameuses rubriques services - infos pratiques dont la presse mag raffole... C'est bien connu, les lecteurs adooorent ce côté boîte à outils. Infos carrière, droit, argent et placements, ou encore vie privée (où l'on mêle cours de cuisine et high-tech...) y sont abordés.

Bilan ? Capital reprend cette recette qui a fait son succès : quelques enquêtes et documents prestigieux (intéressante enquête sur les dérives du trading assisté par ordinateur, traduction de Wired), un peu de paillettes, et beaucoup de sujets d'actus tirés sous un angle très vendeur, voire polémique.

dimanche 13 février 2011

«Elle», ou la chirurgie plastique pour les nulles

Je vous parlais cette semaine de transhumanisme, il y a une certaine continuité avec le sujet ci-dessous. Prémisse possible à la femme bionique du futur, dont la quête de la perfection physique passe par le recours à la science - au bistouri donc.

Cela tombe bien, Elle de la semaine dernière y consacrait un (effrayant) dossier. Avec pour point de départ un marronnier ("Spécial rajeunir"), sur une vingtaine de pages, Elle nous laisse à penser que le recours à la chirurgie esthétique est la norme - eh non, vous n'y échapperez pas !

Étonnamment (enfin non...), dans ce numéro, les publicités pour les crèmes et sérums anti-âge sont surreprésentées: une dizaine de pubs (contre 3 dans le Elle suivant). Ah, et également, une pub pour la solution d'acide hyaluronique Juvéderm (labo Allergan). Bien sûr, il n'y a pas de pubs pour des labos ou les cliniques spécialisées en chirurgie esthétique - le Code de Déontologie Médicale le leur interdit... On imagine d'autant mieux la satisfaction des ((nombreux) médecins, chirurgiens et autres dermatos spécialistes à être cités comme "experts" dans Elle !

J'ai demandé à une de mes collègues, Delphine Le Goff, journaliste médias à Stratégies, qui avait elle aussi quelque peu halluciné en feuilletant Elle, d'analyser avec son regard la ligne éditoriale adoptée par le féminin sur ce sujet. Cela tombe bien, "Magazine junkie", elle revendique "une addiction au papier glacé". La presse féminine, française ou anglo-saxonne, faisant partie de ses plaisirs coupables. Je lui laisse la parole...

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Elle

C’est un grand classique de la presse féminine, comme les «Spécial Mode» et les «Spécial Maigrir». Mais cette année, Elle a franchi un cap avec son numéro « Rajeunir », sorti le 4 février dernier. Déjà, le discours a subtilement changé. Là où, jadis, on promettait aux lectrices mille sortilèges afin de «rester jeune», là, il s’agit carrément de «gagner au moins dix ans»...

Dès la couverture, on a du mal à s’empêcher de rire : c’est Demi Moore qui a les honneurs de la «Une». «Je vis les plus belles années de ma vie», déclare l’actrice de 48 ans. On l'espère pour elle : l’actrice est connue pour être refaite du sol au plafond avec, paraît-il, 250 000 euros de chirurgie esthétique ! Le portrait consacré à l’actrice reste extrêmement discret sur ce point : « Si retouches il y a (elle refuse d’en parler), elles sont nickel. Son front est lisse, mais quelques petites rides, qui plissent joliment autour de ses yeux mordorés et une microcicatrice sur la joue montrent qu’elle maîtrise les limites du genre dans un milieu où la chirurgie et le Botox sont des drogues ».

Un peu plus loin, Demi nous donne gentiment les secrets de sa jeunesse éternelle : « Je souris beaucoup : ça rehausse le visage et l’être en général. Je me nourris bien, j’évite les sucreries, je bois énormément de lait de coco et je fais du sport ». Merci du tuyau, Demi.

«Réflexes esthétiques», ou comment faire de la chirurgie une norme

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Mais si on en croit les pages du dossier « Spécial Rajeunir » qui suivent, le sourire et le lait de coco, ça ne va pas suffire. Les sujets ont quasiment tous des relents de salles d’opération. A la question «Le "liquid lift" va-t-il tuer le lifting ?», la réponse semble être non, avec cet argument savoureux: «le lifting n’est pas si cher. Il coûte 5 000 euros, mais les injections c’est non-stop !».

Plus loin, dans l’article « Crèmes, piqûres : ce que les médecins choisissent pour elles », des dermatologues et des chirurgiennes esthétiques exposent leur propre traitement anti-âge. Tiens donc ! Elles passent quasiment toutes par la case «lifting dans quinze ans», «Toxine botulique trois fois par an» ou «chirurgie des paupières».

Une série de portraits intitulée « Elles ont tout compris ! » montre des femmes de 36 à 66 ans et leurs «réflexes esthétiques ». Là aussi, on est noyé sous la toxine botulique, la toxine hyaluronique (à ne surtout pas confondre, semble-t-il) et les projets de chirurgie. Dans ce numéro qui pourrait s’intituler « La chirurgie plastique pour les nulles », on nous explique même comme lire un devis d’acte esthétique avant ravalement, avec un glossaire «Spécial débutantes» pour bien faire la différence entre laser antitâche, laser fractionné, peeling moyen, méso-réjuvénation…

Pacte faustien

Elle essaie bien de nuancer son propos, avec un papier sur les ratés de la chirurgie («Ça devait me rajeunir, ça me vieillit», ah oui, c’est fâcheux !) et cette question, aux accents quasi-métaphysiques : «Le Botox rend-il heureuse ?». Soulagement pour l’accro aux injections : aux Etats-Unis (grande patrie de la chirurgie et du Botox) certains médecins affirment que la toxine botulique, qui a décidément tout pour plaire, est un remède contre la dépression…

En attendant, ce qui est vraiment déprimant, c’est la lecture de ce numéro, anxiogène au possible. Est-il possible de vieillir sans passer par le billard, et sans débourser des milliers d’euros ? Etrange pacte faustien que celui de Elle, qui en adoptant ces injonctions à la jeunesse éternelle, semble avoir vendu son âme aux chirurgiens plastiques. On ne peut s’empêcher de penser à la scène mythique du film Brazil, où la mère du héros, obsédée par son apparence, se fait étirer exagérément le visage. C’est peut-être cette femme, en fait, que Elle aurait du mettre en couverture…

Delphine Le Goff

mardi 23 novembre 2010

Et si la jeunesse était éternelle ?

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Billet initialement publié [chez Nicolas Bordas - qu'il en soit remercié :]

Quand Nicolas Bordas m'a proposé de m'essayer à mon tour à la (visiblement fameuse) ascension du #cocotier, j'ai accepté bien volontiers, d'autant plus lorsqu'il m'a confié que les contributrices étaient trop minoritaires... Encore fallait-il trouver un sujet idoine, accrocheur, susceptible d'entraîner un maximum de lecteurs. J'aurais pu parler sexe en biaisant cela par un angle techno (dommage, c'est déjà fait), ou encore écrire un énième sujet sur telle marque tech en pleine ascension - ou en pleine descente aux enfers (sujets que je préfère réserver à mon employeur...).

Jeunesse éternelle sur pellicule argentique

En cette fin d'année, propice aux bilans et autres rétrospectives, j'ai préféré partager avec vous deux créations qui m'ont bluffée cette année, d'un point de vue culturel et "sociétal". Il y a eu cette expo photo de Larry Clark, qui donne à voir plusieurs générations d'ados, à la jeunesse éternellement saisie sur des pellicules argentiques. Alors oui, il y a eu cette polémique autour de leur côté (supposé) sulfureux, qui a valu une interdiction de cette expo aux mineurs... Un fait intéressant, on ne peut plus révélateur d'une certaine frilosité ambiante - les photos quelque peu plus complaisantes de Nan Goldin, exposées en 2006 http://icartiens.com/spip.php?article195 au Centre Pompidou n'ont guère suscité un tel émoi.

J'en ai parlé ici , cette expo est follement touchante parce que l'on y voit avant tout des portraits d'ados, parfois disparus depuis ces shootings, aufil des décennies - des punks des années 80 aux skateurs des années 90, ensuite filmés par Larry Clark dans Wassup rockers. Des ados nous renvoient à notre propre adolescence. Des portraits d'ados, miroirs (peut-être déformants) qui auraient dû avant tout être vus par les ados...

"Skins", série post-punk

Un autre miroir pour ados m'a bluffée ces dernières mois: la série britannique "Skins" (qui a bien sûr sa page officielle, son fil Twitter etc). Vous avez peut-être entendu parler de cette série créée par Jamie Brittain et Bryan Elsley, et diffusée depuis janvier 2007 sur la chaîne E4 (rediffusée par Canal + en France), qui a bien cartonné là-bas (1,4 millions de personnes ont suivi l'épisode pilote sur E4). On en a parlé en France pour les soirées d'ados quelque peu dévoyées qu'elle a suscitées (lesquels ados, "génération Facebook" oblige, exposent sans pudeur leurs photos, comme le montre cette simple Google search ).

A mille lieues de"Berverly Hills" et autres niaiseries, là, on y aborde l'homosexualité, l'abus de substances illicites, la pauvreté, la grossesse, l'anorexie, les familles monoparentales et à problèmes, les troubles de la personnalité, l'autisme et la mort. Parfois c'est un peu trash, ça nous secoue, nous émeut, ça nous retranche dans nos limites, mais c'est profondément réaliste. Là, c'est la jeunesse (parfois) dissolue de lower middle class british (la série se déroule à Bristol, dans le Sud-Ouest de l'Angleterre) qui est mise en scène, avec l'accent des quartiers popus (série à regarder absolument en VO).

"Somptueuse série sur les affres/atermoiements/Illusions/Désillusions de l'Adolescence" m'écrit @Co_SwEuphoria sur Twitter, la mise en scène y est soignée, hyper réaliste, alors que la série a pour marque de fabrique de recourir à de jeunes acteurs inconnus, et que le casting est intégralement changé toutes les deux saisons, créant ainsi une nouvelle génération de personnages, auxquels on s'attache durant quelques épisodes. Du beau gosse manipulateur Tony à Cassie, anorexique un peu fraca, en passant par Chris, fêtard invétéré et amoureux de sa prof (saisons 1 et 2), jusque le skater cool Freddie, et Cork, le post-punk provocateur.

De manière assez remarquable, elle comporte une série de références culturelles intemporelles, qui en font une série totalement post-punk: Cork (le personnage le plus touchant) est sapé en Levi's, Fred Perry (marque culte des mods Britisth dans les années 80, pour mémoire, qui commence à être portée par de jeunes bobos ;), Harrington Jacket...

Sans compter la bande-son musicale de folie (sur la version British en tous cas - pas sûre que l'on l'a retrouve dans les diffusions et DVD à l'étranger pour des raisons de droits d'auteur...), patiemment listée pour partie ici, entre autres blogs de fans: des Sex Pistols en passant par Blur, les Clash, Motorhead, The Drums, Sparklehorse, les Pixies... D'après ce même blog, pour la saison 4, la production a carrément nommé un superviseur musical, et signé un contrat avec un label/éditeur (Artists Without A Label), avec pour idée de faire appel à des groupes non-signés pour les faire connaître sur la bande originale des différents épisodes de la saison.

"Forever young"...

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